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U V E COLLECTION
TOUTES LES RELATIONS DE VOTAGES
PAR MER ET PARTERRE,
QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉES JUSQU'À PRÉSENT DANS LES DIFFÉRENTES
LANGUESDE TOUTES LES NATIONS CONNUES:
CONTENANT
Ce qu'il y a de plus remarquable , de plus utile, € de mieux avéré, dans les Pays où les
Voyageurs ont pénétré,
9
Touchant leur Situation, leur Etendue, leurs Limites, leurs Divifions , leur
Climat , leur Terroir, leurs Produétions , leurs Lacs , leurs Rivières,
leurs Montagnes, leurs Mines , leurs Citez & leurs principales
Villes, leurs Ports, leurs Rades, leurs Edifices, &c.
MA VEC LES MOEURS ET LES USAGES DES HABITANS,
| LEUR RELIGION, LEUR GOUVERNEMENT , LEURS ARTS ET LEURS
SCIENCES, LEUR COMMERCE ET LEURS MANUFACTURES;
BPOUR FORMER UN SYSTÈME COMPLET D'HISTOIRE ET
DE GEOGRAPHIE MODERNE, QUI REPRESENTERA
/ ;
"ETAT ACTUEL DE TOUTES LES NATIONS:
ENRICHIE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES
Nouvellement compofées fur les Obfervations les plus autentiques ;
DE PLANS sr pe PERSPECTIVES ; pe FIGURES D'ANIMAUX,
DE VEGETAUX,HABITS, ANTIQUITEZ, &c.
NOUVELLE EDITION,
A Revue Jur l'Original Anglois, €? où l'on à non-feulement rétabli avec Join ce qui a été fup-
k primé ou omis par le Traduêteur ; éxaltement difingué fes Additions du Refte de l'Ou-
vrage; € corrigé les Endroits où il s'eft écarté du vrai Sens de fon Auteur ;
Mais même dont les Figures & les Cartes ont été gravées par & fous la Direétion
de J. VANDER ScuLey, Elève diftingué du célèbre PIcART LE RoMain.
TOME TROISIÈME.
| “En
# LA HATE,
Ch PIERRE DE H ON DT,
A DCC XLFII.
dvec Privilège de Sa Majeflé Impériale, €? de Nos Seigneurs les Etats de
Hollande & de Wefifrife.
6/1 T4
(a)
trièmc
ue ac
es P:
ment;
AVERTISSEMENT
DE M. L'ABBÉ PREVOST.
1 l'eftime du Public répondoit toûjours à fon empreffement pour
un Livre, je ne ferois pas mal-fondé à juger favorablement de
mon entreprife; & trois Editions des deux premiers Tomes,
dont la vente ne s'eft pas réfroidie dans l'efpace d'une année,
PEAR me mettroient peut-être en droit d'en tirer des conclufions af-
ez flateufes. Mais une longue expérience m'a trop appris comment ces ap-
parences de fuccès doivent être expliquées. J'ai reconnu par l’éxemple d'u:
ne infinité d'Écrivains, & quelquefois par le mien, que fouvent les fuffra-
ges du Public tombent moins fur la forme que fur la matière d’un Ouvrage ;
c'eft-à-dire, qu’en faveur de l'utilité ou de l'agrément du fujet, on fait grace
de fes fautes à l’Auteur: diftinétion humiliante, qui réduit fon partage à l'in-
dulgence. Ma rigueur n'ira pas fi loin pour moi-même, que je veuille me
faire abfolument l'application de cette remarque ; mais après avoir déclaré
qu'une jufte défiance de mes forces me retient du moins dans le doute, je
n'en aurai que plus de hardicife à vanter le mérite de mon fujet, lorfque je
fais fi peu de fond fur celui de mon travail.
Le troifième Tome del'Hiftoire Générale des Voyages, offre une variété
extrême de chofes utiles. & curieufes. 11 n’eft plus néceffaire ici de plaider
pour le défordre des récits, & pour la fécherefle des Defcriptions. Le Plan
de l'Ouvrage, dont l'éxécution n’a pû commencer proprement qu’au qua:
trième Livre, parce que les premières Découvertes des Portugais, & les an-
ciennes Relations Angloifes n’étoient pas fufceptibles de l’ordre qu’on s’eft
prebeiss fe trouve déformais rempli avec une fidélité qui ne fera plus fujette
fe démentir. Les journaux des Voyageurs deviennent plus intéreffans dans
leurs extraits. Les Réduétions forment des corps réguliers, qui portent toû-
jours le double caraétère de l'agrément & de l'inftruétion. Les Mœurs , les
Ufages, la Géographie, l'Hiftoire civile & naturelle , &c. font traités mé-
tho Annee (a). En un mot, je ne vois plus d’apologie à faire, dans la
fuite de ce Recueil, que pour quelques Voyageurs moins éclairés, ou moins
attentifs, dont on ne diffimulera point les défauts , mais qu’on n’a pas dû
fupprimer dans un Ouvrage où l’on fe propofe de recucillir toutes les Rela-
tions de Voyages.
IL n’eft pas furprenant que les Hollandois ayent entrepris:de réimprimer
un Livre fi utile, comme ils l'ont annoncé dans un Programme qui m’eft tom-
bé entre Îles mains. Mais faifant profeffion de donner .mon travail, fans y
changer, difent-ils, un feul mot, ils auroient pû s’en tenir de même à co-
pier éxaétement (b) les Cartes & les Figures. C’eft entendre mal leurs in-
térêts,
(a) Ce ne fera proprement que dans le qua- y joindre les Planches que Mr. Prevoft promet
triéme Tome de cette Edition, qui eft pref- avec fon quatrième Volume. R. d. E.
que achevé , qu’on verra l'Hittaire Naturelle (b) Ils n'en donnent pas quarante dans les
des Pays dont il eft parlé, traitée méthodique. deux Tomes, quoique j'en aye donné environ
ment, Ofattendpourlapublier, qu’on puiffe quatre-vingt.
*0
x AVERTISSEMENT pe Mn. L'ABBE’ PREVOST.
térêts, & décrédicer toutes leurs promeffes , que de faire efpérer de leurs Artiftes
une perfeétion fi fupérieure à celle des nôtres. On n'y fera pas trompé en Fran-
ce, où perfonne nignore la décadénce de ja Gravüre Hollandoife, depuis la
mort du fameux Picart , tandis qu'elle fa pas ceffé de fe perfeétionner à Paris,
A l'égard des Supplémens, par lefquels ils veulent faire appercevoir dans
leurs Notes, ce que j'ai cru devoir retrancher du Texte Anglois ou devoir y
joindre, j'étois forc éloigné de m'attendre à l'honneur d'un Commentaire,
Mais j'appréhende encore qu'une affeétation de cette nature, qui ne peut fer-
vir qu'à multiplier inutilement (c)les Volumes, ne nuife beaucoup à leur
Edition. Ce que j'ai retranché dans quelques Relations regarde des détails
inutiles , fur lefquels on m'a même reproché de n'avoir pas été plus févère,
ou des répétitions choquantes. Mes Additions confiftent dans les Liaifons
Hiftoriques , qui ont été négligées par les Anglois, ou dans quelques faits &
quelques explications que j'ai glanées après eux dans les Auteurs Originaux (d).
Je fuis trompé, fides Remarques en forme de Commentaire, fur cette efpéce
de changemens, ne paroîtront pas fuperflues. J'ai fupprimé auñi plufieurs
Notes Angloifes, les unes que j'ai cru inutiles, d'autres, que les honnêtes-
gens auroient trouvé choquantes. Dans quel Pays du Monde, & dans quelle
Religion même, liroit-on volontiers des inveétives contre le Gouvernement
& la Religion d'autrui, fur-tout lorfqu'elles ne font d'aucun ufage pour l'é-
clairciflement du Texte Hiftorique. ? Où eft l'homme raifonnable qui puiffe
approuver qu’à l’occafion du. nom.de. Sëriteurs de Dieu, que d’humbles Mif-
fionaires s’attribuent, les Anigloïs-aÿengremarqué dans une Note qu'ils méri-
tent plütôt celui de Serviteurs du Diable? Dansune autre, ils prétendent que le
Père Baglion , excellent Miffionaire Jéfuite, devoit être nommé /e Père Bd.’
lial, & qu'au lieu de Saint Dominique, il faudroit dire Saint Démoniaque, &c.
Les belles idées! & que je fuis coupable d’avoir retranché des Notes de cette
importance, ou d'en avoir adouci les expreffions, ce que le Programme Hol-
landois appelle des contre-fens ! Les principes d’honnêteté qui régnent en
France me paroiffent fi juftes & fi néceffaires, qu'ils m'ont fervi de régle
dans tous mes Ecrits. J'aurois fort mal auguré du fuccès d'un Ouvrage que
je n'aurois pas foigneufement purgé de toutes ces indécences.
Maïs il m'importe peu que les Hollandois s’écartent de mes régles dans
une Edition à laquelle j'ai refufé de prendre part, & que je défavoue. On
fent fort bien qu’en s’appropriant mon travail, par une ufurpation qui bleffe
toutes fortes de droits, ils ont d' chercher des prétextes pour colorer leur
injuftice & pour faire illufion au Public; fur-tout lorfqu’en diminuant les frais
de l'Edition par le retranchement d’un fi grand nombre de Figures & de feuil-
les, ils ne laiflent pas d’éxiger pour chaque Volume à peu près le même prix
que les Libraires de France. Î fe trouvera même, fuivant le projet qu'ils
ont adroitement conçu de transformer mes dix Volumes en douze, qu'a n.
(ce ) Is annoncent douze Volumes, au-licu
de dix que j'ai promis. Cependant il eft cer-
t:in que mes retranchemens ne montent pas à
plus di deux feuilles. D'ailleurs les deux pre-
mers J'omes de leur Edition ne contiendront
qu' cent vingi-cinq fouilles, tandis que les
Biens en qnt près de cent cinquante : d'où il
faut conclure qu'ils employent un plus petit ca-
raétère, ou qu'ils déigurent les pages en y met-
tant beaucoup plus de lignes.
(d) Sans Dire injuftice à Mr. Prévoft, le Pu-
blic eft fondé à lui demander qu’il cite l’endroit
des Auteurs Originuux dans lesquels il glane,
On fçaura alors à guois'en tenir. K. dE.
DST.
leurs Artiftes
np en Fran-
fe, depuis là
inner à Paris,
cevoir dans
ou devoir y
ommentaire,
ne peut fer-
coup à leur
> des détails
plus févère,
les Liaifons
ques faits &
'iginaux (d).
cette efpéce
fi plufieurs
s honnêtes.
: dans quelle
uvernement
ze pour l'é-
e qui puifle
imbles Mif-
u'ils méri.
dent que le
le Père Bé.-
niaque, &c.
es de cette
amme Hol-
régnent en
i de régle
vrage que
régles dans
voue. On
à qui blelTe
olorer leur
nt les frais
& de feuil-
ême pe
ojet qu'ils
, qu'à la
fin
plus petit ca-
ges en y met-
évoft, le Pu-
cite l'endroit
uels il glane,
K. d. E,
AVERTISSEMENT pe Mn. L'ABBE PREVOST, 1
fin de l'Ouvrage, leur Edition fe fera vendue plus cher que celle de Paris.
Quorqu'ie en foit, mes foins ne faifant qu'augmenter er la perfeétion
de mon entreprife, j'avertis le Public que les Figures de l'Hifhoire Naturelle de
la Côte Occidentale d'Afrique ne feront délivrées qu'au mois de Juillet prochain,
avec le quatrième Tome. La raifon de ce délai ne fçauroit déplaire aux Cu-
rieux. Après avoir remarqué que la plûpart de ces Figures fe reffemblent peu
dans les diverfes Relations des Voyageurs, j'en ai conclu que les unes ou les
autres manquent d'éxaétitude ; & ne m'appercevant point que les Anglois }
ayent apporté affez de choix, j'ai pris le parti d'en donner de nouveaux Def-
feins, d'après nature, fur les Animaux, les Végétaux, & les autres curiofi-
és de cette efpèce qui fe trouvent dans les ê us riches Cabinets de Paris.
L'éxécution d'un fi beau projec a pris plus de tems que je ne m'en füis ac-
cordé pour la Publication de chaque Volume. Mais perfonne ne doit fe plain-
dre d'un retardement dont l'avantage eft fenfibie, On en fera quitte pour
différer fix mois à faire relier le troifième Tome,
déni EE te BG ie De eDBEte ne ME FE ÿ 2 DFE KE 6 EG ee en EG 8 Ca De
R ËE PO N SE
Des Editeurs de Hollande à l'Avertiffement précédens.
ANS l'Avertiffement qu'on vient de lire, Mr. Prewo/f a pris à tâche
D de décrier cette Edition, fans l'avoir vue, & uniquement fur l'expo.
fé du Programme, qui en a été publié. Il auroit mieux fait d'attendre qu'el
le fut parvenue jufqu’à lui ; cela l'auroit vrai-femblablement empêché de
tomber dans diverfes erreurs, qu'il nous importe de relever,
IL nous accufe d'avoir retranché un grand nombre de Cartes & de Figu-
res, qui ornent fon Edition, & d'en avoir réduit pire À qui fe trou-
vent Pr les deux premiers Tomes, à moins de q:: :ante. ais s’il avoit
attendu la publication de notre troifième Volume, 4: ‘uit précifémént avec
Je Ile, Volumc de l'Edition de Paris, il A vû pa. oître ces Planches qu'il
nous blâme d'avoir fupprimé; & nous affürons ici le Public une fois pour tou-
tes, qu'il ne nous arrivera jamais d'en omettre une feule, C'’eft-là tellement
notre intention que nous n'avons pas même cru devoir retrancher le Portrait
de Mr. Prevoft, dont on auroit cependant pu fe pafler à la tête d’un Ouvra-
ge tel que celui-ci.
Maïs fi nous ne fupprimons aucune de ces Planches, nous avons au moins
grand tort de les annoncer, c’eft encore Mr. Prevoft qui parle, comme auffi
belles que celles de Paris; & cela pourquoi? parce que depuis la mort du fameux
Picart la Gravüre ct tombée en Hollande, tandis qu'elle n'a pas ceflé de Je per-
feëtionner à Paris.
. C'EST-A-DIRE qu’il n’y a point de Graveur pañuble dans ces Provinces
& que toute l'Europe, qui admire la force du burin d’un Æandelaar , & la déli-
cateffe de celui d'an Houbraken, & de plufeurs autres qu'il nous feroit aifé de
Le nommer,
tv REPONSE pzs EDITEURS ns HOLLANDE
nommer , eft de mauvais goût, Tousles François ne feront pas dans les Idées
de Mr. Prevolt, & rendront plus de Juftice à l'habileté des Graveurs de Hol-
Jande, C'eft dans cette confiance que nous Ôfons en appeller au jugement
des connoiffeurs de cette Nation, Qui prononcent fi nos Planches , gra-
vées par Mr, van der Schley, digne Élève du fameux Picart, ne valent pas
bien celles qui ont été faites à Paris; & fi nous n'avons pas leur fuffrage en
notre faveur, nous accorderons à Mr. Prevojt, que, quoiqu'il neles ait pas
vûes, il n'a pas laïffé que d'en parler avec connoïffance de caufe.
Mr. Prevosr défapronve que nous ayons fait remarquer dans des no-
tes ce qu'il a cru devoir ajoûter ou retrancher de fon Original. Mais il fem-
ble n'avoir pas bien compris le plan fur lequel nous avons travaillé,
Ce qu'il a ajouté fe trouve diftingud par une marque qui eit à la marge
du texte; & nous avons lieu d'être füurpris qu’il nous blâme à cet égard. S'il
veut bien fe donner la peine de lire l'Avertiffement que nous avons mis à la
tête du premier Tome, il y verra quenous avons pris ce parti, afin derele-
ver le foin qu'il a apporté pour rendre fa Traduétion fupérieure même à
fon Original; car on ne fçauroit difconvenir que plufieurs de ces Ad-
ditions ne foient intéreffantes, fur - tout lorfqu'il les a glanées après les An-
glois dans les Auteurs Originaux. Mais auf il. faut avouër que celles qu'il
appelle des Liaifons Hiftoriques ne font pas toutes de ce genre; des Liaifons
qui font purement de l'invention d'un Traduéteur, ne font pas toûjours fort
juftes; & il nous feroit aifé de faire voir que plufieurs de celles de Mr. Pre-
vo/t font dans ce cas, fi nous n'étions pas perfuadés que le Leéteur s'en fera
pleinement convaincu par le moyen des Marques qui les font diftinguer.
Quant aux pañlages que Mr. Prevot à trouvé a-propos de fupprimer, nous nc
les avons pas non plus inféré dans les Notes, mais dans le texte même, &
comme nous les avons aufli diftingué par un Caraétère Marginal, il eft aifé
de voir s'ils confiftent tous dans des répétitions inutiles, comme Mr. Preuoft
voudroit le faire croire. Il s'en faut beaucoup aufñfi que leur nombre foit
auf petic qu'il le prétend; nous en avons fuppléé dans les deux premiers To-
mes près de douze-cens ; & il n’y a qu'à les parcourir pour voir que Mr. Prevo/
eft bien éloigné du véritable compte, quand il dit qu’ils ne montent pas en
tout à plus de deux feuilles. C’eft précifément pour prévenir une pareille af-
fertion, que nous avons cru devoir les diftinguer par des marques particu-
lières ; & rous avons lieu de nous féliciter d’avoir pris ce parti; puifque, fans
qu’il foit néceflaire de nous étendre davantage ici fur cet article, il met les
Leéteurs en état de juger aifément de l'étendue & du prix de notre travail.
Au refte nous ne nions pas que Mr. Prévoft n'ait eu quelques fois raifon de fup-
primer des détails & des répétitionsinutiles ; auffi l’avons-nous imité en cela ;
mais en avcrtiflant toûjours dans une note des raifons que nous avions pour
‘ne pas fuppléer à fes Omiffions. Il diftingue les retranchemens qu'il a fait dans le
texte d'avec les notes qu'il a jugé à-propos de ne pas traduire ; lesunes, dit-il,
étoient. inutiles; c’eft fans doute parce qu'elles contenoient ou des citations,
ou des détails de Géographie , ou des éclairciffemens fur l'Hiftoire civile &
naturelle des Pays dont il eft queftion, Mais nous avouons qu'à l'égard des
inutilités de ce genre ,nous ne fommes pas auffi fcrupuleux que Mr. Prevoft ;
nous les avons toutes fait reparoître dans cette Edition. Quelques autres
Notes, ajoute-t-il, auroient paru choquantes à d’honnêtes-gens, parce qu’a
fon
DE
ans les Idées
reurs de Hol-
au jugement
inches , gra-
e valent pas
| fuffrage en
ne les ait pas
lans des no-
Mais il fem-
ns travaillé,
à la murge
t égard. S'il
ons mis à lt
afin derele-
ure même à
de ces Ad-
rés les An-
: celles qu'il
des Liaifons
oûjours fort
de Mr, Pre-
eur s'en fera
diflingucr.
er, nous ne
c même, &
l, il eft aifé
Mr. Prevoft
nombre foit
remiers To-
Mr. Prevoft
tent pas en
pareille af-
ues particu-
uifque, fans
, il met les
tre travail.
aifon de fup-
bité en cela ;
avions pour
a fait dans le
unes, dit-il,
ès citations,
ire civile &
l'égard des
r. Prevoft;
ques autres
parce qu'a
fon
AUAVERTISSEMENT PRECEDENT. v
fon avis , elles renferment des inveétives peu décentes contre la Religion
Catholique. Nous ne difconvenons pas tout-à-fait de cela; il eft vrai que
les Auteurs Anglois ont quelques fois employé des expreffions , qu'un Ecclé-
fiaftique de la Communion de Rome Eng e fe: difpenfer de rendre mot à
mot ; auffi les avons-nous adoucies de façon qu'elles n'offrent rien de cho-
uant aux Leéteurs raifonnables, de quelque Communion qu'ils foient. Mais
faut avouer en même-tems que Mr. Pragt a poulfé la délicatefTe trop
loin ; fi les Anglois ont pere dans quelques occafions avec trop d'aigreur,
c'eft moins quand il s’agiffoit de la Religion Catholique même, que de quel-
que: Su tions, ou de certains Eccléfiaftiques libertins, que Mr, Prevyft
n'a garde de vouloir prendre fous fa proteétion.
EN voilà affez pour faire voir qu'il nous attribue mal-à-propos d'avoir vou-
lu commenter fon Ouvrage. Suppléer à fes Omiffions, & dutinguer fes Ad-
ditions; eft-ce-là faire un Commentaire? Ce qui mériteroit mieux, ce nom,
font les notes dans lefquelles nous avons reétifié la Traduétion, lorfqu'eile
n'étoit pas conforme à l'Original. Si c'eft à cet égard que Mr. Preuoft dit
agréablement qu’il ne s'attendoit pas à l'honneur d'un Commentaire, ilne fe
rend pas la jufice qui lui eft due; puifqu'il y a bien des endroits dans fa Tra-
duétion,qui feroient inintelligibles fans ce fecours ; & afin qu'il ne nous accufe pas
d’alléguer ce fait fans preuves, nous prendrons au hazard les premières expres-
fions qui fe préfenteront à l'ouverture du Livre. 11 dit (a), que les revenus annuels
que le Prince Henri retiroit des Cannes de Sucre qu'il avoit fait planter dans
l'Ile de Madère, montoient à plus de 60000. Arobes, dont chacune fait en-
viron 500 livres, monnoye de France. Qui croiroit, fans notre commentaire,
que cette phrafe fignifie que ce Prince retiroit toutes les années 15000 quin-
taux de Sucre? Devincroit-on, fi nous ne l'avions pas dit, qu'une certaine forte
de pâte (b), défigne des Citrouilles ? Quand Mr. Prevgft nous rapporte (c)
u'un Ambaffadeur du Roi de Perfe fit à Albuquerque divers préfens qui con-
Aftoient entr'autres en Parfums; pour rendre cette phrafe intelligible, ne fal-
loit-il pas remarquer que ces Parfums font des Animaux dont les «wi e Jer-
vent à la chaffe des Gazelles? Lorfqu'il dit (d) en parlant de l'Expédition
(5) du Comte de Cumberland , que ce Seigneur s’empara de trois Bâtimens
rançois, /ans approfondir les droits ; SH ab que cela fignifie qu'il
s’en faifit parce qu'ils étoient de bonne prife? Une preuve, fuivant M. Prevoft,
), de la hardieffe des Habitans d'un Canton d'Irlande, c'eft qu'ils font
ans cloches, fans tambours, € Jans trompettes ; ne faut-il pas être aufli-bien
au fait de ce ftile, que nous y fommes, pour fçavoir que cette phrafe fignific
que les Habitans de ce Canton n'ont ni cloches , ni tambours, ni trompettes
pour cpl les gens à l'Eglife? N'étoit-il pas à-propos d'avertir que ce qu'il
appelle liqueur (g), eft de la farine; qu'un Chien eft un Bijou (b), dans fon
langage ; qu'un Eléphant bleu (i) a: un Eléphant blanc ; que des oreilles
entières
de Corfaire; quoique le Conte fut muni d'u-
ne Commiflion de la Cour d'Angleterre qui é-
€ Ibid. pag. 131. toit alors en guerre avec l'Efpagne.
(4) Ibid. pag. 337. (f) Ibid. pag. 344.
(e) Remarquons ici en paffimt que par-tout (rs Tom. Il. pag. 3.
a) Voyez Tom. I. pag. 6.
G Ibid, pag. 55. ch
Mr. Prevoft à pris à tâche de faire envifager b') Ibid. pag. 279.
cette Expédition, comme une véritable courfe i) Ibid, pag. 313.
vw
vr REPONSE pss EDITEURS ps HOLLANDE &e,
entières (+) font des orcilles percder; que des pans (1) font des piles à fris
re, qu'une Frégate où l'on trouve sreige petites piéces d'Artillerie (m) eit un
Bâtiment chargé de treize balots d'étofe? Toutes ces expreflions, & quelques
centaines d'autres de la même nature ,ne méritoient-elles pas bien l'honneur d'un
Commentaire? À la vérité nous aurions pu inférer dans le texte même la Tra-
duétion lictérale, en fupprimant celle de Mr. Prévofl ; mais n'auroit-ce pas été
là prendre une liberté dont il auroit eu raifon d'être choqué ; la méthode
ue nous avons fuivie le rend intelligible à cous les Leéteurs, fans qu'il puif-
e dire que nous ayons rien changé à fon Ouvrage; & nous efpérions nous
être mis par-là à couvert du reproche qu'il nous faic de nous étre appro-
rié fon travail par une w/urpation qui blefJe toutes fortes de droits, Ceue phra-
e lui a été diétée apparemment par la jufte crainte que notre Edition ne fafle
tomber celle de Paris; car il n'y a qu'une raifon d'intérêt qui ait pû l'aveu-
ler au point de s'écarter des premières régles de la Policeffe, dont il femble
aire profeflion. Pour ce qui eft de la chofe en elle-même , nous avons été
en droit de donner une Edition de cet Ouvrage, fur Ja fidelité de laquelle
le Public pût faire fond, & nous croyons n'avoir rien fait en cela, qui ne
foit autorifé par la pratique conftante des Libraires de France aufli- bien
que de ceux de nos Provinces,
Arrès ce que nous venons de dire, il n'eft pasnéceffuire de nous arrêter
à prouver que ce n'eft pas un inconvénient pour cette Edition, fi elle eft
compofée de douze Volumes, tandis que celle de Paris n'eft compofée que
de dix. On comprend aifément que les Additions qu'on y fait, ne permettent
pas qu'elle foit moins étendu.
Avanr que de finir, il eft bon d'avertir les Leéteurs que nous conti-
nuerons toûjours avec la même éxaétitude à rendre cette Traduétion auili
conforme à l'Original qu'il fera poflible. Nous poufferons même l'attention
lus loin; Nous éxaminerons les fources où les Auteurs Anglois vont puifer ;
k s'il leur échape quelques inadvertences, nous prendrons la liberté de les
rélever , perfuadés qu'ils fonc trop raifonnables pour le trouver mauvais. On
s'appercevra dans ce troifième Tome, que nous avons déja pris ce foin.
CR) Jbid, pag. 317.
(4) Jbid, pag. 407.
(m) Ibid, pag. 46.
EE |
Ce Volume Contient Sols Flor.
62 Feuilles, y comprisle Titre Rouge. à 1 fol. - - font 3 - 2-0
41 Figures & Cartes Géographiques. - à 3 fols.- - font 6- 3-0
x Vignette.- -----.- ss... 0-2-0
pour le petit Papier. 9 -7-0
pour le grand Papier. 14 - 0 - 0
Selon les Conditions de la Soufcription , ceux qui ont foufcrit ne payeront.
pour le PEeTiT PAPIER que -- 7-15 0
pour le GRAND PAPIER « - + - 11 - 12 0
HISTOIRE
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HISTOIRE
G EE NE R A LE
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVe, SIÉCLE,
TROISIÈME PARTIE.
LIVRE CINQUIÈME (0,
COUPS URSS LA CEA LS LES LA ti Pitt. PT.
VOYAGES EN DIFFÉRENTES PARTIES DE
L’AFRIQUE ET DANS LES ÎSLES ADJACENTES,
AVEC LA DESCRIPTION DES PAYS ET DES HABITANS,
CHAPITRE PREMIER.
Deféription des Ifes Canaries €? de l'Mle Madère, par Thomas Nicoir.
WARS LL n'y à perfonne qui ne puifle remarquer fenfiblement, dans le Ixrronuc
< > MT . cours de cet Cuire, l'énénilon du plan qu'on s'eft formé TION.
4 <S@n dans la Préface, Ici les Auteurs Anglois fatigués d'avoir fuivi
à is BE leurs Marchands au long d'une immenfe étendue de Côtes, ou
FAN dans quelques Pays dont ils n'ont guères à nous apprendre que
les noms, & fortant enfin d'une carrière ennuyeufe & pénible, déclarent
M due les Relations vont prendre plus que jamais le double caraétère de l’agré-
® ment & de l'utilité. ]
M ‘© + Ca) C'eftle IV. de l'Original. R. d. E.
L TH, Part.
Tuomas
Nicozs.
1560,
Qui étoit
Nicols,
Raifons qui
font placer ici
fa Relation.
Suplémens
qu'on y joint.
Exacte pofi-
tion des Ifles
Canaries,
» vOvA@MSDEs ANGLOISEN,. |)
ier fur Ja fène , noué! ape!
{Tomas Nicols, qu'ilé font” monter le
prend} dans une courte Préface, qu'il a demeuré dix-fepans (2 ) aux, Cana.
es & , En lifant les erreurs & les:
u’il n’a pû puis à \ paflion g MR.
faufféte uelques Voyageürs, füf:tout celles d'André Thever, qui ,
| Livre intitulé ni = Nr: L | tee
f
vf le Nouveau Amarique, dédié au Cardinal de Sens, Gar-:
Ets ‘am CaPrence à : fe end. p' jvoir rien apporté, dont il n'ait été té.
ROBE. (LEE Pa | 74] ENION 1 VER pl fhétisl TR 11} :
| HacKédyr (c) notfia | J'Ouvtage de Niçolk} "ais fins date , &
| fans autre u'tems qu'une Note de l’Auteur, où l'on trou sa ide
meuroit aux Ifles Canaries avec la qualité de Faéteur de trois célébres Né-
gociens de Londres, Thamas Loke, Antony Hickman, & Edouard Cafte.
n. ; 11 paroït par d'autres témoignages que ces trois Marchands An lois é-
oient allociés En 1554 pour le commerce de Guinée: & les deux derniers
ufqu'en 1556, mais fans Mr Loke, de forte qu'on en peut conclure que la
réfidence de l'Auteur taux Canaries finit en 1554: Mais:on recucille aufli de
quelques-uns dé fes térmes, que fon ouvrage fut compofé plufeurs années a-
près fon retour. Quoiqu'il en foit,. il a toûjours paflé pour une piéce d'autant
plus curieufe, qu'aveg ce qu'il y a.de plus remarquable dans les autres Ecri-
vains, élle contient-quanfité-de chofes qui lui font propres, telles par éxem-
le, que les Caves des Momies, dont on ne trouve ailleurs que des traces
rc imparfaites. Outre cette raifon, qui a dû faire choifir la relation de
Nicols pour fondement de tout ce qui appartient à la: defcription. des Cana-
ries, on ajoûte,. qu'il eft le feül qui ait parlé de toutes les les de ce nom.
Mais pour donner une jufie perfection à cet article, en. fuppléant à ce que
Nicols même a négligé, on a cru devoir joindre à. 1: lumières, celles de
quelques habiles gens ; qui ont eu J'occalion d'écrire iur le même füujet fans
s'être mis au rang des Voyageurs. On en nomme trois. r. Sir Edmund Scory,
qui écrivoit en. 1600. 2. Un judicieux Médecin, dont l'ouvrage, compofé
fuité Evêque de Rochefter.,] d'être inféré dans l'hiftoire de la Société Roy-,
ale d'Angleterre. 3. Edens, dont les obfervations fur. le Pic.de Ténérife en
1715, ont été placées dans les Tranfaétions Philofophiques.
Le s.1fles Canaries, dont la-moins sloigafe de, la .Côte. d'Afrique en eft
à quarante lieuës , s'étendent l’efpace de cinq degrés trente minutes de
l'Ouett à l'Eft.. DuSud au.Nord leur étendue.n'elt que de deux degrés quinze
minutes ;' mais fi l'on y comprend l'Ifle dé Madère &. Puerto-Santo, elles
n’occupent pas moins de cinq degrés 40 minutes. Elles font fituées entre le
preinier Méridien, qüi traverfe la partie Occidentale de Ferro, & cinq de-
grés trente minutes de longitude ; comme entre vingt-fept degrés trente
minutes & vingt-neuf degrés quarante-cinq minutes de. latitude du. Nord ;
ou, fi l’on y<omprendiles deux autres Ifles que j'ainommées, trénte-trois de-
grés dix minutes. Cette pofition, qui eft celle qu’on leur a donnée ici dans
Ja Carte, doit être regardée comme la plus parfaite, parce qu'elle eft fon-
dée fur d’éxaétes obférvations, dont on aura foin de rendre Compte dans le
cours de cet article. |
Ch) Angl. fept ans, R. d. E..
Ce) Vol. I, Part, II, pag. %
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Ne
vers le milieu du dernier fiécle, a paru digne au Doéteur Sprat [ qui a été en-x# M
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il n'ait étété) | |
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les par éxem-
ue des traces
a relation de
on: des Cana-
s de ce nom.
ant à ce que
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me füujet fans
Imund Scory,
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qui a été en-X#
Société Roy-. 1
> Ténérife en
frique en eft
> minutes de
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uées entre le
, & cinq de-
degrés trente
e’du.Nord ;
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née ici daris
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Chelle de Zieues Marines
25
KAART van de KANARIS Eëlieden,
Door N. BELLI
DIFFERENTES PARTIES be L'AFRIQUE, Liv. V. Onar, I. 3
ç. I.
Îfes Canaries en général
des conteftations fort vives entre les Éfpagnols & les Portugais, qui
s'en attribuoient exclufivement l'honneur. Les Portugais rétendoient Îes
avoir reconnues dans leurs voyages en Ethiopie & aux Indes Orientales. Mais
il paroît plus certain que cette connoiflance eft dûe aux Efpagnols; & l'on
ne peut contefter, du moins, qu'ils n’en ayent fait la première conquête,
avec le fecours de plufieurs Anglois.
ON ne s'eft pas mieux accordé fur l’origine de leur nom. Quelques Ecri-
vains prétendent que celle qui fe nomme proprement Canarie, a donné fon
nom à toutes les autres, & qu’elle l’a ciré elle-même du grand nombre de
Chiens qui fe trouvoient dans fon fein. André Thevet, pour confirmer cette
CS Ifles font äu nombre de fept. Leur première découverte fit naître
“Opinion, raconte qu’un certain Juba en emmena deux grands Chiens. Mais
les Infulaires, à qui l’Auteur demanda ce qu'ils penfoient de ce récit, lui ré-
pondirent, que jamais ils n’avoient fçû que leur Ifle eut produit plus de
Chiens que tout autre Pays. Il s’y en trouvoit fans doute, mais comme dans
tous les Pays du Nord-Oueft & dans quelques parties des Indes, Occidenta-
les, où les habitans s’en nourriflent au lieu de moutons. L'Auceur apprit de
quelques-uns des premiers Conquérans mêmes, que les Ifles Canaries ont ti-
ré leur nom de Ia multitude d’une certaine efpèce de Cannes dont on aura l’oc-
cafion de parler. Ces Cannes croiflent en grand nombre fur une même raci-
ne. Pour peu qu'on les prie -Clles rendent un jus couleur de lait, quipaf-
fe pour un poifon fubtil, & dont quelques Efpagnols éprouvérent malheu-
reufement le danger dans le tems de leur première découverte. A l'égard des
Cannes de Sucre, il eft certain qu'elles y furent plantées par lès Efpagnols,
plufieurs années après la conquête. Ainf le nom de Canarie ne peut être ve-
nu des Cannes de Sucre.
Les Infulairesreçurent de leurs vainqueurs le nom de Cenariens. Ils é-
toient vêtus de peaux de Boucs, larges & pendantes fans aucune forme. Ils
habitoient entre les rochers, dans des cavernes où ils vivoient avec beau-
«<coup d'union .& d'amitié. Leur langage étoit le même (D. Ils fe nourrifloient
de chair de boucs & de chiens, & de lait de chèvres. Îls faifoient auffi trem-
per dans le même,lait de la farine d'orge, dont ils compofoient une efpéce
de pain, appellé Gafia, qui eft encore en ufage parmi, leurs defcendans.
RUE en a mangé plufieurs fois avec goût, & le trouve extrêmement
ain. |
QUANT à l'origine des Infulaires, ce ‘qu’il en a pû découvrir de plus vrai-
femblable, c’eft qu'ils viennent de certains éxilés d'Afrique , anciennement
bannis par les Romains, qui leur avoient coupé la langue pour avoir blafphé-
mé les Dieux de Rome; cépéndant il confefe qu’il n’a reconnu dans leur lan-
gage aucune trace de la langue Romainé, ni de célle d'Arabie.
sur Les
(4) Onn'y parle, il eftvrai, qu'une même 1 & Î
langue, mais qui eft diverfifiée Pa des Dia- ” SAR Rr RASE
2
Nicoise:
1560.
Difficultés
fur leur dé.
couverte &
fur leur nom,
Origine & ca-
raétère des
remiers Infy-
aires.
É s Li
pzs Iszzs CANA
SDreslee ur Les Journaux des
4 ar N. BELLIN Z
Marine’.
e, où
S'éad Palma, gp
AV S'cAley direz.
KAART van de KANARISE—EÉILANDEN,g
Door N. BELLIN, Z ngernteur van de Frar
:s Iszrs CANARIES
» {ur Les Jouxnaux des Navigateurs :
r N. BELLIN Ingenieur e Z
1740.
Graad .
pFilegranza
E, #tcinire UE Rocca:Rotz,.
: raciosa
20 in een
; ne." De7 Fontyzen.
rue Silande, \
e e de Palme, ou Cantarie :
Stad Pau, D Kanàrie .
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À
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N
LANDEN, gerigt op de Daghregisters der Zeelieden,
genteur van de A Leermnagt, «4? 1746.
Nicozs.
1560.
Dépendance
des Canaries,
Nombre de
ces Jfles.
Siles Anciens
ont connu les
Canaries.
D'où vient le
nom d'ifles
Fortunées.
4 : VOYAGES DES ANGLOIS EN
Les Canaries font fous le gouvernement du Roi d'Efpagne, dont les Of.
ciers font leur réfidence dans la grande Canarie. Quoiqu'il ne poffede propre-
ment que les trois Ifles fécondes, qui font Canarie, Ténérife & Palma (e),
il s'eft réfervé le pouvoir d’éxercer fa jurifdiétion dans les autres, pour ga-
rantir les Vaffaux de l’oppreflion de leurs Seigneurs (Ç ).
SurrLEMENT. Nicols ne compte que fept Ifles, la grande Canarie, T'é-
nérife, Gomera, Palma, Hierro ou Ferro, Lancerotta & Fuerte-ventura.
Mais il y en a fix autres, qui font fituées autour de Lancerotta. Elles fe nom-
ment Gratiofa, Rocca, Allegranza , Santa-Clara, Infierno, & Lobos, qui s'appelle
aufi Vecchio-Marino, & qui eft placée entre Lancerotta & Fucrte-ventura.
On peut y joindre les Salvages, qui font entre les Canarics & Madère ; pe-
tits Rocs à la vérité, qui ne font utiles à rien; & c’eft apparemment ce
qui a caufé le filence de Nicols.
D'ANSs fon titre, il employe l'alternative d’Ifles Canaries , ou d'Ifles Fortu-
nées, en fuppofant que ce font celles dont on trouve le nom dans Ptolomée.
11 y a beaucoup d'apparence en effet que ce font les mêmes, plutôt que les
Ifles du Cap- Verd, comme d’autres fe l'imaginent ; car les Anciens ne par:
lent que d’une rangée d'Ifles, fituées au long de la Côte Occidentale d’Afri-
ue, & l’on ne peut s’imaginer avec vrai-femblance qu'ils connuffént les Ifles
du Cap-Verd , fans connoître les Canaries , (ce qu'il faudroit néanmoins pen-
fer, dans la fuppoñition que les premières fuflent les Ifles Fortunées) puifque
les Canaries font dircétement dans la route qui y conduit, qu'elles font la
moitié plas proches du Continent, & la moitié moins éloignées du Détroit de
Gibraltar. D’äilleurs on peut fort bien douter avec quelques Auteurs, fi les
Grecs avoient étendu leurs connoïiffances vers le Sud, aufi Join que les Ifles
du Cap-Verd. Enfin, ce qui femble décider ‘la queftion, c’eft qu’une des
Tiles Fortunées eft nommée formellement Canaric par Ptolomée ; à moins qu’on
ne veuille fuppofer, que ceux qui ont découvert les Canaries les. ayent ainfi
nommées à l'imitation de cet Auteur. D’unautre côté , il eft'certain que les
Arabes, fucceffèurs des Romains dans les fciences comme dans l'étendue de
l'Empire, & probablement mieux inftruits de tout ce qui appartenoïit à l'A-
frique, ont appellé les Canaries Al-Jazayr' Al-Khaledat, c’eft-a-dire Ifles For-
tunées.
Les Anciens plaçoient leur Elyfium aux Ifles Fortunées ; .ce qui a fait ju-
ger qu'elles tiroient ce nom de l’heureufe température de l'air &de la fécon-
dité du terroir (g). D’autres ont cru que dans le tems qu'on n'ôfait encore
s'éloigner des Côtes, [c’eft-à-dire avant qu’on fit ufage de la Bouflole ,] quel- x$»
que ancien Navigateur pouffé en Mer par le vent & fort heureux de rencon-
trer ces Ifles, leur donna le nom de Fortunées, parce qu'il Ge 1 léur être
redevable de fon falut (b). A l'égard du nom de Canarie, la plûpart des E-
crivains
d{g) Beckman,. dans la Rélation de fon
Voyage à Borneo, pag. 5. & d'autres Auteurs
difent que l'Air de ces Ifles, eft fort fain,
quoique très chaud; & que le terroir y eft
cxtrén+ment fertile. |
ch). Voyez les Voyages d'Atkinsen Gui-
néc, Bréfil &c, en 1721. p. 31. :
>(e) La découverte de ces trois Ifles a été
faite aux dépens du Roi. Voyez. P: Martyr.
Décad. I. pag. 9. :
cr(f) Le Roi a cédé la propriété de ces If
les, à l'exception des trois qui viennent d’ê-
tre nommées, à. ceux qui en ont fait la dé-
couverte ou la conguête & à leurs héritiers.
PT TT ce PAPERS
N
ont les Of.
Tede propre-
Palma (e),
s, pour ga-
Zanarie , T'é-
rte-Ventura.
Elles fe nom-
qui s'appelle
rte-ventura.
Madère ; pe-
remment ce
l'Ifles Fortu-
s Ptolomée.
itôt que les
ciens ne par-
tale d’Afri-
Mént lesIfles
nmoins pen-
ées) puifque
elles font la
1 Détroit de
eurs, fi les
que les Ifles
qu’une des
moins qu'on
ayent ainfi
de rencon-
it leur être
art des E-
crivains
dle ,] quel- x»
crivains s'accordent avec Thevet pour l'attribuer au grand nombre de Chiens
qu'on y trouvad'abord. Dapper, dans fa Defcription de l'Afrique nous apprend
que les Mores les appelloient toutes Elhard, du Pic de Ténérife. On ne fçau-
roit douter quelles ne fuffent connues des Romains; mais après la chûte de
l'Empire, elles furent oubliées, pendant plufieurs fiécles, de toutes les Na-
tions de l'Europe, excepté des Arabes & des Mores, qui tinrent long-tems
l'Efpagne fous le joug: a première mention qu'on en trouve parmi les Mo-
dernes, eft vers l'an 1393, qu'elles furent découvertes par Henri III. d'Ef-
agne. En 1417, Betancour conquit Lancerotta & Fuerte-ventura. Gomera
& Ferro furent fubjuguées par Fernando Pereyra & fa femme (i), au nom
peut-être de Mañliot, neveu de Betancour, qui les échangea toutes quatre,
# avec Henri de Portugal, contre une partie de l'Ifle de Madère. Ce Prince
envoya une Flotte en 1447 pour conquérir les autres Iles; mais il abandon-
na ce deflein, fur les prétentions du Roi de Caitille. L'année 1445 fe pañla
fans aucun changement (4), & peu après, la grande Canarie fut conquife
par Pedro de Vera, fimple habitant de Xericium, comme Palma & Téné-
rife le furent enfuite par Alphonfe de Lugo, aux dépens de Ferdinand le
Catholique (7). Enfin l'an 1483, elles furent annéxées à la Couronne d’Ef-
« pagne, par un traité entre Alphonfe de Portugal & Ferdinand de Caftille.
N 1445, lorfqu'Aluife da Cada-Mofto en fit le voyage, les quatre Ifles,
| qui avuient été déja conquifes, étoient habitées par des Chrétiens foûmis à
l'Efpagne ; & leur Gouverneur étoit un Re , nommé Herrera , natif
de Séville, le même peut-être qu'on vient de nommer Pereyra. Le même
us Auteur obferve, que les trois autres Ifles étant plus confidérables , les Ef-
pagnols n'en avoient pas encore fait la conquête ; qu'ellesiétoient habitées par
! des Idolâtres; que la grande Canarie n’avoit pas moins de. huit ou neuf mille
« Habitans, & ‘Ténérife quatorze ou quinze mille,
1 Onpeut prendre une idée de ces Aborigenes, für ce qu'on rapporte de ceux
M1 qui fe font confervés dans l’Ifle de Ténérife. Linfchoten & d’autres Ecri-
4 vains les nomment Guanchos, race groffière &: barbare. Ils prennent autant
4 de femmes qu'ils le defirent. Ils font alaiter leurs Enfans par des chèvres.
| Tous leurs biens font en commun, c’eft-à-dire , leurs alimens, car ils ne
connoiflent pas d’autres richeffes. Ils cultivent la terre avec des cornes de
Mbœufs.. Leurs ancêtres n’avoient pas même l’ufage du feu. Ils regardoient
, P'effufon du-fang avec horreur (m) , de forte qu'ayant pris un petit Vaif-
feau Efpagnol, leur haine pour cette. Nation ne leur fit point imaginer de
plus rigoureufe vengeance que de les employer: à garder.les chèvres , éxer-
cice qui pafloit entr'eux.pour le plus méprifable Cr). Ne connoiffant pas
le Fer, ils fe fervoient de pierres tranchantes pour fe rafer les cheveux &
| la barbe. Leurs maifons étoient des. cavernes creufées entre les rochers.
… Car excès de barbarie n'empêchoit.pas qu’ils n’euffent quelque idée d’un
N état futur ; car chaque communauté avoit toûjours deux Souverains, un vi-
ation de fon
tres Auteurs
ft fort fain,
erroir y eft
insen Gui-
N vant & l’autre mort. Lorfqu'ils perdoient leur Chef, ils lavoient fon corps
4 avec beaucoup de foin; &.le plaçant debout dans.une caverne, ils lui met-
ÿ toient
«>(i), P. Martyr. Dec. I. p. 0.
4 «œ(k) Voyez la Navigation de Cada Mofto,
+ dans la Colleétion de Ramufio. Vol, I. pag. 98.
#1) P. Martyr. ubi fupr.
c«#(m) Voyages de Herbert. pag. 3.
cn) Voyez Cada Mofto, subi, Jup,
3
DIFFERENTES PARTIES »2 L'AFRIQUE, Liv. V: Ciur. L 5
Nicots.
1560.
Conquête de
ces iles,
Par qui elles
ctoient habi-
técs.
Anciernes
mœurs des
Habitans,
Ntcocs,
1560.
Neuf fortes
d'Idolitrie
dans une mèê-
me Ifle,
Cérémonie
barbarc.
Carattère &
qualités des
Guanches.
Leur agilité
furprenante,
6 VOYAGES DES ANGLOIS EN
toient à la main une forte de fceptre, avec deux cruches à fes côtés, l'u-
ne de lait, l'autre de vin, comme une provifion néceflaire pour fon voya-
ge (0). fn.
Du tems de Cada-Mofto , chaque Ifle étoit divifée en plufieurs Seigneu-
ris. L’Ifle de Ténérife en avoit neuf. La guerre qui s'allumoit fouvent en-
:
\ def
” ceu
le c
dix
lieu
tre ces petits Etats faifoic oublier les fentimens de douceur & d'humanité , le 1
qui étoient naturels à la Nation, & le carnage étoit toûjours porté à l'ex- ! Ric
cès. Leurs armes n'étoient néanmoins que des pierres, avec une forte de bar
ances ou de dards, les uns armés de corne, d’autres nuds , mais endurcis Fa
au feu , qui les rend auffi dangereux que le fer. Pour cottes de muille, ils + Leu
s'oignoient le corps du jus de certaines plantes mélees de fuif, Cette onc- il le
tion, qu'ils renouvelloient fouvent, leur rendoit la peau fi épaifle ,| qu'elle
fervoit encore à les défendre contre le froid, [Les Hommes aufli-bien que x#
les Femmes fe fervoient du jus de certaines herbes, pour fe peindre le corps
enverd, en rouge, & en jaune; couleurs qu'ils eftimoient le plus.]
IL paroît que chaque canton avoit fes ufages & fon culte de Religion par-
) t'av
te q
de c
fûre
de q
ticuliers, Dans l'Ifle de Ténérife, on ne comptoit pas moins de neuf fortes M O
d'Idolâtrie; les uns adoroient le Soleil, d'autres la Lune, les Planettes &c. 8 jeurs
La Polygamie étoit un ufage général ; mais le Seigneur avoit les premiers ‘#® bale
droits fur la virginité de toutes les femmes, qui fe croyoient fort honorées | Spra
lorfqu'il vouloit en ufer. … le té
A chaque renouvellement de Seigneur, ils confervèrent long-temsune(p) avec
pratique fort barbare. Quelques jeunes perfonnes s’offroient toûjours pour ave
être facrifiées à fon honneur. Il donnoit une grande Fête, à la fin de laquel- & fi
de ceux qui vouloient lui donner cette preuve d'affeétion étoient conduits au pré
fommet d’un Rocher. Là, on prononçoit des paroles myftérieufes, accom- ! qu'u
pagnées de diverfes cérémonies; après quoi les viétimes fe précipitant elles- h pren!
mêmes dans une profonde Vallée, étoient déchirées en piéces avant que d'y M Cune
arriver. Mais pour récompenfer ce fanglant hommage, le Seigneur fecroyoit # main
#
obligé de répandre toutes fortes de biens & d’honneurs fur les parens des (M À
morts; [ce qui fait douter fi le facrifice ne fe faifoit pas plûtôt à la tendref- 4 M bled
fe du fang, qu'au refpeét pour le Souverain.] WE mag
DurrET dans (4) la Relation de fon voyage à Lima, nous apprend que M tans
ces Guanches, nom que les Efpagnols leur ont donné, étoient une Nation da fu
robufte & de haute taille, mais maîgre & bazanée, que la plûpart avoient Rict
le nez plat, qu’ils étoient vifs, agiles, hardis & naturellement guerriers. la pi
Hs parloient peu, mais fort vite. Ils étoient fi grands mangeurs qu'un feul me (
homme mangeoit quelquefois dans un feul repas, vingt lapins & un che- Les
vreau, Suivant la Relation du Doéteur Sprat (r}) il refte encore dans l'Ifle ferv:
de Ténérife quelques defcendans de cette ancienne race, qui ne vivent que 4 conf
d'orge pilé, dont ils compofent une pâte, avec du lait & du miel. Onleur 4 nesc
en trouve toûjours des provifions, fufpendues dans des peaux de Boucs , au 4 aux]
deffus de leurs fours. Îls ne boivent pas de vin, & la chair des animaux 1 préfc
n’eft pas une nourriture qui les tente. Ils font {i agiles & fi legers, ve
ef-
(Co) Herbert. pag. 4. (r) Hi de la Société Royale, pag. 212.
(p) Voyez Cada Motto, wbi, fupr, & fuiv.
(q) Durret, pag. 72.
ste.
SES Er hr
EX ts
k Fete
.N
:s côtés, l'u-
our fon voya-
ieurs Seigneu-
oit fouvent en-
d'humanité ,
porté à l'ex-
une forte de
mais endurcis
de muille, ils
F, Cette onc-
aille | qu'elle
aufi-bien que xf
eindre le corps
plus. ]
: Religion par-
de neuf fortes
Planettes &c.
t les premiers
fort honorées
-temsune(p)
toûjours pour
fin de laquel-
t conduits au
ufes , accom-
écipitant elles-
avant que d’
eur fecroyoit
es parens des
sapprend que
t une Nation
ûpart avoient
ént guerriers.
eurs qu'un feul
s & un che-
ore dans l’Ifle
e vivent que
iel. Onleur
de Boucs , au
des animaux
egers , qu'ils
, Ter.
oyale, pag. 212,
W& fi loin, qu'on la perd de vûe dans l'air.
jt à la tendref- 4
À DIFFERENTES PARTIES ou L'AFRIQUE, Liv. V. Cr. L 7
” defcendent du haut des montagnes en fautant de rochers en rochers, Mais
ceux qui l'entreprennent fans s'y être bien éxercés, s’y rompent quelquefois
le cou. Ils fe fervent pour cela d'une forte de pique, longue de neuf ou
dix pieds, fur laquelle ils s'appuyent pour s'élancer , ou pour gliflér d'un
ed l'autre, & pour brifer les angles qui s'oppofent à leur pañlage, pofant
le pied dans des lieux qui n'ont pas fix pouces de largeur. Le Chevalier
" Richard Hawkins, rend témoignage ro u'il les a vû monter & defcendre
À par cette méthode, des montagnes efCarpées, dont la feule perfpeétive l'ef-
à frayoic. Sprat raconte l'Hiftoire de vingt-huit prifonnicrs, que le Gouver-
neur Éfpagnol avoit fait conduire dans un Château d'immenfe hauteur , où
il les croyoit bien renfermés, & d'où ils ne laiffèrent pas de s'échaper, au
4 travers des précipices, avec une hardieffe & une agilité incroyables. Il ajoû-
te qu'ils ont une manière extraordinaire de fifler, & qu'elle fe fait entendre
de cinq milles; ce qui eft confirmé par le témoignage des Efpagnols. Il af
fûre encore ; qu'ayant fait fifler un Guanche, près de fon oreille, il fut plus
de quinze jours fans pouvoir entendre parfaitement,
1 ON trouve aufli dans Sprat que les Guanches employent les pierres dans
leurs combats, & qu'ils ont l’art de les lancer avec autant de force qu'une
» bale de Moufquet. Cada-Mofto affüre la même chofe, & s'accorde avec
4 Sprat dans la plus grande partie de cette Relation. Ils difent tous deux fur
x le témoignage de leurs propres yeux, que ces Barbares jettent une pierre
avec tant de jufteffe, qu'ils font frs d’acteindre au but qu'on leur marque ;
avec tant de force que d’un petit nombre de coups ils brifent un bouclier ;
Les de tems après la décou-
verte de ces Ifles, les habitans étoient fi habiles dans ce genre d'éxercice,
} qu'un homme offrit de donner douze Oranges à trois perfonnes, & d'en
M prendre douze pour lui, en’ s'engageant de frapper fes Antagoniftes avec cha-
cune de celles qu'il jetteroit, pendant qu'il pareroit en même -tems de la
| main toutes celles dont on tâcheroit de le toucher. ]
À l'égard des produétions de ces Ifles, les Efpagnols n'y trouvèrent ni
bled, ni vin à leur arrivée. Ce qu’il y avoit alors de plus utile étoit le fro-
, mage, qui étoit fort bon dans fon efpéce, les peaux de Boucs que les habi-
tans pañloient en perfeélion, & le fuif (*), qu'ils avoient en abondance. Dans
Ma fuite on y a planté des vignes & femé toutes fortes de grains. Lorfque Sir
Richard Hawkins (v ) fit le voyage en 1593, il y trouva du vin & du bled de
Ja produétion du Pays (x) ; mais il s’engendre dans le bled un ver qui fe nom-
me Gorgoffio, & qui en confume toute la fubftance fans endommager la peau.
Les Canaries donnent aujourd’hui, avec le vin & le bled, du fucre, des con-
ferves, de l'Orcal, de la poix qui ne fond point au Soleil, & qui eft propre par
| conféquent aux gros ouvrages des Vaifleaux ; du fer, desfruits de toutes les bon-
L nes efpéces, & beaucoup de beftiaux. La plûpart de ces Ifles peuvent fournir
, aux Bâtimens leur provifion d'eau. Toutes les Relations s'accordent à les re-
préfenter comme une fource féconde de toutes fortes de commodités, mais
relèvent particulièrement les beftiaux, le bled, le miel, la cire, le netée
e
(JP) Voyage de Sir Richard Hawkins à la g#(#) Cada Mofto uwbi fup.
Mer du Sud, & toutes les Relations Eipagno- v) Hawkins, wbi fup.
les de ces Lfles, x) Beckman vante auf le millet, pag. 4.
Nicos,
1560,
Force avec
laquelle ils fi-
fient,
Produétions
naturelles des
Canarics,
NtcoLs,
1560.
Qualité de
leurs vins,
Eau médio-
cre,
Double moif-
fon,
Végétaux,
Différence
de cherté pour
les provifions.
8 VOYAGES DES. ANGLOIS EN
le fromage & les peaux. Le vin des Canaries eft agréable & crès-fort, 11 fe
tranfporte dans toutes les parties du Monde (y). Roberts (x) prétend que
c'eft le meilleur vin de l'Univers. Linfchoten (4) confirme tout ce qu'on dit de
la fertilité des Canaries. Il ajoûte qu'il n'y pas de grains qu'elles ne produifent
avec la même abondance, & parmi les beftiaux qu'elles nourriffent, il compte
les Chameaux.
Le Maire (b) rend le même témoignage à la fécondité de ces Ifles pour tout
ce qui eft agréable & néceflaire à la vie; mais il parle moins avancageufe-
ment de l'eau, qu'il trouve d'une bonté médiocre, Les Habitans en ont la
même opinion, puifqu'ils fe croyent obligés de la purifier en la filtrant au
travers de certaines pierres. Le Maire fait obferver que le tems de la moif-
fon aux Canaries eft communément le mois de Mars & d'Avril, & que dans
quelques endroits il y a deux moiffons chaque année, Il ajoûte qu'il y a vû un
cerifier porter du fruit fix femaines après avoir été greffé, On y trouve l'Ori-
Jelle, plante qui produit la graine de Canarie, mais qui demande beaucoup
de foin & de ménagement dans ces Îfles, tandis qu'elle croît Ce fans peine
en Hollande & dans les autres + de l'Europe. Les oifeaux de Canarie ,
qu'on nomme Serins, & qui naïflent en France, n'ont ni le fon fi doux, ni
le plumage fi beau & fi varié que dans le lieu de leur origine (4).
Ourre les VARFEER qu'on a nommés, ces Ifles produifent aujourd'hui des
pois, des féves ; & des coches, qui font une forte de grain femblable au maïs,
dont on fe fert pour engraiffer la terre; des papas, des grofeilles, des fram-
boifes & des cerifes, des guaves, des courges, des oignons d'une rare beau-
té, toutes fortes de racines, de légumes & de falades, avec une variété infi-
nie de fleurs, Entre les poiflons, le maquereau y (+) eft dans une prodigieu-
fe abondance, & l'efturgeon n'y eft guères moins commun (f) puifqu'il fai
l'aliment des Pauvres. Les Canaries ont aufli beaucoup de chevaux & de
daims (£g ).
Ces obfervations regardent toutes les Canaries en général ; mais Lancerotta
cft particulièrement renommée pour fes chevaux; la grande Canarie, Palme
& d'énérife pour fes vins, Fuerte-ventura pour la quantité de fes oifeaux de
mer, & Gomera pur fes daims (h).
IL eft utile d’obferver que les provifions font plus chères dans les Ifes de
commerce que dans les autres; de forte que l'avantage des Vaifleaux eft toû-
jours de relächer à celles-ci, lorfqu'ils ne vont point aux Canaries pour y ache-
ter du vin. C’eft Dampierre qui pefe Fe tans fur cette remarque,
après en avoir reconnu la vérité par une ficheufe expérience. Durret nous
apprend que les Soldats qui font à la garde des Forts y font tranfportés d'Ef-
pagne.
(y) Voyages des Hollandois, Vol, I. pag. 96.
d) Durret, ubi fup. pag. 71.
.(z) Voyage au Cap-Verd, pag
Voyages de Dampierre, Vol, II, pag, 8.
(
1g. 4 e)
d7(a) Voyez fes Voyages. Chap. 96. pag. 177 tr) Durret, ubi Jup.
(b) Voyage aux Canaries, pag. 19. &
(ce) Le Maire, wbi fup. (b)
Dampierre, ubi fup.
Le même, #bid,
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remarque ,
urret nous
portés d'Ef-
1.
Vol. II. pag. 8.
3
1#
DIFFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv, V, Car, I.
G. I
Ille Canarie.
À longueur eft de douze milles, à peu-près fur la même largeur. Elle eft re-
pu comme la pen des Ifles du même nom, mais par la feule
raifon qu'elle eft le fiége de la Juftice & du Gouvernement. La Cour Sou-
veraine eft compofée du Gouverneur & de trois Auditeurs, qui font en pof:
feflion de toute l'autorité, & qui reçoivent les appels de toutes les autres Ifles.
La Ville fe nomme en Latin Civitas Palmarum, en en la Ciudad (a)
das Palmas, communément Palme ou Canarie. Elle eft ornéc d'une magnifique
Cathédrale, où les Offices & les Dignités font en fort grand nombre. L'ad-
miniftration ordinaire des affaires civiles eft entre les mains de plufieurs Eche-
vins qui forment un Confeil. La Ville eft grande (b), & la plûpart de Ha-
bitans fort riches. Le fable, dont l'Ifle eft compofée , rend les chemins fi pro-
res, qu'après la moindre pluye, on y marche communément en fouliers de ve-
ours. L'air efttempéré, fans qu'on y connoiffe jamais l'excès du froid ou du
chaud, On recucille deux moiffons de froment; l'une au mois de Février,
l'autre au mois de Mai. Il eftd'une bonté admirable, & le pain a la blancheur
de la neige. On compte dans la grande Canarie uruis autres Villes, qui fe
nomment Telde, Galder & Guia. L'Ifle a douze Manufaétures de Sucre, qui
s'appellent /ngantos, & qu'on prendroit pour autant de petites Villes à la
multitude de leurs Ouvriers (c).
Vorc1 la méthode qui eft en ufage aux Canaries pour le Sucre. Un bon
champ produit neuf récoltes dans l'efpace de dix-huit ans. On prend d'abord
une canne, que les Efpagnols nomment Planta; & la couchant dans un fillon
on la couvre de terre. Elle y eft arrofée par de petits ruiffeaux , qui font ména-
és avec une éclufe. Certe plante, comme une forte de racine, produit plu-
fieurs cannes, qu'on laiffe croître deux ans fans les couper, & non fix mois,
comme T'hevet le prétend mal-à-propos. On les coupe jufqu'au pied; & les
liant avec leurs feuilles, qui fe nomment Coholia, on les tranfporte en. fagots
à l'Inganios, où elles font pilées dans un moulin, & le jus eft conduit par un ca-
nal dans une grande chaudière, où on le laiffe bouillir jufqu’à ce qu'il ait ac-
uis une jufte épaiffeur. On le met alors dans des pots de terre, de la forme
‘un pain de fucre, pour le tranfporter dans un autre lieu, où l’on s'occupe
à le purger & à le blanchir. Des reftes de la chaudière, qui s'appellent
Efcumas , & de la liqueur qui coule des pains qu’on blanchit, on compofe
une troifième forte de fucre, qui fe nomme Pamela ou Netas. Le dernier
marc, ou le rebut de toutes ces opérations, fe nomme Remiel ou Melle, &
l'on en fait encore une autre forte de fucre, nommée Refinado.
LorsQUE la première récolte eft finie, on met le feu à toutes les feuilles
qui font reftées dans le Champ, c’eft-à-dire, à toute la paille des cannes; ce
qui confume toutes les tiges, jufqu’au niveau de la terre ; & fans autre fecours
que
“ÆEa)[C'eft du moins le nom qu'elle porte dans b) Angl. eft belle. R. a. E.
les Aétes publics, & inême dans les Contrats c) Angl. & on y fait une très grande quan-
pts & les Procédures de Juftice.] tité de fort bon fucre, KR, d, E,
. Part.
Nicors
1560.
Grandeur de
l'Ile,
DifFérers
noms de la
Capitale,
Trois autres
illes,
Méthode des
Canaries pour
la culture & la
fabrique du
Sucre.
Tems de fa
récolte,
N'eozs,
1560,
l'rults divers,
Plantano.
Divers té-
moignages fur
là même lle,
Fortifications
de Canaric,
Cours & Cou-
vens de la Ca-
pitale,
VOYAGES DES ANGLOIS EN
ue le foin d'arrofer & de nettoyer le terrain, les mêmes racines produifene
ans l'efpace de deux ans une feconde moiffon , qui fe nomme Zu, La troi-
fième, qui arrive dans le même période, eft appellée tertia Zaca, la quatriè-
me, quarta Zoca, & toûjours de même jufqu'à ce que la vicilleffe des plan-
tes oblige de les renouveler.
L'IsLe Canarie produit us vin d'une bonté fpéciale , fur-tout dans le Can-
ton de Telde, Elle n'eft pas moins féconde en excellens fruits, vels que les
melons, les poires, les pommes, les oranges, les limons, les grenades , les
19
figues, les pêches de diverfes efpèces , [les pus & fur-cout le Plantann y?
ou le Plantain. Cet arbre n'eft pas propre aux édifices, Il croît fur le
bord des ruifflkaux, Son tronc ef fort droit, & fes feuilles extrémement
épaifles. Elles ne viennent pas aux branches, mais aux fommet de l'arbre,
où celles fortent du tronc même, Elles ont une aune de longueur , & Ja
moitié moins de largeur. Chaque arbre n'a que deux ou trois branches, fur
lefquelles croiffent les fruits, au nombre de trente ou quarante, Leur forme
eft à peu-près celle du concombre, Ils font noirs dans leur maturité, & l'on
peut dire qu'il n'y a point de confiture aufli délicieufe, Le Plantain ne pro-
duit qu'une fois. On le coupe enfüuite. De la même racine il en naît un
autre, & l'on recommence ainfi continuellement. L’Ifle de Canarie eft
fort bien fournie (4) de bêtes à cornes, de chameaux , de chèvres, de
ouleo, de canards, de pigeons & de groffes perdrix. Le bois eft ce qui
ui manque le plus. Sa fituation (+) eft à vingt-fepc degrés du Nord.
SurrLEMENT, Cette Ifle a de tous côtés treize ou quatorze lieuës d'é-
tendue, & fon circuit n’en a pas moins de quarante, Suivant l'opinion
commune, elle eft la même que les Anciens, particulièrement Prolomée,
ont appellée du nom qu'elle porte encore, C'eft la principale de toutes ces
Ifles. Le nom de fa Capitale eft Canarie, ou Ciudad de las Palmas (f).
Le MAIRE, quiétoit dans cette Ifle en 1628, nous apprend que la Ville
eft défendue par un Château fitué fur une Colline , mais peu capable (g) de
réfiftance. Elle eft au Sud-Sud-Oueft, à une lieuë & demie de la Rade, où
l'ancrage eft auffi bon, qu’il eft dangereux contre le rivage même de la Vil-
le, à caufe des rocs qui font cachés fous l'eau. On compte dans la Ville de
Canarie environ douze mille Habitans, dont on affüre que le courage fupplée
à la foibleffe de leurs murs. Elle n’a guères moins d’une lieuë de circuit,
fes Edifices font fort beaux; & la plûpart des Maifons ont deux étages, a-
vec des Plate - formes au fommet: À our Epifcopale, le Tribunal de l'In-
quifition, & le Confeil fouverain , qui eft comme le Parlement des fept Ifles,
ont leur fiége à Canarie; mais l'Évêque, le Gouverneur, & les Gens de
ualité font leur réfidence (h) à Ténérife. Il y a dans Canarie quatre
Couvens (i); les Dominiquains, les Cordeliers, les Bernardines, & les Ré-
colets
( ) Durret dit qu'elle a une bonne Citadel-
le, & un petit Fort à gauche, devant lequel
les Vaiflcaux demeurent à l'ancre; pag. 71. &
fuivantes.
(b) Tousles autres difent qu’ils demeurent
à Canaric, ,
Ci) Durret dit qu'ils ont été bâtis par les
Marchands Genois,
(d') Herbert dit que la grande Canarie eft
pleine de chèvres, de vaches, d'ânes, de
porcs, de froment, de ris, d'orge & d'une
variété de fleurs & deraifins. Voyages d'Her-
bert, pag. 4. Linféhoten y joint les chameaux.
(e) C'eit plutôt 25 degrés. La Capitale du
moins eft à cette dernière latitude,
Cf) Beckman Voyages à l'Ifle Borneo, pag.
4. & fuivantes.
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tels que les
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le Plantann x?
roît fur le
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Leur forme
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| en naît un
Canarie eft
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Nord,
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nt l'opinion
t Ptolomée,
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la Ville de
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: de circuit,
étages , a-
nal de l'In-
es fept Ifles,
les Gens de
arie quatre
, & les Ré-
colets
bonne Citadel-
devant lequel
cre; pag. 71. &
u’ils demeurent
té bâtis par les
au troifième, celui de Rottins de la feconde année &c.
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv, V, Cr, L 1
colets (4). L'Auteur fut appellé aux Bernardines, en qualité de Médecin,
& leur fie quatre vilités; mais il reconnuc bientôe que leurs principales mala-
dies venoient de leur captivité continuelle, Elles le careflèrent beaucoup,
Ixfrelles le chargèrent de bifcuits , & de coutes forces de confitures [ féches &
liquides, de limonade, de malvoilie, & de voutes fortes de fruics, qu'elles
lui envoyoient fur des plurs & des foucoupes de porcelaine , garnies de ro-
fes, d'ocillets, de fleur d'orange, de jafimin, & de tubereufes, fans compter
4 force bouquets, ] [ & cela avec des politefles, dont il crut devoir la meilleu-
re partie à fon fexe, ] Il leur fit aufli quelques préfens , qui furent avide-
ment reçus, Les François ont un Conful à Canarie; le Maire fut appellé
pour voir fa femme, dont les infirmités auroient demandé des Médecins plus
éclairés qu'il ne s'en trouve dans ceute Ville (7).
Le Plantano ou le Plantain, aux Indes Occidentales, eft de la hauteur
d'un Pommier ordinaire ; mais il a le tronc fort droit, & diminuant un peu
en groffeur à mefure qu'il s'éleve, Dans fa fubflance, il reffémble beaucoup
à la tige du Choux ; les feuilles font communément plus larges que l'Auteur
ne le fait obferver, La refflemblance qu'il donne au fruit avec le concom-
bre feroit allez jufte, s'il avoit ajouté qu'il eft plus gros; il croît en grappe,
qui en porte depuis feize jufqu'à trente & quarante, Lorfqu'il commence à
meurir, fa couleur eft d'un brun blanchäcre: il ef alor un pen plus dur que
la Patate ou la Pomme de terre, & couvert d'une pean fort Cpaiffe, d'un
verd pâle, À mefüre qu'il avance en maturité, le fruit & la peau jauniffent ;
& lorfqu'il commence à paller, la peau devient noire; mais fi on la leve
le fruit eft d'un jaune foncé & rougeätre, qui femble beaucoup à l'or, il
n'y a perfonne qui ne le trouve délicieux.
[Pour éclaircir ce qui a été dit fur les Cannes de fucre, nous décrirons
ici la manière de les planter, & de faire le Sucre dans la Jamaïque, Premié-
rement on plante les cannes dans des creux ou foffés d'environ un pied en
quarré, & qui pour l'ordinaire n'ont pas plus de fix pouces de profondeur.
On met dans chacun de ces quarrés quatre ou fix tronçons de cannes ; les
nouvelles cannes pouflent par Îles nœuds de ces tronçons & font en état d'ê-
tre coupées au bout de feize ou dix-huit mois. Le premier jet s'appelle can-
nes de plan; on donne au füuivant le nom de Rottins de la première année;
À Il y a peu de ter-
roirs qui donnent plus de trois ou quatre récoltes de Roctins.
DA Ns la Jamaïque, pour expédier l'ouvrage, on fe fert de cinq, de fix, & mê-
me de fept chaudières, dont la derrière s'apelle Tech, ou la Étterie: après
u'on a fait pafer le fucre par toutes ces chaudières, on le met dans les Ra-
raichiffoirs, mais auparavant on y jette un peu de chacun pour perfeétion-
ner fon grain. Du Rafraichifloir on le tranfporte dans des Canots, aux-
ges on donne le nom de pots, apparemment parce qu'on les a dabord fait
e terre ; à préfent ils font compofés de quatre planches, jointes de façon
qu'elles forment une pyramide,. mais un peu ouverte à ion fommet, qu'on
nomme le fond du pot, parce que cette partie eft fituée vers en bas dans
les purgeries, pour que les fédimens du fucre puiffenc s'écouler. C'eft avec
la
(kK) Le Maire dit que c'eft un Couvent de
AE re 4 (1) Le Maire, Voyage aux Canaries, pag.
19. & fuiv.
B 2
Nicors
1560,
Obfurvation
(ur lePlancain,
Situation de
Ténérife,
Son Pic & fa
Defcription.
Arbre Vina-
tico & Barbu-
fane. |
. longueur: le pañfage en eft charmant, par la quantité de petits Oifeaux qui
Oifeau char-
mant.
Taybayba ,
arbrifleau,
Dragon, &
fon ufage,.
. puis trois lieuës jufqu’à quinze, & fon circuit jus du Dragon, s'appelle gomme Adragapt ,
'
12 VOYAGES DES ANGLOIS EN
la liqueur qui en fort, qu'on fait par la diftillation la meilleure efpèce de
Rum: la moins eftimée fe fait avec l'écume que jette le fucre, quandil bout
dans les chaudières. Le fucre qui fe prépare de cette manière s'appelle Mof. |
couade, ou fucre brut; celui dont l’Auteur a parlé ci-devant fe nomme fucre l
terré. Le fucre qui s'attache aux parois des Rafraichifloirs eft fort dur; on ‘
lui donne le nom de Pannelle. Il y a peu de cette dernière efpèce de fu- + #
cre, & l’on n’en fait pas beaucoup ufage ]
$ IIL
Ille de Ténérife.
C7: TE JIfle eftau 27e, degré & demi (a) delatitude. Sa (5) diftance
de l’Ifle de Canarie eft de douzelieuës au Nord. On lui donne dix-fept
lieuës (c) de longueur: la terre en eft haute. Au milieu de l'Ifle s’éleve
une Montagne ronde, qu’on appelle le (d) Pic de Teithe, & dont la hau- 1
teur eft fi prodigieufe, qu'elle a plus de quinze lieuës de chemin. [ Elle a à peu-X3 14
près la figure d’une de ces mefüres dont.on fe fert pour mefurer le charbon sn
de terre, & qu’on nomme chauderons. ] Du fommet, qui n’a pas plus d'un
demi-mille de. tour. il farr quelquefois des flammes & du fouffre. A deux mil-
les au-deflous , on ne trouve que de la cendre & dés Pierres de Ponce. A deux
milles encore, la Montagne eft couverte de neige pendant toute l’année: un
peu plus bas, elle produit des Arbres d’une hauteur furprenante, qui fe nom-
ment Vinatico, dont le bois eft fort pefant & ne pourrit jamais dans l’eau.
Il yen a une autre forte, qu'on appelle Barbufane, & qui eft de la même
qualité que le Pin: plus bas on trouve des Forêts de dix & douze milles de
"A
#
111
À
ik
font entendre un ramage admirable. On en vante un particulièrement qui eft
fort petit, & de la couleur de l'Hyrondelle, avec une tache noire & ronde,
de la grandeur d’un liard, au milieu de la poitrine : fon chant eft délicieux ; mais
s'il eft renfermé dans une cage, il meurt en peu de tems
TÉNÉRIFE produit les mêmes fruits que l’Ifle de Canarie. Il s’y trouve
auf, comme dans les autres Ifles, une forte d’Arbriffeau nommé Taybayba,
dont on exprime un jus laiteux, qui s’épaiflit en peu de momens & qui forme
une excellente glue. Mais l’Arbre qui fe nomme Dragon Ce) eft propre à l’Ifle
de Ténérife. Il croît fur les terres hautes & pierreufes; & par les invifions
qu’on fait au pied il en fort une liqueur qui reffemble au fang, & dont les Apo-
ticaires font une drogue médicinale. On fait, du bois de cet Arbre, des Target-
tes ou de petits Boucliers qui font fort en eftime, parce qu'ils ont cette pro-
| priété
(a) La partie la plus Méridionale eft pref- a dix-huit lieuës de long & dix de large.
qu’à 28 degrés. La partie du Nord à 28 degrés (d) Ou de Tayda, c’eft ainfi que le nom-
4° minutes. ment Varene & Beckman. Ils ajoûtent que les
cn) Plâtôt à l’Oueft qu’au Nord-Oueft. Habitansle nomment Pico de Terraria. Dap-
c) La lon;ueur de Téuérife eft conteftée. per dit la même chofe dans fa Defcription de
Les uns lui donnent 22 lieuës, d’autres plus l'Afrique.
ou moins. Sa largeur eft fort irrégulière , de- (e) Durret confirme cet endroit, pag. 7. Ce
d'environ foixante lieuës. Beckman, Voyage ou fang de Dragon,
à Bornco, pag. 4. & fuiv. Dellon aflüre qu'elle
ES
j
dry de ,
Melle Mot | CARTE Dpz L'ISLE px TlENERIFFE
mme ficre 4 Suivant Jes Oéservations Astronomiques
ort dur; on fl
pèce de fu- Ct des Journaux de Harigateurs :
À ÆZckelle.
\ Lieues Marines de France et d «#nglterre de 20 au Degre: |
\ Zzxz-MYLEN van 420 in een Graad. u
\ + C2 J 4
(b) diftance
nne dix-fept
'Ifle s’éleve
dont la hau- i)
Elleaàpeu-X#
le charbon hi
lus d'un
A deux mil-
nce. À deux
l’année: un
qui fe nom-
s dans l’eau.
de la même
ze milles de
Oifeaux qui
ment qui eft
re & ronde,
icieux ; mais
Woonsng" des Gvoeverneurv,
18 pe
1 s'y trouve
é Taybayba,
& qui forme
ropre à l’Ifle
les invifions
ont les Apo-
| des Target-
t cette pro-
priété
de large.
fi que le nom-
joûtent que les
lerraria. Dap-
Defcription de
oit, pag. 7. Ce
me Adragat ;
KAART van’t EILAND TENERIFF
Vorens Sterrekundige -Waarneemingen ,ex Daghregisters rer = HN
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, V. Cir. I. 13
© priété qu'une épée dont on les frappe s’y enfonce, & tient fi fort au bois qu'on Nicozs.
! ne l'en retire pas fans ac 1560.
Carre Îfle porte plus de bled que toutes les autres ; ce. qui luia fait donner °
M Je nom de Nourrice & de Grenier dans les tems de difette & de cherté. 1! |
M croît fur les Rochers de Ténérife une forte de moufle, nommée Orchel, qui . Mouffe pour
&'N s'achete par les Teinturiers. L'Ifle-a douze Inganios ou Manufaétures de fu- les teintures,
M cre; mais on y admire particulièrement un petit Canton, qui n’a pes plus
« d’une lieuë de circonférence, auquel on prétend qu'il n’y a rien de compa-
rable dans l'Univers. Il eft fitué entre deux Villes , dont l’une fe nomme
Larotava, & l’autre Rialejo. Ce petit efpace produit tout-à-la-fois de l’eau Prodigicufe
« excellente, qui s’y raffemble des Rocs & des montagnes; des grains de tou- ones d'un
| tes efpèces; toutes fortes de fruits; de la foye, du lin, du inve, den, PPS MR.
cire & du miel; d’excellens vins en abondance, une grande quantité de fucre,
& beaucoup de bois à brûler. En général l'Ifle de T'énérife fournit beaucoup
de vin dux Indes Occidentales & aux autres Pays ; le meilleur: croît fur le
revers d’une Colline, qui s'appelle Ramble. La Ville Capitale, nommée
À ) Lagane, .eft fituée fur le bord d’un Lac, à trois lieuës de la Mer. Elle Ville Capi-
% eft bien bâtie, & l’on y compte deux belles Paroiffes. C’eft la réfidence du br de Téné-
0 Gouverneur; les Echevins y obtiennent leurs emplois de la Cour d'Efpagne.
" Il y a quatre autres Villes dans l’Ifle de Ténérife, Santa-Cruz, Larotava,
Rialejo, & Garachico. Avant la conquête, cette Ifle avoit fept Rois, qui
U vivoient dans des cavernes, comme leurs Sujets, qui fe nourrifloient des
mêmes alimens, & qui n’avoient pour habits que des peaux de Boucs, com-
M me les Habitans de Canarie. On a déja remarqué que la fépulture que les sépulture
Barbares donnoient aux corps de leurs Princes confiftoit à les placer debout des Princes
M dans une grande caverne ; & s’ils avoient joui de l'autorité fouveraine, ils leur Canariens,
7 mettoient à la main un bâton en forme de fceptre, avec un vafe plein de lait
4 à leur côté. L’'Auteur vit trois cens de ces corps dan: une même caverne, &
‘4 leur trouva la peau fi féche qu’il la compare au parchemin; mais il n'ajoûte
%M rien ici qui puifle expliquer comment ils étoient fi bien confervés. Chaque Ifle
-Mavoit fa langue particulière, outre celle qui étoit commune à toutes les
+ MCanaries.
% Les Ifles de Canarie, de Ténérife & de Palme (g ) appartiennent au Roi
"'Efpagne, qui en tire annuellement cinquante mille ducats. Elles font aufi
“ous la Jurifdiétion d’un feul Evêque , dont le revenu annuel eft de douze
mille ducats.
… SUuPPLEMENT. Ténérife, quoique la feconde des Ifles Canaries en digni-
\ té, eft la plus confidérable par l'étendue, les richefles & le commerce.
à Sir Edmund Scory, homme de fçavoir, prétend que cette Ifle fut nommée
Nivaria, de la neige qui environne le Pic de Teithe comme un collier; & Ténérif
Je nom de Ténérife ne lui a été donné que par les Habitans de l’Ifle de Pal- nommé Niva-
PTIT la langue defquels Tener fignifie de la neige, & fe une monta-
gne (b).
LE Capitaine Dampierre à publié de fort bonnes remarques fur l'Ifle de
Ténérife.
(f) Plus proprement $. Chriftoval de la leur fituation eft au milieu des autres.
Laguna, ou S. Cüriftophe du Lac. (b) Voy.le Pilgrimage de Purchafs.pag.715,
(g) Ces trois Jfles font les principales, &
B 3
Ê
15 VOYAGES DES ANGLOISEN
Ténérife, Il obferve que fon étendue étant Nord & Sud, fes principaux
Ports font du côté de l'Eft & de l'Oueft. Il nomme pour les plus confidéra-
bles (i ) Oratava à l'Oueft, & Santa-Cruz à l'E. C'eft Oratava qui eft le
plus célébre par.le Commerce. Les Anglois y ont un Conful & plufieurs
Marchands. Il eft plus dangereux dans les vents de l'Oueift, que Santa.
Cruz dans ceux de l'E. La meilleure eau fe trouve auffi à Santa - Cruz;
de forte que les Batimens y envoyent leurs Chaloupes d'Oratava même. Ce
Port eft éloigné de la Rade environ d'un mille, & n'en eft féparé que par
une petite langue de fable où l'abordage eft extrémement daux & commode.
C'elt le plus für des deux Ports en Hiver ; mais les deux Rades font tellement
ouvertes, l’une à l'E, & l’autre à l'Oueit, que les Vaifleaux fe voyent fou-
vent forcés de mettre en mer, & de laiffer même couler leurs ancres pour
faire plus de diligence; àprès quoi ils reviennent tranquillement au même lieu.
A Santa-Cruz, le meilleur ancrage n'eft pas à plus d'un demi (&) mille du
rivage , fur trente , quarante & cinquante braffes d'un fond limoneux.
S'il s'y trouve beaucoup de Vaiffeaux , ils font fort refferrés l'un (/)
près de l’autre. Le Rivage eft généralement fort élevé, & mème efcarpé
dans la plûpart des lieux d’où les Bâtimens peuvent s'approcher. Entre ce
Port & l’endroit où l'on trouve de l'eau fraîche, il y a deux petits Forts qui
commandent la Rade, & quelques batteries de canon répandues au long de
la Côte: la Ville, qui eft fans muro & fort petite, cftdéfendue auñi par deux
autres Forts (m).
Les maifons de Santa-Cruz ne furpaflent pas le nombre de deux cens;
mais elles font toutes de pierre, à trois étages [& couvertes de tuiles:] lesy
meilleurs Edifices font l’'Eglife Paroifliale & deux Couvens (n).
[Les Forts dont on vient de parler ne purent pas garantir les Galionsté
d'Éfpagne contre l’Amiral Blake, quoiqu'ils fe retiraffent aufi prés qu'il leur
fut poffible fous le plus confidérable. Les Anglois endommagèrent beaucoup
la Ville, & l’on voit encore aujourd'hui les marques de leurs boulets de ca-
non dans les murailles de ce Fort. Les débris de ces Galions ne font qu’à 15
braffes d’eau, & l’on dit que la plus grande partie de l'argent y eft reftée.]
A trois milles de Santa - Cruz , on découvre (o) Laguna fur une petite
éminence
Ntcozs.
1560,
Ses princi-
VAUX Ports &
fours proprié-
tes,
Scs F'ortifica-
tions,
(m) Dellon dit au mêmeendroit que le Fort
(i) Dampierre rapporte fur la foi d'autrui,
qu'Oratava eft plus grande que Laguna, qu'el-
le a plufieurs Couvens, mais une feule Pa-
roiffe. Nicols «ppelle cette Ville Larotava,
d'autres la nomment Lauratava. Le P. Feüillée
a fait en 1724, le 26 d'Aoùût, pluficurs obfer-
vations fur la longitude de cette ifle. Il a trou-
vé'la ditance méridienne entre Oratava &
Toulon, de 22 degrés 23 minutes, & par con-
féquent entre Paris 18 degris 48 minutes ;
[& entre Ferro, qui ett à l'Ouett, un degré
12 minutes. Le mêine Auteur place cette Ville
5 minutes à l'Eft de Laguna.]
Çk) Durret dit, un mille.
(4) Vis-à-vis de Santa-Cruz eft un autre
Port nommé /a Rota. Le refte de l'Ifle eft en-
vironné de rochers inacceflibles, Supplément au
Voyage des Indes Orientales par Dellon, pag. 6.
_dent de ce côté-là.
principal a quatre baftions, & commande la
Ville de Santa-Cruz, qui eft le lieu le plus fr
de l’ifle pour l’abordage; que fur la Côte du
Nord il y atrois autres petits Forts; & au
Sud, un Château avec des tours rondes, &
deux petits Forts devant la Ville qui la défen-
Durret s'accorde avec ce
récit, excepté qu'aux trois l'orts, ilen joint un
quatrième en forme de Tour.
(n) On y voit.trois Monaftères d'hommes
& trois de filles. I s'y trouve auffi un Hermi-
tage le plus agréable du monde , [ & à tra-W.
vers lequel coule l'eau d’une Source qui fe rend
à la Ville,.& qui fort des montagnes ,] Durret,
P
ag. 74.
(o) Le P. Feüillée, par l'obfervation des
Satellites, aux mois de Juillet & de Septembre
1724."
E N
fes principaux
plus confidéra.
tava qui ft le
ful & plufeurs
ft, que Santa.
à Santa- Cruz;
va même, Ce
féparé que par
& commode,
font tellement
fe voyent fou-
rs ancres pour
t au même lieu.
i (4) mille du
ond limoneux.
rrés l'un (/)
mème efcarpé
her. Entre ce
tits Forts qui
1es au long de
auili par deux
de deux cens;
de tuiles :] lesy+
tir les Galionstt L
près qu'il leur
rent beaucoup
boulets de ca-
e font qu'a 15
y eft reftée. ]
fur une petite
éminence
endroit que le Fort
& commande la
le lieu le plus für
e fur la Côte du
its Forts; & au
tours rondes, &
ille qui la défen-
s'accorde avec ce
orts, ilen joint un
ftères d'hommes
e aufli un Hermi-
mde , [ & à tra-
pource qui fe rend
atagnes ,] Durret,
l'obfervation des
& de Septembre
; +‘ 1724.
DIFFERENTES PARTIES » L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. L 15
© éminence: la terre des deux côtés de la Rade, eft parfemée de rocs ; mais
“ on y voit par intervalles quelques pee cantons cultivés. Au long des Mon-
tagnes, tout eft rempli de Vignobles, entremélés néanmoins de quantité de
ŒRochers, qui ne rare que [des buiflons qu'on nomme Dildos, & qui
reffemblent à] cette efpéce de Cannes venimeufes, dont Nicols a fait men-
“La Ville de Laguna forme une Perfpcétive fort agréable du côté qu'elle
"s'étend fur le penchant de la Colline; de l'autre elle s'avance dans la Plaine.
» Elle n'eft ni petite, ni mal-bâtie; fes Maifons fans être uniformes, lui don-
#hncnt l'air d'une Ville confidérable , [elles font bâties comme celles de San-
ta-Cruz ] On en diftingue plufieurs, qui s'élevent comme autant de Palais:
Melle a deux Couvens de Filles, & quatre d'Iommes; un Hôpital, quelques
Chapelles & deux Eglifes Paroifliales, avec de fort beaux Clochers. PLes
Couvens d'hommes font ceux de $. Auguftin, de S. Dominique, de S. Fran-
çois, & de S. Diégo ou S. Jaques.) Les rues font fpacieufes & fort belles :
elles s'ouvrent au milieu de la Ville par une grande Place, qui eft entourée
de fort beaux bâtimens. La plûpart des maifons font ornées de jardins, & de
7 parterres ou de terraffes, fur lefquelles on voit régner de belles allées d'O-
? rangers €: de Limoniers. La fituation de Laguna peut recevoir quantité d'em-
L belliffemens. Comme elle domine fur la mer, & qu'elle eft ouverte du côté
M de l'Eft, elle a l'avantage du vent de commerce, qui eft ordinairement fort
1 doux; de forte que pendant tou le jour elle n'efl guères fans quelque fouf-
“fe rafraîchiflant, dont la Plaine voifine tire tant d'avantage, que l'herbe y
Left d’une verdure charmante. Cette Plaine eft terminée à l'Oueft par des Mon-
« tagnes, qui lui fourniffent une autre fource d’agrémens par la fraicheur de
“leurs eaux: la principale fontaine G cft conduite jufqu'à la Ville par des
tuyaux de pierre, élevés fur des piliers. De l'autre côté, c'eft-à-dire à
AV'Eft; la nature a placé un Lac, ou un Etang (q) d’eau fraîche, d'un de-
* imi-mille de tour: on voit dans toutes les faifons fur fes bords une multitude
“de Beftiaux; mais en Hiver il eft couvert de toutes fortes d'Oifeaux de mer,
Miqui donnent aux Habitans le plaifir de la chafle; c’eft de ce Lac que la Vil-
Me a tiré le nom de Laguna. Enfin fi l’on confidère dans la Capitale de Té-
“Mhérife, la fituation, l'étendue de fa vûe à l'Eft; (car la vûe s’étend jufqu’à
Ma grande Canarie) fes Jardins, fes Allées d'arbres & fes Bofquets, fa Plai-
%e, fon Lac, fon Aqueluc, & la douceur des vents dont elle eft rafraîchie;
elle doit pafler pour une habitation délicieufe. On ne fait pas la même pein-
ture du refte de l’Ifle, qui eft rempli de Rochers & de Monts efcarpés, dont
les
1724, trouva que cette Ville eft fituée à 22
… degrés 28 minutes Oueft de Toulon, & par
" conféquent 5 minutes Oueft d'Oratava, & un
… degré 7 minutes Eft de Ferro.
: _ Cp) C'eft la Fontaine dont Durret parle.
: Mais Dellon ajoûte que la fraicheur de l’eau
y eft entretenue par de grands arbres qui font
| autour de la Source, & que toutes les Collines
voifines font couvertes d'oranges, de citrons
: & de grenades ; qu'il y a au pied de Ia monta-
gne un Canton charmant, à côté duquel l’eau
Deer Lee 72
tombe des rochers avec un doux murmure, &
fe raffemblant dans un canal, arrofe la Plaine
l'efpace de quatre milles & demi; après quoi
elie entre dans un Aqueduc, qui la conduit
l'efpace d’une demi- lieuè jufqu’à deux cens
pas de la Ville, oùelle eft reçue dans deux ci-
ternes. Dellon, ubi fup.
(g) 1 y a aufli, près de la Ville, fur une
petite Colline, un Lac environné d’autres Col-
lines, qui abreuve les beftiaux des Habitans.
Dellon , ubi Jup.
Nivor;.
1560
Laguna, Ca-
pitale de lé
nérife,
Sa Defcrip-
tion par Dun-
pierre,
Nicozs,
1560.
Autre defcrip-
tion parScory.
Faucons plus
ros que ceux
€ Barbarie,
Vol prodi-
giceux d'un
Faucon.
Obfervations
fur le Pic de
T'énérife,
16 VOYAGES DES ANGLOIS EN
les Voyageurs ne fe dégagent qu'avec peine, avec des Anés & des Mulets
pour montures. On s'en fert aufi pour les chariots & les autres voitures.
. De Laguna, on découvre au Sud-Oueft une pointe de Montagne qui fur-
pafle toutes les autres ; mais qui paroît peu confidérable dans ce point de
vûe, parce qu'elle eft environnée de plufieurs autres Monts ; c'eft le fameux
(r) Pic, eft regardé avec raifon comme la partie du Globe Terreftre la plus
éloignée du Centre.
La terre, dit Sir Edmund Scory , s'éleve infenfblement depuis le Port de
Santa-Cruz jufqu'à Ciudad de Laguna. Cette Capitale eft admirablement fi-
tuée au milieu d’une Plaine, dont la circonférence eft d'environ dix milles,
& qui eft environnée de hautes montagnes, excepté vers le Nord-Ouett. I!
y entre de ce côté-là un vent qui porte beaucoup de fraîcheur dans la Ville:
c'eft ordinairement à midi quil commence, pour durer jufqu'a minuit,
quoiqu'en-même tems il fouffle pleinement Sud - Eft fur Mer, Pendant la
nuit, fa fraîcheur eft quelquefois exceflive, à caufe de la rofée qui tombe
alors en abondance. Les Maifons de la Ville font bâties de pierre brutes,
prefque toutes à deux ou trois étages: elles n'ont pas de cheminées, même
dans la Cuifine ; mais feulement un fourneau çontre le mur. Aufi les Ha-
bitans mangent-ils leur viande grillée plutôt que rôtie. La forme de la Vil-
le eft fort belle, & les rues aflez droites: elle n’a point de murailles; mais
elle eft bien fournie d’eau. Son nom lui vient d’un Lac qu'elle a du cô-
té de l’Oueft, & fur lequel il fe trouve quantité d'Oifeaux de mer & d’eau
douce.
Je ne puis oublier, dit Sir Edmund, les belliqueux Faucons, qui paroif-
fent tous les foirs aux environs du Lac. C’eft un fpeétacle fort agréable que
de voir les Négres occupés à les chaffer & même à les combattre; ils font
beaucoup plus gros & plus forts que ceux de Barbarie. Le Viceroi (s) af
fiftant un jour à cette chaîfe, & voyant le pus que l’Auteur y prenoic, l'af-
fûra qu’un Faucon qu'il avoit envoyé en Efpagne au Duc de Lerme, étoit
revenu d'Andaloufie à Ténérife, c’eft-ä-dire , que, s’il ne s’étoit pas repofé fur
quelque Vaifleau, il avoit fait d’un feul vol deux cens cinquante lieuës d'Ef-
pagne; auffi fut-il pris à demi-mort, avec les armes du Duc de Lerme au cou.
Depuis le moment de fon départ d'Efpagne jufqu'a celui de fa prife, il ne
s’étoit paflé que feize heures (+).
Le fameux Pic de Ténérife eft, fuivant l'opinion commune, la plus haute
Montagne de l'Univers. Linfchoten affüre qu’on le voit en Mer de foixan-
te:(v) milles; qu’on ne peut y monter qu'aux mois de Juillet & d’Août, par-
ce
(r) Le P. Feüillée a trouvé que le Pic eft
à 22 degrés 29 minutes 30 fecondes Oueft de
Toulon. Par conféquent il doit être une mi-
nute 30 fecondes Oueft de Laguna, & un de-
gré s minutes Eft de Ferro. La latitude eft de
28 degrés 30 minutes d'après les mêmes obfer-
vations.
(s) D'autres ne l'appellent que Gouverneur
Général. |
(+) Obfervations de Sir Edmund Scory,
dans le Pilgrimage de Purchafs, pag. 785.
(vu) Le Mairc dit quarante lieuës; Beck-
man, cinquante; Durret, foixante. Herbert
prétend que dans un tems clair, on le voit
de cent vingt & quelauefois de trois cens
milles. Purchaff raconte sc Thomas Briam,
un de fes amis, l’avoit . de 48 lieuës dans
un tems ferein. Il ajoûte à la marge que d’au-
tres prétendent l'avoir vû de cent cinquante
milles. Pilgrimage, pag. 783.
4 milles
picds,
nius,
(ce)
II
nérif
ces tl
(x)
4 couvel
1 qu'elle
(y)
Le
(3)
0 & fuiv
(a)
(b)
E N
& des Mulets
es voitures,
ntägne qui fur-
18 ce point de
c'eft le fameux
l'erreftre la plus
puis le Port de
nirablèment fi-
on dix milles,
Nord-Oueit. Il
r dans la Ville:
afqu'à minuit,
r. Pendant la
fée qui tombe
pierre brutes,
minées, même
Auñfi les Ha-
rme de la Vil-
nurailles ; mais
x'elle a du cô-
> mer & d’eau
1, qui paroif-
rt agréable que
attres ils font
'iceroi (s) af-
y prenoic, l’af-
Lerme, étoit
pas repofé fur
te lieuës d'Ef-
Lerme au cou.
fa prife, il ne
, la plus haute
fer de foixan-
x d'Août, par-
ce
afs, pag. 785.
te lieuës; Beck-
oixante. Herbert
lair, on le voit
bis de trois cens
Fe Thomas Briam,
& 48 lieuës dans
a marge que d’au-
e cent cinquante
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. I.
2 ce que le refte de l'année il eft couvert (x) de neige, quoiqu'il n'en paroiffe
point dans tous les lieux voifins ; qu’on employe trois jours à gagner le fommet,
2 d'où l'on découvre aufli-tôt toutes les autres Îfles ; & qu'il en fort beaucoup de
fouffre (y ) qui eft tranfporté en Etpagne. Beckman dit, que cette merveilleufe
Montagne eft fituée au centre de l'Île, & qu'elle s'élève comme une Pyramide,
ou plûtôt comme un pain de fucre; mais qu'ilne put en voir le fommet (2), par-
ce qu'il étoit caché dans les nues. Atkins l'appelle un amas pyramidal de
® Rocs brutes (4), qui ont été comme incruftés enfemble par quelque embræ
fement foûterrain qui dure encore.
ON ne trouve pas moins de différence entre les Auteurs fur la véritable
“hauteur du Pic (b), que fur la diftance d'où l'on peut l’appercevoir en mer.
Cependant, par une obfervation fur le Barometre, on a reconnu que le vif-
argent s'abbaiffe d'onze pouces au fommet de la Montagne, c'eft-à-dire de
vingt-neuf à dix-huit; ce qui répond, fuivant les Tables (c) du Doéteur
Halley, à deux milles & un quart. Ce calcul s'accorde affez avec celui de
7 Beckman, qui met la hauteur perpendiculaire du Pic à deux milles & demi;
il obferve aufñli que les Hollandois y placent leur premier Méridien (4).
Dampierre obferve que l'Ifle de Ténérife eft abondante en froment, en
M orge & en maïs, qu'on tranfporte fouvent dans les autres Pays ; & qu'elle
1 furpalle (e) en fertilité toutes les Ifles voifines. Le Capitaine Robert rend
N témoignage qu'il y a và uu arbre de corail, le plus grand peut-être qui ait
jamais été (f) connu dans le monde. Durret compte le Pin avec le Dragon
} & la plante d’Aloës pour une produétion naturelle de Ténérife. Le Pin y
M rend une certaine gomme, ou une efpèce de poix, qu'on entire par une
méthode fort fimple: on couche l'arbre coupé en piéces, fur une foie qu'on
“ouvre dans la terre; & mettant le feu (g) à l’un des deux bouts, on force la
Æpoix de couler dans la foffe.
Cerre Îfle produit trois fortes d’excellent vin, qui font connus fous les
oms de Canarie, de Malvoifie, & de Verdona; les Anglois les confondent
Hitous trois fous le nom commun de Sack. Beckman obferve que les Vignes
Miqui produifent le Canarie, ont été tranfplantées du Rhin à Ténérife par les
ME pagnols, fous le régne de Charles-Quint: on prétend que dans une feule
* Année, il en eft venu jufqu’à quinze & feize mille muids th) en Angleterre,
ampierre, le Maire & Durret donnent la préférence à la Malvoïifie de Té-
nérife fur celle de tous les autres Pays (i) du Monde. Les deux derniers de
ces trois Auteurs ajoûtent qu'elle n’étoit pas connue à Ténérife avant que les
Efpagnols
17
(x) Le Maire dit qu'il eft perpetuellement
: SH ! pag. 348. ; ;
+ Couvert de neige, qu'elle ne tombe jamais, & (d) Voyez des détails plus curieux fur le
6
ÿ qu'elle ne diminue point. ‘
; se 3) Voyage de Linfchoten, Chap. 90. pag.
(2) Beckman, Voyage à B <
en | yage à Borneo, pag. 4.
(a) Atkins,
Voyage de Guinée, pag. 30.
(b) Herbert ; A
dit qu’on lui donne quinze
à milles de hauteur. Dellon & Durret 47812
pieds, ce qui fait environ neuf milles; Varc-
nius, quatre milles & demi,
(c) Voyez le Parfait Géographe, Part, I.
IIL. Part.
Pic à la dernière Seétion de ce Chapitre.
(e) Voyez fes Voyages, Vol. Il. pag. 3.
& fuiv.
(f) Son Voyage aux Ifles du Cap-Verd,
pag. 4.
te Voyage à Lima, pag. 71.
(h) Herbert dit que Ténérife furpaffe Ca-
narie en raifins, & qu'elle fournit tous les ans
vingt-huit mille barrils de vin, pag. 4.
(i) Les Anglois l'appellent par Corruption
Many
Ntcot.s.
1560.
Sa hauteur
mefurée à l'ai-
de du Baro-
metre.
Corail à Té-
nérife,
Poix de pis.
Trois fortes
d'excellent
vin,
Nicozs,
1560.
Origine du
vin de Cana-
rie,
Prix de la
Malvoifie,
Marchandiles
€ flimées à l'é-
nérite,
Mine d'or.
Elle coûte la
vie à un Pau-
vie.
Obfervations
d'un homme
d'efprit, pu-
bliées par
Sprat.
Limon Prce-
gnada,
18 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Efpagnols y eufent apporté quelques ceps de Candie, qui produifent aujour-
d'hui de meilleur vin lus abondamment que dans l'Ifle même de Candie;
le tranfport & la navigation ne font rom fa bonté. Dampierre parle
auffi du Verdona, ou du vin verd, Il eft plus fort & plus rude que le Cana-
rie ; mais il (&) s'adoucit aux Indes Occidentales, où il eft fort eftimé. Com-
me il croît à l'Eft de l'Ifle, il s'embarque à Santa-Cruz. Au contraire ie Ca-
narie, qui croît à l'Oueft, s’embarque à Oratava (1).
.DEcLon obferve que le prix d'une pipe de Malvoifie ne furpañle pas com-
munément vingt ducats. Les droits d'exportation montent à dix-fept réaux.
Ainfi le tout ne revient pas à plus de quatre-vingt-neuf liv. de France, pour
quatre cens quatre-vingt pintes dont la pipe eft compofée. Dellon ajoûte que
l'argent étant fort commun à Ténérife, les Marchands Etrangers commer-
cent avec beaucoup d'avantage. Il nous apprend encore que les marchandifes
dont la vente eft la plus certaine aux Canaries, font les épées, les piftolets,
les couteaux, les peignes, les montres & les pendules, le beau drap noir
& gris; les rubans, & toutes fortes de linge, fin & commun (m" ). |
f L ne manque rien aux richefles de Ténérife, s'il eft vrai, comme le Ca-
itaine Robert nous l’affüre, qu'il y ait une Mine d'or à la pointe de Negos.
| obferve à cette occafion qu'un pauvre homme, plus avide de richeffes que
fes voifins, fut furpris fur une de ces montagnes avec des outils de fer & d'au
tres inftrumens, qui firene cuunvitre fes intentions. ‘On trouva même déja
fur lui une certaine quantité d’or. Enfin le crime d’avoir voulu fouiller dans
les Mines parut fi avéré, qu'il fut pendu peu de jours avant (n) l'arrivée du
Capitaine.
Un homme d'efprit, qui a fait fur l'Ifle de Ténérife des obfervations
carieufes, dont on doit la publication au (0) Doëéteur Sprat, parle ainfi
des produétions de cette Ifle. ;, Les Vignes qui produifent l'excellent vin
de Ténérife croiffent toutes fur la Côte, à la diftance d’un mille de la
Mer. Celles qui font plus loin dans les terres font beaucoup moins efti-
, mées, & ne réufiffent pas mieux quand on les transplante dans les au-
tres files.
, Dans quelques endroits de l'Ifle de Ténérife, il croît une forte d’arbrif-
feau, nommé Legnan, que les Anglois achetent pour du hois aromatique.
On y trouve des abricotiers, des pêchers & des poiriers qui portent deux
,, fois l'an, & des limons qui en contiennent un petit dans leur centre, ce
,» qui leur a fait donner le nom de Pregnada. Ténérife produit du coton &
, de la coloquinte. Les rofiers y fleuriflent à Noël. Il n’y manque rien aux
rofes, pour la vivacité du coloris, ni pour la grandeur ; mais les tulipes
n'y croiffent point. Les rochers y font couverts de crête-marine. Il croît
fur les bords de la mer une autre herbe à feuilles larges, fi forte & même
, fi venimeufe qu'elle fait mourir les chevaux. Cëpendant elle n'eft pas fi
» pernicieufe aux autres animaux. On a vû jufqu'à quatre-vingt épis de fro-
» ment fortir d’une feule tige ; il eft aufli jaune & prefqu’auili tranfparent
que
LL
LE
LE
(k) Voyez les Voyages de Dampierre, Verd.
. Vol. I. pag. 3. & fuiv. ‘ (n) Hiftoire de la Societé Royale, pag.
(1) Dellon, Supplément, pag. 6. 208.
Cm) Robert, Voyage aux lfles du Cap- : (o) Jbid, :
E N
duifent aujour-
ne de Candie;
ampierre parle
le que le Cana-
: cftimé, Com-
ntraire ie Ca-
rpalle pas com-
ix-fept réaux.
France, pour
Jon ajoûce que
ngers commer-
s marchandifes
, les piftolcts,
eau drap noir
(m).
comme le Ca-
inte de Negos.
le richeffes que
s de fer & d'au
va même déj:
u fouiller dans
n) l'arrivée du
es obfervations
at, parle ainfi
l'excellent vin
l'un mille de la
oup moins cefti-
ite dans les au-
e forte d’arbrif-
is aromatique.
ui portent deux
eur centre, ce
t du coton &
anque rien aux
ais les tulipes
harine. Il croît
forte & même
lle n'eft pas fi
gt épis de fro-
ÎMi tranfparent
que
eté Royale, pag.
‘à
DIEFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V, Cup. TL. 19
Dans les bonnes-années un boifleau de femence en a rendu
“ ,, que l'ambre,
\ ,, jufqu'à cent. ; :
» Les Serins des Canaries qu'on apporte en Angleterre font nés dans les
,, Barancos ou les Sillons que l'eau forme en defcendant des montagnes, L'Ifle
, de Ténérife eft aufli fort abondante en cailles & en perdrix, qui fonc d'une
, grande beauté & beaucoup plus groffes qu'en Europe. Les pigeons ra-
,, miers, les tourterelles, les corbeaux & les faucons y viennent des Côtes
%,, de Barbarie. 11 y a peu de montagnes où l'on ne découvre des effains d'a-
» beilles. Les chèvres fauvages grimpent quelquefois jufqu'au fommet du
…, Pic. Les porcs & les lapins ne font pas moins communs dans l'Ile, A l'é-
, gard du poiffon, il y eft généralement de meilleur goût qu'en Angleterre.
, LOnytrouve des Goulus de mer & des Dauphins.] Les écrevifles de mer
, N'y Ont pas les pattes fi grandes. Le Clacas, qui eft fans contredit le meil-
» leur coquillage de l'Univers, croît dans les rocs, où il s’en trouve fouvent
,, cinq ou fix fous une grande écaille, On eftime aufñi une forte d'anguille,
» qui a fix ou fept queuës, Jongucs d'une aune, jointes à un corps & àäune
"1, céte de ia même longueur. Les Turtles * & les Cabridos font des poiffons qui
,, l'emportent fur nos truites.
| » LE Port de Santa-Cruz eft au câté Nord-Eft de l'Ifle; mais elle a trois
,, autres Villes qui le furpañlent en beauté comme en grandeur, S, Chrifto-
» Val de Laguna, Oratava & Garrachica.
W Sir Edmund Scory (p), qu'on a déja cité, étoit aux Canaries vers le com-
imencement du dix-feptième fiécle. L'idée qu'il nous donne de T'énérife eft
M plus éxaéte que tout ce qui fe trouve dans les Relations qui ont füuivi la fien-
“ne, Cette Ifle eft partagée, dit-il, par une chaîne de montagnes , qui reffem-
ble beaucoup à la nef d'une Eglife, dont le Pic fait comme le clocher, Sion
“a divife en douze parties, il y en a dix qui ne font compofées que de mon-
Witagnes impraticables , de rochers, de bois & de vignobles Mais le refte confis-
te en terres labourables, d'où l'Auteur rend témoignage que, malgré la pe-
Mtiteile de l'efpace, il a vû tirer dans une année cinq mille deux An re à ,
kde froment, outre une prodigieufe quantité d'orge & de ris. [Ce Terroir
et “ qu'il n'y a rien qu'il ne put produire, s'il étoit cultivé comme il
Haut.
M LES principaux Vignobles font ceux de Buena Vifta, Dante, Oratava, li-
gucfte, & fur-tout celui de Ramble, qui produit le meilleur vin de l'ifle. Il
ya deux fortes de vins fort eftimés, la Malvoifie & le Verdona. Celui-ci vient
#æd un grain fort long & pafle pour pefant. L'autre d'un grain rond, [qui for-
.W me une liqueur divine ,] & digne d'être tranfportée dans toutes les parties du
Monde. Elle eft à l'épreuve de la chaleur & du froid. Pour les fruits , il n’y
a pas de Pays oui fourniffe de meilleures efpèces de raelons, de grenades,
… de citrons, de figues, d'oranges, de limons, d'amandes & de dates. La
n foye, le miel, & par conféquent la cire, y font de la même excellence; &
” fi ces trois fources de richefles y étoient cultivées avec plus de foin, elles
« furpafferoient ceiles de Florence & de Naples. us Hanel
# LE côté du Nord eft rempli de bois & d'excellente eau. On y voit Foie
+ : ù €
(Cp) Obfervations de Scory dans le Pilgri-
mage, pag. 785.
:
* Les Turtles font une efpèce de Tortues.
N'eots,
1560,
Où nalllene
les Serins ùTé-
nérife,
Poiffons ex-
cellens, Cla-
cas, Anguilles
monftrucufes,
Turtles &Ca-
bridos,
Autre idée de
Ténérife par
Scory.
Les princi-
aux Vigno-
les.
Ses Arbres,
Nicota,*
1560.
Eglife bâtie
d'un feul ar-
bre,
Arbre nommé
Dragon, & fes
propriétés,
Nombre des
Habitans de
T'énérife.
Parefe des
Efpagnols.
20 VOYAGES DES ANGLOIS EN
le cèdre, le cyprès, l'olivier fauvage , le maftix , le favinier, avec des pal-
miers & des pins’ d'une hauteur admirable. Entre Oratava & Garrachico, on
trouve une forêt entière de pins, qui parfume l'air des plus délicicufes odeurs,
L'Ifle n'a pas de canton qui n'en produife; c'eft le bois dont fe fonc les ton-
neaux & tous les autres uitenciles. Outre le pin droit, on en voit un autre
qui croît en s'élargiffant comme le chêne, Les Habitans le nomment l'arbre
immortel, parce qu'il ne fe corrompt jamais ni dans l'eau, ni fous terre. Il
eft prefqu'aufli rouge que le bois du Bréfil, auquel il ne céde pas non plus
en dureté; mais il n'elt pas fi onétueux que l'autre efpèce, Il s'en trouve de
fi gros, que les Efpagnols ne font pas difficulté d'aflürer fort férieufement,
que toute la charpente de l'Eglife de los Rémédios à Laguna, [qui a quatre-},
vingt pieds en longueur, fur quarante huit en largeur,] eft compofée d'un
feul de ces arbres. . |
Mais l'arbre qu'on appelle Dragon, iurpalle tous les autres par fes pro-
priétés. 11 a le cronc fort gros, il s'éleve fort haut, fon écorce reffemble aux
écailles d'un dragon ou d'un ferpent; & c'eft delà fans doute qu’il tire fon
nom. Ses branches, qui fortent toutes du fommet, font jointes deux à deux ##
comme les mandragores. Elles font rondes, douces & unies comme le bras
d’un homme, & les feuilles [qui ont environ deux pieds de longueur,] for-x#
tent comme entre : ; doigts. La fubftance du tronc fous l'écorce n’eft pas un
véritable bois; c'eft une matière fhangieufe, qui fert fort bien, quand el-
le eft féche, à faire des ruches d'abeilles. Vers la pleine Lune, il en fort
une gomme claire & vermeille, qui Peppele Jangre de draco ou fang de dra-
on. Elle eft beaucoup meilleure & plus aftringente que celle de Goa &
es Indes Orientales, que les Juifs (4) alrèrent ordinairement de quatre à un. ,
Dans la proportion de fa grandeur, l'Ifle de Ténérife contient plus d'Ha-
bitans qu'aucune autre Ifle de l'Océan. Dampierre en fait monter le nombre
à quinze mille hommes. Mais on eft porté à croire au'il l'a fuppofé plus grand,
Jorfqu'il ajoûte (9 que l'Ile peut mettre douze mille hommes fous les armes.
A l'égard des Habitans Efpagnols, Dellon & Durret obfervent y les gens
de qualité, & ceux dont la fortune eft aifée, font fort affables & fort polis;
mais que le caraétère des Pauvres eft, comme en Efpagne, l'orgueil & la
parefle. 11 n’y a pas de petit Bourgeois de Laguna qui ne porte une longue
épée, à la Ville comme en voyage, & qui n'aime mieux languir de faim,
ou du moins vivre de potage & de racines, que de fe donner le moindre mou-
vement pour fe rendre la vie plus douce; quoique le poiflon, le gibier &
les autres commodités fe préfentent en abondance. Dampierre (s ) ajoûte que
. les femmes, [aufñi lâches que les hommes pour le travail ,] fe couvrent d'unx
grand voile, qui ne les empêche pas de regarder du coin de l'œil les objets
qui peuvent leur plaire. On fuppléera dans l’article fuivant au Caraétére des
+ Habitans de Ténérife, par une relation curieufe qui regarde les Guanches.
61 Dellon & Durret, ubi fub. fuppofe plus grand lorfqu'il dit &c, R, d. E.
r) Angl. le Maire en fait monter lenom- (s) Ang, Dellon, K, d, E,
bre à quinze mille hommes ; mais Dampierre le
E N
avec des pal-
Garrachico , on
cieufes odeurs.
e font les ton
voit un autre
mment l'arbre
fous terre. Il
pas non plus
s'en trouve de
férieufement,
[qui a quatre-}s
ompofée d'un
$ par fes pro-
> refTemble aux
qu'il tire fon
s deux à deux **
omme Île bras
vngueur ,] for-x}
se n'eft pas un
jen, quand el-
ne, il en fort
ui lang de dra-
lle de Goa &
le quatre à un.
ient plus d'Ha-
ter le nombre
fé plus grand,
ous les armes.
ue les gens
fort polis ;
l'orgueil & la
e une longue
guir de faim,
moindre mou-
le gibier &
s ) ajoûte que
ouvrent d'unk
œil les objets
araétère des
Guanches.
t &c, KR. d, E.
2 ( Ÿ
Brés dans nos Cartes.
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Lav, V,. Cuar, I.
f. 111
fes de (a) Gomera , de Palma, d'Hiero où Ferro, de Lancerota
€? de Fuerte-Ventura.
A première de ces cinq Ifles eft fituée à l'Oueft de Ténérife; à fix licuës
ÿ de diftance. Elle n’a pas plus de huit lieuës de longueur, On lui donne
Mile titre de Comté; mais, dans les différends civils, les Vaffaux du Comte
“de Gomera ont le droit d'appel aux Juges Royaux, qui font leur réfidence
ans l'Ifle de Canarie. La Capitale de l'Ifle porte le même nom. C'eft une
rt bonne Ville (b) avec un excellent Port, où les Flottes des Indes s'ar-
érent volontiers pour y prendre (c) des rafraichiffemens. L’Ifle fournit à
es Habitans leur rovilon de grains & de fruits. Elle n'a qu'un Ingenio,
'eft-à-dire, une Manufaéture de fucre; mais elle produit des Vignes en a-
ondance, [ & del'Orchel. ] Sa latitude, 27 degrés du Nord (4).
Ife de Palma (e).
2 Cerre Îfe eft à douze lieuës de Gomera au (f) Nord-Oueft. Sa forme
deft ronde. Elle n'a pas moins de vingt-cinq licuëe de circuit. On vante
Mbeaucoup l'abondance de fes vins & de fon fucre. Sa Capitale , qui fe ( (9)
nomme Palma, fait un grand commerce de vin aux Indes Occi entales
ans les autres Pays. Elle eft ornée d’une très-belle Eglife. L'adminiftra-
jon des affaires & de la Juftice eft entre les mains d'un Gouverneur & d'un
nfeil d'Echevins. L’Ifle n’a qu'une autre Ville, nommée S. André, affez
lie, mais fort petite. Fille a quatre Ingenios, où l'on fait d'excellent fu-
e ; deux qui fe nomment Zanzes , & les deux autres Taffacortes. Le terroir
oduit peu de bled. Dans leurs befoins, les Habitans ont recours à l’Ifle
Ténérife.
SUPPLEMENT. Les meilleurs vins de Palma croiffent dans un Canton
i fe nomme Brenia , & qui produit tous les ans environ douze mille barrils
Malvoifie. 11 n’eft pas moins fertile en fruits (h) & en beftiaux. Vers
née 1652, il fe forma dans cette Ifle un Volcan, avec un tremblement
de terre fi violent, qu'il fe fit fentir jufqu'à Ténérife, où la première érup-
tion du fouffre enflammé fut entendue comme un coup de tonnerre. On vit
de la même Ifle, pendant plus de fix femaines, la flamme auffi brillante
dans les ténébres de la nuit, qu’une chandelle allumée dans une chambre, &
On y vit tomber quantité de cendre & de fable , que le vent avoit la force
de tranfporter (i) à cette diftance. 10
4 fs
(b) Hawkins dit qu'elle eft à l'Eft.
4 Ç Il y a une belle rivière d’eau douce à
“trois lieuës au Sud dela Ville. Hawkins , Voya-
à la Mer du Sud, p. 2 221
s. pag.
La Partie Nord de Gomera eft 28 de. ti)
dans
Ou la Gomera. (f) Elle eft abfolument au Nord dans les
Cartes.
(4) Hawkins la place à l'Eft de l'Ifle.
Voyez la Relation du Pic de Ténérife
"Hiftoire de Sprat.
MN (ec) Ou la Palma,
C3
) Voyez le Parfait Géographe, Part. H, |
Nicots.
1560,
Situation de
Gomera, &
fes propriétés.
Situation de
Palma,
Canton de
Brenia, le
Meilleur pour
le vin,
Volcan, dans
l'Ile de Pal-
ma,
Nreott,
1560,
Vignoble
unique dans
l'Ile de Fer
où Ferru,
Merveilleux
Arbre qui lui
fournit de
l'eau,
VOYAGES DES ANCLOIS EN
fe de l'erro, d'Hiero (4) où de Fer,
L'Isrm de Verro n'eft qu'à deux lieuës à l'Oueft de Palma, Son cireui
eft d'environ fix lieuls. Elle appartient au Comte de CGiomera, Sa fituation
(1) eft à 27 degrés de latitude du Nord, Ses principales produétions fon
la chair dechèvre & l'orchel, On n'y a jamais vû qu'un feul Vignoble,
planté par un Anglois de Taunton, qui ïs nommoit Jean Hill, Elle n'a pas
non plus d'autre eau douce que celle qu'on y recueille de lu pluye, à la fa.
veur d'un grand arbre (m) , fe trouve au milieu de l'Ifle, [ donc les feuil.:
les reffemblent à celles de l'Olivier ] & qui eft fans cefle couvert de nuées,
L'eau qui diftille fur les feuilles combe continuellement dans deux grandes ci
ternes qu'on a conétruites au pied de l'arbre, & fudit pour (mn) lus befoins
des Habitans & des beftiaux.
SurrLement, La plüpart des Voyageurs s'accordent dans lerécicqu'ils
font de cet Arbre, & quelques-uns y joignent des circonftances qui augmen-
tent le prodige, Ils obfervent (0) que le tronc a deux brafles d'épaitfeur,
qu'il s'éleve de quarante-huit pieds, & que le diamétre de fes (p) branches
et de cent vingt pieds. Dapper raconte que les nuages qui couvrent l'ar-
bre, excepté (g) dans la plus grande chaleur du jour, y répandent une ro:
fée fi abondante, qu'on en voit euntiuuellement couler de l'eau, & qu'il en
tombe on x vingt tonneaux dans les citernes. Elles font de pierre,
profondes de feize pieds, & larges de vingt (r ) pieds quarrés. Leur fitua-
tion eft au Nord de l'arbre. Dapper ajoûte que les Infüulaires appellent cet ar.
bre Garoe , & les Efpagnols Santo ; qu'il eft d’une fort belle forme , & que les feuil.
les ont toûjours la verdure du laurier, mais qu'elles ne font pas plus grandes
que celles du noyer ; & que pour fruit, il porte (+) une forte de noix ou d'a-
veline qui eft fort douce & fort agréable, Pour conferver plus fürement l’Ar-
bre Santo, on a pris foin de l’entourer d'un mur de pierre. Le même Ecri-
vain raconte qu’au tems de Ja conquête, lorfque les Efpagnols ne trouvant
dans l'Ifle ni fontaines, ni puits, ni rivière, en marquoient beaucoup d'c.
tonnement, les Infüulaires leur dirent qu'ils ramañloient l'eau de pluye dans
des vafes. Ils avoient couvert foigneufement leur arbre avec de la me
cs
(k) Les Efpagnols l'appellent ordinaire- Linfchoten die qu'il eft toûjours cour
ment Jliero, les Portugais Fierro, & les Ita-
liens Ferro.
(4) |
vert de petites nuées de la même forme, &
qui ne groffiflent ni ne diminuent. Voyez fe:
(4) Sa latitude a trente minutes de plus dans Vote, pag. 177.
nos Cartes, Le P, Feuiliée 1 déterminé fa lon- r) Linfchoten dit qu'il y a-quantité c:
gitude à 20 degrés Oueft de l'Obfervatoire de
Paris. C'eft la même que M. de L'Ifle avoit
marquée d'après les Journaux des Voyageurs,
Les Géographes [ l'rançois ] tratent leur pre-
micr Méridien par l'Ifle de Fer, [ en conféquen-
. Ce d’une ordonnance de Louïs XILL en 1534.]
Çm) Pierre Martyr dit qu'il eft fur la plus
haute terre de l'Ifle, Décad. I. pag, 12.
Çn) Dapper dit qu'il a fourni leur provifion
d'eau à des Flottes entières.
(o) Beckman, pag. 7.
(p) Durret, Voyage de Lima, wbi fup.
citernes fous l'arbre & à l'entour, & que l’eau
eft claire, legère & fort belle. Ziid. Le Con:
mentateur du premier Voyage des Hollandoi
aux Indes Orientales, en 1594, s'accorde éxac-
tement avec Linfchoten, qu’il a peut-être cor
pié; cependant au lieu de citernes pour rec
voir l'eau, il dit que les Habitans la viennent
recevoir dans des vafes; ce qui eft conforme
à Ja Planche que de Bry nous a donnée de cet
Arbre.
(s) Linfchoten dit que les feuilles fontlon-
gues & Cuoites, & tobjours vertes,
,, Son cireui
a, Sa fituation
roduétions font
feul Vignoble,
, Flle n'a pu
pluye, à la fa.
[ donc les feuil-:
avert de nuées,
eux grandes ci:
(n) les beloins
ns lerécicqu'ils
es qui augmen-
les d'épaifleur,
y (p) branches
i couvrent l'ar-
pandent une ro-
au, & qu'il en
ont de pierre,
rés. Leur fitua-
appellent cec ar-
, X que les Feuil-
as plus grandes
de noix ou d'a
fûrement l'Ar:
Le même Ecri-
ols ne trouvant
beaucoup dc:
de pluye dans
de la terre
des
1 eft toûjours cour
même forme, &
ninuent, Voyez {ci
y a-quantité cd:
entour, & que l'eau
lle, Z»id. Le Con
age des Hollandoi
94, s'accorde Éxac
w'il a peut-être co
iternes pour recc
abitans la viennent
qui eft conforme
bus a donnée de cet
es feuilles font lon
rs vertes.
D. YERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Luv, V. Cuar, L 23
me (!
LA plûpart des Voyageurs ne parlent, comme M. Nicols, que d'un feul
es citernes; mais ce fecours de la nature n'empêche pas que les Habitans ne
ramalTent l'eau (v) de pluye avec beaucoup de diligence, & qu'ils ne la con-
fervent dans d'autres citernes. Que le récit de Hawkins différe ici des
autres relations, on y reconnoît du moins le même Arbre dont les autres
Voyageurs ont parlé, Il n'y en a qu'un feul qui nie hardiment le fait, & qui
“traite de fiétion ce que tous les autres ont rapporté fi férieufement: c'eft €
ÿ Maire , dans la Relation du voyage qu'il fit aux Jfles Canaries en 1628.
Comme il avoit entendu parler de cet Arbre merveilleux , il ne manqua point
den arrivant de prendre des informations, & de racunter toutes les circonftan-
ces qu'on a rapportées jufqu'ici ; mais il nous affüre que les ayant toûjours regar-
dées comme une fable \ #) il fut confirmé dans cette opinion par le témoi-
gnage des Habitans, Ne pourroit-on pas objeéter contre ce récit, que les in-
ormations de le Maire furent prifes dans l'Ifle de T'énérife, & non à Ferro
méme, d'autant plus qu'il confefle enfüuite d'avoir trouvé quelques Infüulaires
“oui lui tinrent un langage différent (y), & qui reconnoiflant l'éxiftence de
“pluficurs Arbres (x) de cette nature, fe réduifirent à prétendre qu'ils ne ren-
“Hoient point une aulfi grande quantité d'eau qu'on l’a publié.
© IL faut remarquer que tous les Auteurs dont on a cité jufqu'ici les noms ne
arlent que fur le témoignage d'autrui ; mais nous y joindrons le récit de Louis
ackfons, qui pafle pour un témoin oculaire. Il apprit lui-même à Purchafs
étant à l'erro en 1618, il avoit vû l'Arbre de fes propres yeux; qu'il lui
voit trouvé la groffeur d'un chêne, l'écorce fort dure, & fix ou fept aunes de
hauteur ; les feuilles ruvdes, de la couleur des feuilles de Saule (a), mais blan-
ches au côté inférieur; qu'il ne porte ni fleurs, ni fruits; qu'il eft fitué fur
de revers d'une Colline ; que pendant le jour il paroît flétri, & qu'il ne rend
“de l'eau que pendant la mwt, lorfque la nue qui le couvre commence à s'épaif-
# fir , enfin qu il en donne allez pour fuffire à toute l'Ifle, c'eft-à-dire, fuivant le
Lrécit de Jackfons, à huit mille ames & à cent mille beftiaux (4). Il ajoûte que
l'eau
Nicors,
15060,
Diverflus d'o.
plolons fur
cog Aïbre,
Le Maire le
truite de fable,
&K fe dément,
Rélasion
d'un témoin
oculaire,
(#) Voyez Dapper, fur les Ifles Canarics.
; vouèrent à l'Auteur qu'il pouvoit y avoir eu
(v) Hawkins, Voyage à la Mer du Sud. in 4
un tel arbre, mais qu'il n'avoit janais fourni
| pag. 25. cette prodigieufe quantité d'eau qu'on lui attri-
(x) Le Muire ubi fub, pag. 28. RTE os
(39 11 Ibid. | R (a) Angl. les branches rudes, & les feuil-
3) Dans la Relation même de Le Maire, les femblables à celles du lauier. R. d. E.
Ï n'efl pas parlé de plufieurs de ces Arbres; il
| Ch) Purcha remarque que le Chevalier
y CA dit funplement que quelques habitans a- (b) 1 emarque que le Che
Edmond Scory diminuoit beaucoup ce nombre.
NicoLs.
1 560.
Jugement
fur cette va-
riété d'opi-
nions,
Etat préfent
de l’Ifle de
Ferro.
Volcan ter-
rible.
Comté de
Lanzarota. A
qui il appa-
tient,
24 VOYAGES DES ANGLOIS EN #
l'eau eft conduite par des tuyaux de plomb, du pied de l’Arbré dans un
. grandréfervoir ,quine contient pas moins de vingt mille tonneaux, environné
d'un mur de briques & pavé de pierres ; que de-là on la tranfporte dans des bar.
rils à divers endroits de l’Ifle, où l’on a pratiqué d’autres citernes; & que le
grand baffin eft rempli toutes les nuits (c).
Arrès avoir comparé tous les témoignages, quoique nous ne foyons pas
portés à rejetter celui d’un homme qui parle de ce qu'il a vû, fur-tout à l'égard
d’un fait dont on ne fçauroit démontrer l’impoflibilité, il nous femble' néan-
moins que le récit de Le Maire eft le plus probable, parce qu'il eft plus aifé de
concevoir que plufieurs arbres puiflent fournir de l’eau à l'Ifle de Ferro qu'un
feul: on pourroit demander aufli comment faifoient les Infülaires avant la
naiflance de cet Arbre, ou quelle feroit leur reffource s’il venoit à leur man.
quer. À la vérité Linfchoten nous apprend Ep ont de l'eau dans quelques
endroits voifins de la Côte; mais qu’il eft fi difficile d’en approcher qu'ils n’en
peuvent tirer beaucoup d'utilité; & que le terrain de l'Ifle eft fi fec, qu'il ne
s'en (d) trouve point une goutte dans aucun autre endroit.
Le même Voyageur ajoûte que l’Ifle de Ferro eft fort ftérile; cependant '
d'autres Ecrivains nous apprennent depuis, qu’elle produit du bled, des cannes
de fucre, & quantité de fruits & de plantes; fans parler d’un grand nombre
de beftiaux, qui fourniffent du lait & du fromage aux Habitans. N'oublions
pas le Volcan qui s’y ouvre quelquefois avec un grand bruit & beaucoup de ra-
vages. En 1677 il en parut un (e) qui ne dura que cinq jours; mais quinze
ans après en 1692, l'Îfle en efluya pendant fix femaines un beaucoup plus
terrible, qui fut accompagné de plufieurs tremblemens de terre (f).
Ifle de Lancerota ou Lanzarota.
Carre Ifle eft (g)au 26°. degré de latitude, à dix-huit lieuës de la grande
Canarie vers le Sud-Eft ; & fa longueur eft de douze lieuës. Ses feules richef.
fes font la chair de chèvre & l’Orchel. Elle a le titre de Comté. Du tems de
Nicols, elle appartenoit à Dom Auguflin de Herrera , qui fe qualifioit Comte
de Fuerte-Ventura &de Lanzarota; mais fes Vaflaux avoient le droit d’ap.
pel aux Juges Royaux de Canarie , comme on l’a déja fait obferver. Cette
Ifle envoye chaque femaine à Canarie, à Ténérife & à Palma, des Barques
chargées de chair de chèvre féchée, qui s'appelle Tuffinetta, & dont on fe fert
dans ces Ifles au lieu de lard.
SUPPLEMENT. Lancerota n’a pas moins de treize lieuës, du Nord au Sud,
fur neuf lieuës de largeur (b). Son circuit eft d'environ quarante lieuës, Elle
fut
(c) Purchafs obferve que le même arbre
croît dans l’Ifle S. Thomas, avec cette diffé-
rence néanmoins, fil’onen croit Sanutus , que
les nuées ne s’y raffemblent qu’après-midi, &
fe diffipent safuite deux heures avant le jour,
après quoi les feuilles & l’arbre entier diftil-
lent de l'eau & ne féchent que deux heures
après le lever du Soleil. Pilgrimage , pag. 784.
(d) Linfchoten , uwbi fup. Barbot prétend
que cet arbre eft connu aujourd’hui pour une
fiction. Voyezla Collection de Chu: chill, Vol.
V. pag. 525.
(e) Ce fut la même année que Port - Royil
à la Jamaïque fut englouti par un Tremblement
de terre.
(f) Atkins, Voyage en Guinée, pag." 30.
(g) C'eft peut-être une faute d’impreffion,
pour 29 degrés. Nos Cartes la placent 30 mi-
nutes plus au Nord.
(h) Beckman, Voyage à Bornco, pag. 4.
tre ci
n La
. voit q
le, av
\
à
; ()(
æ né iciu
fon non
pas pou
7 le nomn
N II.
1
EN #
l'Arbré dans un
eaux, environné
rte dans des bar-
rnes; & que le
s ne foyons pas
ur-tout à l'égard
1s femble: néan-
left plus aifé de
de Ferro qu'un
ülaires avant la
1oit à leur man-
u dans quelques
ocher qu'ils n’en
fi fec, qu'il ne
rile ; cependant
bled , des cannes
| grand nombre
ans. N'oublions
beaucoup de ra-
rs; mais quinze
beaucoup plus
re (f).
uës de la grande
s feules richef.
é. Du tems de
qualifioit Comte
le droit d’ap-
bferver. Cette
a, des Barques
: dont on fe fert
Nord au Sud,
ite lieuës, Elle
fut
de Chu:chill, Vol.
e que Port - Royil
ar un Tremblement
uinée, pag.* 30.
aute d’impreffion,
s la placent 30 mi-
Bornco, pag. 4.
DIFFERENTES PARTIES p£ L'ATRIQUE, Liv. V. Car. L 25
rife en 1596. par les Anglois, fous la conduite de Léonidas (i) Comte
ee te ME tr quoi elle fut fortifiée avec (k) plus de in Marnol
Mdans fa Defcription de 7 place ici la Ville de Cayas, que les Algériens
illèrent avec le refte de l'Ifle; & d’où ils enlevèrent quatre cens foixante-
uit Prifonnicrs.
LanceroTA n’a proprement qu’une Ville; mais elle a deux Ports fur la
“Cocce Orientale, l’un nommé Puerto de Naos, l’autre Puerto de Cavallos. Ils ne
font éloignés l'un de l'autre que de la portée du canon: le premier qui eft
Je plus profond, s'ouvre entre deux rangées de rocs, qui rendent le Canal
fort dangereux. La dangercufe fituation de ces deux Ports les rend fi déferts
Mgu'on n'y voit pas même une maifon. Ils font à trois lieuës de la Ville, &le
Chemin de communication eft entre des montagnes; cependant on a bâti une
glife à Cavallos.
1 Le Comte de Cumberland & le Doëteur Layfeld, fon Chapelain, nous
Mont laiflé deux Relations de la prife de Lancerota , où l'on trouve une Def-
cription (/) curieufe de la Ville & de fes anciens Habitans. Le 13 d'Avril
1596, ayant eu la vûe d’Allegranza, la plus feptentrionale des Canaries, &
rprefqu'immédiatement, celle de trois petites Ifles nommées Granges, ils les
Hlaiffèrent à l'Oueft, pour venir relâcher dans l'après-midi à celle de Lancero-
Mta. Le lendemain ils jettérent l'ancre dans une Rade qui regarde l’Eft-Sud-Eft,
roche (m) d’une dangereufe chaîne de rocs. Les Anglois étoient informés
que le Seigneur de l’ffle & de Fuerte-Ventura poffédoit plus de cent mie li-
Mivres fterling. Le Chevalier Jean Berkeley fut détaché avec cinq ou fix cens
‘hommes pour attaquer la Ville, qui étoit à neuf ou dix milles de l'endroit où
a Flotte avoit débarqué ; le chemin qu’il prit lui parut le plus court, maisil
étoit rempli de fable & de pierres qui le rendoient fort difficite. En arrivant
a la Ville, trouva que les Habitans avoient pris la fuite avec ce qu’ils a-
“voient de plus précieux. Cependant ils n’avoient pû emporter leurs vins &
ur fromage; & les Anglois en firent d’abondantes provifions. Berkeley ré-
lu de pourfuivre les Fuyards, envoya fur leurs traces un détachement, qui
fut arrêté à un demi mille de la Ville par un Châteautrès-fort, fitué au fom-
met d'une Colline. On fe crut dans la nécefité de former un fiége; mais une
#cntaine d'Efpagnols ou d’Infulaires qui gardoient la Place, cherchèrent leur
MMreté dans la fuite. Les Anglois entrant fans réfiftance trouvèrent douze pié-
æs d'artillerie démontées , & de grands amas de pierres. Le Châceau étoit
bâti de quartiers de rocs, & fortifié avec beaucoup d'art. On avoit prati-
que la porte dans la partie fupérieure du mur, à la hauteur d'une pique;
ide forte qu’en retirant l'échelle, vingt hommes auroient pû la défendre con-
re cinq cens.
. La Ville étoit compofée de plus de cent maifens, dont la plus belle n’a-
. voit que l'apparence d’une cabane. Elles étoient bâties de cannes & de pail-
lle, avec quelques chevrons, & couvertes de boue endurcie au Soleil; l’E-
Je?
# glife
(Cf) Comme c'eft le même dont on a don-
nc ici une autre Relation, il eft certain que
fon nom étoit Georges, [& l'on ne conçoit
4 pas pourquoi PurchafT, de qui celle-ciefttirée,
M0 le nomme Leonidas.]
IL. Part.
(k) Herbert, ubi fup. pag. 5.
(4) Purchaff, Pilgrim. Vol. IV. pag. 1151
& 1155. à
(m) C'eft apparemment près de l'un des
deux Ports qu’on a nommés.
Nicots.
1560.
Ville deCayas.
Deux Ports
dans l'ile de
Lancerota,
Expédition
du Comte de
Cumberland
dans cettelfle.
Ville &Chà-
teau abandon-
nés.
Defcription ;
de la Ville.
Nicozs.
1560.
Ufages &qua-
lités des Ha-
bitans.
Propriétés de
l'Ile,
Situation &
étendue.
Villes de Fuer-
te-Ventura,
26 VOYAGES DES ANGLOIS EN
life même n'en étoit pas différente. Elle étoit fans fenêtres, & ne recevoit
e lumière que par la porte: il n’y avoit aucune divifion pour le chœur ; des
deux côtés régnoit un bond de pierre qui alloit jufqu'à l'Autel. Les Anglois
trouvèrent différentes marques de la Keligion Romaine , [telles que des bul.t
les & des indulgencés.] Il y avoit à peu de diftance un Couvent qu'on com-
mengoit bâtir, avec un Jardin fort bien cultivé. Berkeley défendit que les
Edifices fuflens détruits ou brûlés.
Quorque les Habitans fuffent fi agiles qu’il fut impoñible aux Anglois
d'en arrêter un feul, Layfield qui accompagnoit Berkeley , obferva qu'ils font
fort bazanés (n) & d’une taille fort haute. Leurs armes font des piques &
des pierres, Lorfqu’on les couche en joue avec les arines à feu, ils fe jettent
par terre; mais aufli-tôt qu'ils ont entendu le bruit du coup, ils fe relevent
avec leurs piques & leurspierres, & voltigeant autour d’un Batailloi: ils l'in-
commodent beaucoup. Leur Ifle s'étend: Nord-Eft & Sud-Oueft: elle eft à 4
vingt-huit degrés quelques minutes du Nord. [On la croit plus grande quel'If-K ,s
le. de Wighe Une chaîne de Montagnes, qui ladivife, fert d’azyles à quel- #40
ques bêtes fauvages, qui n'empêchent pas les chèvres, les moutons [& leskas
ânes] d'y paître tranquillement; mais:1l.y a peu de bêtes à cornes, [ & deKm
chameaux | & moins encore de chevaux: Fi ÿ font petits} Les Valléesk
font féches & fabloneufes ; elle ne laiffent pas de produire de l'orge & du
froment médiocre. La moiflon devoit fe faire cette année au mois d'Avril,
&c les Habitans: en attendoient une feconde vers le mois de Septembre.
Ifle de Fuerte Ventura (o).
Carre: fe eft à 27 degrés (p) de latitude: on ne la compte éloignée que
de cinquante lieuës du Promontoire de Guer en Afrique, & de vingt-quatre
à l'Eft de la grande Canarie. On lui donne quinze lieuës de long fur dix de
large; elle appartient au Seigneur de Lancerota. Sesproduétions font lefro-
ment, l'orge, les chèvres & l'orchel; elle ne produit pas plusde vin que Lan-
cerota. Du côté du. Nord, à la diftance d’une lieuë, elle a une autre petite
Ifle, qui fe nomme Gratiofa. Les plus grands Vaifleaux pañlent fans danger
dans l'intervalle. \
S'uPPLEMEN T. Sa longueur du, Sud:Oueft au Nord-Eft n’eft pas moins
de-vingt-cinq lieuës : mais:elle eft fort irrégulière dans fa largeur ; car elle eft
compofée de deux Péninfules, jointes par un Ifthme qui n’eft large que de
quatre lieuës. Son circuit eft d'environ foixante-dix lieuës, à caufe des deux
Golphes (q) qui font formés par l’Ifthme:; cette Defcriptioneft conforme à cel-
le de nos Cartes. °
Darren dit que Fuerte:Ventura: a trois Villes fur les Côtes ; Lanagla;
Tarafulo & Pozzo-Negro. Du.côté du Nord elle a le Port de Chabras ; &un au-
tre à l'Oueft, dont on vante:la: bonté. Entre cette Ifle & celle de dat”
es
(ny Ce récit s’accorde fort bien avec tout diminuée.l À
ce qu'on a rapporté jufqu’ici des Guanches. (o) D’autres écrivent Forte Ventura. |
[Mais les Voyageurs modernes parlent fi peu (p) La Partie du Sud eft à 28, & la Partie
de cette Nation, qu'il y a beaucoup d’appa- du Nord à 29.
rence qu'elle s’eft éteinte, ou qu'elle eft fort (a) Beckman, Voyage à Borneo, pag. 4
FE N
& ne recevoit
le chœur ; des
Les Anglois
es que des buf.
nt qu'on com.
éfendit que les
e aux Anglois |
férva qu'ils font 14
des piques & LE
1, ils fe jettent
ls fe relevent
atailloi: als l'in-
ft: elle ta
rande que l’If-xf 3
'azyles à quel. 44
utons [& leskii08
ornes, [ & def
: éloignée que
vingt-quatre
ng fur dix de
ns font lefro-
> vin que Lan-
> autre petite
: fans danger
\
t pas moins.
r ; car elle eft
large que de
ufé des deux
nforme à cel. 1
es ; Lanagla;
ras ; Sc un au-
le Lancerota,
les
> Ventura.
28, & la Partie
)INEO, pag. 4,
|A UU LULU UE UUE AU ULU LE
S. - À, m
4 e A . 3. Ze #
#5 lies, comme un petit TIR la grande Canarte :
ELU UEE EL
TT LEO
GEZIGT van de PIEK van KANARIE,0p xxXxIV MYLEN ten NOORD WESTE
J.‘t Eiland GOMERA ,'t geen zig op XLV MYLEN,als een KLYNE-WOLK vertoond..
e 2.TENERIFrA:. 3.De PIX. 4#.Gedeelte van GROOT-KANARIE.
Le 7 SUS DU CÔTE D'ouxsT Dx Cox
Vox Du PIC.AU pxssvs pv Côrs
L PAZ Pic. | a 16 Lieües de distance, F6 Ze
22
Comera
Tres
LULU ENNEMI
TETE UNE LEE NE
CLCEELE EE EL CELL LE EEE CE DEEE CE CECEELEE LEE LE LEE CEELE EEE LE CEE DE CEE CELL EE ELCELC CCE LE CELL CEE CECILE LCLEL DEL ECDUL EC EEE LLE CELL EL ELEEE CELL EEE EE
GEZIGT van de PIEK ,boven de WEST-ZYDE van GOMÉRA
MEET De À s bnsenn —
#2 Schley drex .
In:
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. I 27
les plus nombreufes Flottes peuvent trouver (r) une retraite füre & commo-
de; mais la Côte eft dangereufe au Nord-Eft, & la mer y bat furieufément
contre une multitude de rocs.
Cr) Hawkins, wbi fup. pag. 24,
$. 1 V.
Trois Voyages au fommet du Pic de Ténérife , avec des obfervations fur
l'origine des Guanches , Ë? fur les Caves des Morts.
L manque tant de circonftances aux anciennes defcriptions du Pic de Té-
nérife, qu'il doit être agréable au Leéteur de les trouver ici rafflemblées préliminaires
dans un nouvel article, d'après les Relations des Voyageurs modernes. Nous
en avons trois, qui font l'ouvrage d'autant d’Anglois, témoins oculaires de
ce qu'ils racontent, & les feuls à qui l'on ait l'obligation d’un Journal éxaét de
ce voyage. La première eft du Chevalier Scory, Homme de fçavoir, qui a
fait fur l’Ifle de Ténérife & fur le Pic, des obfervations, dont Purchafs a pu-
blié l’Extrait (a). Mais cet Editeur en ayant négligé la datte, on eft réduit à
fuppofer (b) qu'elles font de l’année 1600. L’Extrait eft compofé r°. d'un
voyage au Pic &-des obférvations de l'Auteur. 20. de fes Remarques fur la
nature du terroir de Ténérife, & fur fes produétions. 3°. d’un détail fur les
anciens Habitans de l’Ifle. 4°. d’une Defcription de Laguna. Le fecond & le
dernier de ces articles ont déja trouvé place dans les Supplémens qu’on a joints
à la defcription de Nicols. Les deux autres vont entrer ici; mais il faut obfer-
ver que Purchafs fuivant fa méthode ordinaire, qui eft de mutiler groflière-
ment fes meilleurs Auteurs, n'a pas donné l'extrait de l’Ouvrage entier; de
forte qu’on ignore à quoi le refte avoitrapport. .
LE fecond voyage au Pic eft inféré dans l'Hiftoire dela Société Royale de
Londres (c) par le Doéteur Sprat, enfuite Evêque de Rochefter: elle y eft fans
nom d’Auteur & fans datte; mais on croit pouvoir conclure de el ues cir-
conftances qu'elle fut écrite en 1650 ou 52. Le troifième voyage eff de M.
Edens, qui le fiten 1715, & qui a confenti que fa Relation fut inférée'(d)
dans les Tranfaétions dela Société Royale. Comme. ces trois piéces font ex-
trêmement curieufes, & que chacune renferme quantité de Remarques diffé-
rentes, elles méritent. de trouver place ici féparément ; & pour n’y laifler rien
à defirer , on y joindra plufeurs obfervations fur l'Hiftoire naturelle de Téné-
rife, communiquées par l’Auteur de la feconde Relation.
Defcrigtion du Pic de Ténérife, & Recherches fur les Guanches.
La fameufe montagne de Teyde ou Teythe, qu'on nomme communément le
Pic de Ténérife , caufe une égale admiration de près ou dans l'éloignement. Elle
étend
ea) Voyez Pilgrim, pag. 785. (c) Publié pour la première fois en 1667,
Cb) 11 cit certain par, un endroit de laRecla- ‘in 40, 200. pages.
tion que l'Auteur étoit aux Canaries en 1582, (d) Nombre 345, pag. 3173 & dans l'A-
mais il paroîtenfuite qu'il n'écrivit point dans brégé des Fones, Vol. V. Part.-Il pag. 147.
la même année,
D 2
28 VOYAGES DES ANGLOIS EN
étend fa bafe jufqu'à (e) Garrachico, d'où l'on compte deux journées & demics
de chemin jufqu'au fommet. Quoiqu'elle paroifle fe terminer en pointe fort
aigue, comme un pain de fucre, avec lequel elle a d'ailleurs beaucoup de
selfemblance ; elle eft plate néanmoins, à l'extrémité, dans l'étendue de plus
d’un arpent. Le centre de cet efpace eft un gouffre d’où il s'élance de groffes
pierres, avec de la flamme & de la fumée, accompagnées d’un bruit prodi-
Manière de gieux. On y peut monter pendant fept lieuës fur des Mules ou fur des Anes;
monter auPic mais il faut continuer le voyage à pied, avec de grandes difficultés. Chacun
de Ténérife. eft obligé de porter fes provifions de vivres. |
Le dos de la montagne, pendant les dix premiers milles , eft orné des
meilleurs arbres de toutes les efpéces ; & le terrein eft même arrofé de petits
ruiffeaux fortant de leurs fources, qui venant à fe joindre, defcendent jufqu'à
la mer en largestorrens, furtout lorfqu'il arrive quelque pluye violente qui
les grofit. Quand on eft au milieu du chemin, le froid devient infupporta-
bles & l'on cit forcé de ne marcher q''e du côté du Sud, & pendant le jour
feulement. Cette Région froide ne finit qu’à deux lieuës du fommet, où la
chaleur n’eft pas moins (f) extrême qu’au fond de la Vallée ; ainfi par une rai-
fon toute oppofée, on eft obligé de marcher du côté du Nord, & feulement
On ne peut pendant la nuit. Le tems le plus commode de l’année pour ce voyage eft le
s'aréter ME cœur de l'Eté, parce qu'on évite les torrens qui viennent de la fonte des nei-
si dis es. Si l'on arrive au fommet vers la fin de la nuit, on peut y pafler quelques
| eures ; mais il eft impofible de s’y arrêter après le lever du Soleil. On y reçoit
bientôt, du côté de l'Eft, des vapeurs fi ardentes qu’on les croiroit forties
d’un four enflamé.
Le Soleilpa- IL eft remarquable que du: fommet, le Soleil paroïît beaucoup plus petit
roit tourner Jorfqu'ileft monté für l'horifon , que lorfqu’on le voit au-deflous de foi, & qu'il
fur fon centré. mble tourner fur fon centre. Le Ciel y eft fort clair & fort ferein. Il n'y tom-
be jamais de pluye, & le vent ne s’y fait jamais fentir (g); on rapporte la
même chofe du Mont Olympe. Quoique l'Île foit fi remplie de Rochers qu'on
en compte jufqu’à vingt mille;.elle paroît de l'extrémité du Mont comme une
belle Plaine, divifée en portions par des bordures de neiges; mais ce qu’on
prend pour la terre n’eft au fond que les-nuées, qu'on a plufieurs milles (h)
au-deflous de foi.
Toure la partie d'en haut eft ouverte & ftérile, fans aucune apparence
d'arbre ou de buiflon. Il en fort du côté du Sud plufieurs ruifleaux de fouffre
qui defcendent dans la région de la neige: aufli paroît-elle entremêlée dans
Ruiffeaux de plufieurs endroits de veines de fouffre. La flamme du Volcan dont on a parlé
fouffre, s'élance avec plus de force en Eté. Si l’on jette une pierre dans le gouffre , elle
y retentit, comme un vaifleau creux de cuivre, contre lequel on frapperoit
avec un marteau d'une prodigieufe groffeur; aufli les Efpagnols lui ont-ils “Æ
donnéle nom de Chaudron du Diable, [ dans lequel on fait bouillir toutes leské @
Provifions
ce) Ville Maritime, au côté Nord-Oueft de vent & du froid. Scory eft le feul qui parle
l'Ifle, & au Sud d’'Oratava. Hide ce tournoyement du Soleil, [ & de ces va-
(f) Elle pouvoit venir alors de quelque ef- * peurs ardentes, qui viennent du côté de l’Eft].
fervefcence extraordinaire du Volcan, car les (b) Dans l’Angloisil y a plufieurs furiongé
autres Voyageurs ne parlent point de cette ce font des inefurcs de chemin, dont huit font
chaleur exceiñve. un wille, R, d, E,
(g) D'autres ont trouvé au fommet , du
N
des & demics
\ pointe fort
beaucoup de
endue de plus
ice de groffes
_ bruit prodi-
fur des Anes;
tés. Chacun
eft orné des
rofé de petits
ndent jufqu'à
e violente qui
it infupporta-
ndant le jour
mmet, où la
fi par une rai-
& feulement
voyage eft le
fonte des nei-
affer quelques
il. On y reçoit
roiroit fortics
up plus petit
def, & qu'il
in. Il n'y tom-
n rapporte la
Rochers qu'on
t comme une
ais ce qu'on
rs milles (h)
ne apparence
ux de fouffre
remêlée dans
bnt on a parlé
e gouffre , elle
on frapperoit
ls lui ont-ils
Ilir toutes leskÿ w
Provifions
le feul qui parle
1, [ & de ces va-
du côté de l'E].
lufieurs furlongs ,
n , dont huit font
DIFFÉRENTES PARTIES dr L'AFRIQUE, Liv. V. Car. I.
Provifions de l'Enfer. ] Mais les Naturels de l'Ifle étoient erfuadés férieufe-
ment que c'eft l'Enfer, & que les armés des méchans d failoient leur féjour é
our être tourmentées fans cefle, tandis que celles des bons habitoient l'a-
gréable Vallée , où l'on abâtila Ville de Laguna: en effet le monde entier n'a
| pas de canton où la température de l'air foit plus douce , ni de pertpeétive
plus riante que celle € u'on a du centre de cette Plaine, [ui eft arrofée par
Lacie deruifleaux formés par la réunion de divers filets d'eau, qui defcendent
des montagnes.
h, “ON pes ar A l'origine des Guanches. Ils étoient barbares à l'arrivée des
0 Efpagnols ; is le fonc encore. Leur ancien langage, qui n'a pas celTé de fub-
Mfifter dans la Ville de Candelaria, reffemble beaucoup à celui des Mores de
Barbarie. Betancour , [Gentilhomme François,] qui découvrit le premier
leurs ifles, les repréfente (i) comme des Payens quin'avoient pas la moindre
idée de Dieu; mais au contraire le Chevalier Scory affüre qu'ils reconnoif
foient un pouvoir fuprême, auquel ils donnoient divers noms, tels queceux
d'Achuhurahan, Achuhuchumar; Achguaya-xerax , qui fignifient le plus grand,
le plus fublime, le confervateur de tout ce qui éxifte. Lorfqu'ils gt mg à
Mde pluye, ou qu'ils étoient incommodés par le dérangement des Saifons &
Mpar quelqu'autre difgrace , ils conduifoient leurs moutons & leurs chèvres
Midans un lieu deftiné aux éxercices de Religion; & fevrant ce jour-là les petits
du lait de leurs mères, ils tiroient du fang à tous leurs Troupeaux, dans l'o-
pinion , que c'étoit le moyen d’appaifer la colère divine, & d'obtenir du Ciel
Mçe qui leur manquoit. Ils avoient quelque notion de l'Immortalité & d’une
bunition future du crime, puifqu'ils regardoient le Volcan du Pic comme
MB Enfer des méchans. Ils l'appelloient Echeyde, & le Diable Guayotta; mais
AN]'Auteur ne remarque point qu'ils euflent de commerce avec cet ennemi de
MADieu.
ME Dans lesaffaires civiles, ils avoient quelque apparence d'ordre. Ils avoient
Mides Rois, dont ils fe reconnoifloient les Vallaux ; & le ferment de leur foû-
iffion fe renouvelloit à leur mariage. Le droit de fucceflion étoit établi par-
mi eux, fans y admettre les Bâtards: ils avoient un certain nombre de Loix,
uxquelles ils faifoient profeffion d’obéir. Leurs Rois n’habitoient point d’au-
Mres Palais que des cavernes taillées dans les rocs , ou formées par la nature:
Mn en voit encore un très-grand nombre, [entre lefquelles on croit diftinguer
“elles qui appartenoient aux. Princes de la Nation.] L’Ifle de Ténérife fut gou-
wernée long-tems par un feul Roi, qui portoit le nom d’Ædexe: enfuite les
penfans d’un de ces Monarques ayant confpiré contre leur Père, diviférent le
LH Royaume en neuf parties , parce qu’ils étoienc autant de Frères. Ilss’éleva,
HMentr'eux & leurs Succefleurs, des guerres qui affoiblirent infenfiblement la
"Nation; cependant l'ambition y avoit moins de part que le vol. Les injufti-
4 ces mutuelles confiftoient à fe dérober des beltiaux, particulièrement des
a Chèvres mouchetées, dont ils faifoient. beaucoup d’eftime, [& qu'ils regar-
4 doient
29
être n’y a-t-il aucune Nation, quelque barba-
re qu'elle foit, qui ne croye pas en un Etre
fuprême. Cette croyance fe répand par-tout où
il y a la moindre lucur de raifon.]
7 té comme Athée, & qu'on a trouvé dans la
4 fuite plus rempli de l'idée d'un premier Etre que
Ceux qui leur avoient fait cette injuftice. [Peut-
D 3
ScorY,
1600.
Idée des an
ciens Habi-
tans,
Origine des
Guanches,
Sacrifice fort
fingulicr,
Leur Gouver.
nement civil,
Caufe de
leurs guerres.
SCOR Y,
1600.
LeursMaria-
[HI %
Fercices de
leurs jeuncçf:
us.
Géans,
Habillement
des Guanches.
Leurs Ali-
miens,
30 VOYAGES DES ANGLOIS EN
doient comme des animaux facrés:] il y a beaucoup de reffemblance, pour la
taille & la couleur , entre.leurs Chévres & les Daims d'Angleterre.
ILs avoient une forme établie pour les Mariages: elle cônfiftoit à deman.
der le confentement des Pères avec quelques cérémonies ; mais après l'avoir
obtenu , il y avoit peu de formalités pour la confommation : aufli des liens fi
faciles f: rompoient-ils de même, Il étoit libre de quitter une femme pour
laquel! : on prenoit du dégoût, & de s'en procurer fucceflivement plufieurs
autres, avec cette reftriction néanmoins que tous les enfans nés après le pre-
mier divorce pañloient pour illégitimes : le Roi feul étoit éxempt de cette
loi, en faveur de la fucceffion; il avoit droit fousle même prétexte d'épou-
fer fa Sœur, A la naiflance d’un enfant, une femme choifie pour cet office
lui verfoit de l’eau fur la téte; & dès ce moment elle contraétoit avec la
famille une forte d'aflinité, qui ne lui permettoit plus d’époufer un homme
de la même race.
Les Jeunes-gens s'éxerçoient à fauter, à courir, à lancer des dards & des
pierres ; mais fur-tout à la danfe, dont ils font encore aujourd'hui leur plailir
& leur gloire. La vertu & l’honnéte fimplicité étoient en fi haute recom-
mandation parmi eux, que, par une loi inviolable, ceux qui faifoient quelque
violence à une femme, étoient punis de mort.
L A plûpart des Guanches étoient bienfaits dans leur taille, & d’une bonne
compléxion. Il s'y trouvoit quelquefois des Géans d'une hauteur incroyable,
On a découvert fée une de leurs cavernes la tête d'un Guanche, quiavoit
quatre-vingt dents; & fon corps, qui fut trouvé dans la caverne fépulchrale
des Rois de Guymur, de la race defquels on prétend qu'il étoit, n'avoit pas
moins de quinze pieds. Au Sud de l'Île, les Guanches étoient couleur d'o-
live; mais du côté du Nord ils étoient blancs, fur-tout les Femmes, qui a-
voient aufli la chevelure fort longue & fort belle, Leur habit commun étoit
une cafaque courte de peau d'agneau, fans manches & fans col, liée par de-
vant avec des courroies de cuir. Les Femmes étoient vêtues comme les Hom-
mes, & cette cafaque fe nommoit Tomarce ; mais la modeftie leur y faifoient
joindre une autre robe de peau, qui defcendoit par deffous, jufqu'a leurs ta-
lons; car elles regardoient comme une indécence pour leur féxe d’avoir la poi-
trine & les pieds découverts. On les enfeveliffoit dans le dernier habit qu'el-
les avoient porté pendant leur vie (k).
Pour Alimens, les Guanches femoient de l'orge & des fèves ; le froment
leur étoit inconnu. Ils faifoient cuire l'orge au feu, & le broyant dans des
moulins à bras, tels qu'on en ufe en Efpagne , ils en tiroient la farine, pour
en compofer une forte de pain avec de l’eau, du lait & du beurre; c'eft ce
w'ils appelloient Giffio, dont ils faifoient leur principale nourriture. Cepen-
dant ils mangeoient quelquefois de la chair de Mouton, de Chèvre & de
Porc ; mais c'étoit dans certains jours réglés, qui étoient comme leurs jours
Mncttiq
p : 1. ; FT fc
de l'ête. Il s’affembloient alors, pour joindre d'autres réjouiffances à la bon: 4 ent de
ne chère. Leur Roi, qui préfidoit à ces affemblées, diftribuoit de fa propre 4
main trois Chèvres à chaque bande, compofée de vingt Guanches, & du
Giffo
214 ! , : à ee DRMAgNe qu
(k) L'article qui regarde la fpulture des me Relation. [Ce qui regarde ici le Géant dei "0h Ë de
Morts, & toutes les cérémonies des cavernes quinze pieds paroit une Exagération.] PAR: & Te
fépulchrales eft renvoyé à la fin de la troific- Do.
N
lance, pour la
rre,
toit à deman-
après l'avoir
fi des liens fi
femme pour
ient plufieurs
s aprés le pre-
mpt de cette
étexte d'épou-
our cet office
étoit avec la
er un homme
des dards & des
hui leur plailir
haute recom-
foient quelque
& d’une bonne
eur incroyable,
che, quiavoit
rne fépulchrale
it, n'avoit pas
t couleur d'o-
emmes, qui a- .
commun étoit
ol, liée par de-
mme les Hom-
leur y faifoient
fqu'à leurs ta-
+ d'avoir la poi-
ier habit qu’el-
es ; le froment
yant dans des
la farine, pour
urre; C'eft ce.
riture. Cepen-
Chèvre de
me leurs jours
ances à la bon-
de fa propre
inches, & du
Giffo
e ici le Géant de#
gération.]
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car. L gr
À
© Gifio à proportion: après quoi toutes les bandes venoient fucceflivement de-
vanc le Monarque, & montroient leur habileté [à fauter, à courir, à luter,
M lancer le javelot , à danfer, &7 dans tous les éxercices dont l'ufage étoit
ctubli. Pendant ces l'êces, l'on publioit un armiftice, qui donnoit aux hom-
Mines la liberté de traverfer le Pays de leurs ennemis; & fouvent malgré la
uerre, ils s'invitoient à des feftins mutuels avec un parfait oubli de toutes
MMortes de reflentimens. Dans la faifon d'enfemencer les terres, le Roi faifoic
Macs lots de chaque canton, & les diftribuoit entre les Hommes. On fe fervoit
“lc cornes d'animaux pour les cultiver, & l’on prononçoit des paroles myfté-
Micufes en y jettant la femence ; tous les ouvrages domeftiques étoient le par-
Mage des Femmes.
Izs ont une forte de fruit qu'ils nomment Mozan, de la groffeur d'un
ois: ileft d'abord très-verd; enfüuite rougiffant à mefure qu'il meurit, il de-
tient enfin trés-noir, On le compareroit à nos grofcilles noires, s’il n'étoit
'un goût beaucoup plus agréable. Les Guanches n’en fucent que le jus
qu'ils nomment Joya: ] Ils en font une efpèce de miel, qu'il appellent Cha-
erguen. Le. Mozan fe cucille fort meur: on le laiffe fécher au foleil pendant
“ept ou huit jours; enfuite le ere 1p avec des pierres, on le fait bouillir
Wans l'eau, jufqu'à. ce qu'il s’épaiflifle enfyrop. C'eft la médecine des Guan-
es pour le flux de ventre, & pour quantité de maux, Ils ont aufñil'ufage
: la faignée aux bras, aux temples & au front ; mais leur lancette n'eft
un cizeau (/) fort aigu.
Second Voyage au Pic de Ténérife.
Quorque le Doëteur Sprat n'ait pas fait connoître l'Auteur particulier
e cette Relation, il affüre que les Marchands-du. voyage étoient une com-
agnie d’honnêtes-gens, dont le témoignage ne foullre aucune exception.
près s'être pourvûsd'un Guide, de Chevaux & de Domeftiques, ils partirent
Oratava, Port de mer au Nord de Ténérife. Leur marche ayant commen-
à minuit, ils arrivèrent à huit heures du matinau pied de la Montagne
mn), oùils s'arrêtèrent fous un grand Pin, pour s'y rafraîchir jufqu'àa deux
res après-midi; enfüite continuant leur chemin. au travers de plufieurs.
pntagnes fabloneufes & ftériles, fans y trouver un. feul arbre, ils eurent
ucoup à fouffrir de la chaleur jufqu'au pied du Pic, où ils ne trouvèrent
pour abri que de gros Rochers:, qui fembloient y être tombés de quelque
partie de la montagne,
ti! A fix heures du foir ils commencèrent à monter le (n) Pic; mais après
Avoir marché l'efpace d’un mille, ils trouvèrent le chémin fi difficile pour les
Mpnevaux, qu'ils prirent le parti de les laifler derrière eux avec leurs Do-
Mneftiques. Pendant ce premier mille, quelques-uns des Voyageurs reffenti-
Bent des foibleffes & des maux de cœur. D'autres furent tourmentés par des
vomiffemens
(1) Angl. qu'un caillou. R. d.E.
Æ (m) Angl. au fommet de la première mon-
Æagne qui eft vers le Pic. R. d. FE,
B (n) On l'appelle proprement Téitbe, Tey-
me & Terraira. [C'eit par excellence qu’onle
nomme fimplement le Pic de Ténérife. Ilne
faut pas manquer jci de faire attention que
ce Voyage fe fait d'un côté du Pic différent
de l'autre. ]
Sconv.,
1600,
Leurs l'ètes,
Fruit qu'ils
nomment Mo
2an , & fon ue
fage,
ANONYME.
1652.
Départ d'O-
rativie
Les Voya-
geurs reffen-
tent des foi-
bleffes & des
tranchées,
ANONYME.
1052,
Soullers pour
marcher dans
le fable,
Sommet du
Pic, & ce
qu'on y trou-
ve,
Forme & qua-
lités dela
Chaudière.
Ce qu’on dé-
couvre du
fommet du
Pic,
32 VOYAGES DES ANGLOIS EN
vomiflemens & des tranchées; mais ce qui parut enore plus furprenane, le
crin des chevaux fe dreffa. Les Malades ayant demandé du vin, qu'on por-
toit dans de petits barrils, ils le trouvèrent fi froid qu'ils n'en purent boire
fans l'avoir Ait chauffer : cependant l'air étoit calme & modèré; mais vers
le coucher du Soleil, le vent devint fi violent & fi froid, qu'étant forcés de
s'arrécer fous les rocs, ils y allumèrent de grands feux pendant coute Ja nuit.
1Ls recommencürent à monter vers quatre heures du matin. Après avoir faic
l'efpace d'un milie, un des Voyageurs fe trouva fi mal qu'il fut obligé de re-
tourner fur fes pas. Là commencent les Rochers noirs, Le refte de la Compa-
nie continua fa marche jufqu'au pain de fucre, [c'eft-à-dire à l'endroit où leg
ic commence à prendre cette forme] La plus grande difficulté qu'ils y eurent
à combatre fut le fable blanc, contre lequel néanmoins ils s'étoient munis,
en prenant avec eux des fouliers, dont la femelle étoit plus large d'un doigt
que le cuir fupérieur : ils gagnèrent avec beaucoup de peine le deffus des Ro-
chers noirs qui eft plat comme un pavé. Comme il ne leur reftoit plus qu'un
mille jufqu'au fommet, ils fencirent redoubler leur courage; & fans être ten-
tés de fe repofer, ils gagnèrent enfin le fommet. Leur crainte avoit été d'y
trouver la fumée aufli épaifle qu'elle leur avoit paru d'en bas; mais ils n'
fentirent que des exhalaifons allez chaudes, dont l'odeur étoit celle du fouf-
fre, [& qui les incommodoient fort au vifage. ] k
Da vs la dernière partie de leur marche, ils ne s'étoient apperçus d'aucune
altération dans l'air, & le vent n'avoit pas été fort impétueux ; mais ils le
trouvèrent fi violent au fommet, qu'ayant voulu commencer par boire la fanté
du Roi, & faire une décharge de leurs fufils, à peine pouvoient-ils fe foûte-
nir. Ils avoient befoin de réparer leurs forces, que la fatigue avoit épuifées.
Leur furprife augmenta beaucoup, lorfqu'ayant voulu goûcer de l'eau-de-vie,
ils la trouvèrent fans force; le vin au contraire leur parut plus vif & plus fpi-
ritueux qu'auparavant.
Le fommet du Pic, fur lequel ils étoient, fert comme de bord au fameux
gouffre que les Efpagnols appellent Caldera : Ils jugèrent que l'ouverture peut
avoir une portée de moufquet de diamétre ; & qu'elle s'étend vers le fond l'ef-
pace d'environ quatre-vingt verges. Sa Forme eft celle d’un entonnoir ; fes
bords font couverts de petites pierres tendres (0), mêlées de fouffre & de fable,
entre lefquelles il s’éxhale de la fumée & des vapeurs chaudes, qui font fi
dangereufes , q e l’un des Voyageurs ayant tenté de remuer une pierre affez
groile , faillit d'être fuffoqué. Les Pierres mêmes font fi chaudes qu'on ne
peut y toucher fans précaution. Perfonne n'ôfa defcendre plus de quatre ou
cinq verges, parce que le terrain s’enfonçant fous les pieds, on fut arrêté
ar la crainte de ne pouvoir remonter facilement ; mais on prétend que des
’oyageurs plus hardis en ont couru les rifques, & qu'étant parvenus jufqu’au
fond , ils n'y ont rien trouvé de plus remarquable qu'une efpèce de fouffre
clair, qui paroît comme du fel fur les pierres. ire
Du haut de cette célèbre montagne, les Marchands Anglois découvrirent "%# sur
la grande Canarie, qui en eft à quatorze lieuës ; l’Ifle de Palma qui en dt M SANT
éloignée de dix-huit, celle de Goméra qui n'en eft qu'a fept lieuës, & Mu À œufs, ,
en"
(o) Angl. de petites pierres détachées, KR. d, E. à Ce) de
00 III. E
N
&
prenant, le
1, qu'on por-
urent boire
‘és mais vers
ant forcés de
oute la nuit.
près avoir fait
obligé de re-
: de la Compa-
l'endroit où le
qu'ils y eurent
toient munis,
e d'un doigt
effus des Ro-
oit plus qu'un
fans étre ten-
eavoit été d'y
_ mais ils n°
celle du fout- à
erçus d'aucune
x; mais ils le
r boire la fanté
nt-ils fe foûte-
avoit épuifées.
> l'eau-de-vie,
vif & plus fpi-
prd au fameux
buverture peut
rs le fond l'ef-
entonnoir ; fes
ffre & de fable,
s, qui font fi
ne pierre aflez
udes qu'on ne
s de quatre ou
on fut arrêté
rétend que des
venus jufqu'au
bèce de fouftre |
s découvrirent
ma qui en €
lieuës , & a
e
"Moufs.
2 DITTERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car. I. 33
fade Ferro à plus de vingt; mais leur vûe s'écendoic à l'infini fur la furface de Anonvie.
Océan, & l'on en doit juger par une fimple remarque: c'eft que la diftance
Mc l'énérife à Gomera, qui eft de fepe lieuës, ne paroifloit pas plus grande
Muc la largeur de la Tamile, |
"D Aussi-rôrT que le Soleil parut à l'Horifon, l'ombre du Pic parut cou-
rir non-feulement l'Ifle de ‘Ténérife & celle de Gomera, mais coute la
er, aufli loin que les yeux pouvoient s'écendre ; & la pointe du Mont
Borfque le Soleil eût acquis un peu d'élévation, les nuées fe formérent fi vi-
qu'elles firent perdre tout - d'un -coup aux Marchands la vûc de la mer,
celle même de l'Ifle de Ténérife , à la réferve de quelques pointes des
ontagnes voifines qui fembloient percer au travers. os obfervateurs
pôrent fçavoir fi ces nuées s'élèvent quelquefois au-deffus du Pic mé-
e; mais quand on eft au-deffous, on s’imagineroit qu'elles font fufpen-
es fur la pointe, ou plûtôc qu'elles l'enveloppent ; & cette apparence
conftante pendant les vents de Nord -Oueit : c'eft ce que les Habitans
bpclient le Cup. ls le regardent comme le prognoftic certain de quelque
rantir de la fraîcheur de l'air, il s’apperçut bientôt que fes habits étoient
Qc humides ; il jetta les yeux autour de lui, & fa furprife fut extrême de
Mbir quantité de gouttes d'eau couler au long des rocs. Îl remarqua aufñli que
0 fommet des autres montagnes, il s'écoule continuellement de petites vei-
Ms d'eau, qui fe raffemblent ou qui fe difperfent fuivant la facilité qu'elles
ÆMouvent à leur pallage.
MArRès avoir paflé quelque tems au fommet du Pic, les Anglois defcen-
ent par une route fabloneufe jufqu'au bas de cequ'on appelle le Pain de fu-
; & comme elle eft fi roide qu'on la croiroit perpendiculaire , ils en furent
ntôt dégagés. En jettant les yeux dans cet endroit, ils découvrirent une
pe qui leur caufa de l'admiration: fa forme eft celle d’un four, dont l'ou-
ture feroit au fommet. Ils eurent la curiofité d'y defcendre avec des cor-
, dont ils firent tenir le bout par leurs Domeftiques.
mme cave cft de dix verges, & Â
ent obligés de s'arrêter fur un tas de neige fort dure, pour éviter un trou
rempli d’eau qui a l’apparence d’un puits, & qui eft direétement au-deffous
dé l'ouverture de la cave, Il a fix braffes de profondeur, fans que les An-
lois puflent juger fi c'eft une fource d’eau vive, ou l’afflemblage de la nei-
Re fondue, ou la diftillation des Rochers. De tous les côtés de la grotte on
Moit des glaçons fufpendus , qui defcendent jufqu'au tas de neige, dont le
; @nd eft rempli; maisnos Voyageurs bientôt incommodés de l'excès du froid
uittérent ce lieu pour continuer de defcendre. Ils arrivèrent à Oratava,
Mers cinq heures du foir , le vifage fi rouge & fi cuifant, que pour fe ra-
“raïîchir ils furent obligés de fe faire laver long-tems la tête avec des blancs
La
È k, Cp) Angl. & vers le bord de l'horizon
#0 de À , m il À : . E.
2 pointe LA mont fembloit fc relever diftinéte. ent. R. dE
III, Part.
fmbloit tourner diftinétement (p), & fe peindre en noir dans les airs. |;
æempête.
he Un des mêmes Marchands, qui recommença le voyage deux ans après, ar- Humidité au
a au fommet du Pic avant le jour, S'étant mis à couvert fous unroc, pour fe fommet du
[ La profondeur de Cave ou Grot.
largeur de quinze. En defcendant, ilsfu- te fingulière.
1652,
Effets du So-
eil dans ce
eu,
ic,
Ansonvuu,
1652,
Hauteur du
Pic, fu ttérilité,
Efpèce d'Eu-
phorbium,
Départ d'O-
FAtava,
Détail dela
route,
| ec depuis la
54 VOYAGES DES ANGLOIS EN
La hauteur perpendiculaire du Pic eft d'environ deux milles & demi, Le
Marchands Anglois n'apperçurent point d'autre arbre dans leur route que des
ins, Ts, ne virent nulle crace d'herbe, de buiffons [ni d'arbres, excepté dk:
ins;] mais au milieu du fable blanc, ils remarquèrent une plante qui a quel.
ue reffemblance avec le Jonc (4). Près du lièu où ils avoient pañlé la nuie,
ils découvrirent aufli plufieurs de ces Cannes quarrées ,dont ona parlé dans
la Relation de Nicols: leur racine a prefqu'un demi-pied de largeur, & les
fcions font hauts de fept à huit picds Ils portent au fommet un petit frui
rouge, quirend, en le preflant, une forte de lait fi venimeux, que fi l'on
en diftille fur la peau d'un cheval ou de quelqu'autre bête , il fait tomber
aufli-tôt le poil. Îl s'en trouva de fecs, dont les Anglois fe fervirent pour
allumer du feu, Mais cette plante n'eft pas propre au Pic de Ténérife, Elk
croît dans toutes les parties de l'Ile , &% quelques Naturaliftes la prennen
pour une efpèce. d'Euphorbium.
Troifième Voyage au Pic de Ténérife, par M. Edens.
Le Manp1i 13 d'Aoûct 1715, à dix heures & demie du foir, l'Auteur ac.
compagné de quatre Anglois & d'un Hollandois, avec des Domeftiques & des
chevaux pour le tranfport de leurs provifions , partit du Port d'Oratava: leur
Guide étoit le méme qui en avoit fervi depuis plufieurs années à tous les E;
trangers qui avoient fait ce voyage,
118 arrivèrent avant minuit à la Ville d'Oratava (r), qui eft à deux mi:
les du Port; & fuivant les inftruétions du Guide, ils y prirent des bâtons d'u
ne forme commode, pour faciliter leur marche.
Le jour fuivant, à une heure du matin, ils s'avancèrent jufqu'au pied d'u
ne montagne fort roide, à un mille & demi dela Ville; & commençant à voir
autour d'eux à la faveur dela Lune, qui étoit fort claire, ils découvrirentke
Pic, environné d'une nuée blanche qui le couvroit comme un chapeau. De:
là, fuivant le pied de la montagne ,ils gagnèrent une plaine que les Efpagnok
ont nommée Dornajito en el monte verde, c'eft-à-dire, petit trou dans la mor
tagne verte: ce nom lui vient, comme l’Auteur le fuppofe, d'un trou trés
profond qu'on trouve un peu gr loin fur la droite, dans lequel tombe une
eau pure & fraîche qui deicend des montagnes. Après avoir marché par de
chemins tantôt rudes & tantôt fort aifés, ils arrivèrent à trois heures près
d'une petite croix de bois, que les Efpagnols appellent la Cruz de la Solera,
[& qui eft faite d’une piéce de Solera, c'eft-à-dire d’uné longue perche, qu
a untrou à chacun de fes bouts. Les Efpagnols s'en fervent pour trainer di
bois qu'ils attachent à une extrémité, tandis que des bœufs font attelés à
l'autre, On dit que cette croix a été mife dans cet endroit, parce que que
qu'un y a été ve Delà nos Voyageurs apperçurent le Pic devant eux ; mais
ile ils euffent monté prefque continuellement par divers
étours, il ne leur parut pas moins élevé, & les nuées blanches en cou:
vroient encore la pointe.
(a) Angl. ils remarquèrent une forte de (r) LaVille & le Port font fur laCôte du Nor.
Gencts fort touilus, KR. d. E,
U\. à
enoi!
Ve
ouv«
ienda
bnt fa:
ILs
arrivé
ctoit for
le eft m
cit aigu
voiles fc
le vent «
fi comm
E N
5 & demi. Les
ur route que des
res, CXCUpLÉ de:
lante qui a quel
nt pañlé la nuir,
ona parlé dan
largeur, & le
et un petit frui
ux, que fi l'on
, il fait tombe
fervirent pour
Ténérife, Elk
les la prennen:
ns,
ir, l'Auteur ac.
meftiques & de:
d'Oratava: leur
es à tous les E
eft à deux ini:
. des bâtons d'u
ufqu’au pied d'u
mençant à voir
découvrirentie
chapeau. Dr
ue les Efpagnok
u dans la mon
d'un trou trés
equel tombe unt
marché par des
ois heures prés
uz de la Solera,
ue perche, qu
pour trainer di
font attelés à
arce que quel
evant eux ; mais
ent par divers
anches en cou:
fur laCôte du Noït.
DIFTERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Lav. V. Cinr. L gg
Un demi-mille plus loin , ils fe crouvèrent fur le dos d'uns montayne fort
ude & fort eftarpée, qui fe nomme Caravalla; nom qui lui vient d'un grand
Pin que leur Guide les priasd'obferver ; Cet arbre jette en effet une grande
branche , qui [+4 la manière dont elle s'avance au-delà des autres, à l'air
l'un mâc, tandis que les autres forment une touffe qui reffemble à la partie
avant d'une Caravelle (r), on trouve d'ailleurs, des deux côtés, un grand
hombre d'autres Pins. Encre ces arbres, ils virent plufieurs ruiffeaux de fouf-
rc enilamé, qui defcendaient de la montagne en ferpentant (1), & de pe-
ts tourbillons de fumée qui s'élevoient des lieux où le fouffre avoit commen
à s'enilamer, Ils eurent le méme fpectacle la nuit fuivante, lorfqu'ils
recirèrent fous les rocs pour s'y repofer ; mais ils ne purent découvrir d'où
enoit l'inlammation , ni ce que devenoient enfüite ces ruiffeaux ardens (re
Vers cinq heures du foir ils arrivèrent au fommet de la Montagne, où ils
ouvèrent un fort gros arbre, que les Efpagnols appellent e/ Pino de la Me-
ienda, c'eft-à-dire, l'arbre de la Colation. Le feu que différens Voyageurs
bnt fuit au pied, en a découvert le tronc & fait couler beaucoup de térében-
ine. Nos Anglois en allumèrent un grand, à peu de diftance, & s'arrécèrent
“pour fe rafraichir, Ils apperçurent quantité de lapins, qui ont pepe ces
licux déferts & fabloneux, Depuis cet endroit jufqu'aflez près du Pain de fu-
cre, on cit fort incommodé par l'abondance du fable.
1Ls fe remirent en marche vers fix heures ; & crois quarts d'heure après ils
Arrivérent à Portillo, c'eft-à-dire, à l'ouverture de plufieurs grands rocs, d'où
s recommencèrent à découvrir le Pic, qui ne leur paroiffoit plus qu'à deux
dicuës & demie d'eux. Leur Guide les aflüra qu'ils étoient à la même diftan-
fc du Port, Mais le Pic ne ceffoit pas de leur paroître enveloppé de nuécs
blanches. À fept heures & demie, ils arrivèrent à las Faldas, c'elt-à-dire ,aux
Æavenucs du Pic; d'où, jufqu'à la Stancha, qui n’eft qu'à un quart de mille du
bain de fucre, ils eurent à marcher fur de petites pierres fi mobiles, qu: les
£hevaux y enfonçoient jufqu'au-deflus du pied. La couche en devoit être
“ épaifle, puifque l'Auteur y fit un grand trou fans en pouvoir trouver le
pnd,
A mefure qu'on s'approche du Pain de fucre, on voit quantité de grands
pes difperfés, qui, fuivant le récit du Guide, ont été précipités du fommet
r d'anciens Volcans. Il s'en trouve aufli des tas, qui ont plus de foixante
ifes (3) de longueur ; & l’Auteur obferve que plus ils font loin du pied du
MC, plus ils reffemblent à la pierre commune des rocs. Mais ceux qui font
moins éloignés paroiffent plus noirs & plus folides. 11 y en a même qui ont la
“couleur du cailloux , avec une forte de brillant, qui fait juger qu'ils n'ont point
MétLé altérés par le feu: au lieu que la plûpart des autres tirent beaucoup fur le
Mharbon de forge; ce qui ñe laïfle pas douter que de quelque lieu qu'ils vien-
w nent,
—
Wo7(s) L'Autcur remarque qu'une Caravelle
A cilun Butiment de ftruéture antique, & qui
croit fort en ufage autrefois en Efpagne. Él-
le eft mal façonnée de tous côtés; fa proue
cit aigue; fes mâts panchent en avant; fes
voiles font triangulaires; & reçoivent mieux
A le vent que les autres, mais elles ne font pas
{ li commodes à manier,
(+) Angl, Hs virent à unc hauteur peu con-
fidérable dans l'Air, du fouffre enflamé com-
me une fufée, qui retomba en forme de rayons
de feu. R, d, E,
Cu) Angl, mais ils ne purent de remarquer
fi ces l'eux produifoient quelque bruit, KR. d. E,
(x) Angl. foixante verges, KR, d, E,
[AT 'EZ
174$
Q rantito de
Prin tin lux
Hhotit [PAUL .
Rulffeaux de
foullre enila
me,
Lapins qui
habitent çus
livux,
Pierres fort
mobiles,
Effets desVol:
cans,
36 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Enens. nent, ils n’ayent fouffert les impreflions d'une ardente chaleur. [Il y en a quel. M
1715. ques-uns qui font pouflés hors de la Caldera, ou du Goufre, qui eft au haut
u Pic, & d’autres fortent d'une Cave ou re voit en y allant, &
() que quelques Voyageurs ont cru n'avoir point de fond.]
Re sue , neuf heures, les Voyageurs arrivèrent à la Stancha, un quart de mille
purs peint au-deflus du pied du Pic, au côté de l'Eft. Ils y trouvérent trois ou quatre
fi nuit. grands rocs, durs & noirs, qui s'avancent aflez pour mettre plufeurs perfon-
nes à couvert. Ils placèrent leurs chevaux dans ce lieu, & cherchant pour eux-
mêmes une retraite commode, ils commencèrent ee fe livrer tranquillement
au fommeil. Enfüuite leurs gens préparèrent diverfes fortes de viandes qu'ils
avoient apportées. Comme leur deffein étoit de fe repofer pendant tout le
jour, Edens pes du tems pour obferver mille objets qui le frappoient d’ad-
miration. À l’'Eft du Pic, on voit à quatre ou cinq milles de diftance plufieurs
montagnes, qui s'appellent Malpeffes ; & plus loin au Sud, celle qui porte le
nom de Montagne de Rejada. Tous ces monts étoient autrefois des Volcans,
comme l’Auteur ne croit pas qu’on en puifle douter , à la vûe des rocs noirs &
des pierres brûlées qui s’y trouvent, & qui reffemblent à tout ce qu'on ren-
contre aux environs du Pic. Si l'on s’en rapporte aux réfléxions d'Edens, rien
n’eft comparable à cet amas confus de débris entaffés les uns fur les autres,
qui peuvent pafler pour une des plus grandes merveilles de l'Univers. Après
avoir dîné avec beaucoup d’appétit, les Voyageurs voulurent recommencer | #
à dormir; mais étant repofés de la fatigue qui les avoit forcés d’abord au
fommeil, ils ne purent fermer les yeux dans un endroit fi peu commode; &
leur unique reffource fut de jouër aux cartes pendant le refte de l'après-midi;
tandis que Edens s’amufoit plus agréablement à contempler les différens ob-t#
jets qui s’offroient à fa ed Vers fix heures du foir, ils découvrirent la gran-
| de Canarie, qu'ils avoient à l’Eft quart au Nord.
Les Voya- LA faim redevint fi preflante, qu’on fit un fecond repas avant neuf heures.
Séntdormir Chacun fe promit enfuite de pouvoir dormir fous le rocher. On fe fit des lits
avec les habits, & l’on choïfit des pierres pour oreillers. Mais il fut impoñi-
ble de goûter un moment de repos. Le froid tourmentoit ceux qui s’étoient
éloignés du feu. La fumée n'étoit pas moins incommode à ceux qui s’en ap-
prochoient. D'autres étoient perfécutés par les mouches, avec un extrême
étonnement d’en trouver un fi grand nombre dansun lieu où l’air eft fi rude &
Is font fur. fi perçant pendant la nuit. L’Auteur s’imagine qu’elles y font attirées par les
pris de trou- chèvres, qui grimpent quelquefois fur ces rocs ; d'autant plus que dans une ca-
nos verne fort proche du fommet de la montagne, il trouva une chèvre morte.
“7 Elle n’avoit pû monter fi haut fans beaucoup de peine ; & s'étant fans doute é-
chauffée dans fa marche, le froid l'avoit faifie jufqu’à lui caufer la mort. A
moins qu'on ne veuille fuppofer qu’elle étoit morte de [ faim, ou peut-être }4
de quelque vapeur fulphureufe qui l’avoit étouffée; ce qui paroît le plus pro-
bable, parce que l’Auteur ajoûte qu’elle s’étoit féchée jufqu’à tomber prefqu’en
poudre. Enfin le Guide ayant averti qu'il étoit tems de partir, on fe remit
en marche à une heure après minuit Comme le chemin. ne PARARa
plus
ay(y) C'eft la Cave qui eft fituée aupied du Journal précédent. L
Pain de fucre, & dont il eft parlé dans le
N 1 DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. V, Cuar. I. 97
Ilyena sw kb. | M Dlus de mener les chevaux, on laiffa dans le même lieu quelques hommes pour
ii der.
Lg Sebr “a : la Stancha & le fommet du Pic, on rencontre deux montagnes fort
quart de mille
ois ou quatre
fieurs perfon-
lant pour eux-
tranquillement
viandes qu'ils
ndant tout le
appoient d’ad-
lance plufieurs
>: qui porte le
des Volcans,
s rocs noirs &
ce qu'on ren-
d'Edens, rien
ur les autres,
Inivers. Après
recommencer
és d’abord au
commode; &
l'après-midi;
différens ob-(f
rirent la gran-
t neuf heures.
à fe fit des lits
il fut impoñi-
qui s’étoient
qui s’en ap-
un extrême
eft fi rude &
irées par les
+ dans une ca-
hèvre morte.
fans doute é-
la mort. À
u peut-être }#
t le plus pro-
ber prefqu'en
on fe remit
e -permettoit
plus
‘ ne
hautes, chacune d’un demi mille de marche. La première elt parfemée de pe-
tits cailloux, fur lefquels il eft aifé de gliffer. L'autre n'eft qu'un amas monf-
trueux de groffes pierres, qui ne tiennent à la terre que par leur poids, &
ui font mêlées avec beaucoup de confufion. Après s'être repofés pluficurs
ois, les Voyageurs arrivérent au fommet de la première montagne, où ils
rirent quelques rafraîchiffemens. Enfüuite ils commencèrent à monter la fe-
Mconde, qui eft plus haute que la première, mais plus fûüre pour la marche,
Mparce que la groffeur des pierres les rend plus fermes. Ils n’en efuyèrent pas
moins de fatigue pendant une groffe demi-heure, après laquelle ils découvrirent
e Pain de fucre, qui leur avoit été caché par l’interpofition des deux mon-
tagnes.
At fommet de la feconde, ils trouvèrent le chemin affez'uni, dans l’efpace
d'un quart de mille, jufqu’au pied du Pain de fucre, où regardant leurs mon-
tres , ils furent furpris qu'il fût déja trois heures. La nuit étoit fort claire, & la
Lune fe faifoit voir avec beaucoup d'éclat. Mais ils voyoient fur la mer des
tas de nuées, qui paroifloient au - deffous d'eux commeune Vallée extrême-
ment profonde. Ilsavoient le vent affez frais au Sud-Fft quart au Sud où il de-
eura prefque continuellement pendant tout le voyage. Pendant une demi-
heure qu'ils furent affis au pied du Pain de fucre, ils virent fortir en plufieurs
“endroits une vapeur femblable à la fumée , qui s'élevant en petits nuages
difparoifloit bientôt & faifoit place à d’autres petits tourbillons qui fuivoient
Jes premiers.
plus pénible partie du voyage. Edens & quelqu’autres ne ménageant pas leur
marche, parvinrent au fommet dans l'efpace d’un quart d'heure; tandis que
e Guide & le refte de la Compagnie n’y arrivèrent qu’a quatre heures.
Le fommet du Pic eft un Ovale , dont le plus long diamétre s'étend du
ord-Nord-Oueft au Sud-Sud-Eft. Autant qu'Edens en put juger, il n’a pas
oins de cent quarante toifes (z) de longueur, fur environ cent dix de largeur.
renferme dans ce circuit un grand goufre , qu'on anommé Caldera, c'eft-
dire la Chaudière, dont la partie la plus profonde eft au Sud. Il eft affez
"@arpé fur tous fes bords; & dans quelques endroits il ne l’eft pas moins que
&defcente du Pain'de fucre. Toute la Compagnie defcendit jufqu’au fond,
. Où clle trouva vers quarante toifes (a) de profondeur, des pierres fi groffes
que plufieurs furpañoient la hauteur d'un homme. La terre, dans l’intérjeur
de la Chaudière, peut fe paîtrir comme une forte de pâte; & fi on l’allonge
“fans la forme d'une chandelle, on eft furpris de la voir brûler comme du
Houffre. Au dédans & au dehors on trouve quantité d’endroits brûlans, &
Jorfqu'on y leve une pierre on y voit du fouffre attaché. Au-deflus des trous
d'où l'on voit fortir de la fumée, la chaleur eft fi ardente qu'il eft impoñible
d'y tenir long-tems là main. La cave ,où Edens trouva une chèvre morte , eft
au Nord-Eft quart à l'Eft, dans l'enceinte du fommet. Le Guide l’affñra qu'il s'y
diftilloit fouvent du véritable efprit de fouffre; maisce Phénoméne ne parut
point dans le peu de tems que les Anglois y pañlèrent.
EDENS
| (2) Angl. cent-quarante Verges. R, d. E (a) Angl. quarante Verges, R, d. E.
F , 4 3
EoeEns.
I 7 I 5.
Deux mon
tagnes entre la
Stancha & le
Pic.
Ce qu'on dé-
couvre du
pied du Pain
de fucre,
A trois heures & demie, ils fe remirent à monter dans la .
Forme & é.
tendue du
fommet du
ic.
Goufre nom-
mé Caldera.
Diverfes ob-
fervations fur
le Pic.
38 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Engns obferve que c'eft une erreur de s'imaginer, avec les Auteurs de
quelques Relations, que la refpiration foit difficile au fommer du Pic: il rend
témoignage qu’il n’y refpira pas moins facilement qu'au pied. 11 n'y mangea
pas non plus avec moins d'appétit. Avant le lever du Soleil, il trouva l'air
auffi froid qu’il leut jamais reflenti en Angleterre dans les plus rudes 11y-
vers. À peine put-il demeurer fans fes gants. Il comba une roféc fi abondante
que tout le monde eut fes habits mouillés. Cependant le Ciel ne cefla point
d'être fort ferein. Un peu après que le Soleil fut levé, ils virent fur la mer
l'ombre du Pic, qui s'étendoit jufqu'a l'Ifle de Gomera; & celle du fommet
leur paroifloit imprimée dans le Ciel comme un autre Pain de fucre. Mais les
nuées étant aflez épaillesautour d'eux, ils ne découvrireht pas d’autres Ifles
que la grande Canarie & Gomera. | |
CaveouCi- A fix heures du matin, ils penfèrent à partir pour retourner fur leurs traces,
des Fa , À fept heures, ils arrivèrent près d’une citerne d'eau, qu'ils n'avoient pas re-
fun retour, marquée en montant, & qui pale pour être fans fond. Leur Guide les affüra
que c'étoit une erreur , & que fept ou huit ans auparavant , il l'avoit vûe à fec MA
pendant les agitations d’un furieux V olcan. Edens jugea que cette citerne peut M
avoir trente-cinq brafles de long fur douze de large, & que fa profondeur
ordinaire eft d'environ quatorze brailes. Elle a fur fes bordsune matière blanche,
que les Anglois, fur la foi de leur Guide, prirent pour du falpêtre. Il s’y trou-
voit auffi dans plufeurs endroits de la glace & de laneige, l’une & l’autre fort
dure, quoique couverte d'eau. Edens fit prendre de cette eau dans une bou-
teille, & ne fit pas difficulté d'en boire avec un peu de fucre. Mais il n’en a.
voit jamais Dû de fifroide. [ A l'entrée de la Caverne, la glace étoit rompue,t
. & faifoit voir les pierres qui étoient au fond.] Du côté droit, il y avoit un
grand amas de glaçons qui s'élevoit en pointe, & d'où les Anglois s’ima-
ginèrent que l'eau couloit dans la citerne. |
Caverne + Trois ou quatre milles plus bas, ils découvrirent une autre cave, qui é-
pulchrale, toit remplie de fquelletes & d'os humains. Ils en virent quelques-uns d’une gran-
deur fi extraordinaire qu'ils les prirent pour des os de Géans. Mais ils ne pu-
rent apprendre d'où venoient tant de cadavres, ni quelle étoit l’écendue de la
caverne (b).
Le 15 d'Août, ils rentrèrent à fix heures du foir dans le Port d’Oratava,
d'où ils étoient partis.
Conjeêture fur l'origine du Pic, avec la Defcription de la Cave des Morts,
€ des Momies de l'Ifle Ténérife.
ANONYME. L'Aureur de la feconde Relation du Pic, y joint un détail curieux fur
165 2. J'Ifle de Ténérife, & fur les Habitans. Elle n'eit pas fon ouvrage; mais il
A la tenoit d’un homme fort judicieux, qui avoit vêcu vingt ans dans cette
obtons, Ifle , avec le double titre de Médecin & de Marchand. . Après en avoirex-
trait diverfes remarques pour éclaircir la Relation de Nicols, on a réfervé à
ce qui concerne l'Hiftoire naturelle de l'Ifle, & les Momies qu’on y a trou
vées,
(b) C'eft apparemment une de ces Caves cédent, [ & où les Guanches mettoient leurs# à
ou Grottes qu'on a déja vücs dans l’article pré- morts. ]
N
es Auteurs de 4
du Pic: il rend
Il n'y mangea
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. L 39
+108
4 Pic mème, k
, iltrouval'air L'opinion du. Médecin, ou du Marchand, eft que tout le terroir de
lus rudes 11y- M Ténérife étant imprégné de fouffre, a prisfeu dans (c) les ançiens tems; &
ic fi abondante Moue l'Ifle entière, ou la plus grande partie, a fauté .tout-à-la-fois. Alors
ne cela point w font fortis des entrailles de la terre quantité de montagnes & de vaftes rocs,
nt fur la mer qui paroiffent aujourd'hui dans tous les cantons de l'Ifle; mais particulière-
lle du fommet ment dans la partie du Sud-Oueft: & fuivant les mêmes idées, la plus grande
fucre. Mis les artie du fouffre s'étant trouvée au centre de l’Ifle a foulevé le Pic à cette
s d’autres Ifles auteur prodigieufe qui fait (d) l'admiration des Voyageurs. L’Auteur elt
perfuadé que ceux qui obferveront attentivement, fur les lieux, la fituation
la forme de tous ces rochers calcinés , entreront tout-d’un-coup dans fon
Bopinion; car ces grandes malles font couchées autour du Pic, à trois ou qua-
tre milles de diftance, l’une fur l’autre, & dans un ordre à faire juger que la
ur leurs traces,
'avoient pas re-
suide les aüra
avoit vûe à fec
tte citerne peut
e fa profondeur
atière blanche,
tre. Il s”y trou-
e & l’autre fort
: dans une bou-
Mais il n’en a-
> étoit rompue,t
:, il y avoit un
Anglois s'ima-
DA mir des montagnes & des torrens de rochers, je ont roulé pêle-mêle les uns
M par deffus les autres, fur-tout vers le Sud-Oueft; car dans cette partie de l'If-
* lc, depuis le fommet du Pic jufqu’a la Côte, on voit non-feulement de vaftes
amas de ces rocs brûlés, mais jufqu’aux traces d’une infinité de fleuves de
Ifouffre, dont les ravages ont tellement ruiné le terroir, que la ftérilité paroît
D fon partage éternel. Du côté du Nord on ne voit prefqu'aucun rocher.
L’AuTEeur conçoit que dans le tems de la grande éruption, il fortit du
fourneau plüfieurs mines de métaux différens. On en remarque encore des
Mtraces fur un grand nombre de rocs, qui ont la couleur, les uns de l'or, les
Hautres de l'argent ou du cuivre ; particulièrement dans les Axulcios, qui font
de hautes montagnes de cette partie Sud-Oueft, où peu de perfonnes ont
énétré. Mais l’Auteur, qui fe vante d'avoir eu le tems & la curiofité de
Mes vifiter, rend témoigaage qu'il y a vû, dans plufieurs endroits, de la
terre blanchätre (e), mêlée de pierres bleues, qui font couvertes d'une
re cave, qui é-
uns d’une gran-
Mais ils ne pu-»
l’écendue de la
auf de petites fources d’eau vitriolique, qui ne peuvent être éloignées de
quelques mines de cuivre. Un Fondeur de cloches, au Port d'Oratava, af-
roit qu'ayant apporté fur deux chevaux leur charge de cette terre, il en
“voit tiré aflez d'or pour en faire deux groffes bagues. Un Portugais qui
: voit voyagé dans les Indes Occidentales, répétoit fouvent qu’il ne doutoit
pas que l'Ifle de Ténérife n’eût d’aufli bonnes Mines que celles du Méxi-
. que & du Pérou. Enfin, un ami de l’Auteur avoit tiré de quoi faire deux
. cuillères d'argent, de quelques charges de terre qu'il avoit apportées du
5 même côté des montagnes. On y trouve encore des eaux nitreufes , &
des pierres couvertes d’une rouille couleur de fafran , qui-a le goût du fer.
ans dans cette LE même Ecrivain nous apprend que l'Ifle eft remplie de fources d’eau fraî-
rés en avoir ex che, qui ont le goût du lait (f); & qu'à Laguna, où l’eau eft rare, on l’é-
, On a réfervt pure
qu'on y a trol 4
vees, 4
Port d'Oratava,
e des Morts,
ail curieux fur
vrage; mais il
(c) Voyez l'Hiftoire de la Société Royale dans ces Ifles, pag. 416.
| par le Doéteur Sprat, pag. 204. (e) Ang, de la terre bleuâtre. R. d. E.
(d) On prétend que le Pic de St. Philippe c( f) L'eau qui a ce goût n’eft pas eftimée
ou de Fuégo , une des Ifles du Cap-Verd, s’eft des Mariniers ;.ils la croyent mêlée d'eau de
formé de même. Voyez le Voyage de Robcrts Mer.
hes mettoient leursi
vées, pour former ici un article qui ne mérite pas moins de curiofité quele.
terre s'étant enflée par la force du fouffre, a crevé tout-d’un-coup, pour vo-
Anonyme.
1652.
Explic:tion
phyfique des
appe-ences du
Pic & des en-
virons.
Mines &Mi-
néraux,
rouille jaune, femblable à celle du cuivre ou du vitriol. Il y a remarqué .
Faits qui er-
vent de preu-
ves,
40 VOYAGES DES ANGLOIS EN
pure en la filtrant au travers de certaines pierres. Il confirme d’ailleurs la
plûpart des obfervations de Nicols.
l'égard des enterremens, il raconte que fa qualité de Médecin lui ayant
fait rendre des fervices confidérables aux Infüulaires, il obtint d'eux la liberté
. de vifiter leurs Cavernes fépulchrales ; fpeétacle qu'ils n’accordent à perfonne,
& qu'on ne peut fe procurer malgré eux, fans expofer fa vie au dernier danger.
ils ont une extrême vénération pour les corps de leurs Ancêtres ; & la curiofité
des Etrangers pafle chez eux pour une profanation. Dans leur petit nombre
& leur pauvreté , ils font fi fiers & fi jaloux de leurs ufages, que le plus
vil de leur nation dédaigneroit de prendre une Efpagnole en mariage, L’Au-
teur fe trouvant donc à Guimar, Ville peuplée prefqu'uniquement par les
defcendans des anciens Guanches, eut le crédit de fe faire conduire à leurs
Caves. Ce font des lieux anciennement creufés dans les rochers, ou formés
par la nature, qui ont plus ou moins de grandeur füuivant la difpofition du
terrain. Les corps y font coufus dans des peaux de chèvres , avec des
courroyes de la même matière, & les coutures fi égales & fi unies qu'on
n'en peut trop admirer l'art. Chaque Len eft éxaétement proportion-
née à la grandeur du corps. Mais ce qui caufe beaucoup d’admiration, c'elt
ue tous les corps y font prefqu'entiers ; [mais ils ont perdu leur couleur &
ont un peu ridés.] On trouve également dans ceux des deux féxes les yeux,
mais fermés, les cheveux, les oreilles, le nez, les dents, les lèvres, & la
barbe; & jufqu’aux parties naturelles. L’Auteur en compta trois ou quatre
cens dans différentes caves, les uns debout, d’autres couchés fur des lits de
bois, que les Guanches ont l’art de rendre fi dur, qu'il n’y a pas de fer qui
puifle le percer.
U \ jour que l’Auteur étoit à prendre des lapins au Furet, chaffe fcrt éxer-
cée dans l'ile de Ténérife; ce petit animal, qui avoit un grelot au cou le
perdit dans un terrier, & difparut lui-même fans qu'on pût reconnoître fes
traces. Un des Chaffeurs, à qui il appartenoit, s’étant mis à le chercher au
milieu des rocs & des broflailles, découvrit l'entrée d’une cave des Guan-
ches. Il y entra; mais fa frayeur fe fit connoître aufñfi-tôt par fes cris. Il y2-
voit apperçu un cadavre d’une grandeur extraordinaire, dont la tête répofoit
fur une pierre , les pieds fur une autre ; & le corps fur un lit de bois. Le
Chafleur devenu plus hardi en fe rappellant les idées qu'il avoit fur la fépul-
ture des Guanches, coupa une grande piéce de la peau que le Mort avoit fur
l'eftomac. L’Ecrivain de cette Relation rend témoignage qu'elle étoit plus
douce, & plus fouple que celle de nos meilleurs gants, & fi éloignée de toute
forte de corruption, que le même Chaffeur l’employa pendant plufieurs an-
nées à d’autres ufages. Ces cadavres font aufli legers qué la paille. L’Au-
teur, qui en avoit vû quelques-uns de brifés, protefte qu'on y diftingue les
nerfs, les tendons, & même les veines & les artères, qui paroiffent com-
me autant de petites cordes.
S1 l'on s’en rapporte aujourd’hui aux plus anciens Guanches, il y avoit
parmi leurs Ancêtres, une Tribu particulière qui avoit l’art d’embaumer les
corps, & qui le confervoit comme un myftère facré qui ne devoit jamais é-
tre communiqué au vulgaire. Cette même Tribu compofoit le Sacerdoce, &
les Prêtres ne fe mêloient point avec les autres Tribus par des mariages. Mais
après la conquête de l'Ifle, la plûpart furent détruits par les. Efpagnols ; &
eur
‘
N
d'ailleurs la
A ————
ee ——
…
NEA |
cin lui ayant
ux la liberté |
tàperfonne, M
rnier danger.
&la curiofité !
petit nombre
, que le plus
riage. L'Au-
ment par les
duire à leurs
, ou formés
ifpofition du
es , avecdes M
| unies qu'on M
t proportion-
iration, c'elt à
r couleur &
éxes lesyeux, Me
lèvres, & la
rois ou quatre
fur des lits de »
as de fer qui »
afte furt éxer-
ot au cou le
onnoître fes
chercher au
e des Guan-
s cris. Il y2-
à tête repoloit
de bois. Le
fur la fépul-
ort avoit fur
lle étoit plus
gnée de toute
plufieurs an-
aille. L’Au-
diftingue Îles
oïffent com-
VE 4
fi
Y
ss, il y avoit
mbaumer Îles
oit jamais ê-
acerdoce, &
ariages. Mais
fpagnols, &
leur
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=
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te
on
1 DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car. I. 41
À leur fecret périt avec eux, La tradition n'a confervé qu'un petit nombre d'in-
grédiens qui entroient dans cette opération. C'étoit du beurre mélé de graif-
fe d'ours, qu'on gardoit exprès dans des peaux de chèvre. Ils faifoient bouil.
lir cet onguent avec certaines herbes, telles qu'une efpèce de lavande qui
| croît en abondance entre les rocs, & une autre herbe nommée Lara, d'une
@) fubftance gommeufe & glutineufe, qui fe trouve fur le fommet des monta-
gnes;une autre plante, qui étoit une forte de Cyclamen ou de Truñle, la fau-
\ ge facvage, qui croît par-tout dans les monta es; entin plufieurs autres fim-
. ples qui faifoient dans ce mélange un des meilleurs baumes du monde, .À-
| prés cette préparation, on commençoit par vuider le corps de fes inteftins,
. & le laver avec une lefcive faite d'écorce de Pins, féchée au Soleil pendant
U l'Eté, ou dans une étuve en Hyver. Ceite purification étoit répétée plufieurs
© fois. Enfüuite on faifoit l’onétion au dedans & au dehors, avec un grand foin
de la laiffer fécher à chaque reprife. On la continuoit jufqu'à ce que le baume
cût entièrement pénétré les cadavres, & que la chair feretirant, on vît pa-
4 roître tous les mufcles. On s’appercevoit qu’il ne manquoit rien * i c vération
"1 lorfque le corps étoit devenu extrêmement leger. Alors on le c\'fit dans
u, des peaux de chèvres, comme on l’a déja fait obferver. Il eft remarquable
“que pour éviter la dépenfe, lorfqu'il étoit queftion des pauvres, on leur 6-
toit le crâne. Ils étoient coufus aufli dans des peaux , mais auxquelles on
Ujaifoit le poil. Au lieu que celles des riches étoient fi fines, & pañlées fi
DAT ou qu'elles fe confervent fort douces & fort fouples jufqu'au-
ourd nul.
Ÿ Les Guanches racontent qu’ils ont plus de vingt caves de leurs Rois &
“de leurs grands hommes, inconnues même parmi eux , excepté à quelques
“vicillards qui font les dépolitaires d’un fi refpeétable fecret, & qui ne doi-
vent jamais le révéler. Enfin l’Auteur obferve que la grande Canarie a fes
aves comme Ténérife, & que les Morts y étoient enfevelis dans des facs ;
ais que loin de fe conferver fi bien, les corps y font entièrement confu-
cs,
Les Guanches ont dans ces lieux funébres des vafes d’une terre fi dure
. Qu'on ne peut venir à bout de les caffer. Les Efpagnols en ont trouvé dans
sblufieurs caves, & [les pauvres gens] s’en fervent au feu pour les ufages de
A cuifine.
IL ne refte pour la perfeétion d'un article fi curieux, qu'à joindre ici quel-
ques remarques du Chevalier Scory. Il nous apprend que les (h) anciens
Guanches avoient un Officiet public pour chaque féxe, avec le titre d'Em-
baumeur, dont le principal office étoit de compoñfer une certaine prépara-
tion de poudres différentes [faites de genêt , d’une forte de pierres, d’écorce
de pins s] & de plufieurs herbes mêlées enfemble, & liées avec du beurre de
chèvre, qu après avoir lavé foigneufement les corps morts, ils les frottoient
pendant quinze jours avec ce baume, en les cxpofant au Soleil & les tournant
“ilans ceffe jufqu'a ce qu'ils fuffent entièrement fecs & roides: (le tems de cet-
‘1 te
Cg) Hifloire de la Société Royale par Sprat, roient rapporter leur fecret à la même origi-
ag. 209. & fuiv. On ne trouve rien quipuif- ne, & le faire remonter même jufqu'à l'E-
2f faire juger d'où cet art venoit aux Guan- gypte.]
hes. [Ceux qui les font venir d'Afrique pour- (b) Pilgrimage de Purchalf, pag. 783.
L. Part, F ° °
ANONYME.
1652.
Caves des
Rois toûjours
inconnues.
Supplément
ce Scory.
42 VOYAGES DES ANGLOIS EN
te cérémonie régloit pour les Parens la durée du deuil) qu'enfuite on envelop.
oit les corps dans des peaux de chèvres, coufüues enfemble avec une adref.
e & une propreté merveilleufe ; qu'on les portoit dans des caves profondes,
dont l'accès n'étoit permis qu'aux Miniftres des funérailles, & qu'on les
plaçoit couchés ou debout. Le Chevalier Scory étant à Ténérife avoit v
lufieurs de ces corps, qui étoient enfevelis depuis plus de mille ans. [Cepen-4 4
ant il n'ajoûte point à quelles marques on pouvoit leur reconnoître tant d'an-
pa Pc rend témoignage lui-même qu'il avoit vû deux de ces Mo:
mics à Londres (5).
(4) Pilgrim. de PurchalT pag. 783.
f VL
Defcription de l'Ifle de Madère.
Nicos de Madère eft fituée à 32 degrés de latitude du Nord, [ au Sud-H#
1560. Oueft du Détroit de Gibraltar, & à foixante-dix lieuës de l'Ife Ténérife
Sa décou. au Nord-Eft (a). Elle fut découverte par un Anglois, nommé Macham ; M
on & fa p. Mais conquife enfuite & poffédée par les Portugais. Son nom lui vient de la ME
tuation. multitude d'arbres fauvages de toutes les n ces , [comme Cèdres, C1
rès, Pins, &c. ] dont elle étoit remplie. ependant on fut perfuade affez
ong-tems qu'entre l’Ifle de Palma & celle-ci, il y avoit une Îfle, non en- j
core découverte, & nommée depuis Saint Brandon, qui étoit la véritable M 2
Madère, [où Macham avoit abordé. ‘M
Ses Villes, MaDpèkrE produit un revenu confié rable au Roi de Portugal, Sa Capitale, k ;
pd ges & qui fe nomme Funchal, eft RUN Par un Château. Le Port eft commode &
i
tions. bien défendu. On admire dans la Ville, l'Eglife Cathédrale, où l'on n’a rien
épargné pour la beauté de l'édifice, & pour l'établiffement du Clergé, [quit.
eft fous la dépendance d’un Evêque.] Le Gouvernement eft formé fur celui de *°08
Portugal, où l'appel des caufes fe porte en dernière inftance. h.
[LE circuit de l’Ifle eft d'environ trente lieuës. Sa terre eft haute. Les}
beaux arbres qu'elle produit en abondance, croiffent fur des montagnes, au
travers defquelles on a trouvé l’art de conduire l'eau par diverfes machines.]
Elle a une feconde Ville nommée Machico, dont la Rade eft auili fort avanta-
geufe aux Vaiffeaux; [ Elle doit fon nom à Macham, qui en a fait la dé-f n
couverte.] On sompe dans l’Ifle de Madère fix (b) Ingenios, où l'on fai M
d'excellent fucre. Elle produit une abondance extrême de toutes fortes de
fruits; poires, pommes, prunes, dates, pêches, melons, patates, oran-
ges, limons, grenades, citrons, figues ; & des légumes de toute efpèce. L'arbre
qui donne le fang de dragon y croîtauñi. Mais rien ne lui fait tant d'honneur
que fes excellens vins, qui fe tranfportent dans tous les autres Pays du Monde.
Ie de Puer- Du côté du Nord, à douze lieuës (c) de diftance, on trouve une autre 1
to-Santo, Ifle, nommée Port-Saint, ou Puerto-Santo, dont les Habitans vivent de leur #8
propre hi
ya) [Ou plûtôt fuivant notre Carte dref- b) Angl. feize. R. d. E. À
fée d’après des obfervations aftronomiques , c) L'Auteur s’eft trompé en ne mettant
au Nord-Ouelt ou au Nord quart à l'Oueft.] que trois lieuës :
N
e on envelop.
ec une adref.
es profondes,
& qu'on les
rife avoit vi
ans. [Cepen-s
ître tant d'an.
de ces Mo.
rd,
Ie
au Sud
Céèdres, pl
perfuadé affez
fle,, non en-
t la véritable
#
Sa Capitale,
commode &
HD n'a pa
clergé uit
s fur celui de US
haute. Les
ntagnes, au
y machines]
fort avanta-
À fait la dé.ff
où l'on fait
es fortes de
ates, oran-
èce. L'arbre
it d'honneur
s du Monde,
e une autre
ent de leur
propre
n ne mettant
Û
énérife M
mé Macham ;
ui vient de la #
ARE |
( f) Elle eft au Nord de la Pointe Nord:
EN de Ténérife, dont elle eft éloignée de
trente lieuës & foixante de Madère,
(g).Le Chevalier Richard Hawkins dit ex-
F
formations qu'il a prifes de différentes per-
fonnes, nous croyons au contraire qu'il faut
blâmer la plûpart des Voyageurs de ce qu’ils
ne font pasla même choie]. QU A4
. Fes | Eu wiidiu A
2
Nicoté
1560,
Les déferts,
Les Sauvages.
Remarques
de divers L-
crivains,
Deux Ifles
fous le nom
des Madères,
Trois Au-
teurs qui ont
parlé de Ma-
dère,
e + m…
c - mine a nee à 2 DES = = — z pe me ;
— *
CARTE »xs ISLES px MADERE Tr PORTO;SANTO,
\Dnfieé sur des Journaux plus habiles Navigateurs;
Echelle
\ Lieus Communes de France de
\ Shea! van Gemeene - e ,
+
Les Illes Delertes :
De Woeste Æilanden .
KAART van de EILANDEN van MADERAen PORTO SANTO,
GeschiAt volgens de Daghregisters der bequaamite Zxx:IZNnxN.
vies qe gt um tormations qu'il a prifes de différentes per-
(f Elle eft au Nord de la Pointe Nord: fonnes, nous croyons au contraire qu'il faut
e Ténérife, dont elle eft éloignée de blamer la plüpart des Voyageurs de ce qu'ils
ente lieuës & foixante de Madère, ne font pasla même choic |.
(g).Le Chevalier Richard Hawkins dit ex- J'str
F 2
a
N'cozs,
1560.
Sa décou-
verte , fon
nom fa
tuation.
Ses Villes:
fa grandeur &
fes produc-
tions. Jean
» plies
» éloign
… de M:
l'inter
feaux.
. Max
on les Se
paren
’ .{ rexl
ropr #
POP rt
" trente
dy(a) [Ou plûtôt fuivant notre Carte dref- (2 Angl. feize. R. d. E, ee ( 2)
fée d'après des obfervations aftronomiques , Ce) L'Auteur s'eft trompé en ne mettant
au Nord-Oueit ou au Nord quart à l'Ouelt.] que trois lieuÿs
Ile de Pucr-
to-Santo,
propre
£en ne mettant
#
4
de
» expreflion.] Nous n'avons aucune Relation particu
*
DIETERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv, V, Cuar, I 43
onomie, L'Ifle de Madère produifuant (d) peu de bled, ils fe fonc
Poe A l'Agriculture, qui les rend indépendens du a oh de leurs voifins, A
{ix lieuës de Madère, du côté de l'Eft, on trouve encore quelques [fes , nom-
mées (e) les Déferts, qui, dans une fort peuite dcendue , ne p:oduifent que de
l'orchel & des chèvres.
Entre Ténérife & Madère, la nature a placé, prefqu'à la même diftance
de ces deux lfles, celle qu'on nomme les (f ÿ Sauvages, ou les Selvager, Elle
n'a pas plus d'une lieuë de tour, & l'on n'y a jamais vû d'arbre ni de fruit.
Cependant les chèvres y trouvent de quoi fe nourrir entre les rochers &
les pierres,
SorrLsu enr, Dapper & quelqu'autres CORRE comptent Madère
entre les Canaries. Muis quoique icols joigne fa Defcription à celle de ces
Ifles, il eft fort éloigné de la comprendre fous le même nom, pulifqu'il ré-
duit nettement le nombre des Canaries à fept.
IL eft remarquable que plufieurs Ecrivains mettent fous le nom de Madère
(g) l'Ile de Puerto Santo; & qu'en Angleterre comme en Efpagne, on dife
méme affez communément, les Dre: Tectame on n'en compte plus à pré-
fent qu'une, il faut que ce foit un ancien ufage g ait donné lieu à cette
ilière de ces deux Ifles. La
plûpart des Voyageurs ne faifant que toucher à quelqu'un de leurs Ports, &
fouvenit fans y defcendre, nous ont laiflé peu de lumières fur l'intérieur du
Pays. Cependant on trouve, dans trois Auteurs, diverfes Remarques qui mé-
ritent de n'etre pas négligées. Le premier eft (h) Aluife de Cada Moto, qui
étoit à Madère en 1455. Son voyage aux Ifles du Cap-Verd eft inféré dans
la (4) Colleétion Italienne de Ramufo, & trouvera place dans celle-ci. Jean
Ovington, Chapellain (k) du Roi Guillaume, nous a donné dans fon voyage
deiSurate en 1689 , un Chapitre entier fur les propriétés de Madère. Enfin
Jean Atkins, Chirurgien de Vaiffeau, qui a publié fon voyage de ut A
ll,
( d) Elle en tire ordinairement fa provifion vb ma que les Ifles Madères font au nom-
de France & de l’Ifle de Ténérife, Cependant bre de deux, l'une nommée la grande Madè-
il y a des années où elle peut fe pañler de ce re, l'autre Porto-Santo, Voyez fon Voyage
fecours, On affüre qu'en 1455, elle Ps din qi à la Mer du Sud, ? . 24.
trente mille /fares Vénitiens, qui font dix- (b) Son nom a A paru dans les Scétions
huit cens foixante- quinze quartiers d'Angle- précédentes.
terre. (D Volume 1, pag. 97.
(e) Le Chevalier Jean Narborough dit que k) Il fervoit d'Aumônier furle Benjamin,
les us font des Ifles nues & flériles, reim- Le Capitaine Hamilton l'a cenfuré fans fonde-
plies de rocs d'une bonne hauteur , qui ne font ment dans fa Relation des Indes Orientales,
éloignées que d'un mille de la pointe Sud-Eftgimprimée en 1727 à Edimbourg, [comme
de Madère; dde y a de l’eau fuflifamment dans n'ayant compofé la plus grande partie de fon
l'intervalle, fans aucun danger pour les Vaif- ouvrage que fur les Relations d'autrui. En
feaux. Voyez fon Voyage aux Détroits de fuppofant la vérité de cette accufation, oneft
Magellan, pag. 3. Ces Îfles font appelées auffi toûjours obligé de reconnoitre qu'il y a dans
les Sertors ou les Serters, par corruption ap- fon Livre plufieurs remarques très curieufes.
paremment du nom Deferts, [On en compte Jit loin que nous lui faffions un crime des in-
trois, formations qu'il a prifes de différentes per-
(f) Elle eft au Nord de la Pointe Nord: fonnes, nous croyons au contraire qu'il faut
ER de Ténérife, dont elle eft éloignée de blamer la plüpart des Voyageurs de ce qu'ils
trente lieuës & foixante de Madère, ve font pasla même chok P
(g).Le Chevalier Richard Hawkins dit ex- l'éolt
F 2
‘
Nico
1500,
Los déferts,
Les Sauvages,
Remarques
de divers L-
crivains,
Deux Ifles
fous le nom
des Madères,
Trois Au-
teurs qui ont
parlé de Ma-
dère,
Ntrcocs.
1560.
Situation de
cette lfle,
Sa grandeur
conteftéc,
Différentes
opinions fur fa
découverte,
Première Co-
lonie envoyée
à Madère.
«4 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Bréfil, @&% des Indes Occidentales, entre 1720 & 1723, n'a pas crû devoir
fupprimer ce qu’il avoit obfervé dans cette Ifle.
ADÈRE, qui a tiré fon nom de la quantité d'arbres dont elle étoit rem-
plie, eft fituée entre 32 degrés douze minutes, & 32 degrés cinquante minu-
tes de latitude, & entre un degré quinze minutes de longitude. Funnel (/)
prétend que par de bonnes obfervations, il a trouvé que certe Ifle eft à 32
degrés vingt minutes de latitude du Nord. La longitude, fuivant fon calcul,
eft 18.-degrés quinze minutes, de Londres. Mais il eft certain que la latitude
eft ici trop générale; à moins qu'il n'ait voulu la réduire à Funchai, que les
obfervations du Chevalier Narborough (m) placent 10 degrés plus au Sud,
Dans nos Cartes, Madère eft vers 32 degrés quarante minutes de latitude,
& quarante minutes Eft de Ferro. Elle a foixante-quinze milles. de longueur,
fur trente de largeur.
Le Doéteur Fryer, dans fa Relation (n) de l'Inde Orientale, affüre que
c'eft la plus grande Ifle de l'Océan Atlantique. Mais Ténérife peut lui difpu-
ter l'étendue. Quelques Ecrivains modernes donnent. à l'Ifle de Madère cent
quarante lieuës de circuit,. & d’autres cent foixante ; tandis que Cada Mofto,
qui paroît approcher beaucoup plus de la vérité, ne lui donne que cent qua-
rante milles. Le même Auteur. obferve (0) qu'elle a de fort bonnes Rades;
mais-fans aucun Port. Puerto-Santo n'en eft qu'à douze lieuës, & fe découvre
aifément dans un tems ferein (2),
OvincTon, dans fon voyage de Surate,. obferve. que malgré les Rela-
tians des Portugais,. qui attribuent la première découverte de Madère à Jean
Gonfalve & Triftan, fous la proteétion. de Henri Infant.de Portugal, les Ha-
bitans de l’Ifle font un récit fort différent. lis racontent qu’en 1342, un Gen-
tilhomme Anglois (g) qui avoit époufé une femme fort riche, s'étant embar-
qué avec elle pour paifer de Briftol en France, fut pouffé par des vents impétueux
jufques dans cette Ifle. [1 y prit. terre; mais. la trouvant fans Habitans & fans
culture, il tomba dans une mélancolie fi profonde qu'elle le mit au tombeau.
Cependant les Matelots remirent à la voile & gagnèrent heureufement la C6-
te de Barbarie. Ils y trouvèrent quelques Portugais, auxquels ils firent le ré-
cit de leur voyage & de l’Ifle qu’ils avoient quittée, en. promettant de la re:
trouver, fion leur fournifloit des Vaifleaux & des hommes. Cette offre parut
fi avantageufe aux Portugais, que l'ayant propofée à la Cour dé Lisbonne, ils
obtinrent les fecours qu'ils defiroient, avec. lefquels ils trouvèrent effeétive-
ment l'Ifle de Madère ; & dans peu d'années, ils firent de ce Pays fauvage,
un jardin de plaïfir (r). | L
= Suivant Cada Mofto, le Prince Dom.Henri. envoya. la. première Co-
lonie à Madère, vers l’année 1431, fous la conduite de Triftan Teflora &
de Jean (s) Gonzales, Zarco , qu’il en nomma Gouverneur. Ils. firent ns
e
(ga) G'eft Machan, dont on a déja parlé,
Son hiftoire eft racontée différemment au To-
pag. 3 me I. pag.s. & plus au long à la fuite de cet
n) Voyages de Fryer, pag. 3: article.
Lu Navigation: de Cada Mofto, dans Ra- Cr) Voyez fon Voyage à Surate, pag. 4:
mufo. & fuiv.
(2) Voyez ci-deflus Tome I. pag. 5, (s:) D'autres le nomment Gonzalvo,
(1) Voyez fon Voyage, pag. 3:
(m) Voyage aux Détroits de Magellan,
—_
N
crû devoir
e étoit rem-
juante minu-
Funnel (/)
le eft à 32
fon calcul,
e la latitude
ai, que les
lus au Sud,
de latitude,
e longueur,
, aMüre que
at lui difpu-
Aadère cent
ada Mofto ,
> cent qua-
nes Rades;
fe découvre
é les Rela-
adère à Jean
gal, les Ha-
L2 ,un Gen-
tant embar-
simpétueux
itans &.fans
u tombeau,
ment la Cô-
firent le ré-
nt de la re:
offre parut
isbonne. ils
t effeétive-
ys fauvage,
emière Co-
Teflora &
ent entr’eux
le
a déja parlé.
mment au To-
la fuite de cet
rate, pag. 4
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154
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Me, &
Portificat
elle eft a
Æ mur. ]
& dans d
k partie
Fancre à.
(t) Ovi
hofe, ubi
(v) Eà-
que les Che
Parties.
N (x) Ca
due de la Ville et de la Rade de Funchal Capitale de U'Tle de : Æ{adere_. (y) Atk
GEZIGT van de STAD en de RÉE van FUNCHAL ,Hoorpsran van’tEiland MADÉRA.
DIFFERENTES PARTIES pg L'AFRIQUE, Lav. V. Cmar. L 45
Je partage de l'Ifle, Le canton de Machico échut au premier, & celui de
Erunchal à l'autre. Les nouveaux Habitans penfèrent aulli-tôt à nettoyer la
terre. Mais ayant employé le feu pour détruire les forêts, 1l leur devint fi
impoñlible de l'arrêter, que lufieurs perfonnes, entre lefquelles Gonzales (+)
létoit lui-même, ne purent échapper aux flammes qu'en fe retirant dans la
mer, où pendant deux jours ils demeurèrent dans l'eau jufqu'au cou , fans au-
cune nourriture. Madère étoit alors habitée dans (v) quatre parties; Man-
chico, Santa-Cruz, Funchal, & Camera de Lobos. C'étoient du moins les
principales habitations ; car il y en avoit de moins confidérables ; & la tota-
licé des Habitans (x) montoit à huit cens hommes, , en Î comprenant une
ompagnie de cent chevaux. Il n’eft pas furprenant que depuis tant d'années
ls fe foient multipliés jufqu'à fe trouver en état, fuivant le récit d’Atkins,
de mettre aujourd'hui dix-huit mille hommes fous les armes. (y); [ce qu'ils
Mont déja pû faire depuis la Révolution arrivée en Portugal, lorfqu'en 1640
Jes Portugais fécouèrent le joug des Efpagnols.]
0 En 1601, lorfque Moquet fe trouvoit () dans cette Ifle, elle avoit deux
ŒVilles, dont la principale étoit défendue par deux Châteaux. La Garnifon
de l’un étoit compofée d'Efpagnols, & l’autre de Portugais. La Ville que
EMoquet appelle Madère, & qu'il devoit nommer Funchal, eft fituée dans
une Vallée, au pied d’une montagne, d’où il fort, dit-il, une fi prodigieufe
atondance de fources, qu’elles caufent quelquefois des inondations terribles
ufqu'à ruincr les Ponts, les Maifons,. les Eglifes, & les autres Edifices. Cet-
ce Ville étoit alors de la grandeur de Saint-Denis en France, mais fort peu-
blée, à caufe du grand :.ombre d'Efclaves qui l'habitent, & qui vonttravail-
er hors de la Ville dans les Manufaétures de fucre. Jean de Caux qui avoit
époufé la Niéce de Dom Criftoval de More, Viceroïi. dé Portugal, étoit a-
“Mors Conful de France; & diverfes Nations de l’Europe avoient des (a) Fac-
Meurs dans l’Ifle. [De tous côtés on y voit d'agréables maifons de Campagne. ]
4 Le Chevalier Narborough,. qui s y trouvoit en 1669, obferve que Fun-
@hal, ou Fonchiale, c'eft ainfi qu’il l'écrit, eft fitué dans une Baye au Sudde
fe, & fort près de la mer. Elle eft défendue par un. mur & par d’autres
Mortifications du côté du rivage (b). Plufieurs ruiffleaux d’eau fraîche, dont
elle eft arrofée, viennent fe jetter dans la Baye par une arche qui palle fous
Æ mur. Le rivage eft couvert, dans quelques endroits, de caîlloux de mer;
_@ dans d’autres, d’un grand nombre de rocs. Le fond eft. fort mauvais dans
…B partie Orientale de la Rade; cependant les Vaiffeaux peuvent jetter
ancre à. la portée du canon. On donnoit. alors un mille de longueur à la Vil-
e, & trois quarts de large. La Baye eft à.32. degrés (c) dix minutes. de
atitude du Nord; [& à dix degrés & une minute Ouett du Lézard.] Barbot
qui étoit à Madère en 1681, repréfente Funchal au pied d’une montagne ,
M fort étroite dans fa longueur. Il ajoûte qu’elle eft munie de trois Forts œ
e
(&) DU raconte à peu près la même (3) Voyages de. Moquet en 1601, pag. 17:
ichofe, ubs Jup. pag. 6. fuiv.
(v) ELà-deffus quelques-uns ont prétendu (a) Angl. & par une bonne aïtillerie, R;
tue les Chefs avoient divifé l'Ifle en quatre d. E. J
Parties. ‘b) Voyages de Moquet én 1601. pag. 19,
(x) Cada Mofto, abi Jup. c) Voyez Voyage de. Narborough "u Dé-
(y) Atkins , Voyage de Guinée, &c. pag. né” troit de Magctlan-en 1669, pag. 3.
9
Nicocs.
1560.
Forèts brû-
lées, & danger
des Habitans.
Situation de
Funchal,
Defcription
de Funchal &
de fa Baye:
N1cozs,
1560.
Elle fe nom-
me propre-
mentTonchal,
Autre idée de
la même Ville.
Mauvais Port
à Funchal,
46 VOYAGES DES ANGLOIS EN
de trois Châteaux, & que l'Adelantade, ou le Gouverneur du Roi de Portu.
gal, y fait ordinairement (d) fa réfidence. mer.
OvincrTon obferve que le nom de cette Ville eft Tomchal ou Tonzal, "récauti
mais qu'on la nomme communément Funchal (e) à caufe du Fenouil qui y #8 oifir d
croît en abondance. En 1689, qui eft l'année de fon voyage, elle lui parut # l'ancre
d’une grandeur fort médiocre. Cependant elle n’avoit pas moins de vingt E. la moi
glifes, [ou Chapelles.] C'eft le centre, ou plutôt l'unique lieu du commerce + Es Mate
qui confifte principalement en vin & enfucre. Le fucre de Madère palfe pour 00 d'ab:
le meilleur de l'Univers. êTre,
Les Campagnes de l’{fle font fort montagneufes, mais elles n’en font pa . nté pe
moins fécondes & moins délicieufes. La Ville eft rafraîchie par fept ou hui Bas
rivières, & par quantité de petits ruiffeaux qui defcendent des montagnes, co &
On ne fçauroit voir fans admiration la fertilité des lieux les plus hauts. Ils Jéfüit
font auffi cultivés que les Plaines d'Angleterre, & le bled n'y croît pas moins MST EE
facilement. Mais la multitude des nuées qui s'y forment eft pernicieufe (f) MR LES Q
au raifin. dr
Le Capitaine Uring étoit à Funchal en 1717. Ilraconte qu’elle eft défendue IC sse
par deux grands Forts, & que fur un roc à quelque diftance du rivage elle en ! ne
a un troifième ( g) qui eft capable d'une bonne défenfe par fa fituation. Der. M le Ce
rière la Ville, continue-t'il, le terrain s’éleve par degrés jufqu'aux monta: À ile, Ce
gnes, & s'étend en forme de cercle dans l’efpace de plufieurs milles. Cett selle à
Campagne eft remplie de jardins, de vignobles, & de maifons agréables ; ce “es é
qui rend la perfpeëtive charmante. Il tombe des montagnes une abondance d #ù £
belles eaux, qui font conduites aflez loin par des Aqueducs, & qui fervent! bÉ |
aux Habitans nour arrofer & pour embellir leurs jardins (h). .. rh
Funcnaz, dit Atkins qui y étoit en 1720, eft la réfidence du Gouverneur Hs
& de l'Evêque, & forme une Ville ci grande & bien peuplée. Elle a fix Pa on”
roifles, plufieurs Chapelles, trois (k) Monaftères d'Hommes & trois de l'au., L sl
tre féxe. Les Religieufes font moins refferrées à Funchal qu’à Lifbone. Elles "M La
ont la liberté de recevoir les Etrangers, & d'acheter d’eux toutes fortes de ba M “ “
atelles. Le Collége des Jéfuites eftun fort bel Edifice. [ Ici de même que dant Fe 4
es autres pays Catholiques, ces Religieux font attentifs à bien vivre, é ils font
fort respeétés tant pour leur érudition que pour leurs richeffes.] A l’égard desHa
bitans, c’eft un mêlange de Portugais, de Négres & de (7) Mulâtres, que le
commerce rend égaux, & qui ne font pas difficulté de s’allier par des mariages.
Le Port eft incommode & dangereux, fur-tout pendant les vents d’Ouel à
& de Sud-Oueft, qui régnent librement dans la Rade. na Là n'eft für qu'à: ter le
plus d’un mille du rivage. fur un fond de quarante brafles, & feulement du
côté de l’Oueft. Encore eft-on forcé, lorfque le gonflement des eaux annonce
quelque vent impétueux, de tirer les (m) cables & de gagner Éd es
ill, pag. s
(a Voyez la Relation de Barbot dans la (i) Angl. & par les punaifes. oûte que l:
Colleition de Churchill, Vol. V. pag. 524. (k) Il eft Suffragant du Patriarche de Li agner la me
(e) La plüpart des Ecrivains Ja nomment bonne. Autrefois PArchevêque des Indes 0:
Funchal , & ne varient qu'entre Fonchal & rientales faifoit faréfidence à Funchal, [ Voyez. to) Barbc
Fonchiale. les Voyages de Wybants van Warwick. Vol * D) Idem
(f) Voyage d'Ovington à Surate, pag. 7. IL. part. IL pag. 500.] (9) Ovin;
(g) On l'appelle Loo. (1) Voyez Cada Mofto. Er) Moqu
"b) Uring, Hit. de fes Voyages, pag. 334. (m) Voyage d'Atkins en Guinée, pag. 4 (s) Narbe
X
i
#
i de Portu. MR mer. Les bords du rivage font fi rudes, que les cargaifons demandent des
\ DIFFERENTES PARTIES pe L’AFRIQUE, Liv. V. Cuar. I. 47
écautions extrêmes; & les vents augmentant la difficulté, on eft obligé de
sb , Mhoilir des tems commodes. À la vérité les petits Sâtimens peuvent demeurer
le lui Dre LME l'ancre fous le Rocher du Fort de Loo, qui les garantit du vent d'Oueft. Mais
de vinet E. la moindre partie d'un orage leur fait tourner la proue vers la mer, alors
6 MR, Marelots n'ont rien à faire de mieux que de gagner promptement lerivage,
Are, sh 0 d'abandonner leur Vaifleau à tous les hazards. Si les logemens font plus fûrs
PEER erre, ils ne font guëères plus commodes; car on y eft (n) fans ceffe tour-
anté par les mouches & par d’autres infeétes (0)
l'en font pu Bansor nous apprend qu'outre Funchal, l'Ifle a deux autres Villes, Mon-
fept ny uit co & Santa-Cruz; qu’elle a trente-fix Paroiffes, un Collége, [un Couvent
ARE 1 Jéfuites ] cinq autres Monaftères, quatre Hôpitaux, quatre-vingt-deux
icpas moins crmitages, & quantité de Châteaux & de Maifons de Campagne ( ns.
sl ( ME Les Cartes particulières mettent trois Villes dans Madère, toutes dans la
nicieufe (f) rtie méridionale de l’Ifle. Mara/ylb, petite Place, avec une Baye & un
_eft défendue Be" à l'extrémité Sud-Oueft de l’Ifle. L’ancrage y eft excellent, fur douze,
. Île en Minze, dix-fept & vingt brafles: Funchal, vers le milieu d'une grande Baye:
rs d nta-Crux, dans une autre Baye fort ouverte, vers la pointe Orientale de
FE lb . fle. C’eft entre cette pointe & Santa- Cruz, que Machico doit être fituée.
uoique fon nom ne paroiffe pas fur les Cartes, on apprend des Géographes
elle a une fort belle Eglife, avec un Couvent de Bernardines. On con-
nt généralement que l'air de Madère eft excellent. Ovington (a affûre
Qu'il eft fort tempéré, @& que le Ciel y eft prefque toûjours clair & ferein.
| obferve à cette occafion que les climats, qui font, comme Madère, entre le
pe, & le 40°, degré de latitude, étant éxempts des excès de froid & de chaud,
htinon- feulement les plus délicieux , mais encore !es plus convenables
a conftitution humaine, & par conféquent les plus favorables à la fanté.
Moquer (r) parle de Madère comme du plus charmant féjour de l'Uni-
s. L'air, dit-il, y eft d’une douccur admirable, & l’on ne doit pas être
pris que les Anciens y ayent placé (5) les Champs Elifés. Ainfi Moquet
*% ps dans l'opinion de ceux qui comptent Madère entre les Cana-
t).
MBuivanT la Defcription d’Atkins (vw), l’Ifle eft un amas de Montagnes,
; remêlées de Vallées fertiles. Les parties hautes font couvertes de bois, qui
vent de retraite aux chèvres fauvages. Le milieu contient des jardins, & le
8 des vignobles. Les chemins y font fort mauvais; ce qui oblige d'y tranf-
prier le vin dans des barrils (x), fur le dos des ânes.
La Defcription que Cada Mofto nous a donnée de Madère, femble BrAfetR:
1 ble
milles. Cette à
igréables ; ce!
abondance de !
qui fervent!
Goaverneur
Elle a fix Pa-
trois de l’au-
fbone. Elles
fortes de ba:
me que dans!
e, & ils font
égard desHa
âtres, que le
des mariages.
ents d'Ouett
n'eft fûr qui:
eulement di ”
aux annonct
SORA
(n) Barbot (dans la Colleétion de Chur- mé de Collines irrégulieres, qui font couvertes
ill, pag. 524 Vol. V. ) confirme cerécit. Il de bois charmans.
oùûte que la raifon qui force les Vaiffeaux de 44 (#) Quelques Anciens ont mis leur Elyfumm
agner la mer, sft pour éviter les Ifles Defier- aux ifles Fortunées, qui étoient les Canaries,
s ou Deferts. (v) Voyage d’Atkins en Guinée, &c. pag.
es. .
triarche de Lil
e des Indes 0
unchal, [ Voyci! te (a) Barbot, ibid, pag. 27. 23 de fuiv.
Warwick. Vol bp) Idem, ibid. pag. 524. tx) L'Anglois dit qu'on les tranfporte
(4) 'Ovington, Voyage de Surate, pag. 7. dans des Outres, faits de peau, & qui leur
(r) Moquet, ubi fup. pag. 17. & fuiv. communiquens quelque goût, R. d. E,
(s) Narborough dit que le terrain eft for-
inée, pag. 2%
N1icozs.
1560.
Autres Villes
de Madère.
Leur fitua-
tion,
Agrémens de
cette Ifc.
Mauvais che»
mins,
NicoLs,
1 560.
Diminution
de fertilité à
Madère.
Vins de Ma-
dère.
48 VOYAGES DES ANGLOIS EN
ble à toutes celles qui font venues (y) après lui. Il obferve que le terrain
quoique montagneux, eft d'une rare fertilité; qu'il produifoit autrefois juf.
qu'à trente mille ftares (4) Véhnitiens de bled, & qu'il rendoit foixante-dix
pour un. Mais que faute d'habileté dans la culture, (a) il ne rend plus que
trente ou quarante ; qu'il eft rempli de fources excellentes, outre fept ou huit
rivières; que ce fut cette abondance d’eau qui fit naître au Prince Henri de
Portugal, la penfée d'y envoyer des cannes de Sicile ; que cette tranfplantation
dans un climat plus chaud, leur donna tant de fécondité, qu'elles (b ) furpaf.
férent toutes les efpérances [& qu’on a tiré d’une feule récolte, de quoi faire
uatre-cens Cantaros de fucre, à cent douze livres, poids de Venize, le
antaros :] que le vin y étoit fort bon de fon temps, Fer extrême.
ment près de fon origine ; & l'abondance fi grande, que les tranfports étoient
déja confidérables. Entre les vignes qui furent portées à Madère, le Prince
Henri fit choifir à Candie quelques ceps de Malvaifie, qui réuffirent parfaite.
É
# 1
|
ment. En général le terroir de Madère cf fi favorable aux vignobles, qu'on
y voit plus de grappes que de feuilles, & qu'elles y font (c) d’une groifeu
extraordinaire, [ puisqu'on en voit qui ont depuis deux jufqu’à quatre pau
mes en longueur.] On y trouve aufi, dans fa perfeétion, le raifin noir qu
fe nomme Pergola. Cada Mofto ajoûte que les Habitans (4) commençoieni#
alors la vendange à Pâques.
5
L'IsLe ne produit rien avec tant d'abondance que du vin. On en diftingue 1
trois ou quatre efpèces, qui viennent des ceps de Candie: Celui qui a la cou
leur du Champagne a peu de réputation. Le pâle cft beaucoup plus fort. 1:
troifième efpéce, qu
quatrième eft le Tinto, qui n’eft pas moins coloré que la Malvoifie (e) mais qu
lui eft fort inférieur par le goût. On le mêle avec d’autres vins, autant pour
les conferver que pour leur donner de la couleur. Cada Mofto remarque qu'a
le faifant cuver ,on y jette une forte de pâte, compofée de la pierre de 7
qu'on pile avec beaucoup de foin, & dont on met neuf ou dix livres dan
chaque pipe. Le vin de Madère a cette propriété, qu'il fe perfeétionne, ou,
s’il a fouffert quelque altération, qu’il fe répare à la chaleur du Soleil. Mai
il faut pour cette opération, que la bonde foit ouverte, & qu'il puife rece
voir l'air (f).
(y) Vers 1455, c'elt-à-dire, 35 ans après Iflc] Voyage à Surate, pag. 10.
l2 découverte, aine Uring a@üre que l’ifle ne produit gx
(3) Le Stare eft une mefure de grains, qui res que fa provifion pour trois mois, & qu
on nomme Malvoifie, eft véritablement délicieufe, Li @
péie trois livres. Ogilby, pag. 744. le cire le refte des autres Pays, Voyages dt:
(a) Ovington confirme cette diminution ring, pag. 334.
de fertilité, & prétend qu'après avoir donné (b) Atkins, wbi fup.
dans l’origine foixante pour un, la terre ne (ec) Ovington oblferve qu'après l'Incent:
rapporte plus qu'environ vingt-cinq. Ilobfer- des Bois dont on a parlé, les cendres ca
veenfuite qu'il y a des années où le bled man- fèrent cette extrême fertilité, [ qui a fait don:
que à Madère, jufqu'à mettre l'Ifle dans le ner à cette Ifle, le non d’ifle de la Rcine.]
danger de la famine. [Pourpréverir cetin- (d) Cada Moflo, dans Ramuño, Vol L
convénient , on oblige quelquefois les Vais- pag. 98.
feaux qui abordent là, de fournir une quan- Ce) Angl. que le Tinto d'Alicante, R. dE
tité fuflifante de grains, avant qu'on leur pcr- Cf) Voyage d'Ovington à Surate, pag. à
mette de trafiquer aux Açores. C'eft ce qu'il & fuiv.
a vû faire en 1689, lorfqu’il étoit dans cette
0 plus gr:
hour leurs
"NW oyage , pi
De. (b) Dap
III, P,
N
que le terrain
autrefois juf.
t foixante-dix
rend plus que
e fept ou huit
ince Henri de
ranfplantation ME
es (b) furpaf.
, de quoi faire
le Venize, le
alors extrême.
afports étoient
re, le Prince
lirent parfaite.
nobles, qu'on
d'une grofTeur LM
’à quatre pau
raifin noir qu
commençoicnt M
Dn en diftinguelu
lui qui a la cou
Li
délicieufe, Li
plus fort.
e(e) mais qu
ns , autant pour
pierre de 4
dix livres dau
rfeétionne , ou,
du Soleil. Mai
u'’il puiffe rece
Li
ne, 10. [Le Ci
2 ne produit y
rois mois, & que
Pays, Voyages at
qu'après l'Incenui
, les cendres car
, [qui a fait don:
'ifle de la Reine
Ranufo, Vol. L
‘Alicante. KR. dE
à Surate, pag à
remarque qu'ét
D Le produit d'un vignoble fe partage avec égalité entre le Propriétaire &
Æcux qui cueillent & qui preffent le raifin. Cependant on voit la plüpart des
Marchands s'enrichir, tandis que les Vignerons & les Vandangeurs languif-
nt dansla pauvreté, Les Jéfüites étant en poffeffion du meilleur vignoble de
Malvoifie en tirent un profit confidérable, Fa ont le monopole de cette ef-
pèce de vin.] d | |
ON compte qu'années communes, l'Ifle de Madère donne vingt mille pi-
pes de vin. Il s'en confume huit mille entre les Habitans, [on en employe
rois ou quatre à ne ce qui ef ps dans les tonneaux ,] & le refte ie
Mkranfporte aux Indes Occidentales & dans d'autres Pays, mais particulière-
ent à la Barbade où les Anglois le préfèrent à coutes fortes (g) de vins de
Europe.
ATRIMs prétend, comme Ovington, que les cendres desbois brûlés; aux
premiers tems de.la découverte, donnèrent beaucoup de fécondité aux Can-
Mhes (b) de fucre, mais qu'un ver, qui commença bientôt à s'y introduire,
yant ruiné les Plantations, elles furent changées en Vignobles qui dédomma-
sérent les Habitans par l'excellence de leurs vins. Celui qu'on appelle Mal-
voife eft un cordial admirable, & le meilleur appartient aux Jefuites de Fun-
Bhal. La vendange fe fait aujourd’hui dans le cours des mois de Septembre &
‘Oétobre, & le produit annuel monte à vingt-cinq mille pipes. Suivant le
ême Auteur, Mad’ : n'a proprement que deux fortes de vins; l’un brunâ-
e; l’autre rouge, qu'on nomme ZTünto, & qui, fuivant l'opinion commune,
e ce nom, de ce qu’en effet il eft teint; quoique les Habitans s'obftinent
(i) le défavouer. On mêle de la chaux dans ces Vins, pour les préferver
Montre les chaleurs des Indes Occidentales, auxquelles les autres efpèces de
ns ne réfiftent pas fi bien.]
Maoère produit une fingulière abondance de pêches, d’abricots, de pru-
s, de cerifes, de figues & de noix. Les Négocians Anglois à qui l'on a
rmis de réfider dans cette Ifle, y ont tranfporté d'Angleterre des grofeil-
, des framboifes, des noifettes, ®& d’autres fruits, qui ont mieux réuii
ns un climat chaud, que ia plûpart des fruits de Madère ne font fous un
el auf froid que le nôtre. La Banane eft eftimée (k) des Habitans avecu-
M forte de vénération, comme le plus délicieux de tous les fruits; jufqu'à
IMiperfuader que c’eft le fruit défendu, fource de tous les maux dugenre hu-
din. Pour confirmer cette opinion, ils allèguent la grandeur defes feuilles,
qui ont aflez de largeur pour avoir fervi » couvrir la nudité de nos premiers
tres. C'eft comme un crime à Madère de couper une banane avec un cou-
MAFau, parce qu'on voit enfüuite dans la fubftance du fruit quelque reffemblan-
XP%e avec l'image du Sauveur crucifié. [Les oranges & les limons, y font en
8 grande quantité, que quand on mange à l'ombre des arbres qui les porte,
a le plaifir de voir ces fruits tomber d'eux-mêmes dans les plats.]
4
Les
l'altération dont parle Atkins, dit que l'herbe
étoit alors fi haute, qu’on étoit obligé de la
brûler, ce qui rendoit la terre fort féconde.
(5) Atkins, Voyage en Guinée, &c, pag. 24.
Ck) Ou Banana.
| (g) Tbid. pag, o. Le Capitane Uring dit qu’i
en fait entre vingt & Pre mille an Lo
à plus grande partie eft achetée par les Anglois
pur leurs Colonies d'Amérique. Voyez fon
Voyage, pag. 334.
b) Dapper qui écrivoit long-tems avant
IIL, Part, G
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. I. 49
Nicnss,
1560.
Partage du
profit.
Malvoifie des
Jéluites.
Caufes de
fertilité,
Fruits de l'If-
le,
Banane pris
pour le fruit
défendu.
Nircoôzs,
1560.
Sucket, con-
fiture.
Cèdre &Naf-
fo,
Peu d'ani-
maux fauva-
ges.
Provifions de
l'ifle,
50 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Les Habitans font deleurs citrons (/) une forte de confiture fort délicate,
qu'ils appellent Sucket, dont ils font partir tous les ans pour la France la char.
ge de deux ou trois petits Vaifleaux. le fucre qu'ils y. font entrer fe tranf.
orte rarement, parce qu'il eft lui-même (#") fort rare, On en preferit l'u-
age:avec fuccès pour la maladie Angloife, qu'on appelle Confomptin.
NTRE les arbres, Cada Mofto vante beaucoup le Cèdre & le Na
»\ 0
de Madère. Le ier.eft fort haut, fart gros & fort droit. Son o A 0
d'un agrément ipgalier. On en fait de belles planches, qui fervent parti: "M
es ul
culiérement pour les lambris. Le Nafo eft couleur de rofe. Outre les plan.
ches, on'en fait des bois de full, & des arcs d'un excellent reffort. On en.
voyeles arcs aux Indes Occidentales, & les planches en Portugal (0).
Arkins découvrit dans les jardins de Madère une curiofité qui lui pa:
rut fort extraordinaire. C’eft la fleur immortelle (p), qui étant cueillie du:
re plufeurs années fans fe faner. Elle croît comme la fauge, & la fleur
reffemble à celle de la:camomille. L'Auteur'en prit plufieurs, qui fe trou.
vérent aufli iblanches &,aufli fraîches à la finde l'année, qu'au moment qu'il MM
les avoit cueillies.
Ca DaMofto rapporte que de fon tems l'Ifle étoit abondante en toutes for. l
tes debeftiaux. &-.que les montagnes renfermoient beaucoup de fangliers. Les
Perdrix & les:Phaïfans font communs dans l'Ifle. On y voit des Phaifans 14 ‘14
blancs. Mais:l n’y a point d'autres animaux fauvages, excepté des cailles. W
Quelques Habitans racontèrent à l'Auteur , que dans l'origine de l’Etabliffe. 1
ment ,onytrouvaun nombre incroyable de pigeons ,qui fe laiffoient prendre M
avec un'lacet qu'on-leur'jettoit au cou, & qui ne fe défiant d'aucune trahifon
repardoient ftupidement-FOifeleur tandis (q) qu'il concertoit fa perte. 1] a:
joûte que ce récit lui parut d'autant plus vrai-femblable qu'on voyoit encore la
même chofe dans que Ifles nouvellement découvertes (r).
: Les principalesprovifions de l’Ifle font léchevreau, le porc , le veau , qui
eft cotinianément -affez. maîgre, iles légumes (s) , les oranges, les noix, les
figues, les yams , les, bananes , &c. Commeil n'ya point de (#) Marchés fixes,
là Campagne envoye dans les Villes ce qu'elle juge néceflaire à la confomma-
tion.” Uring fe plaint qu’ordinairement les alimens”y' (v) font fort chers. Le
! Comimerae fe fait -par-des échanges. Atkins obferve que les provifions qu'on
” régoitile plus volontiers à Madère font :la farine , le ‘bœuf, le pilchard & le
härang, le fromage, le beurre; le fel& l'huile, Ce qu’on recherche après ces ali
mens; ce font deschapeaux , des perruques ; déschemifes ; des bas, toutes fortes
de groffes-évoffes ; & de (x) draps fins, fur-tout les noirs qui font la couleur
ordinaire des Portugais. (On demande auñli desmeubles &des uftenciles, com
i me
(1) Moquet:vante quantité d'autres confi- . :(q) Alcaforado s’eft fort étendu fur la fi
ques qui fe tranfportent auñfi, pag. 19. Cada miliarité des oifeaux.
Mofto rend le même témoignage de fontems, r) Cada Mofto, dans Ramufño, pag. 97.
ag. 98. | . _(s) Angl. les Choux. KR. d. E.
om) Ovington , ubi fup. pag. 10. t) Voyage de Guinée par Atkins, pag. 20
:(n) D'autres nomment pee préférence le v) Voyez fes Voyages, pag. 335.
Dragon & le Gayac, qui eft pourtant médio- x) Uring dit que les Habitans tirent leur
cre-à Mhdère. - Voyez le Parf. Géog. parure d'Angleterre , & leur linge de Hollar-
0) Cada Moito , ubi Jup.
de, par les Vaiffeaux Anglois,
b) Atkins, Voyage en Guinée, pag. 27.
Mes régl
Hinais leu
5
ARS
Le,
(y) D:
rire, les
s grenad
ke, maddar.
“tade Nation
“civils que
A
N
fort délicate,
ance Ja char.
rer fe tranf.
| prefcrit lu
1ption,
e Sal (n) À
on odeur eft
ervent parti:
ire les plan:
Tort. On en:
Il (0).
qui lui pa.
it cueillie du:
, & la fleur
qui fe trou.
moment qu'il
1: KE
en toutes for.
fangliers. Les
des Phaifans MN
é des cailles, M
de l’Etabliffe. 4
bient prendre 4
icune trahifon
perte. Ila-
yoicencorela M
, le veau, qui
les noix, les
farchés fixes,
la confommi-
brt chers. Le
vifions qu'on
ilchard le
après ces ali-
| toutes fortes
bnt la couleur
enciles, com:
mé
tendu fur la fi
amuño, pag. 97.
E
Atkins » PAg. 20
ag." 335.
bitans tirent leur
inge de Hollæ-
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Liv: V. One, I. gs
10 e de la vaiflelle d'étain, des chaifes, des écritoires, du papier, des: livres Nicour.
Mie compte, ec. Habitans donnent du vin en échange (y); lecvimcom 1560,
un fur le pied de trente Milreys la pipe ; la Malvoifie fur:le Fe de:fonantc.
Chaque Mirey monte à douze fchellings & demi, donc fix, tr rar}
en marchandifes de la même valeur, & fix en bal + Mais lorfqu'il eft quef-
Mhion d'un envoi confidérable ils accordent pour cent; quarante ou cinquante:
Comme ils tranfportent enfüite ces (3) marchandifes au Bréfih, elles font
ande cherté à Madère,
“quelquefois d'une
æ Poux la fatisfaétion du Leéteur, Atkins a inféré dans fa Relation un:
bit Lea des marchandifes de peu de valeur qui font de débit à Madère. Le voici,
“Dn peut y vendre deux habits, à moitié ufés, pour une Pipe de Vin. ‘Trois
Perruques déja portées , pour le même prix: ki de
M ols “
‘+ U N ain de fucre. . x L1 L L L . LU L] . L I L 8,
00 La livre de fromage. . . . . , . . o iv is © 8.
CeLLe du Bifcuit. FOURS oo si © 2,
U Ne piéce dé bœuf, . . + «+ © - 10,
0 On y achete 100 Citrons. . . . . . + + + + , 8]
100 ns. 0 . + + CE 0 . Il
Lzs Märchands Anglois qui réfidoient à Madère pendant le féjour qu'Oving- Remarques
on fit dans cette Ifle en 1689, n’étoient qu’au nombre de douze. Ils vivaient particulières
ivant les ufiges de leur Patrie, fe traitant fort bien dans-leurs Maïfons de d'Ovington.
ampagne & n'épargnant rien pour fe rendre la vie agréable, Là, ilss'affem. ! 689.
loient entr'eux Pus des berceaux d'orangers, & delimoniers, rafraîchis con-
uellement par des ruifléaux d'eau vive. Rien n'approche de la fcène qu'ils
oient devant les yeux. Les Collines étoient couvertes de vignobles, & les
allées remplies de fruits qui parfumoient l'air. Les bofquets & les allées
arbres jettoient de la variété dans cette perfpeétive, &: la rendoient enco-
plus riante, L'air étoit ferein. Le chant des oifeaux y'faifoit entendre Délicieufe fl.
e mélodie continuelle. La mer & les Vaiffeaux formoient un autre point tuation de
vûe plus éloigné. Enfin, de quelque côté qu’ils tournaffent les yeux , ils TS An-
Muvoicnt fans ceflé de nouveaux charmes (4) dans cette admirable diver- °
2 d'objets dont ils étoient environnés.
Dans le tems de la vendange, les pauvres n’ont guëères d'autre nourriture,
que le pain & le raifin. Sans cette fobriété , il leur feroit difficile d'éviter la
_Mévre dans une Saifon fi chaude; & les plaifirs des fens auxquels ils s’abandon-
ment fans réferve, joints à l'excès de la chaleur, ruineroient bientôr les plus vigou-
“feux tempérammens. Auffi les Portugais mêmes les plus riches s’impofent - ils
mes régles de fobriété, dont ils ne s’écartent prefque jamais. Ilsne preffent ja.
Dnais leurs Convives de boire, Les domeftiques qui fervent dans un rte ont
ju toûjours
Û *
À
D =
(y) Dapper y joint le fucre , le miel, la
ire, les oranges, les citrons & les limons,
s grenades & le cuir. Dampierre y ajoûte le
raddar, Ce grand commerce avec quantité
e Nations rend les Habitans-de. Madère plus
vils que ceux des Canaries, Cada Mofto ob-
G 2
ferve qu'ils ont de la cire & du miel, mais
en petite quantité, pag. 98.
(z) Atkins, ubi fup. pag 25.
& “ a) Voyage à Surate d'Ovington, pag. 12
uiv,
OvinaTon.
1689.
Sobriété des
Portugais.
Leur parure
à Madère,
Leurs Mai-
fons,
Nul animal
venimeux,
Caufe de l'al-
tèration du
terroir,
Singularité
da leur maria-
ges,
52 VOYAGES DES ANGLOIS EN
toûjours la bouteille à la main, mais ils attendent fi éxaétement l'ordre des
Maîtres pour leur offrir du vin, qu'un fimple figne ne feroit pas entendu, Cetre
affeétation de cempérance eft portée fi loin, qu'un Portugais n'oferoit uriner
dans les rues, parce qu'il s'expoferoit ( b) au reproche d'yvrognerie.
Lzs Habitans de Madère ont beaucoup de gravité dans leur parure, & por.
tent communément le noir, déférence, comme Ovington fe l'imagine,
ur le Clergé de l'Ifle, qui s'y eft mis en poffeffion d'une extrême autorité,
ais ils ne peuvent être un moment fans l'épée & le poignard. Les Valets
mêmes ne quittent point ces ornemens inféparables. On les voit fervir à table, #*
l'afliéte à la main, & l'épée au côté , jufques dans les plus grandes chaleurs;
& leurs épées font d'une longueur extraordinaire.
Les Maifons n'ont rien néanmoins qui fente le fafte. L'édifice & les meu-
bles font dela même fimplicité. On voit peu de Bâtimens qui ayent plus d'un
étage. Les fenêtres font fans vitres & demeurent ouvertes pendant tout le
jour. Le foir, elles fe ferment avec des volets de bais. Le Pays ne produit (c)
aucun animal venimeux, Mais il s’y trouve un nombre infini de lézards, qui nui-
fent beaucoup aux fruits & aux raifins. Les ferpens & les crapaux qui multi.
plient prodigieufement aux Indes , s'accommadent peu de l'air de Madère (4),
L’Is18 a beaucoup perdu de fa fertilité depuis |
A force de fatiguer la terre, on a tellement diminué fa force, qu'on eft obligé à
dans plufieurs endroits de la laiffer repofer pendant trois ou quatre ans;
Jorfqu'elle ne À coecne rien après ce terme, elle eft regardée comme abfolu.
ment ftérile. Ce
j u'ils dé
êr,
he hon
TE
+14
'inclina
#4
:) ge
J
‘4
endant on n'attribue.pas moins cette altération à la moleffe M
origine de fes Plantations,
des Habitans qu'à l’affoibliffement du terrain. Tous les vices, & fur-tout celui "#4
de l'incontinence, régnent à Madère dans toutes les conditions. L'éxemple w
des hommes a comme autorifé les femmes à fatisfaire aufli leurs inclinations
ans fe connoître. & fouvent fans s'être vûs. 11 raconte que pendant fon fé.
jour à Madère , un jeune homme fort riche devant époufer une jeune perfon.
ne qui l’étoit aufli, les deux Parties-étoient arrivées à la veille de leur maria-
ge, fans A ape eu l'occafion de fe voir. Cependant. une curiofité peu
conforme à l'ufage, conduifit le jeune homme chez celle qui devoit être fa fem:
me. Il y fut bien reçu; mais tandis qu'il y étoit, le hazard lui fit entendre la
voix de deux jeunes filles, qui s’entretenoient dans une chambre voifine. 1l y
jetta auffi-côt les yeux par le trou de la ferrure, en priant qu'on jui fit diftin-
guer fa femme. Demain, lui dit-on. Il fera affez tems demain. La principale
précaution qu'ils apportent au mariage des filles regarde la famille de l’homme
& fon origine, pour fe garantir de toute alliance avec les Jifs & les Mores,
qui font en grand nombre à Madère, Les hommes n’ont point la même dé-
Ibid. pag. 14.
licatele
to caufes, [& il n'y a ajoutet-il, aucun poifonÿ
c) Tous les poifons, dit l'Auteur, étant
qui foit fimplement humide; car l'humidité
ou chauds, comme l’Euphorbium , ou froids,
comme l'opium, ou fecs, comme le vitriol,
il femble que ces qualités ou leur mélange
devroient plûtôt fe trouver à Madère qu’en
Irlande, qui eft un Pays humide & par eon-
féquent moins propre à former toutes ces
eft une qualité purement pañlive , & qui n'elt
as nuifible par elle même ]. [Cependant l'IrÀ
ande a des animaux venimeux & Madère n'e
n'a point. ]
(d) Zbid, pag. 15-18,
À
déréglées. Elles n'en perdent jamais l'occafion , particulièrement avec les Etran. M
ers. Ovington rejette une partie de ce défordre für l'ufage établi de fe marier
|
FR
cac
{ | Tete
gion;
u lieu
hange:
aveur
bas eu
regardé
pendant
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amais 6
enir q
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e] l'hu
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Le C
holique
ec lefq
pit fur!
degr
‘ M DIFERENTES PARTIES oe L'AFRIQUE, Liv. V. Char. L.
53
l'ordre des ace dans le choix de leurs femmes ; mais on regarde comme la dernière
tendu, Ceue "4, ïfe, de prendre pour une jeune fille ,un mari qui n'eft pas de la même Re-
feroit uriner gion; & cette rigueur s'étend jufqu'aux Anglois, avec la feule différence
erie. u'ils deviennent propres à recevoir les Portugaifes en fe faifant Catholiques,
rure, & por. u lieu que la tache des Juifs ou des Mores n'eft pas même effacée par ce
e l'imagine, hangement. Cependant il arrive quelquefois qu'on pale fur l'objeé ion en
me autorité, Saveur des richelles; mais on a vi rompre aufli des mariages qui n'avoient
Les Valets "0%;s eu d'autre défaut, & la décifion des Cufüiftes s'accorder là-deflus avec
ervir à table, MM 'inciinacion des Parties. Ovington déclare plaifamment qu'il n’auroit jamais
les chaleurs; “Megardé la fobriété & la continence comme un obftacle au Tr Ce-
“Dendant une Dame de Madère, qui fe a gras de donner fa fille à un jeu-
e & les meu- “He homme de la Ville, ayant appris qu'il avoit coûjours joui d'une fanté
ent plus d'un Mlbarfaite , fans s'être amufé avec les femmes de mauvaife vie, & fans avoir
ndant tout le Mamais gagné de maladie honteufe, conclut que tant de fageffe ne pouvoit
e produit (c) "venir que d'une conftitution foible , & ne le crut pas propre à devenir fon
ards , qui Aui. ” gendre,
ux Lu multi. 0. E meurtre eft dans une forte d’eftime à Madère. II y eft devenu com-
Madère (d), Mme une marque de diftinétion; & pour jouir d'une certaine renommée, il
8 Plantations, faut avoir trempé fes mains dans le fang d'autrui. La fource de ce déteftable
‘on eft obligé Mage, eft la proteétion que l'Eglife accorde aux Meurtriers. Ils trouvent un
atre ans; X ile inviolable dans les moindres Chapelles, qui font en grand nombre,
mme abfolu- Vi
1 à la moleffe 4
fur-tout celui M
, L'éxemple W
s inclinations A
ec les Etran:
de fe marier
endant fon fé-
jeune perfon-
le leur maria-
curiofité peu
t êcre fa fem-
t entendre la
voifine. Il y
unchal en eft rempli, & les Campagnes mêmes en ont plufieurs. L'indul-
ence qu'on a pour un crime de cette nature eft la honte de [la religion &
e] l'humanité. C’eft affez qu'un Criminel puiffe toucher le coin de l'Autel,
our braver toutes les rigueurs de la Juftice. Le plus rude châtiment qu'il ait
craindre eft le banniffement ou la prifon, dont il peut même fe racheter
ar des préfens.
Le Clergé y eft très nombreux [& comme dans tous les autres pays ca-
Moliques il augmente tous les jours, & cela pour opprimer les Laïques, a-
ec lefquels ils femble vouloir difputer qui l'emportera par le nombre. ] 11 pa-
it furprenant que tant de riches Eccléliaftiques puiflent être entretenus dans
degré d’opulence par le travail d'un fi petit nombre d'Habitans (f). Pour
minuer l’étonnement, les Portugais répondent qu'on n'admet perfonne au
erdoce , s'il ne Leg déja de quelque bien qui l'empêche d’être à charge à
LMEglife. On fe garde bien d'y recevoir ceux qui font defcendus de race ui
jui fit diftin: we où More, Cependant il y a une Eglife, nommée Saint-Jacques, où l’on
La principale rmet aux Prétres Afriquains d'officier. Les Jéfuites tiennent le premier rang
le del'homme ÆMientreles Ordres ns Tr [ils fe font acquis la reputation dont ils jouiffent, par
& les Mores, Ma facilité avec laquelle ils accordent l'abfblution à leurs pénitens, & par leur
la même dé- mffeétation à vouloir paffer pour plus faints que les autres. Pour cela, ils dé-
licatelle ji obent foigneufement à la connoiffance du Public, toutes les énormités &
etits défauts dans la conduite des
| n’y a que leur ignorance qu'ils ne puiflent pas
déguifer.
iles irrégularités, de même que les plus
1, aucun poifr Mmembres de leur Société, î
car l'humidité : N
ive, &quin'el
[Cependant l'Ir À
S & Madère n'en ce Ibid, pag. 18. & fuiv. en qualité d'Aumônier, fur un Vaiffeau de
f) On a déja remarqué qu'Ovington étoitx# Roi nommé le Benjamins (ainfi il doit être
cru fur l'article du Clergé.]
3
É Chapclain du Roi Guillaume, & qu'il fervoit
Ovivarow.
1689.
Différence
que les Portu-
gais mettent
entre les Jun
& les Anglois,
Ralfons bi.
furres d'un
rotus,
Le meurtre
trop libre à
Madère,
Richeffe du
Clergé.
54 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ovivoron, déguifer. Entre ceux à qui Ovington parla, de crois à peine y en avoit:-il us
1689. » gels le latin. ss chaffenc quelqu'un de leur Couvent, ils cachent
crupuleufement la faute qu'il a commife, de peur que fi le bruic s'en répan:
doit dans le public, cela ne diminuât le refpeét qu'ils éxigent du peuple,
Lorfqu'on leur demande pourquoi ils fe fonc ainfi défaits d'unde leurs mem
bres, ils répondent fimplement, c'eft parce qu'il étoic indigne de notre So.
ciété.] [On n'eft pas furpris qu'Ovington, qui étoit Prétre de l'Eglife Angli: #
cane, les maltraite un peu; mais c'elt pouifer trop la haine que de vouloir
faire paller, fans preuves, la réputation d'honnéceté donc ils jouiffene, pour
un voile dont ils ont l'adrefle de couvrir leurs défordres; & les Auteurs de
ce Recueil font encore plus coupables, lorfqu'ils avertiffent ici malignement range
p'Orh ton és êvre crû fur l'article du Clergé, parce qu'il étoic lui-même "8e ;
cléfiaitique (g);]:
Melle des Jés L'Ea ne E @ ses furpalTe toutes les autres en richeffe & en beauté,
fuites. L'Auteur eut l'occafionde la voir dans tout fon luftre, le jour où l'on célébroit M
la Fête de S. Ignace. La mufique étoit des plus belles, les ornemens extra: l
ordinaires, & les illuminations compofoient un gr magnifique, [La
veille detous leurs Saints, de même que celle de St. Jean Baprifte, fe célé. "0m
broit à la clarté d'un prodigieux nombre de lampes, qu'on plaçoit au haut 0m
des Clochers après le coucher du Soleil, mais toutes ces Illuminations n’écoient M
rien en comparaifon de celle hs les Jéfuites firent cette nuit-là ; de loin el "4
les éblouifloient les yeux des fpeétateurs. Quelques-unes de leurs Chapelle;
font bâties fur la defcente de montagnes CR 9 00 qu'il ne faut pas moins “#
que la protceétion des Saints à qui elles font dédiées, pour garantir d'une chu "4
Hopital pour te très dangereufe ceux qui en fortent.] Prés de cette Eglife eft un fameux M
les maux vé- Hôpital pour les maux vénériens. L’Auteur vit plufieurs Malades quilui pa: M
nérlens. rurent des objets fort dégoûtans. Mais fi l'on a la liberté de les voir, il ne
faut laifler rien échapper qui les offenfe; car dans la plus humiliante fitua-
tion , ils confervent, toute leur fierté. Ovington ne vit qu'une femme qui don:
noit quelques marques de confufion & de repentir (b).
Les. Eglifes font les lieux où l'on enfevelit les Morts. Onorne avec beau-
coup de foin le cadavre; mais-on l'enterre fans cercucil, & l'on ne man-
que pas de mêler de la chaux avec la terre, pour le confumer plus prompte-
ment ; de forte qu'en moins de quinze jours fa place peut être remplie par un
La Sépulture autre corps. Comme l'Eglife Romaine a décidé [peu charitablement ,] fur lel
refufée aux fort des Férétiques, elle ne traite pas leurs cadavres avec beaucoup de mé:
Hérétiques. nagement. Les Anglois qui meurent à Madère font moins confidérés que les
carCafles mêmes des bêtes; car on leur refufe toutes fortes de fépultures, &
leur partage eft d'être précipités dans la Mer. Ovington rapporte un éxem-
ple de cet ufage, qu'il traite de barbarie, dans un Marchand Anglois qui |
mourut fous fes yeux. Tous les Marchands de la même Nation voulant l'en:
terrer avec décence, & le fauver du moins de la rigueur du Clergé , prirent 4
le parti de le tranfporter entre les rochers, dans l’efpérance qu’il y feroit à
couvert des recherches eccléfiaftiques. Mais ils furent trahis dans leur F4
che,
& (g) Voyez le Voyage d'Ovington; pag, 23. (b) Ibid, pag. 25, 26.
fuiv,
N
on avoit-il us
+ ils cachent
t s'en répar:
t du peuple,
| leurs mem.
de notre So:
Eglife Angl:
1e de vouloir
uiffent, pour
s Auteurs de
malignement
oit lui-même
Gt en beauté,
l'on célébroit
1emens CXCrA
Lac
nifique.
(
L
‘4
ü
k
1
ifte, fe célé.“
ons n’étoient M4
à 4 de loin cl.“
urs Chapelles
faut
Wir
t un fameux
des qui lui pa
voir, il ne
liante fitua-
mme qui don.
ne avec beau-
l'on ne man:
plus prompte-
mplie par un
ment, ] fur lel
coup de mé:
érés que les
épultures, &
te un éxem-
Anglois qui
voulant l'en
ns leur mar:
che,
s moins M
‘unechu
ge , D tr if
il y féroità # :
Mie ,] furent extrêmement furpris de fe voir arrêtés par une trou pe de Mate-
b æ
çoit au haut k \ j
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, L 55
e, Les Portugais fe rendirent en foule au lieu de la fépulture, éxhumèrent
corps, & l'expofèrent aux infülces publiques ; après quoi ils le jettèrenc
ns l'Océan. On en ufe de même aux Indes Orientales, dans tous les Pays
la domination Portugaife. Il n'y pas de lieu qui paroiffe affez vil pour
terrer un Hérétique ; CS lui rendre les derniers devoirs de l'humanité,
eft commettre un péché mortel.] On appréhende que les vapeurs de fon
avre n'infeéte coute l'étendue d'un canton Catholique, Cependant la hai-
des Prévres fe laiffe quelquefois adoucir par une fomme d'argent. L'Au-
r rapporte l'éxemple d'un enfant qui avoit été fecrettement enterré, &
r lequel'on obtint grace, [à des conditions, qui deévroient paroître fort
ges, fi le récit d'Ovington avoit ici plus de vrai-femblance, Mais com-
e il n'en parle que fur le es 2e pr , On peut füppofer qu'il a
té trop facilement l'oreille à des fables] :1l raconte donc que le Clergé
prcugais éxigea que l'enfant fût éxhumé, pour recevoir le Baptême des
atholiques ; & qu'après cette cérémonie a, il confentit qu'on lui rendît
fépulture.
| Lis Chanoines de l'Eglife Cathédrale jouiffent du plus heureux fort du
onde , dans une condition également éloignée de la pauvreté & du travail.
ur régle les oblige à la vérité de fe rendre à + - e dès quatre heures du
tin. . Mais comme cette heure ne favorife point aflez le goûe qu'ils ont pour
repos, Ovington a remarqué qu'ils ont foin cous les jours dé faire recarder
orloge, afin qu'elle faffe encendre Re heures, lorfqu'il en eft réelle-
ent cinq; & par cet artifice, ils ménagent tout-à-la-fois leur fommeil &
ir réputation.
[A vu refte cette cenfüre, dont on s'efforce ici d'adoucir les termes, doit
roître affez pardonnable à l’Auteur Anglois, après le chagrin que fon Ca-
aine effüuya de la part des Eccléfiaftiques de Madère, Il en rejette la prin-
pale caufe fur les Jétures, en les accufant d'un excès de zéle pour leur
ligion; mais il eft furprenant qu'il prétende leur.en faire une seit
pelques Matelots Anglois dei fçavoient la langue Portugaife ayant ét
n reçus au Collége des Jéfuites, prirent du goût pour la Religion Romai-
& s’en firent expliquer les principes. Leur Vaiflèau fe difpofoit à par-
Ils] fe trouvèrent abfens à la reve que leur Capitaine fit de l'Equipa-
COn devina aifément qu'ayant pris la réfolution de fe faire Catholiques,
avoient renoncé au voyage des Indes] : Le: Capitaine s'adreffa au Gou-
rneur, qui ordonna, pour fatisfaire la Nation Angloife, qu'on fit quelques
gécherches dans la Ville, Mais fon autorité n'alloit pas \jufqu'à pouvoir for-
er le Collége des Jéfuites. Cependant le jour du départ étant fixé pour les
“re fuppléer à la place de leurs Matelots.
à
Us:
Anelois, ils fe rendirent à bord , d'où ils envoyèrent au rivage leur Pinaf-
bien armée; dans l'efpérance d'y enlever quelques Pècheurs & de les fai-
En croifant dès le premier jour,
hazard leur fit rencontrer deux Eccléfiaftiques,. qui fe rendoient à Fun-
bal dans une Barque. Les deux Révérends, [comme l’Auteur les appel-
pts ; mais leur douleur furpalla beaucoup leur étonnement , lorfqu’on leur dé-
clara
(5) Ibid. pag. 27.
Ovrworox.
1689.
La même pra»
tique s'éxerce
aux Indes,
Exception
ou vral-fem-
lable,
Chanolnes de
Madère,
Embarras des
Anglois à l'oc-
cafion ile
genes
v leurs Ma-
telots conver-
tis par les Jé-
fuites,
Ils arrêtent ;
deux Prêtres
ar repréfail
cs.
OvincTON,
1689.
Ils font o-
bligés de les
rendre,
Leur ven-
geance.
Découverte
& propriétés
de Puerto-
Santo.
56 VOYAGES DES ANGLOIS EN
clara qu'il falloit dire adieu au délicieux féjour de Madère & fe preparer au
voyage des Indes [ au cas que les Jéfuites ne rendiffent pas les Macelots An- t
glois , qu'ils avoient enlevé.] Ils demandèrent la liberté d'écrire au Gouver.
neur. Leur lettre, dont ils ne refufèrent pas la leéture aux Anglois, contenoit
des prières & des inftances paflionnées, [ ils demandoient pour l'amour de Dieux
& de la Vierge Marie ] d'être fecourus à routes {fvrtes de prix. Le Capitaine
écrivit en même-tems au Confüul de fa Nation pour juftifier fa conduite.
A l’arrivée de ces deux lettres, l’allarme fe répandit dans toute la Ville, &
le Peuple aufli animé que le Clergé, déclara que fi l’on ne fe hâtoit de lui ren-
dre fes Prêtres, toute la Nation Angloife en porteroit la vengeance à Madère,
En effet les Marchands qui demeuroient dans l’Ifle , commencèrent à trembler
pour leur fûreté. Ils tentèrent inutilement toutes fortes de moyens pour appai-
fer la populace, qui couroit dans les rues en redemandant fes. Prêtres & mau-
diffant les Hérétiques. Enfin craignant que l'obftination du Capitaine ne les
expoft bientôt aux dernières violences, ils demandèrent la permiflion de fe
rendre à bord, pour fui faire entendre raifon; & dans le doute du füuccès, ils
portèrent avec eux tout leur argent, réfolus de ne pas retourner dans la Ville,
s'ils ne tiroient aucun fruit de leur négociation. Mais le Capitaine, après les avoir
entendus, comprit qu'il ne pouvoit retenir les Prifonniers fans caufer un tort
confidérable à l'Angleterre.
cléfiaftiques ne rétendoit arracher malgré eux à leur Patrie] Enfin s'étant
déterminé à fatisfaire les Portugais, [il renvoya les deux Prêtres, qui, fuivant
la remarque de l’Auteur, lui auroient été aufli inutiles fur mer, qu'ils le font
fur la terre; & ] [il abandonna fa vengeance à l'Ecrivain de cette Relation;
qui (#) a crû bien l’éxercer en parlant fort injurieufement de l’Eglife Romai-
ne & de fes Miniftres.]
Iles de Puerto-Santo € de Saint Brandon.
Capa Mofto, qui eftentré le premier dans quelque détail fur ces deux Ifles,
nous apprend que celle de Puerto - Santo fut découverte par les Portugais,
vers l’an (/) 1418, le jour de la Touffaints; & que c’eft de certe Fête qu'elle
a tiré (m) fonnom. Le Prince Henri de Portugal y forma une Colonie, {ous
la conduite de (n) Barthélemi Percftrella, qu'il revêtit de la (o) qualité de
Gouverneur. On donne à l’Ifle environ (p ) quinze milles de tour.
LE même Auteur ajoûte qu’elle produit affez de bled & d'avoine pour fa pro:
vifion; qu’elle nourrit beaucoup de Bœufs & de Porcs (g), mais fur - tout
une prodigieufe quantité de lapins. Entre plufieurs efpèces d'arbres, ju
e
ni de fruits, d’oifeaux & de poiffon. Voyez
Hakluyt , troifième Vol. de fa Colle&ion,
pag. 578.
(pb) Barbot dit huit lieuës. D'autres plus
ou moins. Elle eft à douze licuës au Nord-£ft
de Madère.
(g) On a parlé au Tome I. de la multiph-
cation des Lapins,
(1) Ovington, ubi fup. pag. 31. & fuiv.
,, L'Auteur fe trompe. C'eft en 1413.
m) Fariaen donne une autre raifon. Voy.
le Chap, I. du Vol, I.
tn Dans Ramufo, c’eft Pollaftrello.
0) Lorfque Brefton fe faifit de Puerto-
Santo, en 1595, l'Ifle abondoit en vin, en
bled, en huile, & ne manquoit ni de beftiaux,
[La différence étoit extréme entre des Macelotsyt!
fugitifs, qui prenoient volontairement le parti de l'abandonner, & deux Ec-
bien b
ui
ment
… tugais
fervic
“ques \
L° Ni
priété:
.d'incet
Épiceries
noteur, qu
Aa ce que
Mob/ervent
Mlaiion, q
fi. KR. d.
(s) Oi
Æ (ve
Ælume L p
à (v) C
ra. 578.
2 (x) DL:
TIL, 1
N
preparer au
Marelots An}
au Gouver.
is , Contenoit
mour de Dieux
Le Capitaine
onduite.
e Ja Ville, &
oit de lui ren-
ice à Madère,
nt à trembler
1s pour appäai-
êtres & mau-
jtaine ne les
rmiflion de fe
du fuccès, ils
dans la Ville,
après les avoir
‘aufer un tort
des Macelotsi.
_& deux Ec:.
Enfin s'étant
, qui, fuivant}
qu'ils le font
tre Relation,;
glife Romai-
es deux Ifles,
es Portugais,
te Fêce qu elle
olonie, {ous
o) qualité de
re
e pour fa pro
ais fur - tout
arbres, un
e
poiffon. Voyez
b fa Collection,
D'autres plus
cuës au Nord-£ft
L. de la multipk:
M & qui eft jaune,
#
mie:
M fon eft abondant fur les Côtes, fur-tout la Dorade (5) & le Dentali. L’Ife n'a
DIFFERENTES PARTIES »e L'AFRIQUE, Liv. V. Cwar. L 57
tic dragon, dont la féve ou le jus fe tire dans certaines Saifons; [il découle
4 par des incifions qu'on a faites au bas du tronc l’année auparavant, ] & for-
D me une gomme quipar diverfes épurations (r) devient ce que les Apoticaires
Ù nomment fang de dragon. Cet arbre donne un fruit dont on eftime le goût,
avec la forme d'une cerife. On trouve dans Puerto-Santo le
| meilleur miel & la plus belle cire du monde, mais en petite quantité. Le poif-
pas de Port; mais la Rade eft commode & couverte de toutes parts, excepté
entre le Sud & l'Eft; ce qui la rend dangereufe lorfque le vent fouffle de ce
icôté-là. Cada Mofto (t) borne ici fes éclairciffemens.
! Au mois d'Avril 1595, le Capitaine Amias Prefton s’empara de la Ville
M le Puerto-Santo avec foixante hommes. Elle étoit alors aflez grande & fort
M bien bâtie. Les Habitans fe retirèrent avec ce qu'ils avoient de plus précieux
"8 fur une montagne voifine, où les Anglois n’oférent les attaquer. Ils propofè-
M rent une rançon pour la Ville ; mais Prefton fe reflentant de qques infultes
M qu'il y avoit reçues, la fit brûler jufqu'aux fondemens. II fit e même traite-
ment à tous les Villages de l'Ifle, qui étoient habités par de vieux Soldats Por-
mn
tugais à qui l'on accordoit cette retraite (v) comme une récompenfe de leurs
hi fervices. En 1681, Barbot ayant relâché dans cette Ifle, y trouva (x) quel-
Mques Villages & plufieurs Iameaux.
Nicozs parle de Saint Brandon (y), fans expliquer la grandeur ni les pro-
priétés (2) de cette Ifle. Linfchoten s'étend davantage; mais avec autant
d'incertitude. À droite des Canaries, dit-il, (a) environ cent lieuës de
Ferro, le hazard a fait fouvent rencontrer une Îfle nommée par les gens de
er, San-Borandon, ou Boranora. Ceux qui l'ont vûe la repréfentent com-
ne un lieu délicieux, où la verdure, les arbres & toutes fortes de provifions
ont en abondance. On prétend qu’elle eft habitée par des Chrétiens ; mais
perfonne n’a pû rendre compte de leur Pays ni de leur langage. Les Efpa-
pnols, qui font partis plufieurs fois des Canaries pour la chercher, n'ont point
ncore réufli à la découvrir; ce qui a fait fuppofer à quelques-uns de leurs
crivains que c’eft une Ifle enchantée, qui ne fe montre jamais à ceux qui la
erchent. D’autres racontent ges a fes jours-& fes tems pour fe faire voir
4 pour difparoître, ou que c’eft la force des Courans qui en éloigne les Vaif-
faux. Enfin d'autres conjeéturent plus raifonnablement que l'Ifle étant fort pe-
tite & prefque toûjours enveloppée de nuages, les Courans ne permettent
… guéresen eflet qu'on puifle en approcher affez pour la voir. Quoiqu'il en foit,
on
% (r)-Quelques-uns la mettent au rang des
Épiceries. C'efl-là une Remarque du Traduc-
teur, qui fans doute n'aura pas fait attention
Mia ce que dijent les Auteurs Anglois: ceux-ci
Diobfervent flmblement qu'il paroit par cette Ré-
Milaion, que le fang de Dragon eft un jus cpuis-
fi. R. d. E.
MY (5) Orate Vecchio.
#4 (6) Voyez la Colicétion d: Ramufio, Vo-
-Alume I. pag. 06. |
7 (vu) Collcétion de Hackluyt , Volum. Hit,
pag. 578.
Ÿ (x) Barbot, dans la Colletion de Chuür-
IL, Part. H
chill, Volum. V. pag. 524.
(y) Elle eft ainfi nommée dans la Traduc-
tion Françoife des Voyages Hollandois aux
Indes Orientales; mais les Anglois l'appellent
Boranora; & de Brie, Boradon. Les uns la
mettent à cent lisuës, d'autres à cent milles
des Canaries. Par la droite de Ferro, il faut
entendre ici le côté de l'Ouett.
(3) Nicols la place entre Madère & Palma.
Four accorder cette fituation avec Lirfcho-
ten, il faut entendre le Nord, parla droite
des Canaries.
(a) Voyages de Linfchoten, ‘pag. 177.
OviNGTON,
1689.
Elle eft prife
& brûlée par
les Anglois,
Opinions di-
verfes fur l’{fle
de S. Bran-
don.
OVINGTON.
1689.
ALCAFORADO.
1421.
Remarques
préliminaires.
Doutes fur la
vérité de cette
Hlifioire.
58 VOYAGES DES ANGLOIS EN
on eft perfuadé, fuivant Linfchoten, que l'Ifle de Saint Brandon éxifte, à la 1
diftance des Canaries qu'on vient de marquer ; &l'on ne peut douter, ajoûte.
vil, d'un fait qui eft attefté par divers témcins oculaires. Malgré l’air de
perfuafion avec lequel il s'explique, les Auteurs de ce Recueil font portés à
croire que c'eft une Ifle chimérique , comme celle d’O-Bréjil, qui femble fe
jouër aufîi de la curiofité des Matelots. '
f VII.
Hiftoire de la Découverte de l'Ifle de Madire.
:quelq
événe
fiécle:
objeél
40 les cir
:
|
Où trouve, dans plufieurs Auteurs, différentes Relations de la même Dé.
couverte. Jean de Barros, le T'ite-Live du Portugal, en parle avec peu
d'étendue dans la première Décade de fon fie. Le Doëteur Manuel Clement
en a publié l’Hiftoire en Latin, avec une Epitre dédicatoire au Pape Clé-
ment V. Manuel Tome a compofé fur le même fujet un Poëme Latin fous le
titre d’Infulana. Antoine Galvano s'étend fur cette découverte dans le Traité
des Entreprifes des Efpagnols & des Portugais (a) jufqu’à l'année 1550. Mi: !
nuel de Faria y Soufa, illuftre Commentateur du Camoens (b), cite Galvano à #
la première Stance du cinquiéme Chant de la Lufiade. Mais nous n’avons pas à
de Relation fi complette que celle de François Ælcaforado, Ecuyer du Prince #
Henri de Portugal, premier Auteur des Navigations qui nous ont ouvert de
nouveaux Mondes. D'ailleurs elle a précédé celles de tous les autres Ecrivains,
elle futcompofée pour le Prince, [dans un tems où l’attention du Public auroit:
expofé les moindres fauffetés au démenti;] & perfonne n’étoit plus capable
qu’Alcaforado de donner un détail éxaét de cet événement, puifqu'il étoit au
nombre de ceux qui afliftèrent à la feconde découverte.
Son Ouvrage fut publié d’abord en Portugais, par Dom Francifco Manuel.
Enfüite ayant été traduit en François, il parut à Paris (c) en 1671. On ne s'at-
tache ici qu’à cette Traduétion, parce qu'on n'a pû fe procurer l’Original. [ont
ne fçait pas même où il aétéimprimé. Le Traduéteur dit que le Manufcrit
Original eft gardé avec foin par Dom Francifco: cela femble infinuer que l'E.
dition Portugaife n’a pas précédé de beaucoup la Françoife.] L’Auteur Fran-
cois déclare qu'ayant trouvé le ftyle chargé de comparaifons, de digreflions,
d'étimologies, & de réfléxions ennuyéufes, il n’a pas fait difficulté de le ré-
former; mais qu'il a confervé fcrupuleufement les moindres circonftances his-
toriques.
IL eft fort remarquable qu’il ne paroît aucune trace de Machin , Machan,
Marcham, ou Marchan dans les Hiftoriens Anglois ; & que Hackluyt, qui en
a parlé le premier, eft obligé à Galvano de tout ce qu’il (d) rapporte après
lui, [ Mais, par l'Extrait que nous allons donner, nous nous approprierons ent
quelque se
découverte de l’Ifle de Madère. [ C’eft un pe
tit format, de cent-huit pages, fans la préla-
ce qui en contient douze, & d'où nous en
avons tiré les paiticularités qu’on lit ici, L'Ou-
vrage eft imprimé en affez grands caractères].
(d) Colleétion de Hackluyt, Vol, I. Pat
IL pag. 1.
(a) Imprimé en 1560, traduit en Anglois
& publié in 40. par Hakluyt. Purchaf en a
mis l'extrait dans fon Pilgrimage , Vol. II.
pag. 1671.
(b) F'aria parle auffi de cette découverte
de Madère dans fon Afie Portugaife.
(ec) Sous le titre de Relation hiftorique de la
M moigna
ourag
pour u
férenc
Anne
ide ne
Lordre
Ph par un
‘chinr
*duite :
diatem
gagner
(e) G
lent Macl
l’année d
4%
Dr .
1 DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V, Car. I 59
ar “ quelque façon cette Hiftoire, & les Anglois ne feront plus Ctrangers dans un
pag QUE MA événement qui a rendu un de leurs Compatriottes fameux pendant oluficurs
gré l'air de 15 fiécles, parmi les autres Nations.] On ne peut diflimuler qu'il y a quelques
ont portés a objeétions à faire contre la vérité de cette Hiftoire, dans certains endroits où
d famble fe 0 es circonftances s'accordent mai avec le tems de l’Auteur. Si l'on ne regar-
M de point ces erreurs comme une raifon de rejetter l'ouvrage, il faut fappofer
M qu'elles y ont été mêlées par les Editeurs. Mais il eft vrai du moins que ce
iqui regarde la perfonne de Machan fe trouve confirmé par Ovington, qui é-
rivoit fur le témoignage des Habitans même de Madère.
Sous le régne d'Edouard III, Roi d'Angleterre, un homme d’efprit & de
courage, nommé Robert (e) Machin , ayant conçû une paflion fort vive
Mpour une jeune perfonne d’une naiflance fupérieure à la fienne, obtint la pré-
MBférence fur tous fes Rivaux. Mais les parens de fa Maîtreffe, qui fe nommoit
M Anne d'Arfet, s’apperçurent des fentimens de leur fille; & dans la réfolution
de ne pas fouffrir un mariage qui blefloit leur fierté, ils fe procurèrent un
ordre du Roi pour faire arrêter Machin, jufqu’à ce que le fort d'Anne fût fixé
par une autre alliance. Ils lui firent époufer un Homme de qualité, dont Ma-
:chin refufa de déclarer le nom après fa trifte avanture. Anne fut aufli-tôt con-
duite à Briftol dans les terres de fon mari. L’Amant prifonnier obtint immé-
diatement la liberté ; mais animé par le reffentiment de fon injure autant que
par fa pañfion, il entreprit.de troubler le bonheur de fon Kival. quelques
“amis lui prêtèrent leur fecours. Il fe rendit à Briftol, où, par des artifices or-
dinaires à l'Amour , il trouva le dif de voir fa Maîtreffe. Elle n’avoit pas
perdu l'inclination qu’il lui avoit infpirée pour lui. [ls réfolurent enfemble de
quitter l'Angleterre & de chercher une retraite en France. Leur diligence fut
Légale à leur témérité. Un jour qu’Anne feignit de vouloir prendre l'air, elle
fe fit conduire au bord du Canal par un domeftique de confiance; & fe met-
ant dans un Bateau qui l’attendoit, elle gagna un Vaifleau, que fon Amant
Étenoit prêt pour leur fuite.
L'ANCRE fut levée aufli-tôt, & les voiles tournées vers les Côtes de France.
ais l'inquiétude & la précipitation de Machin ne lui avoient pas permis de
hoifir les plus habiles Matelots d'Angleterre. Le vent d’ailleurs lui fut fi peu
vorable, qu'ayant perdu la terre de vûe avant la nuit, il fe trouva le lende-
N
pe
xl
4
Ù
a même Dé-
rle avec peu
nuel Clement
a Pape Clé:
Latin fous le
ins le Traité MMS
e1550. Ma- 08
e Galvano à M
n'avons pas
er du Prince
it ouvert de
es Ecrivains,
Public auroit#
plus capable
u'il étoit au
ifco Manual.
. On ne s'at-
Driginal. [ont
le Manufcrit
nuer que l'E.
Auteur Fran-
> digreflions, ain comme perdu dans l’immenfité de l'Océan. Cette fituation dura treize
té de le ré- urs, pendant lefquels il fut abandonné à la merci des Flots. [ On parle d’un
bnftances his- tems où la Bouffole n'étoit point encore en ufage dans la Navigation. ] Enfin,
le quatorzième jour au matin, fes gens apperçurent fort près d'eux une terre
, Machan, qu'ils prirent pour une Ifle. Leur doute fut éclairci au lever du Soleil, qui leur
#4 fit découvrir des forêts d'arbres inconnus. Ils ne furent pas moins furpris de.
4 voir quantité d'Oifeaux d’une forme nouvelle, qui vinrent fe percher fur leurs
oprierons ent "} mâts, & leurs vergues, fans aucune marque de frayeur.
quelque ww} I[Ls mirent la Chaloupe en mer. Plufieurs Matelots y étant defcendus pour
AD gagner la terre, revinrent bientôt avec d’heureufes nouvelles & de grands té-
MY moignages dejoye, L’Ifle paroifloit déferte ; mais elle leur offroit du moins
luyt, qui en
pporte aprés
e, [ C’eft unpe®
, fans la préla-
d'où nous €ñ un
on litici, L'Ou- à . ‘ à
ds caraétères]. Ce) Galvano, & Hackluytaprès Jui, l'appel- ment que ce fut vers 1344, fous le régne de
, Vol. IL Pat lent Machan. Ils ne marquent pas préciféinent Pierre IV. d’Arragon,
l’année de cette avanture, Galvano dit feule-
FES
ALearonano,
1421,
Caufe des a.
vantures de
Machan,
Il enlève {a
Maitrefle,
Une tempête
le jette dans
l'Ile de Ma-
dère,
ALCAFORADO,
1421.
Il s'établit à
terre,
Le vent en-
traine fon
Vaiffear dans
l'äfrique,
Sa Maitrefte
meurt , & lui
après elle,
Efclavage de
fes gens en A-
frique. Ils y
trouvent Jean
de Morales,
6o VOYAGES DES ANGLOIS EN
un azyle après de fi longues & fi mortelles allarmes. Divers animaux s’étoiens
approchés d'eux fans les menacer d'aucune violence. Ils avoient vû des ruif.
feaux d'eau fraîche, & des arbres chargés de fruit. Machin & fa Maîtreffe,
avec'leursiméilleurs amis, n'eurent plus d'empreffement que pour aller fe ra:
fraîchir dans un fi beau Pays. Ils s’y firent conduire aufi-tôt dans la Chaloupe,
en laiffant lerefte de leurs gens pour la garde du Vaifieau. Le Pays leur parut
enchanté, La douceur des animaux ne les invitant pas moins que celle de
l'air & que la variété des fleurs & desfruits, ils s'avancérent un peu plus loin
dans les terres. Bientôt ils trouvèrent une belle prairie, bordée de lauriers,
& rafraîchie par un ruifleau,. qui defcendoit des Montagnes dans un lit de
beau gravier, Un grand arbre, qui leur offroit fon ombre, leur fit prendre là
réfolution de s'arrêter dans cette belle folitude. Ils y dreffèrent des cabanes,
pour y prendre quelques jours de repos & délibérer fur leur fituation. [Ils yK
paflèrent le tems très agréablement; ils faifoient continuellement de nouvelles dé-
couvertes, & les productions du pays leur fournifloient toûjours des fujets d’admi-
ration. ] Mais leurtranquillité dura peu. Trois jours après , un orage du Nord-Eft
arracha leV’uifleau de deflus les ancres,& le jetta fur les Côtes de Marocsoù s'étant
brifé contre les rochers, tout l'Equipage fut pris par les Mores & renfermé
dans une étroice prifon.
Macuin n'ayant retrouvé le lendemain aucune trace de fon Bâtiment,
conclut qu’il étoit coulé à fond. Cette nouvelle difgrace répandit la .confter-
nation dans fa troupe, & fit tant d'impreflion-fur fa compagne, qu'elle n'y
furvêcut pas long-tems. Les premiers malheurs qui avoient fuivi fon départ
avoient abbatu fon courage. Elle en avoit tiré de noirs préfages, qui lui fai-
foient attendre quelque funefte cataftrophe. Mais ce dernier coup lui fit per-
dre jufqu'à l'ufage de la voix. Elle expira deux j :: après, fans avoir pû
prononcer une parole. Son Amant pénétré d'un accident fi tragique ne vécut
que cinq jours après elle, & demanda pour unique grace à fes amis de l’en-
terrer dans le même tombeau. Ils avoient creufé fa foffe au pied d’une for-
te d'autel, qu’ils avoient élevé fous le grand arbre. Ils y placèrent auñi le
m:.eureux Machin; & mettant une croix de bois fur ce trifte monument,
Is y joignirent une infcription qu'il avoit compofé lui-même & qui conte-
noit en peu de mots fa pitoyable avanture. Elle finifloit par une prière aux
Chrétiens, s’il en venoit après lui dans le même lieu, d'y bâtir une Eglife fous
le nom de Yefus Sauveur.
‘APRÈS la mort du Chef, le refte de la Troupe ne penfa qu’à fortir d'un
lieu fi défert. Tous les foins furent employés à mettre la Chaloupe en é-
tat de foûtenir une longue navigation; & l’on mit à la voile, dans la vûe,
s’il étoit pofible, de retourner en Angleterre. Mais la force du.vent où
jignorance des Matelots ayant fait prendre la: même route que le Vaif-
feau, on alla tomber fur lamême Côte, & l’on n’y effuya pas un meilleur fort.
Les prifons de Maroc étoient alors remplies d'Efclaves Chrétiens de tou-
tes les Nations, comme celles d'Alger le font aujourd'h@i. Ils’y trouvoit
un Efpagnol de Séville, nommé. Jean de Morales, qui ayant éxercé long-
tems la profeflion de Pilote, prit beaucoup de plaïfir au récit des Prifonniers
Anglois. Il apprit d'eux la fituation du nouveau Pays qu'ils avoient décou-
vert, & les marques de terre auxquelles il pouvoit être reconnu. Ici l'Hif-
torien fe croit obligé de reprendre les circonftances qui conduifirent à la fe
conde Découverte de Madère. JEAN
comm
s en ne
N à
aux s'étoient
.vû des ruif:
fa Maitreffe,
r aller fe ra:
la Chaloupe,
iys leur parut
que celle de
peu lus loin
» de lauriers,
ans un lit de
fic prendre la
des cabanes,
aation. [ Ils yK
e nouvelles dé-
s fujets d’admi-
re du Nord-Eft
arocsoù s'étant
s & renfermé
fon: Bâtiment,
dit la.confter-
ne, qu'elle n'y
vi fon départ
es, qui lui fai-
oup lui fit per-
fans avoir pû
gique ne vécut
amis de l’en-
ied d’une for-
èrent aufñi le
te monument,
& qui conte-
ne prière aux
ne Eglife fous
qu’à fortir d'un
haloupe en é-
dans la vûe,
e du.vent où
ue le Vaif
n meilleur fort.
rétiens de tou
Il s’y trouvoit
éxercé long:
des Prifonniers
hvoient décou-
nu. Ici l'Hif
ifirent à la fe
JEAN
"Chevalier.
DUVÉRENTES PARTIES pg L'AFRIQUE, Liv. V. Car. L Gt
Jman Premier, de Portugal, étant retourné viétorieux des guerres de
iftille, entreprit de pañler en Afrique à la tête d'une puiflante Armée, pour
conquête de Ceuta ” prit efFeétivement en 1415. Il étoit accompagné
ns cette expédition des Infants de Portugal, entre lefquel: Dom Henri, a-
rs Grand-Maître de l'Ordre de Chrift, fe diftingua fingulièrement. Ce
une Prince ayant cultivé l'étude de la Géographie & des Mathématiques,
ouva l'occañon chez les Mores [& les Juifs,] de prendre des informa-
Hons fur les Pays & les Mers, dont ils écoienc environnés. Ce qu'il apprit
d'eux lui fit naître une palion infrmontable pour Îles Découvertes. Après
à réduétion de Ceuta , il fe retira dans la Province des Algarves,où il bätit
Mrés du Cap Saint-Vincent un Fort & une Ville qu'il nomma Terca-Nabal,
ais qui prit enfüuite le nom de #illa do Infante. Il s’y livra fi entièrement à l'éxé-
tion de fes projets, qu'il y deftina d’abord tous les revenus de fon Ordre.
Le principal inftrument fur lequel il jetta les yeux pour une fi noble en-
prife, fut Juan Gonfalvo Zarco, Gentilhomme defa Maifon. La valeur de
arco s'étoit fignalée au Siége de Zeuta, où le Roi l’avoit revêtu de la dignité de
€ On prétend qu'il introduifit le premier l’ufage de l'artillerie fur
és Vaifleaux. Il avoit découvert, en 1418, l'Ifle de Puerto-Santo, dans un
voyage qu'il faifoit pour trouver le Cap de Bojador ; deux ans après, il pañla
8 Détroits par ordre du Roi Jean, pour aller croifer fur les Côtes d’Afri-
de. Mais il faut remarquer ici que dès l'an 1416, Dom Sanche, dernier ils
MRoi Ferdinand d'Arragon & Grand-Maître de l'Ordre de Calatrava, avoit
dé en mourant une groffe fomme d'argent pour la rédemption des Captifs.
prés quelques délais, on fit partir d'Efpagne un fif}, chargé du legs & de
écution des volontés du Prince. Quantité d'Efclaves Chrétiens fortirent des
ons de Maroc. Jeun de Morales (f) qui fut de ce nombre, pañloit avec
autres d'Afrique à Tarif Jorfque la Flotte de Zarco traverfoit le Détroit.
B deux Couronnes, fans être en guerre ouverte, avoient quelques diffé-
ds qui autorifoient le Commandant Portugais à fe faitir du Foift. Cepen-
E la cargaifon n'ayant pû lui infpirer que de la pitié, il rendit la liberté
Me Bâtiment & ne retint que Morales, après lui avoir reconnu affez d’ha-
+4 bileté
OM 11 faut avouër que l’objeétion qui naît
déontre la vérité de cette Hiftoire, cft diffici.
à lever. On nous a raconté qu'après la mort
Machin, fes Compagnons partirent aufli-
06} & trouvèrent Jean de Morales dans les
Mons de Maroc. Or fi l'on fuppofe, comme
aamano le rapporte d'apiès les Chroniques de
Aile, que la découverte de Machin arriva
re É l'an 1344, il faut que la prilon de Mora-
pn'ait pas duré moins de foixante fcize ans
Qu au tems qu'il rencontra Z ::co. L’interval-
groit encorc plus long , G l’ivantare de Ma-
| Étoit arrivée dès l2 1326 , comme Herbert
grit. L’Auteur même de certe Hittoire place
ct événement fous le Régne d'Edouard III s
M commença en 1327 & qui finit en 1378.
Mis en nc le rapportant qu’à la dernière année
ce Règne » Ce feroit toüjours quarante-deux
qu'il ‘audroit accorder à la prifon de Ma-
clin; ce qui eft non-feulement peu probable,
mais contraire au fens de l'Hiftorien, qui femm-
ble mettre un efpace fort court entre les deux
événemens, & contraire encore à la Chroni-
que , qui dit expreffément que Machin paña lui-
même en Afrique, & qu'il fut préfenté enfui-
te au Roi de Caftille. A la vérité cette fuppo-
fition de la Chronique peut pañler pour l’inven-
tion de quelque Efpagnol, quia cru fortifier
alors les” préténtions de l'Efpagne fur Madère ;
mais la première objeétion demeure dans tou-
te fa force. On n'y voit même aucune autre
réponfe , que de dire, ou que Morales avoit
bleffé la vérité en déclarant qu'il fçavoit des
Angiois mêmes ce qu’il n’avoit appris que par la
tradition des autres Efclaves ; ou qu'Alcafora-
do n'a pas rapporté fidellement ce qu'il tenoit
de Morales.
13
ALCAroRADO,
1421.
Caufes de la
feconde Dé-
couverte de
Madère,
Gonflvo
Zarco, princi-
pal inftrument
du PrinceHen-
ri de Portugal,
Comment il
rencontre]ean
de Morales,
VA
ä
« À
6e VOYAGES DES ANGLOIS EN
bileté pour le croire capable de fervir le Prince Henri dans fes deffeins. 14
violence n'eut aucune part à cette nouvelle captivité. Morales n'apprit la
caufe de fa détention que pour en marquer de la joye, & s'offrir volontaire. M
ment au fervice du Prince de Portugal. 11 s'emprefla même de communique
à Zarco l'efpérance qu'il avoit de fe faire coniidérer tout-d’un-coup par des M4
ouvertures importantes; il parla de la nouvelle Ifle que les Anglois avoienr "lEepen
découverte, & l'hiftoire des deux Amans ne fut pas oubliée. “Banto
Zarco charmé de ce qu'il entendoit , n'eut rien de fi preffant que de re. Mr l'oi
tourner à Tarca Nabal, pour faire un fi riche préfent à fon Prince. Mo.
rales fut reçu comme un envoyé du Ciel. A peine eut-il expliqué fes pro
ofitions, que Henri dépêcha [Zarco & Morales] au Roi fon Père, pou
fui en relever les avantages, & demander la permiffion de les éxécuter,
Erces trouvèrent des obitacles à la Cour, par l'oppofition fecrete de quel
ques ennemis du Prince. Mais, fur les informations de Zarco, il s'y rend;
lui-même, & fa préfence fit évanouir aufli-côt les difficultés. Le tems de l'ex
pédition fut marqué au mois de Juin, & les ordres donnés pour l’équipemer:
d'un Lon Vaifleau, accompagné d'une Chaloupe à rames, fuivant l’ufage di
tems. Zarco fut nommé pour commander cette petite Flotte. Il prit avec li
le Capitaine Jean Laurence ; François de Cardaval (g), Ruy Paës, Alvares A2
fonfo, François Alcaforado Auteur de cette Relation; & deux habiles Pil: "fi
tes, Antoine Jago, & Lorenzo Gomez. b.
Zarco toucha dans fa route à Puerto-Santo, où les Portugais, qu'il y avoi
laiflés deux ans auparavant, lui racontèrent comme une vérité conîtante,
qu’au Nord-Eft (4) del'Ifle, on voyoit fans ceffe des ténébres impénétrables
qui s’élevoienc de la Mer jufqu'au Ciel ; que jamais on ne s’appercevoit qu'ells
diminuaflent, & qu’elles paroifloient gardées par un bruit effrayant qui venoi
de quelque caufe inconnue. Comme on n'ôfoit encore s'éloigner de la terre, -
faute (i) d’Aftrolabe, & d’autres inftrumens dont l'invention eft poftérieure,
& qu'on s'imaginoit qu'après avoir perdu la vûe des Côtes, il étoit impoñtibk
d'y retourner, fans un fecours miraculeux de la Providence ; cette prétendu
obfcurité pafloit pour un abîme fans fond, ou pour la bouche même de l’Enf*
Les Ecrivains qui s’attribuoient plus de lumières, foûtenoient que c’étoit ,'ar
cienne Ifle de Cipango, que le Ciel fe plaifoit à tenir © :chée fous un voile my!
térieux , dans laquelle on étoit alors perfuadé que les Evêques Efpagnols {
Portugais s’étoient retirés avec d’autres Chrétiens, pour fe garantir de l’efck
vage & de l'oppreflion des Mores, [ & des Sarrazins.] Ils ajoûtoient qu:
ne pouvoit entreprendre fans crime de pénétrer dans un fecret fi divin, pui
qu'il n'avoit point encore plû au Ciel de faire précéder cette découverte Es
ë
des fs
Be M
0 Le
s jug
ouV a
ALCAFORADO,
1421.
il le mene au
Prince Licnri,
Obflacles le-
v'és,
Dépt pour
la découverte
de Madcre.
Opinions fa-
buleufes fur
cette [fle,
(æ) Angl. Yrançois de Carvalail. KR. d. E. awtre côté, il eft clair par le même endnt
(b) Ce devroit être au Sud-Oueit, qui eft
la fituation de Madère par rapport à Puerto-
Santo.
(i) Si cette remarqueeft véritable, voici la
décifion d’un point fort contefté, puifque l'Au-
teur déclare que les inftrumens néceffäires à la
Navigation n'étoient pas encore inventés en
1418 & 1420, lorfque Puerto-Santo & Madè-
re furent découverts par les Portugais. D'un
qu'ils furent inventés quelques années apr
cette découverte, puifqu'ils l'étoient loriqu
l’'Auteur compofa fa Relation; à moins quo
ne veuille fuppofer que c’eft une interpolitin
de DomFrancifco Manuel, comme onl'afil
remarquer dans les Remarques préliminairé.
ou de quelqu'un qui avoit eu le Manul'
avant lui. { On verra dans la fuite quelg
exemples de femblables additions. ]
°N
s deffeins. l1
es n'apprit la
rir volontaire.
communiquer
1-coup par des
nglois avoient
int que de re.
Prince. Mo:
pliqué fes pro
on Père, pou
les éxécuter,
fecrete de quel
co, il s’y rendi
e tems de l'ex
ir l'équipemer:
vant l'ufage di
Il prit avec li:
Ës, Alvares À!
ux habiles Pile
ais, qu'il y avoi
érité conftante,
| impénétr'ables
ercevoit qu'ells
ayant qui venot
ner de la terre, -
eft poftérieurt,
étoit impoflibk
cette prétendu
ême de l'Eni*
que c’étoit at
us un voile my!
es Efpagnols {
rantir de l’efch:
hjoûtoient que:
t fi divin, pul
découverte F
k
bar le même endii!
iques années ap
‘ils l'étoient lorlqi
tion; à moins qui
ft une interpolititi
1, comme onl'ali
krques préliminaire
oit eu le Manuk”
ns la fuite quelqi
additions. ]
DIFFERENTES PARTIES png L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar. L 63
Be Miracle.
0 Les a ruiaue de Moraies firent méprifer à Zarco ces faufles terreurs.
s jugèrent tous deux que les ténèbres dont on vouloit leur faire un fujet d'é-
ouvante, étoient au contraire la marque certaine de la terre qu'ils cherchoient.
ependant aprés quelque délibération, ils convinrent de s'arrêter à Puerto-
Banto jufqu'au changement de la Lune, pour obferver quel effet il produiroic
Ar l'ombre. La Lune changea, fans qu'on s'apperçût de la moindre altération
lans ce Phénoméne. Alors tous les Avanturiers furent faifis d'une fi vive ter-
ur qu'ils auroient abandonné leur entreprife, fi Morales n'étoit demeuré
rme dans fes idées, foûtenant toûüjours d'après les informations qu'il avoit
çûes des Anglois, que la terre qu'on cherchoit ne pouvoit être bien loin. I]
ifoit comprendre à Zarco que cette terre, étant fans ceffe à couvert du Soleil
ar l'épaiffeur de fes forêts, il en fortoit une humidité continuelle, qui pro-
ifoit cette nuéc épaifle , l'objet de tant de craintes & de faufles imaginations.
0 ENrin Zarco, ne confültant plus ue fon courage, mit à la voile un jour au
latin, fans avoir communiqué fa réfolution à d'autres qu'à Morales; & pour
laifler rien manquer à fa découverte, il tourna direétement la proue de fon
Maifeau vers l'ombre la plus noire. Cette hardieffe ne fit qu'augmenter les
larmes de fon Equipage. A mefure qu'on avançoit, l'obh
s épaifle.
: l'étendue de l'horifon. Ce nouveau danger redoubla fi vivement la
Mycur publique, que tous les Matelots pouflérent de grands cris ; en fuppliant
MMCapiraine de changer de route & de leur fauver la vie. Il les affembla d’un
ge ferme, & par un difcours prononcé avec le même courage il leur inf-
a une partie de faréfolution. L'air étant calme & les Courans fort rapides
t conduire fon Vaifleau au long de la nuée par deux Chaloupes. Le bruit
voit de marque pour s’avancer où fe retirer, fuivant qu'il paroifloit plus ow
ins violent. Déjà la nuée commençoit à diminuer par degrés: Du côté de
elle étoit fenfiblement moins épaifle, mais les vagues ne ceffoient pas
aire entendre un bruit terrible. On crut bientôt découvrir au travers de
curité quelque chofe de plus noir encore, quoiqu'a la diftance où l’on
@, il fût impoflible de le diftinguer. Quelques Matelots aflurèrent qu'ils
Oient apperçu des Géans d'une prodigieufe hauteur. Ce n’étoient que les
f@thers, qu'on vit bientôt à découvert. La mer s’éclairciffant enfin, & les
ggues commençant à diminuer, Zarco & Morales ne doutérent plus qu’on ne
Le Le la Les Ils la virent prefqu’auñlitôt, lorfqu'ils n'ôfoient
Li sh se re. ne joye des Matelots fe conçoit plus aifément qu'elle
primer. Le premier objet qui frappa leurs yeux fut une petite
les fignes qui font annoncés dans les anciennes Prophéties, [ qui parlent de Arcyror:no.
2 £.
142
Difficuirés
qui n'arrètes
point Zarcço!
#
+
Morales,
Approche du
à à ÿ re il C: AU
curité paroifloit peu, Vers
e. Elle devint fi terrible qu'on Ofoit à peine en foûtenir la vûc. frayeur des
rs le milieu du jour en entendit un bruit terrible, qui fe répandoit dans Matelots.
ifle , &
Première
di 11 e £ - 4 , .
Pinte, que Zarco nomma la pointe de Saint-Laurent. Après l'avoir dou- ve dela terre,
4 es Mrs ge vûe d’une terre qui s'étendoit en montant; & l’om-
Es ait difparu, la perfpective devint charmante jufqu’aux mon-
re Fe re dans une Chaloupe, avec Jean de Morales, pour
Mega. let s M son dans une Baye, qu'ils trouvèrent con-
ne iptuon que Morales avoit reçûe des Anglois. Etant defcen-
ivage, ils découvrirent fans peine le monument de Machin, & les
autres
Ruy Paës &
ean de Mora-
Fe y defcen-
dent les pre-
miers.
64 VOYAGES DES ANGLOISEN
Aucaronano, Autres marques qu'ils s'attachèrent à diftinguer, [ Après avoir fatisfait leur
1421. piété au tombeau des deux Amans, ] ils portérent ces heureufes nouvelles y
aiffeau. Zarco prit poñléflion du Pays au nom du Roi Jean & du Prines
Dom Henri, Chevalier & Grand-Maître de l'Ordre de Chrift, Enfüite rap.
portant fes premières vûes à la Religion, il fit élever un nouvel autel ph |
du Tombeau de Machin. La datte de ce grand événement eft le 8 de
let, jour de Sainte Elifabeth. |
PRES LE premier foin des Avanturiers Portugais , fut de chercher dans le Pays,
ns line, des Habitans & des Beftiaux. Mais ils n'y trouvèrent que des oifeaux de diver.
fes efpèces, & fi peu farouches qu'ils fe laifloient prendre à la main. On réfolu
de fuivre les Côtes, dans la Chaloupe, Après avoir doublé une pointe i
l'Oueft, on trouva une Plage où quatre belles rivières venoient fe rendre dan
la Mer. Zarco remplit une bouteille de la plus belle eau, pour la porter x
Prince Henri. En avançant plus loin , on arriva dans une Vallée arrofée par une
autre rivière. Plus loin encore, on trouva une feconde Vallée couverte d'ar.
bres, dont quelques-uns étoient tombés. Zarco en fit une croix, qu'il élen
fur le rivage, & nomma ce lieu Santa-Crux. Un peu au-delà, ils palèren
une Pointe qui s’avançoit affez loin dans la mer, & la trouvant remplied'"
rand nombre de geais, ils lui donnèrent le nom de Pauta dos Gralhoï, qu'els
e conferve encore.
CzrrTe pointe, avec une autre langue de terre, quien eft à deux lieut,
forme un Golphe, alors bordé de beaux cèdres, au-delà duquel Zarco décou
uil
vrit encore une Vallée, d’où fortoit une eau blanchâtre qui formoit un gran! à à
baffin avant que d'entrer dans la Mer. Tant d’agrémens naturels engagéren
Zarco à faire defcendre encore une fois fes gens pour pénétrer plus Toin dan
les terres. Mais quelques Soldats chargés de cet ordre revinrent bientôt li
SR den apprendre qu'ils avoient vû de tous cotés la Mer autour d'eux, & par conf
verte eftune quent qu'ils étoient dans une Ifle, contre l'opinion de ceux qui avoient pri
lc. cette terre pour une partie du Continent d'Afrique.
Zarco ne penfa plus qu'à choifir dans l'intérieur du Pays quelque lia
propre à s’y établir. Îl arriva dans une campagne aflez vafte, & moins cow
verte de bois que les autres cantons, mais fi remplie de fenouil que la Vilk
qu'on y a bâtie depuis, qui eft devenue la Capitale de l'Ifle, [& la Métropo
le de tout l'Orient pour le REREL en a tiré le nom (4) de luncha’. La , tro
belles rivières fortant de la Vallée& s’uniffant pour fe jeter dans la mer, for
ment deux petites Ifles, dont la fituation tenta Zarco d'en faire approche
Divers licux fon Vaifleau. Enfüite il continua fa route par terre jufqu'à la même pointe
qu'il vifite& Gil avoit vûe au Sud, où il avoit planté une croix. Il découvrit, au-de
qu'ilnomme. : ù 5: . HÉT ; AP Spa
à la un rivage fi doux & fi uni qu'il lui donna le nom de Playa formofa, U
peu plus loin, il fut arrêté par un ruifleau d'eau claire, mais fi rapide, qu
deux de fes gens ayant entrepris de le pañler à la nage, furent emportés pa
le
(k On trouve ici dans cette Relation une le feizieme fiécle; on autour de l'an 1500: &
remarque fur Kunchal, qui prouve clairement ce ne fut encore que plufieurs années aprés
qu'on a fait quelques additions aux Manufcrit que l’Archevêque des {mdes y fit fa réfidenct:
d'Alcaforadé: car l'Auteur n’a pû parler deplu- & cependant c'elt à cette réfidence qu'il
fieurs chofes qui n'arrivèrent qu'environ qua- faitallufion dansces mots, 14 Métropole de ti
trevingt ans après, telles que l’éreétion de l'Orient pour le fpirituel.],
> L'unchal en Evêché, qui n’a eu lieu que vers
È Muppofe el
L
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& du Prine
Enfuite rap.
ft le 8 de Juil
vel autel pris
] Mranc coupée par l'eau Ge la mer, formoit une forte de Port. Ilcrut y décou-
dans le Pays,
eaux de diver.
in. Onréloln
une pointe i
fe rendre dans
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irrofée par une
couverte d’ar
x, qu'il élev
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nt remplie d'un
Gralhos, qu'e:
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La Métropole de LI
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“Blus vive, que ju
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V, Cuar. L 6
Courant, & n'auroient pû éviter de périr s'ils n'eufenc été promptem:nt
courus. Cet accident fit nommer le ruiffeau Soccoridos ; caufe plus heureufe
ue celle qui a fait nommer Ægraviados une rivière de la Mer Arabique dont
ke: Liiftoriens Portugais (7) font mention.
EN continuant fa mar he, Zarco s approcha d'une pointe de rocher, qui
rir les traces de quelques animaux; ce qui rendit fa curiofité d'autant (m)
qu'a ors il n’en avoit point ençore appérçu. Mais il fut
entôt détrompé en voyant fauter dans l’eau un grand nombre de Loups-Ma-
s. Ils fortoient d'une caverne que l'eau avoit creufée au pied de la mon-
lgne, & qui étoit devenue comme le rendez-vous de ces animaux. Cette
Écouverte fit donner à Zarcole furnom de Camera dos Lobos , qui s'eft tranf-
is (n) à fa poftérité, [de la même manière que Scipion & Germanicus ont
é des furnoms des Provinces qu'ils avoient conquifes.]
Les nuées devinrent fi épaiffes dans cet endroit, que faifant paroître les
chers beaucoup plus hauts & trouver quelque chofe de plus terrible au bruit
s vagues qui venoient s'y brifer, Zarco prit la réfolution de retourner vers
On Vaifleau. 11 fe pourvut d'eau, de bois, d'oifeaux & de plantes de l'Ile,
Our en faire préfent au Prince Henri; & remettant à la voile pour l'Euro-
, il arriva au Port de Lisbonne vers la fin du mois d'Août 1420, fans a-
ir perdu un feul homme dans le voyage.
Le fuccès d'une fi belle entreprife lui attira tant de confidération à la Cour
Portugal, qu'on lui accorda publiquement un jour d'audience, pour faire
récit de fes découvertes. Il préfenta au Roi plufeurs troncs d'arbres d’une
offeur extraordinaire; & fur l'idée qu'il donna de la prodigieufe quantité
forêts dont il avoit trouvé l’Ifle couverte, ce Prince la nomma l'Îfle Ma-
e. Zarco reçut ordre d'y retourner au Printems, avec la qualité de Capi-
ne ou de Gouverneur de l'Ifle; titre auquel fes defcendans joignent aujour-
i celui de Comte Q
E fecond voyage fe fit au mois de Mai de l’année 1421. Zarco partit ac-
pagné de fa femme, Conftance Rodrigue de Sa (d'autres difent d'Almey-
) de Juan Gonfalvo fon fils aîné, & de fes deux filles, Hélène & Béatrix.
trouva fon Ifle en peu de jours. La Rade où il aborda n'étoit encore dif-
HRBUCE que par le nom de Port Anglois ; mais il la nomma Puerto Machino,
DOÙ faire honneur à la mémoire de l'infortuné Machin; & la Ville qui s’y
ef formée depuis, a confervé le nom de Machmoou Macbhico. En def-endant
aÿ rivage, il fit abbatre le bel arbre fous lequel étoient les autels & le tom-
au dont on a parlé; & l'ufage qu’il en fit aufli-tôt fut pour bâtir une Egli-
» qu'il dédia à Fefus Sauveur, fuivant les intentions de Machin qui fubfif-
W@ient encore dans fon épitaphe. Il donna aux triftes reftes des deux Amans
me fépulture honorable dans le chœur.
\
APRÈS
… (o dog réflexion fur la Rivière de los A+ nimaux.
Buiados , vd le Golphe Arabique , efk une (n) On reconnoit encore ici une interpola-
tre interpolation ; puifque l'événement qu'el- tion.
È Muppofe eit poftéricu
couverte de Madère,
DC") Machin avoit vû différentes fortes d'a-
ON III, Part. * I
x 0"
de cent vinge ans à la (0) C'eft encore ici vrai-femblablement une
autre interpolation,
Aicaronae,
1421,
Camera de
Lobos,
Raifons qui
arrêtent Zar-
co,
Il retourne en
Portugal, Ac-
cueil qu'il y
reçoit,
L'Ifle eft nom-
mée Madère,
Son fecond
voyage à Ma-
dère,
Port nommé
Machico. E-
glife bâtie,
66 VOYAGES DES ANGLOISEN EH :
Aucuronino, APRÈS avoir accordé fes premiers foins à la Religion, ilehoifir pour! ; "ence
1421, tabliffement de fa Colonie, l'endroit de l'ifle qui lui avoit paru le plus com ite «
Fondations mode & le plus agréable. C'étoit unebelle Vallée, où l'eau fraîche dtoico “463.
de Funchal, abondance. Î y jetta les fondemens d'une Ville qui fut nommée Funchal,& "f Le
qui devint bientôt fameufe, Conftance fa femme, en dédia le premier A rodué
tel à Sainte Catherine; ce qui fe trouve néanmoins contraire uu récit de Br
ros, qui fuppofe deux Eglifes bâties à Funchal avant celle-ci. Cette erre
du Tite-Live de Pong] rend fort fufpeét vout ce qu'il raconte enfuite «,
feu qu'on employa pour détruire les forêts, & qui s'y entretint pendant fy
ans; d'autant plus que Madère n'a jamais été fans beaucoup d'arbres, quo
, se en ait abbatu un fort grand nombre pour les Manufaétures de fücre,
ont on a vû jufqu'à cent cinquante à la fois.
Autres dipo- Après la mort du Roi Jean, Edouard fon Fils & fon fuccefleur accori
fitions en fa qu Prince Henri les revenus de cette Ifle pour tout le tems de fa vie, «
eur du Prin. qédommagement des fommes qu'il avoit avancées pour la découvrir &
ce Henri, ; 3 k
eupler. Cetce donation fe fit à Cintra par un Aéte folemnel, le 264
Récompente Septembre 1433; & par le même motif, l'autorité fpirituelle fut accord ombu
de Zarco, perpétuellement à l'Ordre de Chrift. Alphonfe, fucceffeur d'Édouard , commodité
firma ces difpofitions en 1439. À l'égard de Juan Gonfalvo Zarco, dos es deu
le mérite & les fervices méritoient aufli des récompenfes, les Princes fe archa
Maîtres changéèrent fon nom & fes armes. Il fut revêtu du titre de Con 8 pren
te, avec le nom de Camera dos Lobos, en mémoire de la caverne qu'il: en for
voit découverte; & pour armes, il prit [fur un champ definople] unecos “Re le c
d'argent fupportée par deux Loups-marins & chargée d’une croix d’or, & hange
Defcendans confervent encore le même nom & les mêmes armes. [( M cn
or. \:
changement d'armes ne doit pas paroître fort furprenant, puisqu'on chi
gea aufñli celles de Portugal, qui étoient auparavant d'Argent, à une Cr “Rental
Povu
bbteni
UD OL LCD DUT SN LL LOL CE LL LUCE) 00
CHAPITRE IL + Le
tré
d'Azur. ]
Voyage d'Aluife da Cada Mofio , au long des Côtes d'Afrique jujqu'é
Rio grande , en 1455.
Capa OUS avons deux voyages de Cada Mofto, qui fe trouvent dans k
Mosro. Colleétions de Ramufio & de Grynæus; l’un, aux rivières de Sans
:. el es 00 Sénégal; de Gambra, ou Gambia; & de Rio grande. L'autre à la mt
préliminaires me Côte d'Afrique & aux liles du Cap-Verd.
fur les voya- CES deux Ouvrages ayant été [vrai-femblablement] compofés en Italien,
ges de Cada Ramuño nous les a confervés dans la même langue; mais Grynœæus en a dor
né né une Traduétion Latine, qui différe de l’Original dans plufeurs points €
fentiels, [& fur-tout dans les dattes. | Par éxemple, l'Italien fait partir l'A
teur de Venife ,en 1454, & la Traduétion en 1504. On juge aifément qui
de part ou d'autre l'erreur vient de l’Impreffion, & l’on eft d’abord portti
croire, que c'eft l’Imprimeur du Latin qui doit être accufé de cette négl:
genc
EN
choifir pour l',
1 le plus com
fraîche étoit [a
née Funchal,&
le premier À
uu récit de Bu
, Cette errer
onte enfuite &
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d'arbres, quo
ures de fucr,
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Île fut accord
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les Princes fs
a titre de Con
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d’abord porté !
de cette négl:
gence
jeurs points € MM
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Lav. V. Cnur, IL, 67
ence. Mais la conjeéture fe change en certitude, lorfqu'on obfèrve en-
ice que le Prince Henri, par qui Cada Mofto (a) fuc employé, mouruten
1:01
, Le deux voyages font précédés d'une Préface de l'Auteur, & d'une In-
roduétion compofée par celui qui a pris foin de les recueillir. On lic dans
à feconde de ces deux piéces qu'Aluife da Cada Mofto fur le premier qui dé-
ouvrit les Iles du Cap-Verd, quoique les Portugais attribuent l'honneur de
Mere découverte, douze ans auparavant, à (5) enis Fernandez, un de leurs
ompatriotes, On fit d'autant plus de cas des voyages de Cada Moito,
qu'ils furent publiés, que les Anciens ayant repréfenté les Pays voifins de
Ligne comme une Région inhabitable , il apprit au contraire à fes Leéteurs
j'elle étoit couverte de verdure & remplie d'Habitans, D'un autre côté,
s'imagina que fes découvertes voient être d’une utilité confidérable
our le commerce, Ramufo paroît avoir été perfuadé que par les rivières
Sénégal, & de la Gambra (ce) qu'il prenoit pour des branches du Ni-
r, on pouvoit s'ouvrir un commerce facile avec les riches Contrées de
Æ'ombuto & de Melli, & faire ainfi pañler l'or en Europe avec plus de com-
modiré & de diligence, que par les vaftes & dangereux déferts qui féparent
ee deux Régions de la Barbarie, Comme le fel, fuivant Leon, étoit la
archandife Ja pe précieufe qu'on pôût porter aux Négres, on fe de cg
prendre du {el dans l'Ifle de Sa/, qui eft une des iles du Cap-Verd, &
en fournir tous les Pays qui bordent le Niger, dont on ne fuppofoit pas
e le cours eut moins de cing-cens milles, On efpéroit d'en tirer, pour
hange , de l'or & des Efclaves; & tandis que l'or pañleroit en Europe,
Efclaves devoient être tranfportés au marché de Saint-Jago , autre Ifle du
«Verd , d'où il feroit aifé de les conduire immédiatement aux Indes Oc-
lentales.
Pour entreprendre un fi beau commerce , il auroit été néceffaire alors
bbtenir le confentement des Portugais, qui étoient maîtres de toute cette
te d'Afrique, jufqu'à plufieurs degrés au-delà de la Ligne. Ramuño,
t je rapporte ici les raifonnemens, jugeoit qu’il y avoit peu de diflicul-
puifque tous les Européens avoient la Derralilion de porter leur commer-
[à lle de St. Thomas, qui eft fous l’Equateur , c’eft-à-dire ] jufqu’à
Burémité de la Guinée, Cependant comme les Portugais mêmes n'en n’a-
Y@ient point encorc entrepris de cette nature, il cherchoit par quels moyens
à y pouvoit parvenir. Les Anglois l'ont tenté plufieurs fois; mais les ob-
lacles qu'ils y ont trouvé marquent aflez, que fi le fuccès n’eft pas impofi-
ble, il n'eit pas auffi facile que Ramufio fe l'imaginoit. D'ailleurs il fuppo-
Ait Une Communication entre le Niger & les autres rivières qui tombent dans
0m mer Occidentale ; opinion combattue par tous les Voyageurs de quelque
æéputation, Moafieur de l’Ifle l’a rejettée lui-même dans ces derniers tems ;
fa dernière Carte d'Afrique repréfente le Sénégal, la Gambra & le Niger
omme des fleuves abfolument féparés.
Capa Mofto, dans fa Préface, après avoir fait l’Apologie de fon Ouvra-
ge
#4 Cnna
Mosvo
1454.
Imaginations
de Kamutio
furle Com:
Murce,
Défauts de
fon projet,
fl
N . A +
\® Ramufo écrit toüjours Aluife da Cada
PA < b) Voyez le Chapit. I. d .
Moño, | Aluife cftle même nom que Louis]. MS RS
(ce) Angl. & de Rio Grande, KR. d. E,
Zoo
oO:
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ii
Tes
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25
P,
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x
Cana
MosrTo.
1454.
Eloge du
Prince Henri
de Portugal
par Cada
Mofto,
Ardeur in-
vincible de ce
Prince pour
les Découver-
tes,
Age de Cada
Mofto, & fes
vûes en coim-
mençant fes
Voyages.
68 VOYAGES DES ANGLOIS EN
ge & déclaré de s'attache inviolablement à la vérité, parle de l’Infant Enri-
quez, c’eft-à-dire du Prince Henri, premier Auteur des découvertes. Il
loue là grandeur d’ame de ce Prince, l'élévation de fon génie & fon habi-
leté dans toutes les connoiffances Aftronomiques. 11 ajoûte qu'il fe livra tout
entier au fervice de la Religion, en faifant la guerre contre les Mores, &
ue fes Exploits lui acquirent une immortelle-rgputation. Le Roi Jean fon
ère, étant au lit de la mort en 1432, le fit appeller, & lui recommanda
de ne jamais abandonner l'héroïque réfolution de pourfuivre les ennemis de
la fainte Foi. Ce généreux Prince engagea fa parole; & pour la remplir
refqu'auffitôt, il entreprit avec Dom Edouard fon Frère, & fuccefleur de
jus, cette fameufe guerre contre le Royaume de Fez, qui dura plufieurs
années. Son zéle ne fe relâchant point contreles Mores, il fit partir, chaque
année fes Caravelles pour croifer fur les Côtes (4) d'Azafñi, & ke Meffa; mais
n'étant pas moins pailionné pour les découvertes, il joignoit à cette Commif-
fion celle d'avancer fans cefle au long de la Côte. Elles pouffèrent en effet
jufqu’au grand Cap qu'on a nomméle Cap de Non ( cp & qui n'a tirécenom
que de l’impofñlibilité qu’on fe figuroit à pénétrer plus loin. Cependant le Prin-
ce Henri, qui penfoit autrement, ajoûta trois Caravelles au nombre qu'il a-
voit jufqu’alors envoyées. Elles pa érent le Cap d’environ cent milles; &
n'ayant trouvé au-delà que des Côtes fabloneufes & défertes, elles revinrent
fur leurs traces.
Leur progrès n'ayant fait qu'encourager le Prince, il remit la même Flotte
en Mer, l’année fuivante, avec ordre d'avancer cent cinquante milles de plus,
& d’aller auffi loin qu’il feroit poffible, en promettant d'enrichir par fes bien-
faits tous ceux qui tenteroient cette entreprife. Ils partirent; mais tout leur cou-
rage & leur refpeét pour les ordres du Prince ne purent leur faire pouffer plus
loin leurs Découvertes. Cependant la force de fon jugement ne lui faifoit pas voir
avec moins de clarté, qu’on devoit trouver de nouveaux Pays & de nouvelles
Nations. Ilne fe laffa point d'envoyer des Caravelles, jufqu’a l’heureux tems
où l’on découvrit enfin certaines Côtes habitées par les Arabes du défert, &
par les Azanaghiz, Nation farouche & bazanée. Ainfi les Négres ayant été
découverts, on continua de découvrir fucceflivement lesautres Nations, com-
me Cada Mofto va nous l'apprendre. Tel eft le fond de fa Préface.
-IL raconte enfüite qu'il étoit âgé de vingt-deux ans lorfqu’il entreprit fon
voyage; qu'il en avoit déja fait plufieurs dans quelques parties de la Méditer-
ranée , & celui de Flandres, qu'il s’étoit propofé de recommencer pour tra-
vailler à fa fortune; car il ne défavoue pæ qu'avec le deffein d'employer fa
jeuneffe, fon principal objet ne fût d'acquérir des richeffes & des dignités.
Ce qui donne beaucoup de prix à fes Relations, c’eft qu'elles font les plus an-
ciennes qui nous reftent des Navigations Portugaifes. S'il y en a quelques-unes
qui les ayent précédées, ce ne font que de courts extraits & de fimples abrégés
donnés par les Hiftoriens, qui ne méritent pas lenom de Journaux de Voya-
geurs. Cada Mofto étoit un homme d’efprit & d'intelligence, qui a LE un
ufage
{d4) Zañ, ou al Safi. |
(e) Faria prétend que le Cap Non fut dou-
blé & celui de Bojador découvert en 1415,
c'elt-à-dire, plufieurs années avant la mort du
Roi Jean. Voyez le Chap. I. de cet Ourræ€-
Onrend compte ici dela Préface de Cada Mol
to, fans s'attacher à l'éxaétitude de lo Chro-
nologie,
zalez f
qui éto
Voyag
du fuc
… Portuga
) avantag
quelque
Vénitie
+ fentiren
…. accordo
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res, &
an fon
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mis de
remplir
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lufieurs
chaque
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en effet
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qu'il a-
les; &
vinrent
1e Flotte
de plus »
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eur cou-
fer plus
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Ux tems
fert, &
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AS » com-
eprit fon
éditer-
our tra-
loyer fa
di nités.
plus an-
ues-unes
abrégés
e Voya-
fait un
ufagc
Ou: rme€-
ada: ol:
» |9 Chro-
pas fuiv
tugal,
i] s’étoit retiré volontaire
ufage continuel de ces deux quali
ues circonftances fur lefquelles
les Marchands d'Afrique,
l'être, nous n'avons pas
fien. On y trouve
d'or de Tombuto
“ nos derniers Voyageurs: Ce qui marque a
4Ù Ecrivains quij
4 ré donneunei
“Ysdiocres qui rendent co
de J
ra particuliè
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. IL 69
tés dans fon Ouvrage ; & {i l'on excepte quel-
on ne peut douter qu'il n'ait été trompé par
lûpart des Voyageurs font expofés à
us curieux & plus interreffant que le
rement un détail fort inftruétif fur le commerce
& fur fes principales branches, qui ont été fi peu connues de
ÎTez que ce n'eft pas la multitude des
du jour dans les matières obfcures ; & qu'un Voyageur éclai-
dée plus jufte des Pays qu'il a parcourus, que vingt Auteurs mé-
mpte des mêmes lieux. [Dans Grynæus, & dans
Ramulio, ces A font diftingués par des Seétions , que nous n'avons
ies ici.
comme la
ournal p
Cana Mofto, réfolu de retourner en Flandres avec le peu d'argent qu'il
avoit, s'emba
Marco Zeno,
zalez fon Sécretaire , acco
qui étoit alors Confül de fa
Voyages attachoit aufli
du fucre de Madère, du fang de dragon de la même Ifle,
commodités que le même Prince commençoit à tirer des Pays qu'il avoit décou-
MU verts. Aprés diverfes queftions, ils apprirent aux Véñnitiens du Vaiffeau que
À Dom Henri avoit fait peupler plufieurs Îfles défertes, & que les richeffes qu'ils
leur montroient en étoilent déja les fruits. Ils ajoûtèrent que ces effais n’étoient
rien en comparaifon des grandes chofes que le Prince avoit éxécutées ; que de-
puis telle & telle année il avoit pénétré dans des Mers jufqu’alors inconnues,
1 & dans des Pays où fes gens avoient fait des découvertes incroyables ; que les
À Portugais qui s’étoient employés à ces admirables entreprifes avoient tiré des
Ü avantages extrêmes de leur commerce avec les Narions barbares, & gagné
quelquefois jufqu’à mille pour cent. Enfin leur récit parut fi merveilleux aux
épublique en Portugal,
au fervice du Prince. Ils portoient quel
rqua fur une Galère Vénitienne commandée par le Capitaine
de Malte.] Ils partirent de Venife le 8 d’Août 1454.
Les vents contraires qui s'élevèrent près du Cap Saint-Vincent les ayant forcés
de s’y arrêter, il fe trouva que dans le même tems Dom Henri Prince de Por-
vivoit fort près du même Cap, dans un Village nommé Ripo/era, où
ment pour fe livrer à l'étude. Ce célébre Proteéteur
dela Navigation & des Voyageurs, envoya auffi-tôt au Vaiffeau, Antoine Gon-
mpagné d'un Vénitien nommé (f) Patricio Conti,
& que fon goût pour les
es montres
des autres
Vénitiens, que la plûpart des paflagers, & particulièrement Cada Mofto, fe
W fentirent enflamés de la pañlion des voyages.
+ accordoit la liberté de partir, à ceux qui lui offroient leurs fervices. On leur
Ils demandèrent fi le Prince
répondit qu’il ne la refufoit à perfonne. Mais on leur expliqua les conditions
qu'il y mettroit : C’étoit 10. d’équiper & de ch
ou feulement de le charger, parce qu’il fournifloit volontiers des Caravelles.
arger un Vaifleau à leurs dépens ;
20, Que dans le premier cas, il fe réfervoit au retour , la quatrième partie des
biens qu'on rapportoit; & que dans le fecond, il éxigeoit la moitié de la car-
gaifon. 3°.
tous les frais.
(F) Grynæus dit, fans le nommer, que c'étoit un Patricien de Venife,
Que fi le voyage manquoit de fuccès, le Prince fe chargeoit de
| es Mais on prit foin d'affürer, qu'il étoit impoñfible qu'on ne
recueillit pas de grands fruits d’une fi belle entreprife. Gonzalez ajoûta que
Dom
CaDaA
Mosro,
1454
Mérite de
fes Journaux.
Cada Mofto
part de Venifs
& relâche au
Cap St. Vin-
cent.
Rencontre
duPrinceHen-
ri à Ripofera,
CADA
MosrTo,.
1454.
C'ada Mofto
te détermine À
fervir les Por-
tugais,
1455.
[l arrive à
Pucrto-Santo.
Il touche à
Madère,
0 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Dom Henri feroit charmé d'y voir entrer des Vénitiens, & qu'il les traite.
roit avec diftinétion, parce qu'étant perluadé qu'on trouveroit des Epices
dans les Pays dont il avoit commencé la découverte, il fçavoit que les Né-
gotians de Venife étoient plus entendus que toute autre Nation dans le com-
merce [ de cette efpèce de Marchandifes.}
Capa Mofto ne balança point à fe rendre auprès du Prince, qui lui confir.
ma tout ce qu'il venoit d'entendre, & qui augmenta même fon ardeur par
une infinité de nouvelles promeffes. La jeunefle, la curiofité , l'envie de s'en-
richir furent autant d’aiguillons qui ne laiffèrent plus de repos au jeune Voya-
geur. Il commença par s'informer des marchandifes qui convenoient à fes
nouveaux deffeins. Enfuite, étant retourné à bord , il difpofa de celles qu'il
avoit deftinées pour les Pays-Bas; & ne réfervant que ce qu'il crut favorable
à l'expédition qu'il méditoit, il laiffa partir fans lui les Galères Vénitiennes.
Le Prince Henri applaudit beaucoup à fa réfolution, & le combla de careffes
pendant le féjour qu'il fit en Portugal. 11 lui fit équiper une Caravelle d'en.
viron-quatre-vingt-dix tonneaux, dont il donna néanmoins le commandement
à Vincent Diaz, natif de Lagos. Mais Cada Mofto l'ayant chargée prefqu'en-
tièrement à fes frais, ils partirent enfemble le 2 de Mars 1455, avec un vent
Nord-Eft.
Dès le 25, ils arrivèrent à l’Ifle de Puerto-Santo, qui eft éloigné de fix
cens milles au Sud, du Cap Saint Vincent (g). Il y avoit déja près de vingt-
fept ans que cette Ifle avait été découverte. Ils en partirent le 28 de Mars,
& le même jour ils entrèrent dans Monchrico (h) un des Ports de l’Ifle de
Madère, à quarante milles de Puerto-Santo. Dans un tems clair, ces deux
Iles peuvent fe voir l’une de l’autre. Celle de Madère étoit habitée depuis
vingt-quatre ans, par les foins du Prince Henri, qui lui avoit donné pour
Gouverneur Triftan Teffera, & Gonzalez Zarco, deux de fes Gentilshommes,
entre lefquels l'Ifle & le Commandement étoient partagés. Triftan occupoit la
partie où le Port de Manchico ef fitué; & Zarco, celle où il avoit jetté lui-
même les fondemens de Funchal.
MapèrE avoit déja quatre Habitations confidérables ; Manchico , Santa-
Cruz, Funchal & Camera dos Lobos, fans compter d’autres établiffemens
qui commençoient à fe former en différens lieux. On y comptoit alors dix-
huit cens hommes (;) de Milice, & une Compagnie de cent Cavaliers. L'If-
le eft arrofée par huit rivières, qui la traverfent prefqu’entièrement &fur
lefquelles on avoit conftruit des moulins à fcier les planches, qui en fournif-
foient de diverfes fortes au Portugal. Les plus eftimées étoient celles de Cé-
dre & de Naflo, dont on employoit les premières à tous les ufages des Edi-
fices, & les autres à faire des arcs & des bois de fufil (k). Le Cédre reflèm-
ble beaucoup-au Cyprès; mais il rend une odeur extrémement agréable, Le
bois de Naflo eft couleur de rofe & d’une rare beauté. Cada Mofto rend té-
moignage que la vendange fe faifoit alors à Madère vers letems de Pâques,
au plus tard, l’oétave d’après.
IL
(g) On retranche ici de ce Journal la def-
cription de Puerto-Santo, & une partie même
de celle de Madère, qui ont déja trouvé pla-
ce dans le Chapitre précédent.
(b) C'eft apparemment ce que les autres
nomment Machico, ou Manchico.
(5) C'eft-à-dire apparemment de gens ca-f
pables de porter les armes.
CA) Ang. & des Arbalettes, KR. d. E,
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2C un vent
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ent &fur
èn fournif-
les de Cé-
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ire reffem-
Sable. Le
o rend té-
le Pâques,
IL
lue gens c-À
KR, d, LE,
44
teur exce
71
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuur. IL.
IL quitta cette Ifle, pour pre au Sud ; & dans peu de jours il arriva
aux Ifles Canaries, qui font à trois cens vingt milles de Madère, Ilcompte
fept Canaries, dont quatre étoient habitées par des Chrétiens; Lancerota,
Fuerte- Ventura, Gomera & l'erro. Elles avoient pour Seigneur , fous l'auto-
rité du Roi d'Efpagne, un Gentilhomme Efpagnol, nommé Herrera, natif
de Séville. On tranfportoit de ces Iles à Cadix & dans larivière de Séville,
une grande quantité de l'herbe qui fe nomme Orchel où Oricello, pour les
ufages de la teinture. Les peaux de chèvres, le fuif & le fromage faifoient
le refte du commerce. L'Auteur remarque que les Habitans naturels des qua-
tre Ifles foûmifes aux Chrétiens étoient les Canarins, & qu'ils avoientdifférens
Cana
Mosro.
1455.
Il pañle aux
Canarics.
langages qu'ils n’entendoient point entr'eux. Leurs habitations étoient de Etat où ces
fimples Villages, fans fortifications & fans défenfe dans les Plaines, mais fi lfles étoienc
trois autres Iles, qui fe nomment la grande Canarie, Ténérife & Palma
M n'avoient encore que des Idolâtres pour Habitans. Elles étoient mieux peu-
plées que les quatre autres, fur-tout celle de T'énérife, qui eft la plus gran-
2 de, & qui ne contenoit pas moins de quatorze à quinze mille ames. On en
“0U comptoit huit ou neuf mille dans la grande Canarie. Palma n'en avoit qu'un
N petit nombre, quoiqu'elle parût charmante en perfpcétive. Ces trois Ifles é-
tant bien gardées par des Habitans fort courageux , les montagnes d’une hau-
five, & les Places imprenables, il avoit été jufqu’alors impofñfible
aux Chrétiens de s'en rendre Maîtres. T'énérife eft une des plus hautes Ifles
du Monde, & fe découvre de fort loin en mer. L’Auteur fut affüré par quel-
ques Matelots, qu’ils l’avoient apperçue de foixante & foixante-dix lieuës
Efpagnoles, qui font environ deux cent cinquante milles d'Italie. Elle a dans
fon centre une montagne en forme de diamant, d'une hauteur merveilleufe
& toûjours brûlante. Cada Mofto apprit ces circonftances, de plufieurs Chré-
tiens qui avoient été prifonniers dans cettelfle. Il prétend que depuis le pied
‘Me la montagne jufqu’au fommet, il n'y a pas moins de quinze lieuës Portugai-
es, qui font foixante milles d’ftalie, [Mais on a vû, dans le Chapitre pré-
édent , des régles plus juftes pour la véritable hauteur du Pic.]
autorité fouveraine, après s’en être faifis par la force. Les guerres qu'ils
voient entr'eux caufoient fouvent beaucoup de carnage. Leurs armes n'é-
oient que des pierres, & des maflues, en forme de dards, dont la pointe
MBtoit armée d'os ou de corne au lieu de fer. Ceux à qui cefecours manquoit,
contentoient de faire durcir leurs maflues au feu. La plûpart des Habitans
…étoient continuellement nuds, quoique plufieurs fe couvriffent de peaux de
hèvres, Mais ils s’enduifoient la peau de fuif, mêlé avec le jus de quelques
erbes, qui la rendoient affez épaiffe pour réfifter au froid. D'ailleurs, é:
tant fi avancés au Midi, ils n'avoient jamais beaucoup à fouffrir de l'Hiver..
la Defcription entière de Ténérife, & du Pic,
eur demeure étoit des grottes & des cavernes au pied des montagnes. Ils
& nourrifloient d'orge. de chair &.de lait de chèvre, qu’ils avoient en a-
bondance
(1) On trouvera dans le Chapitre précédent avec celle des autres Canaries,
" bicn fortifiés dans les montagnes, qu'il falloit un Siége pour les forcer. Les ‘015.
(1) L'Isze de Ténérife avoit alors neuf Maîtres ou neuf Princes, quipre- - Anciens ufa-
Moient le titre de Ducs. C'étoient autant d'Ufurpateurs, qui avoient divifé 8‘:
CaDA
MosTro,
1455:
Ancienne Re-
ligion,
Informations
de Cada Mof-
to,
Sacrifice bar-
bare.
Adreffe & lé-
gcreté des Ca-
uarins,
Cada Mofto
arrive au Cap-
Blanco.
Defcription
de cette Côte.
7e VOYAGES DES ANGLOIS EN
bondance, & de quelques fruits; mais particulièrement de figues. Comme le
climat eft fort chaud, ils faifoient leur moiffon aux mois d'Avril & de Mai,
On connoifloit peu leur Religion, parce qu'ils n’avoient pas de culte établi,
Les uns adoroient le Soleil; d'autres la Lune & les Etoiles. On leur attri-
buoit jufqu'à neuf fortes d'idolatrie. Leurs femmes n'étoient pas commu
nes; mais ils n'avoient pas de loi qui les génât pour le nombre. Ils ne pre-
noient une vierge, qu'après avoir propofe à leur Seigneur de pañler la pre-
mière nuit avec elle; & ceux qui obtenoient cette grace, s'en croyoient fort
honorés.
S1 l’on veut fçavoir d'où Cada Mofto avoit tiré ces connoïflances , il ré-
pond que les Chrétiens des quatre Ifles s’approchoient fouvent de Ténérife
pendant la nuit, & qu'ils y enlevoient fouvent des Infüulaires de l'un & l'au-
tre féxe, qu'ils vendoient en Efpagne pour l'efclavage. Lorfqu'il arrivoit à
ces Barbares de faire quelques prifonniers Efpagnols, ils n’avoient pas la
cruauté de les faire mourir ; mais par un mépris, qu'ils regardoient comme
la dernière punition, ils les employoient à nettoyer les Chèvres & à tuer les
mouches dont ces animaux font tourmentés.
Les anciens Canarins étoient dans l'ufage d'offrir à leur Seigneur, non
feulement leurs fervices & leur fidélité, mais le facrifice même de leur vie,
lorfqu'il entroit en poffeffion de l'autorité fouveraine. Ils’en trouvoit toûüjours
plufieurs qui pafloient de l'offre à l’éxécution. Ils fe rendoient avec uu nom-
breux cortège fur le bord de quelque profonde Vallée, où les viétimes après
uantité de cérémonies & de paroles myftérieufes, fe prétipitoient à la vûe
e tout le monde. Le même ufage obligeoit le Seigneur de marquer une con-
fidération particulière aux Parens des Morts & de les diftinguer par des hon-
neurs & des bienfaits. L’Auteur fut informé de cette coûtume barbare par
divers Canarins qui avoient quitté leur Nation pour embrafler le Chriftianif:
me. lis font d'une légèreté extrême à la courfe, & fort agiles à defcendre
& monter au milieu de leurs rocs & de leurs précipices. Ils fautent [à pieds
nuds] de pierre en pierre, & fouvent ils s’élancent à des diftances incroya-
bles. Leur adreffe à jetter des pierres eft fi merveilleufe, qu'ils font fûrs de
toucher toûjours au but. Les deux féxes fe peignent le corps, en verd, en
rouge, en jaune , avec le jus de certaines herbes, & cette variété de cou-
leurs paffe entr'eux pour un grand ornement. Cada Mofto relâcha dans les
deux Ifles de Gomera & de Ferro. Il toucha aufli à celle de Palma; mais
fans y defcendre.
AYANT remis à la voile, il continua fa courfe vers l'Ethiopie ; & le vent
ne ceflant pas delefavorifer, il arriva au Cap Blanco, qui eft à [huit cent Jf
foixante-dix milles des Canaries. Il obferve que portant au Sud dans ce pafa-
ge, il fe tint fans ceffe éloigné de la Côte d'Afrique, qu'il laïffoit fur la gau-
che ; les Canaries étant fort 1vancées dans la mer du côté de l'Oueft. Il fit
voile ainfi pendant la moitié (m) de fa courfe; après quoi, prenant plus à
gauche, il chercha la vûe des Côtes, dans la crainte de pañer le Cap fans l’ap-
percevoir; car on eft enfüite affez long-tems fans découvrir la terre. Les
Côtes s’enfoncent après le Cap, & forment un Golfe , qu'on appelle Forna
d'Arguim,
(m) Angl. les deux tiers. R. d. É.
D
d'Arçu
‘à as mie
" Jfes,a
te celu
Garzas
ces ani
ri, Elle
guim 4
H ILf
”" de Bart
” qu'au C
barie p:
ment (f
AN lirceur
D cond ju'
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ur la gau-
eft. Ilfit
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brre, Les
elle Forna
d'Arguim,
d'Arguim, du nom d'une petite Ifle qui ef fituée dans le Golfe même. Il n'a
as moins de cinquante milles d'enfoncement, & l'on y trouve trois autres
fes , auxquelles les Portugais avoient déja donné des noms. La première por-
te celui de Blanca, à caufe de fes fables blancs. La feconde, celui d'Ifle das
Gargas, ou des Hérons, parce qu'on y trouva un fi grand nombre d'œufs de
ces animaux, qu'on en remplit deux Barques ; la troifième celui de (n) Coo-
ri, Elles font toutes trois petites, fabloneufes , & défertes; mais celle d'Ar-
guim a de l'eau fraîche.
IL faut obferver qu'au Sud du Détroit de Gibraltar, la Côte, qui eft celle
de Barbarie, n'eft pas habitée au-delà du Cap-Cantin, d'où l'on trouve juf-
qu'au Cap-Blanco une Région fabloneufe & déferte , qui eft féparée de la Bar-
À barie par des montagnes (0) du côté du Nord, & que fes Jlabitans nom-
0 ment (p) Sara. Du côté du Sud elle touche au Pays des Négres, & dans fa
largeur elle n'a pas moins de cinquante ou foixante journées Ce défert s’é-
end jufqu'a l'Océan. Il eft couvert de fable blanc, fi aride & fi uni, que le
Pays étant d’ailleurs fort bas, il n'a l'apparence que d’une Plaine jufqu'au
Cap-Blanco, qui tire auffi fon nom de la blancheur de fon fable, où l'on n’ap-
percoit aucune forte d'arbre ou de plante. Cependant rien n'eft fi beau que
ce Cap. Sa forme eft triangulaire, & les trois pointes qu'il préfente font
l'une de l'autre à la diftance d'un mille.
On trouve fur cette Côte une prodigieufe quantité de gros Poiflon de tou-
tes les cfpèces & d'une bonté extraordinaire: [il reffemble affez pour le goût
eu Poiflon qui fe mange à Venife.] Le Golfed’Arguim eft fort [peu] profond
dans toute fon étendue ; il eft plein de rocs, & traverfé par des Courans qui
rendent la navigation fort dangereufe dans les ténèbres, [& pendantie jour
il faut toûjours avoir la fonde à la main. ] Cada Mofto apprit qu'il s’y étoit
déja perdu deux Vaifleaux. La fituation du Cap-Blanc eft au Sud-Oueft du
Cap-Cantin.
% Derrière le Cap-Blanc, dans l'intérieur des terres, on trouve à fix
ournées du rivage , une Ville nommée Æoden , qui n’a pas de murs, mais qui
MIT fréquentée par les Arabes & les Caravanes de Tombuto @ & des autres
MRégions du Pays des Nègres. Leurs alimens font des dattes & de l'orge. Ils
Boivent le lait de leurs Chameaux, [& de quelques Animaux: & ils n'ont
Ahpoint de vin.] Le Pays eft fi fec qu’ils y ont peu de vaches & de chèvres,
XP encore leurs vaches font-elles trés petites en comparaifon de celles d'I-
Mitalie.] Ils font Mahométans, & fort ennemis du nom Chrétien. N'ayant
point d'habitations fixes, ils font fans cefle errans dans les déferts, & leurs
2courfes s'étendent jufques dans cette partie de la Barbarie qui eft voiline de
de la Méditerranée. Ils voyagent toûjours en grand nombre, avec un train
| nombreux de Chameaux, fur Jefquels ils tranfportent du cuivre, de l'argent,
& d'autres richeffes, de la Barbarie & du Pays des Négres à Tombuto, pour
jen rapporter de l'or & de la Malaguette, [qui eft une efpèce de poivre.] Leur
Acouleur eft bazanée, Les deux féxes ont pour unique vêtement, une forte
4 de robe blanche bordée de rouge. Les Hommes portent le turban, à la
maniére
On) Grynæus écrit Cort. (4
Co) Ce font les Monts Atlas. (
III, Part,
Ou Sarrah.
Grynæus mct Atanbute.
DIÉFÉRENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Lo. V. Crr. IT. 73
Capa
Mo: ro,
1455.
Ifles du Gol-
fe d'Argin ou
d'Arguim,
Déferts de
Sara,
Ville nom.
mée Hoden,
Commerce
des Négres à
Tombuto.
Cana
Mosro,
1455:
Commerce
des Portugais
au Golfe d'Ar-
guim,
Nation des
Asanaghis, &
fes ufages,
74 VOYAGES DES ANGLOIS EN
manière des Mores, & vont toûjours nuds pieds. Leurs déferts font remplis
de Lions, de Panthères, de Léopards, & d'Autruches, dont l'Auteur vante
les œufs après en avoir mangé plufieurs fois.
Le Prince Henri de Portugal, connoiffant l'importance du Golfe d'Arguim,
en avoit défendu l'entrée pour l'efpace de dix ans, à tous ceux qui n'étoient
pie compris dans fon Ordonnance, c'elt-à-dire à ceux qui n'avoient pas dans
’Ifle du même nom une Habitation & des F'aéteurs approuvés. Les Portu-
gais, qui jouifloient du privilège, commerçoient avec les Arabes qui ve-
noient fur la Côte. Pour l'Or & les Négres qu'ils tiroient de ces Barbares,
ils leur fournifloient différentes fortes de marchandifes, telles que des draps
de laine & d'autres étoffes, des tapis , de l'argent & de l'alkhizeli. Le Prin-
ce fit bâtir un Château dans l’Ifle d' Arguim, pour la füreté du Commerce ; &
tous les ans, il y arrivoit des Caravelles du Portugal. Les Négotians Arabes
menoient au Pays des Négres quantité de Chevaux de Barbarie, qu'ils y é-
changeoïient pour des Efclaves. Un beau Cheval leur valoit fouvent jufqu'à
douze ou quinze Négres. Ils y portoient aufi de la foye de Grenade & de
Tunis, de l'argent & d'autres marchandifes, pour lefquelles ils recevoient
des Efclaves & de l'Or. Ces Efclaves étoient amenés à Hoden, d'où ils paf:
foient aux montagnes de Barka, & de-là en Sicile. D'autres étoient con-
duits à T'unis, & fur toute la Côte de Barbarie, Le refte venoit dans l'Ifle
d'Arguim; & chaque année, il en pañloit fept ou huit cens en Portugal.
AvanrT l'établiflement de ce Commerce, les Caravelles Portugailes, an
nombre de quatre & quelquefois davantage, entroient bien armées dans le
Golfe d'Arguim, & faifoient P apr la nuit des defcentes fur la Côte, pour
enlever les Habitans de l’un & l’autre féxe qu'elles vendoient en Portugal.
Elles poufférent ainfi leurs courfes au long des Côtes, jufqu’àa la rivière du
Sénégal, qui eft fort grande, & qui fépare la Nation des Azanaghis de la pre-
mière Contrée des Négres.
Les Azanaghis [font bazanés ou plûtot d’une couleur d’un brun très fon-K
cé ; ils] habitent plufieurs endroits de la Côte au-delà du Cap-Blanco. Ils
font voifins des déferts, & peu éloignés des Arabes de Hoden. Ils vivent de
dattes, d'orge, & du lait de leurs Chameaux. Comme ils font plus proches
du Pays des Négres que de Hoden, ils y ont tourné leur commerce, qui fe
borne à tirer d'eux du millet [des ve & d'autres fecours pour la com.
modité de leur vie. Ils mangent peu, & l’on ne connoît pas de Nation qui
fupporte fi patiemment la faim. FUne écuellée de farine d'Orge leur fufit?
pour un jour entier. A la vérité leur fobriété doit être attribuée en partie à
Ja rareté des vivres dans leur pays.] Les Portugais en enlevèrent un grand
nombre, & s’en trouvoient mieux pour efclaves que des Négres. Mais, de-
puis quelque tems, le Prince Henri avoit fait la paix avec eux, & formé des
régles de commerce qui ne permettoient plus aux Portugais de les infulcer.
H efpéroit que fe familiarifant avec les Chrétiens, ils recevroient d'autant
plus facilement les imprefions du Chriftianifme, qu'ils n’avoient que des idées
fort confufes de la Religion de Mahomet.
Capa Mofto attribue une coutume fort finguliére à la Nation des (r)
Azanaghis.
donnoit pas d'autre nom avant le Voyage de
On ne leur Gama.
(r) L’Auteur les appelle fouvent Indiens,
c'eit-à-dire, Indiens Orientaux.
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Azanaghis.
e Voyage de
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar, IL 75
, Ils portent, dit-il, autour de la tête une forte de mouchoir qui
pong les eux , le nez & la bouche; & la raifon de cet ufage eft que
regardant [le nez & ] la bouche comme des canaux fort fales , ils fe croyenc
obligés de les cacher aufli férieufement que d'autres parties auxquelles on
arrache la même idée, dans des Pays moins barbares, Aufli ne fe découvrent-
2 ;j; |1 bouche que pour manger.
il k ne ne reconnolfent aucun Maître; mais les plus riches fonc diftingués
4 par quelques témoignages de refpeét. En général il font tous fort pauvres,
D menteurs, perfides, & les plus grands voleurs du monde. Leur taille eit
| médiocre. lis fe frifent les cheveux, qu'ils ont fort noirs, & flottans fur
jours épaules. Tous les jours ils les humeétent avec de la graiffe de poif-
" fon, & quoique l'odeur en foit fort défagréable, ils regardent cet ufage
comme une parure. Ils n’avoient jamais connu d'autres Chréciens que les
Portugais, [qui avoient fait fur eux un grand nombre d'efclaves, & ] avec
lefquels ils avoient eu la guerre pendant treize ou quatorze ans. Cada Motto
affüre que lorfqu'ils avoient vû des Vaiffeaux, fpeétacle inconnu à leurs An-
cétres, ils les avoient pris pour de grands oifeaux avec des aîles blanches,
qui venoient de quelque Pays éloigné. Enfuite les voyant à l'ancre & fans
voiles, ils avoient conclu que c'étoient des Poiffons. D'autres obfervant
ue ces machines changeoient de place, & qu'après avoir paflé un jour ou
dues dans quelque lieu, on les voyoit le jour fuivant à cinquante milles, &
toûjours en mouvement au long de la Côte, s'imaginérent que c'étoient
des efprits vagabonds, & redoutoient beaucoup leur approche, En fuppo-
fant que ce fût des créatures humaines, ils ne pouvoient concevoir qu'el-
les fillent plus de chemin dans une nuit, qu'ils n'étoient capables d'en faire
en trois jours; & ce raifonnement les confirma dans l'opinion que c'étoit
2 des Efprits. Plufeurs Efclaves de leur Nation, que Cada Mofto avoit vûs
0 à la Cour du Prince Henri, & tous les Portugais qui étoient entrés les pre-
M micrs dans cette mer, rendoient là-deflus le même témoignage.
M Environ fix journées dans les terres au-delà de Hoden, on trouve une
WU autre Ville nommée Teggazza, qui fignifie Caiffe d'or , d’où l’on tire tous les
Mans une grande quantité de fel de roche, qui fe tranfporte fur le dos des Cha-
Mimeaux à Tombuto, & delà dans le Royaume de Melli, qui eft du Pays des
Négres. Les Arabes vagabonds, qui font ce c merce, [aufli-bien que les
Azanaghis | difpofent, en huit jours ,de toutes leu‘: marchandifes , & revien-
Xfnent chargés d'or. LGar ils ont pour la charge d’un Chameau jufqu’à deux
rs a
% ou trois-cens Mitigals; & chaque Mitigal eft de la valeur d’un ducat ]
_ Ce Royaume de Melli eft fitué dans un climat fort chaud, & fournit fi
peu d'alimens pour les Bêtes, que de cent Chameaux qui font le voyage a-
0 vec les Caravanes, il n’en revient pas ordinairement plus de vingt-cinq. Aufñi
) cette grande Région n'a-t’-elle aucun quadrupéde. Les Arabes mêmes &
0 les Azanaghis y tombent malades de l’excès de la chaleur. On compte quaran-
N te journées à cheval, de Teggazza à Tombuto, & trente de Tombuto à Mel-
«N li Cada Mofto ayant demandé aux Négres quel ufage les Marchands de Mel-
UN li font du fel, ils répondirent qu’il s’en confumoit d'abord une petite quantité
M dans le Pays, fecours fi néceffaire à des Peuples fitués près de la Ligne, où
les jours & les nuits font d’une égale longueur, que fans un tel préfervatif
contre la chaleur , leur fang fe corrompt bientôt. Ils employent peu d'art à le
K 2 préparer
Cana
Mosro,
145 5:
Imaginations
des Azanaghis
à la vûc des
premiers Vaif.
leaux,
Ville de Teg.
gazza, d'où
l'on tire du fel,
Capa
Mosro,
145$.
Ufage du fel
parmi les Né-
gros,
Commerce
dufel, & fa
méthode,
Négocians
Invifibles,
Entreprile de
l'Empereur de
Nleli, pour
les découvrir,
Ce qui l'em-
piche de réuf-
fir,
76 VOYAGES DES ANGLOIS EN
préparer. Chaque jour ils en prennent un morceau qu'ils font diffoudre dans
un vafe d'eau; & l'avallant avec avidité, ils croyent lui être redevables de
leur fanté & de leurs forces. Le refte du fel elt porté à Melli en groffes pié-
ces, deux defquelles fuñifent pour la charge d'un Chameau. Là, les Habitans
du Pays le brifenten d'autres piéces, dont le poids ne furpaile pas les forces
d'un homme, On affemble quantité de gens robuftes qui les chargent fur leur
téte, & qui portent à la main une longue fourche, fur laquelle ils s'appuyent
(s) lorfqu'ils font fatignics. Dans cec état, ils fe rendent für le bord d'une
grande eau, fans que | Auteur ait pû féavoir fi c'eft la mer ou quelque fleuve ;
mais il panche à croire que c'eft de l'eau douce, parce que dans un climat
fi chaud il ne feroit pas néceflaire d'y porter du fel fi c'étoit la Mer.
porteurs font ordinairement des Négres qu'on prend à gages, & dont on eft
obligé de fe fervir faute de Chameaux ou d'autres bêtes de fomme; & parce
qui vient d'être dit, on comprend qu'ils doivent étre en très grand nombre,
de même que ceux auxquels ils portent ce fel. 7]
Lonusqu'izs font arrivés au bord de l'eau, les maîtres du fel font dé-
charger la marchandife, & placent chaque monceau fur une même ligne, en
y mettant leur marque. Enfüuite toute la Caravane fe retire à la diftance
d'une demie journée, Alors d'autres Négres, avec lefquels ceux de Melli
font en commerce, mais qui ne veulent point être vûs, & qui font appa-
remment les Habitans de quelques Ifles, s'approchent du rivage dans de gran-
des Barques, éxaminent le fel, mettent une fomme d'or fur chaque mon-
ceau, & fe retirent avec autant de difcrétion qu'ils font venus. Les Mar-
chands de Melli retournant au bord de l'eau, confidèrent fi l'or qu'on a
laiffé , leur paroît un prix füuffifant, S'ils en font fatisfaits, ils le prennent &
laiflent leur fel. S'ils trouvent la fomme trop petite, ils fe retirent enco-
re, en laiffant l'or & le fel; & les autres, revenant à leur tour, mettent
plus d’or, ou laiflent abfolument le fel, Leur commerce fe fait ainfi fans fe
voir; ufage ancien, qu'aucune infidélité ne leur donne jamais occafon de
changer. Quoique l'Auteur trouve peu de vrai-femblance dans ce récit, il
affüre qu'il le tient de plufieurs Arabes, des Marchands Azanaghis, & de
quantité d'autres perfonnes, dont il vante le témoignage.
[L demanda aux mêmes Marchands pourquoi l'Empereur de Melli, qui
eft un Souverain fi puiflant, n’avoit point entrepris, par force ou par a-
drefle , de découvrir la Nation qui ne veut ni parler ni fe laiffer voir. Ils
lui rac-ontèrent que peu d'annés auparavant, ce Prince ayant réfolu d’enle-
ver quelques-uns de ces Négotians invifibles , avoit fait affembler fon Con-
feil, dans lequel on avoit réfoiu qu’à la première Caravane, quelques Né-
gres de Melli creuferoient des puits au long de la rivière, près de l'endroit
où l'on plaçoit le fel, & que s'y cachant jufqu’à l’arrivée des Etrangers , ils
en fortiroient tout-d'un-coup pour faire quelques prifonniers. Ce projet avoit
été exécuté. On en avoit pris quatre, & tous les autres s’étoient échappés
par la fuite. Comme un feul avoit paru füflire pour fatisfaire l'Empereur,
on en avoit renvoyé trois, en les affürant que le quatrième ne feroit pas
plus maltraité, Mais l'entreprife n’en. eut pas plus de fuccès. Le Prifon-
pier
(s) Angl. & qui portant deux longues
charge, R. d, E,
fourches , fur lefquelles ils repofent leur
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eroit pas
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nier
nier refufa de parle. Envain l'interrogea-t'on dans plufieurs langues. 11
arda le filence avec tant d'obflination, que rejettant d'un autre côté toutes
ss de nourriture, il mourut dans l'efpace de quatre jours. Cet événe-
ment a fait croire aux Négres de Melli que leurs Négotians étrangers fonc
muets. Quelques-uns néanmoins penfent avec plus de raifon que le Prifon-
nier étant revêtu de la forme humaine ne pouvoit pas être privé de dre»
de la parole; mais que dans l'indignation de fe voir trahi, il avoit pris la
réfolution de fe taire jufqu'à la mort. Ceux qui l'avoient enlevé rapporté.
rent à leur Empereur, qu'il étoit fort noir, de belle taille, & plus haut
qu'eux d'un demi-pied ; que fa lèvre inférieure étoit plus épaifle que le
roing, & pendante jufqu'au deffous du menton; qu'elle écoit fort rouge &
u'il en comboit même quelques gouttes de fang ; mais que fa lèvre fupérieure
doit de la grandeur ordinaire : qu'on voyoit entre les deux , fes dents & fes gen-
cives [ d'où il découloic auffi du fang], & qu'au deux coins de la bouche , il a-
voit quelques dents d'une grandeur extraordinaire; que fes yeux étoient noirs
& fort ouverts: enfin que coute fa figure étoic cerrible.
Cr accident fit perdre la penféc de renouveler la même entreprife d'au-
tant plus que les Etrangers, irrités apparemment de l'infulce qu'ils avoient re-
çûe, laifférent paller trois ans fans reparoître au bord de l'eau. On étoit per-
fuadé à Melli, que leurs groffes lèvres s'étoient corrompues par l'excès de la
chaleur, & que n'ayant pu fupporter plus long-tems la privation du fel, qui
eft leur unique reméde, ils avoient été forcés de recommencer leur commerce,
La néceflité du fel en eft établie mieux que jamais dans l'opinion des Négres
de Melli, ce qui eft affez inditFérenc à l npereur, pourvû qu'il en tire beau-
coup d'or. C'eft tout ce que l'Auteur a pu fe procurer de lumière (+) fur des
faits fi difficiles à vérifier. Mais en les reconnoiflant fort étranges, il ajoûte
qu'on ne doit pas les traiter de fabuleux , après les divers témoignages fur lef-
uels ils font appuyés; & lui-même, dit-il, quia vû dans le monde & enten-
du tant de chofes merveilleufes, il ne fait pas difficulté de les croire,
L'on qu'on apporte à Melli fe divife en crois parts; une qu’on envoye par
la Caravane de Melli à Kokhia, fur la route du grand Caire & de la Syrie ;
les deux autres à Tombuto, d'où elles partent féparément; l'une pour (v
ur & de-la pour Tunis en Barbaric: l'autre pour floden, d'où elle fe ré-
. pr jufqu'aux Villes d'Oran & d'One (x), dans l’intérieur du Détroit de Gi-
raltar, & jufqu'a l'ez, Maroc, Arzila, Azafñi, & Meïila, hors du Détroit.
C'eft dans ces dernières Places que les Italiens &.d'autres Nations Chrétiennes
viennent recevoir cet or pour jeurs marchandifes. Enfin le plus grand avanta-
ge que les Portugais ayent tiré du Pays des Azanaghis, c'eit que de l'or qu'il
envoye chaque année à Hoden, ils crouvérent le moyen d'en attirer quelque
partie
(t) Le témoignage des Afriquains paroîtra des Mores de Maroc, Voyez fes Voyages en
fans force. C'pendant il eft vrai que tous kesg 1671, | dans la Colledtion de Stephens,. Val.
Voyageurs s'accordent à le rapporter; ce qui 1 pag. 81. A la vérité cet Auteur ne parle
fuflit du moins pour fauver le crédit de Cada point de ces terribles lèvres. mais chaque fic-
Motto. Jobfon, qui étoit dans la Rivière de tion a cours pendant un certains tems, & peut-
Gambra ou de Gumbiren 1629, répéte la mê- être que le tems de celle-ci eit palté.]
me chofe avec les mêmes circonftances, Mo- v) Grynœus met to.
vette le rapporte auffi d'après le témoignage tr) Grynæus met Hona,
3
DIFFÉRENTES PARTIES ox L'AFRIQUE, Liv, V. Cuar, IL 77
Cana
Mosvro,
1455:
Effet du Set
contre les ma.
ladies des Né-
gres,
Route de
l'or , pour tra.
verfer l'Afri-
que,
Î
|
Cana
Mosro,
1455:
l,rmonnove
tin nue chuz
\zauriaghis,
Parure de
leurs fuuimes,
Lxercice des
hommes,
Armées de
Sauterelles,
Rivière de
Sérégel, Son
cioouciure,
8 VOYAGES DES ANGLOIS EN
partie fur les Côtes ( y)du Golfe d'Arguim, & de fe le procurer par leurs é-
changes avec les Nègres. |
Dans les Régions des Mores bazanés, il ne fe fabrique point de monnoye,
On n'y en connoît pas même l'ufage, non plus que parmi les Négres. Mais
tout le commerce fe fait par des échanges d'une chofe pour une autre, &
quelquefois de deux pour une, Cependant les Azanaghis & les Arabes ont,
dans quelques-unes de leurs Villes incérieures, de petites coquilles (x) qui leur
tiennent lieu de monnoye courante, Les Vénitiensen apportoient du Levant,
& recevoient de For pour une maciére fi vile, Les Nègres ont pour l'or un
soids qu'ils appellent Mitigal, & qui revient à la valeur d'un ducat, [Les Ha-x#
Éitans des déferts de Sara, n'ont ni Religion ni Souverain ; cependant dans
certains endroits, les plus riches d'entr'eux, acquièrent quelque autorité fur
les autres. ] Les femmes portent des robes de coton, qui leur viennent du
Pays des Négres; & quelques-unes, des efpèces de frocs qu'on appelle A/khe-
gel. Mais elles n'ont pas l'ufage des chemifes, Les plus riches fe parent de
setites plaques d'or. Elles [ font bazances & 7 font confifter leur beauté dans x}
a groffeur & la longueur de leurs mamelles, Dans cette idée, à peine ont-el-
les atteint l'âge de feize ou pa ans, qu'elles fe les ferrent avec des cor-
des, pour les faire defcendre quelquefois jufqu'à leurs genoux, Les hommes
montent à cheval [ à la manière des Mores,] & fontleur gloire de cet éxer-x#
cice, Cependant l'aridité de leur Pays ne leur permet pas de nourrir un grand
nombre de ces animaux, ni de les conferver long-tems. La chaleur eft ex-
ceflive dans cette immenfe étendue de fables, & l'on y trouve fort peu d'eau.
11 n'y pleut que dans trois mois de l'année, ceux d'Août, de Septembre &
d'Oétobre, Cada Mofto fut informé qu'il y paroît quelquefois de grandes trou-
pes de Sauterelles jaunes & rouges, de la longueur du doigt. Elles font en fi
rand nombre, quelles forment dans l'air une nuée capable d'obfcurcir le So-
eil, & de douze ou quinze milles d'étendue. Ces incommodes vifites n'arri-
vent que tous les trois ou quatre ans; mais il ne faut pas efpérer de vivre dans
les lieux où l’armée des Sauterelles s'arrête, tant elle caufe de défordre &
d’infeétion. L’Auteur en vit une multitude innombrable, en pañlant fur les
Côtes.
Arrès avoir doublé le Cap- Blanco, la Caravelle Portugaife continua fa
courfe jufqu’à la rivière de Sannaga, ou du Sénégal, qui fépare le défert &
les Azanaghis, du fertile Pays des Négres. Cinq ans avant lé voyage de Cada
Moito, cette grande rivière avoit été découverte par trois Caravelles du Prin-
ce Henri, qui y avoient établi des articles de commerce avec les Mores; &
depuis ce tems-là , il ne s'étoit point pailé d'année où le Portugal n'y eût en-
voyé quelques Vaifleaux.
A rivière du Sénégal a plus d'un mille de largeur à fon embouchure, &
l'entrée en eft fort profonde. Avant que de fe refferrer dans fon lit, elle offre
une Ifle, qui préfente un Cap vers la Mer. Des deux côtés, on trouve des bancs
de fable & des Baffes qui s'étendent affez près du rivage; ce qui oblige les
Vaiffeaux d'obferver le cours de la marée [,quirevient de fix heures en fixx#
heures, ]
(y) Ce récit deslieux d'où vient l'Or, & g#(z) Ce font apparemment les petites Co-
de la manière dont il traverfe l'Afrique, eftle quilles qu'on appelle Porcclaines, ou Coris.
plus ancien & le plus vrai-femblable,
heure
mille
Portu
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44 (b ) Quoique les premiers Cantons des Né-
DITFÉRENTES PARTIES on L'AFRIQUE, Lav, V, Car, IL 79
heures] pour entrer dans la rivière, Elle y remonte l'efpace de foixante-dix
milles, fuivant le témoignage que l'Auteur en reçut d'un grand nombre de
Portugais, qui y étoient entrés dans leurs Caravelles, Depuis le Cap-Blanco,
qui en eft à crois cens quatre-vingt milles, la Côte fe nomme Anterota, &
borde le Pays des Azanaghis ou des Moresbazanés. Cette Côte eft continuel-
lement fabloneufe jufqu'à vingt milles de la rivière,
Cana Moito fut extrêmement furpris de trouver la différence des Habitans
fi grande, dans un fi petit efpace, Au Sud de la rivière, ils font extrêmement
noirs, grands , bienfaits, & robuftes. Le Pays eft couvert de verdure, &rem-
pli d'arbres fruitiers, De l'autre côté, les hommes foncbazanés, maïîgres, de
petite taille, & le Pays fec & flérile. L'opinion (a) des Sçavans eft que la
rivière du Sénégal fort de celle de Ghion, qui vient du Paradis terreltre, Les
Anciens nommoïent cette branche Niger, & prétendoient qu'ayant arrofé l'E.
thyopie & s'avançant à l'Oueft vers l'Océan, elle fe divifoit en plufieurs autres
branches, Le Nil, qui fort aufli du Ghion, arrofe l'Egypte & tombe dans la
Méditerranée,
Le premier Royaume des Négres (2) eft le Sénégal, fitué für la rivière du
même nom, & fes Peuples fe nomment Jalofs. Tout le Pays eft fort bas,
non-feulement au long de la rivière, mais fort loin au-delà jufqu'au Cap-
Verd, qui cit la plus haute terre de toute cette Côte, à quatre cent milles
du Cap-Blanco. e Royaume de Le ou du Sénégal a pour bornes à l'Ef,
le Pays de T'ukhufor ; au Sud, le Royaume («) de Gambra; l'Océan à l'Oucft,
& la rivière au Nord.
Le Roi du Sénégal fe nommoit alors Zukholin , iln'avoit pas plus de vingt-
deux ans. Cette Couronne n'eft pas héréditaire. Trois ou quatre des princi-
paux Seigneurs, dont le Pays eît rempli, s'accordent ordinairement pour fe
choifir un Maitre, qui ne régne qu'autant qu'il leur plaît. Ils le détrônent par
la force, à moins que le Roi ne fe rende affez puiffant lui-même pour leur ré-
fifter; ce qui met dans le Gouvernement la même inftabilité qu'en Egypte,
où le Soudan du Caire craint fans ceffe d’être banni ou maflacré. D'ailleurs
, il ne faut pas juger de ces Rois fur l'idée que l'Europe a des fiens. Leurs
Peuples font également pauvres & féroces. Îls n'ont pas de Villes fermécs,
Ani d'autres habitations que de miférables Villages , dont les maifons font cou-
» vertes de chaume. La pierre & le ciment ne leur manqueroient pas; mais ils
n'en connoiffent pas l'ufage. Le Royaume du Sénégal n'a, fuivant l'Auteur,
ge deux cent milles d'étendue au long des Côtes, & la même profondeur
dans les terres. Le Roi n'a pas de revenu certain: mais les Seigneurs du
Pays, pour gagner fa faveur, lui font préfent de Chevaux & d’autres Bé-
… tes, telles que des Vaches & des Chèvres. Ils y joignent différentes fortes
(ui de
(a) Toutes ces notions du Niger & du Nil
| ù tion d'un Royaume de Séntg?1 ou de Sannaga
‘à ont été reconnues faufes. 4 : _
eft une faufleté que plufieurs Géographes ont
copiée d'après Cada Mofto,
(ce) I n’y a pas non plus de Royaume de
Gambra, mais une Rivière nommée Gambra
ou Gambia, dont les bords font habités auff
par les Négres, qui étoient divifés en Tribus
plutôt qu'en Royaumes.
F gres foient fur la Rivière de Sénégal, ils n'a-
voient pas de sa heure de ce nom, On peut
Croire même que le nom de crtic Pivière lui
vient des Azanaghis, que qu'iques Ecrivains
nomment auf Sanhagas, & qui habitert du
coté du Nord, Quoiqu'il en ivit, la fuppof-
Cana
Motro,
145$.
Crande diFi
once entre
lus homimes
dans un poele
cipace,
Pays des Né.
pres,
Richefes du
Roi de Séné.
gal,
Cana
Mosro,
1455.
Ses Femmes,
& manière
dont il les en-
treticnt,
Religion du
Pays.
Flabillement
des hommes
& des femmes.
80 VOYAGES DES ANGLOIS EN
de légumes & de racines; fur-tout du millet. La plus grande partie de fes
richeffes lui vient de fes vols & de fes brigandages. Il enleve, pour l'efcia-
vage, les Peuples des Pays voifins. Il ne fait pas plus de grace à fes pro-
pres Sujets. Une partie de ces Efclaves eft employée à la culture des terres
qui lui appartiennent: le refte eit vendu foit aux Azanaghis & aux Mar-
chands Arabes qui les prennent en échange pour des Chevaux & d'autres
commodités, foit aux Vaiffeaux Chrétiens depuis que le commerce eft ouvert
avec eux. Chaque Négre peut prendre autant de femmes qu'il cft capable
d'en nourrir. Le Roi n'en a jamais moins de trente ou quarante , qu'il diftin-
gue entr'elles , fuivant leur naiffance & le rang de leurs Péres. 11 les entre-
tient dans certaines habitations (d) voilines de fa Cour, huit ou dix enfem-
ble, avec des femmes pour les fervir, & des Efclaves pour culriver les ter-
res qui leur font affignées, [& du revenu Lelaueliee elles vivent.] Ellesontxf
C
auffi des Vaches & des Chèvres, avec des Efclaves pour les garder. Lorf-
ue le Roi les vifite, il ne fe fait accompagner d’aucunes provifions , & c'eft
d'elles qu’il tire fa fubfiftance pour lui-méme, & pour tout fon cortège. Tous
les jours, au lever du Soleil, chaque femme de l'habitation où il arrive , pré-
pare trois ou quatre couverts de différentes viandes, telles que du Chevreau,
du Poiflon & d’autres délicatefles du goût des Négres, qu'elle fait porter
par fes Efclaves , au logement du Roi; de forte qu'en s'éveillant , il trouve qua-
rante ou cinquante mets qu'il fe fait fervir fuivant fon appétit. Le refte eft
diftribué entre fes gens. Mais comme ils font toûjours en fort grandi nom-
bre, la plûpart font toûiours affamés. 1l fe promene ainfi d'une habitation
à l’autre, pour vifiter fucceflivement toutes fes ferimes; ce qui lui procu-
re ordinairement des enfans en grand nombre. M:' lorfqu’une femme de-
vient groffe, il n’approche plus d'elle. ‘l'ous les Seigneurs fuivent le même
ufage,
. Ces Négres font profeflion de la Religion Mahométanc, mais avec moins
de lumière & de foûmiflion que les Mores blancs. Cependant les Seigneurs
ont toûjours près d'eux quelques Azanaghis ou quelques Arabes pour les éxer-
cices de leur culte; & c’eft une maxime établie parmi les Grands de la Na-
tion, qu’ils doivent être plus foûmis aux loix divines que le Peuple, [quin’aki
point Religion.] Mais depuis qu'ils font devenus familiers avec les Chré-”
tiens, leur refpeét eft fort diminué pour le Mahométifme, [qu’ils n’ont em-X
braffé que parce qu’ils n’avoient aucun commerce qu'avec les Azanaghis ou
les Arabes. ]
Les Négres du Sénégal font toûjours nuds, excepté vers le milieu du
corps, qu'ils fe couvrent de peaux de Chèvres, à peu près dans la forme de
nos hautes chaufles. Mais les Grands & les Riches portent des chemi-
fes de coton, que les femmes filent dans le Pays. Le tiffu de chaque pié-
ce n’a pas plus de fix pouces de largeur, car ils n'ont pu trouver l’art de fai-
re leurs piéces plus larges. Ils fonc obligés d'en coudre cinq ou fix enfemble
pour les ouvrages qui demandent plus d’étendue. Leurs chemifes tombent juf-
qu'au milieu de la cuiffe. Les manches en font fort amples; mais elles ne leur
viennent qu’au milieu du bras. [ Ils portent des Caleçons de coton, qui leurk&
defcendent
(4) Angl. dans certains Villages, R. d. E.
- defcer
trente
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enfemble
bent juf-
s ne leur
qui leur
fcendent
M. defcendent jufqu'au bas de la jambe, & qui font fi larges, qu'ils ont entre
M trente & quarante empans de circonférence Quand ils font noués, ils font
tout pliffés; par devant ils ont la figure d'un fac, mais par derrière, ils trai-
nent par terre, & reflemblent aflez à une longue juppe. Ceux qui font revê-
tus de cet ajuftement ont une figure des plus bizarres; cependant ils en font
charmés, & ils demandent fouvent aux Européens, s'ils ont jamais vû d’ha-
billement de meilleur goût.] Les femmes font abfolument nues depuis la tête
jufqu’ à la ceinture ; le bas cft couvert d'une juppe de coton, qui leur def-
cend jufqu'au milieu des jambes, Les deux féxes ont latète & les pie nuds;
mais ils ont les cheveux fort bien treflés, ou noués avec aflez d'art, quoi-
qu'ils les ayent fort courts. Les hommes s’employent, comme les femmes, à
“ filer & à laver les habits.
N Le climat eft fi chaud qu'au mois de Janvier la chaleur furpañle celle de
© l'Italie au mois d'Avril; & plus on avance , plus on la trouve infuportabie.
C'eft l’ufage pour les hommes & les femmes de fe laver quatre ou cinq fois
le jour. Ils font d’une propreté extrême pour leurs perfonnes ; mais leur fale-
té au contraire eft excefiive dans leurs alimens. Quoiqu'ils foient d’une igno-
rance & d’une groffièreté étonnante fur toutes les chofes dont ils n’ont pas
l'habitude, l’art & l'habileté même ne leur manque pas dans les affaires aux-
quelles ils font accoutumés. Ils font fi grands parleurs que leur langue n'eft
jamais oifve. Ils font menteurs, & tuûjours prêts à tromper. Cependant la
charité eft entr’eux une vertu fi commune, que les plus pauvres donnent à
diner, à fouper , & le logement aux Etrangers, fans éxiger aucune marque
de reconnoiflance.
Izs ont fouvent la guerre dans le fein de leur Nation ou contre leurs voi-
fins. Leurs armes font la Targette, qui eft compofée de la peau d'une bête
qu'ils nomment Danta, & qui eft fort difficile à percer; la Zagaye, forte de
dard [léger, & de la longueur d’un empan ,] qu’ils lancent avec une adreffe ad-
mirable , armée de fer dentelé ; ce qui rendles bleflures extrêmement dangereu-
fes: une efpèce de cimeterre, [fait de fer qui n’eft pas trempé,] courbé en
Marc, & qui leur vient des Négres de Gambra ; car s’ils ont du fer dans leur Pays,
ils l'ignorent , & leurs lumières ne vont pas jufqu’à le pouvoir mettre en ufage.
dis ont auffi une forte de javeline, qui reffemble à nos demi-lances. Avec fi
"peu d'armes, leurs guerres font extrèmement fanglantes, parce qu'ils portent
peu de coups inutiles. Ils font fiers, emportés, & fi pleins de mépris pour la
mort qu'ils la préfèrent à la fuite. Ils n'ont point de Cavalerie, parce qu’ils
. ont peu de Chevaux. Ils connoiffent encore moins la navigation, & juiqu’à
… l'arrivée des Portugais ils n’avoient jamais vû de Vaifleaux fur leurs Côtes.
Ceux qui habitent les bords de la rivière ou le rivage de la mer ont de petites
Barques, qu'ils nomment Zappolies & Almadies, compofées d’une piéce de
bois creux, dont la plus grande peut contenir trois ou quatre hommes. Elles
leur fervent pour la pêche, ou pour le tranfport de leurs uftenciles au long de
la rivière, Ils font les plus grands Nageurs du monde, & l’Auteur leur a re-
connu cette qualité par un grand nombre d'expériences.
APRÈS avoir pailé la rivière du Sénégal, Cada Mofto continua de faire voi-
le au long de la Côte, jufqu’au Pays de Budomel, qui eft plus loin d'environ
huit cent milles. Toute cette étendue eft une terre bafte , fans aucune monta-
gne. La Caravelle s’arrêta pour fe procurer des informations fur le Prince mê-
LIL, Part. L me
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Zaiv. V. Cup. IL 8e
Capa
Mosre,
1455.
Chaleur du
climat.
Caradtère deg
Habitans.
Leurs guerres
&leurs armes,
Pays du Prin.
ce de Budo-
mel,
Cana
MosrTo.
1455.
Commerce
de Cada Mos-
to avec ce
Prince.
11 pénétre
avant lui dans
les Terres.
Il revient
par terre au
Sénégal,
Habileté des
Négres à na-
ger.
42 VOYAGES DES ANGLOIS EN
me de Budomel, que plufieurs Portugais avoient déja vû, & dont ils louoient
beaucoup le caraétère. On avoit à bord quelques Chevaux Efpagnols, qui font
fort eftinés par les Négres, des étoffes, de la foye & d'autres marchandifes.
AUSSI-T ê T qu'on eut jetté l'ancre dans une Rade qui fe nomme Palma de
Budomel, Cada Mofto envoya [un Négre qui étoit] fon Interpréte au ri-kh
vage, pour y donner avis de fon arrivée & faire des propolitions de commer-
ce. Le jour fuivant, on vit paroître le Prince Négre, avec un cortège de
quinze Chevaux, & d'environ cent cinquante hommes de pied. Il fic inviter
les Portugais à defcendre, en promettant de leur rendre fervice. Cada Mofto
ne fit pas diflicul'é de fe rendre à terre dans la Chaloupe, & fut reçu avec
beaucoup de civilité. Après sb momens d'entretien, il livra au Prince
fept Chevaux avec les harnois, & plufieurs autres marchandifes, de la valeur
d'environ trois cent ducats. Le payement devoit fe faire à la maifon du Prin-
ce, qui étoit à vingt-cinq milles du rivage, & Cada Mofto fut invité à l'aller
recevoir de fes propres mains. Il réfolut de fe fier à l'opinion qu’on lui avoit
donnée de Budomel, & de pafler même quelques jours dans fa maifon, pour
fatisfaire fa propre curiofité. Avant que de partir, Budomel lui fit préfent d’u-
ne jeune fille de douze ans, qu'il lui donnoit, lui dit-il, pour le fervir dans
fa Cabane. [ La Négreffe fut acceptée, & envoyée à bord.]
Le Prince Négre fournit des Chevaux à Cada Mofto & tout ce qui étoit
néceffaire pour la commodité du voyage. Lorfqu'on fut arrivé à quatre milles
de l'habitation, il chargea Bishoror fon Neveu, & Seigneur d’une Ville voi-
fine, de le traiter avec toutes fortes de careffes. Cada Mofto pañla vingt-huit
jours dans ce lieu, [où il fut toûjours en bonne compagnie, & traité fortt
civilement.] On étoit au mois de Novembre. Il rendit de fréquentes vifites
au Prince Budomel, avec fon Neveu; & dans chaque voyage il fic fes obfer-
vations fur les ufages du Pays. Mais il eut l'occafion d’en faire beaucoup plus
en defcendant par terre jufqu'à la rivière du Sénégal. Le tems étoit devenu fi
mauvais que ne pouvant retourner au Vaiffeau fans danger, il prit le parti de
l'envoyer à l'entrée de cette rivière, & de s’y rendre lui-même à Cheval. Il
fait remarquer ici que pour faire porter fes ordres à bord, il demanda parmi
les Négres fi quelqu'un vouloit fe charger de fa lettre. Plufieurs s’offrirent avec
empreflement. Le Vaiffeau étoit à trois milles du rivage. La mer étoit fort
haute, & le vent très-impétueux. Îl paroifloit impoflible d’éxécuter une com-
million, d’autant plus effrayante, qu'il y avoit quantité de bancs de fable au
long des Côtes, & plus loin d'autres bancs, entre lefquels il pafloit un Cou-
rant d'une fi grande violence qu'il étoit très-difficile de le paller à la nage;
fans parler de la force des vagues, qui fe brifoient fur les bancs, & qui fem-
bloient former un obftacle invincible, La grandeur du péril n’arrêta pas les
Négres. Cada Mofto ayant demandé à deux d’entr'eux ce qu'ils defiroient pour
récompenfe, leurs prétr".ions fe bornèrent à deux Mavulgis d'étain, dont
chacun revient à trois 1ards de notre monnoye. {ls entreprirenc de porter la
lettre à ce prix. ,, On ne peut fe repréfenter, dit l’Auteur, les difficultés
» qu'ils eurent, dans une mer fi furieufe, à pafler les bancs de fable. Quel-
» quefois je les perdois de vâûe, & je les croyois enfevelis dans les flots. Enfin
» l'un des deux, ne pouvant réfifter plus long-tems à la force des vagues, tour-
» na le dos au péril & revint au rivage; mais l'autre, apparemment plus vi-
» goureux, palla les bancs, après avoir difputé plus d'une heure contre la vio-
y» Ience
V
ils louoient
ls, qui font
rchandifes.
> Palma de
réte au ri-Kÿ
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Zada Mofto
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es difficultés
fable. Quel-
flots. Enfin
agues , tour“
nent plus vi-
ontre la vio-
» lencé
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cu. IL 8
“. ., lence des vents & de l'eau. Il porta ma lettre, & m'apporta la réponfe,
x, Cque j'ofois à pe toucher , Comme une chofe mervalleufe & facrée. ]
j , Ain, conclud Cada Moito, j'appris que les Négres de Budomel font les
,, plus habiles Nageurs du monde.
On a déja remarqué que les Rois & les Seigneurs Négres n'ont ni Villes ni
Châteaux. Ils ne font pas ici mieux parcagés, & leurs plus riches habitations
font de miférables Villages. Le l‘rince Budomel écoit maître d'une [ ptite]
partie du Royaume; mais dans un Paÿs, où la fubordination des rangs eit peu
connue, fa qualité de Seigneur ou de Prince, & le refpeét que les autres Né-
ges avoient pour lui ne venoient que de l'opinion qu'ils avoient de fes richef-
fes. Le merite perfonnel, cel que la force, le bon fens, la juftice, le courage
L & la bonne mine, produifent quelquefois le même effet; & Budomel avoit
auñi ce fecond avantage (e). le lieu de fa rélidence n’étoit ni une Ville fer-
mée, niun Château forufié. On lu: avoit afligné, pour lui & pour fes femmes
le domaine de quelques habitations qu'il parcouroit fucceilivement. Celle où
Cada Mofto s'étoit arrété écoit du nombre. Elle n'avoit que cinquante maifons
couvertes de chaume, bâties l’une fort près de l'autre, avec un foffé & de
grands arbres qui les environnoient, & deux au trois paflages pour y fervir
d'entrée. Cependant chaque maifon avoit fa cour , avec un enclos de hayes vi-
ves. Budomel avoit neuf femmes dans ce lieu, & plus ou moins dans Lo
Villages. Chaque femme étoit fervie par cinq ou fix jeunes filles, avec lef-
| quelles le Prince pouvoit coucher quand il le fouhaitoit, fans que fes femmes
s'en trouvaffent offenfées. Les deux féxes font également lafeifs. Budomel
prefla beaucoup Cada Mofto de lui apprendre quelque fecret pour fatisfaire
-plufieurs femmes, L & il promettoit de lui accorder tout <e qu'il demanderoit
s’il vouloit lui rendre ce fervice.] Il étoit perfuadé que les Chrétiens avoien£
plus de lumières là-deflus que les Négres. La jaloufie eft le vice commun de
toute la Nation. C’eft outrager un Négre que d'entrer dans la maifon de fes
| femmes, & fes fils mêmes en font exclus.
BupomeL étoit toûjours accompagné d'environ deux cent Négres ; mais [cette
garde ou ce cortège n'étant retenu prés de lui par aucune loi,] les unsfe reti-
bent, d’autres viennent ; & par la correfpondance qui régne entr'eux, les pla-
ces font prefque toûjours remplies. D'ailleurs il fe rend fans ceffe à l'habita-
: ion du Prince, quantité de perfonnes des habitations voifines. A l'entrée
de fa Maiïfon, on rencontre une grande cour, qui conduit fucceffivement
j dans fix autres cours, avant que d'arriver à fon appartement, Au milieu
10 de chacune eft un grand arbre, pour la commodité de ceux que leurs affai-
res obli ent d'attendre. Tout le cortège du Prince eft diftribué dans ces
: ri uivant les emplois & les rangs. Mais quoique les cours intérieures
Fe pour les plus diftingués, il y a peu de Négies qui approchent fami-
iérement de la perfonne du Prince. Les Azanaghis & les Chrétiens font
Nes les feuls qui ayent l'entrée libre dans fon appartement & qui ayent
} la liberté de lui parler. 11 affeéte beaucoup de grandeur & de majefté, On
ne
Ce) Angl. Mais dans un pays où il n'y a
point de richefies, & où l'on ne connoît pas Des © PA E Rombre A8 gens qui fo
a 1! toüjours à leur fuite; & ndant ils fo
même l’ufage de la monnoye, les Sei j S, Fepenfans 28 One
Fe | , gneurs plus refpedtés & i j
ne s'y font eftimer que par leurs bonnes ma- Rance Put Fra je. R la say
L 2
Cana
Mosvo.
1455.
Réfidence
du. Prince Bu-
domel,
Son Cortègé
& fon Palais,
CADA
Mosro.
1455.
Orgucil des
Princes d'A-
frique à l'é-
gai d de leurs
Sujets,
Budomel
conduit l’Au-
teur à fa Mof
Ce qui
quée,
s'y pale.
Hardicffe de
Cada Mofto,
& raifonne-
ment de Bu-
«'omel,
VOYAGES DES ANGLOIS EN
$4
ne le voit chaque jour au matin que l'efpace d’une heure. Le foir, il pa.
roît pendant quelques momens dans la dernière cour, fans s'éloigner beau.
coup de la porte de fon appartement; & les portes ne s'ouvrent alors qu'aux
Grands du premier Ordre. Il donne néanmoins des audiences à fes Sujets:
mais c'eft dans ces occafions qu'on reconnoît l’orgueil de ces Princes d’Afri-
que. De quelque condition que foient ceux qui viennent folliciter des gra-
ces, ils font obligés de fe dépouilier de leurs habits , à l'exception de ce
qui leur couvre le milieu du corps. Enfüite lorfqu'ils entrent dans la dernié.
re cour, ils fe jettent à genoux, en baïffant le front jufqu’à terre ; & des
deux mains, ils fe couvrent la tête & les épaules de fable (f). Perfonne,
jufqu'aux parens du Prince, n’eft éxempt d’une fi humiliante cérémonie,
es Supplians demeurent affez long-tems dans cette pofture, continuant de
l'arrofer de fable. Enfin, lorfque le Prince commence à paroître , ils s’avan.
cent vers lui, fans quitter le fable & fans lever la tête. Ils lui expliquent
leur demande, tandis que feignant de ne les pas voir, ou du moins affeétant
de ne les pas regarder , il ne ceffe pas de s’entretenir avec d’autres perfon.
nes.
d'un fimple coup d'œil , il leur fait fa réponfe en deux mots. Cada Moito,
qui fut témoin plufieurs fois de cette fcène, s’imagine que Dieu n'auroit pas
plus de refpeéts à prétendre, s'il daignoit fe montrer à la race humaine. 1
ajoûte ue cet excès de foûmiflion ne peut venir que d’un excès de crainte:
c'eft-à-dire, que les Négres fe voyant enlever leurs femmes & leurs enfans
[pour la moindre faute ], [par ceux qui les furpaflenc en richeffes & ent
puiflance, ] prennent l'habitude de trembler devant des Tirans, dont ils ont4
tant de mal à craindre, & de les refpceéter plus que Dieu même, dont ils
connoiflent à peine le nom.
La complaïfance de Budomel alla fi loin pour Cada Mofto, qu'il le con-
duifit dans fa (g) Mofquée, à l'heure de la prière. Les Azanaghis ou
les Arabes, qui étoient fes Prêtres, avoient reçu ordre de s’y affembler.
En entrant dans le Temple avec quelques-uns de fes principaux Négres,
Budomel s'arrêta d’abord & tint quelque tems les yeux levés au Ciel. En-
fuite ayant fait quelques pas, il prononça doucement quelques paroles ; a-
près quoi il s’étendit tout de fon long fur la terre, qu'il baifa repeétueufe.
ment. Les Azanaghis & fon cortège fe profternèrent & baiférent la terre
à fon éxemple. Il fe leva, mais ce fut pour recommencer dix ou douze
fois les mêmes actes de Religion ; ce qui prit plus d’une demie heure.
Aussr-TôT qu'il éût fini, il fe tourna vers l’Auteur, en lui demandant
ce qu’il penfoit de ce culte, & le priant de lui donner quelqu’idée de la Ré:
ligion des Chrétiens. Cada Mofto eut la hardieffe de lui va NE en pré:
fence de fes Prêtres, que la Réligion de Mahomet étoit faufle, & que cel
le de Rome étoit'la feule véritable. Ce difcours fit rire les Arabes & Budo-
mel (b). Cependant, après un moment de réfléxion, ce Prince dit à Cadai
Mofto qu’il croyoit la Religion des Européens fort bonne, parce qu’il n'ya:
voit que Dieu qui pût leur avoir donné tant de richeffes & d'efprit. Il ajoû.
u
(f) Johfon, dans fon Voyage de la Gam- (g) Marfeds, ou Eglifes.
btaen 1620, a fait prefque toutes les mêmes (b) Angl. ce difcours déplut fort aux 4
remarques. rabes, & fit rire Budomel. KR. d. E.
A la fin de leur difcours, il tourne la tête vers eux, & les honorant : "M
| ta qi
"0 fuad
frome
Les vi
| preuv
tugais.
‘qu t
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AR que cd
4 faire d
à plus
‘4 de fer
gence.
LE
} nière d
celui q
qu'ils a
|
oir, il pa-
ner beau-
lors qu'aux
fes Sujets:
ces d’Afri-
r des gra-
tion de ce
s la dernié.
res; & des
Perfonne,
cérémonie,
tinuant de
ils s’avan-
expliquent
ns affectant
res perfon-
s honorant : !
da Mofto,
'auroit pas
umaine. Il
de crainte:
eurs enfans
effes & ent
dont ils ont}
e, dont ils
u’il le con:
anaghis ou
aflembler.
x Négres,
Ciel. En-
baroles ; a-
epcétueufe-
t la terre
ou douze
eure.
demandant
: de la Ré:
e, en pré
Sr que cel
s & Budo-
dit à Cadi
qu'il n'ya
ic. Il ajoû-
ta
fort aux À
E.
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lw. V. Cnar. IL.
ta que cellé de Mahomet lui paroifloit bonne aufi, & qu'il étoit même per-
fuadé que les Négres étoient plus fûrs de leur falut que les Chrétiens, parce
© Que Dicu étoit un Maître jufte, & que faifant faire aux Chrétiens leur Para-
© dis dans ce monde, il falloit que dans l'autre il réfervât de grandes récom-
“U penfes aux Négres, qui manquoient de tout dans celui-ci. Le Prince Budo-
"mel marquoit ainfi beaucoup de fens & de réfléxion dans tous fes difcours.
2 Il prit plaifir à faire raifonner Cada Moîto fur les principes & les cérémonies
de fa Religion. Son attachement pour la fienne n'étoit pas fi grand, qu'il
n'eut embraffé facilement le Chriftianifine, s'il n'eut appréhendé d'irriter les
Négres. Son Neveu le déclara plus d'une fois à Cada Mofto, qui étoit logé
dans fa maifon, & paroifloit charmé lui-même de l'entendre parler fur cette
matière.
La table de Budomel & des Seigneurs de fa Nation étoit entretenue par
leurs femmes , fuivant l’ufage du Sénégal. Chacune envoyoit un certain nom-
bre de plats. Les Seigneurs Négres mangent à terre fans aucune régularité,
& fans autre compagnie que [deux ou trois de leurs principaux Négres, &]
leurs Mores, qu'ils Cepardene comme autant de Précepteurs dont ils ne font
pas difficulté de recevoir les inftruétions. L'ufage du Peuple eft de femettre
dix ou douze autour d’un feul plat. Ils y portent la main tous à la fois. Mais
cet air de gourmandife n'empêche pas qu'ils ne foient fort fobres. Ils man-
gent peu à chaque repas, & leur coutume cft de recommencer quatre ou cinq
fois le jour.
La chaleur eft fi exceflive dans les Régions des Négres, qu'il n’y croît ni
froment, niris, ni aucune forte de grain qui puifle fervir à leur nourriture.
Les vignes n’y viennent pas plus heureufement. Ils ont mis leurs terres à l’é-
preuve, en y jettant diverfes femences qu’ils reçoivent des Vaifleaux Por-
| tugais. Le froment demande un climat tempéré, & de fréquentes pluyes, qu'ils
n'ont prefque jamais ; car ils paflent neuf mois fans voir tomber une goutte
d’eau du Ciel, c'eft-à-dire, depuis le mois d'Oétobre jufqu’au mois de Juin.
Cependant ils ont du millet, des féves & des noifettes de diverfes couleurs.
MLeur féve cft large, platte & d’un rouge affez vif. Ils en ont aufli de blan-
Miches, [& une très grande quantité d’une autre efpèce fort petite.] Ils plan-
“ent au mois de Juillet , pour recueillir au mois de Septembre. Comme c'eft
detems des pluyes, les rivières s'enflent & donnent à la terre une certaine
fécondité. Tout l’ouvrage de l’agriculture & de la moiffon ne prend ainfi
que trois mois. Mais les Négres entendent peu l'œconomie, & font d’ailleurs
& trop pareffeux pour tirer beaucoup de fruit de leur travail. Ils ne plantent
sd que ce qu'ils jugent néceffaire pour le cours de l’année, fans penfer jamais à
ff faire des provifions qu'ils puiffent vendre. Leur méthode pour cultiver la ter-
. re, eft de fe mettre cinq ou fix dans un champ, & de la remuer avec leurs
épées, qui leur tiennent lieu de hôyaux & de béches. Ils ne l'ouvrent pas
à plus de quatre pouces de profondeur. Mais les pluyes lui donnent aflez
| EN pour rendre abondamment ce qu'on lui confie avec tant de négli-
LEURS liqueurs font l’eau, le lait & le vin de Palmier. Ilstirent la der:
niére d'un arbre qui fe tronve en abondance dans le Pays, & qui n'eft pas
celui qui produit la date, quoiqu'il foit de la même efpèce. Cette liqueur,
qu'ils appellent Mighol, en fort toute l'année, Il n’eft queftion que. de fuire
L 3 deux
85
Capa
Mos'”o,
1455.
Table des Sei-
gnouts Né-
gres.
Alimens du
Pays.
Agriculture
des Négres..
Leurs li-
queurs, Fxcel-
lence du Mi-
ghol.
Capa
Mosvo.
145$:
Leurs fruits,
Poifons, fer-
. pens d'eau.
‘Serpens de
terre,
86 VOYAGES DES ANGLOIS EN
deux ou trois ouvertures au tronc, & d'y fufpendre des calebaffes pour re.
cevoir une eau brune, qui coule fort lentement; car depuisle matin oo
foir un arbre ne remplit pas plus de deux calcbafles, Elle eft d'un fort bon
goût; & fi l'on n'y méle rien, elle enyvre comme le vin. Cada Mofto affre
que le premier jour elle eft auli agréable que nos meilleurs vins; mais elle
perd cet agrément de jour en jour, jufqu'a devenir fort aigre. Cependant
elle eft plus faine le troifième ou le quatrième jour que le premier, parce
u'en perdant un peu de fa douceur elle devient purgative. Cada Mofto en
aifoit ufage, & la trouvoit préférable au vin d'Italie. Le Mighol n'eft pas
en fi grande abondance que tout le monde en ait à difcrétion. Mais comme
les arbres qui le produifent font répandus dans les Campagnes & les Forêts,
chacun fe procure une certaine quantité de liqueur par fon travail; & les
ses artagés fonc tuûjours les Seigneurs, qui employent plus de gens à la
recueillir.
Les Négres ont diverfes fortes de fruits, qui n'ont pas beaucoup de ref
femblance avec ceux de l'Europe, mais qui font excellens fans le fecours
d'aucune culture, quoiqu'ils puflent être encore meilleurs fi l’on prenoit foin
de les, cultiver. En général le Pays eft très-fertile. 11 eft rempli d'excellens
pâturages & d’une infinité de beaux arbres qui ne font pas connus en Euro-
pe. On y trouve aufli quantité d’étangs ou de petits lacs d'eau douce [furtit
profonds, ] remplis de poiffons qui ne reffemblent point à ceux d'Italie ;
fur-tout un grand nombre de ferpens d'eau, que les Négres nomment Ka.
katrici.
Izs ont une huile dont ils font ufage dans leurs alimens, fans que l’Auteur
ait pû découvrir d'où ils la tirent & de quoi elle eft compofée. Elle a trois
qualités remarquables : fon odeur, qui reffemble à celle de la violette; fon
goût, qui approche de celui de l'olive; & fa couleur, qui teint mieux les
vivres que le faffran.
ON trouve dans le Pays des Négres, différentes fortes d'animaux, mais
fur-tout une prodigieufe quantité de Serpens, dont quelques-uns font fort
venimeux. Les plus grands, qui ont jufqu à deux toifes (i) de longueur, font
fans pieds, & n'ont pas d’aîles, comme on a pris plaifir à le publier, Mais
ils font fi gros, qu’on en a vû plufieurs qui avalloient une Chèvre d’un feul
morceau. Les Négres racontent que ces cerribles animaux fe retirent en trou-
pes dans certains cantons du Pays, voifins des montagnes, où les Fourmis
blanches, qui font d’autres monitres, ont aufli leur retraite, & par un in-
ftinét merveilleux, bâtiflent , avec de la terre qu’elles portent dans leur bouche,
des maifons pour ces terribles voifins. L’Auteur raconte [d'après les Négres]4
que ces maifons reflemblent à des fours, & qu'on en voit jufqu’a cent cin-
quante dans un même lieu. [On peut croire jufqu’ici que la vrai-femblance#
n’eft pas bleflée, Mais Cada Mofto la ménage moins dans le récit qu’on va
lire.
il. Négres, dit-il, font de grands Enchanteurs. Ils ont recours aux char-
‘mes dans toutes fortes d’occafions, mais fur-tout à l'égard de ces Serpens. Un
Génois , homme de bon fens, lui raconta qu'étant l’année d’auparavant arr
e
(5) Angl, deux pas. R. d. E.
rien
lorfa
cercl
pens
ceptic
& qu
puille
quart
fert di
goût
clud
our re-
ufqu'au
ort bon
> affère
ais elle
pendant
, parce
ofto en
r'eft pas
comme
Forêts,
3 & les
gens à la
p de ref-
: fecours
noit foin
excellens
en Euro-
ice [fort
d'Italie;
ent Kal-
> l’Auteur
le a trois
ette; fon
ieux les
ux, mais
font fort
eur , font
br. Mais
d'un feul
dt en trou-
Fourmis
ar un in-
r bouche,
cent cin-
qu’on va
aux char-
rpens. Un
ant dans
le
s Négres | 4
femblance#
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. IL. 87
{e Pays de Budomel, & logé aufñli chez Bisboror fon neveu, il avoit enten-
du à minuit de grands fifflemens autour de la maifon. Ce bruit ayant troublé
fon fommeil , il'avoic vû Bisboror qui fe levoit, & qui donnoit ordre à deux
Négres de lui amener fon Chameau, en difant qu'il étoit tems de partir. II
Jui avoit demandé où il alloit fi tard. Bisboror avoit répondu qu'il étoit ap-
] pellé par quelques affaires, mais qu'il feroit bientôt de retour. En cffet il é-
{ toit revenu avant la fin de la nuit, Le Génois curieux d s re le fond
% de cette avanture, lui fit de nouvelles queftions à fon arrivée. N'avez-vous
pas entendu, lui dit Bisboror, des fiflemens autour de la maifon vers mi-
,
A .
CE
ARE à
de
0 nuit? C'étoient des Serpens. Si je n’avois pas employé mes enchantemens
pour les faire retourner dans leurs cantons, ils m’auroient tué une grande
partie de mes beftiaux. | |
Le Génois paroiflant furpris de ce difcours , Bisboror ajoûta qu'il n'y avoit
rien de merveilleux, & que Budomel fon oncle faifoit beaucoup plus; que
lorfqu’il vouloit empoifonner fes dards, il avoit coûtume de former un grand
éerele, dans lequel il raffembloit par la force de certaines paroles tous les Ser-
pens du voifinage; qu’enfüite il leur laiffoit la liberté de fe retirer, à l'ex-
ception de celui qu'il jugeoit le plus venimeux : que le voyant feul il letuoic,
& que mêlant dans fon fang la femence d’une certaine plante, il infeétoit fi
puiflamment fes dards, que leur moindre bleffure devenoit mortelle en un
uart d'heure. Le Génois affüroit encore que le Prince Bisboror lui avoit of-
fert de le rendre témoin de plufieurs enchantemens, mais qu'ayant peu de
goût pour cet odieux fpeétacle, il avoit refufé fes offres. Cada Mofto con-
clud de ce témoignage , queles Négres font d’habiles Sorciers; & pouffant
la crédulité beaucoup plus loin, il ajoûte que l'hiftoire des Serpens lui paroît
fort vrai-femblable, parce qu'on lui a raconté qu'en Italie même il y a des
Chrétiens qui fçavent aulli les enchanter.
LE Pays du Sénégal n’a pas d’autres animaux privés que des Bœufs, des
Vaches & des Chèvres. Il ne s'ytrouve pas de Moutons, parce qu'ilsnes’ac-
lcommodent pas d'un climat fi chaud. Ainfi la nature a pourvû, fuivant la
différence des Pays, à toutes les néceflités du genre humain. Elle a four-
pi de la laine aux Européens, qui ne pourroients’en pafler dans un Paysauf-
8 froid (4) que celui qu’ils habitent; au lieu que les écris, qni n'ont pas
befoin d’habits épais dans leurs chaudes Contrées, ne peuvent élever des Mou-
tons. Mais le Ciel y fupplée, en leur donnant du coton , qui convient inieux
à leur Pays. Leurs Bœufs & leurs Vaches font moins gros que ceux d'Italie,
jee qu'il faut encore attribuer à la chaleur. C'eft une rareté parmi eux qu'u-
Mne Vache rouffe. Elles font toutes noires ou blanches, ou tachetées de ces
\#l deux couleurs. Les animaux de proye, tels que les Lions , les Panthères, les
XF Léopards & les Loups, font en grand nombre dans le Pays des Négres. [On
ya des Chèvres & des Lièvres.] Les Eléphans fauvages y marchent en trou-
| pes, comme les Sangliers à Venife; mais ils ne peuvent jamais être appri-
| voifés comme dans les autres Pays. Cec animal étant fort connu , l’Auteur
obferve feulement qu'il eft d'une groffeur extraordinaire. On en peut juger
par
(k) Cependant dans la plûpart des pays de
VE éd ae cs pa les Habitans alloient nuds dans les commen:
0 Europe, & même dans les Lies Britanniques,
ceImens,
Cana
MosTo,
Enchante-
mens préten-
dus des Né,
gres,
Art de Budes
mel pour em-
poifonner fes
dards,
Animaux
privés.
Bêtes de
proye.
Cana
Mos#ro,
1455:
l'aufe opi-
nion qu'on à
de l'Éléphant.
Portée del
léphant, Si
nourriture,
Pcrroquets
de deux cfpe-
ces,
Manicre‘dont
ils conttruifent
leur nids.
88 VOYAGES DES ANGLOIS EN
par les dents qu'on apporte en Europe, Mais il n'en a que deux de cette efpi.
ce, à la machoire iniérieure, comme le Sanglier; avec la feule différence
que celles du Sanglier tournent la pointe en haut, & que celles de l'Éléphant
la tournent en bas. Cada Moito avoit cru, fur les récits communs, avant fon
voyage, que les Eléphans ne pouvoient plier les genoux, & qu'ils dormoient
debout. Il déclare que c'eft une étrange fauffeté, & qu'il les a vüs, non-
feulement plier les genoux en marchant, mais fe coucher & fe lever com-
me les autres animaux. On n'apperçoit jamais leurs grandes dents avant leur
mort (/). Quelque fauvages qu'ils foient naturellement, ilsne font aucun mal
lorfqu’ils ne font point attaqués. Mais fi quelqu'un les irrite, ils fe défendent
avec leur trompe, que la nature leur a donné à la place de nez, & qui eft
d'une exceflive longueur. Ils l'écendent & la refferrent à leur gré. S'ils fai-
fiflent un homme avec cette redoutable machine, ils le jettent prefqu'aufti
loin qu'on jette une pierre avec la fronde. C'eft envain qu'on croit pouvoir
échapper par la fuite. Ils font d'une vitefle furprenante. Les plus jeunes
font ordinairement les plus dangereux (1). La portée des femelles eft de trois
ou quatre petits à la fois. Ils fe nonrrilent de feuilles d'arbres & de fruits
cartilage fort (n) épais.] L’Auteur, pendant tout le fejour qu'il fit chez
les Négres, ne découvrit pas d'autres animaux que ceux qu'on vient denom-
mer.
Mais il vit un grand nombre d'oifeaux, & fur-tout quantité de perro-
uets, que les Négres haïffent beaucoup, parce qu'ils détruifent leur millec
leurs légumes. On prétend qu'il y en a de plufieurs efpèces. Cada Moito
n'en diftingua que de deux fortes ; les uns femblables aux Perroquets qu’on ap-
porte (v) d'Alexandrie, mais un peu plus petits: les autres beaucoup plus gros,
qui ont la tête brune, & le col , le bec, les jambes & le corps, mêlés de
jaune & de verd. Il en apporta un grand nombre en Europe, füur-tout de la
petite efpèce , dont plufieurs moururent dans le voyage. Cependant il lui en
refta plus de cent cinquante qu'il vendit en Efpagne, un demi-ducat piéce.
Ces oifeaux ont beaucoup d'adreffe à conftruire leurs nids. Ils ramaflent quan-
tité de joncs & de petits rameaux d'arbres dont ils formentun tiffu qu'ils ont
l’art d’attacher à l'extrémité des plus foibles branches; de forte qu'y étant
fufpendu , il eft agréablement balancé par le vent. Sa forme eft celle d’un bal-
lon, de la longueur d’un pied. Ils n’y laiffent qu’un feul trou pour leur fervir
de paflfage. On eft porté à croire que la nature leur fait choifir les branches
foibles, pour fe garantir des Serpens, à qui leur pefanteur ne permet pas
de les attaquer dans cette retraite. Les Négres ont une grande abondance de
de ces gros oïifeaux, qu'on appelle en Europe (p )Poules de Pharaon, & qu'on
y apporte du Levant. Cada Mofto, fans s'arrêter aux noms ni aux defcrip-
tions, ajoûte qu'ils en ont quantité d’autres, petits & grands, qui n'ont au-
cune reffemblance avec ceux d'Italie,
qu'ils attirent OX leur bouche avec le fecours de leurtrompe, [qui eftunit
PENDANT
(1) Angl. Leurs grandes dentsne tombent @#(n) Mais cependant très fléxible,
(o) C'eft--dire, qui venoient alors desIn-
des Orientales par cette voye. KR. d, T.
F q ) Apparemment des Poules d'Inde. KR
Jamais avant leur mort, KR. d. E,
. Cn) Angl. Is font plus dangereux quand
ils des petits, qu'en un autre tes. KR,
+
4%. Pa:
“ fois a
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… gclles d
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i n’ont au-
PENDANT
ible,
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.d. T.
s d'Inde, À
U}
d
Pavnanr le féjour qu'il fic chez Bisboror , fa curiofité le conduilic plufieurs
fois au Marché ou à la Foire des Négres, qui fe tenoit le Lundi & le Ven-
M dredi dans une Prairie, à peu de diftance de fon Habitation. Ils'y affembloic,
"0 de quatre ou cinq milles aux environs, quantité de perfonnes des deux féxes,
M avec leurs denrées; ceux qui avoient leurs Habications plus loin , avoient
0 aulli des Marchés dans leurs Cantons. C'eft-là sg reconnoît la pauvreté
0 extrême de leur Nation. On n'y voitque du millec, des légumes, des nattes
de palmier, des tuyaux de bois, des armes du Pays, un peu de coton cru,
PS quelques piéces d'étoffe. Cependant il s'y trouve quelquefois auffi [des ar-
mes, & même] de l'or, mais en forc petite quantité. Comme ils n'ont pas
de monnoye ni aucune forte de coin, le commerce ne fe fait que par des é-
changes. Îls troquent.une chofe pour une autre, ou deux pour une, fuivant
Mes différentes valeurs. Ceux qui venoient de l'intérieur du Pays s'arrêtoient
Mlong-tems à confidèrer Cada Mofto, & regardoient un homme blanc com-
mc un prodige. Ils ne paroifloient pas moins étonnés de fes habits que de
à couleur. 11 étoit vêtu à l'Efpagnole, c'eft-à-dire, qu'il portoit un man-
Mrcau fur une vefte de damas noir. Ils admiroient également la forme & la
qualité du drap. Ils lui prenoient les mains qu'ils frottoient avec leur fa-
Mive, pour s'aflürer que la blancheur n'étoit pas artificielle, La vûe de l'Au-
teur, en fe odant à cos Marchés, étoit de voir quelle quantité d'or on y
apportoit,
Les Chevaux font dans une eftime égale à leur rareté parmi les Négres,
es Arabes & les Azanaghis leur en amenent de Barbarie, & des Pays voi-
ns de l'Europe. Mais l'extrême chaleur ne les laiffe pas vivre long-tems.
D'ailleurs les [feuilles de] féves & le millet, qui font leur unique nourriture,
s engraiffent fi fort qu'ils meurent ordinairement de gras fondu , ou de ne
ouvair rendre leur eau. Un Cheval, avec le harnois, s'échange contreplu-
eurs Négres, depuis neuf jufqu’à douze & quatorze, fuivant fa beauté. Lorf.
‘un Seigneur en achete un, il fait venir fes Sorciers, qui allument un feu
herbes féches, fur la fumée duquel ils tiennent la tête du Cheval par la bri-
, en répétant quelques mots. [ls l'oignent enfuite de la meilleure huile,
le gardant pendant dix-huit ou vingt jours, fans le laiffer voir à perfonne,
lui attachent au cou certains charmes enveloppés dans du cuir rouge. A-
s cette cérémonie, le maître fe perfuade qu'il peut s’expofer avec con-
Hance à toutes fortes de périls.
Les femmes des Négres ont l'humeur fortgaie, fur-tout dans leur jeunef-
Æ, & Rene beaucoup de plaifir à la danfe & au chant. Le tems de ces
givertiflemens elt la nuit, à la lueur de la Lune. On en croit aifément
BAuteur, lorfqu'il affüre que les danfes des Négres font fort différentes de
… gclles d'Italie.
M. RIEN ne caufoit tant d'admiration à ces Barbares que les arquebufes (4)
& l'artillerie de la Caravelle Portugaife. Cada Mofto ayant fait tirer un cou
de canon devant quelques Négres qui étoient montés à bord, leur effroi fe
Qt connoître malgré eux par de violentes agitations, & parut croître encore
Jorfqu'il leur eut déclaré que d’un feul coup de cette furieufe machine, il pou-
voit
e
(a) Angl. les Arbalcttes, R d. E.
III, Part. |
DIFFERENTES PARTIES p8 L'AFRIQUE, Lav, V, Crar. Il. 8)
Cana
Mos Tu,
1455:
Marchés &
l'oires dus Né
gres.
Leur admira-
tion À la vèe
de Cada Moi:
to,
Ettime qu'ils
ont pour les
chevaux. Ils
les confervent
difficilement.
Gaicté des
femmes, &
leurs danfes.
Effroi que
l'artiilerie cau*
fe aux Né-
gres.
Capa
Mosro,
1455.
: Leur igno-
rance,
90 VOYAGES DES ANGLOIS EN
voit ôter la vie tout-d'un-coup à cent Mores, Après être un peu revenus dk
leur frayeur, ils déclarérent à leur tour , qu'une chofe fi pernicieufe ne pou.
voit étre que l'ouvrage du diable. Leur étonnement fut plus doux lorfqu'is
entendirent le fon d'une cornemufe. Les différentes parties de cec inftrumen:
leur firent croire d'abord que c'étoit un animal, qui chantoit fur différer,
tons. Cada Mofto riant de leur fimplicité, les affüra que c'étoit une fimple
machine & la mit entre leurs mains fans être enflée. ds reconnurent que c'é:
toit effeétivement l'ouvrage de l'art; mais ils demeurèrent perfaadés que
des fons fi duux & fi varics ne pouvoient venir que du ag dou divin, en
donnant pour raifon, qu'ils n'avoient jamais rien entendu de femblable. Ain:
fi tout leur paroifloit admirable , jufqu’aux moindres inftrumens du Vaif
feau. [ls prenoient les fabords de la fainte-barbe, pour des yeux vériu
bles,
Européens devoient être des forciers beaucoup plus habiles que ceux de leur
Pays, & peu inférieurs au diable même: que les Voyageurs de terre trou:
voient de la difficulté à tracer le chemin d'une Place à l’autre; au lieu qu'avec
leurs Vaifleaux , ceux-là ne manquoient pas leur route fur mer, à quelque
diftance qu'ils fuffent de la terre ; [ce que les Négres ne pourroient faire
fans le fecours du Démon. On comprend aïifément que leur ignorance dans
l'art de la Navigation, & dans l'ufage de la bouflole, étoit la caufe de leur
étonnement. Mais ce qu'ils admiroient le plus, étoitune chandelle qui bruloit
dans un chandelier. Is n’avoient jamais rien v@ de femblable, & ils étoient
enchantés de la beauté de ce fpeétacle: La feule lumière dont ils faifoient ufa
ge pendant la nuit, étoit cellc du Feu de leurs cul
Les Négres fucent le miel dans la gauffre, & laiflent la cire comme une
chofe inutile, L'Auteur ayant acheté d'eux quelques Ruches leur apprit la ma:
nière d’en tirer le miel, & leur demanda enfuite ce qu'ils croyoient qu'on pit
faire du refte. Ils répondirent qu'ils ne le croyoient bon à rien. Mais ils furen:
extrêmement furpris de lui en voir faire des chandelles, qu'il alluma dans leur
lkn'ontque préfence. Les blancs, s'écrièrent -ils, n’ignorent rien. Cada Mofto finit
deux inttru-
mens de inu-
tique.
defcription du Pays de Budomel, en nous Nha u'on n'y connoît qu
deux inftrumens de mufque; l’un qui vient des Mores (r),& qui pourroit porter le
nom de tymbale ; l'autre, qu'on prendroit pour un violon, mais qui n'a que deux
cordes, qu’on touche avec les doigts, & qui ne rend aucune harmonie.
UN fi long féjour ayant donné l’occafion à l’Auteur de connoître la plus
rande partie du Pays, il réfolut après avoir acheté quelques Efclaves, de
oubler le Cap-Verd pour faire de nouvelles découvertes & tenter la fortune.
Cada Mofto IH fe fouvenoit d’avoir entendu dire au Prince Henri, qu’au delà du Sénégal
fe détermineà H y avoit une autre rivière, nommée Gambra, d'où l'on avoit déja rapporté
doubler le
Cip-Verd.
Rencontre
de deux Vaif- partenoit à Antonio Ufo di Maro, Gentilhomme Génois, &
feaux aux-
quels il fe
JOiut,
quantité d’or, & qu'on ne pouvoit faire ce voyage fans acquérir d'immenfes
richeffes. Une fi belle efpérance lui fit regagner la Caravelle, & mettre aufi:
tôt à la voile.
UN jour au matin, il découvrit deux Bâtimens dont il s’approcha. L'un ap.
l'autre à quel
ques Portugais qui étoient au fervice du Prince Henri. Ils s’avançoient de
concert versles Côtes d'Afrique, dans le deffèin de pailer le Cap-Vercd, & de
e
chercher
(r) Ramufo le nomme Tabaube, & Grynæus l'appelle Sambuka,
ui fervoient à conduire le Bâtiment.] Ils répétoient fans ceffe que les»
déferti
arti «
ais i
leur fu
plie de
arrétèr
Is font
“mes plu
… bleffure
1& de la
ce qui
que par
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| fubjugua
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k lorfqu'ils
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oit porter le
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fclaves, de
la fortune.
du Sénégal
ja rapporté
d'immenfés
ettre auf:
. L'un ap:
tre à quek
ançoient de
ercl, & de
chercher :
À fübjuguer, & n’ont remporté que de la honte de leur entreprife.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V, Omar. I gx
1 chercher fortune en faifant de nouvelles découvertes, Cada Mofto, qui n'a-
voit pas d'autre vûefe joignit avec eux. Ils firent voile enfemble vers le Sud,
fans cefler de voir laterre, & dès le jour fuivant [ à environ trente milles d'I-
talie, de l'endroit d'où ils étoient partis,] ils découvrirent le Cap.
ON lui donne le nom de Cap-Verd, parce que les Portugais qui l'avoient
découvert pour la première fois l'année précédente , l'avoient trouvé couvert
d'arbres qui ne perdent jamais leur verdure. Il s’avance afléz loin dans la
Mer; & fa pointe eft terminée par deux petites montagnes. Autour du Pro-
montoire on trouve plufieurs Villages de Négres du Sénégal, compofés de
chaumières de découvre en pailant à la voile, La Côte a quelques bancs de
fable, qui s'étendent dans la mer l'efpace d'un demismille,
Aruès avoir doublé le Cap-Verd, les trois Vaiffeaux apperçurent trois [fes
défertes, & remplies de grands arbres. Le befoin d'eau leur fit prendre le
arti de relâcher dans celle qu'ils jugèrent la plus grande & la plus fertile,
ais ils n'y trouvèrent aucune fource, [ excepté dans un feul endroit, où il
leur fut impoñlible de faire leur pres Cependant comme elle etoit rem-
plie de nids d'Oifeaux, & d'œufs dont ils ne connoifloient pas l'efpèce, ils s'y
arrétèrent un jour entier, qu'ils employèrent à la chaffe & à la péche. Ils pri-
rent un nombre incroyable de poiffons, entre lefquels il fe trouva des [ Den-
tali &] Dorades (:) qui pefoient douze & quinze livres.
ON étoit alors au mois de Juillet. Le jour fuivant, ils continuèrent leur
courfe, en confervant toûjours la vûe de la terre. Ce côté du Cap forme un
Golfe. La Côte en eft bafle & couverte de beaux arbres, dont la verdure s'en-
retient fans cefle; c'eft-à-dire que les feuilles nouvelles fuccédant fans inter-
valle à celles qui tombent, on ne s'apperçoit jamais comme en Europe que
es arbres fe flétriflent. Ils font fi près de la mer qu'on s'imagineroit qu'ils en
ont arrofés. La perfpeétive eft fi belle qu'après avoir navigué à l'Eft & à
"AOuett, l'Auteur déclare qu'il n'en a jamais vû de comparable. Le Pays eft
ofé de plufeurs | gun rivières, dont on ne peut tirer aucun avantage, par-
æ qu'il cit impoñible aux Vaiffeaux d'y entrer.
4 Au de:là du petit Golfe, la Côte eft habitée par deux Nations de Négres,
une nommée les Barba/ins, l'autre les Serreres, qui n’ont aucune dépendance
du Sénégal. ls font fans Rois & fans Maîtres. La diftinétion ne vient parmi
kgreux que des richeffes ou des pue perfonnelles. [ Ils ne veulent pas avoir de
Maîtres, peut-être parce qu’ils craignent qu’ils n’enlèvent leurs femmes & leurs
enfans, pour les vendre, & les reduire ainfi dans l’efclavage ; comme ils voyent
4 cela fe pratique, parmi les autres Négres qui font (o0mis à des Princes. ]
* ls font idolätres, fans aucunes loix, & d’un caraétère fort cruel. Leurs ar-
mes plus familières font l'arc & la fléche. S'il fort une goutte de fang de la
a bleffure , on en meurt immédiatement. Ils font du plus beau noir du monde,
Wu & de la plus belle taille. Leur Pays eft rempli de bois, de lacs & de rivières;
ce qui fert merveilleufement à les défendre, car on ne peut approcher d'eux
44 $ $ L H . . .
que par des défilés fort étroits. C’eft auffi ce qui a toûjours fervi à la confer-
vation de leur liberté. Les Rois du Sénégal ont tenté plufieurs fois de les
EX
(s) Ramuño dit Orate Vecchie; Gryneus »Ojtreas Veteres.
M 2
Cana
Mosvo,
1455:
Cap-Verd.
Trois iles
voilfincs du
Cap.
Verdure con.
tinuelle des
arbres,
Nations des
Barbafins &
der Serrercs,
Capa
Mos:vo,
1455.
Rivière de
Barbafini.
Un Interpré-
1: defcend au
rlvage,
left mai.
ré par les Né-
t'es,
Grande Ri-
viuie de Gam-
bra.
On y entre.
VOYAGES DES ANGLOISEN
EN avançant au long de cette Côte avec le vent au Sud, nos Navigateurs
découvrirent l'embouchure d'une rivière, qui eft large d'une portée d'arc,
mais fans profondeur. Ils lui donnèrent le nom de Larbafini , qu elle porte en
effet dans les Cartes qu'on a publiées de ce Pays, à foixante milles du Cap
Verd, Ils continuèrent de fuivre la Côte pendant tout le jour; & le loir, ils
jettèrent l'ancre à quatre ou cinq milles du rivage. Aulever du Soleil, ils re-
mettoient à la voile, avec la précaution d'avoir fans ceffe un homme au foin.
met du grand mûe, & deux à l'avant du Vaïiffeau, pour obferver fi la mer
battoit fur quelque roc ou fur quelque banc de fable, Ils arrivérenc à l'entrée
d'une autre rivière, qui ne paroifloit pas moins large que celle du Sénégal,
Sa beauté, & celles des drbres qui la bordoient jufqu'à la pointe du rivage,
les déterminèrent à faire defcendre un de leurs Interprètes Négres. Cnaque
Vaifleau en avoit quelques-uns , qu'il avoit amenés de Portugal, anciens Ef
claves que les Portugais avoient enlevés (#7) dans leurs premiers voyages, &
qui avoient fort bien appris la langue de leurs Maîtresÿ [ils avoient em-}
braffé le Chriftianifme, Leurs Maîtres les avoient laiffé parcir à condition que
ceux à qui ils les avoient confiés, leur donneroient pour chacun deux Efclaves
à leur choix d'entre ceux qu'ils rameneroient; & fi l'un de ces Interprétes
pouvoit faire avoir quatre Éfclaves à fon Maître, il oscenoit fa liberté. ] On
tira au fort lequel des trois Vaifleaux enverroit les fiens à terre, Ce fur celui
du Gentilhomme Genois. 11 dépécha aufli-côt une Barque armée, avec ordre
à fes gens de ne pas defcendre au rivage , avant que d'y avoir débarqué l'In-
terpréte , qui étoit chargé de prendre des informations fur le Gouvernement &
fur les richefles du Pays; [ Dés que les habitans avoient vû les Vaiffeaux qui
s'approchoient de la Côte , ils avoient pris leurs armes, & s'étuient mis en
embufcade, pour fe faifir de ceux qui déoarqueroient.]
Czux qui conduifoient la Chaloupe, mirent l'interpréce à terre, & s'étant
éloignés à quelque diftance, ils virent plufeurs Négres du Pays qui s'avan-
oient à fa rencontre, Mais après quelques difcours, ils les virent tomber
fur lui avec leurs armes (uv), & le tuer miférablement fans qu'ils puñent lui
donner du fecours. Cette nouvelle, qu'ils fe hâtèrent de porter à la Flotte,
fit juger aux Commandans qu'une Nation capable de traiter un Homme du
Pays avec cette cruauté, n'auroit pas moins de barbarie pour eux Jls con-
tinuérent de ranger la Côte, qui étoit baffle, mais toûjours couverte d'ar.
bres, dont la beauté ne faifoit qu'augmenter. Enfin ils arrivèrent à l'embou-
chure d'une fort grande rivière. Dans fa moindre largeur, elle n'avoit pas
moins de trois ou:quatre milles, & rien ne paroilloit s'y oppoler à la naviga-
tion. Ils y entrèrent avec confiance, & le jour fuivant ils apprirent que c'é-
toit la rivière de Gambra.
Les gèns des trois Caravelles fe crurent proches de quelque riche Con-
trée, qui alloit les dédommager d'un voyage pénible & remplir toutes leurs
efpérances. Ils réfolurent de fe faire précéder par le plus petit des trois Bi:
timens, qui avanceroit aufli loin qu'il feroit poflible; avec ordre, s'il ren-
controit Ep bancs de fable, de fonder toutes les profonieurs; &, fi la ri-
vigre fe trouvoit toûjours navigable, de retourner inceffamment, de jetter
l'ancre
(vu) avec leurs Gomies , forte d'épées cour
tes que portent les Morcs, KR. dE,
91
(t) Æigl. que les Portugais avoient ache-
té des Seigneurs du Sénégal KR, d, E,
L
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1 Sénégal.
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qui s'avan-
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à la lotte,
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verte d'ar-
à l'embour-
n'avoir pas
k la naviga-
ont que Ç É-
riche Con-
outes leurs
s trois Ba:
, Si ren-
,fi ar
, de jette
l'ancre
d'épées cour
DIVFÈRENTES PARTIES o6 L'AFRIQUE, bar, V, Cuav, LL y;
l'ancre & de faire connoicre le fuccès de fon entreprife par des fignes, Il
ne trouva pas MOINS de quatre brallès ; fur quoi, lorfqu'il eûe dons les M hd
vis dont on étoit convenu, on prit encore la réfolution d'envoyer avec lui 145 s.
les Chaloupes bien armées, avec ces inftruétions: que fi les Né Les ke - |
noiens acraquer , la Caravelle & les Chaloupes retournaffent fans ide dif.
pute, parce qu il n'évoit pas queftion d'employer la force pour une entree
jrife de commerce, & qu'il ue falloir rien elpérer que de la civilité & de la
et sel à
,&s Chaloupes ayant commencé à remonter la rivière
dant l'efpace de deux milles, douze & feize brafles à fond. Re - rs
rent d'avancer, & les deux rives lui parurunc toûjours extrèmemer De Dent des Ne
par la multitude de beaux arores dont elles étoient bordées Mais s' de LES
vant qu'elles commençoient à fe courber, & que les détours dev ent ré. sb
. dans les terres, elles ne jugèrent point à-propos de pénétrer lus | À.
in retournant ; elles apperçurent, à l'entrée d'une petite rivière # ee
boit dans lu grande , trois petites Barques, que les Négres nomm : ‘AI $
dies, [& que les lcaliens appellent Zoppoli, ] compoiéss d'une f = ièce
de bois, dans la forme de nos Efquifs. Quoique les Vo à ns fu Pfler
forts pour fe défendre, la crainte des fléches énpolionles … e gen w
ordres de leurs Chefs, leur fit prendre leurs rames avec une dilige ges
L'erêne, Ils rejoignirent la Caravelle; mais n'ayant pas été moins res iv
par les Né res, ils furent furpris en arrivant à bord de ne les vol! lc à *
d'eux qu'à la porcée de l'arc. Ces Barbares é.oient au nombre cg ne
outrente, Ils parurent étonnés, à leur tour , d'un fpsétacle aufñi He ,
pour eux que celui de la Caravelle, Ils demeurèrent quel ue tem à la d ù Nigrue
regarder : mais on employa inuulement toutes fortes de fi se. $ & d'i es Soi
tions pour les faire approcher, Eofin ils remontèrenc fur nes trace pi
b le jour fuivant, à trois heures du matin, les deux Coravelles, i é
Wien demeurées à l'embouchure, de de trouver des gens de é- .
lifes que ceux qu'on avoit vi dans lus Alimadies ], profitèrent de L'art & of Carl
“d'un petit vent pour entrer dans la rivière, & réjoindre leurs Com cree ls concre les
ÆEliles À engagèrent l'une à la fuite de l'autre. Mais à peine ns tin si
monté efpace de trois ou quatre milles, qu'elles fe virent fuivies d' be
pere Almadies, fans pouvoir juger d'où celles ven jient, "Elles roviré
ne Due e mme Dur DE ours is Rae
D oifonnées. i pouvoit fervir à les défendre contre leurs fléches em-
" Aja dd. DO Cu ag ta à Les Almadies fe trouvoient
. fe divifant en deux lignes elles le tinrent a ” I % ri
: a ( ntre, es étoient au
nombre de quinze, qui portoient environ cent cinquante Négres, tous bien:
J
* ii f. . ». 1 la ; .
SEE uit, 1 ln er jones nchs de con, & fa
5 ; : eau blanc, relevé d'un côté F
18 » CN à L un - . à
à leur donnoit l'air fort guerrier. A la proue de Rte pus qui
: . î adie, égre,
. couv ; : i ie
M ro he dr fembloit être du cuir, obfervoit les objets
D Vale ils cens ans la fituation où ces Barbares étoient aux deux côtés
F ge Pt vtr : ramer, & tenant leurs rames levées ils regar-
dk latiele des hd admiration. Ils demeurèrent ainfi tranquilles juf-
qu'à l'arrivée des deux auures Bâtimens, qui s'égoieat hâtés de inner La
. M 3 vûë
94 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Cana vüe du péril. Lorfqu'ils les virent fort proches, ils abandonnèrent leurs ra.
Mosro. mes, & fans autre préparation, ile fe mirent à lancer leurs fléches. Les trois
1455. Caravelles ne firent aucun mouvement; mais elles tirèrent quatre coups de
L'artilleric canon qui rendirent les Négres comme immobiles. Ils mirent leurs arcs à
les eflraye. Lors pieds, & jettant les yeux de tous côtés avec les dernières marques de
frayeur, ils paroifloient chercher la caufe d'un bruit fi terrible. Cependant
s'étant rafdrés lorfqu'ils eurent ceffé de l'entendre, ils prirent courage &re-
commencèrent à tirer avec beaucoup de furie. Ils n’étoient plus qu'à la diftan.
ce d'un jet de pierre. Les Portugais leur envoyérent quelques coups d’arquebu-
fe (x), dont le premier perça un Négre au milieu de la poitrine , & le fittom.
ls repren- ber mort. Sa chute effraya les autres, mais elle ne les empêcha point de con-
nent courage. tinuer leur attaque. On leur tuabeaucoup de monde, fans perdre un feul hom-
me fur les trois Vaiffeaux.
CEPENDANT lorfqu'’ils eurent remarqué leur perte, ils prie la réfoluti-
on de tourner tous leurs efforts fur la plus petite des trois Caravelles, qui é-
toit fort mal armée. Cada Mofto jugea de leur deffein par la diverfité de leurs
mouvemens. Il fit avancer la petite Caravelle entre les deux autres. L'ordre
fut donné en même tems pour une décharge générale de l'artillerie & des ar-
quebufes (y). [ Quoiqu'on prit encore foin de ne pas tirer fur les Almadies,#
le bruit & l'agitation même de l'eau caufèrent tant d’épouvante aux Négres,
Is fe reui- qu'ils fe retirérent en défordre. ] Aprés leur départ, on lia les trois Caravelles
rent avec per. Enfemble, & par le moyen d'une feule ancre on les rendit aufli fermes qu’un
te. Vaiffeau l'eft dans le plus grand calme.
Capa Moîto chercha l'occafion, pendant les jours fuivans, de faire con-
noître aux Habitans du Pays , qu'on ne penfoit point à leur nuire. Les Interpré-
tes s'approchèrent d'une Almadie, faluëérent les Négres dans leur langue, &
leur demandèrent pourquoi ils avoient attaqué des Etrangers qui ne defiroient
que leur amitié, comme ils s’étoient procuré celle des Négres du Sénégal,
Eflorts des ® qui étant venus d'une Région fort éloignée, avec des préfens pour eux de
Portugais la part du Roi de Portugal, n’afpiroient qu’à d'heureufes conditions de paix
A lier a & de commerce. Ils les prièrent de leur apprendre du moins quel étoit le nom
bo de leur Pays, & celui de leur rivière; & les invitant à venir prendre fur les
trois Vaifleaux toutes les marchandifes qui pourroient leur plaire, ils les affü.
rèrent qu'on ne leur demanderoit en échanges qu'une petite partie de leurs
propres commodités, ou rien même, s'ils ne fe croyoient obligés de rien
donner en recevant beaucoup.
Ils rejettent À toutes ces inftances, les Négres répondirent qu'ils avoient entendu par-
la paix &le ler des Blancs & de leur arrivée au Sénégal; qu’il falloit être bien mé-
commerce. chant pour former avec eux quelqueamitié, puifqu'on n’ignoroit pas que leur
nourriture étoit la chair humaine, & qu’ils n'achetoient des Négres que pour
les dévorer: que pour eux, ils ne vouloient aucune liaifon avec des gens fi
cruels; qu’ils s’efforceroient de les tuer, & qu’ils feroient préfent de leurs
dépouilles à leur Prince, qui faifoit fon féjour à trois journées de la mer ; que
leur Pays fe nommoit Gambra (2), & leur rivière d’un autre nom, dont l’Au-
teur
(x) Angl. coups d'arbalêtes, dont ils ad- (2) Il paroit ici que le vrai nom de «
miroient les dards. R. d. E. Pays [& non de la Rivière] eft Gambra &
.(y) Angl. des arbalètes. KR. d. E. non Gambia, comme plufieurs Hiftoriens l'é
crivent
it leurs ra-
Les trois
> coups de
urs arcs à
narques de
Cependant
rage &re-
à la diftan-
d'arquebu-
le fittom-
int de con-
a feul hom-
la réfoluti-
les, qui é-
ité de leurs
es. L'ordre
» & des ar-
Almadies,i
ix Négres,
Caravelles
rmes qu'un
faire con-
es Interprè-
langue, &
e defiroient
lu Sénégal,
pour eux de
ns de paix
toit le nom
ndre fur les
ils les aff.
ie de leurs
és de rien
entendu par-
e bien mé-
pas que leur
es que pour
des gens fi
ent de leurs
la mer ; que
à, dont l’Au-
teur
ai nom de €
eft Gambra &
Hiftoriens lé :
crivent
L]
4
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE;, Liv. V. Car. II. 95
M teur ne put fe fouvenir. Pendant cette conférence, le vent devint fi favorable
“0 queles trois Caravelles en profitèrent pour s'avancer vers les Négres. Mais SLR
ne ls prirent la fuite à cette vûe ; & telle fut la fin d’une guerre pour laquelle 1455 |
MY Cada Mofto avoit beaucoup plus d'éloignement qu'eux. ’ |
“NU Les Commandans des trois Caravelles n'en réfolurent pas moins deremon- Retour des
trois Caravel-
ter la rivière l'efpace de cent milles, dans l'efpérance de rencontrer des Peu-
ples mieux difpofés. Mais ils trouvèrent de la réfiftance dans leurs Matelots
qui , dans l'impatience de retourner en Europe, déclarèrent ouvertement qu'ils
“\ n'iroient pas plus loin. Cada Mofto & les autres Chefs, fe défiant de leur au- °
… torité, prirent le parti de mettre le lendemain à la voile pour retourner au
, Cap-Verd. |
à PENDANT le féjour qu’ils avoient fait dans la rivière, ils n’avoient va Obfervations
qu une fois l'étoile du Nord, & fort bas à l'Horizon; car l'ayant obfervée aftronomi-
ans un tems fort clair, elle ne paroïifloit que de la hauteur d’une lance au- Lu
deffus dela mer. Ils obfervèrent aufi prefqu’a la même élévation fix étoiles
fort grandes & fort brillantes, qui fe préfentoient au Sud fous cette figure, &
4. ils prirent pour le Chariot. Mais n'ayant point encore perdu de vûc
*5** l'étoile du Nord, ils ne pouvoient efpéèrer de voir mieux cette conftel-
lation. Dans le même endroit, ils trouvèrent que le 1 de Juillec, la lon-
jueur de la nuit étoit d'onze heures & demie, & celle du jour à pro jortio
Le climat eft exceflivement chaud. On affüra l’Auteur que dans Picésions
des terres, la pluye même eft d’une chalèur extrême. Cependant l'air devient
quelquefois plus tempéré; & le terms, où cette diminution arrive, porte le
om d'Hyver. Il commence au mois de Juillet, par des pluyes qui continuent Chaleur 4
ufqu au mois d'Oétobre, & L tombent tous les jours vers midi. Lorfau’il Climat. |
élève des nuées au Nord-Eft quart à l'Eft, ou à l'Eft-Sud-Eft, les te
ont accompagnées de violens tonnerres. C'eft néanmoins dans cette Rai à &
e les Négres commencent à planter & à femer, comme ceux du Séné al. ‘
eurs vivres font le millet, les légumes & les racines, la chair de Ces
le lait. Ils ont des crépufcules fort courts, car il ne fe pafñfe pas plus d’ hi
Marc d'heure entre les ténébres & le lever du Soleil. Dans ce petic intervalle
18 Ciel paroît troublé, comme s'il étoit obfcurci par une fumée épaiffe. Ca-
de pr sans ue cette fubite ARE du Soleil vient de ce que le
pire l'équipage] ans montagnes, [& il dit que ce fut-là lé fentiment de
{it
j
les,
pparences
oleil.
5 3 , À H ,. vie
un M ns Lt orgie qu'il Lu Rivière que Gi ou Fi, qui fignifie Ri-
_FEÇU. ant v'il n’a ja- vi i i
is entendu les Habitans nom alitremant VI. der D
HIkX KE
ee
Cana
MosTo,
I, Voyage,
1456.
Motifs du fe-
cond voyage
sie Cada Mof-
to.
Tempète,
qui lui fait dé-
couvrir les If
Jes du Cap-
Verd.
Il defcend
dans la pre-
mière, & la
trouve défer-
te.
Ses gens en
découvrent
d'autres.
La
g6 VOYAGES DES ANGLOGOIS EN
CS MED TD ME GE ABS 4e ar Es LD LE LÉ 2 AV AE CL LE EEE
CH A PIT R E III.
Second Voyage d'Aluife da Cada Mofto en 1456, €? découverte des Ifles
du Cap-Verd.
À barbarie des Négres de Gambra & la révolte des Matelots Portugais
n'ayant pas laiffé le tems à Cada Mofto de connoître parfaitement ke
Pays, il s’affocia l’année fuivante avec le Gentiliomme Génois qu'il avoit ren:
contré, pour recommencer le même voyage. Leur projet fut fi agréable a
Prince Henri, qu'il les fit accompagner d’une troifième Caravelle équipéeen
fon nom. Les trois Bâtimens partirent de Lagos au commencement du mois
de Mai. Un vent favorable les porta dans peu de jours aux Canaries ; & fans
s’y arrêter, ils continuérent leur courfe avec la même faveur du Ciel jufqu'i
la vûe du Cap-Blanco. Mais ayant tenu la mer pendant toute la nuit fuivan:
te, ils furent furpris avant la fin des ténébres par un orage du Sud-Ouecf,
qui les fit porter Ê l'Oueft quart au Nord, Hendane trois jours & deux nuits,
pour céder à la violence des vagues plûtôt que de retourner en arrière. Le
troifième jour , ils découvrirent la terre, avec une joye extrême de la trou
ver dans un lieu où ils s’en croyoient fort éloignés. Deux hommes, qu'ils fi:
rent monter au Perroquet ayant reconnu clairement deux grandes Ifles, li
fatisfaétion fut d'autant plus vive fur les trois Vaiffeaux , que tout le monde
fe perfuada qu’elles étoit ignorées des Européens. Comme on les crut inha
bitées, & que les Chefs n'afpiroient qu’à trouver l’occafion de s'enrichir , ik
oublièrent la Gambra, pour faifir ce que la fortune leur préfentoit. Ils cher.
chèrent un ancrage commode autour de l’une des deux Ifles, & l'ayant trou
vé, ils dépêchèrent au rivage une Chaloupe bien armée.
nu ELQUESs Matelots, qui prirent terre, rapportèrent qu'après avoir pou
fé alez loin leurs recherches, ils n’avoient découvert aucune marque d’habi:
tation. Le jour fuivant, Cada Mofto, pour éclaircir tous les doutes, fit def:
cendre dix hommes armés de fufils & d’arbalêtes, avec ordre de fe rendr
au fommet d’une montagne qui paroifloit fort élevée, & d'obferver de-h,
non-feulement fi l’Ifle étoit habitée, mais s’il n’y en avoit pas d’autres à l
portée de la vûe. Ils ne virent point d'Habitans; maisils trouvèrentun pro
digieux nombre de Pigeons qui fe laifloient prendre à la main, & dont ik
apportérent leur charge aux Vaiffeaux. De la montagne ils avoient découver
trois autres [fles, dont l’une étoit fous le vent, vers le Nord; &les deuxai
tres au Sud, dans leur route, à la vûe l’une de l’autre. Ils avoient crû décor
vrir encore à l’Oucit quelque chofe qui reffembloit à des Ifles, mais dans un
fi grand éloignement qu’ils n’avoient pû les diftinguer. Cada Mofto futpei
tenté de s’y rendre, parce que les jugeant défertes, comme celle où les Car
velles avoient abordé, il craignit d'employer inutilement une faifon précieult
Mais il eut l'honneur d’en avoir découvert quatre. Ceux que cette nouveil
y cor
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nt crû décou-
ais dans if
ofto fut pti
e où les Cart
on précieulé
tte nouvelf
y col
ER
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. III. 97
vconduifit après lui (4) en trouvèrent dix, de différentes grandeurs, habi-
mr
Ù {ces feulement par des Pigeons.& d'autres Oifeaux. Les trois Caravelles levé-
rent l'ancre, pour s'approcher des deux qu'on ne vo oit point encore du fom-
met des Mâts. Elles fe firent bientôt appercevoir, & l'une paroiffant couverte
à d'arbres, on chercha le moyen d'y aborder. Le hazard fit découvrir l’embou-
chure d'une rivière. Comme l’eaû manquoit fur la flotte, on y mouilla pour
renouveler la provifion. Plufeurs Matelots, qui remontèrent affez loin dans
la Chaloupe, apperçurent des lacs couverts de fort beau fel, dont ils appor-
tèrent une grande quantité fur leur bord. L'eau de la rivière ne leur parut pas
moins bonne. Ils y trouvèrent une multitude de Tortues, dont plufieurs a-
voient l’écaille de la grandeur d’une ‘T'argette. Ils en prirent un grand nom-
» brequeles Cuifiniers de la Flotte préparèrent diverfement, comme ils avoient
© déja fait au Golfe d'Arguim, où les Tortues font dans la même abondance,
mais beaucoup plus petites. La curiofité en ayant fait goûter à l'Auteur ,illes
trouva d’aufñfi bon goût que le veau, & d’une odeur excellente. On prit le
parti d’en faler une bonne quantité pour la provifion du voyage.
Cana Mofto fit pêcher d’autres Poiffons dont l'abondance lui parut furpre-
nante; & fans en connoître les noms, on en mangea beaucoup, avec autant
00 d'admiration pour leur groffeur que pour leur bonté. L’embouchure de la ri-
M viére eft large d’une portée d'arc. Son lit peut.recevoir un Bâtiment de cent
UN cinquante tonneaux. La flotte y paffa deux jours à fe rafraîchir, & n'en partit
M qu'avec d'excellentes provifions, entre lefquelles il faut compter un nombre
| incroyable de Pigeons gras. Cada Mofto nomma la première de ces Ifles,
Buena Vifta, comme la première fur laquelle fa vûe étoit tombée à la fin de
la tempête; & l'autre S. Tage, parce qu'il étoit parti de Lagos (b) le jour de
Saint Jacques & de Saint Philippe.
IL remit à la voile pour s'approcher du Cap-Verd; & tombant à la vûe de
"la terre dans un lieu nommé Spedegar, il ne ceffa plus de fuivre les Côtes juf-
qu'aux deux Palmes, lieu fitué entre le Cap - Verd & la rivière du Sénégal.
Ml connoifloit fi bien cette mer que dès le jour füuivant il doubla le Cap. Il
continua de s’avancer fans obftacle jufqu'a la rivière de Gambra , dans laquelle
4 ne fit pas difficulté de s'engager aufli-tôt. Quelques Négres qu'il rencontra
dans leurs Almadies n’eurent pas la hardieffe de s'approcher de la Flotte. On
remonta , la fonde à la main, l’efpace d'environ dix milles, jufqu’a la vûe
x# d'une Ifle dont on s’approcha pour y pe l'ancre. [ Elle avoit la figure d’un
fer (c) à repañfer. ] Un Matelot de la Flotte, qui fe nommoïit André, étant
mort le même jour, il yfutencerré, & comme il étoit aimé de fes Compagnons,
ils donnèrent à cette Îfle le nom de Saint André, quelle porte encore.
ON continua de remonter la rivière de Gambra, fans faire beaucoup d’at-
tention à quelques Almadies, qui fuivoient de loin les Caravelles. Cependant
… Cada Mofto mit dans fa Chaloupe quelques-uns de fes Interprétes, pour ten-
ter
ES
Fée
Re
Ta) Cet endroit fait connoitre que la Re-
lation de Cada Mofto fut compofée quelques
années après fon Voyage, & qu'elle fait ici
ailufion à la découverte d'Antoine de Noli, en
1462. Ileft furprenant que Faria n’ait pas
parlé de Cada Mofto, à qui l'honneur de cette
III, Part,
découverte appartient proprement.
(b) Angl. parce qu'ii y avoit jetté l'ancre.
R dE
Le À( c) Ramufo l'appelle Poletine. Cette Ifle
femble être celle de St. Jaques, quoique les
diftances ne s’accordent pas trop bien.
N
Capa
Mosro,
II. Voyage,
1456.
Rafraichifle-
mens qu'il
trouve dans
la feconde.
Rivière com-
mode.
Cada Moîfte
nomine deux
Ifles du Cap-
Verd, Buena
Vifta, &sS.
Jago.
Il arrive à la
Rivière. de
Gambra & la
remonte.
08 VOYAGES DES ANGLOIS EN
CADA ter les Négres par de nouvelles invitations. On leur fit voir quantité de coli
Mosro. fichets. On les leur offrit. On leur répéta mille fois qu'ils pouvoient s’appro-
IL. Voyage. cher fans crainte, & qu'ils ne devoient attendre que des bienfaits & des
s D LE carefes d'une troupe d'Etrangers qui leur reffembloient aufli peu par la féro-
uxattirens les Cité que par la couleur. Enfin, furmontant leur défiance, ilss'avancèrent par
Négres, degrés ; & deux d’entr'eux (4), quientendoient parfaitement le langage des In-
terprétes, montérent fur le vaifleau de Cada Mofto. Ils marquérent beaucoup
de furprife en voyant l'intérieur de la Caravelle, avec toutes fes voiles & tous
fes agrets; [Ils n’avoient pas d'idée qu'on put aller fur mer autrement qu'àg "2
force de rames.] Ils ne parurent pas moins étonnés de la couleur & de l'ha-
billement des Etrangers.
On leur fit beaucoup de civilités, & l’on y joignit plufieurs petits préfens,
dont ils parurent extrèmement fatisfaits. Cada Mofto leur demanda le nom
Informations de leur Pays & celui de leur Prince. ils répondirent que le Pays fe nommoit
u'on reçoit Gambra, & leur Prince Forofangoli; que fa réfidence doit entre le Sud & le
dE Sud - Oueft à neuf ou dix journées de diftance; qu’il étoit tributaire du Roi
de Melli, le plus grand Prince des Négres: mais que des deux côtés de la
rivière il y avoit quantité d’autres Seigneurs dont la demeure étoit moins
éloignée; & que fi Cada Mofto fouhaitoit d’en être connu, ils lui en feroient
voir un qui fe nommoit Battimanfa. Cette offre fut fi bien reçue, que redou-
blant les carefles, on garda les deux Négres dans la Caravelle, en continuant
de remonter fuivant leur direétion. Enfin l’on arriva près du lieu où Bacti-
manfa faifoit fa réfidence; & fuivant le calcul de l’Auteur, ce ne pouvoit être
à moins de quarante milles de l'embouchure.
IL faut obferver qu'on n’avoit pas ceflé de remonter à l’Eft, quoiqu'on cût
rencontré plufeurs autres rivières qui tombent dans celle de Gambra. Dans
CadaMofto Je lieu où l’on étoit arrivé, fa largeur n’étoit plus que d’un mille. On yjetta
députe au , "M ! ‘ ;
Drnce pari. l'ancre; & Cada Mofto députa au Prince, avec les deux Négres, un de fes
manfa, Interprétes, qu’il chargea de quelques préfens, [ & entr’autres d’un bel ha-x
bit de foye, fait en forme de chemife, & nommé par les Mores Alzimba.]
Il leur donna ordre aufli de déclarer à Battimanfa qu'un Roi Chrétien, qui fe
nommoit le Roi de Portugal, avoit envoyé de l'extrémité du Monde quelques-
uns de fes Sujets pour lui offrir fon amitié, & des richefles inconnues aux À.
friquains, que le Ciel avoit accordées aux Royaumes de l'Europe.
Aussi-T Ô r que les Meffagers eurent expliqué leur commiffion à Battiman-
Traité de fa, ilenvoya quelques Négres à la Caravelle. On fit avec eux un traité d’ami-
perles tié, & divers échanges pour de l'or & des Efclaves. Mais la quantité d’or n’ap-
be prochoit pas des efpérances qu'on avoit conçues fur lerécit des Peuples du Sé-
négal, qui, étant fort pauvres, avoient une haute idée des richeffes de leurs voi-
fins. D'ailleurs les Négres de la Gambra n’eftimoient pas moins leur or que les
Portugais. Cependant ils marquèrent aufli tant de goût pour les bagatelles de
l'Europe, que les échanges furent affez avantageux. Pendant onze jours que
les Caravelles demeurèrent à l'ancre, il y vint, des deux côtés de la rivière,
un grand nombre de ces Barbares, les uns attirés par la curiofité, d’autres pour
vendre leurs marchandifes, entre lefquelles il fe trouvoit toûjours quelques
anneaux d’or. {ls apportoient du coton cru & travaillé. La plûpart des piéces
étoient
C4". nel. 1n d'eutreux, R. dE.
la cra
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Car
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ve. L
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ignoran
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car. IT. 99
de coli- étoient blanches; quelques-unes rayées de bleu, de rouge & de blanc. Ils Cana
A pre avoient auffi de la civette, & des peaux de l'animal du même nom; de gros Mosro.
s & des Singes & de petits, qu'ils donnoient à fort bon marché, c'eft-à-dire pour Ja H, Voyage.
' la féro- en 2 de.neuf ou dix liards. L’once de civette ne revenoit pas à plus de neuf RAA Ë )
crent par ou dix fous. Ils ne la vendoient point au poids, mais à la quantité, D'autres vantageux. |
ge des In- apportèrent des fruits, fur-tout k :s dattes fauvages, que les Matelots man-
beaucoup geoient avidement, quoiqu'ils les trouvafTent inférieures à celles de l'Europe,
les & tous & d'un goût fort différent. Cada Mofto n’y voulut pas toucher, par ménage-
ment quaf : ment pour fa fanté.
& de l'ha- fl Les Caravelles étoient continuellement remplies d'une multitude de Né- Curioficé des
; Ù gres, qui ne fe reffembloient ni par la figure ni par le langage. Ils arrivoient Négres.
| préfens, " s'en retournoient librement dans leurs Almadies, hommes & femmes, a-
a le nom ® vec autant de confiance que fi l'on s'étoit connu depuis long-temps. Ilsn'ont
_nommoit pas d'autre inftrument que leurs rames pour la navigation. Leur ufage eft de
Sud & le ramer debout, fans tenir les rames appuyées fur le bord de la Barque. Elles
e du Roi font de la forme d'une demi-lance, longues de fept ou huit pieds, avec une
tés de la planche ronde, de la grandeur d'une affiette, qui eft attachée à l'extrémité.
oit moins Îls s’en fervent fort adroitement au long des Côtes & dans leursrivières; mais
n feroient la craince d'être pris par leurs voifins & vendus pour l'efclavage, ne leur per-
ue redour- met guères de fe hazarder trop loin dans la mer.
Mes Cana Mosro s'étant apperçu que la fièvre commençoit à fe répandre en-
où Batti-
tre fes Gens, fit.confentir les autres Chefs à répagne l'embouchure du fleu-
ve. Les foins qu'il avoit donnés au commerce ne l'avoient point empêché de L:
faire fes obfervations fur les ufages du Pays. Il avoit remarqué que la Reli- Leur Religion
uvoit être
iqu'on cût gion des Négres de la Gambra confifte en diverfes fortes d’fdolâtries. Ils re- Sleurs ufiges,
ra. Dans À! connoiflent un Dieu; mais ils font livrés à toutes les fuperftitions de la for-
Onyjettù M cellerie. On voit parmi eux quelques Mahométans , qui n’ont pas néanmoins
un de fes 0 d'habitation fixe, & qui portent leur commerce dans d’autres Contrées, fans
n bel ha-x “4 que les Gens du Pays connoiffent leurs marches & leurs diverfes relations (e).
Alzimba. | A I ya peu de différence, pour les alimens, entre les Négres de la Gambra &
en, qui fe 0 ceux du Sénégal. Mais ils mangent de la chair de chiens, ufage que l’Au-
e quelques- teur n'a vû dans aucun autre lieu. Leur habillement eft de toile de coton,
1es aux À: “qu'ils ont en abondance; ce qui eft caufe fans doute qu'ils ne vont pas nuds
comme au Sénégal, où le coton eft plusrare. Les femmes font vêtues com- Ufage des
Battiman. me les hommes ; mais elles prennent plaifir dans leur jeunelle à fe faire, fur femmes.
aité d’ami- les bras, fur le cou & fur la poitrine, différentes figures avec la pointe d'un
d’or n'ap- \ aiguille chaude. La chaleur du climat eft extrême, & ne fait qu’augmenter
ples du Sé- … à mefüure qu'on avance vers le Sud. Cada Mofto le trouva beaucoup plus
leurs vor * chaud fur la rivière qu’au rivage de la mer, parce que la grande quantité
or que les d'arbres qui couvrent fes bords y tient l’airrenfermé. Il en vit und’unegrof- Gsoffeur de
gatelles de feur prodigieufe, près d’une fource d’eau fort fraîche où les Matelots fai- arbres.
jours que foient leur provifion. Ayant pris la peine de le mefurer, il lui trouva dix-
la rivière, fept coudées de tour. L'arbre étoit creux; mais fon feuillage n’en étoit pas
autres pour moins verd, & fes branches répandoient une ombre immenfe. Il s’en trou-
s quelques ; ve
des piéces
étoient (e) Angl. parce que les gens du Pays font fort € non ffanno fermi a cafe perche li'paefani non
ignorans; ce que Ramufio exprime en difant ne fanno cofa alcunña. R. d. E.
N 2
CaDA
MosTo.
II. Voyage,
1456.
Multitude
d'Eléphans.
Chañfe de ces
animaux,
| On mange
leur chair,
Serpens & au-
tes animaux,
Chevaux-M:1-
rins & leur 1i-
gure,
599 VOYAGES DES ANGLOIS EN
ve néanmoins de plus grands encore; d'où l'on peut conclure que le Pays eft
fort fertile. Aufi eft-il arrofé par un grand nombre de ruiffeaux.
IL eft rempli d'Eléphans; mais les Négres n'ont encore pû trouver l'art
de les apprivoifer. Pendant que les Caravelles étoient à l'ancre dans le fleu-
ve, trois Eléphans fortis des bois voifins vinrent fe promener für le bord de
l'eau. On y envoya aulli-côt la Chaloupe avec quelques gens armés; mais à
leur approche, les Eléphansrentrèrent dans l'épaiffeur du bois. Ce font les
feuls que l'Auteur ait vû vivans. (f) Gnumi Manfa, Seigneur Négre, lui
en fit voir un jeune, mais mort. Il l'avoit tué dans les bois, après une chaf-
fe de deux jours. Les Négres n'ont pour armes, dans ces chafles, que leurs
arcs & des zagayes empoifonnées. Leur méthode eft de fe placer derrière
les arbres, & quelquetuis au fommet. Ils paflent d’un arbre à l’autre en pour-
fuivant l'Éléphant, qui de la groffeur dont il eft, reçoit plufieurs bleffures
avant que de pouvoir fe tourner & faire quelque réfiftance. 11 n’y a pas d'hom-
me qui ôfàt gr 2 en pleine campagne, ni qui pût efpérer de lui écha-
per par la fuite. Mais cet animal eft naturellement fi doux, qu'il ne fait ja-
mais de mal s'il n'eft offenfé. Les dents de celui que l’Auteur avoit v@ mort
n'avoient pas plus de trois paumes de long ; cequi marquoit aflez qu'il étoit
fort jeune en comparaifon de ceux qui ont les dents longues de dix & dou-
ze paumes. Jeune comme il étoit, 1l avoit autant de chair que cinq ou tix
bœufs enfemble. Le Seigneur Négre fit préfent à Cada Mofto de la meil-
keure partie, & donna le refte à fes Chaffeurs. Cada Mofto apprenant qu'el.
le pouvoit fe manger, en fit rôcir & bouillir quelques morceaux, pour fe
mettre en droit de raconter dans fon Pays qu'ilavoit fait fon dîner de la chair
d’un animal qu'on n'y avoit jamais vû. Mais il la trouva fort dure & d’un
goût défagréable: ce qui ne l'empêcha point d'en faire faler une partie , dont
1
fit préfent au Prince Henri à fon retour [avec quelques poils noirs & é-x
pais qu’il avoit pris fur le Corps de cet Animal, ai avoient une paume
& demie de longueur.] Il obferve que l'Eléphant a le pied rond comme les
Chevaux, mais Êns fabot; & qu’à la place, il a reçu de la nature une peau
noire, dure & fort épaifle, avec cinq gros durillons fur le devant, qui ont
la forme d’aucant de têtes de cloux. Le pied du jeune Eléphant avoit une
aume de diametre, Gnumi Mana fit prétént à Cada Mofto d’un autre pied
’Eléphant, qui avoit trois paumes un pouce de largeur, avec une dent
longue de douze paumes. L’Auteur porta l'un & l’autre au Prince Henri,
qui les envoya peu de tems après à la Ducheile de Bourgogne, comme une
curiofité des plus rares.
LA rivière de Gambra & toutes les eaux de la même Côte ont un grand
nombre de ces Se:pens qui fe nomment Calkatrici, & d’autres animaux qui
ne font pas moins redoutables. On y voit quantité de Chevaux-Marins, ani-
maux amphibies., qui reffemblent beaucoup à la Vache-Marine. Ils ont le
corps aufli gros qu’une Vache de terre, mais les jambes fort courtes & le
pied fourchu , la tête large comme le Cheval, & deux dents monftrueufes
qui s’avancent comme celles du Sanglier. L’Auteur en a vû 4 dcux peurs
(f) Jobfon nous apprend que dans la Lan-
Il appelle cette Langue, la Langue de Mer
guc du Pays, Manfa fignitie Roi, ou Seigneur,
dingo,
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arins, ani-
Ils ont le
urtes & le
onftrueufes
ux paumes
&
gue de Mar
& demie de longueur. Cet animal fort de l'eau pour fe promener für la rive,
& marche à la manière des Quadrupédes. Cada Mofto fe vante qu'aucun Chré-
tien n'en avoit vû avant lui, excepté peut-être dans le Nil. Il vit auili des
quantité d'autres Oifeaux fort différens des nôtres, mais prefque cous fort bons
à manger.
de jours à defcendre la rivière. Elles emportoient affez de richeffes, pour leur
fervir de motif à s'avancer plus loin au long des Côtes, & perfonne ne marqua
d'éloignement pour cette entreprife. Cependant comme le cours de la (ambra
les emportoit fort loin au-delà de fon embouchure , & que la terre d'ailleurs
“ s'avançoit au Sud-Sud-Oueft jufqu’à une certaine pointe qu'on prit pour un
“ Cap, Cada Mofto jugea qu'il falloit gagner le large à l'Ouelt, Mais en s'ap-
prochant de la pointe, on s’apperçut que ce n'étoit point un Cap, & que de
laure côté le rivage étoit fort droit & fort uni. On ne fut pas moins obligé
de s'en éloigner à quelque diftance, parce que le battement des vagues fit con-
noître qu'il y avoit des bancs ou des rocs à plufieurs milles dans la mer; &
l'on mit deux Hommes, l'un à la proue, l'autre au perroquet, pour décou-
M vrir les dangers dont on fe croyoit menacé. À ces précautions, on ajoûta
M celle de n'avancer qu'à la lumière du jour, & de jetter l'ancre à l'entrée de
la nuit. Pour éviter toute ombre de difpucs, les Caravelles ciroient chaque
jour au fort laquelle des trois feroit l'avant-garde. On füuivit cette méthode
endant deux jours, en fe tenant fans ceffe à la vûe de la Côte. Le troi-
Time, on découvrit l'embouchure d’unerivière, qui avoit un demi-mille de
largeur, & vers le foir, on vit un petit Golfe, qu’on prit pour une autre
|rivière. Mais comme les ténèbres approchoient, on jetta l'ancre, dans la
réfolution d’y entrer le lendemain. C'étoit un Golfe, mais on y apperçut
bientôt la véritable embouchure d’une fort grande rivière, dont les deux ri-
ves étoit couvertes d'arbres verds d’une grandeur & d’une beauté extraor-
Mdinaire. On prit le parti non-feulement d'y mouiller, mais d'armer deux
“Chaloupes pour fe procurer des informations. Les Interprétes, après quel-
Maues heures d’abfence, rapportèrent que la rivière fe nommoit Kaza Man-
se, du nom d’un Seigneur Négre qui faifoit fa réfidence à trente milles du
rivage, mais qui étoit alors occupé d’une guerre contre fes voifins.
Les circonftances étant fi peu favorables, on fortit le lendemain du
Golfe. Il eft à cent milles de la rivière de Gambra. Trente-cinq milles
plus loin, on trouva un Cap, ou du moins une pointe plus élevée que le
refte de la Côte. Sa terre qui paroît rouge, lui fit donner le nom de Capo-
. Roxo. En continuant d'avancer, on découvrit l'embouchure d’une rivière
affez large, à laquelle on donna, fans y entrer, le nom de Sainte Anne.
Plus loin on en découvrit une autre, à peu près de la même grandeur, qui
» fut nommée Saint Dominique , ou San Domingo. Celle-ci eft à cinquante-cinq
} ou foixante milles de Capo-Roxo..
? Le jour d’après, on apperçut un enfoncement, qu’on prit d'abord pour
| un Golfe auquel on ne donnoit pas moins de vingt muiles de profondeur.
Mais
(g) Grynæus dit des Chauve-Souris & des Choucttes.
N 3
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. IL. 107
Chauve-Souris, ou plûtôt des Chouettes (g) longues de trois paûmes, &.
“7 EN quittantle Pays du Prince Battimanfa, les trois Caravelles mirent peu
Cana
Mosro,
II, Voyage,
1456.
Montliucufes
Chauve-Sou-
ris,
Cada Mofto
continue de
fuivreles Cô-
tes d'Afrique,
Rivière de
Kaza Mani.
Rivières de
ainte Anne
& de S. Domi-
nique.
CADA
MosTo.
1, Voyage.
1456.
Négres que
les Interprètes
ne peuvent cn
tendre.
Obfervations
de Cada Mos-
to,
Il retourne en
Portugal.
102 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Mais il fut aifé de reconnoître bientôt l'embouchure d'une très-grande ri.
vière, & de diftinguer les beaux arbres qu'elle avoit de l'autre côté, fur la
rive du Sud. On fu long-tems à la traverfer ; & ce ne fut qu'en touchant
la terre, qu'on découvrit quelques Ifles, à peu de diftance en mer, Cada
Moito, réfolu de les reconnoître , fit confentir tous les Chefs à mouiller l'an.
-cre. Le lendemain, on en vit venir à la rame deux grandes Almadies , qui
s'approchèrent hardiment des Caravelles. L'une portoit environ trente hom-.
mes, & l'autre feize. Leur audace faifant naître des défiances, on prit les
armes pou les attendre. Mais lorfqu'ils furent affez près, ils levèrent un
linge b
répondre par le même figne. Alors, la plus grande des deux Almadies
s'avança vers le Bâtiment de Cada Mofto, & tous les Négres donnèrentdes
marques de furprife, en voyant des vifages blancs. Ils éxaminèrent la forme
du Vaieau , les mâts, les ponts , les voiles & les cordages. Un Interpré.
te leur demanda le nom de leur Pays; mais leur langage ne pût être enten-
du. On ne laiffa pas d'acheter d'eux quelques anneaux d'or, en convenant
du prix par divers fignes. Mais Cada Moito fut extrêmement mortifié defe
voir dans la néceffité de les quitter fans en avoir tiré plus de lumières. 1!
en conclut mème que fes Interprétes ne lui étant plus d'aucune utilité, à
ferviroit peu de pénétrer plus loin. Ainfi prenant le parti de retourner fur
fes traces, il fit entrer les deux autres Commandans dans fes intentions.
ILs pañlèrent deux jours à l'embouchure de la rivière, qu'ils nommérent
(h) Rio Grande. L'Etoile du Nord leur parut fort aff * Entre autre
obfervations, ils trouvèrent , dans les marées, des différences qu'ils n'a
voient encore vâûes dans aucun Pays. Au lieu qu’à Venife & dans les autres
Pays de l'Europe, le flux & le reflux s'entrefuivent de fix en fix heures, le
flux dure ici quatre ñeures, & le reflux douze heures (i). L'arrivée du flux
eft d'une violence incroyable. Trois ancres füuffifoient à peine pour foûtenir
chaque Caravelle; & la force de l'eau l'emportant même fur celle du vent,
on f!:t ubiigé de lever les voiles.
EN fe remettant en mer pour retourner en Portugal, la curiofité porta
Cada Mofto à vifiter deux grandes Ifles & quelques petites, qu'il découvrit
trente milles du Continent. Les deux grandes font habitées par des Négres
La terre en eft fort baffle, & couverte de beaux arbres. Mais la difficulté du
langage parut encore un obftacle invincible, & l’on partit enfin pour le Por.
tugal, où l’on arriva heureufement.
(b}) Suivant Faria, Rio Grande avoit été ci-deffus, le Chap. I. du Tome I.
découverte par Nunnez Triftan dès l'année (5) Angl, huit heures, KR. d, E.
1447, c’eft-à-dire neuf ans auparavant, Voyez
HET
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anc au fommet d’une rame, pour annoncer la paix. Les Portugais :
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CHAPITRE |
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ur foûtenir
e du vent,
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découvrit à
es Négres
difficulté du
pour le Por:
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, V. Cuar. IV. 103
PUR HULL EL ES ESS La Li EX LL Li
CHA PI TRE IV.
\ Voyage de Piedro de Cintra (a) à Sierra Leona , écrit par Cada Mofto.
ES deux entreprifes de Cada Mofto excitérent quantité de Portugais à
tenter la fortune fur fes traces. Entre plufieurs Vaiffeaux qui firent le
même voyage, le Roi de Portugal fit partir deux Caravelles, aprés la mort
® du Prince Henri, fous le commandement du Capitaine Piedro de Cintra, un
! de fes Gentilshommes ordinaires , avec ordre de s’avancer plus loin fur les
+ Côtes des Négres, & d'y faire de nouvelles (b) découvertes. Un jeune
…) Portugais qui s'engagea pour ce voyage, & qui avoit fervi de Sécretaire à
"9 Cada Mofto dans 2 fiens, vint le voir à fon retour, & lui donna la rela-
“Ù tion de toutes les découvertes de Cintra, en commençant à Rio Grande,
qui avoit été le terme du voyage précédent. [Cada Mofto prit enfüite la
| peine de l’orner de fon ie. } |
Les deux Caravelles abordérent aux deux grandes Ifles qui font à l'embou-
L chure de Rio Grande. Quelques Negres , que Cintra fe fit amener , parlant un
langage auquel les Interprétes ne purentrien entendre, il pénétra dans leurs
| terres, pour ; chercher leurs habitations. Il ne trouva que des chaumières
fort pauvres, la plûpart ornées de quelques flatues groflières, que les Négres
adoroient. N'ayant pû tirer aucune information des Habitans, il continua
de faire voile au long des Côtes, jufqu’a l'embouchure d'une autre rivière,
qui n’a pas moins de trois ou quatre milles de largeur, & qui eft à quarante
milles de Rio Grande. Elle s'appelle Be/egue, du nom d'un Seigneur Négre,
MU qui fait fa réfidence affez près dans les cerres. Plus loin, les Portugais trou-
Wu vérent un Cap, auquel ils donnèrent le nom de Cap Verga. Toute la Côte,
ui eft d'environ cent quarante milles depuis la rivière de Befegue jufqu'à ce
“Cap, eft fort montagneufe & couverte de beaux arbres; ce qui rend la perf
“pettive agréable dans l'éloignement. Quatre-vingt milles plus loin, au long
“de la même Côte, ils trouvèrent un autre Cap, le plus haut qu'ils euffent
jamais va, & terminé au centre par une pointe fort aigue. Il eit couvert de
beaux arbres, dont la verdure ne s’altère jamais. On le nomma Sagres, à
l'honneur du Prince Henri, qui avoit fait batir une forterefle de ce nom au
».… Cap de Saint Vincent; & pour diftinguer ces deux lieux, les Portugais appel-
… lent celui-ci le Cap Sagres de Guinée.
à [L'AuTEeur, fans expliquer comment Cintra fe fit entendre des Habitans,
entre dans un détail de leurs ufages qui fuppofe une grande connoiflance du
| Pays.] Ils fonc idolâtres. Les objets de leur culte font des ftatues de bois qui
# ont la forme humaine, auxquelles ils offrent leurs alimens. Les hommes &
| les femmes font plûtôt bazanés que noirs. Ils ont au vifage & fur les autres
parties du corps différentes marques, qu'ils fe font volontairement avec un
fer
(a) Ramufño écrit Sintra.
(a) Kan “Prince Henri. [Mais fon témoignage ne peut
D) Varia inct ce Voyage avant la mort du
être mis en balance avec celui de l'Écrivain, |
CinTra.
1462,
Auteur &
motif de ce
Voyage.
On fe rend
àRid grande,
Rivière de
Bcfegue.
Cap-Verga,
Cap de Sagres
de Guinée.
MeϾurs des
Habitans,
CENTARA,
1462,
Deux Ifles
près du Cap.
Anneaux d'or
que les Né-
gros portent
annez, ec,
Rivière Saint
Vincent,
Kio Verde,
Iles Saluez-
2e, Sierra
Leona,
Rio Roxo.
parence
+:
de l'étoile du
Nord,
VOYAGES DES ANGLOIS EN
fer chaud. Les deux féxes font également nuds, & couverts feulement d'un
morceau d'écorce d'arbre au milieu du corps. [Ils n'ont pas des armes, parcers
qu'il n'y a pe de fer dans leur Pays] Leur nourriture eft le ris, le mil.
lec, avec diverfes fortes de féves, plus grofles que les nôtres. Ils ont auf.
fi des Bœufs & des Chèvres, mais en petite quantité, A peu de diftance du
Su on voit deux petites Ifles, couvertes de bezux arbres, mais fans Ha
itans,
Les Négres de cette rivière (e) ont de grandes Alinadies, qui font capa.
bles de contenir jufqu'à trente & quarante hommes. Ils rament debout , com:
104
me on l'a déja fait obferver de plufeurs autres Nations. Leurs oreilles font vi
: : , ï ière
percées de plufieurs trous, dans lefquels ils paflent diverfes fortes d'anneaux bond:
d'or. Ils en portent de même au nez, qui elt aufli percé ; & pd pren: dde fat
nent leur nourriture , ils quittent cet incommode ornement. Les femmes de milles
diftinétion portent des anneaux jufqu'aux parties que la nature leur apprend à qu'au
cacher : tk cela eft pour elles une marque de nobleffe, qu'elles peuvent cet quatre
pendant quitter & reprendre quand bon leur femble.] ÿ là me
Arrès avoir doublé le Cap de Sagres, Cintra découvrit, quarante milles de Cap
plus loin, l'embouchure d'une rivière qu'il nomma Saint Vincent, & quia mais
quatre milles de lz:veur. A cinq milles de cette rivière, il én trouva une Capo |
autre dont l'embowcaure eft encore plus large, & qu'il nommu Rio Verde (à), vante
Toutes ces Côtes font montagneufes , mais fûres pour la navigation & l'an- des V
crage. Vingt-quatre milles au de-là de Rio Verde, on trouva un autre Cap, Au
que les Portugais nommèrent Liedo, c'eft-à-dire, gaye & riante, parce que du riv
la vûe en eft fort agréabi.. LL de Sai
Deruis le Cap Liedo, la montagne régne l'efpace de cinquante milles au D Almad
long de la Côte. Elle eft fort haute & couverte de gros arbres verds. Dan pointu
l'endroit où elle finit, on découvre à fept ou huit milles en mer, trois Ifles oreille
dont la plus grande n’a pas plus de dix ou douze 1nilles de tour. Cintra leur quelqu
donna le nom d’{fles Saluezze , & à la montagne celui de Sierra Leona, à caufe leur p
d’un effroyable tonnerre qui fe fit entendre du fommet, & qui reffembloitau | étant |
mugiffement des Lions. M autres
u-delà de cette montagne, dont la cime eft toûjours cachée dans les " Portug
nues, on trouva une Côte baffle, & dangereufe par fes bancs de fables, qui … Ja lang
s’avancent fort loin dans la mer. À trente milles de Sierra Leona, les Portu- . adreffe
gais découvrirent une grande rivière, dont l'embouchure eft large de trois dont le
milles. Ils lui donnèrent le nom de Xio Roxo, parce que l'eau leur en parut ourrc
rougeâtre. Plus loin, ils trouvèrent un Cap qu'ils nommèrent aufñli Roxo, … lui-mé
parce que les cerres étoient de la même couleur; & par la méme raion ik 0 Ci1
donnérent le nom de Roxo à une petite Ifle déferte, qui eft à fept ou huit … lution
milles de la Côte. De cette Ifle, qui n’eft auñfi qu’à neuf ou dix milles del M” Examir
rivière , ils obfervèrent que l'étoile du Nord ne paroifloit élevée au-deffusde d'un P
la mer que de la hauteur d’un homme, : quelie
ArrÈs le Cap Roxo, la mer formeur Golfe, vers le milicu duquel ilen UM que le.
| tre "0 urés de
* jet des
(ce) Comme l'Auteur n'a parlé ici d'aucune de Carte. noit un
Riviere, il faut apart queue omiffion. C'eft g#(4) L'Auteur remarque que ce furent ls beauc
apparemment la Rivière de Pougue, qu'ila Matclots du Roi, qui donnèrent ces nomii "M “
eubtié de nommer, Elle eft dans notre fecon- ces deux rivières, . IL.
‘
ment d'un
nes, parcek}
is, le mil.
ls ont auf.
diftance du
s fans Ha:
font capa-
bout , com:
reilles font
d'anneaux
qu'ils pren:
emmes de
r apprend à
)euvent ce-l
rante milles
, & quia
Lrouva une
jo Verde (d),
ion & l'an:
autre Cap,
, parce que
te millesau
erds. Dan
trois Ifles
Cintra leur
na, à caufe
flembloit au
e dans les
fables , qui
, les Portu-
re de trois
r en pari
auffi Roxo,
» raiion is
pt ou huit
milles dela
au-defTus de
uquel ilen-
tre
ce furent le:
t Cos noi *
ere une rivière que les Portugais nommèrent Sainte Marie aux Néges, par-
ce qu'ils la découvrirene ce jour-là. De l'autre côté de cette rivière, la ter-
re forme une pointe, au bout de laquelle on voie une petite Ifle, Le Golfe
eft rempli de vanes de fables qui s'avancent à dix ou douze milles de la Cô-
te, & contre lefquels l'eau bat fort impétueufement, avec des Courans d'une
ande violence, Ces bancs firent donner à la petite Ifle le nom de Scamni.
'ingt-quatre milles plus loin, on trouva un grand Cap auquel on donna le
nom de Sainte Anne, à l'honneur du jour.
SoixanTe-dix milles au-delà du Cap Sainte Anne, on découvrit une ri-
vière, qui fut nommée Rio das Palmas , parce q\'il s'y trouve une grande a-
bondance de Palmiers. L'embouchure , quoiqu'aflez large , eft remplie de bancs
de fables & de balles qui rendenc l'entrée fort dangereufe, Soixante [dix]
milles plus loin, on vit une autre rivière , qu'on nomma Rio de Fumi, parce
qu'au moment qu'on l'apperçut , la Côte parut couverte de fumée. A vingt-
quatre milles de cette rivière, on trouva un Oap qui s'avance beaucoup dans
la mer, & derrière lequel eft une haute montagne, quilui fit donner le nom
de Capo del Monte. Environ 60 milles plus loin , on tomba fur un autre Cap,
mais petit, avec une montagne de hauteur médiocre; ce qui le fit nommer
Capo Cortele où Mefurado. Après avoir jetté l'ancre, on apperçut la nuit füi-
vante, entre les arbres, quantité de feux, que les Négres cffrayés de la vûe
des Vaiffeaux avoient allumés pour s'entr'avertir.
Au-delà du Cap, pendant l'efpace d'environ feize milles, on voit au long
du rivage une grande forêt d'arbres verds, que les Portugais nommèrent Boss
de Sainte Marie. Les Caravelles y ayant mouillé, on vit paroître quelques
Almadies, dont chacune portoit deux ou trois Négres [nuds Î armés de bâtons
pointus. Deux ou trois d'entr'eux avoient des arcs, & des rargettes de peau. Leurs
oreilles & leur nez étoient percés; mais au lieu d’anneaux d'or, ils y avoient
quelque chofe de blanc qui reffembloit à des dents humaines. Les Interprètes
leur parlèrent long-tems fans pouvoir fe Faire entendre. Trois de ces Négres
étant montés fort handiment ur une Caravelle, on en prit un; & les deux
autres furent renvoyés libres, fuivant l’ordre qu'on avoit apporté du Roi de
… Portugal. Ce Prince, jugeant que les Interprètes n'entendroient pas toljours
. la langue des Pays qu'on alloit découvrir, avoit fouhaité que par force ou par
. adreffe on fe faisit de quelque Habitant ; dans l'efpérance qu'entre les Négres,
dont le nombre étoit fort grand en Portugal, il s'en trouveroic quelqu'un qui
pour l'entendre, ou qu'en apprenant la langue Portugaife, il fe mettroic
ui-méme en état de donner quoes lumières fur fon propre Pays.
CiNrRA n'ayantrien à fe propofer dans un plus long voyage, prit la réfo-
lution de retourner en Portugal. 11 y préfenta fon Nègre au Roi, qui le fit
examiner par d'autres Négres. Mais il ne fe trouva qu'une femme, Efclave
d'un Portugais de Lisbonne, à laquelle fon langage ne fût pas inconnu; non
quelie ÉD sin de fon propre Pays, mais elle fçavoit une autre langue
que le Négre féavoit auffi. Cada Mofto ignora quels éclairciffemens l'on avoit
urés de lui, parce que le Roi les tint fort fecrets; excepté néanmoins au fu-
jet des Licornes, dont on déclara ouvertement que le Pays du Négre conte-
noit un fort grand nombre. Ce Barbare fut traité pendant quelques mois avec
beaucoup de bonté & de carefles. On lui fit voir divertts curiofités du Royau-
. IIL, Part, [@) me.
DIFFERENTES PARTIES p8 L'AFRIQUE, Liv. V. Cap, IV, rog
CiNTra
1462.
Ille Scanni
Rio das Pal.
mas,
Rio de Fumi,
Capo dd
Monte,
Capo Meiu-
rado,
Dois de Sain-
te Marie,
Cintra prend
un Négre par
l'ordre duRoi.
Il retourne
en Portugal,
Unique é-
claircitfement
qu'on tire des
Négres.
CINTRA,
1462,
RongarTs,
17921,
Obfervations
fur cet Ouvra-
ge.
Defein du
Voyage,
106 VOYAGES DES ANGLOIS EN
me, On lui donna des habits fort propres; & l'année fuivante ,on le fic par.
ür À qe fon Pays dans une Caravelle.
Apa Mofto cer quece fut le feul Vaiffeau qui entreprit Ce voyage avant
fon départ pour Venife, qui fut le premier de Février 1463.
EC DEC DES DE RSS D D De 3
CHAPITRE V.
Vayage de Georges Roberts au Cap: Verd ES aux [les du même nom.
en 1721.
D NS cette Relation, qui fut publiée à Londres en 1726 (a), l'Auteur
déclare qu'à la réferve de ce k rapporte fur le témoignage d'autrui,
il n'écrit rien qui ne foit d'une éxaête vérité ; & qu'avec de fortes raifons
de croire ce qu'il (b) n'a pas vû de fes propres yeux, il ne laiffe pas d'en par-
ler avec plus de ménagemens & de précautions. Il ajoûte à cette apologie que
fi l'on ne prend pas beaucoup de plaifir à fes avantures, il ne doute pus du
moins que la Deftription qu'il donne des Ifles du Cap-Verd, de leurs pro-
duétions, de leurs manufaëtures, &c. ne foit d'une extrême utilité pour les
Anglois qui portent leur commerce dans ces Ifles. [Il s'excufe fur ce que l'Ou-x#
vrage n'eft pas trop bien digéré; qu'il auroit pû l'etre mieux , s’il s'étoit pro-
ofé de publier fes Avantures; mais qu'il n'a pû réfifter aux empreffemens de
Fes Anis, qui ont profité d'un moment de foibleffe pour les rendre publiques.
La première partie (0) de l'Ouvrage contient les avantures de l'Auteur, Le
refte eft donné à la Defcription des Ifles du Cap-Verd, & peut pañler pour
la meilleure Relation qu'on ait de ces Ifles dans aucun langage. Elle eft ac-
compagnée de plufieurs D Aa v de l'Ifle, compofées par Roberts méme,
& de quatre Planches: 1. Une vûe de la Baye de Salt Point dans l'Ifle de 6.
Jean, où l'Auteur aborda dans fa So + 2. L'arbre nommé, /e Dragon.
3. Un homme & une femme de la même Ifle, nuds, fuivant l’ufage du Pays.
. 4. Les mêmes, en habits dont ils ont aulli l'ufage. On s'eft arrêté d'autant
lus volontiers au détail des infortunes de Roberts, qu'ayant paflé onze (+)
jours entre les mains des Pyrates, ce récit devient utile pour la connoiffance
des ufages & des mœurs de ces Brigands.
Le 14 de Septembre 1721, le Capitaine Roberts s'engagea au fervice de
quelques Marchands de Londres pour le Voyage de sage Là, il devoit
prendre le commandement d'un Vaiffeau nommé le me in, avec une cargai-
fon pour la Côte de Guinée ; d'où il devoit retourner à la Virginie ou aux Bar-
bades, fuivant l’efpérance qu'il auroit de rendre fon voyage plus utile aux Pro-
priétaires. *
E
douter de ce qu'il R. d. E.
c) Angl. les trois - cens quatre- vingt fix
premières pages. R. d. E.
(4) Angl. d'une Carte de ces Iles. R. dE
Ce) Angl, Dix, Rd, E.
d7(a) C'eft un in 8v: de 29 feuilles avec
Av Dédicatoire à Guillaume Teller de Gor-
leflown dans le Comté de Suffolk, qui et da-
tée de Shad Thames le 11e, Fuin 1726.
(b) Angl. & que fans avoir de raifons de
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(f) Angl. avec les E pe ,
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eur aider à porter le fel des Marais Salans . À sd ve de x a
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(g) Angl. pour fixer celui des Marchandi. M du a sn tn
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ar dans le Comté de Suffolk, qui.eft da- liée pages. R. d. E.
ce Angl. d'une Carte de ces Ifles..R. dE, SS jufqu'a
. n me , u
tée de Shad Thames le 11e, Fuin 1726.
e) Angl. Dix. R.d.
(b) Angl, & que fans avoir de raifons de
Le Capitaine Scot, un des Chefs de l’entreprife, faifant voile à la Virginie
dans un Vaifleau de vingt-deux piéces de canon, nommé le Aoi Sagamore,
Roberts partit aveclui. Mais un vent contraire les ayant forcés de relâcher à
Plymouth, ils trouvèrent dans ce Port le Comte de Belhaven, nommé au Gou-
vernement de la Barbade, que la même raifon avoit forcé d'y entrer für le
Royal Anne, grand Vaifleau de guerre. Le tems s'étant adouci, fans promet-
tre beaucoup de conftance, ce Seigneur remit à la voile, fous de fi malheu-
gpreux aufpices, qu'il fut jetté [par la faute, à ce qu'on croit, de fon Licute-
nant, ] fur les rocs du Lézard, où il périt avec la plus grande partie de fon
équipage. Scot, plus attentif à fa fûreté, attendit un mois entier pour fe re-
mettreenmer. Sa courfe fut heureufe, & n'eut même rien de remarquable;
excepté les obfervations de Roberts fur l'Ifle de Ténérife, dont on a déja ren-
du compte dans la defcription de cette Ifle. k
ILs arrivèrent à l'fle de Sal, une des Ifles du Cap-Verd; mais n’y trouvant
aucun des Habitans, ils en partirent le foir à huit heures, & le lendemain
ils abordèrent à dix heures du matin dans l'Ifle de Buona-Vifta, où leur def-
fein étoit de prendre leur cargaifon de fel. Ils mouillèrent dans la Rade An-
gloife, fous la petite Ifle, au-delà du Roc abîmé. |
Le jour fuivant ils defcendirent au rivage, pour convenir de prix avec les
Ouvriers qui devoient tirer le fel des Mines (f), & pour acheter d’autres mar-
chandifes, telles que des Chevaux & des Anes, dont’ils vouloient faire une
Pur de leur cargaifon (g). Ils s’attachèrent enfüite au travail. La méthode
Æ
du Pays ] eft que les gens d’un Vaiffeau reçoivent le fel aux Mines (b) & le
@? tranfportent à peu de diftance dans quelque lieu propre à le faire fécher [où
ils le mettent en-grands monceaux.] après quoi les Habitans le chargent fur
des Anes, & mettent un Négre pour conduire ces animaux par troupes, dont
chacune eft compofée de quinze. Mais il faut prendre garde de ne pas faire
porter plus de fel à la fois qu'on n’a de gens pour l'embarquer aufli-tôt; car
s'il en arrive trop au lieu de l’embarquement , il n’y a point de foins ni de
précautions qui puiflent le pere du fable, que le moindre fouffle met en
mouvement, parce qu'il eft d’une extrême légèreté. 1I1fe mêle alors avec
la marchandife, & lui caufe un tort irréparable pour la vente. L’Auteur
donne un autre confeil, qui regarde la cargaifon des Bêtes vivantes. Tandis
qu'on s'occupe à faire tirer le fel, il faut veiller foigneufement à faire por-
ter chaque jour du foin aux animaux qu’on veut conferver; car fi l’on s’en
repofe fur la fidélité des Négres, ils violent leurs engagemens avec tant de
mauvaife-foi, qu'on perd fes meilleures Bêtes, ou que devenant moins pro-
pres au travail, leur valeur diminue dans d’autres lieux. Enfin l’Auteur 2-
Joûte qu’il faut apporter affez d’eau pour la provifion du Bâtiment, tandis
qu'on eft à tirer le fel; parce que les fources étant fort éloignées des Mi-
nes, il en coûte beaucoup pour faire veni de l’eau fur le dos des Anes, &
que fi l’on a des Beftiaux à bord il eft impoffible de fournir à cette dé-
penfe.
ON
(CF) Angl. avec les Habitans qui devoient fes, & pour acheter des Chevaux & des Anes.
leur aider à porter le fel des Marais Salans pour voiturer leur fel. R. d. E,
jufqu'au Vaifleau. R. d. E. (b) Angl. le faffent eux-mêmes. R. d.E.
(g) Angl. pour fixer celui des Marchandi.
C 2
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. V. 167
RonrnTs.
121.
Roberts part
avec le Capi-
taine Scot,
Naufrage de
Mylord Bel.
haven,
On arrive
aux Ifles du
Cap-Verd.
Méthode de
tirer du fel,
Précautions
pour le faire
tranfporter,
ROBERTS.
1721.
Dangers près
du Port Villa
de Praya.
Baleine mor-
te & dévorée
par lesOifeaux
de mer,
1722.
Scot fe rend
à la Barbade,
Roberts quit-
te Scot,
commande un
“petit Bâti-
ment,
Son Pilote
perd fa route.
Il arrive à
l’Ifle de Sal,
VOYAGES.DES ANGLOIS EN
ON quitta l'Ifle de Buona-Vifta pour fe rehdre à celle de Maio, ou de Mai,
où l'on trouva cinq Bâtimens qui chargeoient du fel pour la Baltique. Cette :
rencontre fut heureufe pour les Matelots Anglois, qui commençoient à fe ref.
fentir de ce qu'ils appellent la famine de l'Ouett; c'eft-a-dire, à manquer
d’eau & de tabac. De l'Ifle de Mai, on mit à la voile pour celle de S. Jago:
mais ayant voulu s'approcher du Port Villa de Praya avec toutes les voiles,
on fut jetté par le vent au-deflous de la Rade, pendant trois jours on
s'efforça inutilement d'y entrer. La difette d’eau fit périr dans cet intervalle
une partie des Anes; trifte leçon qui apprit aux Anglois à ferrer leurs voiles
en approchant de cette Baye, parce qu'il y fouflle ordinairement un vent de
terre dont il n'eft pas aifé de fe garantir.
Arrès avoir renouvellé la provilion d'eau & de bois, & pris du foin &
des cocos verds pour les Beftiaux , on tourna les voiles vers la Barbade. Dans
le paffage on trouva une Baleine morte, & fur elle un Lo nombre
d'Oifeaux qui la dévoroienc, quoique la terre la plus proche fût à plus de
trois. cens licuës. On aborda au Port de la Barbade vers la fin du mois de
Mars 1722. Les Chevaux & les Anes étoient en fi mauvais état qu'on n'en
put vendre qu’un petit nombre ; & les provifions fe trouvoient fi chères au
Marché que fi quelques honnêtes gens de l'Ifle, amis de nos Marchands ,ne
leur en euffent fourni gratis, il auroit fallu prendre le parti de tuer la plus
grande partie de ces animaux. Pour comble de difgrace, le vin de Canarie
qu'on avoit acheté à T'énérife, fe vendoit moins que celui de Madère, quoi-
wil eût coûté le double & qu'il fût beaucoup meilleur. Mais le goût des.
abitans de la Barbade cft fi déclaré pour ie Madère, qu'ils le préfèrent à
tout autre vin. si
Tous ces contre-tems firent hâter fon départ au Capitaine Scot (i). Ro-
108
berts, à quifà réfolution déplut, [lui ayant demandé fon Congé, l'obtint lets .
24. d'Avril, &] l'engagea, pour fes gages & pour quelque argent prêté, à
lui acheter une Felouque, nommée 4 Marguerite , d'environ foixante ton-
neaux, pour éxercer le commerce [en fon propre nom.] L’ayant chargée de k
diverfes marchandifes pour la Côte de Guinée & pour les Ifles du Cap-Verd à
la crainte de quelques Pyrates, qui croifoient aux environs des Ifles Caraï-
bes , l'obligea de partir avec Scot, vers le milieu du mois de Juillet. Cepen-
dant il en fut féparé, trois jours après, par un coup de vent. Enfuite fon
mauvais fort le fit tomber malade. Tandis qu’il étoit confiné dans fon lit, le
Pilote, par inattention ou par ignorance, perdit fa route. Il erra. long-tems
fans fe reconnoître. Enfin, par de long détours, on arriva vers le milieu
d'Oétobre (4) à l’Ifle de Sal.
On jetta l’ancre dans la Baye de Palmera, qui eft au Nord de l'Ifle. C'é-
toit la faifon des Tortues vertes. Roberts obferve à cette occafion que les
François viennent fouvent aux Îfles du Cap-Verd dans la feule vûe d'y prei-
dre des Tortues, qu’ils falent au rivage, [& qu'ils féchent enfuite] à peu prèskf
comme la Morue de Terre-Neuve, & qu’ils vendent [de même que l'huile]
aux Indes Occidentales avec beaucoup de profit. Ils gardent les écailles PO
, a
«r(k) Le tems n’eft pas marqué dans l’Au-
teur, mais on le conjeéture de celui où it fut
pris par les Pyrates.
(i) Angl. prendre la réfolution au Capi-
tainc Scot de ne point aller à la Virginie, fe-
lon les Ordres qu'il en avoit. KR, d, E.
qui éto
une fi |
à Robe
leur an
[d'où i
te Ifle,
point a
gre cra
nomma
*. fin Rob
, venu di
| prés s*
-la mami
nécefTai
: | FAN
as pref
re agré
*, lui feroi
qués.
Ava]
huit mil
| ragbifli,
:S. Nico
D (1) dec
(1) And
} (m) An
mais ilne
0 DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, V. 109
Mai, "0 Ja France, où le débit en eft plus ayantageux qu'en Angleterre ; fur-tout
Cette : "2 celui des Tortues de ces files, qui ont l'écaille plus fine & plus tranfparente
fe ref. à que dans tout autre lieu, D'ailleurs ils y trouvent quelquefois de l'Ambre
anquer gris particulièrement dans l'Ifle de Sal ; & l'on prétend que fi les Chats fau-
Jago: vages, & même les Tortues vertes, ne mangeoient pas cette précieufe gom-
roiles, me, on yen trouveroit beaucoup davantage.
ars on RoserrTs, qui avoit befoin de rafraîchiffemens, ayantenvoyé fa Chalou-
rvalle pe à terre Dour li trouver quelques Tortues nouvellement pêchées, la vit
voiles revenir en moins de deux heures. Elle lui en apportoit une, qui pefoit en-
ent de tre deux & trois cens livres, avec un Négre de Saint Nicolas, qui lui enfit
; réfent au nom de fes Compagnons. Ils étoient venus à Sal au nombre de
foin & Rleutte, our y pêcher des Tortues par l’ordre d’un Capitaine de Vaiffeau
. Dans qui étoit allé depuis près d'un an (7) charger [du fel] à Buona-Vifta. Mais
ombre } une fi longue abfence leur faifant perdre l'efpérance dele revoir , ilsoffroient
lus de à Roberts la moitié de leurs Tortues, de leur huile, de leurs écailles & de
rois de leur ambre gris, pour tranfporter l’autre moitié dans l’Ifle de Saint Nicolas
n n'en [d'où ils étoient tous natifs.] Comme fon deffein étoit de fe rendre dans cet-
res au te Ifle, il leur offrit d'y tranfporter leurs marchandifes; mais il ne voulut
nds ,ne point accepter leur préfent fans fçavoir (m) à qui le fondappartenoit. Le Né-
la plus gre croyoit avoir été employé 2 un Capitaine Anglois. Cependant on hi
Canarie nomma les Ports d'Angleterre & d'autres lieux qu'il ne put reconnoître. En-
, quoi- M. fin Roberts nomma les Bermudes, & le Négre aflüra que le Capitaine étoit
ût des. ” … venu decesifles. Le jour fuivant ,on mit à la voile pour Saint Nicolas, a-
érent à Un près s'être chargé de fix Négres, avec deux de leurs femmes & un enfant à
la mammelle, [fans rien prendre de ce qui leur appartenoit que ce qui étoit
à). Ro- ” néceffaire pour leur Voyage.] On mouilla, la nuit fuivante, dans la Radede
btint let MN Trefall, fur fix braffes de fond.
rêté, à
te ton-
rgée de}
-Verd,
Caraï-
Le lendemain au matin, il vint à bord un Prêtre Portugais, qui fe donna
{ pour le Maître de tout ce que les Négres avoient acquis dans l'Ifle de Sal.
y 11 prétendoit les y avoir envoyés pour la pêche des Tortues [& de l’ambre
gris,] avec la convention d’un falaire [pour ceux qui n'étoient pas fes ef-
pra Comme le plus grand nombre y étoit refté avec le fruit de leur tra-
Cepen- vail, & que fur le récit de Roberts il appréhendoit qu’ils ne lui manquaflent
ite fon | de fidélité, il convint avec lui que pour la fomme de cent dollars & un bel
lit, le MEflave, il iroit prendre à Sal les Négres & leur pêche. [Roberts ne fe fit
g-tems as preffer, dans une occafion fi fimple de gagner de l'argent, & de feren-
e milieu re agréable aux Portugais.] Mais il fe fit promettre que les cent dollars
ns comptés avant que les Négres & les marchandifes fuflent débar-
qués.
ce. C'é- ;
que les AvanT ce voyage, il quitta la Rade de Trefall, qui eft à quinze ou dix-
d'yprei- M huit milles de la Ville, pour aller jetter l'ancre dans l'ancienne Rade de P4-
peu près# MAMME ragbifli, d'où le chemin eft plus court & plus commode jufqu’à la Ville de
» l’huile]t# (AM S. Nicolas. Il fe propofoit de trocquer fon bled & fon ris pour des étoffes
les pour (7) de coton, de l’ambre gris, du fang de dragon, & d'en vendre même
la une
SA 1) Angl. dix femaines, R. d. E ifes C i
dans l’Au ( 8 ines. R. d.E. difes fans favoir. R. d. E.
i où il fut Cm) Angl. Il leur offrit le paffage pour rien ; (n) De celles qu'on porte aux Côtes de
mais ilne voulut point fe mêler des marchan- Guinée, & que les Portugais nomment Baraful,
O0 3
RonErTs,
1722.
Tortues ver-
tes,
Ambre gris,
Négres à la
pêche desTor-
tues.
Traité de
Roberts avec
un Prêtre Por-
tugais.
Projets de
Roberts.
Rosrenrs,
1722.
Il s'arrète à
Currifal,
Il rencontre
des Pyrates.
Les Pyrates
l'abordent &
l'interrogent.
Qui étoit leur
Capitaine,
110 VOYAGES DES ANGLOIS EN
une partie argent comptant. D'un autre côté il avoit appris que les Ifles au.
deflus du vent étoient dans un fi grand befoin de provifions, que depuis un
an il étoit mort [a St. Nicolas] plus de cinq cens perfonnes de faim & dey
mifère. Ainfi la principale partie de fa cargaifon confiftant en ris & en bled,
il n’avoit à fe promettre que de grands avantages. Cependant il refolut de ne
pas remettre plus loin à fatisfaire le Prêtre Portugais, de peur que fes Né.
res ne trouvaffent le moyen de revenir fans fon fecours. Cette entreprife ne
demandole pas plus de huit jours; & dans la faifon où l'on étoit, il ne de.
voit pas craindre qu’il arrivât d’autres Vaiffeaux pour lui enlever fes efpc.
rances de commerce, [qui n'étoient point diminuées par la nouvelle que k4
Capitaine Scot y avoit été dix jours auparavant, parce qu'il ne leur avoi
pas pû fournir aflez de provifions. ] |
Dans cette réfolution il tourna le lendemain vers Currifal, pour y renou.
veller fa provifion d’eau & de bois. Ce lieu eft fort commode pour l'eau, qui
y defcend jufqu'à la mer ; mais le bcis eft affez loin, & le chemin fi difi.
cile, que fans l'afliftance de quatre Négres, qui étoient à bord avec le Pri.
tre, il ne feroit jamais parvenu à s'en procurer. Auñli ne l'avoient-ils accom
pagné ue pour lui rendre ce fervice (0), & le quittérent-ils lorfqu'il mi
la voile.
Le jour fuivant vers dix heures du matin, il fut arrêté par un calme, qu
dura tout le refte du jour. Vers le foir, il découvrit trois Bâtimens ; & ke
premier, qu'il obferva foigneufement avec fa lunette, lui parut gros & char
gé. Il ne douta point que les autres ne fuffent de même, & qu'ils n’ari
vaflent enfemble F pour faire de l’eau. ] Cependantcomme le calme co::tinut
oit, & qu'ils ne faifoient aucun figne, il palla la nuit à l’ancre. Mais le ven
s'étant levé avec le Soleil, il apperçut bientôt, fur le Vaifleau qu’il avoit ob
fervé, un grand nombre d'hommes en chemife, & une longue bordée de «
nons, qui lui rendirent cette rencontre fort fufpeéte. Il étoit trop tard por
fe dérober par la fuite. Déja le Vaifleau étoit fort proche. Cependant lo
u’il fut à la portée du canon, il arbora le Pavillon d'Angleterre; ce qui rer.
di l'efpérance aux Anglois. Roberts fe hâta de faire paroître auffi le fien. 1
remarqua que le Vaifféau portoit environ foixante-dix honimes & quatori
piéces d'artillerie. Le Capitaine fe faifant voir fur l’avant, demanda à quiap
partenoit la Felouque & d'où elle venoit. Roberts répondit qu'elle étoit de
Londres & qu’elle venoit de la Barbade. Fort bien, lui dit-on, c’eft ce qu'n
n'ignoroit pas. Là-deffus, on lui ordonna brufquement d’envoyer fa Ch
loupe.
oBERTS ne fit pas difficulté d’obéïr. Le Capitaine du Vaifleau étoitun
Portugais, nommé Jean Lopez, comme on l'apprit enfüite; mais fçacha »
fort bien la Langue Angloife, il avoit jugé-à-propos defc faire pañfer pouru !
Anglois, né vers le Nord de l'Angleterre, fous le nom de Ÿobn Raffel. Id
manda aux deux Matelots que Roberts lui avoit envoyés, où étoit le Patron
de la Felouque. Ils lui montrèrent Roberts, qui étoit à fe promener fur fn
tillac. Aufli-tôt la fureur paroiffant dans fes yeux, il l’accabla se
oberts |!
rent malades la nuit qu’il fe propofoit del
ver l'Ancre, fi le caline ne l’en avoit past!
pêché. R. d, E.
(o) Angl. les quatre Négres & le Prêtre
étoient venus à bord pour aller à Sa; & il
ne le quittérent que parce qu'ils fe trouvè-
Le
): Rober
"0n ficuatic
20 dans q!
0 ce, ils
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uinua le
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} entend
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“ON continu:
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l, que
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rant pl
“Millemen
“ntenoi
“’cère dans
“munition
ique leur
a fagement
OÙ DITTERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Liv. V. Car. V, 211
es Ifles au. 10 | Roberts étoit en mules & en chemife, aufli peu capable de défenfe par fa Ronenrs.
depuis un 0 ficuation que par la petitefle & le mauvais état de fon Bâtiment. Il comprit 17722.
aim & dep .) dans quelles mains sP étoic tombé , & qu’en déclarant fon mépris par le filen-
& en bled, MM ce, il s'expofoit à fe faire tuer d'uncoup de balle. Sa réponfe fut une mar.
folut dene 28 que honnête d’étonnement fur la manière dont il fe voyoit traité. On con- Ses empor.
ue fes Né. M cinua les outrages, & l'on y joignit les plus furieufes menaces, avec des re- temens & fes
treprife ne MW proches de ce qu'il n'étoit pas venu lui-même à bord. Il répondit quen'uyane menaces.
, il nede "M Gntendu demander que la Chaloupe, il n'avoit pas cru que cet ordre le re-
fes efpé. ELA gardât perfonnellement. Quoi! miférable chien , je Ruffel, tu feins de
elle que kt ne m'avoir pas entendu. Je vais te faire prendre de meilleures manières.
leur avoi M Le récit des emportemens d'un Pyrate mériteroit peu d'entrer dans cette
‘14 liftoire , fi l’Auteur n’avoit averti qu'il le croit utile pour faire connoître
r y renou. : les mœurs de cette (p) odieufe race. ]
l'eau, qui Russez donna ordre aufli-tôt à quelques-uns de fes gens de lui amener il ame-
min fi diff. Roberts, & chargea dix ou douze autres de ces Brigands de prendre polfef. he aure
vec le Pri. }fion de la Felouque. A l'arrivée de Roberts, qui lui fut amené fur le champ, |
t-ils accom. il tira fon fabre, cn répétant , avec d’affreux blafphêmes, qu’il fçauroit lui
orfqu'il mi apprendre à vivre. Le malheureux Roberts fe crut à fa dernière heure, &
continua de s’excufer fur fon ignorance. Mais l'autre, dans le deffein appa-
calme, qu Bremment de l’effrayer, tenoit fon fabre levé & continuoit fes menaces, Un
ens ; & le An de fes gens affeéta de lui retenir le bras, & promit à Roberts qu'il ne lui
ros & char: arriveroit rien de fàcheux. Alors Ruffel voulut fçavoir pourquoi il étoit fi
qu'ils n'art: mal vêtu. L’excufe de Roberts fut qu'il ne s'attendoit pas à paroître de-
me coin ant un homme firédoutable. Et pour qui me prenez-vous, reprit Ruffel? Ici
Mais le ver "MMERoberts fort embarraflé chercha long-tems fa réponfe. Enfin, dans la crain-
e de l'offenfer également par la vérité ou par la flaterie, je crois, répondit-
L .
il avoit ob LÉ OL Hat
1, que vous êtes un Homme de diftinétion, qui fait de grandes entreprifes
rdée de c
p tard pour ur mer. Tu mens, répliqua Ruffel ; ou fi tu crois dire vrai, apprends:
endant lorf que nous fommes Pyrates.
ce qui rer RoserTs lui ayant offert d'aller fe vêtir plus décemment, il lui dit, en Difcours du:
i le fien. | rant plus que jamais, qu'il étoit trop tard & qu'il demeureroit dans l’ha- HA , & _
& quatori: Millement où il s’étoit laïffé prendre; mais que fon Bâtiment & tout ce qu'il Eos. 7
da à quiap Æntenoit ne lui appartenoit plus. Je ne le vois que trop, répondit Roberts.
le étoit à pendant lorfqu'il m'eft impoflible de l'empêcher, j'efpère de vôtre géné-
eft ce qu'a fofité que vous vous contenterez de ce qui peut vous être utile, & que vous
rer fa Chr me laïfferez le refte. Le Pyrate lui dit, avec moins de brutalité, que fes
Compagnons en décideroient. Mais en même-tems il lui demanda un Mé-
oire exaét de tout ce qu’il avoit à bord, füur-tout de fon argent; & s’il s’y
Mtrouvoit ges chofe de plus qu'il n’auroit accufé, il protefta qu’il le fcroit.
brûler: vif avec fa Felouque.
, Tous les gens du Vaifleau, qui prêtoient l'oreille à cetce conférence,.avec Fauffecom-
un air affcété de compañlion, lui confeillérent d’un ton d'amitié d’être fin- pañion des
fcére dans fa déclaration, fur-tout à l'égard de l'argent, des armes & des Pyrates.
pmunitions, qui étoient, lui dirent-ils, leur objet principal; en l’avertiflant
que leur ufage étoit de punir fort févèrement les gens de mauvaife-foi. Il leur
à rendit
eau étoit ur
is fçachan à
fer pouru
uffel. Id
it le Patroï
gner fur fon
a d’injuré
Robert
opofoit de
| avoit pasel
(p) Malgré cet Avertiffément le Traduéteur termes injurieux & des difcours cmportés du
Da fagcment fupprimé la plus grande partic ds: Pyrate, K, d, E.
Rovsrnrs,
1722,
Ce qu'ils a-
voient déja
fait, & ce
qu'ils alloient
entreprendre,
Edmond Lo,
Général des
Pyrates. ,
Js enlevent
le Gouverneur
& le Prêtre de
S. Nicolas.
112
VOYAGES DES ANGLOIS EN
rendit le compte le plus fidèle qu'il pût trouver dans fa mémoire.
ue s’il avoit la liberté de recourir aux papiers qui étoienc dans le Vaifleau,
il feroit en état de donner un inventaire plus jufte de la Cargaifon. A quoi
Rufñel répondit qu'il en auroit foin & qu'il s'en ferviroit pour vérifier fa dé.
claration. Cependant les + vifitoient le Vaiffeau de Roberts, dans le.
quel ils ne trouvèrent au-delà de ce qu'il avoit déclaré qu'une bague & des
boucles d'Argent , dont il ne s'étoit pas fouvenu. Pendant cet intervalle,
le Prêtre Portugais & les Négres, qui avoient vû ce qui s'étoit pañlé & ne
fçachant à quoi tout cela aboutiroit, s'éloignoient du rivage pour s'enfuir
dans les Montagnes. Les Pyrates les D re er & les ayant fait remar.
quer à Ruffel, celui-ci demanda à Koberts s'il les connoiffoit ? N'ôfant
pas déguifer la vérité , il déclara naturellement ce qui en étoit. ] Aux
ueftions qu'on lui fit fur le defféin de la navigation préfente , il ne répon-
dit pas moins fincèrement qu'il alloit à Sal, pour remplir fes conventions
avec un Prêtre Portugais. Mais Ruffel lui apprit là-deflus que fon Prêtre ne
verroit jamais le tréfor fur lequel il fondoit fes efpérances, parce qu'il l'a-
voit fait enlever par une Fripons de fa Troupe, qui avoient pris la fui.
te avec leur butin. Il ajoûta que les informations qu'il avoit reçues touchant
l'arrivée de Roberts, joint à quelques lumières fur une fomme de quinze cens
ou deux mille dollars que le Prétre & le Gouverneur de S. Nicolas avoient
dans leurs coffres, étoient le feul motif qui l’avoit amené; fans quoi, fon
deffein & celui de fes Compagnons auroit été de fe rendre à Buona-Vifta. Ro:
berts lui demanda de qui il tenoit tous ces éclairciffemens. Il répondit que c'é:
toit du Capitaine Scot. Mais vous êtes donc defes amis, reprit Roberts ? Plus
qu'ilne mérite ; qe le Corfaire; car nous nous fommes contentés de br:
ler fon Vaifleau, & nous l’avons mis à terre dans l'Ifle de Buona-Vifta.
C£erezNDANT Ruflel ne pouvant perdre de vûe le Prêtre & le Gouverneur,
rit la réfolution de s’avancer dans la Rade de Paraghifi, pour gagner la Ville
les ÿ furprendre. 11 donna ordre à Roberts de lui fervir de Guide dans fa
Felouque. Comme elle n’avoit pas celTé d’être à l'ancre, les Pyrates laiffèrent
couler le cable, pour s’épargner l'embarras de la manœuvre. Les deux au.
tres Bâtimens étoient demeurés jufqu’alors immobiles fur leurs ancress mais
lorfqu’ils virent le premier à la voile, la Rofe, Vaifleau de trente-fix piéces
de canon, commandé par Edmond Lo, Chef général des Pyrates, fe mic en
mouvement pour le fuivre. S’étant bientôt rejoints, Ruffel rendit comptei
Lo de ce qui s’étoit pallé, & de l’efpérance qu'il avoit le même foir d’enw-
ver le Prêtre & le Gouverneur. Son projet fut applaudi, & Lo fit pafferfur
fon bord quelques-uns de fes gens pour le renforcer.
, LE Vaifleau de Ruffel continua de s’avancer jufqu’à la hauteur de Porto-Lap-
pa, qui eft une petite Baye entre Currifal & Paraghiti. La, un Pyrate del :
Troupe fit ferment que fuivant fes lumières, c’étoit l'endroit le plus proche
de la Ville & le plus commode pour débarquer. Aufli-tôt Ruffel fit tourner
vers la Baye; & lorfqu’on fut à demi-lieuë de la terre, il defcendit dans fi
Chaloupe avec trente-cinq hommes, pour gagner le rivage. Le Vaiffeaunen
eut pas moins ordre de continuer fa courfe , & d’aller mouiller dans l’ancienne
Rade de Paraghifi. |
LE lendemain Ruffel & fes gens revinrent à bord, avec le Prêtre, le Fik
du Gouverneur, & cinq ou fix Négres, qu’ils avoient enlevés. On mit à :
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être, leFik
nmital «
je
vo
"0 ,, péta-t'il, de rencontrer des gens defa Nation; mais comme lui
DIFFÉRENTES PARTIES p2 L'AFRIQUE, Liv. V. Car. V. 113
oîle aufli-tôe, pour rejoindre les deux autres Vaiffeaux, qui étoient demeu-
M l'entrée id Rad Le Général paroiffant fur le fien, demanda de loin
s'il y avoit d'heureufes nouvelles. Ruflel répondit qu'il fe réfervoit lui-même
à lui en rendre compte. Le Prêtre & les autres Prifonniers furent mis dans
la Chaloupe, & Roberts avec eux, pour être préfentés au grand Général
Lo. Ruffel les fuivit dans fon propre Efquif.
, À leur entrée dans le Vaifleau, tous les Pyrates vinrent les faluer fuc-
, Ceffivement & les affürer qu’ils étoient touchés de leur infortune. Cette
» Cérémonie fe fic fi gravement que les Prifonniers ne purent diftinguer fi
,, C'étoit une infulte. On leur dit du même ton qu'il falloit rendre leurs ref-
, peéts au Commandant. Un Canonier fe chargea de lui préfenter Robeïts.
, Il trouva Lo aflis fur un canon, quoiqu'il y eût des chaifes près de lui.
,, Mais un Héros de cet Ordre ne pouvoit paroître que dans une pofture
» Martiale, Ayant ordonné qu'on le laiffät feul avec Roberts, il lui dit qu'il
» Prenoit part à fa perte ; qu'étant Anglois comme lui, il ne fouhaitoit pas
» de rencontrer fes Compatriotes, excepté quelques-uns dont il étoit bien-
» aife de châtier l'arrogance: mais que la fortune le faifant tomber entre fes
» mains , il falloit qu'il prit courage & qu'il ne marquât point d’abattement.
» Roberts répondit qu'au milieu de fon chagrin, il fe flattoit encore qu'ayant
» Affaire à des gens d'honneur , fa difgrace pourroit tourner à fon avanta-
" ge Le Corfaire lui confeilla de ne pas fe flatter trop, os que fon fort
» dépendoit du Confeil & de la pluralité des voix. Il ne defiroit point, ré-
fes Com-
» Pagnons n’attendoient rien que de la fortune, ils n’ôfoient marquer de l'in-
» gratitude pour fes moindres faveurs, dans la crainte que s'en offenfant , elle
1, ne les abandonnât dans leurs entreprifes. Enfüite prenant un ton fort
,, doux, il preffa Roberts de s'affeoir, mais fans lui faire-l’honneur de quitter
Le » lui-même fa pofture. Roberts s'afit.
À , Ps . . .
%,, preffant ; mais que pour reconnoiffance pour tant de bonté, il accepteroit
”,, volontiers tout ce qui lui feroit offert.
ns mettre tout le monde dans fes intérêts.
War ,. . .
>, doute autant d'ironies, & Roberts fut furpris de trouver cette figure fi Corfaires.
Alors, le Général lui demanda ce
, qu’il vouloit boire. Il répondit que la foif n’étoit pas fon befoin le plus
o lui dit encore qu'il avoit tort de
fe chagriner & de s’abattre; que c’étoit le. hazard de la guerre, & que le
» Chagrin étoit capable de nuire à la fanté; qu'il feroit beaucoup mieux de
» Prendre un vifage riant, & que c'étoit même la voye la plus fûre pour
[ Tous ces confeils étoient fans
» familière à des Corfaires. ] Allons, reprit Lo, vous ferez plus heureux
» une autre fois. Et fonnant une cloche , qui fit paroître un de fes gens,
Ù » NT ordre qu'on apportât du Pounch ; & dans le grand bafñfin, ajoûta-
14 ll,
| sh diligence.
Il demanda auffi du vin. L'un & l’autre fut fervi avec beaucoup de
. En buvant avec Roberts, il lui promit tous les fervices qui
» dépendroient de lui. Il regrettoit beaucoup, lui dit-il, qu'il n’eût pas
» Cté pris dix jours plûtôt, parce que fa Troupe avoit alors en abondance
» diverfes fortes de marchandifes qu'elle avoit enlevé à deux Vaifleaux
» Portugais qui faifoient voile au Bréfil, telles que des étoffes de foye & de
» laine, de la toile, du fer & toutes fortes d’uftenciles; il auroit pû enga-
» ger fes Compagnons à lui en donner une partie, qu’ils avoient jetté dans
» la mer comme un bien fuperflu: que s’il le rencontroit quelque jour dans
P
III. Part. » une
Ronears
1722,
Roberts ofl
préfenté au
Général Lo,
Lour entre
tien.
Ironie des
VOYAGES DES ANGLOIS EN
une occafion fi favorable, il lui promettoit de le dédomma
enfin qu'il faifoit profeffion d'être fon ferviteur & fon ami
rois Ôfé lui faire une réponfe outrageante , dit Roberts, tant de carefles,
feintes ou fincères, m'en auroient Ôté la force, & m'obligeoient de le
CerenpanT on avertit le Général que le Capitaine Ruflel, avec les Pri.
fonniers Portugais , attendoit fes ordres pour entrer,
principaux Corfaires entrèrent avec eux & remplirent tout l'efpace. Lo
Enfüite il fe fit raconter par Ruflel toutes les
Les trente-cinq hommes, qui étoient defcen.
dus à terre, avoient commencé par fe faifir de deux Négres de l'Ifle
ar le Gouverneur pour s'informer d'où ils venoient
dont ils s'étoient fait des Guides
Ils y étoient arrivés à neuf
u'ils avoient fait par terre ne furpafloit pas douze milles. Ainfi, trouvant les
ortugais fans défiance, ils avoient pû compter qu'il ne leur échaperoit au-
cune partie du butin. Ils s'étoient rendus d'abord
où ils avoient laiflé une Garde,
Il confentit à les voir,
dience, avec Les
fit aflcoir les Prifonniers.
circonftances de l'Expédition.
our s'approcher de la Ville
u foir, & le chemin
la maifon du Gouverneur,
Enfüite ils étoient allés furprendre le Prêtre
Récit de fon dans la fienne, 11 ne faifoit qu'arriver de Currifal: mais quelque étonnement
qu'il eût dû recevoir de cette vifite, il avoit eu le courage de n’en faire paroi.
tre aucune marque. Il avoit fait fervir de la viande & du vin, en priant fes
Hôtes de ne pas s'offenfer de la mauvaife chère qu'il leur faifoit dans une oc.
cafon fi peu prévlüe,& leur promettant de leur préfenter le lendemain tout ce
que l'Ifle avoit de meilleur.
RusszL l'avoit remercié. Mais il lui avoit déclaré qu'étant chargé d'une
commiflion importante, il fouhaitoit que l'éxécution n'en fût pas différée ; qu'a
ant appris par des témoignages certains , que lui & le Gouverneur avoient dans
eurs coffres une bonne provifion de dollars, il étoit venu pour demander fa part
de ce tréfor, fur le principe que rien n'étoit plus nuifible au Commerce que
de tenir l'or & l'argent caché & d'en arrêter la circulation. A cette déclaration
le Prêtre avoit répondu, fans fe troubler, que ceux qui lui avoient donné
& qu'il n’y avoit aucune vrai-femblance
ût amaffer des tréfors,
ces informations l'avoient trom
que dans une Ifle fi déferte &
La replique de Ruffel avoit été, qu'ayant reçu de la Nature deux fecours pour
la vérification de cette efpèce de faits, c’eft-à-dire, des yeux & des mains,
lue trouve il alloit les employer. Loin d'en paroître plus timide, le Prêtre avoit fait al
lumer quantité de cierges, car il n'avoit
tant feulement que ces provifions eccléfia
de S. Jago, fuflent employées à d'autres ufages que ceux du fervice divin.
Ruffel avoit fait vifiter tous les coins & tous les détours de la maifon, où M
n'ayant trouvé que vingt dollars, il avoit dédaigné de prendre une fi petit #
fomme. Dela il étoit retourné à la maifon du Gouverneur.
s'y étoient faites avec le même foin, mais avec auffi peu de fuccès, Ne dou M
tant point alors de la fauffeté des informations, il avoit fait faire une garde
éxaéte à fes gens pendant le refte de la nuit, & le matin il avoit réfolu d'en:
Chagrin du mener quelques Prifonniers pour la fatisfaétion du Général. Ga
Ê Lo, qui avoit écouté ce récit avec plufieurs marques de chagrin, ne puts'en: Wa
pêcher ici de l'interrompre. Eft-ce-là, dit-il en jurant, ce.qui me 1104
cu cultivée, on
as d’autres chandelles ; en regret L
iques, qu'il recevoit de l'Evèqu M
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, lv. V. Crar, V. 115
*
à . 7 avoir artendu toute la nuic! Quel befoin avons-nous de ces Miférables? Ronners
À re 2 Cet de l'argent qu'il nous faut; & s'ils n'en ont point, je les donne au Dia. 1722.
| . D:
; 0 ble avec leur Ile, = : SES
ot 4 . RUSSuL piqué de fe voir interrompu fi brufquement , répondit d'un ton fort, hermete de
soda "Ù aigre qu'il avoit autant d'intérét que le Général & toute la Froupe À trouver ;juonûre
4 e , , H Û . i
L de l'argent quand il y en avoit, & qu'on pouvoit s'en rapporter à lui quand
pag Pri M : Moi qu'il n'avole rien négligé; qu'il étoit perfuadé que le Prêtre & le
MNT M Gouverneur n'avoient que vingt dollars, qui partagés entre tous leurs Com-
En L MU pagnons, ne feroient pas fix fols à chacun pour fa part; & que pour leur hon-
ge cs à noeur, il ne jugeoit pas Mpropes de s'arrêter à de fi petites fommes. Pour moi,
rhoor: e qu'à ce qui mérite mon attention; & quand
à. inua-t'il, je ne m'attac
Cuve : 8 Ps D rouverel > ue chofe de cette nature, je ferai voir Je je ne manque ni
a Ville 0 (je hardieffe, ni de courage. Mais fi je fais le métier de Voleur, je veux que
"! J'occafion foit digne de moi, fur-tout dans des lieux que nous devons regar-
| cheme L der comme un azile contre une infinité de cas qui peuvent nous arriver, Lo
she o parut fe repentir de fon emportement. Il déclara d'un ton plus doux , que tout
. ce que Ruffel avoit dit étoit vrai; qi le reconnoiffoit pour homme de cou-
ji Sins rage & de jugement, & que fans difpucer fur une bagatelle, il le prioit d'a-
, chever fon récit,
onnement à Russe flatté de cet éloge, reprit fa narration. De la maifon du Gouverneur, Ru re.
ne Las il avoit envoyé ordre au Prêtre de le venir trouver; mais ce rufé Portugais rage lrd :
À pacs Le avoit déja pris la fuiteavec tous fes Efclaves. Il ne reftoit chez lui qu'une vicil- piétre Portu-
le femme, de qui l'on apprit fon évafion, Ruffel s'en prenant au Gouverneur, gais, & mena
qui étoit un homme fort âgé, ne lui avoit donné que deux heures pour retrou- ces de Ruffel.
ver les Fugitifs ; & paroiflant peu touché de lui entendre dire qu'il feroit peut-
être impollible de les découvrir, parce qu’il y avoit des retraites impénétra-
| bles dans les Montagnes, il avoit juré que s'ils ne-paroifloient pas dans deux
heures il réduiroit la Ville en cendres. Une partie des Négres s'étant mis à
"0 chercher le Prêtre, on l'avoit enfin découvert. Il étoit venu d'un air foûmis,
"7 faire desexcufes de fa fuite, en la traitant lui-même de folie & d’imprudence,
puifqu'il n’avoit aucune raifon de fe cacher. La feule vengeance que Ruffel en
avoit tiré, avoit été de fe réjouir avec tous fes gens aux x ge de fon vin &
Me (es provifions, & d'inviter même tous les Habitans à prendre part à la Fête;
mais après s'être amufé long-tems de fon chagrin , il lui avoit déclaré qu'il
‘falloit le fuivre à bord, avec le Gouverneur & cinq ou fix autres Infulaires.
…… Le Prêtre effrayé de cet ordre avoit demandé, la larme à l'œil, s’il devoit s'at-
0 tendre à l'efclavage. Onl’avoit affüré , pour le confoler, que les Pyrates étoient
… aufi bons Chrétiens (4) que lui, & qu'on ne penfoit fa le préfenter au Gé-'
* néral, pour rendre témoignage que le Gouverneur & lui n’avoient pas d'ar-
* gent. Ils étoient venus fans avoir fait d'autre objeétion. Vous les voyez devant
2 vous, ajoûta Ruffel, en s’adreflant au Général. Difpofez d'eux comme vous
ain tout ce
hargé d'unt
érée ; qu'a
oient dan
der fa part
merce qu
déclaratiot
ient donnt
i-femblance
des tréfors.
ecours pour
des mains,
voit fait a!
; en regrét Mu
de l’Evequ *
rvice divin
maifon , 0! #
ne fi pet OS Je jugercz-à-propos.
s recherchs WE Lo parut fort content de la conduite de fon Capitaine. Il fit diverfes quef- … les Prifon-
ès. Ned: MN tions aux Prifonniers ; & n'ayant pas d'autre utilité à tirer de leur préfence, il mas Portue
re une gark 1 les fit remettre à terre avec aflez d'humanité. Voyés. ‘
réfolu d'en: n | RoOBERTS
ne put s'em D (a) Angl. membres de l'Eglife Romaine, KR, d, KE,
. sylent oh "
i me reviéi 2 1 P 2
d'au
Ronnars.
1722,
Roberts
trouve une
confotation
dans fa cupel-
vité,
Loi inviola-
be des Pyra-
(us,
Rufful veut
la violer pour
l'intérêt com-
mun,
116 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Rossars ne fut pas traité fi généreufement, On lui déclara qu'il ne man.
ueroit de rien fur le Vaiffeau, mais qu'il falloit y demeurer jufqu'à ce que k
Confeil eût décidé de fon fort, Le jour füivant, tandis qu'il étoit à rêver crif.
tement fur le cillac, un des Pyrates s'approcha de lui, & lui ayant marqué ci.
vilement la part qu'il prose à fa peine, lui demanda s'il ne fe fouvenoi
point de l'avoir vû, Il ajoûta qu'il avoit fervi fous fes ordres lorfqu'il com.
mandoit en 1718 une Frégate de crois cens tonneaux, nommée l& Sufamne
Pendant cet entretien, deux autres Pyrates, qui avoient été dans le même
tems à fon fervice, s'approchèrent aulli, & lui tinrent les mêmes difcours. |!
fe rappella leur figure ; mais fa furprife augmenta beaucoup, lorfqu'ayanc ajoi.
té qu'ils avoient entr'eux 40 ou 50 piéces de toile fine, & 5 ou 6 ballots d'étof.
fes de foye, avec d'autres marchandifes, ils l'affürèrent qu'ils attendoient que
le Confeil eûc décidé de fon fort, & lui eûe du moins rendu fa Felouque,
pour lui faire une petite cargaifon, à laquelle ils joindroient tout ce qu'is
pourroient obtenir de leurs autres Compa nons. Là-deffus, regardant autour
d'eux, comme s'ils euffent appréhendé d'être entendus, ils fe Weng
pour lui dire plus fecrétement, que s'il ne prenait garde à lui, il feroit for.
cé de demeurer avec eux, parce que fon Pilote avoit déclaré qu'il connoifloit
parfaitement la Côte du Bréfil, & que le deffein des Pyrates étoit de Lourner
de ce côté-là, lorfqu'ils auroient croifé quelque tems fur celle de Guinée ; qu'il
n'avoit qu'une feule voye pour s'en een mais que fa liberté & leur propre
vie dépendant de ce qu'ils alloient lui confier, ils lui demandoient un fecret
inviolable: qu'entre les loix fur lefquelles leur affociation étoit fondée, ils s'é.
toient impofé, avec un redoutable ferment, celle de ne forcer aucun homme #0"
marié à les fuivre; que fon Pilote, à qui l’on avoit déja demandé s’il l'étoi,
avoit répondu qu'il n'en étoit pas sûr, mais dr le croyoit néanmoins ; &
qu'eux au contraire, qui lavoient reconnu dès le premier moment, ils s'é.
toient efforcés de lui rendre fervice en affürant qu'il écoit marié, & qu'il avoit
quatre enfans; qu'ils avoient rendu témoignage d'ailleurs à la bonté de fon
caraétère & à fa fidélité dans fes promefles : que s’il vouloit donc être libre, ! ‘4
réfente
c'étoit à lui de foûtenir qu'il avoit effeétivement une femme & cinq ou fix en. M" +, ven
fans. 0 çant à b
1Ls lui apprirent encore qu'un homme des plus diftingués dans leur Troupe M ,* de fes e
demandoit avec beaucoup d'inftances que ce ferment fût annullé, fous pré M naries.
texte que la néceflité devoit être leur principale loi, & qu'il leur étoit im PM
poñlible de croifer fur les Côtes de Guinée fans un Pilote qui les connût ; que !
our fe faire écouter plus facilement, il ajoûtoit que dans la courfe qu'on al
oit faire en Guinée, on pouvoit efpérer de prendre quelqu'un qui eûtlesqua-
lités néceflaires fans avoir celle d'homme marié, & qu'alors on mettroit Ro-
berts au rivage; mais qu’il falloit attendre cette heureufe rencontre pour fe dé-
faire de lui. À la vérité, le Général étoit fort oppofé à cetavis, & repréfen:
toit que fi l’on violoit une fois quelque article des fermens fondamentaux, on
ne pouvoit plus être für de rien. Toute la Troupe panchoit pour fon opinion.
Cependant Ruffel, qui étoit le Chef du Parti contraire, s’étoit acquis tant de
confidération, qu’il étoit à craindre que fon fentiment ne l'emportât.. Après ce
difcours, les trois Matelots appréhendant de fe rendre fufpeéts, quittèrent
Roberts & lui laifférent le refte de fes intérêts à ménager. |
À peine s'étoient-ils retirés, que le. Général parut fur le tillac, pour ordon-
ner
L
demand
vais éta
Ruffel,
fans Ma
…… viandes
plus fidé
fon valet
Cr)
| ne man.
ce que ke
êver trif.
arqué ci
fouvenoit
u'il com.
| Sufanne.
le même
fcours. 1!
ant ajol-
ts d'étof.
oient que
'elouque,
ce qu'ils
nt autour
rochèrent
croit for:
onnoifloit
€ tourner
née ; qu'il
ur propre
un fecret
le, ils s'é MM
n homme
il l'étoit,
oins ; &
t, ils s'é
qu'il avoit
é de fon
fous pré:
étoit im-
nût ; que
qu'on al-
At les qua-
ttroit Ro-
our fe dé-
repréfen-
taux, On
à opinion.
is tant de
Après ce
quittérent
ur ordon-
ner
tre libre, |
ou fix en M
ir Troupe 4
” 5.2 af
placé,
Ds éteint avec lui, Cependant il fe courna vers Roberts, à qui il deman-
ement s'il étoic marié, Sa réponfe fur qu'ill'écoic depuis dix ans, &
pen partant de Londres il avoit cinq enfans, fans compter un fixième dont
à | publ
roit
il fe réduiroit à la patience. Il ajoûta que tout le monde étant affemblé, c'é-
toit une affaire qui pouvoit être décidée fur le champ. Alors il donna ordre à
tout le monde de fe rendre fur les ponts, & Roberts fut averti de demeurer
dans la chambre.
de fes ex
naries. L
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, V, 117
ner qu'on à
foye verte,
ffemblûc le Confeil avec le fignal ordinaire, C'étoit un Pavillon de
ue les Pyratés appelloient the green Trumpeter, c'eft-à-dire le
Trompette verd, parce qu'il portoit la figure d'un homme avec la trompette à
. ‘T'out le monde 5'ésanc rendu fur le Vaiffeau du Général & s'étant
la bouche ki gr fa chambre, les autres fur les ponts » & dans les endroits
[4
voulut choifir, il leur déclara qu'il ne les avoit fait affembler que
à femme étoit groffe. On continua de lui demander s'il avoit laiffé fa famille
à fon aife. 11 répondit qu'ayant autrefois effuyé plufieurs difgraces, la cargai-
fon de fa Felouque compofoit une grande partie de fon bien, & que s'il avoit
| Je malheur de la perdre, il n'efpéroit guères de pouvoir donner du pain à fes
enfans. Lo, regardant Ruffel, lui dit qu'il falloit y renoncer.
uoi; répondit l'autre en blafphémant.
Renoncer à
L .
ous m'entendez, reprit le Général;
jurant à fon tour, il répéta qu'il y falloit renoncer, Ruffel, s'échaufTant beau-
coup , pré
foin, de a propre confervation, & rapporta plufieurs Proverbes (r) pour prou-
ver : la néceffité n'a pas de loi. Lo répliqua doucement qu'il n'y confenti-
amais;
tendit que la première loi de la nature écoit, pour chacun, le
mais que fi la pluralité des voix étoit contraire à fon fentiment,
Le Confeil dura deux heures. Lo & Ruffel étant defcendus les premiers,
demandérent à Roberts s'il n'étoit pas vrai que fa Felouque étoit en fort mau-
vais état. Hélas! répondit-il, elle fait eau de tous côtés. Elle fait eau ? reprit
Ruffel, Qu'en feriez-vous donc, fi elle vous étoit rendue? D'ailleurs vou: êtes
fans Matelots, car à préfent tous les vôtres font à nous. Et continuant de lui re-
2 préfenter fes befoins, il s’efforça long-tems de lui faire fencir fa mifèrs. Enfui-
0 te, venez, venez, lui ditLo, nous éxaminerons votre affaire en recommen-
" çant à boire. On apporta du pounch enabondance, & chacun fe mit à parler
péditions paftées, en Terre-neuve, aux Ifles de l'Amérique, aux Ca-
heure du dîner étant arrivée, Lo les invita tous. On leur fervit des
. viandes, qu'ils s'arrachèrent de la main l’un de l’autre, comme une Troupe de
» Chiens affamés. C'étoit, difoient-ils, un de leurs plus grands plaifrs; & rien
» ne leur paroifoit fi Martial, |
Le jour fuivant, un des trois Matelots, qui avoient parlé la veille à Ro-
#7 berts, vint lui faire des excufes de leur peu d'empreflement , qu'il rejetta
fur un des articles de leur fociété, par lequel il étoit défendu fous peine de
mort, d'entretenir des correfpondances fecrétes avec un Captif. 11 lui apprit
qu'il n’avoit pas beaucoup à fe louër de fon Pilote; qu'il le croyoit difpofé à
prendre parti avec les Pyrates, & que le refte de fes gens ne lui étoient pas
plus fidéles; de forte que fi on lui rendoit fa Felouque, il ne lui refteroit que
fon valet & un petit garçon pour la conduire; qu'il auroit fouhaité, lui & fes
(r) Angl.
Compagnons
allégua le Proverbe; Que la nécefité n'a point de Loi. R, d, E.
P 3
Ronnar:
1729,
Le Contull
des Pyrates efl
afsmblé,
On interroge
Roberts, l'ur
tage des
Chefs,
Embarras de
Roberts,
Explications
utiles qu'il re-
çoit.
KRonenrrs,
I 7 99
Propoñition
de Ruilel,
Réponfe de
Koberts.
Ruffel l'em-
barrafle par
fes inftances.
118 VOYAGES DES ANGLOISEN
Compagnons, de nouvoir lui offrir leurs fervices; mais qu'ils étoient liés pa
un autre article, portant que fi quelqu'un de là troupe propofoit quelque pr
chofe qui tendît à la féparation, ou qui marquât quelqu'envie de fe retirer, 4
il feroit poignardé fur le champ, fans autre formalité. Il ajoûta que jufqu'au Pr
moment où le Pilote de Roberts avoit déclaré que fon Maître connoifloit par. ru
faitement les Côtes du Bréfil, Ruffel avoit témoigné de l'inclination à le fer. -
vir, & qu'il avoit parlé de le dédommager de la perte de fon bled & de fon D
ris, en lui formant une petite cargaifon de toiles, d'étoffes, de chapeaux, de ot
fouliers, de bas, de galons d'or & de quantité d'autres marchandifes, que il
les Pyrates gardoient dans la feule vûe de les donner à ceux qu'ils prenoient, dé
lorfqu’ils les avoient déja connus ou qu’ils fe fentoient pour eux de l'amitié; ;
mais que Ruffel ayant changé de difpofition, ce feroit peut-être envain que vra
Lo prendroit les intérêts de Roberts, parce que Ruffel ayant été deux fois mê
Général, avoit confervé beaucoup d’afcendant fur toute la Troupe , & que fa
d’ailleurs il avoit toûjours traité les Prifonniers avec plus de ménagement toit
que Lo. c'ét
Auss1-r Ô T que cethomme eutquitté Roberts, Lo parut; & fans toucher néc
au fujet de fa peine, il lui parlade plufieurs fujets indifFérens. Roberts fut obli. veil
gé de foûtenir gayement une converfation fort fatiguante ; car les Pyrates pren: pro
nent un air d'autorité fi abfolue, qu’au moindre mécontentement, ils outragent & |
leurs Prifonniers , de coups ou de paroles, & le plus vil de la Troupe s’en fai | lui
quelquefois un amufement. Ruffel arriva dans le même tems, & s'adreffantà M les
Roberts avec un vifage riant , il lui dit, que plus il penfoit à la propofition de # leur
&
lui rendre fa Felouque, moins il L trouvoit d'avantage pour lui-même; qu'il
l'avoit pris pour un homme fenfé; mais que dans les inftances qu'il faifo: K
pour obtenir fa Chaloupe, il ne voyoit que de l'obftination & du défefpoir;
que pour lui, il croyoit l'honneur de la Compagnie interreflé à ne pas foufrir
qu’un galant-homme courût volontairement à fa perte ; que lui voulant beau-
coup de bien, il avoit cherché pendant toute la nuit quelqu’expédient plus
utile à fes véritables intérêts que la reftitution de fa Felouque, & qu’il croyot
l'avoir trouvé: qu’il falloit commencer par mettre le feu à ce mauvais Bit !
ment: nous vous retiendrons, continua-t'il, en qualité de fimple Prifonnier, Bu
tel que vous êtes à préfent; & dans cette fuppofition, je vous promets & je L
m'engage à vous faire promettre par toute la Compagnie, que la première M
Prife que nous ferons, fera pour vous. Ce fecours,ajoûta-t'il, fervira mieu M
que votre Felouque à rétablir vos affaires, & pourra vous mettre en état de !
quitter la mer pour aller vivre heureux avec votre famille.
RoserrTs lui fit des remercimens ; mais témoignant peu de goût pour fès
offres, il le pria de confidérer que loin d’être aufli avantageufes qu'il paroi E
foit le croire, elles n’étoient propres qu’à confommer fa ruine. Quelle efpé:
rance auroit-il jamais de pouvoir difpofer du Vaiffleau & de la cargaifonquon
vouloit lui donner ? Qui voudroit les acheter de lui, s’il n’étoit en état de MS
prouver qu’il avoit droit de les vendre? Et fi les Propriétaires en apprenoïient ls
quelque chofe, ne feroit-il pas obligé de leur reftituer la valeurentière deleut 4
bien, avec le rifque d’être jetté dans un cachot & de fe voir mener peut-être M
au fupplice. |
CETTE réponfe n'embarafla point Ruflel. Il la traita d’objection frivo-
le. A l'égard du droit fur le Vaifleau & de la crainte d’être découvert,
prétendit
Ÿ | DIFFERENTES PARTIES »e L'AFRIQUE, Liv. V. Cr. V. 119
ent liés pr he FR | bon |
pl 5h prétendit que les Pyrates pouvoient faire à Roberts un billet d
se Re M donner par écrit d'autres cftres qui affüreroient fa pofféffion ! quil deals aie Sr
se ul ne d'ailleurs de fe dérober à la connoiffance des Propriétaires, parce que les re
Lol Dit ns Pyrates fçavoient toñjours, foit par les déclarations du Maître d'un Vaif-
P feau , foit par fes papiers, dont ils avoient foin de fe failir, qui étoient les
ion à le fer- LR n
e . Ad principaux Intéreflés dans une cargaifon & quel étoit leur Pays ou leur de-
aveaux, de RS meure. Il ajoûta que les écrits & les titres pouvoient fe faire fous un autre
Mifes L que 1 nom que celui de eur vn & lui fervir jufqu'à la fin de fa vente ; après quoi
’, F il pourroit reprendre fon véritable nom, & s'affi i ‘ârre lamai
s prenoient, d PRE P , affürer ainfi de n'être jamais
RoserrTs fe vit forcé de reconnoître qu'il y avoit non-feulement de la
vrai-femblance , mais une efpèce de certitude dans cette propofition. Il loua
même l’efprit & l'habileré de Ruffel. Cependant après avoir confefé qu'un lan
fi adroit pouvoit le mettre à couvert, il eut le courage de déclarer qu'il é-
toit retenu par un motif beaucoup plus puiffant que la paflion de s'enrichir: Probité de
c'étoit fa confcience , dont il craignoit les remords. De-là, s'étendant fur Ja Roberts, &
néceflité de la reftitution, il toucha plufieurs points qu’il crut capables de ré- Fate
veiller dans fes Auditeurs uelque fentiment de repentir. Eneftet fon difcours Un
produifit différentes impreflions. Les uns le félicitèrent fur fon éloquence
& lui dirent qu'il étoit propre à faire un bon Aumôn'er de Vaifleau ue
Jui déclarèrent brufquement qu'ils n’avoient pas befoin de Prédicateur, & :
les Pyrates n'avoient pas d'autre Dieu que l'argent, ni d’autre Sauveur de
leur épée. Mais, il s'en trouva aufñi quelques-uns qui louèrent fes princi V4
… & qui fouhaitèrent que l'humanité du moins fût plus refpeétée A i ù
STroupe. [Ce qui tourneroit à leur honneur, & les rendroit plus étbinables
aux yeux de Dieu & des hommes.] Cette variété de propos fut füuivie de
| quelques momens de filence, Mais Ruffel le rompit , pour prouver à Robe *
par quantité de fophifmes , qu’en fuppofant même que la Pyraterie fût E
crime , ce n'en pouvoit être un pour lui de recevoir ce que les Pyrates de
roient enlevé, parce qu'il n’auroit pas de part à leurs prifes, & qu’il étoit pri
fonnier malgré lui. Suppofez, lui dit-il , que nous ayons pris la Féfoluiton de
brûler notre butin ou de le jetter dans la mer. Que devient le droit du Pro- Sophifme 4
è €
” priétaire, lorfque fon Vaifeau & fes marchandifes, font brûlés ? L’impoitibi- Rufël pour
FE Ro-
erts,
de l'amitié;
envain .que
té deux fois
ape , & que
ménagement
. fans toucher
berts fut obli-
Pyrates pren:
ils outragent
upe s’en fai
s’adreffant à
ropofition de
-même ; qui
s qu'il faifot
du défefpoir;
ne pas fouffrir
voulant beau
xpédient pu
& qu'il croyoi
mauvais Bar !
le Prifonuicr,
promets & je à
e la preiitre hs. lité de fe les faire jamais reftituer annéantit toutes fortes de droits. Di i
fervira mieut ! conclut Ruffel, fi nous ne faifons pas la même chofe, lorfque dE
tre en état de nons ce qu’il dépend de nous de brûler. RER Eee)
kr Lo & tous les Speétateurs fembloient prendre plaifir à cette difpute [&
e goût pour Ês difoient que Ruffel,. qui trouvoit rarement d’Antagonifte de fa for
fesqu'il paroi | rencontré un dans la perfonne de Roberts.] Mais celui-ci s’a érce es
uelle efpé le ton de fon adverfaire devenoit aigre , brifa tout-d'un-cou Pr me PS
ar gaifon qui qu'il reconnoifloit à la Froupe le pouvoir de difpofer de hs” ris = a
oit en état & | ne jufqu alors avec tant de générofité, il ne faifoit pas oi del 4 nelle her
à apprenoient ur leur bonté à l'avenir : que s'il leur plaifoit de lui rendre fa Felou cé. Fe rédu.
entigre deleut Vi toit l'unique grace qu’il leur demandoit; & qu'il-efpéroit, par aval de : |
ener peut-êrt ee à Ge Te 1 Bees préfentes. Lo, touché de bed
e. aflemblée : Meffieurs, dit-il, je trouve 6
na ‘ MO pofe rien que de rai 4 Le RL Le
bjc® on sis . | P rien q de raifonnable, & je füis d'avis qu’il faut lui rendre fa Chalou.
ue pe.
prétendi 1
ROBERTS,
1722.
Ilobtient fa
demande.
Souper que
Ruffel lui
donne, & fes
circonftances.
l'ermeté d'un
Canonier qui
fauve la vie à
Roberts.
VOYAGES DES ANGLOIS EN
, Ne enfez-vous, Mefieurs? Le plus grand nombre répondit oui; &
fe différend fut ainfi terminé.
Vers le foir, Ruffel voulut traiter Roberts fur fon bord, avant leur fé.
paration.. La converfation fut d'abord aflez agréable. Après le fouper, on
chargea la table de Pounch & de vin. Le Capitaine prit unerafade, & butau
fuccès de la Troupe. Roberts n’ofa refufer cette fanté. On but enfuite à /a
profpérité du commerce, dans le fens des avantages qui devoient en revenir
aux Pyrates. La-troilièime fanté fut celle du Roi de France. Enfüuite Ruffel
ropofa celle du Roi d'Angleterre. Tout le monde la but fucceflivement ()
jufqu'à Roberts. Mais Ruffel ayant mêlé dans le Pounch quelques bouteilles
de vin pour le fortifier , Roberts, qui avoit de l'averfion pour ce mêlange,
demanda qu’il lui fût permis de boire cette fanté avec un verre de vin. ci
Ruffel fe mit à blafphêmer , en jurant qu'il lui feroit boire une rafade de h
même liqueur que la Compagnie. Hé bien, Meffieurs, reprit Roberts, je boi.
rai plûtôt que de quereller, quoique cette liqueur foit un poifon pour moi
Tu boiras, répondit Ruffel, fut-elle pour toi le plus affreux poifon ; à moins
que tu ne tombes mort en y portant les lévres. Roberts prit le verre, qui te.
noit prefqu’une bouteille entière, & porta la fanté qu'on avoit nommée. La
fanté de qui? interrompit Ruffel. Mais, dit l'autre, c'eft la fanté qu'on vient
de boire; celle du Roi d'Angleterre. Et qui eft-il le Roi d'Angleterre? de.
manda Ruflel. 11 me femble, lui dit Roberts, que celui qui porte la Couron.
ne eft Roi, du moins pendant qu’il la porte. Et qui la porte ? infifta Rufel,
120
C’eft le Roi Georges , répondit Roberts. Alors Ruffel entrant en furie, s’em. .
porta aux dernières injures & jura que les Anglois n'avoient pas de Roi. Il
eft furprenant, lui dit Roberts, ue vous ayez propofé la fanté d'un Roi,
dont vous ne reconnoiflez pas l’éxiftence. Le furieux Corfaire, fautant fur un de
fes piftolets, l’auroit tué, s’il n’eut été retenu par fon voifin. Il fauta für l’autre,
en répétant plufieurs fois que l'Angleterre n’avoit pas d'autre Roi que le Préten-
dant. Ses voifins l’arrêtèrent encore. Le Maître Canonier , [qui étoit à table,
homme confidèré dans la Troupe, fe leva d'un air ferme &] & s’adreffant à
la Compagnie; Meffieurs, leur dit-il, fi notre deffein eft de foûtenir les loix À
qui font établies & jurées entre nous, comme je vous y crois obligés par,les !
plus puiffans motifs de la raïfon & de notre propre intérêt, il me femble que À
nous devons empêcher Jean Ruffel de les violer dans les accès de fa fureur.
Ruffel, qui n'étoit-pas encore revenu à lui-même, entreprit de défendre fi
conduite; mais le Canonier s’adreffant à lui du même ton, lui déclara qu'on
ne lui avoit pas donné le pouvoir de tuer un homme de fang froid, fans le
confentement de la Troupe, qui avoit les Prifonniers fous fa proteétion. Je
vois, ajoûta-t'il, que ce qui vousirriteeft de n’avoir pu violer. nos articles
au fujet de Roberts. On fçaura mettre un frein à vos emportemens, & gar-
der le Prifonnier jufqu’à demain, pour le conduire à bord du Général, qui,
[à la pluralité des voix ] ordonnera de fon fort avec plus d’équité. Toute hé |
Compagnié paroiffant approuver ce difcours, Ruffel à qui l’on avoit ôté fes
armes, reçut ordre de demeurer tranquille s’il ne vouloit offenfer la FrO
(s) C'eft l'ufage d'Argleterre. R. d. T.
]
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(t) Le
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féquence ;
TILL P
L oui; &
t leur fé.
uper, on
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fuite à la
1 revenir
te Rufel
ment (is)
bouteilles
mêlange,
vin. lc
ade de la
ts, je boi-
pour moi.
1 ; à moins
e, qui te-
mmée. La
u'on vient
erre? de:
a Couron:
fta Rufel.
rie, s’em-
le Roi. |
d'un Roi,
t fur un de
ür l’autre,
le Préten-
it à table, #
dreffant à
dir les loix
id, fans le
ion. Je
os articles
s, & gar-
éral, qui,
Toute là
oit Ôté fes
a Troupe
. &
rés parles à
emble que *
fa fureur. |
fendre fi |
lara qu'on |
DITTERENTES PARTIES pe L'ATRIQUE, Liv. V. Car. V. rot
Le Canonier dit à Roberts qu'on l'auroit
conduit fur le chamo au Général, s’il n'eut été défendu, par un ordre exprès,
de recevoir les Chaloupes après neuf heures du foir.
r, Le lendemain, il fut tranfporté fur le Vaiffeau de Lo, [qui lui promit fa
& fe voir traité comme un mutin.
proteétion.] Dans l'après-midi, Ruffel vint à bord, accompagné de François
MD Spriggs Commandant du troifième Vaiffeau des Pyrates. Il dit au Général que
M le Pilote & les Matelots de Roberts vouloient entrer au fervice de la Troupe
0 enqualité de Volontaires. Lo répondit que rendre la Felouque à Roberts fans
WA aucun de fes gens, c'étoit le livrer à la mort; & qu'il valoit autant lui caffer
| Ja têced'un coup de piftolet. Je ne m'y oppofe pas, repliqua Ruffel; mais ce
M que je propofe eft pour l'utilité de la Compagnie; & je voudrois voir qui fe-
roit afñez hardi pour me contredire. Il ajoûta qu’en qualité de Quartier-Maître,
M) & par l'autorité que lui donnoit cet emploi, il vouloit que le Pilote & les
Matelots fuflent reçus fur le champ dans la Troupe: que graces au Ciel il
foûtenoit la juftice & l'intérêt public, comme il y étoit obligé par fon Pofte;
} & que fi quelqu'un avoit la hardieffe de s’y oppofer, il avoit un piftolet à fa
ceinture, & une poignée de balles pour Ê faire raifon. isnfuite fe tournant
| vers Roberts; mon ami, lui dit-il, la Compagnie t’a rendu ta Felouque, &
D tu l'auras. Tu auras deux Hommes, & rien de plus. Pour les provifions, tu
! n'auras que ce qui eft aétuellement dans ton Vaifleau. Il m'eftrevenu, conti-
nua.t'il, que plufieurs de nos gens fe propofent de te former une cargaifon.
Mais je leur en fais défenfe, en vertu de mon autorité; parce qu'il n'eft pas
für que les marchandifes qu'ils veulent te donner, ne nous foient pas bientôt
!|'néceffaires à nous-mêmes. En un mot, je jure par tout ce qu’il y a de redou-
| table, que s’il pafle quelque chofe de nos Vaifleaux dans le tien, fans ma
participation & fans mon ordre, je mets aufi-tôt le feu à ta Felouque & je
| c'y brûle toi-même avec tout ce que tu poffédes (+).
Comme fon emploi de ar tge AMIE lui donnoit effeétivement ce pou-
2 voir, Lo ne put s'oppofer à fa réfolution. Il ne reftoit plus qu'a conduire Ro-
@b berts fur fa l'elouque. Il quitta le Vaiffeau du Général fans que perfonne [ quel-
} que amitié que plufieurs eufent pour lui,] ofàt lui préfenter ‘le moindre fe-
L cours, effet des menaces de Ruflel; car la générofité eft une vertu fort com-
mune entre les Corfaires. Comme ce furieux Capitaine étoit prêt à retourner
fur fon propre Bord, il fe chargea de prendre Roberts dans fa Chaloupe. En
arrivant à fon Vaiffeau, il donna ordre que le fouper fût préparé; & dans
, l'intervalle il fe fitapporter du pounch & du vin, avec des pipes & du tabac.
; Tous les Officiers furent invités, & Roberts avec eux Ruffel lui dit qu'il
. l'exhortoit à boire & à manger beaucoup, parce qu'il avoit un voyage aufñi
» difficile à faire que celui du Prophête Elie au mont Horeb, & que n'ayant
} ni vivres ni liqueurs dans fa Felouque, il devoit faire un bon fond dans fon
beftomac, pour réfifter long-tems à la foif & à la faim ; [ parce qu’autre-
ment il ne pouvoit échaper fans miracle. | [ Une raillerie fi amère fit fentir
à Roberts tout le malheur de fa foation. J Cependant, il répondit qu’il ef-
| péroit mieux de la générofité de ceux qui lui laifloient la vie & la liberté.
Ruffel
font que des répétitions inutiles de ce qu'il
en a confervé, KR. d. E,
(t) Le Traduéteur a fagement retranché de
cette converfation plufieurs chofes de peu con-
| féquence; & qui, à proprement parler , ne
III. Part,
RonvnrTs.
1722.
Nouveaux
CL is de
Rufll,
Sa furicufe
obftination.
Il emmene
Roberts fur
fonBord. Leur
dernicr 'entre-
tie
2 VOYAGES DES ANGLOISEN 1
Rosears, Ruflel jura qu’il n’avoit plus d'autre faveur à fe promettre que le fouper qui ble.
1722. fe préparoit. MN de
Ÿ e conjurai, dit l’Auteur , are que de m'abandonner dans cet état "quo
aux funeftes extrémités qui fembloient me menacer, de me mettre à terre 7 En
dans l'Ifle voifine, où fur.les Côtes de Guinée ; enfin de faire de moi tout "M deu
ce qu'il jugeroit-à-propos dans fa colère ou dans fa bonté, pourvû qu'il me "#4 l'EL
difpenfat d'entrer à fon fervice. 11 me répondit qu’il avoit dépendu de moi faux
d’être de fes amis ; mais qu'ayant méprifé fon amitié, il falloit me tenir au 4 a |
choix que j'avois fait ; & qu'il avoit encore pour moi plus de bonté que je : 5» V
ne devois en attendre, après l'avoir mis plus mal avec fa Compagnie qu'il "8 » lu
n'y avoit jamais été, & qu'il n’y vouloit être.
RoserTs s'étant excufé par l'innocence de fes intentions, le fupplia, lui
& tous fes Convives, de le regarder comme un objet de pitié plûtôt quede
Raillerte de Vengeance. Il répondit ,, vos A & vos perfuafions font inutiles. !l
Ruffel, » Cft trop tard. Vous avez refufé notre pre lorfqu'elle vous étoit offerte;
votre fort eft décidé. Rempliflez-vous l’eftomac, pour foûtenir vos for.
ces auffi long-tems que vous le pourrez; car il y a beaucoup d'apparence
» que le repas que vous allez faire fera le dernier de votre vie; à moi , d,
» qu'ayant la confcience fi tendre, vous ne foyez affez bien avec le Ciel pour !
€n obtenir des miracles. Si je fens ques pitié, c’eft pour les deux : ment
5» Hommes qui doivent vous fuivre. Je fuis tenté de les prendre avec moi, Angl
» & de vous laiffer profiter feul des fecours du Ciel. Quelques perfonnesde rs
l’Affemblée lui dirent que ces deux hommes s’expofoient volontairement : { duite
fuivre leur Maître & qu'ils étoient réfolus de partager toutes fes difgrace REA
Apparemment, reprit Ruffel, qu'il leur a rendu la confcience aufi délicr M
te que la fienne. Vous verrez que le Ciel ne refufera rien à de ñ honni
tes-yens.
Trifte état Ces raillerics furent continuées pendant le fouper. A dix heures, Rul
dela Felouque fe] fit appeller quelques Matelots qu'il avoit nommé pour la garde de Ja Fe
de Roberts. Jouque, & leur demanda s’ils avoient tout enlevé fuivant fes ordres. ls juré. à
rent qu’ils n’avoient rien laiffé, & qu’il n'y reftoit que de l’eau. Comment
de l’eau ; reprit Ruffel en blafphémant. Ne vous avois-je pas donné ordrei M
vuider tous les tonneaux; Nous n’y avons pas manqué, répondirent-ils, à
l'eau que nous avons laiffé n’eft que de l’eau demer, qui entre de tous côté M
dans le Bâtiment. Cette réponfe calma le Corfaire, & lui donna occafiond
redoubler fesironies (®). [ Le Canonier feul parut conferver quelques refs#
d'humanité. 1l conjura Ruffel de prendre garde qu’il rendroit un jour compt
de cette aétion, qu'il fouhaiteroit alors n'avoir jamais faite. Vous avez ob
tenu, ajouta-t’il, le confentement de la Compagnie, je ne fçais comment; c'el
pourquoi je n’en dirai pas davantage ; je fçais feulement une chofe, c’eft qu
moi, aufli-bien que la plûpart d’entre nous , ne nous fommes reünis qu
pour gagner de l'argent, & non pas pour tuer des hommes de fang-froid oi
par efprit de vengeance. Je vous déclare donc, que fi pareille chofe arritt
à l'avenir , je tâcherai de quitter la Compagnie auffi-tôt qu’il me fera mé
8
sl
| peau
Y# tabac
pour
ment
(v) Ici l'on trouve encore dans l'Original de ce qu'ils avoient enlevé ou laiffé dax! |
Anglois, une converfation fort peu interreffin- Felouque. R, d. E.
te entre Ruffel & quelques Matelots, au fujet
(x)
un Inft
ouper qui
s cet état
re à terre
moi tout
| qu'il me
du de moi
» tenir au
nté que je
agnie quil
fupplia, lui
àtÔôt que de
nutiles. Il
oit offerte;
ir vos for.
l'apparence
e; à moin
le Ciel pour
r les deux
> avec moi,
erfonnes de
airement à
s difgraces
aufli délice:
de ñ honnt
eures, Rif
de de la Fe
s. Ils juré
lirent-ils, À
de tous côté
1 occafion d
jour compt
ous avez
imment ; c'el
fe, c'eft qi
es reünis qi
fang-froid où
> chofe arritt
ne fera poil:
ble
Comment
nné ordred:
elques refait w
ou laifé dan à
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Ciur. V. 123
ble. Ruffel ne lui repondit rien; mais s'addreffant à Roberts, il dit qu'avant
de fe féparer il vouloit lui faire un préfent afin qu'il fe fouvint de lui: fur
uoi il lui préfenta un vieux Moufquet & quelques bagateiles femblables. ]
nfin lorfqu'il fe fentit preilé du fommeil, il donna ordre que Roberts & fes
deux Hommes fuflent conduits à leur Felouque. En mettant le pied dans
l'Éfquif, Roberts crut entendre la voix de fon Pilote, qui lui difoit avec un
faux air de triftefle ; Capitaine, vous êtes donc réfolu de m'abandonner. ,, Je
» lui demandai, raconte Roberts, fi ce n'étoit pas lui-même qui me quittoit
volontairement. Il me répondit; je crois que j'y füis farci, Adieu donc
lui dis-je. 11 m'appella encore une fois, pour me prier d'écrire à fon fré-
re, & de lui marquer où je l’avois laïffé. Je lui répondis que j'ignorois
la demeure de fon frère. Il demeure, me dit-il, à Carlingfort en Irlan-
de. Traître, lui répondis-je, ne m'avez-voys pas dit à la Barbade que
vous étiez Ecoffois, & que toute votre famille étoit en Ecoffe. Ilne ré-
liqua point. Le tems étoit obfcur. En un moment nous perdimes le
aifleau de vûe. [C'eft la dernière fois que j'ai parlé à aucun de cette
troupe; & je ne fouhaite pas de jamais les voir , fi ce n’eft dans quel-
ue lieu d'éxécution. ]
£ Pilote, que Roberts avoit pris à la Barbade, lui avoit dit effeétive-
ment qu’il étoit d'Ecoffe ; & qu'ayant fervi fur un Bâtiment de la Nouvelle
Angleterre , il avoit perdu tout fon bien dans un naufrage. A la vérité, il
étoit prefque nud lorfque Roberts l’avoit engagé à fon fervice, & fa con-
duite n’avoit pas laiflé d’être fi bonne à la Barbade , qu'il n’y devoit rien à
fon départ. Roberts en avoit eu la preuve dans la liberté qu’on lui avoit
laiflé de partir; car la méthode de cette Ifle, eft d'arrêter un Capitaine pour
les dettes de fes gens, & de ne lui laiffer lever l'ancre qu'après avoir Atis-
fait leurs créanciers für leurs gages futurs, ou qu'après avoir donné de bon-
nes cautions. Roberts, prévenu en faveur de fon caraétère, lui avoit ache-
té des habits & les inftrumens néceffaires pour fa profeffion. Il ne lui avoit
trouvé aucun des vices qui font communs entre les gens de mer, tels que le
jurement & le blafphême, l'yvrognerie , la débauche , &c. C'étoit un
Presbitérien rigide, qui obfervoit fcrupuleufement les loix de fon Eglife; &
les feuls démélés que Roberts avoit jamais eus avec lui, n’avoient regardé
” que l’Eglife Anglicane, contre laquelle il s’emportoit fouvent dans fes difcours.
XF Cependant, depuis qu’il s'étoit familiarifé avec les Corfaires, [ ou plûtôt
qu'il en avoit repris le métier ] il étoit devenu plus méchant qu'eux. Il a-
voit formé en deux jours l'habitude de toutes fortes de vices. Son nom é-
toit Hunter.
[Comme c’étoit dans fon propre Efquif que Roberts avoit eu la liberté de
retourner à fa Felouque, il attendit impatiemment le jour pour reconnoître en
quel état elle lui étoit rendue. ] Il y trouva d’abord de quoi remplir fon cha-
peau de miettes & de croutes de bifcuit, avec quatre ou cinq poignées de
Xp tabac à fumer. [& des pipes rompues à proportion.] Tout étant précieux
pour lui dans la fituation qu’on lui avoit annoncée, il recueillit foigneufe-
ment ces miférables reftes. Il retrouva fa bouflole (x), fon quart de cer-
| ; cle,
ñ
É
(x) Angl. il retrouva fon Arbalête. C'e rendre la bautcur. R, d. E,
un Infirument dont les Pilotes Je fervent . j de
9
14
RonrnaTs,
1722.
Adieu qu'il
reçoit de {on
Pilote.
Caractère du
Pilote,
Roberts arri-
ve dans fa Fé-
louque. Pro-
vifions qu'il y
trouve,
ROBERTS.
1722.
il employe
trois jours à
réparer fes
voiles, Sa
nourriture,
I tourne vers
les Ifles du
Cap-Verd.
Pêche d'un
Shark, mon-
fire marin,
124 VOYAGES DES ANGLOIS EN
cle, & quelques autres inftrumens de mer. On lui avoit laiffé fon lit, com.
me un meuble inutile pour les Corfaires, qui, à l'exception des feuls Officiers,
n'ont pas d'autres lits que le Tillac, Pour provifions e bouche, il ne trouva
que dix bouteilles d’eau-de-vie & trente livres de ris, avec une fort petite
uantité de farine. L'eau qui reftoit dans les tonneaux ne montoit pas à plus
e trois pintes.
Ses recherches tournérent enfuite vers les voiles. A la place des fiennes,
on en avoit mis de vicilles, qui étoient à demi-pourries. Mais quelque Pyra-
te avoit eu l'humanité de laiffer fix aiguilles, avec un peu de fil retors, &
uelques piéces de vieux canevas, dont il commença aufli-tôt à faire ufage,
e travail l’occupa pendant trois jours, lui & fes deux Hommes. Ils ne vé-
curent dans cet intervalle, que de farine & de ris cru, avec quelques verres
d’eau-de-vie, pour épargner leur eau, dont ils efpéroicnt faire de la pâte.
Le quatrième jour, ils firent un petit gâteau , qu'ils partagérent fidellement
en trois parts, & qui fut le meilleur mets qu'ils euffent mangé depuis qu'ils
avoient quitté les Pyrates. Un autre jour ils compofèrent une forte de bouil-
lie, qui les foulagea beaucoup. C'étoit le 3 de Novembre.
me difficulté , ils avoient mis leurs voiles en état de me Roberts obferva
le même jour, qu'il étoit à dix-fept degrés de latitude Nord. Le Pilote de
Ruffel lui avoit dit en le quittant, qu’on étoit à foixante-cinq ou dix lieuës
de l'Ifle S. Antoine, Eft quart au Sud demi-Eft.
Dans cette fuppofition il porta vers les Ifles du Cap-Verd, füur-tout vers
celle de S. Nicolas. Le 7 de Novembre, il fe trouva par fes obfervations à
feize degrés cinquante-cinq (y) minutes du Nord, environ quarante-fix lieuës
de S. Antoine. La nuit fuivante , il tomba un peu de pluye, qui lui donnale
moyen de recueillir quatre ou cinq pintes d’eau. Elle fut fuivie d’un calmede
pluficurs jours. [l’Auteur prend cette occafion pour définir , en faveur delf
ceux qui n’entendent pas les termes de Marine , trois efpèces de vents qui
ont beaucoup d’affinité.. La première eftune légère agitation de l’air, qui ne
s'écend pas au de-là d’un demi-mille, & quelques-fois pas plus d’un Acre fur
l'eau. Sice vent parvient jufqu'au Vaiffeau, il eft déja tombé avant qu'on
ait déployé les voiles. 11 différe de ce qu'on nomme Bri/e, en ce que celui-
ci fouffle fur la Mer du moins d'un côté, auffi loin que la vûe peut s'étendre.
L'un & l'autre ne caufent qu'une legère agitation à la furface de l'eau, qui
fait néanmoins qu'on peut l’appercevoir à une diftance aflez confidérable.
Ces Vents foufflent d'ordinaire après ou durant le calme. Ils diffèrent tous
les deux du Vent frais. Ce dernier eft plus fort, & la Brife en prend le
nom lorfqu'elle continue à fouffler quelque tems. Le Vent frais a divers de-
rés felon qu'il fouffle avec plus ou moins de véhémence. ] Le 10, avec ls
ecours d'un vent frais qui dura jufqu’au feize, il s’avança jufqu’à la vûe de
S. Antoine, à dix-huit ou dix-neuf lieuës de diftance. Le calme avant re-
commencé l'après-midi du 16, il prit un Shark, [aus les François nom-
ment le Requin. ] Cette pêche lui coûta beaucoup de peine, & mit même
le Bâtiment en danger par les violentes fecoufles du monftre marin, qui 2
voit onze pieds &' demi de longueur. Roberts & fes deux Compagnons
jugcrent qu'il ne devoit pas pefer moins de trois-cens livres. Après l'avoir
crû
(y) Angl. cinquante-fix, R, d, E,
[Avec une extré.'}
vert la
cret. |
croifer
vers le
» dre pue
de l'A
dans la
corde q
ner ainfi
Uxd
terre da
tant acc
de fon C
MD avant la
Il fe lev:
perçut €
l'Ile. Sa
| durée de
(:
:, COm-
)ficiers,
> trouva
rt petite
1s à plus
fiennes,
ue Pyra-
tors, &
re ufage,
s ne vé-
es verres
la pâte.
ellement
iis qu'ils
de bouil-
e extré-'}
s obferva
Pilote de
ix lieuës
tout vers
vations à
fix lieuës
| donna le
calme de
vents qui
, quine
Acre fur
nt qu'on
ue celui-
"étendre.
eau, qui
idérable,
ent tous
prend le
vers de-
| avec ls
la vûe de
ayant re-
ois nom:
it même
, qui à-
pagnons
ès l'avoir
aveur def
crû
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar. V. 125
F crû mort fur le tillac, ils lui virent recommencer fes mouvemens avec tant
0 de furie qu'ils ne purent les arrêter qu'en lui coupant une grande partie de
DUY la queue, ou réfide fa principale force. Ils lui trouvèrent dans le ventre
cinq petits [vives] qui n'avoient encore que la groffeur d'un [petit]. mer-
Min. Son foye n'étoit pas d'un noir rougeätre, comme il eft ordinairement
UN dans les animaux de cette efpèce , mais d'un fort beau gris. Roberts faifant
auffi-tôt du feu avec fon fufil, feule arme qu'on lui avoit laiffée, fe fervit
7 d'eau de mer pour faire cuire quelque he de fa pêche, dont il fit un re.
| pas, qui lui parut délicieux. Comme : _manquoit de fel pour conferver le
à refte, il le coupa en longues tranches qu'il fit fécher au Soleil. Son fufil lui
” devint un meuble fort utile, parce qu'on ne lui avoit laié aucun autre in-
“® ftrument pour allumer du feu. Etant auffi fans chandelle, il fe fervoit pen-
"0 dant la nuit d’un charbon ardent pour ob‘erver l'aiguille aimanteé & régler ainf
» fa courfe. RAPCR ; L
Dans le féjour que l'Auteur avoit fait avec les Pyrates, il avoit décou-
vert la route qu'ils Vouloient prendre, quoiqu'ils affeétaffent d'en frire un fe-
cret. Leur deffein étoit de gagner direétement la Côte de Gu:'iéc, & d'y
croifer auf long-tems qu'il leur feroit poffible. De-là ils devoien. prendre
vers les Côtes du Bréfil, où ils fe promettoient des monts d'or, & defcen-
» dre enfuite vers les Ifles, pour fe rendre à la fin du Printems fur les Côtes
» de l'Amérique Septentrionale, d'où ils vouloient gagner en Eté celles de T'er-.
re-neuve. : e
Le 17, Roberts n'étant qu'à huit lieuës de S. Antoine, crut pouvoir ufer
de fon eau fraîche avec un peu moins d'épargne. Il y fit cuire quelques tran-
ches de fon Poiflon avec du ris. La vûe de la terre excitant fes efpérances,
| il mangea pour la première fois avec autant de goût que d’appétit. Le lendemain
(2) au matin ildécouvrit clairement /aint Antoine, faint Vincent, fainte Lucie,
Terra-Bianca & Monte-Guarde, qui cft la plus haute montagne de l’Ifle S. Ni-
colas. Elle fe fait voir de tous les côtés de l'Ifle, dans la forme d'un pain
de.fucre , dont la pointe vient enfuite à s’élargir. Enfin, le 20, il mouilla
dans la Rade de Currifal, fur feize braffes, à un quart de mille du rivage.
on premier foin fut de chercher le cable que les Pyrates avoient laiffé cou-
er dans leur première rencontre. Ilen avoit apperçu le bout en arrivant
dans la Rade. 11 prit fa Chaloupe pour le retrouver , avec un paquet de petite
corde qu'il fe propofoit d’attacher à l'extrémité, dans l'efpérance de lerame-
ner ainfi jufqu'à Bord. Mais la nuit vint interrompre fon entreprife,
Ux de fes gens, nommé Potter, lui demanda la permiffion de fe rendre à
terre dans l'Efquif pour en apporter de l’eau fraîche, Il y confentit ; & fe fen-
tant accablé de fommeil, il donna ordre à l’autre de veiller jufqu’au retour
» de fon Compagnon; après quoi il fe mit à dormir. S'étant éveillé en füurfaut
avant la fin de la nuit, il appella fon homme, qui ne lui fit pas de réponfe.
Il fe leva pour le chercher, l'ayant trouvé endormi fur le Tillac, il s’ap-
perçut en jettant les yeux autour de foi, que le Courant l'’avoit éloigné de
lle. Sa furprife fut extrême. Il fe voyoit expofé aux flots pendant toute la.
durée des ténébres , & dans une fituation plus dangereufe que jamais, fans
efpérer:
Cz) Angl. le dix-neuvième. R d. si
3:
ROsEnTS.
1722.
Ufage qu'it
en fait,
Plan des Pyra-
tes pour leurs
courfes.
Roberts arri-
ve à Currifal,
Il perd un de
fes hommes.
126 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronents, Cfpérer que Potter pôt le rejoindre, Cependant le jour étant venu l'éclairer,
1722. iltrouva le moyen avec beaucoup de peine,de gagner uneBaye fabloneufe que les
Habitans nomment Puttako, où il jetta l'ancre le 22 de Novembre fur fix braf.
fes d'un beau fond de fable.
PU = Vers le foir, il lui vint fept Négres de Paraghifi, qui lui apportérent
gres. une petite provifion d'eau, de la part du Prêtre & du Gouverneur deS,. Nico.
las. Îls [fe donnèrent poyr Mariniers &7] l'affurèrent qu'il pouvoit s'approchert
de Paraghifi, aufi-tôt que le Courant feroit paflé, c'eft-à-dire dans l'efpace
d'une heure; & lorfqu'il leur parla d'attendre un de fes gens qui étoit relté à
Currifal, ils lui proteftèrent que le vent étant contraire, fe pafleroit au moins
quinze jours avant qu’il pût remonter au longde la Côte, Cette objeétion l'ayant
emporté fur fes defirs, il mit àla voile avec les Négres, [pour aller au-devant4
de Potter,] Mais le vent fe trouva fi fort, qu'il fut obligé de relàcher dans
un lieu qui fe nomme Porto-Gary ; & voulant tenter un nouvel effort , fa gran-
de voile fut fi maltraitée, que les Négres parlèrent de l'abandonner pour ren.
trer dans leur Barque. Il employa toutes fortes de motifs pour leur faire per-
dre cette penfée. Il leur repréfenta d’un côté, qu'il y auroit de la barbarie à
le laiffer fans fecours ; & de l’autre, qu'ils alloient s'expofer encore plus fol:
lement à la fureur des flots, dans une Barque beaucoup plus fragile que fon
Bâtiment. Il ne put les perfuader. Leur réponfe fut qu'ils ne voyoient pa
plus de danger dans leur Barque que dans un Vaifleau fans voiles, fans eau
& fans provifions; ou que s’il falloit périr, ils aimoient mieux que ce fut à
la vûe de leur demeure que dans deslieux éloignés. Un d’entr'eux ajoûta que
Roberts étoit für de ne manquer de rien lorfqu’il toucheroit à quelqu'autre
terre; au lieu que la feule fûreté qu'il y avoit pour eux étoit d'y tomber dans *
l'efclavage. [C’eft pourquoi, ajouta-t-il, je fuis réfolu , quoiqu'il en arrive , de meÿ
confier 4 la Chaloupe & à St. Antoine; & je ne doute point qu'il n’obtienne
mon falut de Dieu. Allons donc, dit-il aux autres, & faifons voeu à ce Saint,
ue fi nous arrivons heureufement chez nous, nous ferons chanter une Mel:
fe dans fon Eglife le premier Dimanche après nôtre retour. Vouons la même
chofe à la bien-heureufe Vierge Marie, Mère de Dieu, afin qu’elle com:
mande à fon Fils d’aider St. Antoine à nous conduire heureufement à terre.
IL faut ‘;avoir, remarque l’Auteur, qu’il y a une grande différence, tant L
pour le prix que pour l’efficace , entre une Meffe chantée & une Meffe dite, !
la coutume de l’Eglife Romaine étant de mettre à ces fortes de chofes un prix
proportionné à leur mérite, La première fe chante par le Prêtre accompagné
du Chœur, compofé d'un petit nombre d'hommes inftruits dans cette Iflepa
le Maître de la mufique. Cette Meffe coute dix Teftons, c'eft-à-dire environ À
cinq ou fix Schellings, qu'on donne au Prêtre, qui eft chargé de payer les &
Muficiens. La Meffe ordinaire n’en coûte que deux , de forte que fa propor:
tion avec l’autre par rapport à l’efficace ,eft comme un à cinq. C'eft ce qu
fait qu’il eft prefque honteux , pour tout autre que pour les plus pauvres, d' PM:
faire dire une Meffe foit pour un Vivant foit pour un Mort. Chanter & dire ls
Roberts re. des Meffes eft aufli une des branches les plus lucratives de leur Commerce.]
tombe dans Sur cela les Négres ayant quitté nôtre Auteur , malgré fes plaintes & fesre- L.
un cruel em. proches & le vent continuant avec beaucoup de furie, il demeura incertal "#
barras. de quel côté il devoit porter. Sa fituation ne lui laifloit guères d’efpérant Le,
de pouvoir gagner l'Ifle de May ou celle de S. Jago. Ilne cennoifloit p#
celles 1
l'éclairer,
ufe que les
r fix braf.
pportérent
de S. Nico-
spprcu
8
cfpace
oit reîté à
it au moins
ion l'ayant
au-devant+
âcher dans
t, fa gran.
r pour ren.
aire per-
barbarie à
e plus fol.
le que fon
byoient pas
, fans eau
ue ce fut à M
ajoûta que
juelqu'autre MM
omber dans
rive , de met
_n’obtienne
à ce Saint,
une Mel
ns la même
u’elle com.
t à terre.
rence, tant L
Meffe dite, |
ofes un prix
ccompagné
etteI epa 2)
ire environ "u
e payer ls |
> fa propor
C'eft ce qu
auvres, de Me
nter & dire à
Jommerce.
es & fesre: M
ra incertal M
d'efpéranc
noifloit pis
celles
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv, V, Cuar. V. 127
Les Cartes q@il en avoit vûes étoient
plufieurs Relations il fe fouvenoit d'avoir 1û que ces
Il trouva néanmoins dans la fuite que l'idée
étoit tout-à-fait faufTe,
nuit dans toutes les allarmes
jour il apperçut à l'Ett-
HHMilhari, comme la nomment les Habitans.
de la nuit füivante pour s’en approcher. Le lend
fonne fût monté fur fon Bord, il entendit la voix d'un homme qui
oit en Portugais fi le Vaifleau étoit à l'ancre. Aufñli-tôt il découvrit
trois Négres, de qui étoit venue cette queftion. Illeur répondit que dans l'em-
barras mortel où il étoit, à peine connoifloit-il la fituation; mais qu'il cher-
choit l'Ile de S. Jago. Alors un d’entr'eux, quife nommoit Golau-Perde , l'af-
füra qu'il connoifloit parfaitement S. Jago, S. Philipp
voit le mener dans quelque Port de ces trois Ifles qu'il voulûtchoifir : que cel-
rovifions, mais l’ancrage mauvais & la
ean avoit un excellent Port, où il pro-
mettoit de le conduire fürement. [ils ajoutèrent tous enfemble qu'ils étoient
fichés que leurs Camarades, après avoir bû de fon Rum, l'euffent abandon-
par amitié & par refpeét pour lui, &
qu'ils étoient réfolus à ne point le quitter. Il parut cependant que la véritable
raifon pourquoi ils n’avoient pas fuivis les autres, c'e qu'étourdis par l’yvref-
fe ils étoient tombés yvres-morts dans le lieu où ils avoient bû.
Roserrs accepta leur offre. Il s'efforça d’abord, avec le fecours des
trois Négres, de réparer un peu le défordre de fes voiles. Enfuite, fe livrant
‘à la conduite de Colau , il porta droit à la pointe Nord deS, Philippe. L'ayant
doublée, il tourna plus au Sud en fuivant les Côtes, ju
qui eft une partie de la même Ile. De-là il découvrit l'Ifle
laquelle il porta direétement; & lorfqu’il eut paflé les petites Ifles qui font fi-
tuées dans l'intervalle, avec beaucoup de confiance pour Colau, qui lui fit
prendre au-deflus de la plus Orientale, il gagna aifément la pointe Oueft de
S. Jean. 11 reftoit, fuivant le Pilote Négre, à s'avancer vers la pointe Nord,
ue les Habitans nomment Ghelungo, & qui eft éloignée de l’autre d'environ
eux lieuës. Alors Roberts voulut fçavoir de fon Pilote, où il plaçoit le Port.
Mais il fut extrêmement furpris de reconnoître aux incertitudes de Colau,
u'il l'ignoroit. L’unique éclaircifflement qu'il en tira, fut qu'il étoit für dene
l'avoir point encore pañlé. Ils s’attachèrent à fuivre la Côte, en obfervant
foigneufement leur fituation. Enfin le Port fe fit appercevoir ; mais ce ne fut
l'on fut arrivé fous le vent; car étant derrière une pointe, il faut
e pour le découvrir; & comme le vent eft toûjours aflez fort au
Jong de la Côte, il devient trés-difficile de remonter pour gagner le rivage :
fans compter qu'on cft pouffé par un Courant fort impétueux qui augmente
beaucoup la difficulté. Roberts embarraffé par ces obftacles demanda à fon
Pilote, s’il ne connoiffoit point au-deffous du vent quelque endroit où l’on
put mouiller. Le Négre répondit non, & que fi l’on ne gagnoit pas le riva-
ge avant qu'on eut pailé Punta de Sal, non-feulement il feroit impoflible d’a-
border ; mais très-difficile d'éviter le naufrage. Roberts lui demanda confeil.
Je n'en ai pas d'autre à vous donner, lui dit le Négre, que d'aborder für les
celles de S. Jean & de S.
fort imparfaites ; & dans
deux Ifles font fort dangereufès.
e
| en avoit conçu u'on peut fe repréfenter.] Mais
-Nord-Eit Terra Vermilia, ou Punta de ver
Il eut befoin du jour entier &
endemain, fans s'être apperçu
e & S. Jean; qu'il pou-
le de S. Philippe étoit abondante en
mer fort haute; qu'au contraire S,.
né, que pour eux ,. ils étoient reftés
’a la vûe de Ghers,
e de S. Jean, vers
Ronenre.
1722,
Secours im:
prévû qu'il re-
Li de trois
Ügres,
J1 gagne l'Ifle
de Saint-Jean.
Les embarras
de Roberts
augmentent,
ROnzAuTS,
1 re 2 2.
Son PiloteNé.
gre s'échappe
“la nage,
Les deux au-
tres refulent
de l'aider,
Il entre dans
ane Bâye de
Saint Jean.
Secours qu'il
reçoit de trois
Iniulaires.
128 VOYAGES DES ANGLOIS EN
rocs, d'où chacun fe fau@era comme il pourra. Mais je ne fçais pas nager, lui
répondit Roberts ,& mon Matelot non plus. La replique du Négre fut qu'é.
tant fiprès des rocs , il alloit aborder [fans s'embarraller de fon confentement,]1# À roiff
Roberts prenant fon fufil lui dit qu’il fçauroit empécher qu'on ne lui fit vio.
lence fur fon Bord. Le Négre fauta aufli-tôc dans l'eau, & lui fouhaitant une
bonne fortune, il gagna la terre à la nage. Ses deux Sonpagrees: ui ne
fçavoient pas fi bien nager, n'ôfèrent fuivre fon éxemple, & proteftèrent
même qu'ils n'étoient pas capables de laiffer Roberts fans fecours; mais ils
le priérent aufli de ne les pas abandonner aux flots fans eau & fans provifion,
11 leur dit qu'il ne cherchoit que le moyen d'aborder dans un lieu für ,ou mé.
me de fe faire échouër ; & lorfqu'ils lui repréfencèrent de quoi Colau l'avoit
menacé , il répondit que ce perfide, comme ils avoient pû le remarquer eux-
mêmes , s'étoit attribué des counoiffances qu'ils n'avoit pas [& que s'il l'avoit#
fçû , il feroit préfentement en füreté, & peut-être, en état de les mettre à
terre à St, Nicolas.] Alors les deux Négres chargèrent Colau d'imprécations,
& fouhaitèrent de le voir périr avant qu'il put gagner les rocs. Roberts leur
dit que s'ils vouloient travailler à la pompe pour foulager un peu la Felou-
que, il efpéroit encore de les mettre fûürement à terre. Mais ils lui déclaré-
rent qu'ils ne travailleroient à rien que lorfqu'ils le verroient à l'ancre (a),
s'engageant néanmoins par d'horribles fermens à ne pas l’abandonner.
RoserrTs s'approcha du rivage, & ferra de fi près Punta de Sal, que
vérs l'extrémité de la pointe un homme auroit pû fauter du Bord fur leriva-
ge. La raifon, qui lui faifoit tant hazarder contre les rocs étoit fenlible, Cet:
te pointe lui paroiflant l'extrémité de la Côte au-deflous du vent, il n'étoit:
pas für, au-delà, de trouver la terre affez avancée pour remorquer facile.
ment. D'ailleurs les rocs étoient unis, & fort efcarpés. 11 fçavoit qu'ordi.
nairement cette forte de rocs ne s’avancent pas fous l'eau; & la difficulté
n'étant que d'y grimper lorfqu’il en feroit affez proche pour y mettre le pied,
il cherchoit quelque lieu qui fut favorable à ce defféin. Mais à la première
vûe qu'il eut de ka terre, de l'autre côté de la pointe, il découvrit une pe.
tite Baye affez profonde, dans laquelle il ne balança point à s'engager. La
fonde, qu'il avoit à la main, lui donna d'abord treize brafles ; enfuite dou-
ze. Un Courant du Nord, qui entre dans la Baye, l'aidant beaucoup plus que
fes voiles, il s'approcha infenfiblement de la terre; & quoique le rivage lui
parut fort fièe ce qui eft ordinairement la marque d'un mauvais fond, il
ne fe vit pas plûtôt fur neuf braffes qu'il mouilla l'ancre à toutes fortes de rif:
ues, Les deux Négres fe voyant fi prés de la terre, fe jettèrent auffi-tôt dans
l'eau, & nagèrent heureufement jufqu’au rivage.
[LA nuit approchoit. Roberts la paña tranquillement dans ce lieu. 7] Au point j
du jour, trois Infüulaires parurent fur le bord de la mer, [& n'appercevanth
que deux Hommes fur la Felouque,] fe mirent librement à la nage pour ve-
nir à bord. Ils firent des offres civiles à Roberts, jufqu'à lui propofer d'al-
le ner (b) à terre avec eux. Il leur répondit qu'il ne fçavoit pas na-
ger.
fond l'Obligcoit à relâcher dans ce lieu.
(b) Angl. ce diner fe bornoit à lui four-
nir de l'eau & un potage de Courge. R.d.E,
era) C'étoit, fans doute, unerufe de leur
art. Îls craignoient que, file Vaifleau étoit
une fois vuide d'eau, Roberts ne gagnât la mer
avec eux: au lieu que le danger de couler à
’
à netto:
travai
euflen
rent d
tumé
ajoûté
bien;
noient
venoi
Ifle a
aux
ager , lui
fut qu'é-
tement, | fr
fit vio-
itant une
, Qui ne
teftèrent
mais ils
rovifion,
r ,ou mé:
au l'avoit
ucr Cux-
il l'avoit#
mettre à
écations,
berts leur
a Felou-
| déclaré:
Sal, que
ar leriva-
fible, Cet-
il n'étoit M
er facile.
it qu'ordi-
difficulté
e le pied,
première
ct une pe-
jager. La
fuite dou-
p plus que
rivage lui
s fond , il
rtes de rif-
i-tÔt dans
f] Au point} 1
percevant
pour ve-
pofer d'al-
it pas n2-
ger.
ce lieu.
t à lui four-
urge. R.d.E.
.… Leur étonnement fut extrême. Ils répécèrent plufeurs fois qu'il leur pa-
roiffoic bien étrange, que des gens qui traverfoient la pes mer, Ofaffent l'en-
treprendre fans fçavoir nager ; [&% que tous les Anglois devroient fçavoir na-
ger, eux qui entreprenoient plus de Voyages fur l'eau qu'aucune autre Na-
ion, & plus même que les lortu ais, de qui, à ce qu'on leur avoit dit, les
autres peuples avoient appris la Marine. Enfüite] vantant l'ufage de leur Na-
tion, ils l'affurèrent qu'il n’y avoit pas d'enfant parmi eux qui ne pôt fe fau-
ver de toutes fortes de périls à la nage; [que leurs femmes même y étoienc
fort habiles; & qu'aucun d'eux ne fe hazarderoit à aller pêcher fur un rocs'il
ne fçavoit nager, de peur que tombant dans l'eau il ne fe noyât.] Cependant
comme l'eau manquoit à Roberts, ils confentirent à lui en apporter. Etant
bien-tôt revenus avec deux calebafTes qui tenoient environ douze pintes, Ro-
berts leur offrit de préparer pour eux quelques tranches de fon poiffon. A
la vûe des tranches féches, ils lui dirent qu'ils croyoient les reconnoître pour
la chair d'un poiffon qu'ils nommèrent Sarde: fur quoi ils demandèrent s'ilne
dévoroit pas les Hommes. Roberts leur ayant répondu qu'on en avoit quan-
tité d'éxemples,, ils jettèrent avec effroi ce qu'ilstenoient entre leurs mains,
en difant qu'ils n'auroient jamais crû que des hommes fuflent capables de
manger un animal qui fe nourrit de leur chair. [Sur-tout des Anglois qu'ils
regardoient pour le peuple le plus délicat & le plus propre de l'Univers.]
Ce mécontentement ne les empêcha point de travailler à la pompe, & de
«
Dia
‘ mu nettoyer entièrement la Felouque. Roberts, pour les récompenfer de leur
travail, leur offrit un verre d’eau-de-vie, en regrettant que les Pyrates ne lui
euffent pas laiflé le pures de leur en donner plus libéralement. Ils refufé-
rent d'en boire. Puifqu'il en avoit fi peu, lui dirent-ils, & qu'il étoit accoû-
tumé à cette liqueur, ils lui confeilloient de la garder pour fes befoins. Ils
ajoûtérent que l’eau étoit leur boiffon naturelle & qu'ils s'en trouvoient fort
bien; qu'ils n'avoient jamais goûté d'aqua ardenta (c'eft le nom qu'ils lui don-
noient) quoiqu'ils n'ignoraflent pas qu'elle étoit fort bonne; mais qu’ils fe fou-
venoient qu'un Pyrate François nommé Maringouin | ayant abordé dans leur
Ifle avec une groffe provifion de cette liqueur, qu'il n'avoit pas épargnée
-" aux Habitans, la plüpart de ceux qui en avoient bu, étoient devenus fous
+
Lt plufieurs jours, parce a sn'y étoient point accoûtumés , & que
horague avoient été dangereufement malades : fou étoient morts de fiévre
chaude;
e cependant il fe trouvoit encore des Négres qui fouhaitoient d'é-
u
uU tre enlevés par quelque Pyrate, pourvû qu'ils fuffent conduits dans une Ré-
gion où cette liqueur chaude fut en abondance.
RoserTs leur demanda s'ils avoient beaucoup de coton dans leur Ifle.
Îls lui dirent que chaque année en produifoit abondamment. Mais que la ra-
reté des pluyes avoit rendu la dernière affez ftérile: qu'il n'y avoit pas de
Nègre néanmoins qui n'eût cinq ou fix robes, quoiqu'ils en fiffent peu d'ufa-
ge; que les Vaifleaux venant rarement dans leur île, ils employoient le co-
ton à leurs propres befoins , & qu'il n’y avoit pas d'Habitant qui ne lui en
donnât volontiers quelque piéce pour racommoder fes voiles. Mais il les affü-
ra qu'il ne prendroit rien d'eux fans le payer. Si j'avois eu, dit Roberts,
pes grains de verre ou d’autres bagatelles, j'aurois acquis tout le coton
Aftrono-
miques,
Îzs admirérent beaucoup fon horloge de fable & fes Inftrumens
TITI, Part, R
DIFFERENTES PARTIES ds L'AFRIQUE, Liv. V. Cm. V. 129
Rosreare
17920,
Difcours
qu'ils lui ciem-
nent & lumiès
res qu'il enre-
çole,
Abondance
de coton
dans cetteifle,
fans aucun
commerce,
Ronrars,
1722.
Jdées des Né-
gres fur les
Sorciers,
Manière dont ”
Roberts en-
tendoit lesN£-
sres.
tj. VOYAGES DES ANGLOIS EN
miques, [Les Portugais, à qui ils avoient quelquefois vû des machines de lay
même efpèce, n'avoient jamais voulu leur en apprendre l'ufage.] Roberts
ram plaifir à leur donner quelque explication, ils lui direnc que tous les
lancs étoient autant de Fitrasaers, nom qu'ils donnent à leurs Sorciers. 1!
leur répondit que toute correfpundance avec le Diable faifoit horreur aux
Anglois, & que dans leur Pays les Sorciers écoient brûlés vifs. C'eftune fort
bonne loi, ‘lui dirent-ils, & nous'en fouhaiterions ici l'ufage. Mais pour ex.
liquer l'habileté des Blancs, ils conclurenc que fans être aufli méchans que
es Sorciers, À er ur les punifloient par le feu, ils devoient être plus fça.
vans que le Diable même; & la raifon qu'ils en appottèrent, c'elt qu'ils a-
voient remarqué que leurs Sorciers, dont le fçavoir venoit du Diable, n'a.
voit aucun pouvoir contre les Blancs. Là-deflus, ils prièrent Roberts d'em-
loyer fes lumières pe les empêcher de nuire à leurs beftiaux, & fur-tout
à leurs enfans, qu'ils faifoient mourir par des maladies de langueur, lorfqu'ils
ortoient de la haine à leur famille. [Comme il étoit environ neuf heures,
ils fouhaitèrent qu'il allât coucher; mais auparavant ils lui demandérent com-
bien de fois fon horloge de fäble devoit s'écouler avant le jour. Il le leur
dit ,après quoi il demanda s'ils étoient fürs d'en tenir un Compte jufte? Ils
répondirent, oui; ajoûtant qu'il ne devoit pas croire qu'ils fuffent comme les
Négres du Continent ; car, quoique Noirs, ils croyoient qu'il y avoicun Dieu
G& un Chrift; & ils en remercioient St. Antoine, qu'ils mettoient au deflus de
tous les Saints, même de St. Fran, le Patron de l'Ifle, & fous la proteétion
du quel les Portugais l'avoient mife à leur arrivée dans le Pays. La raifon de
cette préférence , étoit que St. Antoine avoit dirigé les Portugais vers cux;
& qu'A les avoit arhené à la connoiffance de Dieu, de Chrift, de Se. Yean &
de tous les autres Saints, aufli-bien que de la Vierge Marie, qui étant la Mère
de Dieu pouvoit ordonner à fon Fils ce qu'elle jugéoit-à-propos. Ils étoient
leinement convaincus que Dieu ne pouvoit rien refufer à fa Mère; & c'elt
a raifon pourquoi ils lui addrefloient plus fouvent leurs prières qu'à Dieu ou
à Jéfüus-Chrift; parce qu'étant femme, femblable à celles de fon féxe, ellefe
laïfloit plus aifément perfuader que les hommes. Ils ajoûtoient que plufieurs
d'entr'eux pouvoient‘lire, écrire, & faire des Comptes, quoiqu'ils n'eufent
as l'ufage des lettres, comme les Anglois, qui, comme on leur avoit dit,
“emportoient fur tous les peuples du monde pour la Navigation , la Médeci-
ne, la Magie, & l'Arithmérique.
Le lendemain, au lever du Soleil, l’Auteur entendit un grand bruit, vers
le fommet des rochers les moins élevés, comme s’il y avoit eu une centai-
ne de perfonnes. Les Négresluidirent, 1. croyoient que c'étoit les Avant-
Coureurs de la Compagnie envoyée par le Gouvétneur; mais ils lui frencre-
marquer en même-tems que le bruit fe multiplioit entre les rochers, & qu'ils #
fçavoient fort bien queces géns ai'étoient qu'au nombre de deux.] LA
Ox fera peut-être furpris, dit Roberts, quej'entendiffe fi parfaitementieur fs
fangage. Mais feachant la Langue Portugaife, qui fait une grande partie de
Ja leur, mélée avec l’ancien Mandingo , qui eft leur première Langue, ilsne
me difoient rien dont je ne compriffe du moins le fens. D'ailleurs leurs moin-
T4
L nu
dres paroles font accompagnées de tant de mouvemens & de gefticulations, à Co)
fur-tout dans cette Ifle & dans.celle de S. Philippe, que leur penfée fe fait cour
entendre avant qu'ils ayent achevé de l'exprimer,
c Dans
es de larp
Roberts
tous les
iers,
eur aux
une fort
pour ex:
hans que
plus {ça
u'ils a-
ble, n'a
res d'em-
| fur-tout
lorfqu'ils
F heures,
rent coM-
Il le leur
jute? Ils
omme les
icun Dieu
deffus de
roteétion
raifon de
'ers CuX;
+. Jean &
tla Mère
ls étoient
; & c'elt
à Dieu ou
ce, ellefe
e plufieurs
s n'euflent
avoit dit,
1 Médeci-
ruit, VCTs
ne centai-
les Avant:
i firent re-
, & qu'ils
ement leur
partie de
gue , ilsne
eurs moin
iculations,
fée fe fait
Dans
TE
HR
ju L
DIFFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv. V. Com, V. 1x
Dans l'après-midi le vent devine fort poux & le Ciel fe couvrit de
nuages fi épais, que Roberts fe crut menacé d'une € w, étoit venn
à bord plufieurs autres Négres. A fa prière un d'encr'eux fe mip à lwna-
e, tenant le bout d'une corde r amarrer le Bâtiment contre les rocs,
ais il le fic légèrement, que la corde ayant coulé aufli-côt, fon cravail
devint inutile. Koberts le pria inutilement de recommencer, I! répondic
que fi le vent éloignoit la Felouque, il fe chargeoïit, lui & fes Compa-
nons, de porter les deux Anglois au rivage [en fuffent-ils cent fois plus
loignés.] Cependant quelques-uns d'entr'eux confèntirent à retourner à ter-
re, pour chercher Colau Verde, dont l'adrefle & l'effronterie pourroienc
étre de quelque fecours (6). Le vent fut inégal pendant la nuit fuivante,
Une heure avant le lever du Soleil, il plut beaucoup (4) au Nord Eft & à
l'Ett- Nord-Eft; ce que les Négres expliquérent comme un figne de vene,
xpqui ne feroit qu'augmenter pendant le jour. [ce qui arriva à poine nommé
uoique, ajoûte l'Auteur , je n’en eufle rien pu remarquer auparavant] En cf.
fer le Soleil fe leva fort Clair. Mais vers huit heures, le vent fouffla fort im-
pétueufement, & devint fi furieux vers le milieu du jour, que Roberts n'a-
voit jamais vû les vagues dans une telle agitation. 11 ne fçavoit quel parti
rendre, & tous fes efforts fe tournèrent à perfuader aux Négres de ne pas
‘abandonner. Le refte du jour & la nuit fuivante fe pañlèrent avec moins
d'allarmes, Mais le lendemain, qui étoit le 29 de Novembre, les vents re-
devinrent fi furieux, qu'ayant arraché le Bâtiment de deffüs fon ancre, ils le
précipitérent fur la pointe d’un roc, où il fe brifa miférablement. L'eau pé-
nétroit de toutes parts, & les Négres à cette vûe fe | rh à la nage pour
gagner la terre. Cependant ils revinrent au fecours de Roberts, & de fon Ma-
telot, qui jettoit des cris lamentables. A la faveur de quelque planches bri.
fées ils les conduifirent au pied d’un roc, où ils trouvèrent allez de facilité à
monter plus de quinze pieds au-deffus des flots. Là, le roc s’applaniffant dans
un efpace de neuf ou dix pieds, ils s'arrêtèrent pour reprendre haleine, tan.
dis que d'autres Ro pe qui avoient vû leur difgrace du fommet de la Côte
leur apportèrent de l'eau & quelques alimens du Pays. Ils allumèrent du feu
dans le même endroit, pour faire cuire des courges; & le tems ayant com-
mencé à s'adoucir, ils y paffèrent toute la nuit.
LE jour fuivant fut employé par les Négres à fauver les débris de la Felou.
que, fur-tout les moindres piéces de bois où il reftoit quelque trace de peintu-
re. Ils dirent à Roberts que s'il pouvoit imaginer quelque moyen de rejoindre
enfemble les mâts, le gouvernail & quelques autres parties qui ne paroifloient
pas fracaflées, ils croyoient pouvoir les conduire jufqu'au Port Ovens, où
peut-être en tireroit-il quelque utilité. Il admira leur bonté dans cette propo-
fition, & touché de reconnoiffance, il leur promit que s'il arrivoit dans ce
Port quelque Bâtiment qui eût befoin de ces triftes reites, il les vendroit dans
la feule vûe de leur en donner le prix, & de récompenfer leurs fervices par
un préfent fort inférieur à fa reconnoiflance, Leur fenfibilité pour cette pro-
melle, mérite d'être repréfentée dansles termes de l'Auteur. ;, Ils lui protef
» térent
(d) Angl. avant le lever du Soleil l'air pas
(ce) Angl. cependant quelques ans allèrent
(o toifoit chargé & comme enflaminé,
à terre pour chercher Colau-Verde &
fecours. KR, d, E, e & plus de
R 2
Raonsas,
1722,
Tempêee qui
brifo (on Büti
ment,
Il eft fauvé
par les Négres,
Leur bonté
naturelle,
33% VOYAGES DES ANGLOIS EN
LA . # . + #
Koszsts , térent qu'ils croyoient n'avoir fait que leur devoir en afiftant des Etran: ‘à
1722. , gers (e)dans l'infortune ; que malgré la différence de leur couleur, & quoi: "TM \
Idée qu'ils, qu'ils fuflent regardés par les Blancs comme des Créatures d’une autre ef. M dc
ent d'exmé péce, ils étoient perfuadés que tous les hommes font de la même nature ; pe biio
# Mais qu'ils avouoient néanmoins que Dieu les avoit créés fort inférieurs
» aux Blancs. Roberts, furpris de leur trouver tant de raifon, leur répon- Ni den
dit, qu’au fond il n'y voyoit pas d'autre différence que la couleur, & qu'il 14 par
n'en connoifloit pas d'autre caufe que la chaleur exceflive de leur climat, 1l 11 De
ajoûta que fi quelque Blanc venoit vivre dans leur Ifle avec une fcmme de 14 œu
on Pays , expofé comme eux à l'ardeur du Soleil ,. il ne doutoit pas que dans nr ve
trois ou quatre générations leur poftérité ne fût de la même couleur & de la » pe
même complexion. ta il
I fut beaucoup plus furpris de leur entendre dire, [ qu’on leur avoit appris ]kf Pgr
que dans cette fuppofition les Blancs perdroient peut-être leur couleur, mais les di
ue leurs cheveux conferveroient toûjours leur nature & ne deviendroient pas le bo
rifés comme ceux des Négres. Ils lui dirent encore [ qu’ils n’avoient que tropx ne
reconnu, par une longue expérience, ] qu'il y avoit fur eux qe malé- qu'ik
diétion, & qu'ils étoient faits pour être les Serviteurs &' les Efclaves des E vinre
| Blancs (f). Roberts, aflez content de les voir dans cette idée, leurrépondit LE Gom
de c'étoit une opinion aflez reçue dans le monde. Ils entrèrent fi fo:t dans D prite
| a réponfe,, qu’ils. la confirmérent en lui difant que c’étoit une vérité prouvée Les P
ky par l'ufage annuel des Blancs, Fe venoient [ annuellement, à ce qu'on leur a.ff fi pau
voit dit, prendre ou acheter tres]
es milliers d'Efclaves en Guinée. [que pour
ce qui les regardoit, ils ne fçavoient pas fi la liberté dont ils jouifloient étoit
une faveur qui leur fut accordée par toutes les Nations ou feulement procu-
rée par les Brancas, qui les premiers les avoient placés dans ce lieu; Mais
que de quelque part qu’elle leur vint, il fe croyoïent obligés à faire tout le bien
qu’il pouvoient aux Etrangers en général, & aux Anglois en particulier, qui
ont toûjours paflé pour les meilleurs Amis des Portugais. Ils ajoftoient qu’on
leur avoit même dit qu’un Roi d'Angleterre avoit époufé la file d’un Roi de
Portugal (g). Ce qu Roberts leur ayant confirmé, ils donnèrent mille mar:
ques d'amitié, d’eftir
eo
ime & de refpeét pour les Anglois, dont ils difoient fai
re autant de cas que des Poscugais. l
Leur habi- Non-sEuLEMENT les Négres fauvérent tous les débris qui étoiènt fur la
letéà nager & fürface de la Mer; mais plongeant avec une hardieffe extrême, ils ramené:
2 plonger. rent du fond des flots deux pots de fer qu'ils fe hâtèrent de rendre à Roberts.
Ils excellent à nager & à plonger. [ & difent que fans la crampe, un homf
me pourroit refter plufieurs jours dans l'eau.] La petite Baye de Punta de
Sal étant d’une eau fi claire, que dans le beau tems on voit le fond jufqu'a
huit & dix brafles, c’éft un de leurs plus doux éxercices, après la pêche, de PE
jetter une pierre au fond de l’eau & de parier entr’eux qui aura le plus -d'a- l'oreill
dreffe à la retrouver. Ils ont un art de ménager ieur haleine, qui les fait de. ln lièrem
meurer au fond plus d’une minute... 07 Guinéd
Re
Vers MU de Bar
&7(e) Ils donnent le nom d’'Etrangers àtous doute dit cela pour les tenir dansla crainte (4
les Européens, excepté aux Portugais, qu'ils oœ(g}) C’étoit Catherine, femme de Charles 98
appellent Brancas ou Blancs. 1, qui eut pour Donaire l'Ifle de Mayo, cons ls
&(f) Les Prétres Portugais leur avoient fans . mc on le verra ci-deffours. .
—
Etran+
& quoi-
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VERS
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Mayo , co:
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À de quelques poiffons qu'ils :s de ;
: “A marcel ar mr à pour Lg avec affez d'appécie, il leur vine un
alvo
DIFFERENTES PARTIES »z L'AFRIQUE, Liv. V. Cirap. V. 138
idi, ils firent à Roberts un dîner, compofé de courges bouillies &
éd? avoient pêchés. Pendant que les deux Anglois ou-
Meffager du Seigneur Lionel Con » Gouverneur de l'Ile, ui s’excufoit
de n'être pas venu lui-même, parce qu'il étoit tourmenté d'un rhume. Il en-
voyoit à Roberts mr courges & trois ou quatre pommes de terre, en lui
faifant efpérer, pour le jour fuivant, une piéce de chevreau fauvage. Au mê-
me moment, il parut un autre Meffager de la part du Prêtre. Loin d'apporter
uelques provifions aux deux Anglois, il étoit chargé par fon Maître de leur
demander s'ils n’avoient pas fauvé quelques reftes de farine. Après cette quef-
tion, il ajoûta, comme de lui-même, que s'il leur reftoit de l’aqua arden-
ta, ils feroient beaucoup de plaifir au Prêtre de lui en envoyer. Roberts lui
montra les reftes de fon naufrage, qui confiftoient dans quelques planches &
les deux pots de fer. A la vûe des deux pots, le Meffager releva beaucoup
le pouvoir de fon Maître, qui le rendoit plus capable d'être utile aux Etran-
gers que le Gouverneur même; & pour conclufion, il déclara aux Anglois
qu'il: ‘ai feroient plaifir de lui envoyer un des deux pots. D'autres Négres
vinrent fucceffivement, & parmi eux Domingo (h) Gomez, fils d’Antonio
DH Gomez, qui avoit été Gouverneur de l'Ifle avant Lionel Confalvo. [ Roberts
prit une jufte opinion de Confalvo en ne voyant qu'un Négre dans Gomez.
Les Portugais dédaignent de. venir commander perfonnellement dans une Ifle
fi pauvre, & laiffent volontiers prendre aux Négres leurs noms & leurs ti-
| Mstres.] Gomez [ aufli-bien que fon Frère,] préfenta au Capitaine Anglois quel-
ques courges, un papayo & des bananes, avec un gâteau compofé de bana-
pnes & de maïz. [ Ils difoient que le gâteau étoit un préfent de leur Mère,
ui leur enverroïit du lait s'ils fouhaitoient. ] Roberts lui ayant deman-
dé ce qu'il éxigeoit de fa reconnoiffance pour tant de faveurs, il répondit
qu'il feroit fort fatisfait de fon amitié ;. & que tous les autres Habitans n’a-
voient pas: d'autre prétention ;. à la référve du. Prêtre , qui ne cefie-
roit pas, fuivant fa coûtume, de lui faire beaucoup de demandes; mais qu'il
le prévenoit la-deflus,. afin qu’il ne fe laiffât pas tromper. Roberts lui dit
qu'à fon retour en Angleterre, il ne manqueroït pas de fe louër beaucoup de
# la générofité des Négres, pour engager fes Compatriotes à venir fouvent
… dans leur Ifie (Gomez répondit que malheureufement l’Ifle ne produifoit
rien d'avantageux au Commerce; que fon père & d’autres Négres fort an-
ciens fe fouvenoient d'y avoir vû des Etrangers qui leur avoient dit qu’elle
étoit fort pauvre, & que non-feulement les Habitans en étoient fort mifé-
rables, mais que leur mifére étoit la raifon qui empêchoit les Vaifleaux de
les vifiter.
, PENDANT cetentretien,. Roberts obferva un Négre qui päroifloit prêter
l'oreille avec une attention extraordinaire; & jettant les yeux plus particu-
lièrement fur lui, il crut remarquer qu'il ne réffembloit pas aux Négres de
Guinée, mais qu'il étoit bazané comme les-Arabes des Parties Méridionalés
de Barbarie, & qu'il avoit les cheveux droits & bruns, quoiqu’aflez courts.
Tandis qu'il le confidéroit... il fut extrêmement furpris.de lui entendre dire
en
(b) I ya dans l'Anglois Gomms; mais il eft clair que c’eft une faute.
R 3
ResenTs,
1722.
Meffige de
la part du
Gouverneur
& du Prêtre
de l'Ifle,
Le Gouver.
neur eft un
Négre,
Pauvreté de
l'Ifle.
Roberts y
trouve un An-
glois nommé
Franklin,
RONEATS,
1722.
Avanturces
de L'ranklin.
Fidélité d'un
Prince Négre,
Endroit de
ja Guinée où
l'on trouve
beaucoup
d'or.
134 VOYAGES DES ANGLOIS EN
en Anglois, que l’Ifle produifoit quantité de richeffes qui n'étoient pas con.
nues des Portugais, & dont les Infulaires ignoroient l’ufage; telles que l'or,
de l'ambre gris, de la cire & divers bois de teinture. En s’expliquant da.
vantage, Roberts apprit avec une joye égale à fon étonnement, que cet E.
tranger étoit Anglois, né * Carleon fur la Rivière d'Usk, dans le Pays de
Galles (#), que fon nom étoit Charles Franklin, & qu'il étoit fils d'un Ju-
ge de Paix. Il avoit commandé plufieurs Bâtimens de Briftol. Dans un
voyage aux Indes Occidentales il avoit été pris par le Pyrate Barthelemy, &
conduit fur la Côte de Guinée, d'où il avoit trouvé le moyen de s’échaper.
Il s’étoir réfugié à Sierra Leona, chez un Prince Négre, nommé Thome,
Barthelemy avoit employé les menaces pour l'arracher de cet azile; mais le
Prince T'home, fidéle à fes promefles, lui avoit fait une réponfe fiére &
méprifante, qui avoit obligé le Pyrate à fe retirer. Après fon départ, le
Capitaine Plunket, Chef du Comptoir Anglois de Sierra Leona, ayant en-
tendu parler de Franklin, & le prenant pour quelque Scélérat de la Troupe
du Pyrate, l’avoit fait demander au Prince Thome, dans la feule vûe de le
condamner au fupplice, fuivant la rigueur des loix Angloifes. Le Prince Nc:
gre en avoit averti Franklin, fans lui cacher qu'il étoit embarafté par la crain-
te de déplaire aux Anglois. Franklin, comprenant qu’il lui feroit difficile de
prouver fon innocence, l’avoit conjuré d'attendre l’arrivée de quelque Vaif.
feau de Briftol, dont il connût le Capitaine. Son malheur avoit touché f
vivement le Prince , qu’il avoit obtenu le renouvellement de fa proteétion avec
un redoutable ferment.
nement convaincu de l'innocence de l’homme blanc qui s’étoit mis fous fi
proteétion; & qu’il ne pouvoit s'empêcher de le fecourir & de le défendre
comme un étranger en détrefle; d'autant plus qu’il étoit du même pays que
le Capitaine, avec lequel il avoit toujours vêcu en bonne intelligence. ] Ce.
pendant, Plunket ne ke relâchant pas dans fes inftances, il avoit fouhaité
pour l'intérêt de la paix, d’être envoyé plus loin dans les terres, & le Prin-
ce ne lui avoit pas refufé cette faveur. Outre le motif de fa fûreté, il avoit
appris ar trouvoit beaucoup d’or dans l'intérieur du Pays, fur - tout entre Ka
treize degrés de latitude, tant du Nord que du Sud, & peut-être
jufqu’à l'extrémité méridionale de cette vafte Région [dont il auroit pû tit
douze
rer plus de parti qu'un autre, parce qu'il avoit été quelque-tems en ap:
prentiflage chez un orfévre de Briftol. L’occafion de fatisfaire fa curiofité
étoit très favorable pour lui, puifqu'il pouvoit facilement entrer dans le pays,
fans donner lieu aux habitans de le prendre pour un efpion. En eftet,
ceux des Côtes ont grand foin de prévenir ceux de l’intérieur du Pays contre
les Bakkaraus, ou les Blancs, qu'ils difent n'avoir d’autre but que de les em-
mener commeefclaves ; & ils font accroire à ceux-ci que le pays eft défert
& rempli de bêtes féroces, dont ils fçavent qu’ils ont une grande frayeur ; &
que d’ailleurs il n’y a point d'or que celui qu'on ramafñle fur le bord des R:
vières, au long des Côtes. Leur but, en déguifant ainfi les chofes, eftde fe
rendre maîtres de tout le Commerce, & d'empêcher ceux de l’intérieur des
terres de traiter avec les étrangers. D'ailleurs. ces habicans font dans l'idée
que
aF(i) Cequi l'avoit fait appeller Gualegopar gue, figniñe un Galais.
les Habitans de S. Jean, mot, qui dans leur lan-
[ Après quoi il fit dire à Plunket, qu’il étoit plei.g
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dans l'idée
que
Le
un bon ordre &
foin de l'Ancien Monde, ils
feront plus inquié
rent après cet heureux tems.
DIFFÉRENTES PARTIES »e L'AFRIQUE, Liv. V. Car. V. 135
que les Bakkaraus ont un Nouveau Monde, ‘infiniment meilleur que l'Ancien ,
où ils fe propofent d'aller demeurer & dans lequel ils envoyent tout ce qu'ils
ont de plus précieux, y faifant faire tout le travail néceffaire par les Négres
u'ils viennent annuellement chercher en Guinée, qui y doivent travailler
ans relâche & fans efpérance d’être rachetés, jufqu à ce qu’il foit mis dans
que les Bakkaraus y foient établis. Alors, n'ayant plus be-
L'on les Nègres pour l'habiter, &ils ne
lancs, qui n'y reviendront jamais: ils foupi-
tés par les |
Ils s’imaginent encore que les Bakkaraus n'ont
d'autre penfée que de les tranfporter de Guinée dans ce Nouveau Monde, oùils
les livrent au pouvoir de certains Fitrazacs, ou efpèce de demi-Dieux, qui
font chargés du foin de le rendre aufli agréable & auf délicieux qu'il eft
offible.
Négres, & qui,
féricorde.
Ces Fittazacs, difent-ils, font ceux qui impofent les tâches aux
pour la moindre faute, fum fum, ou les battent, fans mi-
FRANKLIN avoit eu occafion de s’inftruire des opinions de ces Habitans,
par fa longue réfidence parmi eux; & il avoit fi bien fçû gagner leurs bon-
nes graces, que ]
pagné de quatre
tre de créance.
marche, il croyoi
le Prince T'home l’envoya au Roi de Bembolu, accom-
Gardes & d'un Bâton d'Etat, qui lui tenoit lieu d’une Let-
Son voyage avoit duré fept juurs, & fur le calcul de fa
t avoir fait environ cent milles. . 1] avoit paflé dans fa ruu-
te par plufieurs Villes, où il avoit été fort bien reçu. Pendant les quatre
prenne jours, il
uite obfervé que
n'avoit fait aucune remarque importante: mais il avoit en-
l'ur étoit fort commun parmi les Habitans. L’'attention
que fes Gardes avoient continuellement für lui, l'avoit empêché de prendre
des informations.
Il apprit d'eux-mêmes qu’ils avoient ordre de lui ôter tou-
tes les occafons d'acquérir trop de lumières, & de le conduire par les rou-
tes les plus défer
tes, mais fur-tout de ne pas lui laiffer la liberté d'écrire.
Le Prince Thome avoit eu foin de lui prendre tous fes papiers, fous pré-
texte de les conferver jufqu’à fon retour; mais les Négres étant perfuadés
que les Blancs font autant de Fittazaers ou de Sorciers, s'imaginent que le
Diable ou quelque Génie, eft toûjours prêt à leur fournir les commodités
E# dont ils ont befoin. [Aufñi les Gardes avoient-ils ordre, s'ils lui voyoient
quelque papier, ou s’il faifoit mine d'écrire, de le livrer incontinent au Roi
Ælukadingo, qui étoit, ce femble, leur ennemi aufli-bien que des Blancs, &
fur lequel feul les
voir. ] Enfin, il
Bâton d'Etat l’avo
Fittagaers ou les Génies des Bakkaraus n’avoient aucun pou-
étoit arrivé à la Cour du Roi de Bembolu, où la vûe du
it fait recevoir avec beaucoup de civilité & d’affeétion.
Il y avoit fait l'admiration du Roi & de tout fon Peuple, qui n’avoient ja-
mais vû d'Européen dans leur Ville.
RosERTS ayant remarqué, pendant le difcours de Franklin, que les Né-
gres qui étoient autour de lui, l’écoutoient fortattentivement, leur demanda
s'ils avoient compris quelque chofe à fon récit. Ils lui dirent que non, mais
qu'ils admiroient que le Seigneur Carolos (ils donnoient ce nom à Franklin)
eût trouvé le mov
en de lui parler dans une Langue qu'ils n’entendoient pas:
Franklin leur apprit alors qu’il étoit du même Pays que Roberts. Une nou-
velle fi
furprenante fut répandue auffi- tôt dans toute l'Affemblée.
Ils ve.
noïent tous prier Roberts de la confirmer de fa propre ‘bouche, parse qu'ils
ont
ROBERTS,
1722,
Franklin eft
envoyé au Roi
de Bembolu,.
RonrnTs.
1720.
Kuoberts
veut voir la
Ville des Né.
grues.
Difficultés
infurmonta-
bles du che-
fin.
136 VOYAGES DES ANGLOIS EN
ont pour principe de ne pas s’en rapporter au témoignage d'autrui, lorfqu'ils
peuvent employer celni de leurs propres fens. en €
L'rtvarience de Roberts étoit de voir leur Ville, Franklinlui enavoit re. FOIE
préfenté le chemin comme inacccflible, par la multitude de rochers efcarpés a
& pointus qu'il falloit traverfer. Les Nègres, qu'il interrogea aufli, confr. es à
mérent la même chofe, & luifirentune defcription extravagante de leur Ifle, “MW CIME
CCxrenDanT lorfque franklin voulut un peu la reétfier, ils prirentys "N Fe
une pincée de Tabac en fronçant le fourcil, & l’un d'eux élevant ñ vor ViI |
dit, qu'il étoit Lien furpris que Franklin prétendit mieux connoître l’Ifle qu'eux Ha.
qui en avoient parcouru tous les fentiers, ce dont il n'oferoit fe vanter, Il Ter
{e plaignit auffi de ce qu'il parloit toûjours au Capitaine dans une langue de
qu'eux n'entendoient point, tandis qu’il pouvoit s'expliquer avec lui dans la f dun
leur. Cette querelle, qui ne venoit que de leur jaloufe, n'eut pas de fuite, ef. ve
Cependant x n’empêchoit pas l’Auteur de fouhaiter d'être à la Ville, où A] ?
le Gouverneur & ie Prêtre l’avoient invités. C’eft aufñli furquoi les Négres us
ne fe trouvèrent pas d'accord. Roberts les entendit raifonner entr'eux là. P ue. |
deflus. L'un difoit, qu'à la place du Capitaine, il iroit loger chez le Seigneur An. Sud-O
tonio, Gomez plûtôt que chez aucune autre perfonne de l'Ifle, parce que fa côté le
cuifine étoit mieux fournie que celle du Gouverneur. Il eft vrai, difoit un s'apof
autre , mais perfonne ne a plus fouvent de la Viande & du Poiffon que al
le Prêtre. J'en conviens, difoit un troifième, mais s'il loge chez lui, il n'étoit
demandera au Capitaine jufqu’à fes Habits; car vous connoïiffez l’homme. promis
Nous ne pouvons rien avoir d’un peu joli qu'il ne nous le demande auffi-tôt. tonio
Les Etrangers, fur-tout les Anglois, reprenoïit un autre, ne font pas dans fecours
une figrande dépendance des Prêtres, & ne les eftiment pas autant que now de qua!
&, fi je fuis bien informé, les Portugais eux-mêmes n'en font pas aufl piéces
grand cas; Le pouvoir des Prêtres fur nous eft le fruit de nôtre ignorance. Cordes
En effet, continua-t-il, la chofe ne peut pas être autrement, parce que,
quelque chétives que foient nos connoiffances, c'eft au Prêtre feul que
nous en fommes redevables; comme lui doit ce qu’il fçait au livre d’où les
Portugais ont tirés les inftruétions qu’ils lui ont donné, qu'ils lui ont laifk
en partant, & dont l’Evêque s’eft fervi pour donner le pouvoir de pardon:
ner les péchés: Mais ces Etrangers n’ont pas befoin de recevoir des inftruc-
tions du Prêtre ; & tout l'avantage qu'ils retirent de lui, c’eft d’en obtenir
l'abfulution de leur péchés. ]
CEPENDANT dans le lieu où Roberts étoit, il fe voyoit expofé le matin
& le foir à périr par lachute des pierres, qui rouloient du fommet de la mor-
tagne. Les Négres lui Girent que ces mouvemens venoient des chévres fau-
vages qui fe retiroient le foir fous les rocs. En effet l’Auteur obferve que
La cou
mer du
chaleur
Dax
Vaiflear
arrivé q
l'Ifle entière, n’eft qu’un compofé de montagnes, qui s'élèvent l’une au-def MSN des Porc
fus de l’autre, & que le fommet de l’une étant comme le pied de l’autre, au Bréfi
elles forment enfemble une efpèce de dôme. Lorfqu'il fe fut déterminé à de deffu
partir, Domingo voulut lui fervir de guide, avec la précaution de le lier der- de pañfe:
rière lui, pour le foûtenir dans fa marche. La première partie du chemin plus fou
fe fit aflez facilement ; & l'on s’arrêta pour prendre quelques momens de les débri
tepos. Mais en avançant plus loin, Roberts s’apperçut bientôt qu'il M Négres.
feroit fort difficile de continuer. Quelques Négres s’écartant pour cher Pieds dix
cher une meilleure route, frent tomber une groffe piéce de roc, qui me : Us d
Rs
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> mn
(te
CAPE
|. enduit de fuif mêté de fiente d'âne, Cette compofition acquit tant de dureté
D -
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cr. V. 137
en danger tous ceux qui les fuivoient. Domingo déclara qu'il n'expofe- Ronrars.
roit pas le Capitaine Anglois | tot à le jour, parce que l'ardeur du So. 1722.
leil rendoit les rocs moins capables de confitance & les pierres plus faci-
les à fe détacher; au lieu que l'humidité de la nuit formoit une efpèce de
ciment qui les arrétoit. Sur ce raifonnement, dont Roberts ajoûte qu'il re-
connut la vérité par fon expérience, on ne penfa qu’à retourner au lieu d'où
l'on étoit parti. Domingo propola de faire venir une Barque pour gagner la ART TRER
Ville par la voye de la mer. Quoique ce deffein demandât plufieurs jours, RO- Maladie qui
berts fe vit forcé d’y confentir par les premières atteintes d'une violentefiéyre. l'arrête.
Tant de chagrins & de fatigues, joint à l'ardeur exceffive du Soleil qu’il falloit
cfluyer continuellement, avoient épuifé fes forces. Iltomba dans une maladie
fi dangereufe, que pendant plus de fix femaines fon Matelot & Franklin dé- -
fefpérérent de fa vie. Les Négres lui rendirent plus de fervices & de foins
qu’il n'auroit pû s’en promettre dans la région la plus polie de l’Europe, & la
plus affeétionnée aux Anglois. Enfin lorfqu'il fut en état d'entrer dans la Bar-
que, les Négres quife chargèrent de le conduire avec Domingo, prirent au
Sud-Oueft , & *’ouvèrent toûjours la mer fort calme; au lieu que de l'autre |
côté le vent ne ceffe pas de fe faire fentir , fur- tout à mefure que le Soleil . Il arrive à
s'approche du Méridien, On arriva le foir à Æurno, où Roberts trouva un 4n° ® à Îs
cheval du Gouverneur, fur lequel il monta pour fe rendre à fa maifon. Ce ‘
n’étoit proprement qu'une cabane. Il y fut reçu fort civilement; mais ayant
promis à Domingo de loger chez lui, il fe rendit enfuite chez ie Signor An-
tonio, Père de ce Négre. On y avoit déja pris foin de lui préparer un lit,
fecours précieux , fi l’on confidère le Pays & les Habitans. Il étoit compofé
de quatre pieux, enfoncés dans la terre à de juftes diftances, & de quatre
piéces de bois informes qui les joignoient enfemble, fans autre lien que des Defcription
cordes de Bananier. Le fond étoit rempli d’une paillaffe de cannes, fur la- de fon lit.
quelle on avoit mis une grande quantité de feuilles féches de Bananier, cou-
vertes d'une natte ; & pour draps, deux piéces d’une étoffe blanche de coton.
La courte-pointe étoit auffi de coton à rayes bleues & blanches,
RoserTs pafla deux mois dans la maifon du Seigneur Antonio Gomez, Il s'amufeà
fans pouvoir fe rétablir. Mais ayant commencé à reprendre fes forces, il fe fit laPêche.
un amufement de la Pêche. Il employoit fouvent trois ou quatre jours entiers
à cet éxercice, Les Négres portoient le bois dont ils avoient befoin pour allu-
mer du feu & faire cuire le poiflun. Ils trouvoient du fel fur les rocs, où la
chaleur du Soleil le formoit naturellement de l'eau de la mer. .
DAxSs la familiarité où Roberts vivoit avec les Négres, il s’informa quels
Vaifleaux ils avoient vûs dans leur Ifle depuis quelques années. Iln’en étoit
arrivé que deux dans l’efpace de fept ans; l’un d'Angleterre, qui avoit acheté
des Porcs; l’autre, Portugais, qui tranfportant des Efclaves de S. Nicolas
au Bréfil, avoit relâché à S. Jean pour faire de l’eau, mais s’étoit vû enlever
de deffüs fes ancres par une violente tempête. L'intention de Roberts étoit
de pañer dans l’Ifle de S. lhilippe, oùil fçavoit que les Vaiffeaux abordoient Il fo
plus fouvent. Après de longues réfléxions, il prit le parti de affembler tous Bnrque des de.
les débris de fa l'elouque, & d’en compofer une Barque, avec le fecours des . bris de fa le-
Négres. T lui donna vingt-cinq pieds de long, fur dix de largeur, & quatre louque.
pieds dix pouces de profondeur. 11 la calfata de coton & de moufle, avec un
III, Part.
RoOBERTS.
1720,
Franklin l'a-
bandonne ; ce
qui ne l'empê-
che pas de par-
tir.
Diverfes
Bayes de l'Ifle
Saint-Philip-
pe,
Il arrive à
celle deLagha-
te,
1! retourne à
Saint - Jean
pour réparer
fa Barque,
‘ fous Éé tout-d'un-coup de réfolution. Ilaffeéta de paroître fatisfait de fes rai-
39 VOYAGES DES ANGLOIS EN
en féchant au Soleil, que non-feulement la chaleur n'étoit pas capable de la
fondre, mais que l’eau de la mer ,ne pouvoit l'endommager. La fiente d'âne
Ja défendoit contre les poiffons, qui auroient mangé le fuif fans ce mélange.
D'ailleurs Roberts n'auroit pû fe procurer affez de fuif pour fournir à touc
l'ouvrage; car il obferve que quarante Chévres ne lui en donnoient pas plus
de cinq livres, & qu'une Vache graffe n'en rendoit pas dayantage.
Lorsqu'rL crutavoir mis fa pe à en état de fuporter la Mer, il obtint des
Négres une ancre qu'ils avoient pêchée après le départ du Vaifleau Portugais,
dont on a raconté l'accident. Ils s’approcha ainfi de Furno, d’où il fe rendit
à la Ville, pour y faire fes derniers adieux : mais il fut fort furpris que
Franklin, après lui avoir promis conftamment de s’embarquer avec lui, eut
fons (k), & fans autrecompagnie que fon Matelot & fix Négres qui s'étoient
offerts à le fuivre, il partit deux heures avant le jour, avec la marée du matin.
Son efpérance étoit de pouvoir traverfer le Canal avant les vents dont on a par-
lé, qui font ordinairement fort impétueux vers midi. Il gagna le vent au-def.
fus & Villa, pour tomber à Fonte de Villa, qui eft une Baye fabloneufe, mais
où il fe crut obligé d'entrer, parce que le vent commençoit à tourner au Nord,
I! eut la patience de fuivre la Côte jufqu’à la pointe de (7) Noffa Singor4, qu'il
doubla heureufement ; & s’engageant dans la Baye du même nom, il y mouil-
la fur fix Braffés. Cette Baye eft auffi fabloneufe, mais l’eau fort claire, &
plus tranquille qu’à Fonte Villa, du moins pendant le vent qui fouffloit. Cepen-
dant Roberts s’y arrêta peu, fur l'avis de quelques Négres envoyés par T'homé-
Santi, qui lui Confeillèrent de gagner une autre petite Baye ,nommée Lagh-
te, où la mer étoit fi unie, avec fi peu de difficulté au rivage, qu’il pourroit
s'en approcher & defcendre à toute heure. Ils s’offrirent à lui fervir de Gui.
des jufqu’à la Baye. ‘T'homé-Santi commandoit la Cavalerie de l'Ifle. Il avoit
reçu ordre du Gouverneur de s’avancer fur les Dunes jufqu’a Noffa Singora,
pout la füreté de la Côte, en attendant qu'on fût informé quel étoit le deffein
de Roberts.
[La Baye de Laghate étoit telle que les Négres l’avoient repréfentée ]4 |.
Roberts trouva dans l'Ifle de S. Philippe, qui fe nomme aufi Fuogo, deux M
Charpentiers Négres qui avoient été élevés au comptoir François du Séné.
al, & qui avoient enfüuite paflé cinq ans à Nantes en Bretagne pour fe per:
feétionner dans leur profeflion. Ils lui firent appercevoir tant de défauts
dans fa Barque, qu'il fe détermina à retourner avec eux dans l’Ifle des.
Jean, où le bois étoit en abondance. Thomé-Santi & quelques ‘autres Pal
gers lui demandérent la permiflion de l'accompagner. Il mit à la voile une
heure avant la marée, & profitant d’un vent Sud qui dura jufqu’à la pointe
de Noffa Singora , il eut le bonheur d’y arriver avant le reflux. Enfuite ou
vrant la pointe, il ne fut pas moins heureux à trouver le vent de commer-
ce qui le fit avancer jufqu’a Bakavillier avant la fin du reflux. Mais trouvant
enfuite le vent au Nord, il craignit de ne pouvoir gagner Furno avec lama-
rée fuivante, ce qui lui fit jetter l'ancre à Bakavillier, pour Et celle
. aprés.
(k) Angl. il fut forcé d'aquiefcer aux rai-
(1) Nom corrompu, pour Neuftra Segno
fons qu'il allegua de fon changement. R. d.E. ;
ra. R. d. T.
à: » bits
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Portugais,
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du matin.
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ufe, mais
au Nord.
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l'Ifle des.
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h voile une
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le commet
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avec la ma-
endre celle
d'après.
euftra Segno"
“anrès. Elle le fervit fi bien avant la fin de la nuit, qu'étant parti à quatre
À mes matin, il arriva vers midi à Furno. Ses Paffagers lui donnèrent
dix robes de coton, qui lui fervirent à faire une fort bonne voile, & des ha-
bits pour lui & pour fon fidéle Matelot.
11 fe palla deux mois avant que les réparations de fa Barque fuîent ache-
vées. Enfin remettant à la voile, avec la réfolucion de fe rendre à S.‘Jago,
il ne laiffa pas de toucher à $. Philippe pour j remettre Thomé-Santi & les
autres Pañagers. Il y pañla oh Pr presse le l'eau & des provifions ; après
quoi, partant pour ÿ. Jago, il confeile que s'il n'employa que dix jours à
ce pallage, il en eut l'obligation à la connoiffance qu'il avoit du Courant ,
fans quoi les difficultés qu'il eut à vaincre feroient devenues peut-être in-
furmontables. 11 chercha la Baye qui s'appelle ÆRivero das Bharkas ; mais a-
rés y avoir mouillé, le chagrin de n’y voir aucun Vaiffeau & d'y trouver
urt peu de fel, lui fit prendre le pes de gagner l'Ifle de May. 11 s'étoit fait
une petite çargaifon de Courges & de Maïz , dont il efpéroit tirer beaucoup
de protit dans cette Ifle, où 1l n'ignoroit pas qu'on éçoit afigé depuis long-
tems par la famine. Son expérience lui avoit appris que Ja meilleure route
our fe rendre à l'Ifle de May étoit de gagner là poirte Nord de S, Jago Il
eva l'ancre, pour l'aller jetter, à la marée fuivante, dans la Baye de Rivero
de Pinta. La marée d'après il gagna Porto Terrafall, où il fur obligé d’atten-
dre pendant treize jours un meilleur tems. Enfin faifffant une marée contre
le vent, il avança jufqu’a Porto Faciende, Mais n'ayant pû gagner la pointe
” du Nord, il vint tomber dans une Baye inconnue, qu'il nomma Porto Signo-
re Georges, par des raifons qui vont être expliquées. L'entrée de cette Baye
eft fermée par quantité de rocs, dont le plus large ne l'étoit pas de plus d'un
jet de pierre, la plûpart élevés au-deffüs de l'eau, & s'étendant à plus d’un
mille du rivage: mais, avec beaucoup d'attention & de défiance, il trouva
le moyen de paller au travers de tant d’écueils. Ilfe trouva dans la Baye com-
me dans un nid aufli für qu'agréable, à couvert de tous côtés, & fans dé-
couvrir même la mer, à qui les rocs fervent comme de rempart. Le fond
eft de fable mêlé de limon, depuis cinq braffes juiuà trois. Il vit bientôt
paroître un Homme fort gé» uivi de quatre Efclaves armés de lances, qui
le pria civilement de defcendre à terre, & qui lui offrit (” ) dans l'intervalle un
melon d'eau. Il prit lui-même la peine de le couper, avec un air de goût
… H& de propreté qui fembloit marquer un homme dediftinétion. Roberts [trou-
va le melon excellent ; mais il] fentit d’abord peu de penchant à fuivre l’'E-
tranger , parce qu’il fe fouvenoit d’avoir appris que cette partie de S. Jago
eft habitée par des Bandits, qui s’y font une retraite contre les pourfüuites de
la Juitice. Cependant il fçavoit aufli que cette race de Brigands fe laifle ga-
gner de bonne-foi par les préfens & les témoignages d'amitié (n). Cecte pen-
fée ui fit prendre la réfolution de defcendre à terre. 11 y futreçu par le Vieil-
lard avec beaucoup de civilités, & fans fe rendre importun par fa curiofité ,
il apprit bientôt de lui-même qu'il fe nommoit Signore Georges Wharela ; qu'il
étoit
Cm) Angl. c'eft Roberts quioffrit Ie me-
lon d'eau à l’Etranger, & qui le lui jetta de
fa Chaloune dans la Mer, où il l'envoya cher-
cher par un de fes Efclaves. R. d. E.
(n) Angl. Mais voyant qu'il avoit accepté
fon préfent, ce qui pafle parmi ces Peuples ,
pour une marque ouun lien d'amitié , ilfe ha-
s Zarda d'aller à terre. KR, d. I.
2
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car. V. 139
Roprar:.
1722.
Comment il
fe falt une voi
le & des hu-
bits.
Il pale à
Saint - Jago,
d'où il veut
gagner l'Ile
de May.
Laye inconnue
u'il nomme
orto Signore
Georges.
Rencontre du
SeigneurGeot-
ges Wharela,
ROBERTS,
1722.
Ses Mines
d'argent,
Roberts les
mouve fiufles,
Il gagne la
ointe deSuint
Fo.
Et de-là Ka-
lyete dans l’If-
le de May.
Diverfes cour-
fes deRoberts.
Baye de Bi-
ghude.
Porto Sine
Nome,
149 VOYAGES DES ANGLOIS EN
étoit le Juge du Pays; que toutes les terres qu'on pouvoit découvrir de la
Baye lui appartenoient; qu'il avoit des Mines d'argent dans fon domaine ;
male qu’il ignoroit le moyen de les mettre à profit, & que jufqu'alors il n'a-
voit pas voulu faire venir les Artiftes de la Ville, dans la crainte quele Roi
de Portugal ne fe faisit de fes richeffes ['ajoûtant que ce feroit, peut-être unt#
moyen de leur faire perdre leurs privilèges, qu'ils avoient confervés depuis
que l'Ifle de St. ago étoit habitée.] Cependant il promit de faire voir à Ro-
berts quelques effais de fes Mines.
IL en fit apporter le lendemain. Mais Roberts, quiavoit trop d'expérien-
ce pour être trompé par de fauffes apparences, ne trouva dans le minéral
qu’un morceau de roc feuilleté, avec un mélange de quelques paillettes blan-
ches qui brilloient au Soleil comme de petits grains de criftal. [Le Vicillard
affez furpris de ne pas remarquer dans fes yeux les marques d’admiration aux-
gen: s'attendoit, fit emporter triftement fes effais,] & ne laifla pas de lui
aire (0) préfent d'un Chevreau gras & de quelques pintes de lait.
Le tems ayant changé pendant la nuit fuivante, Roberts en profita le len-
demain, pour s'avancer fukqu'à Bighude , qui eft la pointe Nord-Elît de S. Jago
Vers midi, le vent devint Nord-Eft, & le fervit ft heureufement qu'il eut
à trois heures, la vâûe de l’Ifle de May, & celle de Monte Pinofo, qui por-
toit Sud-Eft quart à l'Eft. Dés le lendemain ilmouilla dans Porto Englefe, que
les Habitans de l’Ifle nomment Tindo/s: mais n’y trouvant pas de Vaifleaux,
& la Côte lui Pare inégale , il remit en mer pour gagner Kalyete, ou
Paceco, qui eft au-deflus de Kalyete. Il auroit pû s'arrêter à Paceco, s’il
n'eut fait réfléxion que les mines de fel en font trop éloignées. Ayant poufté
jufqu’a Kalyete, ôù il jetta l'ancre, il s'y fit apporter du fel par les Habitans,
qui prirent en échange les denrées qu'il avoit fur fa Barque.
AND1s qu'on chargeoit le fel, les Négres dont l'équipage de Roberts é-
toit compofé, s'étant imaginé que fon deffein étoit de les tranfporter à la Bar-
bade avec cette cargaifon, l’abandonnèrent fans lui avoir témoigné leur dé:
fiance. Il demeuroit dans le dernier embarras, avec fon unique Matelot,
lorfque deux autres Négres, l’un natif de S. Nicolas, l’autre de S. Antoine,
vinrent lui offrir leurs fervices. Le dernier l'affüra qu fe déferoit plus a
vantageufement de fon fel dans l’Ifle de S, Antoine, & qu'il y pourroit pren
dre un grand nombre de Tortues, pour les aller vendre enfuite à S. Nico-
Jas où Îles provifions étoient encore fort rares. Roberts fuivit d'autant plus
volontiers cette ouverture, que s’ilne pouvoit gagner ces deux Ifles, il étoit
für d’avoir fous le vent celle de S. Jago, où il pourroit toûjours tomber.
IL partit de Kalyete dans cette réfolution; mais le vent fecondant mal
fon deffein, il abandonna le projet d’aller à S. Nicolas & à S. Antoine, pour
fe rendre droit à S. Jago, en portant vers la pointe Nord-Eft de cette Ifle.
IL y trouva unc belle Baye, d'environ deux lieuës de largeur , au Sud de B:i-
ghude , & n’apprenant pas qu’elle eût de nom, il lui donna celui de Porto Si-
ne Nome. Il y jetta l’ancre dans un lieu fort commode ; mais le Négre de
S. Antoine lui dit que cette ftation n'étoit pas fûre parceque c’étoit ue
cipale
(o) Angl. & remerçia Roberts de fonme- toûjours une rareté dans l'Ifle; & en écha-
lon, dont la femence lui faifoit un grand plai- ge il luifit, R. d. E.
fix, parce que venant de dehors, le fruit feroit
"0 entrepri
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r à la Bar-
: leur dé:
Matelot,
Antoine,
t plus 2-
roit pren
S. Nico-
tant plus
s, il étoit
omber.
dant mal
ine , pour
cette Jfle.
id de Bi:
Porto Si-
Négre de
oit la prin-
cipale
X en échat-
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, V. 147
cipale habitation des Bandits. A peine avoit-il cefTé de parler, qu'il leur vint
du rivage une volée de pierres, qui fut fuivie d'une autre, & qui n'auroit
pas reçu d'interruption, fi Roberts ne s'étoit avifé de nommer aux Négres
qui l'infulcoient du rivage, le Seigneur Georges Wharela, comme un de fes
meilleurs Amis, À cenom , ils lui promirent la paix & leur amitié. Cependant
"UN il fentit peu d'inclination à demeurer plus longtems près d'eux ; & levant l'an-
cre dans un tems fort calme, il fe fervit de fes rames pour gagner Porto For-
4 mofa, où il prit de l'eau & du bois.
‘À Etant defcendu lui-même au rivage , il y rencontra le Signor Antonio
à Thavar, un des plus diftingués du Canton, qui ne marchoit pas fans être ac-
compagné de huit Efclaves armés de lances & de Lo er Il étoic obligé à
cette précaution, par le.voifinage de Wilhancas & de Terrafall, autres habita-
tions de Bandits; & lorfque Roberts lui eut appris l'accueil qu'il avoit reçu
à Porto Sine Nome, il le félicita du bonheur qu'il avoit eu d échaper à cette
dangereufe race. Thavar étoit un Blanc de race Portugaife & d’un caraétère
fi obligeant qu'il offrit à Roberts une demie douzaine de fes Négres pour lui
faire fa provifion de bois. Le lendemain , illui envoya un âne chargé de vivres
& de fruits. Enfin fes civilités s'étant foûtenues jufqu'au départ, il lui fit
ppréfent, le dernier jour, de fix fromages pau tous enfemble peloient en-
viron une livre & demie il de quantité de Poiffon , & d’une calebaffe remplie
de miel, [ ou plûtôt de ro
RosErTs quitta Porto Formofa, pour fuivre la Côte avec un excellent
vent jufqu'à Purto Madera. Il y mouilla contre un roc, fous lequel il étoit
fort à couvert; mais le lieu n'étant point habité, & le chemin paroiflant
très-mauvais jufqu'à la Ville de S. Jago , il fe remit à fuivre les Côtes vers
Praya Formofa , & de-là jufqu'à Porto Lobo, où il reçut une lettre du Com-
mandant Général de toutes les Ifles du Cap-Verd, avec un Homme & un
Cheval pour le conduire à la Ville. Ainfi laiflant fa Barque à l'ancre, il
entreprit le chemin par terre. ‘On ne lui parloit que de vingt milles, mais
L il en trouva plus de quarante.
) Le tems approchoit où l'air devient extrêmement dangereux à S. Jago.
Roberts affüre qu’à l'exception de Cachao, le Continent de Guinée n’a pas
de lieu plus mal-fain que cette Ifle, [pendant les mois de Juin & srjes
D'ailleurs c'eft la faifon de l'année où l'on y voit arriver le moins de Vaif-
feaux (p). Avec ces lumières , il confervoit toûjours le defir de gagner quel-
que Ifke au-deflus du vent, fur- tout celle de $. Nicolas, où f avoit le
plus d'apparence de trouver quelque Bâtiment de l’Europe. Auñi ne s’ar-
rêta-t'il à S. Jago que pour aire l'échange de fon fel & fe procurer une
affez bonne cargaifon de Maïz, de Manioc, de Noix de Cocos, de Plan-
tains & de Bananes. Enfuite ayant remis promptement à la voile, il s'ef-
força de gagner l'Eft de l’'Ifle, non-feulement parce qu'il pouvoit s'avancer
de-là plus facilement avec un vent de Sud ou d'Ouch, mais encore parce
que c'eft le côté de l'Ifle où les Rades font les plus fûres, à la réferve néan-
moins de Kalycte & de S. Martin. S’étant donc avancé jufqu’à la hauteur
de Porto Lobo, il fe propofa d'abord de toucher, s’il étoit poflible, à Bona-
Vifta,
( 'étoit vers Î: i te i $ »
a le dr de Fe qe et à marges dans
S 3.
Ronenrs,
1722,
Porto For.
mofu,
Civilités que
Roberts re-
çoit du Signor
lhavar.
Porto Ma-
era,
Praya For-
mofa,
Porto Lobo,
Mauvais aire
de Saint-Jago.
Ville de
Saint Jago.
VOYAGES DES ANGLOIS EN
Mais le Courant du
142
Ronenvs Vifta, où le marché eft excellent pour les provifions,
1724. Nord lui fit abandonner cette réfolution, & sg celle de fe rendre à Por.
to Madera; où il auendit le vent pendant huic jours, Enfin le trouvanfs.
vorable, il pérta droit à l'Ile de May. Vers la fin du jour, un autre ve
le força de mouiller devant Kalyete. 11 prit lé lendemain vers l'ER, enco. '
Kalyete, toyant par Paceco, & Navia Coverada, à la vûe de plufieurs feux que les Ha.
Paceco, bitans allumoient dans l'efpérance de l'attirer dans leurs Cantons. Mais il
Navi Cove: écoit réfolu de n'interrompre fa courfe qu'après avoir pallé les Gallons, qu
Rocs nom. font une longue chaîne de rocs, au Nord-Ëft de l'ifle, Alors if porta di.
més les Gal. reétement vers Bona-Vifta, où il feroit bientôt arrivé, s'il n'eut été furpri
lons, par un calme, fuivi de vents incertains qui le firent errer pendant trois fe.
maines dans le Canal. 11 fut forcé de tourner autour de la pointe Sud de
l'Ile, où il eut l’occafon d'obferver ce que les Pilotes appellent la rivière,
& qui n’eft qu'une chaîne de rocs abîmés & de fables cachés, entre lefquek
la mer pafle & bat, l'efpace d'une lieuë & demie avec beaucoup de violer.
ce. Cependant il s'y trouve des canaux affez profonds pour le pañfage d:
toutes fortes de Bâtimens. Roberts en prit un qui n'avoit pas moins de troi
ou quatre braffes d'eau. Mais le battement de la mer eft fl effrayant qu'
le croiroit beaucoup plus dangereux. Enfin s'étant approché de Bona-Vif
ta, il entra dans la Rade Angloife, où il trouva une petite Barque Porn:
aïfe, abandonnée par les Pyrates. Il s'en fervit pour faciliter fa cargaifnr
e fel. On étoit alors au milieu du mois d'Août 1724. La faifon étoit de
venue fi pluvieufe que ce travail lui prit trois femaines.
Arrivée d'un
Bâtiment de
Briftol à Bona-
Vifta.
ne lui témoigna tant d'amitié qu'il n’auroit pas balancé à le fuivre, si
n'eut appris de lui-même le véritable deffein de fon voyage. Ici Robe,
fans nommer cet Officier , déclare que fon projet lui parut contraire à c:
qu'il nomme la Juftice univerfelle,
rapporter fon nom, comme ce fut celle qui lui ôta la pe
Cependant il affüre qu’il n’étoit pas queftion de Pyraterie.
L fut fi bien traité par le Capitaine de Briftol, que malgré toutes fi
récautions, ce changement de régime lui caufa plufieurs jours de fiévr. M
ais les fecours qu'il reçut de la même main , le délivrèrent bientôt de cef- !
T&en partant, le Capitaine lui laiffa quelque remédes, 4?
des provifions de bouche; comme du pain, du vin, de l’eau de vie, du fm à
cre, du beurre, des gruaux, de la farine, & cn général tout ce qu'il pi !
cheux accident;
Etranges Pat. Voit s’imaginer lui être néceffaire. ] L'obfcurité où Robert affeéte ici des'ea
fagers qu'il velopper ne l'empêche pas de nous apprendre que le Capitaine avoit à bord,
avoit À bord. J'Evêque de S. Jago & le Vifiteur Général, avec leur Cortège, qui alloier:
vifiter toutes les f
Dans cet intervalle, il vit arriver un Bâtiment de Briftol, dont le Capiui !
4"
que c'eft la raifon qui l'empêche à =
nfée de le füivr. M"
les; après quoi le Vifiteur devoit faire la vifite de cout 5
la Côte de Guinée qui elt fous la domination du Roi de Portugal. [Qul* |
moyen de s’imaginer comment tant d’honnêtes Portugais pouvoient fe croi:
ver fur un Bâtiment de Briftol, ou ce qu’il y avoit de contraire à la Juftiet
univerfelle dans la commiffion qu'un Angloïs prenoit de les conduire? À
moins que fon deffein ne fût peut - être d'abufer de leur confiance pour l&
Conjeéture retenir prifonniers, & leur faire acheter leur liberté. Il pouvoit l'avoir com
fur cet événe- muniqué à Roberts, qui, dans fes principes de Religion & d'honneur ,avot
Lie ” fans doute refufé d'y confentir. Mais cette explication n’eft qu’une conjet:
ture. |
» quilere
. … du Prêt
… l'heureu
} avoit jet
s’arrêtér
#-
Merry
Londres,
D
ture,
& fans
qu'il d
‘un to
atriot
Re:
plus re:
mois de
fon ord
: cha la
ue dar
l'échan,
D |
craindr
eût à re
& lui
apprirei
vents di
fürance.
chers.
Son
w'il av
l'en av
nier de
à Saint-
ce fecor
du Prêt
aufli-côt
fion , il
tournerc
l'avoit é
val pou
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appris d
lui écrir
revoir,
ge des
May, d
Is y tro
née aved
bonne,
ons, qui
porta di-
té, furpris
: trois fe
te Sud de
a rivière,
re lefquel
de violer
paffage d:
ins de croi
ant qu'on
Yona Vi
que Port:
a cargaifot
n étoit de "A
le Capiui "M
ivre , sl Lu
ci Rober, ”
traire àc: A
empêche à: LM
e le fuivre Lu
toutes fe
de fiévr. #
ôt de cehr !
emédes, gi
vie, dufr |
qu'il po: ©
ici de ser
oit à bord ;
qui alloien:
te de tout
pal. (Qui
ent fe croi
à la Juftie
bnduire? À
ce pour les
l'avoir con ES
neur ,avoï &
une conjec-
ture.
"à avoit jetté l'ancre à Terrafall,
| s'arrétérent quelques jours à Bona-Vifta.
DIFFÉRENTES PARTIES pi L'AFRIQUE, Liv. V. Car. V. 143
ture. Il falloit d'ailleurs que le Capitainé ne fût pas un Homme fans mœurs
& fans probité , puifque ] l'Evêque de S Jago, furpris des marques d'affection
jil donnoie à Roberts , lui ayant demandé s'il étoit fon Parent; il répondit
‘un con Romain: c'eft un Chrétien ,un Proteftant, un Homme , & mon Com-
patriote; quatre titres qui lui donnent droit à mes fervices & à mon amitié,
Rosenrs partit la nuit fuivante, pour l'Ile de S, Nicolas, qui eft la
plus renommée pour le commerce des Anes. Il fe fait particulièrement aux
mois de Novembre & de Décembre, au lieu que celui de Pe eft la fai-
fon ordinaire pour la cargaifon du fel,. En arrivant à S. Nicolas, Roberts cher-
cha la Rade qui fe nomme Porto Ghuy, parce que la mer y eft plus tranquille
ue dans celle de Paraghif. Il yentra le lendemain, & dans peu de jours il fit
l'échange de fon fel, mefure pour mefure, contre du Maïz Ë du bled d'Inde,
Dx petites pluyes, qui commençoient à tomber par intervalles, lui firent
craindre l'arrivée des vents du Sud ou de l'Oueft, qui étoient les feuls qu'il
eût à redouter, Mais les Négres l'affürèrent qu'il ne devoit pas s'allarmer,
& lui montrant une montagne pointue qui fe nomme Monte Fradre, ils lui
apprirent € x le brouillard dont elle étoit couverte annonçoit toûjours les
vents du Nord aufli long-tems qu'elle en feroit enveloppée, Malgré ces af-
fürances , il s'éleva un orage qui brifa la Barque de Roberts contre les Ro-
chers. Iieureufement il étoit alors à terre avec tous fes gens.
Son unique reffource confiftoit dans quelques lettres de recommandation
w’il avoit obtenues à Bona-Vifta, de l'Evéque de S. Jago & de fes Prètres.
| en avoit une de l'Evêque ques deux Religieux de S. Antoine. L'Aumô-
nier de ce Prélat, qui étoit le
à Saint-Nicolas, lui en avoit donné une aufli pour fon Succeñleur. Avec
ce fecours il fe rendit à la Ville, où il fut fi bien reçu, que le Succefleur
du Prêtre ayant befoin de bois pour élargir le Chœur “A fon Eglife , lui offrit
auffi-tôt dix dollars des débris de fa Barque. Et, pour s'en affürer la pofes-
fion , il prononça une excommunication publique contre ceux qui en dé-
tourneroient un feul clou, Roberts fe trouva plus riche en argent qu'il ne
l'avoit été depuis plufieurs années. Mais il fut attaqué d'une fiévre tierce,
L qui le rendit fort languiflant jufqu'à la fin d'Oétobre, Les fecours qu'il reçut
du Prêtre & des Fabitans contribuërent beaucoup moins à fa fanté, que
l'heureufe nouvelle qu'il reçut enfin de l'arrivée d'un Vaifleau Anglois, qui
all. Tandis qu'ilcherchoit à fe procurer un Che-
val pour ce voyage, on lui apporta unc lettre du Capitaine , dont le nom
étoit John Harfoot , qui fe trouva heurcufement de fa connoiffance. Ayant
appris des Négres, le nom & les infortunes de Roberts, il s'étoit hâté de
lui écrire, pour le prefèr de fe rendre à bord. Leur joye fut extrême de fe
revoir. Harfoot devoit faire voile à la Barbade, 1] tira beaucoup d’avanta-
ge des confeils de Roberts pour faire fa cargaifon ; & partant enfemble, ils
ent < Enfuite ils paflèrent par l’Ifle de
May, d'où ils allérent jetter l’ancre à Porto Praya dans celle de S. Jago.
Ils y trouvèrent un autre Vaifleau Anglois, qui revenoit des Côtes de Gui-
née avec fa cargaifon d'Efclaves, de cire & de dents d'Eléphans pour Lif
bonne. Le nom du Capitaine étoit Moyfe Durel, & celui du Vaifleau le
Merry Thougt, [ dont les propriétaires étoient Mr. Lewen , Marchand de
, Londres, Mr. Henri Gibs, Marchand de Lisbonne, & le Capitaine lui même. ]
Roberts
même Prêtre que le Pyrate Ruffel avoit pris”
Rade de
Porto Ghuy.
La Barque
de Roberts le
brife contre
les rocs,
Reffource
au'iltrouve
dans fa dif
grace.
Arrivée d'un
Vaiffeau An-
glois com-
mandé par un
de fes anis,
Ronrare,
17924.
Irencontre
un autre Vaif
feuu Anglois
fur loouel {l
pe pour
Europe,
ll ef forcé
d'aller à La
Barbade,
172$.
Son arrivée
en Portugal &
de-là à’ Lon-
dres,
Ropvars,
En
divers tems,
Inrropuc-
TION,
14 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Roberts ne.balança point à faifir cette occafion pour retourner droit en Eu.
rope. Il partit le 15 de Novembre avec Durel, en portant au Nord, dans
la vûe de fe rendre À Porto Cidade, Mais le Bâtiment commençant à faire
eau, on fut obligé de relâcher à Sainte Lucie, Quelques autres difgraces,
qui lui arrivèrent dans ce Port, le mirent en fi mauvais état, que Robert
confeilla au Capitaine de tourner vers la Barbade, 11 y avoit à bord ce
quatre-vingt Efclaves, un Supercargo Portugais, quelques Officiers de h
même Nation, & le Seigneur Antonio de Barra, dernier Gouverneur de Ca.
chao. Ce Gentilhomme fit quelques objeétions contre la Barbade, & repré.
fenta particulièrement que ce n'étoit qu'une petite Ife, Roberts lui répon.
dic qu'à la vérité c'étoit une Ifle; mais qu'à la réferve d'un Roi, d'un Pa
triarche, d'un Evêque & d'un Homme noble, il y rien à Lisbonne
qu'on ne pôt trouver dans l'Ifle de la Barbade, fe détermina enfin à
prendre cette route; mais le Capitaine, pour juftifier fa conduite, eut foi
de foire figner fa réfolution par tous les Officiers Portugais. On arriva dam
la Baye de Carlile le 25 Décembre 1724. On y pañla quelques femaines, &
remettant à la voile pour Lisbonne, on eut la vûe des Côtes du Portugal w
commencement du mois de Mars. Roberts trouva au Port de Lisbonne, 4.
lexandre Baxter, Commandant d'un Brigantin, qui lui accorda généreufe
ment le paflage jufqu'à Londres, où il arriva fur la fin de Juin, avec fx
fidèle Matelot.
LDC DEC Edo ed DE d Dec Dec he CH) "ER
CHA PPIT RE VI.
Defcription des Ifles du Cap-Verd.
I: fe trouve aflez de Voyageurs qui nous ont donné une courte Defcriy M
tion de quelque Ifle du Cap-Verd, à laquelle ils ont touché en faifu
voile vers le Sud; mais le Capitaine Roberts eft le feul qui en ait publi
la Defcription générale. Aufñi fera-t'elle le fondement de cet article, en;
joignant, fuivant notre méthode, les Obfervations des autres Ecrivains.
OBERTS, après avoir donné, dans fa Première Partie, l'hiftoire de fes
propres avantures, préfente, dit-il, dans la Seconde, le détail de fes Remar:
ues fur la nature, Îa fituation, les produétions & les ufages des Pays d
Cap-Verd. Il diftingue deux tems de fa vie, auxquels il rapporte fes lumi-
res: celui du Commerce qu'il a fait dans ces Ifles; & le dernier cems, oi
n'ayant guêres d’autre qualité que celle de Voyageur, & même d'Iabitant,
il a pû fatisfaire encore plus foigneufement fa curiofité. Aux remarques qu'l
a faites de fes propres yeux, il a joint celles qu'il a pû recueillir du témoi-
gage des Habitans naturels, quand il les a trouvées dignes de fon attention
de fa confiance. Car les Peuples de ces Ifles ayant quantité de notions con
fufes que leurs Ancêtres ont apportées de Guinée, [ jointes à ce que leurs Prê-f
tres leur ont raconté des plus communes Legendes des Saints, ] ils’eft difpen-
fé de recueillir toutes ces fables (4). IL
K7(a) Pour ce qui conçerne la fidélité de la Narration de l'Auteur, voici ce qu'il nous ap
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, V, Car, VI, 145
IL s'eft atcaché particulièrement à tout ce qui concerne le commerce , foie
xpour la nature des produétions foie pour la commodité des lieux. [il re.
greute feulement dans fa Dédicuce , de n'avoir pas eu les connoiffances né-
ceflaires pour pénétrer dans la nature des Sels, des Minéraux, &c. qu'ilavoic
une fi belle occafñon d'éxaminer, D'ailleurs , fon deffèin n'étant pas de fai-
re imprimer fon Voyage, il n'avoit rien écrit que fur quelques chiffons de
papier, faute de livres pour le mettre dans un meilleur ordre, ] La Carte
qu'il a pris la peine de compoler 7 ed proprement à fon Ouvrage;
d'eft.à-dire qu'elle répond à tous les lieux dont il fait la Defcription. Il en
relève beaucoup l'éxaétitude (b). En effet, comme on a déja vû dans la
Relation de fon Voyage ,qu'ily a peu d'Ifles dont il n'ait fuivi les Côtes, &
u'il pafloit continuellement de l'une à l'autre, on conçoit que fa Carte mé-
rite beaucoup de préférence fur celles qui ont été publiées par des Voyageurs
moins inftruits, du moins par rapport à la diftance mutuelle des [fes , à leur
figure & à leur grandeur (c). À l'égard du point de leur fituatien, il peut
refber quelque doute; non que Roberts n'ait pris foin de marquer la latitude
& même la longitude de chaque Ifle à la tête de fa Defcription; mais on ne
voit pas que ces pofitions bg été obfervées, à l'exception de celle de Pa-
raghili; ou fi elles l'ont été, on ne fait pas connoître particulièrement dins
quel lieu, ce qui les rend de fort peu d'ufage. On peut fuppoñfer à la véri-
ué qu'elles ont été prifes au milieu de chaque Ifle; mais quand cetté fuppofi-
tion auroit plus de vrai-femblance , elle ne pourroit regarder que Mayo &
S, Philippe, puifque les Côtes Septentrionales des [fes de Sal & de S. Jean, &
les Côtes Méridionales de S, Jago, S. Nicolas & S. Antoine, répondent fort
bien aux latitudes qui font marquées dans la Defcription, La Carte de Ro-
berts ne paroîc pas plus fûüre pour les longitudes ; car fi elles s'accordent avec fa
Defcription fur les Côtes Orientales de Sal, de Bona-Vifta, de S. Jago & de
S. Philippe, les mêmes Côtes font trop à l'Oueft de quatre minutes pour
l'Ile de May, & trop à l'Oueft auñli de vingt minutes pour celle de S, Jon,
tandis qu'au contraire celles de S. Nicolas y font trop peu de vingt-deux mi-
nutes, & celles de S. Antoine trop peu aufli de cinquante-trois. 11 eft donc
certain que les latitudes & les longitudes de Roberts ne font point éxaétes,
ou que fes Plans ont été gravés avec beaucoup de négligence. On cft porté
à faire tomber le reproche fur les Graveurs, quand on confidére que lescon-
trariétés de la Carte & de la Defcription pouvoient être pets vd facile-
ment.
IL faut encore obferver que, fi Roberts a marqué fur les Côtes plulieurs
Places qui ne fe trouvent pas dans les autres Cartes, en leur reprochant cette
| Fomiflion , il n'a pas laiffé d'en omettre quelques-unes [dont il parle dans fa
Deftription,] qui l'expofent à la même cenfure, telles que Ribeira Grande …
l'Ifle
ques-uncs de ces Iflos ; mais clles s'accordent
pour ce qui regarde leur pofition, excepté
celle de S, Philippe & de S. Fran, ou Fuego
& Brava, qui dans la nôtre gifent du Nord
au Sud ,& dans la fienhe de l'Eft à l'Oueft.
. Nous jugeons, par les fréquens tours qu'il a
de la nôtre qui fe trouve à la pag. 12. du. Vo- fait entre ces Ifles, que ce doit éuc leu ve
lume , pour la figure & la grandeur de quel- ritable poftion,
T
III, Part.
prend lui même, pag. 453. de fes Voyages:
Je buis affürer n'avoir rapporté aucune fautfeté
tant dans ce qui me regarde, que dans ce que
J'ai dit des Habitans de ces Illes.
cÿ(b) Voyez pag. 453.
ec) La Carte du Capitaine Roberts diffère
Rosnars
En
divers tem,
Obfervæions
fur la Carte
de Roberts, &
fur fes défauts,
RoOneRTs,
En
divers tems,
Origine de
leur nom.
Herbe dont
la Mer ett
couverte,
Nombre des
Iles du Cap-
Verd,
Leur pofition.
146 VOYAGES DES ANGLOIS EN
l'Ifle deS. Jago, & S, Domingo Abacou. Il a négligé aufi de marquer le lieu
de chaque Place par un petit cercle, pour en affürer éxaétement la pofition,
Enfin il a tracé rarement la courfe de fon Vaiffeau; & s’il l'a fait quelque.
fois, ce n'eft point avec autant d'éxaétitude qu’on devoit l'attendre d'un Voya.
geur fi curieux & fi attentif.
- dans la vûe deremédier à tous ces défauts, qu'on a compofé une nou-4
velle Carte, où l'on s’eft aidé de la fienne pour corriger les autres, & des
autrés auffi, pour fuppléer à la fienne. Mais il eft échapé dé donnér le nom
dé Sainte Lucie à $S. Vincent, & celui de S. Vincent à Sainte Lucié; erreur
de gravûré, dont il füflit que le Leëteur foit averti (d).]
du. Volume, comme on l'a déja obfervé,
(4) l'Erreur de gravûre, dont parle le Tra-
R. dE.
duéteur, ne fe trouve pas dans cette Nouvel.
ic Carte; mais bien dans celle de la pag. 12.
$ I.
Obfervations générales Jur les [fes du Cap-Perd. .
RE Portugais, en découvrant ces Ifles, leur donnèrent ie nom de /as I.
bas de Cabo-Verde. Le Cap tire le fien de la verdure perpétuelle dont il
eft couvert; & les Ifles, du Cap vis-à-vis duquel elles font fituées. Cepen-
dant elles font nommées auffi par les Portugais las [has Verdes , foit par fimple
contraétion, foit par allufion à l'herbe verte, qu'ils nomment Sargoffo, dont
toutes ces Iflés font environnées. Elle a beaucoup de reffemblance avec le
creflon d’eau, & fon fruit reffemble à la grofeille. La Mer en eft couverte de-
puis le vingtième degré jufqu’au vingt-quatrième. Dans quantité d’endroits
elle eft fi épaifle, qu'elle préfente comme un grand nombre d’Ifles flotantes,
qui font capables d'arrêter les Vaiffeaux lorfque le vent n’eft point affez fort
pou leur faire furmonter cet obftacle; fans qu'on puifle (4) s’imaginer ce
qui produit cette verdure dans une partie de l'Océan, qui eft à plus de cent
cinquante lieuës des Côtes de l'Afrique, & qui n'a pas de fond. Les Hollan-
dois appellent les Ifles du Cap-Verd, Ifles de Sel, parce qu'il s'y en trouve
béaucoup.
Ox en compte dix: Sal, Bona-Vifta, Mayo, S. ago, Fuego, ou S. Phi
lppé, Brava, S. Nicolas, Sainte Lucie, S. Vincent & S. Antoine. D'autres
en comptent douze, & quelques-uns quatorze; mais ils-donnent mal-à-pro-
pos le nom d'Ifles à quatre Rocs, dont les deux premiers, qu'on a nominés
Ghuny & Carnera, font au Nord de Brava; & les deux autrés, nommés Char
& Branca, à l'Oueft de S. Nicolas.
Les Ifles du Cap-Verd prennent un peu plus dé trois degrés du Sud aù
Nord, avec la même étendue de l'Eft à l'Ouelt; c’eft-àa-dire qu’elles font
entre quatorze degrés trente minutes & dix-fept degrés quarante-cinq minu-
tes de latitude. De même leur longitude, de Ferro, eft entre quatre &
fept degrés. Sal, Bona-Vifta & Mayo font un peu plus à l’Eft, du Nord
au Sud; S. Jago , Fuego & Brava plus au Sud, de l’Ef à l'Oueft: S. ds
4,
(a) Voyages de Mandeflo aux Indes, pag. 277.
r le lieu
pofition,
quelque-
in Voya-
une nou-+
,s & des
* Je nom
4 erreur
ja obfervé.
de /as Il.
e dont il
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e avec le
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d’endroits
flotantes,
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s de cent
s Hollan-
n trouve
S. Phi-
D'autres
al-à-pro-
nominés
més Chaor
lu Sud at
elles font
inq minu-
quatre
du Nord
S. Nico-
las,
MN xétales, [ & il en va peu dans ces Pays, fans s’y arrêter.
LT
las, Sainte Lucie, S. Vincent & S. Antoine plus au Nord-Oueft, fur la mé-
me ligne, du Sud-Eft au Nord-Oueft. Ovington dit qu'elles s'étendent dans
la forme d'un croiffant (b), dont le côté convexe eft tourné vers le Conti-
nent d'Afrique. Beckman obferve u'elles préfentent une Lara rome fort
agréable à ceux qui les traverfent à la voile. Mayo, qui eff Ja plus proche
du Cap-Verd , eneft éloignée d'environ quatre-vingt-tr, ‘ze (c) lieuës, Oueft
uart au Nord. La fituation de ces Ifles eft très-favorable pour le rafraîchif-
ement (d) des Vaifleaux qui font le voyage de Guinée ou des Indes Orien-
La flotte Portugaife
du Bréfil n'y manque jamais. ]
Tour le monde convient que l’air des Ifles du Cap-Verd eft d'une cha-
leur extrême & fort mal-fain. Sir Richard Hawkins prétend que le climat
cft un des plus pernicieux à la fanté des hommes, qui foit connu dans l'Uni-
vers. Il y avoit abordé deux fois, avec le chagrin d'y perdre la moitié de
fes gens par (e) des fiévres malignes & par la diffenterie. Comme il y pleut
rarement, la terre y eft fi brûlante qu'on n'y fçauroit pofer le pied dans les
lieux où le Soleil fait tomber fes rayons. Le vent du Nord-Eft, qui s’y le-
veun peu avant quatre heures après-midi, apporte enfuite une fraîcheur
foudaine dont les effets font fouvent mortels. Aufñi les Habitans ont-ils la
précaution de (f) fe couvrir la tête d'un bonnet qui leur defcend jufqu’aux
épaules, & le corps d’une robe fourrée, ou doublée de coton. Hawkins
obferve encore que dans ce climat, comme aux Côtes de Guinée & dans
tous les Pays chauds, la Lune a beaucoup d'influence fur le corps humain,
x & qu'il eft par conféquent fort dangereux d'y pañler (g) la nuit à l'air [ou
de laifler feulement une fenêtre ouverte.
‘BECKMAN (b) remarque que dans la plûpart des Ifles du Cap- Verd, le
terroir eft pierreux & ftérile, fur-tout dans celles de Sal, de Bona-Vifta &
de Mayo. Sal & Mayo ont un grand nombre de Chevaux Sauvages. Ou-
tre les Chevaux , Mayo a quantité de Chèvres, & du fel en fi grande
abondance, qu'on en pourroit charger, dit-on, plus de deux mille Vaiffeaux.
Les autres Ifles font beaucoup plus fertiles & produifent du ris, du maïz,
du bled d'Inde, des bananes, des limons, des citrons, des oranges, des
grenades , des noix de cocos, des figues & des melons. On y trouve
| xérauffi du coton & des cannes de fucre ; [ dont on fait une double récolte. ] Les
Chèvres y donnent généralement trois au quatre Chevreaux d’une portée, &
fouvent trois fois dans une année. Les vignes y portent aufñli deux fois.
DaMPIERRE obferve que les Oifeaux & les Bêtes font les mêmes dans tou-
tes les Ifles du Cap-Verd; mais que plufieurs Ifles font mieux partagées que les
autres, de pâturages & d’autres alimens pour certaines efpéces d’Animaux. S.
Jago par éxemple ayant plus de bois & de grains, nourrit un plus grand nom-
bre (5) de Volatiles. La principale partie des Beftiaux confifte en Chèvres &
en
(b) Voyage d'Ovington à Surate, pag. 40.
(ec) Voyage à Bornco, pag. 8.
(d) Voyage en Afrique & à la Barbade,
dans fa Collection de Churchill, Volume VI.
pag. 188.
Le) Avec des tranchées furicufes.
(f) Voyage de Hawkins à la Mer du Sud,
pag. 27.
(g) Ibid, pag. 28.
(h) Beckman, Voyage à Borneo, pag. 9.
(i) Voyage autour du Monde Vol. I,
pag. 25.
T2
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, lav. V. Car. VI. 147
RonentTe,
En
divers tems,
Qualité de
l'air & du cii-
mat.
Précaution
des Habitans.
Influence de
la Lune.
Principales
productions
des Ifles du
Cap-Verd.
ROBERTS.
En
divers tems.
Abondance
des Tortues.
Commerce
des François
dans ces Iles,
Les Anglois
y achetent des
ânes,
148
en Moutons. Les Bœufs & les Vaches y font rares.
rand nombre d’Anes,
particulier à la Barbade & dans leurs autres Piantations.
La richeffé des Habitans confifte dans leurs peaux de Chèvres & dans le fel
VOYAGES DES ANGLOIS EN
es. Maisil s’y trouve un fi
ue les Vaiffeaux Anglois en font un commerce (&)
de Bona-Vifta, de Mayo &deS. Jago. Barbot por “tie préparent excel:
lemment leurs peaux, à la manière du Levant; & Beckman (7) aflüre qu'il
n'y en a pas de meilleures au monde dans la même efpèce. Dapper dit que la
Volaille P to
pintades, les cailles, les flamingos, ] multiplie admirablement ans toutes les
Iles. Ce témoignage eft confirmé par Mandeflo, qui prétend que les poules,
les Pintades, les Phaifans (m) & les Pigeons y furent apportés parles Portu-
gais. Les Cailles, les Perdrix, les Ramiers & les Poules d'Inde y font à fort
bon marché; & les Lapins dans une extrême abondance.
Ox y prend un fi grand nombre de Tortues, que plufeurs Vaifleaux vien-
nent s’en charger tous les ans, & les falent pour les tranfporter aux Colonies
de l'Amérique. Ces animaux prennent les tems de pluye pour faire leurs œufs
dans le fable, & les laiffent éclore au Soleil. C’eft alors que les Habitans leur
donnent la chafle, fans autre embarras que de les tourner fur le dos avec des
pieux, car elles font fi groffes qu'on n’en auroit pas la force avec les mains.
La chair des Tortues n'eft pas moins en ufage dans les Colonies, que la Mo-
rue dans (n.) tous les Pays de l'Europe.
ATk1ns obferve que les Portugais, établis aux Iles du Cap-Verd , reçoi-
vent indifféremment tous les Vaifleaux qui s’y arrêtent, & leur vendent à fort
bon marché des rafraîchiflemens & des provifions. Mais S. Jago eft la princi-
pale (0) fource. Barbot nous apprend que les François du Sénégal & de Go-
rée envoyent prendre leurs provifions dans cette Îfle, lorfqu'ils reffentent la
difette dans cette partie de la Nigritie, & qu'ils en tirent des vivres, pour
des Efclaves & d’autres richeffes. Vers l'an 1593 ,. dansle tems que le Cheva-
lier Hawkins étoit en voyage, ils faifoient un commerce confidérable à S. Ja-
go, à Fuego, à Mayo, à Bona-Vifta,. à Sal & à Brava, où ils venoient con-
tinuellement de Guinée & de Bénin. Ils en tiroient des Efclaves, du fucre,
du ris, des étoffes de coton, de l’ambre gris, de la civette, des dents d’E-
lephans, du falpêtre,. des pierres de ponce, des éponges, & quelque petite
quantité d'or, que les Infülaires tiroient eux-mêmes (p) du Continent.
SuivanT le Capitaine Philips, le principal commerce des Ifles du Cap-Verd
en 1693, confiftoit dans le fel de Mayo, que les Vaiffeaux Anglois venoient
charger pour l’Ifle de Terre-Neuve. On y voyoit aufli plufieurs Bâtimens de
la même Nation, qui prenoient cette route en allant à.leurs Colonies de l'A.
mérique, pour acheter des Anes & d’autres beftiaux, dont ils trouvoient { :'
à fe défaire avantageufement à la Barbade. Roberts obferve qu’on trouve à
S. Jago (r ) une pierre fingulière dont on verra la Defcription dans l’article
de Mayo.
LE
(k) Ibid. pag. 21. pag. 31.
(7) Voyage de Bornco pag, 10, (Cp) Hawkins, wb. fup. pag. 29.
(m) Angl. les Paons. RK. d. E. (g-) Voy2%e de Philips en Afrique, pag. 188.
(n) Voyez Barbot Defcription de la Gui- (r) Angi. dans la plüpart de ces Iles.
E.
née. paz. 539.
R. d.
(o) Voyage d'Atkins en Guinée fait en 1727.
comme les poules , les grues, les tourterelles, les coqs - d'Inde, les}
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ent {à
rouve à
l’article
LE
, pag 188.
ces Ifles,
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. VI. 149
Le même Auteur raconte que toutes les Iles du Cap-Verd étoient prefque
inhabitées lorfqu'elles furent découvertes par (s) les Portugais; mais il ne
ut apprendre des Fabitans , dans quelle année ils virent arriver ces nouveaux
Jôtes, Ils fe fouvenoient feulement d'avoir vû arriver à S. Jago une troupe
d'Etrangers qui s'y étoient établis ; & qui avoient envoyé diverfes Colonies
dans les autres lilés. Ces Etabliffemens particuliers s'étoient mal foûtenus,
parce qu'ayant manqué de vivres, la famine en avoit ruiné plufeurs. La pluye
ME lcur avoit manqué long-tems. À peine fe fouvenoit-on, [en 1723 ] dans les
| Jfles de Bona-Vifta, de Mayo, & particulièrement dans l'Ifle de Sal, d’en a-
voir vû depuis fix ou fept ans (+). Il n’en étoit tombé du moins que dans les
Montagnes, où les Habitans racontent que les nuées fe raffemblent, & qu’é-
tant beaucoup plus pefantes, elles fe fendent, [pour arrofer inutilement des
lieux ftériles & déferts.] Les Ifles de Sal, de Bona-Vifta & de Mayo, qui
font fort plates, arrêtent d'autant moins les nuées, qu'elles en font continuel-
lement chaffées par le vent; & c’eft à cette raifon qu'on attribue la fécherefe
qui régne dans ces trois Îfles. | ,
Saz, Sainte Lucie &S. Vincent, trois des plus grandes Ifles du Cap-Verd,
n'ont aucun (vw) Habitant; tandis que les autres font affez bien peuplées de
Négres & de Mulètres. On en donne une raifon qui mérite d’être rapportée.
Les premiers Portugais, fur-tout ceux de S. Jago, fe procuroient des Négres
de Guinée pour le travail de leur Colonie; mais comme la plûpart ne me-
noient pas une vie fort régulière, ils fe croyoient obligés, en mourant, de
donner la liberté à quelques-uns de ces miférables Efclaves, pour expier une
partie de leurs déréglemens. Après avoir reçu la liberté , la plûpart ne pen-
foient qu'à s'éloigner de leurs Tyrans, & pañloient dans les Ifles voifines ,
où l'air ditférant peu de leur climat naturel, ils trouvoient le moyen de s'é-
tablir heureufement. Les Portugais voyant leur profpérité , y paffèrent après
eux. Mais le commerce du Portugal déclina bientôt dans cette Partie de l’A-
frique, lorfque les autres Nations de l'Europe eurent pénétré dans la Gui-
née & jufqu'aux Indes Orientales. Alors le nombre des Négres, qui n’avoit
pas ceflé de fe multiplier, devint fi fupérieur à celui des Blancs, que ceux-
ci pour éviter la honte de la foûmiffion, fe retireérent à S. Jago ou en Por-
tusal. Ceux qui reftèrent difperfés parmi les Négres, n'eurent plus d'autre
rellource que de fe joindre à eux par des mariages, qui produifirent (x)
cette race couleur de cuivre dont toutes les Ifles fe trouvent peuplées. Le Roi
de Portugal obfervant ce qui s’étoit pafié dans l’efpace de plulieurs années,
donna la plûpart des Ifles du Cap-Verd aux Seigneurs de fa Cour, & ne fe ré-
ferva que celle de S. Jago, à laquelle il a joint dans ces derniers tems, Saint
Philippe. Cependant le Gouverneur de S. Jago prend le titre de Gouverneur
général de toutes les Ifles du Cap-Verd, & de la Côte de Guinée depuis la
Rivière du Sénégal jufqu'a sierra Leona. Les Seigneurs particuliers peuplèrent
leurs Ifles de Vaches, de Chévres & d’autres Beftiau&. Ils les gouvernoient
d'abord:
(s) Voyez ci-deffus les circonfiances -de (t) Angl. feize ou dix-fept, R. d, E,
leur découverte dans la Relation de Cada Çv) Dampierre Vol. IL pag. 70. & Beckman
Mofto, Ovington dit (pag. 38.) qu'en 1689. pag. 8. difent que les premiers Habitans fu-
il y avoit encore dix lfles fans Habitans; mais rent des Portugais bannis.
c'et une erreur groffière. (x) Voyages de Roberts, pag. 387. & fuiv.
T 3
RonenxtTs,
En
divers teims,
Manière
dont ces Ifles
fe font peu.
plécs.
Teftament
des Portugais,
Origine d'u--
ne forte de
Négres.
ROnzRTS,
En
divers tems,
gouverne-
ment des Ifles
du Cap-Verd.
Leurs l'ortiti-
cations & leur
revenu.
Obfervation
fur le nitre
des Ifles du
Cap-Verd.
Obfervations
fur lesMarées.
VOYAGES DES ANGLOIS EN
d'abord par ‘un Lieutenant, dont l'autorité évoit fort médiocre, puifque non.
feulement le pouvoir de vie & de mort, mais les autres punitions corporel.
les, appartenoient au Gouverneur de S. Jago. Dans ces derniers tems, on a
établi pour toutes les Ifles, un Officier nommé Ovidor, qui eft revêtu de la
Jurifdiétion civile, & même de l'infpeétion & du ménagement des revenus
de la Couronne; de forte qu'il ne reîfte (y) äu Gouverneur générai que l'ad.
miniftration militaire.
Le Port de S. Jago eft comme la Douäne Portugaife pour tous les Vaif.
feaux de cette Nation ,qui commercent dans les Parties de la Guinée dépen-
dantes du Portugal. Mais les revenus que la Couronne tire des Ifles du
Cap-Verd ne font pas confidérables. A la vérité, il lui en coûte peu pour
la garde de ces Ifles, car il n’y a pas d’autres F'ortifications qu'à S. Jago &
à $. Philippe. Encore les Ouvrages font-ils d'une foible défenfe, excepté
ceux de la Ville même de S. Jago, qui ont été conftruits par les Efpagnok
tandis que le Portugal étoit fous leur domination. Aufli les lfles du Cap-Verd
ne font-elles défendues (+) que par ieur propre Milice, fans le fecours
d'aucunes Troupes du Roi. Il faut obferver que les Habitans de S. Jago &
de S. Philippe étant Vaflaux immédiats de la Couronne, font fur un meil
159
leur pied que ceux des autres Ifles, qui change”: fouvent de Propriétaires &
h
de Maîtres, [felon qu'il plaît au Roi. ]
N
RoserrTs dit qu'il pourroit s'étendre fort au long fur les Manufaétures
de coton (a) des Ifles du Cap-Verd, & prouver que les Vaiffeaux Angloi
pourroient s'y fournir à beaucoup meilleur compte qu'en Angleterre, des
étoffes qui fervent au commerce des Efclaves en Guinée; mais qu’il n'ofe
roit décider en général, fi ce feroit à l'avantage de l'Angleterre. Il pour.
roit, dit-il, s'étendre aufñli fur le nitre que pl*eurs de ces Ifles produifent;
mais il croit s'être aflez expliqué fur un poin. qui étoit prefqu’inconnu en Eu-
rope avant ce qu'il en a publié. À la vérité, continue-t'il, on avoit tranf
porté en Portugal, quelques années auparavant, une quantité confidérable
de nitre tiré de l’Ifle de S. Vincent; & ce commerce avoit été abandonné,
fur ce qu’on croyoit avoir découvert que la plus grande partie étoit de la nature
du fel marin. 1] avoue même qu'en ayant fait l'expérience, il avoit trouvé
qu'il s’allumoit difficilement, qu'il ne s’en diflipoit pas un huitième, & quel
refte demeuroit fixe comme le fel de mer. Mais il affûre que dans la méme
fe, ilen a trouvé d'autre, dont il ne refte pas la moitié après l’inflamm-
tion, & quelquefois même, pas un quart. Dans l’Ifle de $. Jean, il efti
volatile & fi inflammable qu'il s’évapore entièrement, à l'exception de ceki
qu’on ramafñle près de la Mer. Roberts laifle aux Curieux à trouver la rai
fon de cette différence.
Iz obferve que la Mer, autour des Ifles du Cap-Verd, a régulièrement
fon flux & fon reflux dans l’efpace de fix heures & quelques minutes; que
les mortes-marées ont aufli leur cours régulier, excepté lorfqu'il eft troublé
par les vents incertains, qui font ici plus fréquens que dans tous les autres
lieux du monde. Mais quelque tranquille que le tems puifle être, la Mer y
eft toûjours plus agitée dans les Bayes vers les pleines Lunes & dans leurs
changemens,
Voyages de Roberts, pag. 388.
À At ns (a) Voyez fes Voyages, pag. 453.
bid, pag. 388.
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9
453,
Il pour. |
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, VI. 151
changemens, que pendant les Quartiers. L’Auteur a remarqué que, tandis
qu'un gros vent foulevoit beaucoup la mer dans le Canal qui fépare S. Phi
lippe & S. Jean, elle évoit fort douce à Furno, qui eft une Bayede la der-
nière de ces deux Ifles. Au contraire, vers la pleine Lune ou dans le chan-
gement, lorfqu'il régnoit depuis trois ou quatre jou*s un Calme profond dans
le Canal & que la mer y étoit aufi tranquille que la Tamife, elle s'élevoit fi
impétueufement au rivage, qu'à F urno même on ne pouvoit entrer dans une
petite Barque fans s'expofer à fe voir couvert d'eau. |
Le courant de la Marée eft au Nord - Eft, & le reflux au Sud-Oueft, à
moins qu'il ne foit détourné par les pointes de quelques Ifles ou par la for-
me irrégulière des Côtes. Le flux & le reflux font également réguliers en-
tre S. Jago & S. Philippe. Ils font plus violens entre S. Philippe & $. Jean,
comme entre S. Jean & les petites Ifles qui font au Nord. Mais les plus
impétueufes marées font entre S. Nicolas & S. Antoine, fur-tout dans l'é-
troit Canal qui fépare Sainte Lucie de S. Vincent. Roberts compare leur
viteffe à celle des marées de la Tamife (b). os
IL ajoûte à la variété des vents & aux pointes des Ifles, une troifième
caufe, qui altère le cours naturel des marées; c'eft la force des Courans ,
dont il n'entreprend pas néanmoins de déterminer la qualité ni le nombre.
Ce qu'il a pû découvrir de leur qualité, c’eft qu'un peu avant la faifon des
pluyes, quieft au mois de Juin, de Juillet, d'Août & quelque partie de Sep-
tembre, les Courans font au Nord-Éft; & qu’alors, à quelque diftance des
Ifles, le flux commence à s’avancer vers les Canaux, & s'y engage avec
une impétuofité fort fupérieure à celle du reflux. Au contraire, lorfque
les Courans portent au Sud-Oueft, ce qui arrive ordinairement vers la fin
des pluyes, & quelque tems après, le rellux eft plus violent que le flux.
CEs Courans dépendent des faifons, qui ne reviennent pas toûjours dans
les mêmes tems de l’année, quoique la différence ne foit pas fort grande.
Onattenid la pluye avec les vents du Sud vers la fin de Juin; cependant on
} ne les a quelquefois qu'au mois de Juillet, ou même vers le milieu du mois
d'Août. * Le mois de Septembre amene généralement , mais avec beaucoup
À de variété, des vents impétueux d'Eft, de Sud-Eit & de Sud-Sud-Eft ; ac-
compagnés de pluyes. Au mois d'Oétobre, ce font des vents de Sud-Sud-
Oueft & de Sud-Oueft. Vers la fin du même mois, ce font ceux d'Oueit-
Nord-Oueft, & de Nord-Oueft, avec des tonnerres, des éclairs, de grofles
pluyes, & quelquefois des ouragans d’une grande violence, mais qui durent
peu. Dans l'intervalle de ces pluyes, &c dans le tems qui les précéde, l'air
eft ferain, @& les vents doux & variables; maïs c’eft encore une propriété
de cette faifon, qu’an petit vent du Sud fouleve plus la Mer qu’un vent im-
pétueux du Nord. Au mois de Novembre, s’il tombe un peu de pluye, el-
le eft généralement fuivie d’un vent frais du Nord, qui devient quelquefois
fort violent; mais une grofle pluye l’abbat aufli-côt & rend la Mer fort
unie.
APRÈS la faifon des pluyes, il eft fort ordinaire que le tems fe tourne aux
brumes, fur-tout pendant le jour ; & fi les pluyes ceflent dès le commencement
de Novembre, cette difpolition de l’air commence alors & dure fouvent juf-
qu'à
(b) Voyez.fes Voyages, pag. 454 & fuiv.
RonrarT:.
En
divers tems.
Autres ©b-
(ervatious.
Courans pé-
riodiques.
Différence
des Saifons &
des Vents.
RoOonrnT..
En
divers teims,
Vents Trace
do KTurnade.
Pofition de
l'Ifle Sal,
Rade de Pal-
mera.
Ifle voifine.
Rabadijunk.
Mordereu.
Cinq men-
155 VOYAGES DES ANGLOIS EN
u'à la fin de Janvier. Dans tout cet intervalle, les vents font impétucux, DIE
Nord, Nord-Nord-Eft & Nord-Eft quart Nord. Mais au mois de lévrier, de "M folut d's
Mars & d'Avril, ils font aflez conftamment Nord-Eft quart Nord; &, delà avoit ct
jufqu'au tems des pluyes, prefque toûjours Eft. A melure qu'ils deviennent def
plus Eft, ils vont en s'affoibliffant. 0 cequié
Lorsque le vent qui amène la pluye fouffle, fuivant la faifon, il dure peu “## ans apré
s'il eft fubit & violent ; & les Portugais l'appellent alors Travado. Lorfqu'avee "MN la pêche
beaucoup de violence il eft accompagné de tonnerre & d'éclairs, ils le nom. 7 taine de
ment Znado. “0 malheur
4 & ne lai
ç IL Ils tuére
duitsän
Îfles de Sal EP de (a) Bona-V'ifla. ENvi
“4 » May,pc
R° BERTS place l'Ile de Sal à su Le degrés de latitude du Nord, & "M Comme:
cinq degrés (b) dix-huit minutes de longitude Oueft du Cap-Verd. Elk = l'équipag
n'a ni rocs, ni bancs de fable qui en rendent l'approche diflicile. Cependan #8 fa Chalo
l'ancrage n’y eft pas commode dans la faifon des pluyes. La meilleure Rade ef TEmIt à t
celle qui eft devant la Ville de Palmera. Elle a l'apparence de deux Bayes, des Nég
qui font féparées au milieu par une pointe de Rochers, Les
LA fituation de cette Rade eft au côté Occidental de l'Ile. On la reconnoi dirent qu
facilement à trois Palmiftes, dont elle tire fon nom, & qu'on a confervé }_feul Bou
d'autant plus foigneufement, qu'outre l'avantage de fervir de marque a WE fort gran
Vaifleaux, ils font feuls de leur efpéce dans coute l'étendue de l'Ifle. Ün mille # ce récit,
au Sud de la Rade, on voit une petite Ifle, fi couverte de fiente d’Oifeaux ge [Dax
qu’elle paroît blanche comme de la neige. Pour entrer dans la Rade, il fau voient d'
avoir les trois Palmiftes [ à l’Eft pe Nord, & s'avancer jufques au Sui-f d'années
Oueft de la petite Ifle. Avecun petit Bâtiment, on peut entrer dans celle des Oétobre
deux Bayes qui eft au Nord, für d'y pouvoir mouiller par tout fur trois brafla alors aux
ou trois brafles & demie. Quand on eft vers Rabadijunk, l'autre Baye paroï en Angle
fort belle, quoique le fond en foic fort mauvais: mais après avoir pañléla poir: De nids
te de Morderea, on peut jetter l'ancre dans toutes les parties de la Baye, qui Le cot
porte ce nom, & trouver un bon fond fur toute forte de profondeur. L'ffk: or ci
plufieurs autres Bayes, où les petits Vaiffeaux peuvent mouiller ; mais ( c ) cut sa | [ou
les-ci font les principales.
DE cinq montagnes qu'on compte dans l'Ifle de Sal, les plus hau:c font
celle du Nord & celle de l'Eft, qui préfentent la forme de deux pains :: fr
cre. Sal étoit autrefois bien fournie de Chèvres, de Vaches &. d'Anes; ii
vers l'an 1705, peu d'années avant que Roberts y abordât, le défaut de paye
la fit abandonner par tous les Habitans, à l'exception d’un Vieillard qui ré-
folut
cet arbri
* & lorfqu’
LEs d
de l’Afriq
porte du
La Va
ne faifon des
: . | . Mais il fe
(a) De Buena Vifla, on Bona Vifta; les dix-neuf degrés trente-trois minutes de longt d is il fe
gens de mer ont faitp:r corruption Boa-Vifla. tude Oueft du Lézard; ce qui fait environ ant on a
KR. d.” trois degrés huit minutes plus que Robeits 1 porte du {
(b) Suivant notre Carte elle eft à cinq de- 11 ajoûte qu’elle s'étend du Nord auSudd'er fs
grés trente minutes du Cap-Verd; de forte que viron huit ou neuf lieuës , & qu'elle n’a pas plus
la différence eit ici d'environ douze minutes. d2 deux lieuës de largeur.
Dawpierre prétend ( Vol. I. pag. 70.) qu'elle (c) Voyage Dampierre Tom. I. pa;: 39
cit à feize degrés de latitude du Nord, & .
(d) Angl
(e) de.
# ae le Capit
OU «de dire de l’
M | III. Pa
DITTERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv. V. Car. VI 153
rage A Falut d'y mourir ; ce qui arriva affeétivement la même année, La féchereMe Rourars
&, dela MU avoir écé fi exceflive, que la plus grande partie des Befliaux périrent de foif qu . =“
riennent | M & de faim. Cependant il tomba un peu de pluye, qui rétablit infenfiblement "77" "7"
7 ce qui éoit reflé, jufqu'à ce qu'un bizarre événement acheva, deux ou trois
lure peu Ù ansaprès, de l'extirper entiérement, Un Bâtiment François, arrivé à Sal pour
qu'avec “Ù la pêche des Tortues, fut contraint par le mauvais tems, d'y laifferune tren-
le nom. taine de Négres, qu'il avoit apportés de Saint Antoine pour ce travail. Ces
malheureux, ne trouvant aucun autre aliment, vêcurent de Chèvres fauvages,
& ne laifférent qu'un vieux Bouc, qu'ils ne purent prendre dans les montagnes
Ils tuérent aufi prefque toutes les Vaches ; de forte qu'à la fin ils furent ré-
duits à manger les Anes.
Environ fix (d) mois après, un Vaiffeau Anglois faifant voile à l'Ifle de
N May, pour y charger du fel, apperçut de la fumée qui s'élevoit de l'Ifle de Sal.
Nord, & "M Comme il n'ignoroit pas qu'elle étoit déferte, il fe figura que ce devoit être
erd, El LEA pees de qu Vaiffeau, qui s'étoit brifé contre cette Ifle. Il y envoya
spendant fa Chaloupe ; & la compaflion lui fit recevoir à bord les trente Négres, qu'il
ade el remit à terre dans l'Ifle de Saint Antoine. Roberts apprit cet incident d'un
x Bayes des Négres qui avoient eu part à l'avanture. |
Les Négres de Saint Nicolas qui accompagnèrent Roberts en 1722, lui hr
rsconnct dirent qu'il } avoit alors dans l'Ifle de Sal neuf Vaches ou Taureaux, avec le PARIS
sénfervés 2 feul Bouc dont on a parlé ; mais que le nombre des Anes y étoit encore
Fque au 4 fort grand, quoique beaucoup moindre qu'avant la féchereffe. [ Ils faifoient
Un mille ce récit, fur le témoignage de leurs propres yeux. | |
d'Oifeaur [Dans le tems que Roberts étoit ans ces Jiles, les habitans de Sal n’a-
le, il fau voient d’autres Végétaux à manger, qu'une plante qui avoit été femée peu
d'années auparavant à Palmera, & qui y réuffiffoit fort bien. On la fème en
Oëtobre & en Novembre, & elle ne pouffe qu’au printems. Elle s'attache
alors aux Cotoniers (e) , qui fe trouvent à portée, comme le Houblon fait
en Angleterre aux perches qui lui fervent d'appui. Cette plante eft bonne à
manger au mois d’Août (f). Ufage dif
LE coton qui croît aux fes du Cap-Verd, n'y a jamais été d’un grand °°°”
ufage. Cependant les Habitans de quelques Ifles s’en fervent pour garnir leurs
lits; [ou s'ils en font desrobes, c’eft pour s’en fervir fort rarement.] L’Au-
teur obferve que c’eft le meilleur amadoux qu'il y ait au monde, Le bois de
cet arbriffeau jette une flamme éclatante, mais ne dure pas long-tems au feu ;
as au Sukf
celle du !
pis brafles
e paroï
é la poin:
aye, qi
. L'fflea
s(c)cl
LE * & lorfqu’il eft bien fec , il s’enflame par le feul frottement (&g). ”
. 22 4
ane L Les dates de l'Ifle de Sal font auffi bonnes que dans aucun autre Canton
| sk se de l'Afrique. Mais des trois Palmiers dont on a parlé, iln’y en a qu'un qui
d € EU porte du fruit. er,
| ou La Vallée de Palmera eft arrofée par un ruiffeau qui fe forme dans la ,,Faaui fe
1 faifon des pluyes & qui continue de couler un mois après qu’elles font pañlées. life. |
Le detot Î Mais il fe féche alors, & l'Ile fe trouve abfolument fans eau fraîche. Cepen-
SL entire dant on a reriarqué qu’en creufant la terre un peu au-deflus du Palmier qui
Luc Robert { porte du fruit, on peut encore s’en procurer jufqu’a Noël (h).
au Sudd'er [I L
à n’a pA$ PLUS | P à
e n'a pas P : (d) Angl. environ feize mois, R. d.E. 7(f) Voyez lesVoyages de Roberts pag. 391-
1. pa: 9 :. en) PAR ne la defcription dansce g(£g) Ibid. pag. 392. 429.
+ pa $ que le Capitaine Dampierre a jugé-à-propos l id.
n.: à dire de l’Ifle de Mn D (2) Ibid
ON LIL Part. V
RonenTs,
En
divers tems,
Poiffon nom
mé Mar, U-
fage qu'on en
pourroit faire,
Ambre gris,
On le con-
trefait, Lieux
où il fe trouve,
Différentes
Obfervations
. ur l'Ifle deSal,
VOYAGES DES ANGLOIS EN
Iz yaen abondance des Crabes de terre & des Tortues, comme dansles
Indes Occidentales, ] Entre plufeurs fortes de Poiffons qui abondent für les
Côtes, il y en a un que les Négres appellent Mear, de la grandeur d'une
Morue, mais plus épais qui prend le fel comme la Morue. Roberts ft
perfüadé qu'un Vaifleau pourroit en faire plûtôt fa cargaifon qu'on ne la fait
de Morue dans l'Ifle de Terre-Neuve, & qu'elle fe vendroit aufli-bien, fur.
tout à T'énérife. Le fel étant fi près, l'opération en feroit plus prompre,
& fe feroit à moins de frais; d'autant plus que les Négres de Saint Antoi.
ne & de Saint Nicolas font d'une adreffe extrême pour la pêche & la fa.
laifon (i).
ON 1228 plus fouvent de l'ambre gris dans l'Ifle de Sal que dans toutes
les autres Ifles. Mais les Chats fauvages, & les Tortues vertes (k) endévo.
rent la plus grande partie. Dampierre raconte que pendant le féjour qu'il y fi
en 1683, un certain Coppinger acheta une piéce de faux ambre-gris,
couleur de fiente de Pigeon (7), mais fans aucune odeur. Un Marchandde
Briftol, nommé Read, dit à Roberts qu'il en avoit trouvé une piéce à Fuc.
o, qui furnageoit près de fon Vaifleau, & qui étoit de véritable ambre gris
fon Maître avoit fait fa fortune par ce moyen.]
L'AuTeur remarque qu'il s'en trouve à
Floride, mais que les Habitans ont l'art de le contrefaire, & que cette fraude
en impofe quelquefois aux Marchands. Il ajoûte qu'un Négotiant nommé
Hill, sp d'honneur , lui en montra un morceau, d'une beaucoup plus
grande piéce, qui avoit été trouvée dans la Baye de Honduras. Elle étoi
de couleur foncée, tirant fur le noir, de la dureté du fromage tendre & d'u
ne odeur fort agréable, Roberts, qui avoit beaucoup voyagé, affüre qu'à h
réferve des Bermudes, des Ifles de Bahama , & de cette Côte d'Afrique, avec
les Ifles qui font entre Mozambique & la Mer Rouge, il n’a jamais pû (w)
vérifier qu'on ait trouvé de lambre gris dans d'autres lieux.
DarpPer dit que l’Ifle de Sal eft prefqu'entiérement couverte de pierres,
& qu'elle n’a ni arbres ni plantes, enfin qu’elle ne produit que des Chèvres,
dont on tue tous les ans un grand nombre pour en prendre feulement la peau.
Le Capitaine Cawley, qui étoit à Sal en 1683, n y trouva pas de fruits ni
d’eau douce; mais (#) il y vit quantité de Poiffon & quelques Chévres for
petites. L’Ifle n’avoit alors que cinq Habitans ; le Gouverneur, un Mulûtre,
deux Capitaines, un Lieutenant, & un Valet pour les fervir. Ils étoient tous
Négres; mais ils vouloient être appellés Portugais, & c’étoit les choquer
que de leur donner un (0) autre nom. Seize ans après, le Capitaine Dam:
pierre ne trouva que cinq ou fix Hommes dans l'Ifle, avec un Gouverneur
fort pauvre, qui lui fit un préfent de trois ou quatre Chèvres maïgres, en
l'affürant que c'étoient les meilleures du Pays. Dampierre lui donna par recon-
noiffance un.habit complet ; car il eut pitié de lui en voir un fort déchiré, 4:
vec un chapeau qui ne valoit pas un fol. Il acheta de lui vingt boificaux de
C
154
Dampierre, Vol. IV. pag. 4.
(o) Ce n'eft pas qu'ils ne foient noirs, mas
ils fe vantent que leur fang eft mêlé de celui
des Portugais.
6>(:) Ibid, pag. 392.
Ck) Ibid. LE
(1) Angl. de fiente de Brebis, R. d. E,
(#) Dampierre, Vol.I. pag. 72.
(n) Voyage de Cawley dans les Voyages de
lg
icobar & dans le Golphe de hi
fel p
().
E
baye
un g
en,
{eaux
qu'ils
vais :
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té des
& qui
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ponte,
“| Elles
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le, ©
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“XF couvrir
oifeaux
LE G
dans les
Cawley
fouvent
avoient
+ A
les lieux
ramaflan
(x) Ca
me chofe,
DIFFERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Liv, V, Cnar. VI. 155
danslest+ MM fel pour quelques autres vieux habits; & voulant le combler de joye, il lui Ronrnrs.
tfurles 0 (p) donna un peu de plomb & de poudre à tirer. _ En,
ur d'une En 1680, Le Guat vit dans l'Ifle de Sal un Cheval fauvage de couleur divers tem,
berts cit 7 baye, d'un belle taille. Il y vit aufli un Chat fauvage, ou un Renard, avec
nela fait 7 hn grand r mbre d'Anes & de Chèvres: mais la chair de Chèvre ne flatta
en, für. LN pas beaucoup (q) fon palais. Le même Auteur obferve qu'une multitude d'Oi-
rompte, eaux de mer vint fe percher fur fes mâts ou fe tepe er fur fes ponts, &
4 Antoi-e MS qu'ils fe laifoient prendre à la main ; mais que leur chair faifoit un fort mau-
& la fa vais aliment. Dans l'Ile il n'apperçut pas d'autres volatiles que des Moineaux,
encore les trouva-t'il moins (r) gros qu'en France. Ilajoûte qu'il avoit appor- flirondelle
18 toutes té des Canaries, une Hirondelle qu’il laifloit fortir de fa cage vous les matins, de
en dévo- & qui revenoit fidellement le foir; mais qu'elle fut tuée par accident, Le ri-
qu'il y fit vage, continue-t'il, eft couvert de Tortues, fur-tout dans la faifon de leur
bre-gris, ponte, 11 en prit deux, dont chacune ne peloit pas moins de cinq-cens livres.
rchand de [Elles avoient l'écaille d'une beauté admirable. ] [Le Guat admira aufli plu-
ce à Fue- Xriieurs (5) Coquillages très beaux, qu'il vit fur le nraga
mbre gris DaAMPIERRE, qui étoit à Sal en 1699, obferve que l'Ifle eft fort ftéri-
Ê le. Onn'y voit pas un arbre, à l'exception de quelques ronces qui fe pré-
phe de li fentent du côté de la Mer. Quoiqu'il n'y eut pas d'herbe, il y vit quelques
tte fraude miférables Chèvres, qui trouvent leur nourriture. Mais il (#) ne put dé-
t nommé "Ms. couvrir aucun autre animal, [quoiqu'il jugeât qu'il devoit y avoir quelques
coup plus oifeaux fauvages.]
Elle étoi Le Guat remarque, avec Roberts, que la nature y forme elle-même le fel,
re & d'u dans les fentes des rocs, fans autre fecours que la chaleur (v) du Soleil.
re qu'a Cawley rend témoignage que de fon tems, les Vaiffeaux Anglois y venoient
que , avec fouvent charger du fel pour les Indes Occidentales, & que les falines (x) y
is pù (n) avoient alors environ deux milles de longueur. Dapper dit que vers la pointe
Sud-Eft, près d’une Côte fabloneufe | on comptoit de fon tems foixante - dou-
le pierres, ze mines de fel (y).
Chèvres, ON ne doit pas oublier dans la Defcription de l'Ifle de Sal, les Oifeaux Oifcaux nom.
ht la peau. que les Portugais ont nommés Famingos, & la forme de leurs nids, d'après més Flamin-
> fruits nl le Capitaine en qui avoit vû plufieurs de ces animaux. Ils ont à peu gos ; leur for-
| + me , leurs nids
évres for près la figure du Héron; mais ils font plus () ros, & de couleur rouged- &Ieurs pro-
Mulâtre, tre. Ils fe raffemblent en grand nombre, & leur habitation ordinaire eft dans priétés,
toient tous les lieux bourbeux où il y a peu d’eau. C'eft-là qu'ils bâtiffent leurs nids, en
choquer ramaflant la boue, qu’ils élèvent d'un pied & demi au-deflus de l'humidité.
Line Dan Le pied en eft aflez large; mais ils vont en diminuant jufqu’au forumet, où
ouverneur MM la nature apprend aux Flamingos à creufer un trou dans lequel ils dépofent
igres, cn leurs œufs. Comme ils ont la jambe fort longue, ils les couvent en tenant le
parrecon pied
déch mt MU (hp) Dampicrre, Vol. I. pag. 70. ne de marais falans. Vol. I. pag. 7. & Vol
OHICANX te (g) Voyage de Le Guat aux Indes Orienta- IV. pag. os nuit ‘
ls, pag. Il. | (y) Angl. foixante-douze Marais Salans.
(r) Îlid. pag. 13. & 18, , à E.
| (5) Abid. pag. 13. (3) Mandelflo dit que ces oifcaux ont le
tnoirs , Mais (t) Dampierre, Val. I. pag, 70. corps blanc & les aîles d'un rouge prefque de
nêlé de cell (vw) Le Guat, wbi Jup. pag. 13. feu, & qu'ils font de la groffeur des Cygnes.
(x) Cawley & Dampierre difent ici la mê- Voyez fes Voyagés, pag-271. d'autres difent
me chofe. Ce dernier dit que l'Ile eft plei- qu'ils font gros comme une Oye,
2
—
Ronears,
En
divers tems,
Defcription
de l'Ifle de Bo-
na-Vifta,
Ancienne
abondance à
Bona-V'ifta,
156 VOYAGES DES ANGLOIS EN
pied fur laterre & le croupion fur le nid, Ilsne font jamais plus de deux œufs ;
mais il eft rare qu'ils en faffent moins. Les petits ne commencent à voler que
loriqu'ils ont acquis prefque coute leur grofleur, En récompenfe, ils courent
avec une vitefle fingulière. Cependant l'Auteur en prit quelques-uns ; & n'ayant
pas manqué de faire l'effai de leur chair, il la crouva d'un fort bon goûr,
quoique maîgre & fort noire. Ils ont la langue fort grofle, & vers la racine un
peloton de graiffe qui fait un excellent morceau. Un plat de langues de la.
mingos feroit, fuivant Dampierre, un mets digne de la table des Rois. La
couleur des petits eft d'abord un gris clair, qui s'obfcurcit à mefure que leurs
aîles croiffent: mais il leur faut dix ou onze mois pour arriver à la perfeétion
de leur couleur & de leur taille, Ces Oifeaux fe laiffent approcher difhicile.
ment. Dampierre & deux autres Chaffeurs, s'étant placés le foir près du lieu
de leur retraite, les furprirent avec tant de bonheur, qu'ils en tuérent qua:
torze de leurs trois coups. Ils fe tiennent ordinairement fur leurs jambes, l'un
contre l’autre, fur une feule ligne, excepté lorfqu'ils mangent. Dans cet
fituation , il n'y a perfonne , qui, à la diftance d’un demi-mille , ne les prit pour
un mur de brique [9) , parce qu'ils en ont éxaétement la couleur.
II. L'Isce de Buena-Vifla, Bona-Vifla, Boa-Vifla, où Bona-Vift, a rec:
ce nom des Portugais, parce qu'elle eft la première des Ifles du Cap-Ver
b) qu'ils ayent découverte. Elle eft à feize degrés dix minutes de latte.
e du Nord, & cinq degrés quatorze minutes de longitude, Oueft du Cap.
Sa longueur (c) du Sud-Eft au Nord-Oueft eft de huit lieuës; & fa largeur,
du Nord-Eft au Sud-Oueft, d'environ quinze milles. Ù
IL y a trente ou quarante ans, que de toutes les Jfles du Cap-Verd, Bôna
Vifta pañloit pour la plus abondante en Vaches, en Chèvres, en Porcs, en
Chevaux, en Anes, en Maïz, en Courges, en Melons d'eau & en Patates.
Roberts, fur le témoignage défintéreffé d'un vieux Négre, hazarde ici une
Hiftoire qui lui paroît incroyable à lui-même. Un Gouverneur de Bona-Vif
ta, dit-il, entre plufieurs préfens qu'il crut devoir au Capitaine d'un Vai
feau Anglois qui avoit chargé du fel dans fon Ifle, lui envoya une Patate i
groffe, que deux Hommes furent obligés de la lier d’une corde (4) & deh
porter avec un pieu fur leurs épaules, comme les Braffeurs portent un bar:
ril debierre. Mais en 1722, il n'y croifloit plus de Patates (e) ni prefque
aucune autre plante. Les Vaches mêmes y ont été détruites, à la réferve
de trente ou quarante qui appartiennent au Gouverneur (f). Cependait
Roberts y vit apporter par le Capitaine Manuel Domingo un jeune Ta
reau, qui produifit en peu de tems fept Veaux ou Genifles (g).
La plûpart des Habitans nourriffent des Chèvres, dont le lait fait leur
rincipal aliment, avec le Pajflon & les Tortues. Pour les autres provi:
ions, leur plus grande reffource eft dans l'arrivée des Vaiffeaux Anglois qui
viennent
(a) Dampierre, Vol, I. pag, 70. (e Ibid. pag: 394. |
(b) Ce fontics Anglois, qui l'appellent Bo- (f) Angl. Appartiennent au propriétaire ce
ra-Vifl. Le Doéteur Fryer prétend quecenom l'Ile, R. d. E
lui vient de quatre collines qui forment une (g) Barbot parle d'une forte d'Anes roux,
belle perfpective pour ceux qui en approchent. d’une grande taille, que les François & le
Voyez fes Voyages, pag. 5. Hollandois achetent à Bona- Vifta pour leurs
ta voysees de Roberts, pag. 393. Plantations, Defcript, de la Guinée, pag. 52%:
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DIFTERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Lav, V, Car, VI 157
Ils font
On leur donne aufi de
e crue, doncils fe fervent (h) pour orner leurs chemifes, leurs bon-
nets, & la coeffure de leurs femmes. Les Hommes font généralement vé-
tus à la manière de l'Europe, foit parce qu'ils n'ont guères d'autres habits
que ceux qu'ils reçoivent des Anglois, ou parce qu'ils ont appris à tailler
viennent charger du fel, & qui employent les Infüulaires au travail.
payés en bifeuit, en farine, en vieux habits, &c.
a loy
leurs évoffes de coton d'après ces modéles, Les femmes, c'eft-à-dire, cel-
qui fonc habillées , portent des jupes de coton, liées d'une ceinture. Leurs
chemifes font faites comme celles des Hommes, mais fi courtes qu'elles ne
leur pañlent guères l'eftomac, Leurs mouchoirs de cou font brodés à l'ai-
guille, de différentes figures de foye, fur-tout ceux des jeunes filles & des
veuves, qui ont toutes l'humeur fort vive & fort enjouée. Les pauvres,
& les vicilles n'employent que du coton bleu pour ces ornemens. Sur la
chemife, elles ont toutes une forte de camifole, avec des manches qui fe
boutonnent. Elle n'a pas plus de quatre pouces par devant; mais elle fe
ferme fous le fein, qu'elle fert à foûtenir, Sur cette camifole, elles por-
tent une mante de coton, qui eft toljours bleue pour les femmes marices,
& qui pale pour d'autant plus riche que le bleu en eft plus foncé. Mais
les jeunes filles la portent indifféremment blanche ou bleue, rayée ou d'une
feule couleur. Il ya peu de femmes qui portent des fouliers & desbas; en-
core n'eft-ce que les jours de fête ; mais les hommes ont l'ufage de ces deux
chauflures. Dans toute l'Ifle, Roberts n'en vit pas trois qui euffent les jam-
bes & les pieds nuds.
Cerre Defcription de leurs habits ne regarde néanmoins que les jours
de fête; car, dans tous les autres tems, les deux féxes vont prefque nuds.
Les femmes n'ont qu'un léger morceau d’étoffe de coton, autour de la cein-
ture, qui leur tombe jufqu aux genoux ; & les hommes une forte de hautes-
chaufles, à laquelle on n'éxige même que la grandeur néceflaire pour fau-
ver la bien-féamce. Quelques-uns, faute de hautes-chauffes, portent, à la
ceinture de vieux lambeaux d'habits ; & leur pareffe eft telle qu'ils ne
prendroient point une aiguille pour raccommoder le meilleur habit du
monde.
Lr même vice leur fait négliger le coton, quoique leur Ifle en produife
plus que toutes les autres enfemble. Ils attendent, pour en ramafler, qu'il
leur foit arrivé quelque Vaiffeau qui leur en demande, & leurs femmes ne
penfent à le filer que lorfqu'elles en ont befoin. Aufli quand la faifon de le
recueillir eft paflée, on n'en trouveroit pas cent livres dans l’Ifle entière,
Cependant Roberts affûre qu’elle en fourniroit aifément, chaque année, la
cargaifon d'un grand Vaifleau. Il remarque même que dans quelques années
où toutes les autres [fes en ont manqué, celle de Bona-Vifta en a toûjours
produit abondamment. C’eft fur cette obfervation qu'il propofe d'en faire
un commerce dans la Guinée. 11 voudroit qu'on le mît en Barrafouls, dont
il prétend qu'en fort peu de tems on pourroit faire un ou deux mille, qui ne
reviendroient qu'à fix ou huit fols piéce. Le Barrafoul eft d'environ cinq
pieds & demi de longueur, fur quatre de largeur, mefure Angloife. Avec
gette quantité, dit Roberts, on achéteroit cent Efclaves , & quelquefois
Ja
Kb) Voyages de Roberts. pag. 394.
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158 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronenrs Ja moitié plus, dans tous les endroits de la Guinée où le coton fe vend
En bien.
divers tes. Bona-Vifta produit de fort bon fel. L'Auteur en fit une cargaifon dans
le cours de l’année 1724, pendant la faifon des pluyes, c’ett-à-dire dans un
tems où le rivage de la Rade étoit fi humide & fi gliffant que les Anes a-
voient beaucoup de peine à le tranfporter à bord. La playe ayant fondu le
fel dans les mines, les Négres que Roberts mit au travail trouvèrent le moyen
‘de le congeler dans l’efpace de trois femaines & d'en faire fa provifion C ).
Bona-Vifa L’Ifle produit auffi de l’Indigo, qui croît naturellement comme le coton, fans
rte de autre peine pour les Habitans que celle de le cueillir. Malheureufement ils
go. : n ’ . à .
n'ont pas l'art de féparer la teinture, ou de faire comme aux Indes Octiden-
tales, ce qd’on appelle la pierre bleue. Ils fe contentent de prendre les
fucilles vertes & de les broyer dans des mortiers de bois, faute de moulins.
Ils en forment ainfi une efpéce de bouillie, dont ils compofent des tour-
teaux ronds, qu'ils font fécher pour leur ufage.
L'AurTEeuRr cft perfuadé que dans cet état même, l’Indigo de Bona-Vifta
Expérience mériteroit d’être tranfporté en Angleterre. Il prit la peine d'y en apporter
Dies dé cinq ou fixtourteaux, pour eflayer s'il pourroit les rendre utiles au commerce.
jé Il les mit entre les mains d’un Négotiant. Mais on manqua d'art & de mé-
thode pour cette expérience, Roberts ignoroit lui-même comment il falloit
s'y prendre, pour entirer la teinture. Il apprit dans la fuite, de quelques Ha-
bitans de Saint Nicolas, que cette opération peut fe faire par le moyen d’une
lefcive. Mais il s’imagiue qu'il y a des voyes plus fûres, qu’il exhorte les An-
glois à tenter Çh.
Pierre végé LA Pierre végétable (1) eft plus commune à Bona-Vifta que dans les au-
table, tres Ifles. Elle fée en tiges, comme la tête d’un choux-fleur, ou commele À
corail ; mais elle eft plus poreufe que le corail , & d’une couleur grifâtre, [af.K Pa
fez femblable aux Coquillages pétrifiés.] On trouve aufñli de l’ambre gris au-
tour de Bona-Vifta. Qu'on fe garde feulement de l'artifice des Infülaires, qui
ont trouvé le fecret de l’altérer ou de le contrefaire, avec une forte de gelée
ou d’excrément que la mer jette fur leurs Côtes (m).
Bona-VisTa le céde à l’Ifle de Sal pour le Poiffon, excepté contre un
Roc, q ’on a nommé %obn Letton, où il n’eft ni moins bon, ni moins abon-
dant qu'à Sal. Cependant il manque fi peu dans les autres lieux, que d’un feul
Fa de es Roberts prit un jour cinquante-fix Mulets, & quantité d’autres
oiffons (#).
Deux Rades La terre de l’Ifle eft baffe dans fa plus grande partie, mais elle a des monta-
dans l'Ile de gnes de rochers & des collines de fable. La Côte de l'Eft & celle de la pointe
Bona-Vifa. Sud-Eft, en tournant vers le Sud jufqu’à la Rade Angloifé, ne font compofées
Pi Angloi- que de fable blanc mêlé de quelques rocs noirs. Il y a deux Rades fréquentées
| par les Vaifleaux. La plus célèbre eft la Rade Angloife, qui eft au Sud de la
petite Ifle. Elle eft belle & fpacieufe, mais elle a quantité de petites Baies
pierreufes, qui fortent du rivage du Nord. Cependant on y peut mouiller de,
: | tous
ue ) Voyez le Voyage de Roberts N pag. 337. ch Vayasss de Roberts, pag. 402.
e id.
plus qu’on n’en pourroit faire à Mayo, m) Ib
comme on le verra ci-deffous. (n) Ibid.
. (Æ) Voyages de Roberts. pag. 397.
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DIFFERENTES PARTIES 8 L'AFRIQUE, Liv. V. Car. VI. 159
tous côtés fur un fond de treize bralfes jufqu'à quatre, pourvû qu'on évite de Ronenrs.
s'engager dans les Bafles. A la diftance d'un mille de la pointe Sud de la pe- En
tite Îfle, on trouve un Rocher, qui s'étend plus d'un mille au Sud-Oueft, & divers temns.
ui eft fort efcarpé du côté même de l'Ifle, quoiqu'il foit environné de Baffes
K tous les autres côtés. Entre l’Ifle &ce Rocher, le canal eft fort libre. On ne
trouve jamais moins de neuf brafles de fond contre le roc; mais à mefure
qu'on avance vers l'Ifle, le fond fe charge par degrés jufqu’à cinq brafles; ce
qui n'empêche pas qu'on n'y puifle jetter l'ancre en fureté. Cependant le
meilleur ancrage eft dans l’endroit‘où la pointe Sud de la petite Ifle commen-
ce à fe préfenter au Nord-Oueft ( &
L'auTRE Rade a pris le nom de Baye ou de Rade Portugaife* Sans étreauf- Rade Portu-
fi bonne & aufli commode pour le débarquement ue la première, elle a l’a- gaile,
vantage d'être plus proche de la Ville. D'ailleurs elle n'a rien de nuifible aux
Vaiffeaux que fon rivage, füur-tout lorfqu'on eft au Sud des Balles de Kalyete
Saint-Georges, jufqu’à ce qu'on foit arrivé à la pointe Sud-Eft. Le Roc de Roc de Jean
Jean Letton k itué à cinq lieuës au Sud-Oueit de Kalyete Saint Georges. Lotton,
Dans le beau tems on peut voir Bona-Vifta de ce roc. Sa pointe Nord s'élève
au-deflus de l’eau, de la groffeur d'un Bâtiment de deux ou trois cens ton-
neaux. Du même côté, il eft fort efcarpé; mais il s'étend à l'Oueft-Sud-Oueft
& à l'Eft-Nord-Eft d'environ une demi-lieuë. Roberts palla fur fa pointe
Oueft-Sud-Oueft fans ceffer d’avoir dix braffes. Il découvrit clairement le
fond, qui lui parut couvert d’une prodigieufe quantité de Poiffons. Après
l'avoir pañlé, il jetta l'ancre dans une eau fort claire, où il fit une pêche fi
abondante, qu’il fut obligé d'en rendreune partie à la Mer. Il vit alors les flots
fe brifer aflez impétueufement contre le roc, mais il l’avoit paflé dans la
haute marée (ph).
IL obferve | avec complaifance ] que les Habitans de Bona-Vifta aimént na- Les Infulat-
turellement les Anglois, &.fçavent tous quelques mots de leur langue. Les res aiment les
femmes mêmes font tous leurs: efforts pour l'entendre. Le Gouverneur, qui Arglois.
fe nommoit Signor Pedro Letton, étoit un homme d'honneur; & le Capitaine
Manuel Domingo, avec la même probité , parut à Roberts un des plus no- -
bles & des plus fenfibles caraétères qu'il eût jamais trouvé parmi les Négres.
lou: Iliavoit.[ plufieurs Livres, entre lef-
quels Roberts vit ] une Bible françoife (q).
L'isLE de Bona-Vifta appartenoit au vieux Marquis das Minhas; mais de-
puis fa mort, le Roi de (r) Portugal l'a: donnée à d’autres Seigneurs.
(o) Ibid, q) Ibid. pag. 400.
Ch) Ibid. pag. 399. (a) Ibid. pag. 394.
_$ III
Îfles Mayo (a) ou de May.
ETTE Îfle, fuivant Roberts, eft fituée à quinze degrés douze minutes poftion de
de latitude du Nord, & cinq degrés vingt- neuf minutes de longitude life de May.
Oueft du Cap-Verd: Elle eft à quatorze lieuës, Sud quart à l'Oueft de Bona-Vif-
F ta.
(a) Elle porte ce nom, parce qu'elle fut découverte au mois de May.
109 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronenvre, ta La plus grande partie de fa terre eft baffe, mais elle eft diftinguée par
En trois montagnes, dont la plus Orientale & la plus haute fe nomme Pinoju, La
ve tems. plus Septentrionale porte le nom de Saint Antonio.
Damprierxes (b)dit que l'Ifle de May eft éloignée d'environ quarante mil-
les, Eft quart-Sud-Eft, de celle de S. Nicolas; que fa circonférence eft d'envi-
Sadifonc On fept lieuës; que fa forme eft ronde, avec quantité de pointes de rocs qui
oadttrance , ’ H à |” r
de Saint. Xi s'avancent d'un mille, ou plus, dans la Mer. Il obferve, àl'occafon de ces
cons, pointes, qu'en faifant voile autour de l'Ifle, on voit l'eau qui s’y brife & qui
femble avertir du danger. Il fitainfile circuit des deux tiers ä l'Ifle de Mayen
1699, fans y découvrir d'autres obftacles à la Navigation. Cependant, quel-
ques Ecrivains prétendent qu'au Nord & au Nord-Nord-Ouett de l'Ifle, il y a
des Baffes dangereufes qui s'étendent affez loin dans la Mer. Ce témoignage eft
confirmé par lc Capitaine Roberts, qui repréfente la partie du Nord comme
remplie de Rocs & de Baffes [ dont quelques-uns s'étendent affez avant danst#
_Ecucils au Ja Mer.] Le plus redoutable de ces écueils eft une chaîne de rochers qui s'é-
Nord de l'Ile. tend de la longueur d'une lieuë, & que le reflux laifle à fec dans plufieurs en-
droits. Mais entre cette chaîne & le rivage, il y a un Canal où les Bâtimens
trouvent affez d'eau pour leur pañlage, quoiqu'il ne foit pas fans danger pour
ceux qui ne le connoiffent pas parfaitement (c). Eu ques-u
Sa fécherefe Tour l'Ile eft fort féche, & généralement fi ftérile, que dans les meilleurs F res, fi
& fu ftérilité. Cantons la terre eft fort mauvaife. C’eft une forte de fable, ou de pierre
calcinée, fans aucune apparence d’eau qui puiffe l'humeéter, excepté dans la
faifon des pluyes, qui s’écoulent aufñli rapidement qu’elles tombent. Cepen-
dant on trouve au centre de l’Ifle une fource, dont il fe forme un petit (d)
ruifleau, qui prend fon cours dans une vallée entre deux collines. Mais elle
fufic fi peu pour la provifion des Vaiffeaux, que ceux qui viennent charger
du fel dans l'Ifle de My font obligés de toucher à S. Jago pour faire de
Ca
l'eau. D'ailleurs ce ruifleau eft éloigné de la Baye. On trouve feulement à k
un demi-mille du rivage, un petit puits d'eau fraiche, qui fert à défaltérer D nioles q
les Anes (e). NY manger
| UOIQUE l'Ifle de May n'ait pas moins fouffert de la féchereffe que Sal quinef
& Bona-Vifta, il s’y trouve un plus grand nombre de Vaches , qui paflent mé- » Jomption
Befiaux me pour les plus grafles & les meilleures de toutes ces Ifles. La plûpart des nn de Hér
quellemour- Négres y nourrifient aufi des Chèvres. Mais ily a moins de Poiffon qu'à Bo- »_ née, q
na-Vifta. (f) Les Tortues n’y font pas plus abondantes. Dampierre rendté- ) Galinbas
moignage qu’il y a vû quantité de Bœufs , de Vaches & de Chèvres, mais fort ? es les
peu d'Oïfeaux. On y voit du bled, des Yams, des Patates & quelques Lata- | EI vite
niers. En 1683, lorfque (g) Dampierre y fit quelque féjour , les Bœufs, les es fo
Chévres & les Anes y étoient en plus grand nombre que dans toutes les au- T à tre
tres Iles; mais lorfqu’il y retourna, quinze ans après, les Pyrates avoientra- te fort
vagé l'Ile, diminué l’abvndance des Beftiaux, & détruit même une partie des peute c
Habitans. :
Les principaux fruits de l’Ifle de May font les figues & les melons d'eau;
mês
(b) Dampierre met l'Ile de May à 15 de- (e) Ibid pag. 21.
grés, Vol. Ï. pag. 75. (f ) Roberts, pag. 401.
(c) Roberts, pag. 400. (g) Dampierre, Vol. L pag. 75.
(4) Dampierre, ibid, pag. 16.
DIFFERENTES PARTIES DE L'AFRIQUE, Liv, v. Cuar. VI. 161
ar ais Dapper dit que les figuiers y ont fi peu d'écorce, quelefruit endevient nRonrars.
Lt Sert infipide. Les Négres s'y nourriffent de Pompions, & d'une forte de PR,
légume, de _ 7 PR (b) er: Ko mia ven me
mil- uelques arbres dans l'intérieur de l'Ifle, mais on n'en apperçoi Se
nvi- | les Côtes, à la réferve de quelques (4) buiffons difperfés qui fe préfentent fur A arrbe
s qui bi: le dos des Collines. Entre les Végétaux, on compte la pierre dont on a vû la
le ces É defcription dans l'article de Bona-Vifla (k). PE
& qui x Le Coton eft beaucoup moins abondant à May qu'à Bona-Vifta, mais les Coton de l'1f
ayen DE Infulaires en auroient plus qu'ils n'en ont befoin pour leur ufage , s ils n étoient le de May.
quel- 2 pas atteints du même vice (/) que leurs voifins. Dampierre dit qu'il en a vû
il ya 4 uelques arbriffeaux près du rivage; mais qu'il s'en trouve davantage au mi-
ge eft MN lieu del'Ifle , où les Infulaires ont (m) leurs habitations. On y voit auffi une Soye de co-
omme MU forte de foye de coton, qui croît fur les Côteaux (n) fabloneux des Salines, ph re
. dansi& MN fur un arbrifleau fort tendre, de trois ou quatre pieds de hauteur, dans une éd is
uis'é x#coffe de la groffeur ages apres [mais plus longue.] Lorfqu’elle eft parve-
sen. ! nue à fa maturité, la coffe s'ouvre d'elle-même & fe partage infenfiblement
timens M en quatre quartiers. Cette foye n'eft pas plus précieufe que l'autre, & ne fert
rpour 4 qu'à couvrir des oreillers (0) & d'autres couflins. L’Auteur ayant mis quel-
EL. ques-unes de ces coffes dans une armoire avant qu’elles fufTent tout-à-fait mû-
eilleurs # res, fut furpris de les voir s'ouvrir & jetter leur coton en deux ou trois jours.
pierre f Il en lia d'autres, affez fort pour les empêcher de s'ouvrir; mais les ayant un
dansia M peu defferrées quelques jours après, le coton fe fit un paffage pour en fortir
Cepen- 4 . par degrés, comme la poulpe fort d'une pomme qu'on fait rôtir. Dampier-
etit (d) ŒU- re trouva, dans la fuite, du coton de la même efpèce à Timor (p), aux In-
ais elle ME des Orientales, où le tems de fa maturité eft le mois de Novembre. 1 n’en
charger D n’a vû dans aucun autre lieu 4). |
faire de M Le même Auteur affüre qu'il y a plufieurs fortes de petits & de grands Oifeaux de di-
none : Oifeaux dans l'Ifle de May ; tels que des Pigcons, des T'ourterelles, des Mi- verfes efpèces.
Calrérer MT nivtes qui font de la groffeur du Corbeau & de couleur grife; [mais bons à piges, où
dé manger] des Crufias, autre forte d'oifeaux gris, de la groffeur du Corbeau, poules de Gui-
Si qui ne paroiflent que pendant la nuit; & qui fervent de reméde contre la Con- née.
La ) Jomption, mais qu'on ne mange que dans cette maladie ; des Rabekes, efpèce
ent gr Mn de Hérons gris, qui fontune bonne nourriture ; des Corlues ; des Poules de Gui-
pars B > née, que nous nommons Pintades, d’après les Portugais qui les ont nommées
qu # : © Galinhas Pintadas. Elles font de la même nature queles Perdrix , mais plus groffes
en Fe + que les Poules d'Angleterre, avec de longues jambes qui leur fervent à courir af-
ais TO | tez vite, & de courtes aîles qui ne leur permettent pas de voler bien loin.
es Sr D 7 Llles font fi fortes qu'un homme auroit peine à les tenir. Leur bec eft épais,
ufs, : g>mais tranchant ; [leurs jambes longues ; ] leur col long & mince, & leur té-
les au te fort petite pour la groffeur du corps. Le mâle a fur la tête une forte de
open petite crête, de la couleur d’une noix féche, & fort dure. Des deux côtés,
on
s d'eau;
b) Dampierre. Vol. III. pag. 17.
mys
(b 1 gne, avec de larges fouilles. C'ett peut-être la
(3) Ibid. pag. 16. Patate d'Efpagne.
(k) Roberts, pag. 422. (o) Dampierre en trouva de deux fortes au
(1). Voyez l'article précédent. pag. 157. Bréfil, Vol. IL. pag. 164.
(m) Dampierre, Vol, III. pag. 16. (bp) Voyez ci-deflus. ‘
(x) Sur les mêmes Côteaux il crott une (9) Dampierre, Vol, III. pag. 15.
plante qui ferpente fux la serre comme la vi-
III. Part.
n
divers tems,
Poiffons,
Pèche d'At-
kins,
Remarque
fur la ponte
des Tortues.
Chair &
162 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Rosenrs, On lui voit une ne d'oreille ou d'otiye rouge. Mais la Poule n'a aucun de
ces ornemens. lumage des Pintades eft tacheté fort réguliérement de
gris clair & foncé. Elles e nourriffent de vers, ou de Cigales, qui font en
abondance, dans l'Ifle de May. Leur chair eft douce, tendre & fort agréa.
ble. Les unés l'ont blanche; d'autres, noire; mais les deux efpèces font é.
galement bonnes, Les Habitans n'employent que des chiens [dont ils ont un
grand nombre] pour les prendre; & cette chaîfe eft d'autant plus aifée , qu'ou-
tre la pefanteur de leur vol , elles font ordinairement deux ou trois cens dans
une feule bande, Si on les prend jeunes, elles s'apprivoifent autanc que les
Poules (r).
Qu & de le Poiffon ne foit pas dans la même abondance à May qu'à
Bona-Vifta, le Dauphin, la Bonite, le Muller, le Snapper, le Poiflon d'ar.
ent, &c. ne manquent pas dans la Baye. L’Auteur obferve mêmé que la
Mer a peu de lieux plus favorables pour le Filet. D'un feul coup, il amena
un jour au rivage fix douzaines de grands Poiflons, la plûpart d'un pied &
demi ou deux pieds de longueur. Il s’y trouve auili des Tortues (5); &cha-
que jour on y voit (t) paroître quelques petites Baleincs.
ATkins raconte qu'étant dans l'Ifle de May, en 1721, il prit à la ligne , des
Brêmes, que les Portugais nomment Porgas, des Sauteurs, des Groupes , un
Roc-Fish, & plufieurs de ceux qu'on nomme Juifs. Le Roc-Fish eft épais,
court , d'un jaune foncé fous le ventre, aux otiyes & à la gueule. Le Juif a
la gueule double. Celle d'en haut ne lui fert pas pour avaller; mais elle ef
remplie de petits Canaux qui pompent l'air. Îl a les nageoires de la Morue,
& fa chair eft excellente (u), [auili-bien que celle des autres Lane
DamPriERRE remarque qu'aux mois de Mai, de Juin, de Juillet, &
d'Août, il vient fur les Côtes de l'Ifle de May une efpéce fingulière de pe-
tites Tortues de Mer pour y faire leurs œufs ; mais elles n'ont pas la chair
fi bonne que celle des Indes Occidentales. On doit obferver que dans les
latitudes du Nord comme dans celles du Sud, les ‘Tortues font leurs œufs
dans la faifon de lapluye (x), quoiqu'il femble que tombant avec tant d'im.
pétuofité & d'abondance elle ne dût être propre qu'à les corrompre. Maïs
quelque violente que foit la pluye, elle fe perd aufli-tôt dans le fable, for
au-deflous fans douté des œufs que les Tortues y enfeveliflent; où, fi elle
ne va point au-delà, le Soleil qui vient l’échauffer, ne la rend que plus pro-
pre (y) à les faire éclore (3).
L'inpico & l’ambre gris ne font pas inconnus dans l’Ifle de May, quoi:
f
peaux de Ché- que l’un & l’autre y foient rares. Barbot nous apprend que les Infulaires
vres,
falent la chair des Chèvres & la tranfportent dans des tonneaux. Ils pré.
parent les peaux avéc beaucoup de propreté [comme on fait. en ‘ur:
quie. ] Dapper affûre qu'ils en vendent tous les ans plus de cinq mille (4).
Mais
tr) Roberts, pag. 402. autres Amphibies qui font des œufs.
s) Angl. des Marfouins. R. d. E.: (y) Dampierre, Vol. IL pag. 19.
Ca) Dampierre, tbid. pag. 17. (z) Angl, la pluye s’imbibe aufli-tôt dans
(v) Atkins Voyage en Guinée. pag. 32. le fable, & ne pénétre, peut-être, pas jufques
(x) Dampierre , Vol. L pag. 75. atoüjours aux œufs, ne fervant ainfi qu’à concentrer
obicrvé la .même chofe, non-feulement pour la chaleur , dans le fable. R. d. E.
les Toitues, mais encore pour les Crocodi- (a) Roberts, pag. 402. :
Jes, les Alligators, les Guanos, & tous les
puis le
faifon
fuffifen
fe, che
rée d'u
l'afüra
Caufe,
CEu
le mett
nouvel]
congele
G(e) Ce
ci-deflous.
à fituée a
cun de
ent de
font en
agréa-
font é !
ont unxp À
squ'ou
ns dans
que les
lay qu'à
lon d'ar-
é que la
| amena
pied &
3 &cha-
ligne , des
jupes ,; UN
eft épais,
Le Juif à
s elle ef
1 Morue,
art.
Juillet, &
re de pe
is la chait
l
ay , quoi
Infulaires
Ils pré:
t.en lu
mille (a)
Mais
eufs.
p, 19:
Paudti-tôt dans
e, pas jufques
u'à concentrer
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar. VI. 163
Mais leur principale richeffe ef le Sel. L'Ile de May eft la plus célé-
bre de celles du Cap-Verd pour cette utile Marchandife, dont les Anglois
viennent charger’ annuellement plufieurs Vaifleaux (b). Le tems de leur
cargaifon eft ordinairement l'Eté. Dampierre dit que malgré la difficulté de
l'abordage, l'Ifle de May eft extrêmement fréquentée pour le Sel (c). En
1699, il ne lui fallut que fix jours pour en ramafler quatre-vingt tonneaux
(4) & dans le même tems, il vit arriver dans la Rade PE Bâtimens,
qui venoient faire la même cargaifon pour ‘lerre-neuve, où Bar
que les Anglois en font un grand commerce, Le même Auteur ajoûte que
l'Ifle de May pourroit en fournir tous les ans la cargaifon de mille Vaiffeaux.
Dampierre a décrit la manière de faire & de charger le Sel, avec un
détail plus éxaét qu'on ne le trouve dans aucun autre Voyageur. À l'Oueft,
c'eft-à-dire dans la partie de l'Ifle où la Rade ef fituée (e), la nature a for-
mé une grande Baye fabloneufe qui eft traverfée par un banc de fable, large
feulement d'environ quarante pas, mais long de deux ou trois milles. Entre
ce banc, & les Collines qui lui répondent fur la Côte, on voitune Saline, ou
un étang de Sel, d'environ deux milles de longueur, fur un demi-mille de lar-
geur. La moitié de cet efpace eft pure toljours à fec, mais la partie '
eft au Nord ne manque jamais d'eau. C'eft dans cette dernière partie que de-
puis le mois de Novembre jufqu'au mois de May, c'eft-à-dire dans toute la
faifon de la fécherefle, on trouve toûjours du Sel. L'eau dont il fe forme eft
amenée de la Mer, par de petits aqueducs pratiqués (f) dans le banc de fable.
Cette opération ne fe fait qu'aux marées vives, & remplit plus ou moins la
Saline, fuivant la hauteur de la marée. S'il s'y trouve déja du Sel lorfque l’eau
de la mer y cft introduite, il fe diffout aufli-tôt; mais deux ou trois jours
fuffifent pour renouveler la congellation ; & l'on recommence la même cho-
fe, chaque fois qu'on emporte le Sel & que l'étang fe vuide. On avoit la ma-
rée d’une Nouvelle-Lune lorfque l’Auteur fit fa cargaifon. ‘Tout le monde
l'affüra que c'étoit le tems le plus favorable; mais il ne put s'en imaginer la
caufe, (g). 4
AS viennent charger du Sel le prennent à mefüure qu'il fe forme, &
le mettent en tas dans quelque endroit fec avant qu’on introduife de l’eau
nouvelle. Il eft fort remarquable que dans «: étang, le Sel ne commence à fe
congeler (h ) que dans la faifon féche; à. ::: que dans les Salines des Indes
RÉ c’eft au tems des pluyes, pa. iculièrement (i}) dans l'Ifle de ia
ortuc.
Les Anglois font un frac conunetee de Sel dans l’Ifle de May ; & commu-
nément ils y ont un Vaifleau de guerre pour la garde des Vaifleaux œ@ , & des
Barques, quis’y rendent de toutes leurs Colonies. Le nombre de ces Bâtimens
monte
ee Atkins, Voyage en Guinée, pag. 32, ( f) 4: par un trou, comme celui d'une
€. .a kr,
c) Dampierre, Vol. I. pag. 75. & Vol. Eclu
HI, pag. 21. g) Dampierre Vol. L. pag. 12.
(d) Angl. en 1699, il s'arrêta fix jours à ) C'eft ce qu'affüre Barbot dans fa Def-
Mayo, où il prit fept ou huittonneaux deSel cription de la Guinée (pag. 538.) mais
pour fon Voyage. R. d, E. Roberts fit fa cargaifon à Bona-Vifta dans la
dF(e) Ce doit être la Rade Angloife décrite Saifon des pluyes.
ci-deflous. Celle dont il parle Vol. I. pag, 75 (5) Dampierre, Vol, I. pag. 56.
& fituée au Nord-Oueft doit-être Paa-Seco. Ck) Barbot dit la même chofe, ubi fup.
X 2
Ronerrs,
En
divers tems,
Richefles de
l'Ile de May
en Sc!,
bot affüre :
Meire
dant le Sel s'y
fait.
Commerce
d: Sel par les
Anglois.
164 VOYAGES DES ANGLOIS EN
.… monte quelquefois jufqu'à cent dans une année, fans autre dépenfe que celle
nd de faire r tee id Sel dans la Saline, & de le faire tranfporcer à bord. Il ne
diverstems. Jeurencoûte pas beaucoup, parce que les Anes étant fort communs dans l'Ifle,
ils en font quittes pour les louër des Négres, & que la pauvreté du Pays ne
leur fourniflanc autre (/) occupation, ils prennent la peine eux-mêmes
de conduire tes Fee. La Saliñe n'eft pas à plus d'un demi-mille de la Rade,
de forte que les mêmes Anes font plufieurs fois le voyage dans un jour, On
a réglé (m) le nombre de ces courfes & les Négres ne permettent pas qu'on
en fafle davantage. Il y a dans la Saline une forte de Ponton, que les Anglois
Précautions nomment Frape Boat, É L'on y met d'abord le Sel ; & il eft fait pour cet
ner ufage. Il y a un tillac, qui s'étend depuis la poupe jufques à un ciers de la lon.
+ gueur du Dâteau, ] au milieu duquel on a élevé des ais de féparation, pour
{n) arantir des vagues les Efquifs qui viennent y recevoir le Sel; car la
mer eît coûjours agitée [au rivage, quoiqu'elle foit fort tranquille dans lÿ
Baye. ] On a pourvû de même par des eltaccades & des cordages à tous les
inconvéniens qui pourroient interrompre le travail (0). Dampierre s'eft fort
étendu fur toutes ces précautions de l'art pour l'utilité des lieux où la Mer
eft violente, On y elt, dit-il, moins heureux qu'en Amérique, où le Sel
fe fait ordinairement en pleine Baye , fans (p) qu'il yaic jamais vû d’eftac.
cades (4)
(4) Fryer, dans fes Voyages (pag. 6.) dit
qu'on amene le Sel au rivage dans des brouct-
tes (m) Da par le vent.
m) Dampierre, Vol. IL, pag. 13.
n) Angl, bateau, Là s'éléve une efpèce
de tambour, non pas du fond de cale, mais
de l'extrémité du tillac à deux pieds de hau-
teur, ou environ, qui eft bien calfaté par-
tout, Cela fert à. R. d. E.
(o) Le Traduéteur a extrêmement abrégé tout
cet DENIES nous croyons devoir donner dans
toute fon étendue, & tel qu'il fe trouve dans
l'Original. Le voici. Pour tenir le bateau le
Cap contre terre & la pouffe à la Mer, ily a
deux d'poure plantées en dedans, l'une à la
tête & l'autre au milieu, vis-à-vis du Tam-
bour, mais qui. font d'un pied plus hautes que
cette féparation ; au fommet de chacune de
ces perches,. il y a une entaille affez grande
pe recevoir une petite corde, dont l’un des
uts eft attaché à un poteau fur le rivage, &
l'autre à un grapin, ou à une Ancre qui eft
affez loin dans la Mer; cette petite corde fert
à haler le bateau de part & d'autre; & les per-
ches le tiennent ferme, en forte qu'ilne fçau-
roit branler, fi la corde eft:bien tendue. Mais
pour l'affermir d'autant mieux, il y a des cor-
des, dont les unes. partagent la longueur du
bateau en trois parties, & en ferrent les cô-
tés contre les bancs des rameurs; & les autres
font placées de telle manière, qu'elles empé-
chent les côtes & les planches du bâteau de
s'écarter les unes des autres. Pour cet effct
il y a des trous à certaine diftance tout le long
de la quille au dedans du bateau par lefquels
Rosgrrts
on pale ces cordes qu'on ajufle le long des
côtes & qu'on y attache avec des Rabans,
De cette manière, quand même il y auroit dés
clous & des chevilles , qui viendroient à (au.
ter par le choc des vagues, les cordes pour.
roient toûjours retenir les membres du Batenr
unis enfemble, C'eft ainfi qu'on a foin de re:
forcer ces Bateaux, & c'eft à caufe de cen
qu'on les appelle Frape-boat, c'elt-à-dire Be
teau cordé, Dèux hommes füflifent pour «
baler d'un côté & d'autre, & pour y verfr!e
Sel qu'on y apporte du rivage dans des fac:
D'abord que ie Bateau ett aflez près de terre,
un de ces hommes, qui fe tient de bout pro
che du tambour , plie aufli-tôt la petite corde
autour de la perche qui eft-là, & arrête prr
ce moyen le bateau avant que la Mer pui:
le détourner. Lorfque ces deux hommes ont
reçu leur charge, ils halent en Mer, juiqu'à
ce qu'ils fuient fortis de la violence des hou:
les, & cenfuite ils déchargent leur Sel dansune
autre Barque, qui le tranfporte À.bord du N:-
vire. Sans le fecours d'un pareil Bateau, |!
n'eft pas trop für d'y aborder en quelque tes
que ce foit; car quoique la Mer foit d'ordi:
naire fort calme dans la Rade , néanmoins
elle bat avec violence contre le rivage; & il
feroit à-propos que tous les Navires qui vont:
là euffent un de ces Bateaux cordés, au qu'ils
en empruntaffent:un des autres Vaiffeaux qui
s'y trouvent, car les habitans n'en ont point.
bp) Dampierre Vol. IH. pag. 13. Fe
q) Angl. Pour l'utilité des lieux, où là
Mer eft violente; comme, par éxemple, €
divers
nomm
Elles
emplo
fans e
tirent
au Po
buftes
diverfes
cidentale
que celle
rd, Ilne
ans l'Ifle,
Pays ne
x-mêmes
la Rade,
ur, On
as qu'on
s Anglois
our cett
de la lon:
on, pour
el; car la
le dans laÿ
à tous les
e s'eft fort
où la Mer
où le Sel
à d'eftac
ROBERT:
o fe long des
des IRabans
il y auroit dés
droient à fau
cordes pour:
res du Patent
a foin de rer:
caufe de cel
ft-à-dire Je
ifent pour !
bur y verferie
Hans des fac:
brès de terre,
de bout pro:
h petite corde
artêce pi
la Mer pui
hommes on
Mer, juiqu'à
nce des hou:
r Sel dansune
bord du Na:
fl Bateau, |!
uelque teni
foie d'ordi:
I 3. +
lieux à où hs
mple, :
éxe B Lrertes
xp fort variables :
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Car, VI 165
Rowznars obferve _ l'Ile a deux Rades, " les bacon À ur
e reté; outre plufieurs Criques, qui ne reçoivent que des Barques ,
ph lg méritent pas d'être obfervées, La Rade du Nord fe nomme Pa-
feco où Paceco. On y peut mouiller fur fix, fepe ou huit braffes. Le
fond eft pierreux, mais fans être fort nuifible aux cables, excepté entre
les rochers de corail, qu'on peut éviter en amenant la pointe la plus O-
rientale de la Baye au Nord-Oueft ou au Nord-Oueft quart au Nord. Au
long de la Côte, jufqu'à la pointe de Tingdoft on trouve quantité de Rocs
& de Bafles, donc quelques-unes (r) s'étendent jufqu'à deux milles du
rivage.
C'& sr après la pointe de Yingdoft qu'eft fituée la Rade Angloife, où s'arrêtent
les Bâtimens (5) qui viennent charger du Sel. Le fond en eft généralement fort
mauvais, & parfemé de rocs vers la pointe Sud de la Baye. Celle du Nord
n'eft pas moins propre à couper les Cables, mais il n'y a pas tant de rocs
qui puiffent arrêter les ancres & caufer leur perte. On prétend que ce font
les Anglois mêmes qui ont rendu cette Baye 1i mauvaife, en y jettant leur
left. Le centre de la Baye eft beaucoup meilleur pour le fond, & n'a pas moins
de huit braffes jufqu'a douze. Mais le mouillage (+) n'y eft pas für à la
fin du mois de Juin & dans le cours de | , Où les vents deviennent
Alors il vaut mieux mouiller hors de la Rade à quinze ou
dix-huit braffes de profondeur ].
Dampierre dit que les Habitans vivent au milieu de l'Ile, affez près de
cette Baye, dans trois petites Villes, qui ont chacune leur Eglife & leur
Prêtre. Il ne compte + fix ou fept milles de leurs habitations jufqu'au ri-
vage. Pinofa, qui eft la principale, a deux Eglifes. Les deux autres fe
nomment Saint Jean & Lagoa. Rien n'eft fi miférable que leurs Maifons.
Elles font bâties de bois de figuier, qui eft le feul arbre qu'ils uiflent
employer; & couvertes (uv) d'unc forte de canne fauvage. Les Infülaires,
fans en excepter leurs Gouverneurs & leurs Prêtres, font des Négres , qui
tirent vrai-femblablement (+) leur origine d'Afrique; quoiqu'étant foûmis
au Portugal, ils en ayent la Religion & la Langue. Ils font bien-faits, ro-
buftes, gras & charnus. Cependant l'Ifle paroïît fi ftérile & fi pauvre aux
yeux d'un Etranger, qu'il a peine à comprendre d’où les Habitans peuvent
tirer leur embonpoint. A la vérité, Dampierre affüre après de juftes in-
formations, que leur nombre ne furpafle pas deux cens trente ( y)
RosEerTs obferve qu'ils différent peu de ceux de Bona-Vifta, mais qu'ils
X3* ont moins d'inclination pour les Anglois [ ils font habillés de même manière ;
mais
diverfes Rades des Indes Oricntales & Oc-
cidentales , où elles feroient fort utiles, quoi-
au 5 nJ ait jamais vü aucun de ces Bateaux.
. (,
(#) Roberts, pag. 401.
(Cu) Dampierre, Vol. III. pag. 17. [fe
toit des Maifons Efsagnoles de: la Jamaïque
elt bêti de même.]
(x) C'eit une vérité dont on ne peut dou-
4 PET ter, Voyez ci-deffus la Defcription générale,
cF(s) Ce doit être la Rade, dont Dampier- (y) Dampierre, Vol. Il, pag. 19. Dapper
re fait mention, fituée à la partie Occidenta- dit qu'en 1505, il y avoit deux cens vingt-
le de l’Îfle; tout comme celle qu'il dit. être cinq Habitans, & qu'en 1628, il n’y en avoit
au Nord-Ouclt doit être celle de Paceco, Voyez . plus que cent cinquante.
ci-devant,
X 3
c(r) Voyez les Voyages de Roberts paz.
o1.
RonrarTs,
En
divers tems,
Rades de l'fs-
le de May.
Pointe de
Yingdo!t,
Rade An-
gloife.
Ses qualités.
Habitations
& vie des In-
fulaires.
Leur nombre,
166
VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronnnrs, mais il n'y en a que peu’ qui ayent un habit complet pour les jours de Fé.
divers tems,
Relource
qu'ils ont pour
les alimens,
L'Ifle de May
cit expofée
aux Pyrates,
te, ] Pendant le féjour qu'il
beaucoup plus de deux cens
fic en 1722, il vérifia
Ï labitans, prefque tous
ue l'Ile n'avoit pas,
égres, ou du moins
avec beaucoup moins de Mulâtres & de Blancs que les autres Ifles (x),
Daurisnns prétend que les Infüulaires de May, quoique fort mal en
alimené, vivent mieux que ceux des autres Ifles, à l'exception feulementde
(a) S. Jago.
Ils tirent, dit-il, la plus grande partie de leurs vivres, des
nglois, qui leur donnent, pour récompenfe de leurs fervices
uvent retrancher de leurs provifions, avec quelque argent, &
tout ce qu'ils
de vieux ha:
its, Aufñli s'en trouve-t'il plufieurs qui font vêtus affez honnétement, quoi:
que la plûpart foienc prefque nuds.
our gagner quelque cho
Ils profitent de la faifon des Anglois
e, parce qu'ils n'ont aucun Bâtiment qui puife
eur fervir au commerce, & que les Vaifleaux Portugais ne venant point
dans leur Ifle, ils n’ont que les Anglois pour seource (b). [Ain c'eft4
à l'Intérée, qu'il faut rapporter l'eflime que Roberts leur attribue pour fa
Nation, ]
Dans la faifon des Tortues, ils veillent pendant la nuit fur le fable de
leurs Côtes, pour furprendre ces animaux.
tes huttes dans certains endroits, où ils font
peuvent dormir. ] C’eft encore un fecours qu'ils ont contre la faim; car il
vient un grand nombre de Tortues aux Ifles du Cap-Verd. Mais lorfque
cette faifon eft pañlée, il ne leur refte que la chaffe
& le foin de leurs petites Plantations.
S. Jago, il faut qu'ils obtiennent la permiflion du Gouverneur, &le pañlage
fur quelque Bord Anglois. Le Gouverneur de l'Ifle de May prend facommil:
fion du Gouverneur Portugais de S. Jago. Celui qui occupoit cet emploi,
en 1699, (c) étoit d'un excellent caraétère, & fort généreux dans fa pau
vreté, comme les Habitans font prefque tous.
tit préfent de tous les Commandans de Vaiffeaux qui viennent charger du
11 fe fait honneur d'être invité à bord; & cette faifon étant comme
celle de fa récolte, il ne (4 ) quitte pas un moment les Anglois,
ur Gouverneur, un Négre, nommé le
Sel.
Roberts trouva
Alva (e), mais
cent.
Les Pyrates, qui defcendent fouvent dans cette Ifle, en ont
0
Lemcoss plus connu des
Pour cet effec, ils ont de
couvert de la
I s'attend à recevoir unpe-
peti- b
où ils
luye &
es Poules de Guinée,
S'ils ont envie de paller dans l'Ifle de
En 1725,
apitaine Vincent
nglois fous le nom de Peter Vi
quelquefois
enlevé les Beftiaux & même les Habitans. En 1683, fepc ou huit jours à
vant l'arrivée de Dampierre , il y aborda un Vaiffeau Anglois, dont lEqui
page étant defcendu fous ombre d'amitié, fe faifit du Gouverneur & de quel:
ques autres Infüulaires.
Ils furent conduits à bord, d'où on les força d'en:
voyer chercher leurs meilleurs Beftiaux pour racheter leur liberté. (f) Mais
c'étoit un artifice, qui n’aboutît qu'à les enlever eux-mêmes avec ce qu'il
avoient dé plus précieux; & peut-être n'ont-ils jamais revû leur Ifle. Le
Capitaine Anglois qui commit cette indigne aétion, étoit de Briftol, & f:
B
©) Ibidem.
Roberts, pag. 402.
Dampierre, Vol. I.
Ibid. Vol. IL. pag. 20.
pag. 76.
d
€
f
Ibidem.
nommoit :
Roberts, pag. 402.
Les Habitans n'avoient pas voulu per:
mettre aux Matelots de débarquer.
lement de
rres, des
it ce qu'ils
vieux ha-
nt, quoi:
s Anglois
qui puife
ant point
Ain c'eftx
e pour fa
J og de
it de peti:
: & à ras
m; car il
is lorfque
> Guinée,
ns l'Ifle de
le pañlage
fa commif:
t emploi,
ans fa pau:
voir un pe
harger du
nt comme
En 1725,
ne Vincent
Peter Vin
quelquefois
it jours à:
ftol, & f:
nommoit !
pas voulu per’
uer.
]
PLAN ps 14 VILLE #7 ps FORTS px S' YAGO. D
nommi
Celle de 200 Toises. D mec
EE nn
Schaale va 200 Toiles, of 300 Roëden. | an
y” | F - Pyrate
"a ci L'I:
de la «
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fur cett
(g) 1
Ac
m'
Fête fc
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minute:
abordé.
S. J.
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te à la
ravages
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ble, &
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dère,
# ! F + tions (4
ER \VÉ es < Ros
GRONDTEKENING van de STAD en FORTEN van S' IAGO.
DIFFERENTES PARTIES De L'AFRIQUE, Liv. V. Car. VI. 167
nommoit Band. 11 avoit failli de brûler le Vaifféau de Dampierre dans la
Baye de Panama (g). Le même Voyageur, étant à May en 1699, fut té-
moin du retour d'un Gouverneur, qui avoit été pris de même (h) par les
Pyrates, & qui avoit paité un an ou deux dans leurs chaînes.
L'Isce de May, avec Tanger, & Bombay dans l'Inde, avoit fait partie
de la dot de Catherine d'Arragon, lorfqu'elle fut mariée en Angleterre, On
doit préfumer que les Anglois n'autoient point abandonné leurs prétentions
fur cette Ifle, s'ils avoient crû qu’elle méritât d'être confervée.
(g) Dampierre, Vol. I. pag. 75: (Ph) Ibid. Vol. LI, pag. 18, & fuiv.
G. IV.
Ile de S. Fago, de Santiago, ou de Saint Jacques.
A découverte de cette Ifle étant arrivée le premier jour de May, com-
L me celle de la précédente, elle reçut le nom de Saint Jacques, dont la
Fête fe célèbre le même jour. Suivant Roberts, elle eft fituéc à quinze de-
grés de latitude du Nord, &fix degrés cinq minutes de longitude (a) Oueft
du Cap-Verd. Le Capitaine Philips la place à quinze degrés (b) vingt-cinq
minutes de latitude, en prenant fa régle apparemment de Praya, où ilavoit
M abordé.
S. Jaco eft la plus grande de toutes les Ifles du Cap-Verd. Sa longueur,
} fuivant Beckman (c), eft d'environ quarante-cinq lieuës ; fa largeur de cix ;
& fon circuit de quatre-vingt-cinq (4). Fe ne lui donne qu'environ vingt
lieuës de longueur , du Sud-Éft au Nord-Oueit; & dix de largeur, Eft-Nord-
| Eft & Ouelt-Sud-Oueft (e). Elle eft.éloignée , fuivant Dampierre , de qua-
cre ou cinq lieuës de Mayo, à l'Oueft; & fur le même témoignage c'eft la
principale, la plus fertile & la mieux peuplée des Ifles du Cap-Verd (f),
quoiqu'elle foit montagneufe & qu'elle ait quantité de terres ftériles. Philips
dit qu'elle eft remplie de montagnes hautes & défertes (g ).
A l'égard de l'air, Roberts obferve que dans les faifons pluvieufes elle eft
plus mal-iaine & plus dangereufe pour les Etrangers que toutes les autres If-
les. Si l’on excepte Cachao, dit-il, la Guinée même n’a pas de lieu plus funef-
te à la fanté que S. Jago. Il compare cette Ifle aux Pays où la pelte fait fes
ravages (b).
SuivanT Beckmian (3), le terroir de S. Jago eft extrêmement agréa-
ble, & produit également ce qu’il y a de plus utile & de plus délicieux
pour la vie. Ovington juge néanmoins qu’elle n’eft pas fi agréable que Ma-
TD montagneufe ; d’où il conclut qu’elle eft plus propre aux Planta-
tions (4).
RoBErRTs obferve que toute la partie Sud-Eft de l’Ifle eft une terre pla-
te ;
(a) Roberts, pag. 403. Dampierre, Vol. I. pag. 76.
(») Voyage de Philips en Afrique & à la Philips, ubi fup.
Barbade, fait en 1693. pag. 183. Roberts, pag. 335.
(c) Voyage à Bornco, pag. 9. Ubi Jup. pag. 12. ,
(d) Angl. quatre vingt-quinze. R. d, E, Voyage à Surate, pag: 40.
Ce) Phüips, wbi Jup.
ROn=RTS,
En
divers tems.
Elle fit qu
tie de la dot
de Catherine
d'Arragon.
Origine du
nom,
Grandeur
de l'Ifle.
Qualités de
l'air & du ter-
roir.
168 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Rosenre te; & qu'à la réferve de Campo de Térrafal tout le refte s'élève en monta.
En
divers tems.
MontSaintAn. P'endroit pour une Ifle, jufqu'à ce qu'on foit affez proche pour appercevoir
tonio,
* Abondance
de a
&c
e bcftiaux,
Oilcaux de
diverfes cou-
leurs.
Propriété des
oifeaux de
Saint Jago.
Ce à
nes. La plus haute eft celle de Saint Antonio, qui eft vers le centre de l'if.
ke. Lorfqu'on voit la haute terre de T'errafal à l'Eft ou à l'Oueft, on la
a terre bafle, qu'on a nommée Campo, (1) & qui joint cette partie à toutle
refte. C'eft dans ce dernier lieu que les Portugais formérent leur premier
établiffement (m), parce qu'ils le trouvèrent, non-feulement le plus agréa.
ble, mais encore le plus fertile &: le mieux réglé pour les faifons ; fans comp.
ter qu'il eft arrofé par un grand nombre de ruiffeaux. ;
L'Isze de S. Jago ayant beaucoup ( n) d'eau fraîche ne Pr manquer
d'excellens (9) pâturages. Ses animaux les plus confidérables font les Bœuf
& les Vaches, qui font en grand nombre, fuivant Dampierre, quoiqu'ils fe
vendent jufqu’à vingt dollars. Les Chevaux , les Ancs, les Mulets, les Daims
les Chèvres & les Porcs n’y font pas en moindre abondance. On y trouvede;
Singes, qui ont le (p) vifage noir & la queuë fort longue. el
Sir Richard Hawkins dit qu'on y trouve des Civettes, & qu'il n'a (y)
vû nulle part des Singes d’une auffi belle proportion. Roberts affüre que de
toutes les Ifles du Cap-Verd celle de S. Jago eft la feule qui (r) produife des
Singes, & qu'elle en a dans toutes les parties. Philips les nomme Jackams.
pes. Il rend témoignage qu'ils multiplient dans les (5) montagnes, où à er
a vû un fort ns nombre. Beckman parle d’une abondance (+) extrême
de Bœufs, de Porcs, & de Chèvres. Mais, fuivant Cornwal, (v) les Chi.
vres y font fort maîgres. Philips affüre qu'il en a vû trois ou quatre troupeaux
decinq cens, qui s’avançoient fur la Côte vers (x) fon Vailfeau. [Il ajoûtet
que de Moutons n’y font pas exquis & que les Porcs n'y valent pas grand
Chofe.
oh les volatiles de S. Jago, Dampierre nomme les Parakifes, le;
y) Perroquets, les Pigeons, les Tourterelles, les Hérons, les Faucons,
l'Oifeau qui vit de Crabbes, les Galdens, qui font plus hope , Mais de la mé.
me efpèce, 1:s Corlues, &c; mais fur-tout des Cogs & des Poules, privés&
fauvages. Roberts dit qu'on y trouve des Oifeaux de toutes les efpèces, für.
tout des Poulets de Guinée ou des Pintades, des Paons; & des Poules domelti-
ques , qui vont le matin, en troupes, chercher leur nourriture dans les mon-
tagnes , d’où elles reviennent (z) le foir aux lieux habités, comme les Pi.
geons en Europe. Cornwall ajoûte (4) que S. Jago a des Poules d'Inde. Beck-
“man y joint des Oyes & des Canards, avec cette circonftance remarquable
(b), que la plûpart des Oifeaux de l’Ifle ont les os aufñfi noirs que le Jais,
à
(1) Roberts, pag. 409. (g) Voyage àta Mer du Sud, pag, 31.
(m) Ibid. pag. 403. (r) Page 411. <
(n) Dampierre dit que l’eau eft bonne àS. (s) Voyage en Afrique, &c. pag. 183
ago, mais “tticile à tranfporter, & que le Ce Voyage à Borneo. pag. 13. .
ois y cft rare & cher, pag. 3. Vol. IV. [Le v) Obfervations fur divers Voyages aut
Capitaine Cornwall remarque que l’Ifle eft a- Indes pag. 7. |
bondante enfources d’eau-fraîche , & qu’on en Cr) Voyage eu Afrique, &t. pag. 187.
peut auffi trouver en creufant des puits. Voyez (y) Dampierre, Vol. Ill. pag. 25. Hawkins
dit que ce font des Perroquets gris, pag. 31.
‘(3) Roberts, pag. 404. .
a) Obfervations &c. pag: 7.
(b) Voyages à Bornco, pag, 15.
les Obfervations fur divers Voyages aux Indes,
pag. 7.
(o) Roberts, pag. 404.
{p) Dampierre, Vol. IL. pag. 25.
& au-d
pitair
vifion
relèv.
tard a
peau.
nade :
que la
viron
che, |
Couft
pepin:
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III.
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ieft, on la
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es, privés&
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les domelti-
ans les mon-
me les Pi.
Inde. Beck:
remarquable
> le Je
a
a, pag. 3f
. pag. 183
3 ,
Voyages aux
. ag. 187.
ï : , Hawkins
s gris, page 31°
: 15.
DIFFERENTES PARTIES » L'AFRIQUE, Liv. V. Car. VI. 469
ja peau de la même couleur que celle des Négres, quoique la chair en foit
auffi blanche que celle des Oifeaux de l'Europe, & ne foit pas moins bon-
ne. Philips dit en général que la volaille de 5. Jago eft (c) d’une bonté mé-
iocre.
à: gTTe Îfle porte en abondance, du maïz, du bled de Guinée, des plan-
tains, des bananes & des courges (4), des oranges, des limons, des tama-
rins, des pommes de Pin, des melons d'eau. La noix de coco, la guave, &
la canne de füucre n’y croiflent pas moins abondamment. On fait peu de fucre
dans l'Ifle, & l'on s'y contente de la melaffe. La vigne n’y croît pas mal, &
l’Auteur eft perfuadé qu'avec un peu de culture on feroit de fort bon vin, fi
le Roi de Portugal ne s'y oppoñoit pur (e) des raifons d'Etat. Ovington dit
qu'il y a peu de vignes à S. Jago, ue le vin qu'on y boit vient (f) de
Madère. Dapper prétend qu'il vient de Lisbonne. Le même Auteur met le
cèdre entre les arbres de l'fle, & nous apprend que les herbes & toutes les
plantes de l'Europe y croiffent fort bien, mais qu'elles demandent d'être re-
nouvellées tous les ans.
Le coton y croïc auffi, & reçoit plus de cultureque dans les autres Ifles,
puifque Dampierre affüre que les Habitans en recueillent affez pour fe faire
des habits & pour en faire paîfer une grande (g) quantité au Bréfil. Le Ca-
pitaine Cornwall parle de l'abondance de (h) leur coton, & de leurs pro-
viñons; mais il ravalle beaucoup leur fucre. Entre leurs fruits, Dampierre
relève une forte de pomme que les Anglois ont (i) nommée Cowffarde (Cuf-
tard apple), de la groffeur d’une grenade & prefque.de la même couleur. Sa
peau tient le milieu, pour la fubftance & l’épaifleur, entre celle de Ja ge
nade & celle de l'orange de Séville; plus fouple que celle-ci, &'plus caffante
que la première. Ce qui la rend fort remarquable, c’eft qu’elle eft toute.en-
vironnée de petits nœuds comme d'autant de clous. La chair en eft blan-
che, tendre, douce & agréable, avec la couleur & le goût fi femblable à la
Couftarde Angloife, que c'eft ce qui lui en a fait donner le nom. A la place de
pepins, -elle a quelques petits noyaux ou de petites glandes. L'arbre qui la.porte
eft de la grandeur d’un Coignaflier, avec:des branches fort minces, mais lon-
gues & en grand nombre. Le fruit croît à l'extrémité, & pend par fon propre
poids au bout d’une queuë de neuf ou dix pouces de long. Le plus grand arbre
ne porte pas plus de vingt ou trente pommes (4). Dampierre a vû le même
fruit dans toutes les parties de l'Amérique, Ifles & Continent. Il né le repré-
fente pas moins commun aux Indes Orientales. On trouve aufñi dans toutes
ces Contrées, fuivant le même Auteur, le Papa, qui eftun fruit de la groffeur
du Melon mufcat, creux de même, avec autant de refflemblance, au-dedans
& au-dchors, pour la forme & la couleur. Seulement il porte au centre une
poignée
(ec) Voyag. en Afrique, pag. 187.
(d) Ovington dit que les Bananes de $. Ja-
go font meilleures que celles de Madère, pag.
40. Dampierre ajoûte des Dattes. Philips met
les Oranges au-deffus de celles du Portugal,
Elles s’y donnent prefque pour rien.
Çe) Roberts, pag. 404.
(f) Dampierte prétend qu’ils ont du vin de
leur cru, Fe qu'ils le négligent, parce qu'ils
art,
en reçoivent des Vaifleaux de l'Europe, &
que d’ailleurs ils en boivent fort peu. Vol.
LIL, pag. 23.
(g) Voyage à Surate, pag. 40.
(b) Obfervations fur divers Voyages, pag. 7.
(i) Dampierre, Vol. IL. pag. 24. À la Ja-
maïque on l'appelle Sweet Sops,
(CR) Ibid, Vol. LL. pag. 25.
Rongrrrs.
En
divers tems,
Vignes de
Saint- ago.
Coton.
Deux fruits ef-
timés ; laCouf-
tarde, forte
de pomme,
Le Papa,
ro VOYAGES DES ANGLOISEN
Rosents poignée de graine noirâtre, de la groffeur d’un grain de bled, d'un goût pref:
n qu’auffi chaud qu celui du poivre. Le fruit eft fort agréable dans fa maturité;
divers tems, mais il n'a pas la moindre faveur avant ce temps-là. On le fait cuire alors
avec la viande, comme les navets; & les Européens mêmes en mangent vo:
lontiers.
L'ARBRE qui porte le Papa a dix ou douze pieds de hauteur, fon tronc,
rès de la terre, n’a pas moins d’un pied & demi ou deux pieds de diamètre,
ais il s'élève en diminuant jufqu’au fommet. Il eft entièrement fans bran.
ches. Ses feuilles qui font fort grandes, fortent immmédiatement du tronc, au
bout d’une tige, qui nr en longueur à mefure que la feuille eft plus
éloignée de la cime de l'arbre. Leur forme eft ronde & dentelée. Elles com.
mencent à fortir fix ou fept pieds au-deflus de la terre, & elles deviennent
plus épaifles en montant vers le fommet, elles font très larges, & ferrées
contre letronc. Le fruit croît entr’elles, avec d'autant plus d'abondance qu'el.
les ont plus d’épaiffeur ; de forte qu’à la cime il eft'en fi gun nombre que
l'un tient à l’autre ; mais fa grofleur alors ne furpafle pas celle des Navets com.
muns. Ce qu'on a dit d’abord ne regarde que le fruit d’en-bas, qui croît en.
tre des (/) feuilles moins épaifles.
Poiffons de DAMPIERRE dit que le Poiffon eft le même à S. Jago qu'à May & dans
S. Jago. (m) les autres Ifles. Philips fe vante d’en avoir pris en grand nombre & d’ex-
cellent dans la Baye. Ses hameçons n'étoient pas oififs un moment; & lorfqu'il
eut employé le filet, fa pêche fe trouva fi abondante, que fes gens ne pour
vant la manger , en falèrent une grande partie.
Foffiles. DE tous les Voyageurs qui ont écrit fur les Ifles du Cap-Verd, Roberts cft
le feul qui ait parlé des produétions fouterraines de S. Jago. Il en remarque
Marcañte, deux principales. L'une quis”y trouve en abondanceeft cette efpéce de Mar:
:nommé Bewr. Caflite que les Portugais nomment Beurre d'or. Il eft généralement opaque,
re d'or. uoiqu’il s'en trouve d’un peu tranfparent. À l'ombre, fa couleur eft un bleu
oncé; mais au Soleil, il a la vraye couleur de l'or. L’Auteur apprit de quel.
ues perfonnes (n) intelligentes, qui avoient réfidé long-tems dans différens
‘antons du Bréfil & qui avoient été mêlées dans les entreprifes des Mines,
u’il y a une mine d'or où l’on trouve une grande quantité de ce Beurre-d'or.
‘es mêmes perfonnes aflurèrent Roberts que la peinture qu'on fait avec cette
Marcaffite eft aufi brillante que la véritable dorure. Le fecond Foflile eft une
Pierre rouge, ou une efpéce d'Ocre fort curieux , qui fe trouve fur une mon
Sorte d’ocre, tagne du côté du Nord. Elle eft de la nature de la craye d'Angleterre, mai
ep ns plus molle, & toûjours un peu plus pefante que fa poudre, qui a. l'odeur de
. a plus belle farine. Elle s’écend dans la terre par différentes veines, & quoi
qu'a la furface elle paroïffe femblable au roc ordinaire, elle change à mefure
qu’elle s'en éloigne, jufqu’à prendre entièrement la couleur du fouffre. La
couche qui fuccède eft d’un jaune clair; & celle qui fuit, eft couleur de chair.
Après celle-ci, on en trouve une où le rouge prévaut. Enfin la derniére ef,
rouge foncé, mais vif & brillant (0). |
RoBERTS
6 Ibidem. | (o) Il avoit pris des effais, [de lun & de
m) Voyage en Afrique & à la Barbade, l’autre de ces minéraux ] qu'il perdit à S. Ni:
pag.
g. 187. colas avec fa Barque, pag. 312,
(n) Angl. apprit d'une perfonne. R.d, E. re
soût pref-
maturité ;
ire alors
ngent vo
on tronc,
diamètre,
ans bran-
tronc, au
ce eft plus
Elles com.
leviennent
& ferrées
ance qu'el-
mbre que
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| croît en-
y & dans
re & d’ex-
& lorfqu'il |
ns ne pou
Roberts ef
| remarque
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nt opaque,
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rit de quel:
1s différens
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terre, mais
. l'odeur de
es, & quoi:
e à mefure
ouffre. La
eur de chair.
dernière elt ,
RoBERTS
[ de L'un & de
perdit à S. Ni:
neux, mêlé de paillettes brillantes, qui reluifoit au Solei
Ætous les Vaiffeaux
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuav. VI. 171
Roszrrs vit à Terrafalune pierre de roc (p) d'un | ons gris fort lumi-
comme le criftal. [Il
n'explique pas ici fes conjeétures. ]
L'Ise detS. Jago a le privilége d'être comme la Douäne Portugaife, pour
de cette Nation ] qui vont commercer au Nord de Srerra
Leona jufqu'en Guinée. Cet avantage, joint à la commodité de fa fituation
pour le commerce, y avoit conduit quantité de Marchands, qui faifoient fleu-
rir une Manufaéture de Barrafouls ; mais leur entreprife ayant décliné par
“les raifons ( {) qu'on a déja fait remarquer , [la plûpart ont pris le parti de
retourner à Lisbonne , ou de s'établir dans d’autres Colonies.] Cependant l'If-
le en a confervé plufeurs ,, & cette occafion lui a procuré un grand nombre
d’autres Habitans qui ont fort bien fervi à la peupler. La Cour de Portugal ,
pour les encourager par fes bienfaits, n’a pas fait difficulté de leur accorder la
propriété des terres à perpétuité, fans fe réferver (r) aucune rente ni la
moindre efpéce de taxe. L’Ifle de Saint Philippe cft la feule, qui jouiffe de
cette faveur avec S. Jago. Cependant une iftin@ion de cette nature n'a
oint été capable d'y attacher long-tems les Portugais. Quoique les terres
eur appartiennent, ils en laiffent l’ufage aux Négres, pour aller "g du
revenu dans leur Patrie. Il y avoit fi peu de Blancs à S. Jago lorfque Ro-
berts y pañfa (5), qu'il n'en compta pas plus de trois pour quarante Négres.
DAMPIERRE affre que les premiers Habitans de S. Jago furent des Por-
tugais bannis pour vol, pour meurtre, & pour d’autres crimes de la (#) mê-
me infamie. Le Capitaine Cornwall les traite (v) de Malfaiteurs tranfportés
(x) qui, s'étant mêlés avec la race de leurs Colonies de Guinée, n’ont confervé
u’une reffemblance imparfaite de figure & de langage avec les Portugais de
l'Europe, quoique leur ambition continuelle foit de n'en être pas diftingués.
Ils font devenus vrais Mulâtres, de haute taille, mais mal proportionnés;
fur-tout les femmes, qui ont les lèvres groffes, le nez plat, & les inclina-
tions aufi déréglées que leur vifage eft difforme. [Le Commerce qu’ils ont
avec leurs Efclaves qui font des Négrefles de Guinée, fait que ,] fi l’on ex-
cepte le Gouverneur , l'Evêque, quelques Gentilshommes, & les Religieux
(y), qui font envoyés de Lisbonne, tout le refte eft de la même couleur &
de la même difformité. Le Capitaine Beckman ajoûte à cette peinture, qu’ils
font pauvres, parefleux, portés au larcin, Catholiques de nom, mais la plû-
part d'une ignorance & d'une ftupidité qui leur fait ignorer jufqu'aux pre-
miers (2) principes de leur Religion. Cependant il faut obferver que Beck-
man n'ayant tiré ce portrait général des Habitans de l’Ifle, que d'après ceux
de Praya, on y doit mettre quelque exception, für-tout pour l'article du vol;
car Dampierre qui reconnoît ce vice dans les Habitans de Praya, rend un
meilleur témoignage à ceux de S. Jago. Ils ne font guères moins pires
. t- y
(v) Obfervations, &c. pag. 6.
(x) Angl. Cornwal dit qu'ils ne font pas
rates que des Malfaiteurs tranfportés.
c 1 Roberts, pag. 414.
. (9
rale. .
(r) Roberts, pag. 403.
s) Ibid. pag. 404. ‘
t) Dampierre, Vol, IV. pag. 4.
Voyez ci- deflus la Defcription géné-
.d. E. :
(y) Dampicrre, Vol. IL. pag. 23. & IV. pag. 4.
(3) Voyage à Lorneo, pag. 12.
Y 2
Ronvnrs.
En
divers tems.
Pierre lumi-
neue,
Priviléges de
S. Jago & de
fes Habitans.
Ils'y trouve
p:u de Blancs,
Leur origine.
Leurs quali-
tés,
RonenTs.
En
divers tems.
Eccléfiafti-
ques de S, Ja-
go.
172 VOYAGES DES ANGLOIS EN
dit-il, parce qu'ils ont peu de commerce; mais la préfence d'un Gouverneur
Portugais les contierit (a) dans l'ordre.
L'Évêque & les Chanoines doivent être Portugais de naiffänce ; mais pour
Je fervice des autres Ifles, & pour les fonétions fubalternes de celles meme de
S. Jago, on admet les Mulâtres & les Négres aux degrés eccléfiaftiques,
Ceux qui fe préfencent pour le Sacerdace reçoivent l'éducation qui convient
à cette dignité; & fi l'on ne parvient pas à les rendre fort fçavans, ons’effor.
ce du moins de leur infpirer du refpeét pour leur état & duzéle pour les fonc.
tions de leur Miniftère. Philips fait entendre (b) que les plus ignorans & les
plus déréglés ne font pas toûjours les Négres. Si les Sociétés eccléfiaftiques
du Portugal ont quelque Sujet fcandaleux dont elles veulent fe défaire , c'eft à
S. Jago qu'elles trouvent le moyen de l'envoyer ; & l'on fe figure aifément
que, dans un lieu où la difcipline eft moins févère qu’à Lisbonne, il n'arrive
guéres d'amandement pour les vices. Cependant il s’y trouve, fuivant le cé.
moignage de Roberts («), des Eccléfiaftiques vertueux, qui font honneur à
leur profefion (4).
(a) Dampierre, ubi fup.
Ç(b) Voyage de Philips en Guinée , pag. 188.
rs Roberts, pag. 405. & fuiv.
(d) [Tout ce Paragraphe n'eft qu'un Abré-
é très imparfait de ce que difent les Auteurs
Anglais: comme on peut s'en affürer par la
Fraduétion qu'on en va donner dans cette No-
te. Le Clergé de Portugal, dit l'Original, paf-
fe généralement pour le lé ignorant de toute
la Chrétienté, Il a la coûtume d'envoyer dans
les Colonies les plus mauvais de fes Membres,
ui, ayant eu lsbonheur d'échaper des mains
& l'inquifition, feroient peu d'honneur à leur
miniftère dans les endroits où ils font connus.
Ces Eccléfiaftiques mènent d'ordinaire une vie
fi relächée & fi fcandaleufe, qu'ils ne peuvent
u'être très délagréables à l'Evêque, homme
Pun caractère fort doux. Auffi leur préfère-t'il
les Négres, quoiqu’ils n'ayent d'autre éduca-
tion que celle qu’ils ont reçu à S. ago, par-
ce qu'ils font de mœurs plus réglées ; c'eft ce
qui fait que la plûpart des Prêtres de ces If-
les & de la Côte de Guinée font de cette cou.
leur. Cependant aucun d'eux n'eft jamais ad-
mis à la dignité d'Evêque, de Chanoine, ou de
Chapelain de l’'Evêque; ces poltes devant toù-
jours être remplis par des Blancs. Il et poffi-
” ble que, parmi ces mauvais Prêtres, il s’en
trouve quelques-fois d'un meilleur caractère.
Il arrive fouvent que le défaut d’Amis pour ob-
tenir un Bénéfice en Portugal, oblige un hon-
nête-homme à rechercher une Miffion hors du
Pays, qui lui donne de quoi vivre.
Cette préférence , que l'Evêque donnoit aux
Négres de bonnes mœurs furles Blancs qui me-
noient une vie déréglée, lui attira des cha-
grins de la part des Cordeliers de S, ago,
LE
quoiqu'il fut de leur Ordre. Ces bons Pères
s'avifoient de tourner en ridicule l'ignorance
des Prêtres Négres toutes les fois qu'ils en a-
voient l'occafion. Pour remédier aux inconvé-
niens qui en pouvoient naître, l'Evêque leur
fit défendre, fous peine d’être renfermés dans
leur Cloître, de fe mêler de rien de ce qui fe
pafloit hors de leur Couvent.
On amene à S, Fago un grand nombre de
jeuncs Négres pour en faire des Piêtres. Dès
qu'ils ont pris ce parti, on tâche, foit par
recommandations foit par préfens, de les met-
tre fous la protection de quelqu'un de ceux
qui poffédent les principales dignités de la Ca-
thédraie, Ceux-ci, fans fe donner beaucoup de
peine pour leur inftruétion, les préfentent en-
fuite à l'Evêque, qui, après un éxamen & un
difcours férieux fur la dignité, l'importance,
& les grandes difficultés des Fonétions Sacerdo-
tales, éxige d’eux qu'ils s'engagent folemnel-
lement à avoir une bonne conduite & leur don-
ne fa Bénédiction. Tout cela les met en droit
de porter l'habit d’Etudiant, qui confifte dans
une foutane & un manteau de bayette noire.
Achetant enfuite une Grammaire latine & quel-
ques Catéchifmes où font contenus les élé-
mens de leur Religion, ils travaillent à s'en
four.er dans la tête autant qu'ils en ont be-
foin pour difputer fur les quéftions qu’ils ren-
ferment; & c'eft pour ce genre d'éxercice qu'ils
s'affemblent le foir dans quelque rue où ils
peuvent être à l'ombre. Mais rarement leurs
Difputes grammaticales s'élevent-elles au def
fus de la déclinaifon des noms, n’ye en ayant
qu'un très petit nombre qui ayent poulfé leurs
Etudes jufques à pouvoir conjuguer un ver-
be dans tous fes modes & tous fes teims. à
- Quan
I
L:
Ports
J'autr
trouv
l'autr
xX#phie:
Navi
Canal
prit |
de M
fond «
Plata
ges, fa
marée:
La Ba
tite,
grand
vés au
Quan
l'Evêqu
l'ifuc d
lire que
vé, ls
comme
quoi ils
le Vicair
me-tems
titre de
fçait pe
Candida
pend be:
C'eit fur
ne d'abo
fant prêt
fur les:1
que fur
te. Ils
leur mét
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d'Evange
privilège
fier le 1
Lpitres €
Ce n'e
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être admi
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faire tout
imander ;
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uverneur
nais pour
meme de
iaftiques.
convient
n s'effor-
les fonc-
ins & les
fiaftiques
e,c'eftà
aifément
n'arrive
ant le té-
onneur à
LE
bons Pères
l'ignorance
qu'ils en a-
ux inconvé-
svêque leur
fermés dans
le ce qui fe
nombre de
êtres. Dès
» foit par
de les met-
in de ceux
tés de Ia Ca-
beaucoup de
éfentent en-
kamen & un
mportance,
s Sacerdo-
t folemnel-
& leur don-
et en droit
bnfifte dans
rette noire.
tine & quel-
us les élé-
ent à s'en
en ont be-
s qu'ils ren-
ercice qu'ils
rue où ils
ment leurs
les au def:
een ayant
poulffé leurs
er un vet-
teims.
Quand
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar, VI. 173
C ovageur ayant fait deux fois le tour de l'Ifle & vifitétous les
pére pop D Te me Relations; l'une dans le Journal de fon voyage,
l'autre dans fa Defcription particulière de toutes les Ifles. Elles doivent
trouver place ici fucceilivement , parce que l'une fert à jetter du jour fur
l'autre , & que les moindres différences font importantes pour la Géogra-
hie: [au refte le premier eft écrit dans le même ordre qu'il fit cette petite
t Ds Lono ou Fuerno, à l'Eft de Saint Philippe, Roberts traverfa le
Canal & fe rendit à Rivera das Bharkas, Baye de l'Ifle de S. Jago. Là, il
prit la réfolution de gaguer la pointe Nord de l'Ile, pour pafler dans l'Ifle
de May; & quoiqu'en apparence cette route fût la plus longue, il fçavoit au
fond qu'elle eft la plus courte. Il fit donc voile vers la riviére de Prata ou
Plata, & de-là à Ferrafal ; enfuite à Porto Faciendo, & à Porto Signore Geor-
ges, fans mettre ordinairement d'autre intervalle, dans fa courfe que celui des
marées. [C'eft l'unique moyen par lequel il fupplée à l'omiflion des diftances. ]
La Baye Porto Signore Gcorges, [qui eft ici la feule qu'il décrive ,] eftpe-
tite, & cachée par quantité de rocs de différentes grandeurs, dont le plus
rand néanmoins n'eft pas plus long que d’un jet de pierre, la plûpart éle-
a au-defjus de l'eau Ils Bento à la diftance d’une AA
Quand ils ont aflez feuilleté ces Livres,
l'Evêque leur fait fubir un fecond éxamen, à
l'ifue duquel il permet aux plus avancés de
ire quelques Ouvrages d'un genre plus rele-
vé, Ils s'éxercent quelque tems fur ceux-ci
comme ils ont fait fur les précédens ; après
quoi ils font éxaminés une troifième fois par
le Vicaire général de l'Evêque, qui eft en mê-
me-tems premier Juge de l'inquifition avec le
titre de Dr. en Théologie, Sçience dont il ne
feait peut-être rien, Cet Oflicier donne aux
Candidats un certificat, dont la tencur dé-
pend beaucoup du préfent, &c, qu’on lui fait.
Cet fur ce Certificat que l'Evêque leur don-
ne d'abord l'Ordre de fous-Diacre, en leur fai-
fant prêter ferment de garder le fec:et, tant
fur les: myftères dont on les a déjà inftruits,
que fur ceux qu'on leur révélcra dans la fui-
te. Ils reftent dans cette claffe jufqu'à ce que
leur mérite ou leur crédit les mette en état
de recevoir le fecond Ordre, qui eft celui
d'Evangélifte. Cette Dignité leur donne le
privilége de lire la Liturgie, & ils peuvent af-
fifter le Prêtre qui dit la mefle, en lifant les
Lpitres & les Evangiles.
Ce n’eft cependant pas affez, ils ambition-
nent tous l'Ordre de Prêtrife qui leur donne
droit de dire la Meffe; & pour l'obtenir, ils
mettent tout en ufage. Mais avant que d'y
être admis, on leur fait jurer, de la manière
la plus folemnelle, deperfévérer dans l’obéif-
fance au S.Siége, fe foûmettant à croire & à
faire tout ce qu'il jugera-à-propos de com-
mander; & de tenir fecrets tous les Myfères
de la Religion que l'Eglife trouve bon de ne
3
euë du ri-
vage,
pas révèler aux Laïques. C'eft-là tout ce que
quelques Prêtres Négres en ont dit à l'Auteur ;
ce qui fuppofe bien d'autres chofes dont ils
n'ont pas crû devoir l'inftruire. Quoiqu'ilen
foit, dès qu'ils ont reçu l'Ordre de Prêtrife,
ils travaillent à obcenir un Bénéiice, le plûtôt
qu'il leur eft poffible.
Le Capitaine Roberts fait enfuite remar-
quer la manière dont les Supérieurs profitent
de l'ignorance de ces pauvres-gens. Ils leur
font accroire que s’ils commettoient quelque
fante contre l’Inquifition ou l'Évêque, ils fe-
roient perdus fans reflource. Et pour les en
perfuader d'autant mieux, ils les affürent que
s'ils s’en alloient après la faute commife, ils
ne feroient reçus chez aucune Nation Chré-
tienne, & que s'ils fe retiroient parmi les Hé-
étiques , ils feraient éternellement damnés
dans l'autre vie, & fûrement Efclaves dans
celle-ci. Ce même principe les empêche d'é-"
couter rien qui foit contraire aux fentimens de
l'Eglife Romaine, hors de laquelle il n'y a
point de falut. Ils refufent même le nom de
Chrétiens à ceux qui n’en font pas membres;
& plufieurs de leurs Prêtres aufi-bien que la
plus grande partie du Peuple, croyent qu'ils .
ne font pas batifés. Sur quoi l'Auteur obfer-
ve que, non-feulement dans ces Pays, où l'igno-
rance eft fur le trône, mais encore en É/pa-
gne & en Portugal, il eit ordinaire, dans l’in-
certitude fi un homme eft Proteftant ou Ca-
tholique Romain, de lui demander, s’il eft
Chrétien, ]
(e) Voyag. de Roberts, pag, 306. & fuiv.
Ronenrs,
n
divers tems,
Ports de l'Il-
le de S. Jago.
ROnPRTS,
en
divers tems,
. Bighude,
Porto fine
Noue,
Porto For-
mofo.
PortoMadera,
Praya For-
mofa.
S, Domingo,
Porto Lobo,
S. Francifco.
Portate,
Kalyete
&. Muitin.
Defcriptions
particulières.
174 VOYAGES DES ANGLOIS EN
vage, & rendent l'accès de la Baye fort difficile : mais lorfqu'on y cft en.
tré, c'eft un lieu aufli für qu'agréable, où l'on eft à couvert de toutes for.
tes de vents, & fi bien enfermé qu'on n'appersoie pas même la Mer, Le
fond eft d'un fable limoneux depuis cinq jufqu'a trois bralTes,
D£z-LA, Roberts s'étant avancé dans la matinée jura Bighude, qui fait
Ja pointe Nord-Eft de S. Jago, quitta la Côte à midi avec un vent Nord.
Et, & découvrit, vers trois heures, le Mont Pinofe dans l'Ifle de May.
De Kalyete dans la même Ile, il revint à San Jago, où il tomba dans une
rande & belle Baye au Sud, à laquelle il donna le nom de Porto fine Nome.
ï y mouilla, dans la partie du Nord, fous la haute terre. Ayant enfüuite
fondé une petite Crique fabloncufe , il y trouva tant d’eau qu'il ne fentit le
fond que fort près du rivage; [ce qui devoit lui paroître d'autant moinsk
furprenant, ] qu'il n’avoit pour fonde qu'une pierre, au bout d’une ligne qui
Jui fervoit à la Pêche. Quoiqu'il eût trouvé [une grande pointe formée part
de petits cailloux] marques d'un excellent fond, la terre eft fi haute qu'ap.
préhendant d'être furpris + quelque vent de Mer qui lui eut fermé la for. £
tie de la Baye [ & qui, foufflant alors, alloit en augmentant à mefüure que let &
jour étoit fur fon déclin, ] il remit à la voile c ) pour fe rendre à Port
Formofo; & du même vent il gagna enfüite celle de S, Yago. De-là il f
rendit à Porto Madera. Mais ne trouvant pas d'Habitans dans cette Baye,
il continua de s'avancer vers Praya Formofa, où il toucha; de-là à Saint Dr.
mingo, & à Porto Lobo, d'où il alla par terre à (g) la Ville, qui en eft é:
loignée de vingt milles, du plus mauvais chemin du monde. [ Il y apprit dut
Seigneur Pedro Baldera Vefla, que Kalyetes pañloit pour le meilleur Port de Æ
S. ago , contre l'opinion de Roberts qui avoit donné la préférence à Porto
Lubo. ] De Porto Lobo, il fuivit la Côte, en pañfant à la vûe des Baycsde
San Francifeo & de Portate; & le jour lui manquant pour gagner Kalyete,
il mouilla jufqu’au lendemain à Villa Praya, d'où il fe rendit à (h) Kalyer.
Mais attendant bien-tôt un vent Sud, il réfolut de gagner la Côte Eft de
l'fle, parce que non-feulement la navigation eft plus aifée avec le vent de
Sud ou d'Oueit, mais que les Rades de cette Côte font beaucoup plus fûres;
çar de l’autre côté il n’y en a pas une où l'on puifle être en fûreté, à l'ex-
ception de Kalyete Saint Martin; mais avec ces vents on n’en fçauroit for:
tir, quoiqu’ils foient les feuls avec lefquels on puifle gagner le côté de l'E.
Roberts fe rendit donc de Kalyete à Porto Praya.
Dans fa Defcription générale des Ifles du Cap-Verd, il commence par
celle de Porto Praya, qui eft au Sud de l'Ifle de San Jago; & tournant
ar l'Oueft, il fait encore une fois le tour de l'Ile pour revenir au même
jeu.
Porto Praya eft fitué proprement à la pointe Sud-Oueft deS. Jago. C’eftle 1°.
Port de l’Ifle & le plus célébre. Il offre une perfpeétive charmante. La Ville
& le Fort fe préfentent au milieu de la Baye, fur une terre affez haute, mais
plate, avec une Vallée des deux côtés, où les Palmiers & les Cocotiers forment
encore une vûe fort agréable. Le meilleur ancrage eft au-delà de l'Ifle, Lu
4
CF) Angl. il fortit en ramant. R. d. E, beira Grande, au Sud-Oueft de l'Ifle.
CE) Roberts entend fans doute la Ville ca- (b) Il d a plufieurs Kalyctes dans les dif:
pitale de l'Ifle, qui s'appelle S. Jago, ou Ri- férentes Jfles. R, d, T,
y cft en.
utes for-
Mer. Le
e, qui fait
nt Nord.
de May.
dans une
fine Nome.
ant enfuite
e fentit le
tant moinsik
1e ligne qui
ormée park? |
aute qu'ap-
rmé la for.
fure que le?
dre à Port
De-lhilf !
ette Baye,
à Saint Dr.
i en eft €:
y apprit du
eur Port de
nce à Porto
es Baycsde
2r Kalyete,
b) Kalyete.
ôte Ef de
le vent de
) plus füres;
té, à l'ex-
çauroit for.
ôté de l'E.
mence par
S& tournant
r au même
. C'eftlei®.
te. La Ville
haute, mais
iers forment
l'Ifle, dans
la
le l'Ifle. ,
“ dans les dif
Re
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. VI. 175
la partie Nord-Oueft de la Baye; quoique dans la partie ouverte on puifle
mouiller auffi fur un fond de beau‘fable, depuis quinze jufqu'à cinq ou fix
brafles. L'eau fraîche ne manque pas fur la Côte (à).
A deux lieuës de Praya, Oueft-Nord-Oueft , on trouve Kalyete S. Mar.
tin, petite Crique, qui n'eft large que de la longueur d'un [ demi] cable, &
Le La laiffe durer feize ou dix-huit pieds Va, [ Vous pouvez y mouil-
ler fur une Ancre, & la poupe attachée à un Arbre qui eft au milieu de
la pointe de terre, laquelle cft toute remplie de petites pierres. ] On peut
emeurer fürement à l'ancre pendant toute la faifon des pluyes, & l'eau
Fratche n'y manque pas non plus. Mais quoique le lieu foit fans danger, on
ne le découvriroit pas aifément fi (4) l'on ne prenoit un Négre à Porto
Praya, pour s'y faire conduire, L’Auteur obferve feulement que malgré
tous les avantages de cette petite Baye, c'eft l'endroit de l'Ifle le plus per-
nicieux à la fanté pendant (/) les pluyes. De Kalyete à la Ville de Saint
Jago ou de Ribeyra grande, on ne sg ‘es que quatre milles par terre, d'un
chemin affez uni, mais fort pierreux. Par mer, cette Ville n'eft pas à plus
d'une lieuë du rivage, au Nord-Oueft de Kalyete. Sa Rade n'a rien d’extraor-
dinaire que la mauvaife qualité du fond, qui eft fi tranchant qu'on n’y demeu-
re pas long-tems fans perdre quelque ancre entre lesrocs, ou fans y avoir quel-
w cable endommagé. Cet accident a caufé la perte de plufieurs Vaiffeaux.
ufi n'y voit-on qu'un petit nombre de Portugais, qui n’y font pas même un
long féjour. Les Hollandois y relâchoient autrefois pour les rafraïîchiffemens ;
mais il ne touchent à préfent qu’à Porto Praya (m).
RivérA DE PLATA eft une fort longuc Baye , d’un fond très-net, depuis
douze & quatorze brafles jufqu'à trois. Elle eft plus commode que Porto
Praya, pour faire de l’eau, parce que le ruiffeau coule jufqu’au bord de la
x#Mer [dans lequel on peut jetter les tonneaux , qui s’y rempliffent d’eux-
mêmes par leur ouverture, fans qu'il foit néceffaire d'y employer des feaux.]
On y trouve d’ailleurs toutes fortes de rafraîchiffemens , tels que des Fruits,
des Racines, des Oifeaux, des Chèvres, & des Vaches, à meilleur prix qu'à
Porto Praya & qu’à la Ville (n).
TERRAFAL eft un Port eftimé, mais il ne fournit aucune provifions &
deg es y foit fort fûrement lorfqu’on y eft entré, l'accès en eft. fort dif-
cile.
ON trouve enfüuite la Baye de Porto Faciendo , qui: eft grande & nette.,
avec un bon fond, depuis dix jufqu'à quatre braffes. L'eau fraîche y eft en
abondance ; mais comme cette partie de l'Ile ne confifte qu’en pâtura-
ges, on ne peut s’y procurer d’autres provifions que des Vaches & des
Chèvres, qui y font à la vérité moins chères (0) que dans aucun autre
Canton de l'Ifle. L’Auteur y obtint un jeune Taureau, d'environ deux ans,
pour une vieille chemife qui n’auroit pas valu fix fols en Angleterre.
ENTRre cette Baye & Bighude, qui eft la pointe la plus feptentrionale de
S.
i) Roberts, pag. 409.
ce Ibid, pag. He ii
(1) «Ibid, pag. 340.
Cm) Ibid. pag. 410.
(n) Ibid. pag. 410, & fuiv. En 1593, lorf-
Villes. Voyage à la Mer du Sud, pag. 39.
que le Chevalier Flawkins étoit à S. Jago, il
y avoit dans l'Ifl:, une Cité, dit-il, & deux
(o) Angl, à la vérité à aufli bou marché,
K, d, E.
Ronnare,
n
divers tems,
Celle de Ka-
lyete S, Mur-
tin.
Celle de la
Baye des, Ja-
go.
Celle de Ri- .
vèra de Plata.
Terrafal.
Porto Facien-
do.
Ronenre,
En
divers tems,
Pointe de
Bighude,
Porto l'or:
molu,
Baye & Vil.
le de, J'go.
Porto Ma-
dera,
Porto Lobo.
176 VOYAGES DES ANGLOIS EN
S. Jago, on trouve plufieurs autres potes Rades, mais le Pays eft défert &
ftérile , la Côte dangereufe & parfeméé de rocs, dont quelques-uns fonc
cachés fous l'eau. Ceux qui fe font appercevoir ne fonc pas à plus d'un
mille du rivage . Quand on a doublé la pointe de Bighude, la Côte
tourne au Sud de 2, s, Nome, dont a déja id la Delériphion. La Baye
fuivante eft celle de Porto Formofo, à laquelle il ne manque rien pour la
beauté, fuivant l'origine de fon nom. Vers la pointe, un petit Bätimenc
ut étre à couvert de toutes fortes de vents. Mais, fans expliquer ce qui
ui manque , l'Auteur déclare qu'elle n'eft pas favorable au commerce,
La Baye de S. Jago eft aifément reconnue par l'Eglife de la Ville, dont
les murs font blancs, & le coît de tuiles fort rouges. La Ville eft fituée au
milieu de la Baye, far un terrain qui s'élève; avec deux Vallées, l'une au
Sud & l'autre au Nord, toutes deux fort bien plantées de Cocotiers & de
Palmiers. Le fond de la Baye eft d'un beuu fable, L'ancrage y eft für,
depuis dix brafles jufqu'à douze. Un peu au Nord de l'Eglife, la Mer cf
ordinairement fort agitée au long du rivage. C'eft d'ailleurs un des Cantons
de l'Ifle où coutes les commodités qu'elle produit fe trouvent avec plus d'a
bondance, -
Au Sud quart à l'Eft de cette Baye, on rencontre, à deux ou trois mil:
les, celle de Porto Madéra, dont l'entrée n'a pas plus d'un jet de pierre de
largeur , entre deux pointes de rocs fort efcarpées, où la profondeur de
l'eau eft depuis neuf jufqu'à fix brafles. Après avoir pañlé la pointe Nord,
on tombe fur quatre bralles & trois braffes & demie; mais on y eft à cou-
vert de tous les vents. On n'y conferve pas même la vûe de la Mer. Un
cable de trois pouces y tient ferme à l'ancre un Bâtiment de trois cens ton-
neaux. Le fond eft de fable mélé de craie; mais, plus haut , il eft de li-
mon fort doux. Enfin le Port eft excellent mg on y eftentré, & l'accés
n'en eft pas difficile: mais il n'eft pas aifé de l'appercevoir, parce qu'une
pointe cache tellement l'autre, qu'on ne découvre l'ouverture qu'après l'a
voir paflée. Elle n’a d'ailleurs rien de remarquable. Ainfi la feule reffour.
ce pour ne pas s’y tromper, c'eft de prendre (4) à S. Jago un Négre qui
puille fervir de Guide.
ON trouve, après Porto Madera, plufieurs petites Bayes jufqu'à Porn
Lobo ; mais il n’y en a point qui n'ayent a danger pour les Vaiffeaux,
parce que la Côte eft remplie de rocs à fleur d'eau, quoiqu'ils ne s'étendent
point à plus d’un mille du rivage.
PorTo Loso eft un Port des plus fûrs, quand on y eft entré. Il efti
l'abri de toutes fortes de vents. Mais l'entrée en eft fort étroite, & bor-
dée de part & d'autre par une chaîne de rocs abîmés, qui la rendent fort
dangereufe pour les Etrangers, s'ils ne font bien fûürs de leurs Pilotes. L'in-
térieur de cette Baye a l'apparence d’un Lac, [ par la tranquillité qui y régne
Pen A Son étendue de tous côtés eft d'environ trois-quarts de
mille; fa profondeur de douze ou quatorze pieds feulement, excepté vers la
ointe Nord, où l’on trouve dix-huit ou vingt pieds. Le fond eft limoneux
jufqu’à l'extrémité du Lac, oùle limon fe change en un fort beau fable. La
° partie
(p) Voyage de Roberts. pag. 411. (a) Roberts, pag. 311. 411. & fuiv.
défert &
-uns font
plus d'un
'. la Côte
La Baye
n pour la
timent
uer ce qui
erce,
ille, dont
fituée au
, l'une au
ers & de
y cft für,
1 Mer cf
es Cantons
c plus d'a
1 trois mil-
: pierre de
ondeur de
nte Nord,
eft à cour
Mer. Un
s cens ton-
il eft de li:
, & l'accès
rce qu'une
u'après l'a
ule refTour-
Négre qu
qu’à Ports
aifleaux,
s'étendent
é, Ileti
e, & bor-
endent fort
lotes. L'in-
is-quarts de
epté vers la
É limoneux
u fable. La
parue
& fuiv.
qui y régné
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Lav, V. Car, VI 177
artie montagneufe de l'Ifle de S. Jago fe cermine un peu au Nord de Porto
bo; & filon excepte quelques Collines, on ne trouve plusque des campa-
gnes plates on dr Porto Praya,
Enrre Porto Lobo & Praya, on rencontre la Rade de San-Francifco, di
eft une petite Baye fabloneufe, avec une Vallée plantée de Palmiers & de Co-
cotiers, Mais le fond en eft fort mauvais, & l'on n'y trouve pas d'eau fraîche.
Une lieuë au-delà de San-Francifco , on arrive à la petite Baye de Portate, C'eit
une ftation fort commode pour les petits Bâtimens & les Chaloupes; mais
inacceflible pour les grands Vaifleaux, à caufe d'un roc abîimé qui en faic
tout le danger. La Rade fuivante cft celle de Porto Praya, qu'on a déja dé-
crite.
On ne s'accorde pas bien fur la fituation & le nombre des Villes de S, Ja-
go. Hawkins (r) n'y comptoit qu'une Cité, & deux Villes en 1593. Dam-
ierre (s) ne parle que de deux grandes Villes ,& de quelques Villages forc
jen peuplés. Roberts compte quatre Villes, & les nomme, San Yago,
San Domingo, San Domingo Abacace, & Villa de Praya. Il y foie une Ci-
té, qu'il appelle Cidada de Rebeyra grande, en faifant entendre clairement que
c'eft la Capitale de l'Ifle, Cependant tous les autres Voyageurs donnent
indifféremment à la Capitale le nom de Ribeyra grande & de S. Jago; d'où
il faut conclure qu'elle n'a ces deux noms que pour la diftinguer p l'autre
$, ago , qui cft dans la partie Orientale de l'Ifle, & qui eft une des quatre
Villes de Roberts, avec un Port qu'il a décrit. On ne doit pas faire difii-
culté de s'en rapporter à lui, puifqu'ayant vû toutes ces Places, à la ré-
ferve de San Domingo, Ville intérieure, dit-il, à douze milles de la Ca-
pitale par les terres; il parle ici fur le témoignage de fes propres yeux. C'é-
toit à S. dre que le Gouverneur, l'Evêque, & les autres perfonnes de dif-
tinétion failoient leur demeure en 1585, lorfque l'Amiral (+) Drake atta-
ua l'Ifle. ‘Il marcha vers cette Ville à la tête de fix cens Hommes ; & les
Jabitans ayant pris la fuite, il la réduifit en cendres. Elle avoit déja été fac-
cagée en 1582 par Manuel Peradez (vw), Portugais, qui commandoit une
Flotte Françoife.
[La plûpart des Voyageurs ne font mention FE de S, Jago & de Porto
Praya, parce que c'eft les feuls Ports de cette Îfle fréquentés par les Euro-
péens. Mais ils compenfent cette négligence par le grand nombre de re-
marqués utiles, qu'ils nous fourniffent & fur le Pays en général & fur fes
Habitans. Nous en allons extraire ce qu'il y a de plus important.
LA Ville de S. Jago, ou de Ribeyra grande, eft fituée à trois lieuës de
Praya, vers l'Oueit. Dampierre la place dans la partie Sud-Oueft de l'Ifle,
à quinze (x) degrés de latitude du Nord; mais Cornwal prétend avoir obfer-
vé qu'elle eft à quinze degrés (y) cinq minutes. Cette Ville, fuivant le
ps de ces deux Voyageurs, eft appuyée contre deux montagnes, entre
fquelles on découvre une belle Vallée, ‘qui fe rétrécit beaucoup en s’éloi-
. gnant
ag. 76. ç
+) Voyez Ê Livre intitulé, le Héres An: s
glois, où Drake reffufcité, pag. 119.
art,
Dampierre, Vol, IL pag. 22.
Cornwall, wbi fup. pag. 6.
(r) Voyage à la Mer du Sud, pag. 29, ins, nr
) Vol, F er du Sud, pag. 29 (5) Hawkins, ubi fup. pag. 27.
Z
Ronenrs,
À |
divers tems,
Fin de la par:
tle monta-
neufe de
Ifle,
San Fran.
clito,
S. Jago brü..
lée par l'Aini-
ral Drake.
Saccagée par
une Flotte
Françoife,
Rontars,
En
divers tems,
Différentes
Pr feriptions
de cutte Ville,
178 VOYAGES DES ANGLOIS EN
gnant de la mer, (x) Le même Ecrivain donne le Plan de la Ville & de la
aye.
D'un autre côté, l'Auteur des Voyages de Drake (a) raconte qu'en 1545,
lorfque fon Héros prie certe Ville, elle écoit de forme triangulaire, & flruds
dans une Vallée fort étroite entre deux montagnes, l'une à l'EÉ, l'autre à
l'Ouelt, qui fembloient pancher fur elle, & fur lefquelles on avoit fai dif;
rentes forcifications pour la füreré de la Place, Ilajoûte qu'elle étoit environ.
née d'un mur, & baïgnée par la Mer, du côté du Sud, avec un Force fur le ri.
vage, Il y avoit cinquante piéces de canon dansla Ville & dans les Forts, La
Vallée étoit divifée par un petit ruiffeau d'eau douce, qui formoit affez prés
du rivage un étang, où les Vaifleaux pouvoient aifément faire leur provi-
fion, À l'extrémité de la Ville, du côté du Nord, lu Vallée s'ouvroit aff
pour former quantité de Vergers & de Jardins qui étoient remplis d'orangers,
de citroniers, de cannes de fucre & de diverfes fortes d'arbres & de fruits,
[On ne peut concilier ces deux Defcriptions, qu'en fuppofant que la Ville ax
changé de place & de forme en fe relevant de fes ns
Dans le Voyage du Chevalier Antoine Sherley à S. Jago & aux Indes
Occidentales, en 1569, on trouve la Deféription (b) fuivante, ,, S. Jago
eft fituée entre deux montagnes fort roides, & commandée par trois ex.
cellens l'orts. Le principal eft placé au fommet de la montagne qui eft à
l'E, & pend en quelque forte fur la Ville; de forte qu'elle n'a point une
rue où l'on puifle étre à couvert du moufquet, Les deux autres Forts font
fur le rivage: mais ils commandent tous trois & la Ville & la Rade, On
ne peut gagner le fonunet des deux montagnes que par un petit fentier , où
» il ne peut paller qu'un Homme à-la-fois, La Mer vient battre le front de
, Ja Ville,
A l'égard du ruiffeau, Dampierre obferve (c) qu'ily adans la Vallée, du
côté de la Mer, une rue au long de laquelle pañle un filet d'eau, qui va fe dé-
charger dans un bel étang, ou dans une petite Baye fabloncufe, ordinairement
fort tranquille; de forte que les Vaiffeaux peuvent s'en approcher fans péril
& faire aifément leur provifion 7 Cire 2 la Rade foit pleine de rocherst
& mauvaïife pour les Vaifleaux.] Le Capitaine Philips donne une autre (4)
defeription du mème ruifleau, Il pañle, dit-il, au travers de la Ville, un pe-
tic ruïfleau, large de douze ou quinze pieds, & d’un pied de profondeur , qui
en fort fous le pied du mur; & qui va fe rendre dans la Mer , aprés avoir ar.
rofé un beau Verger, planté de Cocotiers & d'Orangers (e).
Darren dit plus fimplement que la rivière de S, Jago prend fa fource à
deux milles de la Ville, & fe décharge dans la Mer par une embouchure, qui
peut avoir une portée d'arc de largeur. [ Durret l'appelle Ribeira Corea ; &ditif
que fes bords font couverts de Cèdres, de Cocotiers & d'autres arbres frui-
tiers (f).]
Dampierre donne à la Ville (g) deux ou trois cens maifons, toutes
| batics
d) Philips, ubi fup. pag. 187. d
e) Voyages de f'ryer, pag. 7.
f) Voyage de Durret à Lima, pag, 85:
g) Dampierre, Vol. IL pag. 22.
(3) Dampierre, ubi Jup. (
(a) Le Héros Anglois, pag. 128, |
(b) Colle&tion d'Hackluyt, Vol, HI, pag. è
<09: (
(ce) Dampierre, Vol, III. pag, 22.
un p
gne,
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Jupra.
Î)
vie, .
538.
(A)
(4)
(UD
& de ln
ent,
& Druide
l'autre à
fait diff.
environ:
'C fur le File
l'orts, La
ez près
ur provi-
rroit ar 4
orangers,
de fruits,
la Ville ax 1
à
aux Indes
1) S. Jago
trois ex:
qui eft à
| point une
l'orts font
Rade, On
entier , où
> front de
'allée, du
ui va fe dé
inairement
fans péril
de rochers?
autre (4)
e, un pe
bndeur , qui
és avoir af
à fource à :
chure, qui
orea ; &ditif"
rbres frui-
batics
h , pag, 85.
r, 22.
bâties de pierres brutes; avec un Coavent & une Eglife, Philips ne fait pas
monter le nombre des (#) Maifons au-delà de deux cens; mais il compte
deux Couvents, l'un d'hommes, & l'autre de filles, avec une grande (1)
Eglife près du Château. Cette Eglife elt a paremment la Cathédrale, que
Roberts nous repréfente comme un fort bel Editice, Ilnommeun Couvent de
Cordeliers, en faifant remarquer, qu'ils fonc prelque les feuls dans l'Ile qui
mangent du pain frais, parce qu'ils reçoivent tous les ans de Lisbonne une
provilion de farine, Ils ont un des plus beaux Jardins du monde & rempli
des meilleurs fruits, Un petit bras de la rivière, y me ont eu la permif:
fion de détourner , leur fournit continuellement de l'eau pour la fraîcheur
de leurs parterres & pour les commodités de leur Maifon, Après l'Eglife
Cathédrale, il n'y a pas d'Edifice dans la Ville & au-dehors, qui approche
t) de la beauté de leur Couvent, La Maifon du Gouverneur eft dans un
lieu élevé, d'où il a cellement la vûe de toutes les autres, que leur fom-
met eft de niveau avex les fondemens de la fienne (7), S'il faut juger de
tous ces Bätimens, par la defcriprion que le Doëéteur l'ryer nous fait de ceux
vie qu'il a vûs (fur le fommec de la montagne, ] ils n'ont qu'un étage;
ils font couverts de branches & de feuilles de Cocotiers; les fenetres fonc de
bois, & les murs de pierres, lides avec de la vafe, Leur grandeur , dit-il, n'eft
que d'environ quatre aunes , dont la moitié elt occupée par la porte. L'ameu-
blement répond à la grandeur & à la forme.
IL ne paroît pas que les Fortifications de la Ville ayent écé fort augmen-
tées, depuis le tems de l'Amiral Drake & du Chevalier Sherley, Dampierre
obferve que près du lieu où l'on débarque, on voit prefqu'au niveau de la Mer,
un petic Fort, où la garde fe fait foigneufement. Au fommet de la monta-
gne, il y a un autre Fort, qui doit être plus grand, fi l'on en juge par le mur
qu'on apperçoit de la Rade. Il n'eft pas fans artillerie ; mais l'Auieur ne pus
feavoir le nombre des piéces (n) ni de quel ufage peut écre cette l'ortereile,
Philips affûre qu'elle contient douze canons; qu'elle eft fituée à l'Eft de la
Ville, & qu'elle (0) fe préfente fort bien du côté de la Mer, Il eut le tems
d'obferver la garnifon. Cependant, fans nous apprendre fi elle étoit nombreu-
fe, il ne parle que de fept ou huit petites maifons, prêtes à tomber, & d'une
Eglife qui eft proche du Corps-de-garde, Sur le bord de Ja montagne , il re-
marqua un parapet, muni de fix petits canons de fer, en fi mauvais état ip}
Krqu'ils ne fe foûtenoient pas fur leurs aFuts. Prèsdu rivage [ & fur le panchant
‘un précipice,] on apperçoit fix autres petites piéces, qui font braquées
vers le Port, & qui faluèrent le Vaiffeau fur lequel le Docteur Fryer alloit
aux Indes Orientales. A peu de diftance de cette batterie, on voit un Corps-
de-garde qui fait face à la terre, & d'où l'on obferve les (q) Vaifleaux qui
XPs'approchent du Port. [ La promenade que ce Dr. fit depuis Îe rivage de la
Mer
(Dh) Voyag. en Afrique & aux Barbades, ubi (n) Dampierre , Vol, If, pag, 22, Ona
Jupra. déja vû que le Fort commande le Port & la:
D) Barbot donne cinq cens malions à la Ville,
Ville, «Voyez la Defcription de la Guinée,peg. e%Co) Vol. I pag. 76. Ailleurs il dit que le
538. | l'ort cominande la Rade,
(x) Robeits , uwbi fup. pag, 405. (p) Ibid, pag. 187.
(1$ Philips, pag. 187, (4) l'ryer, pag. 8.
Um) Frycr, pag. 8.
DIFFERENTES PARTIES oe L'APRIQUE, Liv. V. Car, VI. 199
Rounar:,
bn
divers terus
Fortilicat'ons
de la Ville,
to VOYAGES DES ANGLO!IS EN
Rosents Mer jufqu’au fommet de la Montagne répandra encore plus de jour fur cette
En . Defcription. Après être débarqué, il palla par le bois, d'où, fortant par une
divers tem Lorte pratiquée dans un mur fait de boue & de pierres &. élevé jufqu'à hau.
teur d'appui, il entra dans une cour au pied de la Montagne, où il trouva
une Compagnie de Milice levée pou y être en garnifon. Leurs. moufquets,
leurs piques & leurs drapeaux étoient appuyés contre le mur, qui n'auroit
as pû fupporter ce poids, fi lui-même n'avoit été foûtenu par que ar-
Lres Les Soldats qui s'y promenoient avoient la pique à la main & une lon.
gue épée liée fur le dos. Ils tirèrent le chapeau aux Anglois, leur faifant une
révérence jufqu'à terre. La Montagne eft fort efcarpée; & cependant, à la
grande furprife de l'Auteur, les Fe du Pays y grimpent montés fur des ânes
avec un finge en croupe, & pallent par des précipices où il ny a qu'eux &
des Chèvres qui puiffent aller. Ils trouvèrent un autre mur au fommet de la
Montagne, fur la porte duquel étoit peinte une Croix. Au.de-là & fur la
auche, ils virent un Bâtiment qui devoit être une prifon ouun Corps-de-gar-
e. À peu de dittance de-là & du même côté, il y avoit une rangée de Mai-
fons dont on'a déja parlé. Avançant toûjours, le chemin fe trouva meilleur
& tout uni ils apperçurent fur la droite une Croix.& un peu plus loin une
Chapelle, defférvie par un de leurs Pères Négres. Pas loin. de-là étoit le Corps-
de-garde, qui devoit fournir des fentinelles du côté de la Mer; les fix pe-
tits Canons & un autre Corps-de-garde dont on a déja parlé.]
LE même Auteur ajoûté qu'aux environs de la Ville, le Pays eft mon-
tagneux & rempli de rocs; mais que plus loin dans les terres il eft fort:
MATE Re bien arrofé, & fourni de toutes les commodités néceflaires à la DR peau
vie (r). PRE
1 ne fera point inutile de joindre à la Defcription de Roberts, les re. PS us
marques de ous autres Ecrivains fur la Baye ou le Port de S. Jago. ë pas p
Obfervations LE Doéteur Fryer dit que fa forme eft un demi-cercle d'environ quatre À LE
fur la Baye de milles d’étendue; que fa pointe la plus avancée (5) regarde le Sud-Oueñ, lèvres
S. Jago. : demi-Oueft; & l’autre, [ où il y a une entrée dans la Mer , ] l'Eft quartau Sudié melle
& Sud; que le fond eftcouvert de corail de toutes les efpéces; le rivage (t) un pa
fabloneux, [ & commode pour le débarquement.]-Le Capitaine Philips dit re ju!
que la Baye de S. Jago eft plus petite & plus expofée que celle de Praya,& | pend:
que (v) le fond eft pierreux &-fort mauvais: Dampierre déclare que.c'eft É vecd
Ja plus mauvaife Rade où il foit jamais entré. Il n’y a pas, dit-il, d'ancrage È combd
für, pour plus de trois Vaiffleaux à la fois ; encore doivent-i!s être fort prés penda
l'un de l’autre, [ La meilleure place eft celle qui eft près de terre, .où il faut à E
s’amarrer ; mais le Bâtiment doit être petit. Ceux qui dirent à l’Auteur que la toute
Baye étoit bonne, le trompèrent; & quand il y fut, il auroit été charmé d'en Xe pelle 4
être dehors.] Un Bâtiment Anglois, commandé par le Capitaine Barefoot, fuméc
qui vint y mouiller dans le même-tems, perdit bientôt deux de fes ancres; d’eau.
& l'Auteur même (x) en perdit une. L’Ifle de Fuego s’apperçoit claire
ment de la Brye de S. Jago, dont elle n’eft éloignée que de fept ou huit |
| lieuës : É )
(r) Ibid. pag. 7. &'füiv. (v) Voyage en Guinée, pag. 187. se à:
(5) Ibid. pag. 6 (x) Cela s'accorde avec la Defcription.de SE Srrême
(t) Il a donné un Plan de la Baye, & de Roberts, dont on a déja parlé, ” dire la r
la Côte à l’Oueft, |
fur cette
par uns
u'à hau.
1l trouva
ufquets ,
n'auroit
lques ar-
une lon:
ifant une
int, à la
: des ânes
qu'eux &
et de la
& fur la
s-de-gar-
: de Mai-
| meilleur
loin une
le Corps-
2s fix pe-
s eft mon-
l eft fort:
aires à la
s, les re
ago.
on quatre
ud-Oueft,
ivage (t)
Philips dit 4
Praya , &
que c'eft
d'ancrage
fort près
où il fauttf
eur que la
hrmé d'en
Barefoot,
s ancres ;
oit claire-
bt ou huit
lieuës :
0
187. .
efcription de
artau Sudj?
DIFFÉRENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar. VI, 181
lieuës. Pendant la nuit, on (y) voit des flammes qui s'élevent du fommet
de fa montagne, & de la fumée-pendant le jour (x).
Puizips remarque qu'on appréhende fi fort à $. Jago, qu'il ne s'é-
chape quelque Habitant fur les Vaifleaux Etrangers, qu'on ne fouffre au-
cune Barque dans l'Îfle. Il n'en vit pas une à S. Jago ni à Praya (s ). On
fait même la garde (2) dans cette vûe, tandis qu'il s'y trouve quelque Bà-
timent, L'Auteur raconte à cette occafion qu'un vieil Officier Flamand, qui
commandoit dans le Château, fouhaitoit beaucoup de partir avec lui; mais
qu'il n'eut pas la hardiefe de tenter cette entreprile.
Darrer appelle le Port de S. Jago. Porto Reibeira Corea, & le place au
Nord-Oueft de Cabo Tubarav. Ce Cap eft apparemment la pointe Eft' de la
Baye. Le Pilote Anglois dit que le Cap Tubarau eft au Sud-Oueft de Praya, &
le Port Reibeira à l'Oucft de cette pointe.
SurvanrT le Capitaine Philips, la plus grande partie des Habitans de la
Ville eft compofée de Portugais; mais dans le refte de l'Ifle , le (c) nom-
bre des Négres l'emporte de vingt pour un. Fryer dit que les Naturels du
Pays font d’un beau noir; qu'ils ont les cheveux. frifés ; qu'ils font de belle
taille; mais fi Voleurs & fi cffrontés qu'ils regardent un Etranger en face
tandis qu’ils coupent quelque morceau de fon habit ou qu'ils lui prennent fa
bourfe, Leur habillement , comme leur langage , eft une mauvaife imitation
des Portugais. [Il y en a peu affez bien vêtus pour avoir le corps entière-
rement couvert ; l'una les jambes, l’autre les épaules, un troifième le dos,
& quelques-uns tout le corps, nuds. ] Celui qui peut fe procurer un vieux cha-
peau garni d'un nœud de ruban, .un habit déchiré, une paire de manchettes
blanches, & des hautes-chauffes , avec une longue épée, quoique fans bas
& fans fouliers, marche d'un air fier, en fe contemplant, & ne fe donneroit
pas pour le premier Seigneur de Portugal (4).
Les femmes ne font pas fi bien faites que les hommes. Elles ont les
lèvres plus groffes,. le corps plus épais avec une taille plus courte, les ma-
melles pendantes, & les mains fort larges. Leur habillement confifte dans
un pagne, ou une piéce d’étoffe dont elles font enveloppées depuis la ceintu-
re jufqu'en bas. Le refte du corps eft nud, fans excepter les pieds. Ce-
pendant les plus diftinguées (e) portent des colliers & des bracelets, a-
vec de fauffes pierreries aux oreilles. Elles ont une forte de voile qui leur
tombe depuis la tête jufqu’aux genoux, avec un corfet & des manches
pendantes.
LE Doéteur Fryer ayant été invité par quelques Habitans, trouva, ‘pour
toute galanterie, du tabac à fumer. L’inftrument qui leur fert de pipe s’ap-
kg pelle Hubble buble Là caufe du bruit qu’il fait. ] C’eft un long rofeau, que la
fuméc rend fort.brun, & qui pañle au travers d’une coque de coco remplie
d'eau. Il s'applique contre une efpèce de fourneau où l’on allume du tabac
| : fans
(y) Dampicrre Vol. III. pag, 36. ajoûte qu'il en a vû à S. Nicolas. ]
(3) Voyag. de Fryer pag. 10. b) Philips ubifup. pag. 188.
Ca) Dampierre dit qu'ils font fi abfolument è j ; rue
fans Barques , qu'ils font obligés d'acheter
é7même leur Sel des Vaiffeaux étrangers. [Sans
dire la raffon pourquoi ils n'en n'ont point, il
c) Philips, #bid. pag. 187.
(d-) Fryer. pag. 9.
Ce) Frycr, ibid,
Z 3:
RonEnTs,
En
divers tems,
Contrainte
des Habitans
de l'Ifle.
Autre nom
de S. Jago.
Cap Tubarue.
Habits & ca-
raétère des
Habitans. :
Fête qu’ils
‘donnent aux
Etrangers.
KRournats,
En
divers teins,
Gouverne-
ment de l’Ifle.
182 VOYAGES DES ANGLOIS EN
fans le hacher ( f », & chacun fuce la fumée aufli long-tems qu'il y pren]
plaifir. Ce n'eft pas la bonne chère qu'il faut fe propofer chez les Habi.
tans de S. Jago, car ils ne boivent, que de l'eau, & leurs alimens font les
fruits de la terre (4). [Cette Ile a été pillée deux ou trois fois. Le 1614
de Novembre 1585, le Chevalier françois Drake , ayañt mouillé entre Ja
Ville & Pruya, débarqua au de-là de milie hommes fous les Ordres du Lieu.
tenant général Carlifle. S'avançant enfüuite du côté de la Place, ils defcendi.
rent dans l1 Vallée par la Colline qui ef à l'Orient; mais les habitans ayant
ris la fuite à l'approche des Anglois, ils plantèrent leurs Etandarts fur le
fort qui eft vers la Mer. Ils y reftèrent quinze jours , durant lefquels ils
amaflèrent des provifions, mais ils n'y firent aucun butin, après quoi ils y
mirent le feu, pour vanger la mort d'un Anglois que les habitans avoient
cruellement mallacré (h). |
Âu mois de Septembre de l'an 1696, le Chevalier Antoine Sherley alla de
Praya à S. Fago avec deux-cens quatre-vingt hommes. Quand ils en furent
affez près, ils ne trouvèrent d'autre chemin qu'un fentier fi étroit qu'il n'y
pouvoit paller qu'un homme de front. Les Anglois furent furpris de la for.
ce de la Place; & les Ennemis attendoient qu'ils fuflent defcendus dans la
Vallée, à une demi- portée de moufquet au de-là, dans la penfée qu'alors ils
feroient obligés de fe rendre. Le Général, s’apperçevant qu'il étoit coupé
dans fa retraite, prit le feul parti qui lui reftoit, fçavoir celui de defcendre
hardiment. 11 fut pourfuivi par l'Ennemi, qui, de côté & d'autre, l’accabloi.
de pierres: Mais ceux qui voulurent attaquer fon arrière-garde furent fi bien
reçus qu'ils n’oférent plus l'approcher. Il y avoit encore un demi-mille de-là
juiqu'à la Ville, où leurs Piquiers s'oppofèrent au pañlage des Anglois.
Les Portugais, ayant alors été renforcés jufqu'au nombre de trois mille, les
attaquèrent, en tuèrent plufieurs & les incommodèrent beaucoup depuis le
Fort le plus élevé. Ils étoient réduits à une grande extrémité, lorfque leurs
Vaifleaux parurent dans la Rade, où ils attirèrent le feu du Fort, & con:
tre lequel ils tirèrent toute la nuit tant de la Flotte que des Forts inféri-
eurs. Les Portugais, s’imaginant que le deffein des Anglois étoit de l’em-
porter d’Affaut, abandonnèrent la Ville pour aller le défendre; ce qui donna
moyen aux gens de Sherkey de fe retirer à leurs Vaifleaux, après avoir dé
Maîtres de la Ville deux jours & deux nuits (i).
BECKMAN, qui étoit dans cette Ifle en 1713,dit que les François l'a-
voient prife, peu d’années auparavant , avec quatre-vingt ou cent hom-
mes. Ils l’abandonnèrent bien-tôt après, emportant tout ce qu'ils pü-
rent (k). |
BarBoT remarque qu'ils prirent & pillèrent la Ville en 1712; ce qui,
autant qu'on peut le conjeéturer, eft la même chofe que ce que veut dire
Beckman (]/).] SE
À l'égard du Gouvernement, on a déja fait remarquer que l'Ifle de
. S. Jago
(Cf) Angl. la furface en eft preflée par un (i) Voyez la Collection. de Hackluyt pag.
fort vilain Godet, qu'il rempliflent de tabac 599. & fuiv.
fans le hacher, K. d. E. (k) Voyage à Bornes pag. 13.
(g) Ibid. pag. 8. (4) Defcription de Guinte pag. 538
(#) Voyez les Voyages de Drake pag. 129.
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cent hom-
qu'ils pü
2; ce qui,
veut dire
se l'Ifle de
S. Jago
Hackluÿt pas:
g. 538°
DIFTÉRENTES PARTIES pr L'ATRIQUE, Liv. V. Caar. VI. 183
S. Jago n'a jamais ceflé d'appartenir au Roi de Portugal. Le Gouverneur
qui commande au nom de ce Prince , étend fa Jurifdiétion non-feulement fur
toutes les Ifles du Cap-Verd, mais encore fur tous les Domaines du Portu-
gal dans la haute Guinée (m). | |
La Ville de S. Jago eft un Siége Epifcopal. L'Evêque, qui eft Suffra-
y# gant de Lisbonne (n), compte toutes les Iiles du Cap-Verd [ & toutes les Cô-
tes de Guinée ] dans fon Diocéfe. Il eft [ nommé par le Roi, & ] toûjours
envoyé du For Outre le Palais qu'il a dans la Ville, il jouit d'une fort
belle maifon de Campagne à trois ou quatre milles dans les terres, qui fe
nomme Zrinidade (0). HT à S. Jago où réfident le Gouverneur & l'Oÿ-
der, ou le Juge; & c'eft-là où eft l'Audience, ou les Cours de jus J
En 1689, le Gouvernement eccléliaftique & civil étoic entre les (p) mains
de l'Evêque. Mais en 1693, lorfque Philips pañloit à $, Jago, le Gouver-
neur étoit un Laïque, qui foûtenoit fa dignité avec affez d'éclat. Sa Maifon
étoit fpacicufe, accompagnée d’une belle cour, ornéc d'un balcon de fer,
d'où la vûe s'étendoit fur la Mer, Il offrit une colation à Philips. Elle
confiftoit dans une boëte de marmelade & du pain blanc, avec une bouteil-
le [à moitié pleine ] de vin de Madére [fi mauvais & fi chaud qu'il fuc fur
x le point de faire rendre au Capitaine tout ce qu'il avoit dans l'eftomac. ]
ii refufa d'aller à bord, parce qu'il étoit arrivé à quelques-uns de fes Prédé-
ceileurs d’être arrêtés par des Pyrates, qui leur avcient fait racheter leur li-
berté à grand prix, ou qui avoient éxigé d'eux des provifions. Sa naïiflan-
bé ce étoit diftinguée, & fes qualités naturelles. [& acquifes ] fort eftimables;
x$[ mais il étoit tout déguenillé, & portoit une longue perruque qui lui defcen-
doit jufques au milieu du corps, & à laqueile il ne reftoic pas la moindre
frifure (g3.] Beckman, qui étoit à S. Jago en 1713, trouva moins de
diiculté à perfuader au Gouverneur de ce tems-là de fe rendre fur fon Vaif-
æ feau, où il le traita fort bien [ & lui fit préfent de quelques fufils. ] Mais
il en fut mal récompenfé. Ayant accepté un diner au Château, le jour füi-
vant, il fe trouva fi malade en retournant à bord, lui & tous les Anglois qui
l'avoient accompagné, qu’il eut recours aux contre-poifons. Mais foit qu'il
fut déja trop tard, ou que la force du mal l'emportt fur les remèdes, trous
les convives eurent des vômiflemens terribles, avec des convulfons & des
Dis tranchées infuportables, [ Le Chirurgien, qui avoit été du repas, & qui ne
pôt vomir que le troifième jour, entla prodigieufement par tout le corps. ]
Îls commencèrent à fe rétablir le cinquiéme jour ; mais il y en eut deux qui
tombérent dans une langueur, dont ils ne furent délivrés que plufieurs mois
après, par la mort. Beckman partit défefpéré de n'avoir pû fe vanger d’une
fi noire perfidie (r). |
Quoique la Ville de S. Jago foit fort pauvre, & qu'elle n'ait prefque
le
“ (m) Dampierre, Vol. I. pag. 76. Ovington, pag. 41. du Voyage de Su-
y(n) Ibid. [ Vol. HI, pa * À Voyez auf A Ar HR
Barbot , Defcription de Guinée , pag. 538. (q) Philips ubi Jup. pag. 185.
Philips Voyag. en Guinée, pag. 187. & Haw- Cr) Beckman, dans le Voyage de Bornco,
kins Voyag. à la Mer du Sud, pag. 29.] pag. 14, & fuiv. À
Ço.) Roberts, pag, 404.
Ronrnars,
En
divers tems.
Mailan de
Gouverneur.
Plufieurs An-
glois empoi-
fonnés dans
une collation,
Commerce
aucun commerce , Dampierre obferve qu'outre les Vaifleaux étrangers que S-. Jago.
18 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronxaïrs Je hazard y amene, il y vient tous les ans un ou deux Bâtimens Portugais,
di o dans leur route pour le Bréfil. Ils y vendent quelques marchandifes de l'Eu-
s tems. ,: ,
rope, & fe chargent des étoffes de coton qu'ils trouvent dans l’Ifle. Les
Marchands de Lisbonne y envoyent chaque année un autre Vaiffeau, qui
prend le fucre , & qui (5) retourne direétement en Portugal avec cette car-
gaifon. Dampierre trouva dans le Port deux Bâtimens Portugais qui de-
voicnt faire voile au Bréfil, & une Pinque Angloife qui avoit acheté, dans
une autre Ifle, des Anes pour la Barbade (+).
Comment ON ne peut acheter la moindre provifion dans l'Ile de S. Jago fans une
les Provifions permiflion exprefle du Gouverneur; & le droit de vendre les Beftiaux ap-
s'y vendent. partient à luifeul. Dampierre étant venu de Praya pour fe procurer des
rafraîchiffemens, le Gouverneur fit publier le fujet de fon arrivée par un
Cricur public; après quoi il lui fut aifé de trouver du maïz & de la volail.
le, en échange pour Île Sel qu’il avoit apporté. Muis ce futdu Gouverneur
même qu'il acheta des Beftiaux, avec la néccffité (v ) de les payer argent
comptant. Philips fut traité de même, avec cette différence, qu'étant fans
argent, il ne put obtenir ni Veaux ni Bœufs, & qu'on lui fit beaucoup va-
loir la permiflion qu’il obtint de prendre quelques Chèvres & quelques Mou-
tons en échange pour du Sel. Mais, dés le lendemain de fon arrivée, il
vit le rivage couvert de Marchands, qui lui préfentèrent des Oranges, des
Limons, des Cocos (x), des Singes, &c. L'un tenoit une Chèvre entre les
jambes, l’autre un Porc lié au poignet, celui-ci un Singe fur fes genoux, un L
autre quelques Poules de Guinée entre fes bras; & les Matelots Anglois s'em- eu a
preffant de faire avec eux des échanges pour de vieilles chemifes, de pe. | d'un v
tites boëtes & d’autres meubles, car rien n’eft inutile à S. Jago, cette fcène EE Philip
formoit un fpeétacle fort amufant. [Le Capitaine Philips ayant demandé àt Æ Pi
7 maltra
meuro
Gouve
celui.
moig!
té de
habit:
qui n’
un des habitans, qui étoit venu lui offrir des provifions, de lui fournir quin-
ze Chèvres, dix Moutons, quatre Porcs, foixante Poules, cinq-cens Oran-
ges &: autant de Citrons, il trouva tout cela au bord de la Mer, &ill'ache.
ta à un prix fort raifonnable. Il en donna environ trois livres fterlings en Es Parade
monnoye d'Efpagne, qui efttout ce qu’il avoit pü ramaffer parmi l'équipage,
: & paya le refte en fufils, coraïl & toile-peinte (y). Pa
Ps Tous les Voyageurs conviennent que rien ne fe vend fi bien dans cette des Fe
vieux habits, 11€ que les vieux habits. Ovington dit que c'eft la marchandife (2) la plus Sr
courante, & celle dont la vanité des Habitans n’eft jamais raffafiée. Aux JB d 2.
vieux habits, Cornwal ajoûte les coûteaux & les cizeaux, qui rapporteni | Le ht.
plus de profit que (a) l'argent comptant. Beckman a vû les Habitans de fond de
S. Jago accourir au Port avec leur volaille & ce qu'ils ont de meilleur, df DS dre d
puter entr'eux la préférence pour un couteau de deux fols, & pleurer de d
chagrin en le voyant donner à celui dont (b) les Anglois agréoient la mar-
chandife ps He)
apporten
(s) Dampierre, Vol. III. pag. 23. nes de mauvais ruban pour un Singe. pour l'éc
(t) Ibid. pag. ar. (y) Philips Voyage en Guinée, pag. 187 À Etuis no
te Ibid, pag. 22. & fuiv. de l'huile
x) Le Doéteur Fryer obferve qu'en arri- (2) Ovington Voyage à Surate, pag. 41: È Es
vant à S. Jago il fut furpris de la quantité de (a) Obfervations fur divers Voyages, pa nufagures
Singes qu'il fe vit offrir. On ne lui deman- 6. & fuiv. de j we
Q
doit qu’un lambeau d'habit, ou quelques au- (b) Voyage à Bornco, pag. 13. pig. 27
[IL
rtugais,
de l'Eu-
e, Les
au, qui
ette car-
qui de-
é, dans
fans une
tiaux ap-
‘urer des
e par un
la volail-
uverneur
er argent
étant fans
coup Va-
ues Mou-
rrivée, il
nges, des
entre les
enoux , Un
glois s'em-
$, “de pe:
ette fcène
demandé à
urnir quin-
ens Oran-
&z il l'ache-
terlings en
"équipage;
dans cette
3) la plus
fiée. Aux
rapporteni
abitans de
billeur, dif-
leurer de
ent la mäat-
chandife
Dinge.
ce, page 187
te, pag #1:
oyages ; D&
13.
ps
:
k
y#chandife (c) (,
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. VI. 18$
il n'eft st ue R
Son débit à S. eft pas étonnant que le beurre & le fromage foient de
i
ifqu’ "Ovi À
Aire Cd ds À puifqu'au raport d'Ovington les habitans ne fçavent pas
ais peut-être n'en font-ils point pa ‘ils n’
pe nen k rce qu'ils n'o
ain pour manger avec ; au moins n'en avoient-ils point dons. 7 urefoi x
ils eo re pe un Es Marché d'Efclaves, qui étoient wanbortés
immédiatement de-là aux Indes Occidentales. Mai i
ge sce commerce a pris un
Praya, ou Playa, comme l'appelle Hawki
) ins, fignifie dans la lan -
tugaife, gi, ou rivage. Le même Auteur dit que la Ville de ce et
à Fr lieuës = S. Jago, vers l'Eft, au fond d'une (e) Baye qui fe nomme
" , ue, eckman place le Port de Praya à quinze degrés de latitude
de 4 , & vingt degrés trente minutes (f) de longitude , de Londres
ee pense quatorze degrés cinquante (g) minutes de latitude,
a ue ep Ernptqi à minutes de longitude Oueft de Londres.
eux calculs qui paroît le plus éxaét. Il i :
L . ll ne diffère
mn pour la longitude, que de cinquante-cinq minutes; au PA es
ui Le rois excéde de deux degrés dix minutes. Praya, fuivant leré-
moigrage . rerley (A), étoit une fort jolie Ville en 1596, avecun Fortmon
té de fix ou huit piéces d'artillerie. Mais ce n’eft à préfent qu’ ifc x
habitation. Que mibie
qui n’avoit que l'apparence d'une grange. Les maifons étoi
1 ; . s étolc es À -
coup de diftance, fans aucune forme de rues. On SN ds nl
d'un vieux Château , où il reftoit encore fept ou huit canons de fer fans aff ro
Philips raconte qu'en 1699, les Soldats du Château de Praya avoient l'air de
gens qui meurent de faim. L’Officier qui les commandoit [ne paroifloit gué-
res mieux nourri.] C’étoit un vieux (&) Flamand, qui devoit avoir été fort
> maltraité par la fortune , pour regarder ce polte comme une récompenfe. [ilde
meuroit dans une vieille Maifon & rendoit de grand
d < srefpe
Gouverneur, jeune-homme de vingt-ans, Die qu'il AE à
Parades, dont on a déja cité le nom, faccagea la Ville de Praya en 158 @
St ns is S.Jag0. Pa Drake (=) la brûla trois pe nr : Q
rit en 1596. ui ; :
ds Frngos te 59 e tomba enfuite, avec toute l’Ifle, au pouvoir
1R Jean Narborough, qui étoit à Porto Pra
à K a en i
n'eft ps de un Port, mais feulement he, fort Le ESse L sn af .
fond d vi 2 , avec des montagnes fort roides du côté de l'Eft. Il indie quan
SE . a Baye il y a une autre montagne, où le Château étoit fitué ; d'il Stoi :
u par quatre piéces de canon ; mais peu capable de rillnce, Au Foie
met
Ce) Angl. Beckman dit que les Habi
apportent au Port leur bétail & leur Volaille
peus FectAnger contre de vieux habits, des
étuis noirs, des chapeaux, des coutca
de l'huile, du beurre, du fromage, & "+ RE A re
né con ou ce ES ag FA < en ré en) De bis en Guinée, pag. 184
e ; : ù 5 € Le _(e
act RD. R. d. E, 7m) Voyage Re Drake ubi fup, pag. 130
(e) Voyage de Hawkins à la Mer du Sud D Me à |
oi u Sud, Co) Angl, en 1669, KR. d.E.
IIL Part. Aa
En 1713, Beckman y trouva pour Eglife un mauvais Bâtiment .
ROuFAaTS,
En
divers teinss
Situation de
la Ville de
Praya.
Ce qu'elle eft
aujourd'hui,
Porto Praya.:
186 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronenrs met de la même montagne, il y avoit un autre Fort muni de trois canons. Dans
En la partie Nord-Oueft de la Baye, le rivage eft de fable & de gravier, mais
diverstems. couvert d’un bois de Cocotiers qui rend la À su gr agréable, Une rivière
d'eau douce, qui fort de la Vallée, vient fe perdre dans la Mer au travers du
fable, Cette eau eft non-feulement en abondance, mais de fi bonne qualité
qu'elle fe conferve long-tems en Mer. Du côté de l'Oueft, & fort près du ri.
vage, la nature a placé une [fe couverte d'herbe, que Narborough fit couper
pour nourrir fes Beftiaux. La Rade n’eft pas une retraite fort fûre contre |:
la Bayede Violence; car un Pyrate, ou tout autre Vaiffeaude guerre, ; peut enlever les
Pruya, Beftiaux (p ) fans rien craindre des Forts; & la plus belle Flotte ne pourroit
pas s'y garantir de quelques Brûlots qui entreprendroient fa ruine, parce qu'il
fouffle tous les jours un vent de Mer, & que toute la Baye étant ouverte de
"Eft à l'Oueft-Sud-Oucit, elle a deux pointes, par (4) lefquelles on n'y peut
guères éviter la furprife.
Pnirips ayant fondé foigneufement Porto Praya, trouva par-tout un bon
fond de fable, depuis dix jufau'à fept braffes. 11 y jetta l'ancre entre le rivage
& la petite Ifle, avec le Fort & l'Eglife au Nord-Oueft quart-d’Oueft. Les vents
de commerce y foufllent entre Nord-Nord-Eft, & Eft-Nord-Eft. La nuit cf
calme, & les matinées font rafraïîchies (r ) par un petit vent de terre extrc.
Sa grandeur. mement doux. Barbot dit que la Rade eft affez grande pour contenir à l'ancre,
fur quatorze brales, une Flotte de cent Vaiffeaux (s ) derrière la petite Ifle.
oi Voyageurs, tels que Dampierre & Cornwall l’appellent par corrup.
Danger de
Corruption tion Baye de Prior Narborough lui donne le nom de Pryam, fi l'on n'aime JR
de fon nom, mieux rejetter cette faute fur l'Imprimeur. [ On confeilla au Capitaine Phi BR
lips , d'aller faire de l'eau dans une efpèce d’étang qu’il y a dans le Verger de
Cocotiers près de la Mer; mais n’y ayant point trouvé d’eau, il fut oblige
de remplir fes tonneaux à un puits, qui en eft éloigné de trois bons cables &
fitué au milieu de plufieurs quartiers de roc. On eit obligé d’en puifer l'eau
avec des baquets, ce qui la rend un peu trouble & fait qu'elle n'eft bonne que
pour cuire les alimens (t).] Dampierre relève beaucoup la bonté du Port.
Dans les tems de paix, dit-il, il eft rarement fans Vaifleaux. C'étoit autrefois
un ufage comme établi pour les Anglois, les l'rançois & les Hollandois, d'y
mouiller dans leurs Voyages aux Indes Orientales, aux Côtes de Guinée, oui
Surinam. Les Portugais y relâchoient même en allant au Bréfil. Mais peu de
Vaiffeaux y touchoient au retour (v).
Autre Baye BEcKkMAN nous apprend qu'un mille à l'Eft du Port, il y a une autre Baye
qui ue Sa fi femblable à celle-ci, que fans des inftruétions certaines, on peut s’y mépren-
SOUS dre. Il y fut trompé lui-même, quoique plufieurs de fes gens euffent déja vi
l'une & l’autre: [ elle n’eft pas fi bonne que la première. ] Dans l’une, on alle
de May ouverte à la pointe Eft de la Baye, au lieu que dans celle de Porto avert
Praya, on perd quelque-tems la vûe de cette fe, jufqu’à ce qu’on foit affeza h fr
vancé
attrib
(p) Angl. enlever les Bätimens. R. d.E. (s) Defcription de la Guinée par Bubot
(4) Voyage de Narborough au détroit de pag. 538.
Migellan, pag. 748. (t) Philips. ibid. pag. 183.
r) Philips, ubi fup. pag. 183. 11 a donné (+) Voyages de Dampierre, Vol. LE pt
un Plan de cette Baye. Cornwall en a donné 76. & Vol. LIL pag. 21,
un «ufli, mais moins bon.
ons. Dans
rier, mais
Jne rivière
travers du
ine qualité
près du ri-
fit couper
» contre la
enlever les
ne pourroit
, parce qu'il
ouverte de
on n'y peut
tout un bon
re le rivage
t. Les vents
La nuit ci
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ir à l'ancre,
à petite Jfle.
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Guinée, ou 1
Mais peu
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s'y mépren-
ffent déja vi
ne, on al
elle de Porto
in foit affez 4:
yancé
linée par Barbot
Lt, Vol. L pi
(&
j'+
*
#
Lis
vancé
Je de Fuego vi
ce que cette Baye, à
fes, & particuli
DIFFERENTES PARTIES 2e L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. VL 187
ur jetter l'ancre. Dans la première encore, on a le fommet de l'I1.
is-à-vis la pointe Oueft de la Baye. Il } a beaucoup d'apparen-
de Porto Praya, n'elt que Po
Roberts. Beckman, dans le féjour qu'il fit à Pr, prit une prodigieufe quan-
tité de Poiffons (x), tels que des Mulets, des
rement de celui qu'on a nommé /e Suldat , apparemment par-
rto Portate, dont parle
rêmes, de grandes Ecrevif-
ce que fa couleur eft d'un rouge de fang, avec des écailles de la grandeur d’un
écu, rangées comme celles de la carpe. Ils’en trouva qui pefoient jufqu'à qua-
- P q jufqu'à q
tre-vingt livres. La Baye, d’ailleurs, a d'autres Poiffons de toutes les efpèces.
Le commerce de Praya confifte dans les Beftiaux , la Volaille, & les Fruits,
que les Habitans apportent aux Vaifleaux, pour les échanger, comme à'S, Ja-
go, contre de vieux habits, & fur-tout contre du linge. En 1408,
oyage de Dampierre, ils avoient encore la liberté de vendre ainfi (
gare: ils ne les donnoient que pour de l'argent. Mais
c'elt-à-dire, en 1693 dans le Voyage
voit plus acheter leurs Beftiaux fans la permiflion de
gros Beftiaux ;
dix ans après,
Jago.
Les Habitans de Praya fe diftinguent par leur orgueil & leur parceffe, Ils
font fi parefleux,
réduire à recevoir
dans le
y ) leurs
e Philips, on ne pou-
Gouverneur (2) de S.
que malgré la fertilité de leur Canton, ils aiment mieux fe
eurs alimens & les autres néceflités de la vie comme du
hazard, que de tourner leur travail & leur induftrie à la culture de la terre.
A l'égard de l’orgueil, fi vous demandez au plus vil Habitant du Canton, qui
n'a pas fouvent de quel raffafer fa faim, qui il eft & comment il fe nom-
me? il vous répon
Portugais ;
de fimples foupçons. Le plus modefte (a) e
ra aufli-tôt qu'il et proche parent de quelque Seigneur
ue lui, ou fes Pères, ont été bannis pe une Sentence injufte, fur
fils d’un Capitaine ou d’un
Colonel. Cependant ces gens fi nobles n'ont pas honte de fe revêtir du vieil
habit d'un Etranger. C’eft un fpeétacle curieux de leur voir endoffer fièrement
les guenilles qu'ils viennent d'échanger pour leurs fruits & leur volaille, &
jufqu’à la camifole d’un fimple Matelot. Leurs femmes font extrémement li-
bertines (D). Il n’eft pas furprenant qu'avec tous ces vices, ils languiffent dans
la mifère. Leurs Officiers mêmes ne font pas plus à-couvert de la pauvreté.
Ovington rend témoignage qu'en 1689, ayant offert au Commandant deux
er, dans l’efpérance d’en obtenir
du pain frais, fon préfent fut reçu avec avidité; mais qu'il ne fe trouva pas
dans tout le Canton un morceau de pain à lui vendre où à lui donner, &que
les Habitans regardoient au contraire comme une précieufe faveur de recevoir
de lui quelques piéces de bifcuit. Mais tous les Voyageurs s'accordent à leur
attribuer un vice encore plus odieux , qui eft l'inclination au larcin. Dampierre
avertit ceux qui relâcheront dans leur Baye, d’être continuellement fur leurs
gardes, ou de s'attendre (c) à voir difparoître tout ce qu’ils ont autour d'eux.
Il obferve dans un autre endroit (4) qu'il n’a vû nulle part le vol fi com-
mun qu'a Praya. Ils prendrojent votre chapeau , dit-il, en plein-midi, à
fromages & quelques autres provifions de
(x
(y
(3
(a
)
j
)
)
Beckman, ubi Jup. pag. 12, !
Dampierre, Vol. I. pag. 76.
Phiips, #bi Jup. pag. 184.
Beckman, ubi Jup. pag. 13,
(
b) Ovington, «bi fup. pag. 4.
c) Dampierre, Vol. IL. pag. 23,
d) Dampierre, Vol. IV. pag. 3,
la
RonEnaTs
En
divers tom.
Poiffon nom
mé le Soldat,
Cominerce
de Pyaya,
Vices & mi-
fère des Habi-
tans,
Leur inclinas
tion & leur
habileté poug
le vol,
ROBERTS.
E
n
divers tems,
Friponnerie
plaifante,
Caufes de ce
penchant au .
Vol.
Origine du
nom.
! Situation,
188 VOYAGES DES ANGLOIS EN
la vûe d'une compagnie nombreufe; & la fuite les dérobe auffi-tôt à vos
urfüuites. Ovington dit que s'accordant enfemble pour voler (e) les E.
trangers , deux ou trois d'entr'eux s'efforcent de partager votre attention
ar Jeurs difcours, tandis qu'un autre vous arrache votre chapeau ou votre
Eée. S'ils trouvent quelqu'un feul dans le voifinage de la Ville, ils ne man-
quent pas de le dépouiller entièrement. Beckman remarque qu'ils n'ont pas
moins de légèreté dans les jambes que d'adreffe & de fubtilité dans les mains.
Ils dérobent tout ce qu'ils trouvent, en fe fiant à leur agilité pour s'écha-
er (f).
: 119 Zone pas plus d’honnêteté & de bonne-foi dans le commerce, Dam.
pierre déclare que fi les marchandifes d'un Etranger paflent dans leurs mains
avant qu'il ait regu la leur , il eft für de perdre ce qui eft forti desfiennes, À
que peut-il s’aflürer que ce qu’il a reçu d'eux ne lui fera point enlevé (£).
ckman parle d'une friponnerie qui leur eft (h) fort ordinaire dans la vente
de leurs Beftiaux. Ils les amenent par les cornes ou par les jambes, avec une
corde pourrie. Lorfqu'ils en ont reçu le prix, fuivant les conventions, &
qu'ils les ont délivrés, ils fe retirent à quelque diftance, où ils font enfemble
un bruit terrible, par leurs cris & leurs fiflemens. Les Beftiaux, one la vûe
d’un vifage blanc, dit l’Auteur, n’a déja que trop effrayés, s'épouvantent
encore plus & fe donnent tant de mouvemens qu'ils rompent leur corde. A-
lors ils ne manquent pas de prendre la fuite vers les montagnes, d'où ils font
venus.
Dampierre s'imagine que les Habitans de Praya ont reçu l'inclination au
Vol, de leurs Ancêtres, qui étoient des Criminels tranfportés (i), & qu'elle
eft paflée chez eux commeen nature. On peut auffi préfumer que la corruption
de leurs mœurs vient de leur commerce avec les Pyrates, qui fréquentent
beaucoup ce Port (k).
(9) Ovington, Voyage à Surate, pag. 41. b) Deckman, ubi fur:
f) Beckiman, Voyage à Bornco, pag. 14. i) Dampierre, ubi fup.
(g) Dampierre, ubi . 6 Beckman, uwbi fup. pag. 11,
{. V.
Tflé de S. Philippe ou de Fuego.
CRE Iflé ayant été découverte par les Portugais
May, quieftla Fête de Saint Jacques & de Saint ppe, a reçu le
nom d’un de ces deux Saints, comme S. Jago a pris le nom de l'autre, &
Mayo celui du mois, pour avoir été découverte le même jour. Cependant
o à nomme plus ordinairement l’Ifle de Fuego ou de Fen, à.caufe de for
olcan.
SA pointe Nord-Eft eft à feize lieuës dé la pointe de Terrafal dans l'Ifle
de S. Jago. On la place à quinze degrés vingt minutes de latitude du Nord,
& fix degrés Rene minutes de longitude, Oueft du Cap-Verd (4).
RoserTs obferve que l'Ifle de Fuego& celle de Saint Jean étant fort pe-
le premier jour dé
Phil
tites >;
(a) Voyages de Roberts, pag. 415%
Lt à vos
| les E-
ttention
u votre
ne man-
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s'écha-
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du Nord,
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cendres,
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LULLLEEMLEEETEEELEEEE TEEN ENEEEEEEEETENTEETETYENEEEEEEE EN ERTENEEETEUTE
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Voya
Se eneeue IN sr 4
Ty. SéAley. dire.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. V. Cuar, VI 189
tites, & peu fréquentées par les Anglois, les plans qu'ils en ont publiés font Ronenrs,
fort imparfaits. Leurs defcriptions ne le font pas moins, Elles repréfentent les a L,
Côtes de ces deux Ifles comme fort dangereufes, l'Ifle de Fuego en partieu. "7 "0m
lier comme déferte, & les Rades comme très-mauvaifes (b); autantd'erreurs Erreurs d'un
que Roberts a reconnues par expérience, rand nombre
La terre de l'Ifle de Fuego eft la plus haute de toutes les Ifles du Cap- ‘ Voyageun.
Verd, ou plûcôe n'eft qu'une montagne continuée depuis le rivage jufqu'au
centre de l'Ifle, qui en eft le fommet. De la Mer, on n'y découvre pas la
moindre Vallée, Les ouvertures ne paroiffent au plus que des ravines, for-
mées par l'eau qui découle dans le tems de pluye. Cependant lorfqu'on eft à
terre, ces ravines font de profondes Vallées, & leurs bords de trés-hautes
montagnes (c). Ainfi l'on ne peut juftifier ceux qui s'étant contentés d'en ju-
ger par les apparences, ont prétendu que l'Ifle entière eft une feule mon-
tagne, Froger (d') dit que ce n'eft qu'un Volcan; Dampierre, que c’eft une
grande montagne (e) affez haute,
Enrrs plufeurs monts, qui font en effet dans cette Ifle, le plus haut eft Montagnes
le Pic. Il contient le Volcan. Mais il n'eft guéres fupérieur (9) une autre “°F
montagne, qui s'étend du Sud-Eft au Nord-Oueft:, & qui fait les limites de la
Jurifdiétion du Capitaine Montainbu.
Le Pic ou le Volcan, qui fait donner à l'fle le nom de Fuego, cit fitué Pereriptlon
aucentre. On peut dire qu'il eft au fecond étage des nues , parce que l'Ifle a Fr.
des montagnes inférieures, dont la cime s'y cache fouvent & comme la fien-
ne. Le Volcan brûle fans celle, & jette des flammes qui fe font apper-
cevoir de fort loin pendant la nuit. Froger dit qu'il a vû la flamme dans les té-
nébres, & (i) la fumée pendant le jour. C'eft un fpeétacle horrible, fuivant
Beckman, que les flammes qui s’élevent pendant la nuit, dans des tourbil-
lons de fumée. Il continua, dit-il, de les voir enfuite pendant le jour, quoi-
qu'il en fût encore à plus de foixante milles (4). |
RonerTs, qui avoit pañlé quelque tems dans l'Ifle, raconte qu'il fort lerribles ef
du Volcan des rocs d'une grofleur incroyable, & qu'ils s'élancent à une hau- L.
teur qui ne l’eft pas moins. Le bruit qu’ils font dans leur chûte, en roulant &
fe brifant fur le penchant de la montagne , peut s'entendre aifément de huit ou
neuf lieuës, comme il l'a vérifié par fa propre expérience. Ille compare à
celui du canon, ou plûtôt, dit-il, à celui du tonnerre, Ila vû fouvent rouler
des pierres enflamées; & les Habitans l'ont affûüré qu'on voyoit quelquefois
couler du fommet de la montagne des ruifleaux de fouffre, comme des tor-
rens d'eau, & qu'ils en pouvoient ramafler une grande quantité. Ils lui en
donnèrent plufieurs morceaux , qu’il trouva femblables au foufre commun,
mais d'une couleur plus vive, & qui jettoit plus d'éclat lorfqu’il étoit enfla-
mé. Il ajoûte que le Volcan jette aufli quelquefois une fi étrange quantité de
cendres, que non-feulement elles couvrent tous les lieux voifins, mais qu’elles
étoufFent toûjours quelques Chèvres (7), Cette circonftance eft confirmée
par
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Ovington, pag. 42.
Dampierre, Vol. I. pag. 77.
Froger , bi Jupe pag: 57:
k) Beckman, Voyage à Bornco, pag, 10,
l) Voyez Roberts, pag. 417.
b) Ibid, pag. 131.
ei Ibid, Le nn è
d) Froger, Voyage de la Mer du Sud, fait i
en 169$. pag. 57.
(4) Dampierre, Vol, I. pag. 77.
(f) Voyages de Robeits, pag. 418,
Aa 3
Ronnars,
En
Aivers trms,
Orlgine da
Volcan,
Fable des 1n-
fulaires,
Produétionsde
l'Ifle deluego,
VOYAGES DES ANGLOISEN
190
d'autres témoignages. L'Auteur du Vo d'Antoine Sherley à S, Jago
aux Ifles Orientales, affüre ( m ) qu'en paffant la nuit près de l'ine de jee Por
go, il tomba tant de cendre fur le Vaiffeau, que chacun pouvoit écrire fon ves
nom avec le doigt fur toutes les parties du Tillac. Ovington obferve qu'il fort Porc
du même lieu tant de pierres de ponce , qu'on les voit nager fur la füurface tagn
de la Mer, & portées bien loin par les ans. Îlen a vû jufqu'à S, Ja. re
n). de |
ee ne faut pas oublier qu'au tems de la première décnuverte, l'Ifle de Fue. ne (
fo n'avoit pas de Pic ni de Volcan, Le Pic s'eft formé par degrés, depuis r
éruption des flammes ; & fi l'on en croit divers récits, il ne fait qu'augmen. de-là
ter tous les jours (0). à ce!
Les Infulaires de Fuego ont une tradition fort fingulière fur l'origine de plufi
ce monftrueux Phénomene, Ils racontent que les premiers Habitans de l'Ile cend
furent deux Prêtres (p), qui s'y étoient retirés pour pañler le refte de leur eg
vie dans la folitude, On ignore s'ils étoienc Minéralifles, Métalliftes, Alchi. Habit
miftes, [mais on dit qu'ils étoient] Sorciers. Pendant leur féjour, ils trou pb
vérent une Mine d'or, près de laquelle ils établirent leur demeure. Lorfqu'i él
eurent amafTé une bonne quantité de ce précieux métal, ils perdirent le goûr x -g
de la vie folitaire, & cherchèrent l'occafion d'un Vaiffeau pour fe rendre mec
en Europe, Mais l'un des deux, qui s'attribuoit quelque fupériorité fur l'au- ugal
tre, fe faifit de la meilleure partie du tréfor , ce qui fic naître entr'eux une PEUR
uerelle fi vive, qu'ayant éxercé tous leurs fortilèges, ils mirenc l'Ifle en feu, ne
périrent tous deux dans les flammes qui étoient leur ouvrage, Cet incendie LD "
s'éteignic dans la fuite, excepté vers le centre, où le feu n'a pas ceffé d'agr de Fe
furieufement (4 ). Le che
Rosznrs eft prefque le feul Ecrivain de qui l'on ait reçu quelque éclair. ad” que
ciffement fur la Géographie & l'Hiftoire civile ou naturelle de Fuego. Quoi:
que cette Ifle foit fans rivières, & qu'elle ait fi peu d'eau douce que les Ha-
bitans font obligés dans plufieurs Cantons de faire fept ou huit milles pouren
trouver , elle ne laifle pas d'être aflez fertile (r)en maïz, en courges, &
en melons d'eau ; mais [comme l'on n’y trouve point de Vallées (s5)], elleneÿ
roduit pas de bananes, de plantains, ni prefque d'autre fruit que des figues
auvages. Cependant on y trouve quelques guaves, plantées dans les Jardins,
quelques orangers & quelques pomiers fauvages, avec une affez bonne quan-
tité de vignes, dont les Hébirane font quelques (#) muids d'un petit vin,
qu'ils boivent avant qu'il ait achevé de (v) cuver. L’Ifle n'a pas d'autre Can-
ton défert que le Pic & l'autre grande montagne qui la traverfe, Lorfque les
Portugais
à cent,
Blancs
bords (
Efclav
d'arge
Xp la Virg
A
ne, m
ont un
Gges de
Fu
les Ifle
fouls, p
(F) de
Cr) I
Y)V
(+)1
lex a)
que, ver
St, T an
où Quatr
pe. \ oyc
Roburts
Vol. JIL pag. n'a pas vû de Cocotiers.
(:) Il a cependant dit auparavant qu'il y?
de profondes Vallées , ce qui donne lieu de crol-
re que l’Auteur entend par-là ce qu'on nommé
à la Jamaïque des Ravines féches | pour les dif
tinguer de celles qui ont été formées par des
Torrents. Û
(+) Voyages de Roberts , pag. 417. & fui”.
(u) Barbot dit que Fuego & Brava rodui-
fent le meilleur vin du Cap-Verd, Ubi up. pi&
533.
(m) Colleétion d'Hackluyt,
600
n) Ovington, ubi fup.
o) Roberts, wbi fup. pag. 416.
| ; Angl. deux Moser KR. d, E,
4
Cr
Roberts, pag: 416.
Dampierre dic que la nourriture des Ha-
bitans eft à peu près la même que dans les au-
tres Iles, & qu’ils ont des Chèvres, de la Vo-
laille, des Plantains , des Noix de Cocos, &c.
Vol, II. pag: 17. Mais Robertsaflüre exprefTé-
ment qu'ils n'ont pas de Plantains, & qu'il
à 5, lago
ie de 24
it écrire fon
rve qu'il fort
r la furface
fqu'a S, Ja
"Ille de Fue.
rés, depuis
qu'augmen-
l'origine de
tans de l'Ile
refte de leur
iftes, Alchi:
r, ils troug
e. Lorfqu'il
lirent le goût
ur fe rendre
rité fur l'au-
entr'eux une
l'Ifle en feu,
Cet incendie
is CeiTé d'agir
uelque éclair:
Fucgo. à
ue les Ha
| les pour en
courges, &
s)], ellen®
que des figues
les Jardins,
bonne quan-
n petit vin,
s d'autre Can-
Lorfque les
Portugais
baravant qu'il y?
onne lieu de croi:
ce qu'on nommé
bes , pour les difr
formées par des
ag, A17: & fuiv.
Re rave roduis
ed, Ubi fup. piér
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Liv, V. Cmar, VI 197
Portugais commencèrent à l'habiter, ils M mn pt pt avec eux des Efclu-
ves Négres, & quelques troupeaux de Vaches, de Chevaux, d'Anes & de
l'orcs, Le Roi v fit mettre des Chèvres, qui furent abandonnées fur les mon-
tagnes, où elles font devenues fort fauvages. Le profit de leurs peaux ap-
partient à la Couronne, & celui qui eft chargé dé certe ferme porte le titre
de Capitaine de la mont gne, avec tant d'autorité que perfonne n'ofe tuer u-
ne Chèvre fans fa permillion (x).
L'Iscx de Fuego n'ayant gs été fréquentée par les V'aiffeaux Etrangers,
de-là eft venue l'opinion qu'elle étoit abfolument déferte, Froger fe Han trop
à certe faufle idée n'a pas fait difliculté de dire que les Portugais ont tenté
plufieurs fois de la peupler (y), mais que la grande quantité de Rocs & les
cendres du Volcan ont été des ubitacles infarmontables, Dampierre s'eltcon-
tenté d'obferver que l'Ile eft de peu d'importance (3) & qu'elle a quelques
Habitans, qui vivent, dit-il, près de la Mer, au pied de la montagne, [left
certain au contraire , qu'elle n'en a pas moins de trois (a ) ou quatre cens, Ro-
berts, qui avoit cherché à s'inftruire par de continuelles informations, ra-
conte qu'à la vérité elle étoit demeurée déferte pendant plufieurs années ;
mais que , [le feu s'étant éteine par-tout ailleurs qu'au Pie, &7 le Roi de Por-
tugal ayant accordé à ceux d'encre fes Sujets qui voudroient s'y établir, la Ch
propriété des terres ee entreprendroient de cultiver, il y en étoic pañlé
vplufieurs. Comme c'eft une coutume établie à S, Jago [de même qu'ici] d'ac-
corder en mourant la liberté aux Efclaves Négres , il eft affez vrai-fembla-
ble qu'un grand nombre de ces Affranchis ont choifi leur retraite dans l'Ifle
de Fuego, comme on l'a fait obferver de quelques autres [fles; tandis que
cles Portugais l'ont quittée par des raifons qu'on a déja (e) expliquées, [de for-
te que le nombre des Négres cit dans cette Ifle à celui des blancs, commeun
à cent,] Cependant la plûüpart de ces Négres libres tiennent leurs terres des
Blancs, qui ont confervé la propriété des meilleurs Cantons , fur-tout vers les
bords de la Mer. 11 s’y trouve des Blancs, qui ont jufqu'à trente & quarante
Efclaves. Plufieurs Nègres en achetent aufli, pour du coton, qui tient lieu
d'argent dans l'Ifle, comme le tabac [faifoit autre-fois] à Ts & dans
x? la Virginie (4). [Une piéce d'étoffe a cours pour mille Réaux.
La plûpart des Fabitans de Fuego font profeffion de la Religion Romai-
ne, mais avec un mélange de fuperflitions qu'ils ont tirées des Négres. Ils
ont une extrême averfion pour les Pyrates , depuis qu'ils ont effuyé les pilla-
ges de ces Brigands (e), [il y a environ une trentaine d'années. ]
Fu EG ® étoit autrefois le plus grand marché de coton qu'il y eut dans toutes
les Ifles du Cep-Verd. Les Vaifleaux Portugais +: chargcoient aufli de Barra-
fouls, pour la buinée, Mais ils en ont tant tiré que la fource en eft comme tarie
(f ) de forte que ce qui étoit autrefois la principale Produétion de l'Ifle, y man-
que
des Habitans de 87, Tean, il doit y en avoir
fuivant cette proportion, fix ou huit cens à St.
Philippe,
(12 Idem, pag. 415. & 418.
©) Ibid. pag. 418.
(d) Roberts, pag. 419.
Ce) Ibid, pag 295. k
Cf) Angl. Mais la dernière féchereffe a pref-
que fait périr tous leurs Cotonicrs. R, d. E.
650 Roberts #bid.
y) Voyage de la Mer du Sud, pag. 58.
(3) Dampierre, Vol, L pag, 77.
(a) Un Négre dit au Capitaine Roberts
que , Vers l'an 1700, il y avoit dans l'Ifle de
St, Fran autour de deux cens Habitans & trois
Ou quatre fois autant dans celle de Sr. Pbilip-
pe. Voyez fes Voyages pag. 137. Puts donc que
Roberts fai monter à deux cens le nombre
Ronvars
n
divers terms,
l'rreur de
uu lqu \}'
Vattps UE CUS
lile,
Origine di
l'établi@oment
des Portugms.
Religion d
l'Ile
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Ancien cem
merce de lux
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|
|
|
||
|
|
|
|
192 VOYAGES DES ANGLOIS EN
RonErTs que y Mg rs Cette rareté du coton dans les iles de S. Jago & de Fuego, a
En
orté les Portugais à défendre fous de rigoureufes peines aux Habitans de ces
divers tems. deux Ifles d'en vendre aux François & aux Anglois,quien venoient prendre auf.
Anes &Mu-
lets,
Propriété
des Côtes.
Deux Rades.
fi descargaifons entières pour la Guinée. Ce Réglement continue de s’obferver
à S. Jago ; mais comme Fuego eft fans Douäne, il y eft fort négligé (g).
C Pour Le Lot au défaut de commerce de Coton, ces Infülaires ont vendus
un grand nombre d'Efclaves aux Portugais qui viennent chez eux. Cepen-
dant ils reviennent à leur ancien Négoce, & plantenc beaucoup de Coto.
ciers, quoiqu'ils ne réufliffent pas aufli - bien qu'autrefois par le manque de
pluye.
Les Habitans de cette Ifle faifoient autrefois un fort bon commerce d'A.
nes & de Mulets, qu'ils nourrifloient en grand nombre, & qu'ils vendoient
à très-bon marché. Mais une longue féchereffe les a tellement détruits, que
peu d'années avant le Voyage de Roberts, il n’en reftoit que deux dans l'ifle
entière. Cependant ils recommençoient à multiplier, & les Infulaires fou-
haitoient beaucoup que les Vaiflcaux de l’Europe vinffent renouveller ce
commerce. C'étoient autrefois les François a le faifoient fleurir ; mais
foit qu’ils trouvent autre part des Anes à meilleur marché, foit que leurs
Colonies n’en ayent plus le même befoin, ou qu'ils ignorent peut-être que
l'Ifle de Fuego peut encore leur en fournir, leurs Vaiffeaux ne s’y font pas
préfentés depuis qu’elle en a manqué (h).
Le feul Habitant que Roberts y ait trouvé propre au commerce, fe
nommoit le Capitaine Thomas Santée ou Santi ; , omme intelligent quig |
veilloit foigneufement au progrès de fes Plartations. ] Mais il n’y avoit per.
fonne dans l'Ifle qui parlât ou qui entendît un mot d'Anglois; ce qui n'em:
pêchoit pas queles Infulaires ne fouhaitaflent beaucoup de voir des Vaifleaux
de cette Nation, jufqu’à promettre à Roberts de leur vendre tout le coton A
h
de leur Ifle, au mépris des défenfes du Portugal QE
L'accès de l'Ifle eft fûr & commode du côté du Nord-Oueft, del’Oueft
& du Sud. Mais au Sud-Eft, à l’Eft & au Nord-Eft, il fe trouve beau-
coup de rocs, qui s’étendent à un mille du rivage, & qui fans être fort près
l’un de l’autre, fe montrent en divers endroits, les uns au-deflus de l'eau,
d’autres à la furface. A quatre milles de la pointe Nord de l'Ifle, ilyenaun
qui eft couvert de dix ou douze pieds d’eau, contre lequel Roberts a vû
Mer battre furieufement dans les tems d'orage, mais d'autant plus dangereux
dans les autres tems qu'il faut en être fort près pour l’appercevoir (4). Il n'elt
pas grand, & ia Mer eft fort nette aux environs.
Fueco n’a pas beaucoup de lieux où les Vaiffeaux puiffent mouiller. Elle
n’en a même que deux, qui doivent porter le nom de Rade l’un nommé Jo-
te de Villa, l’autre la Ghate. [ A l'exception de deux ou trois autres endroits, jf
toutes les Côtes font fi roides & fi efcarpées (7) qu’il paroît impoñfible d
prendre terre. L’Ecrivain du Voyage d'Antoine + ri à dit que Fuego €
une petite Jfle que la nature a rendue inacceflible, & que ce ne fut fs
| ans
Ibid. pag. 418. & fuiv,
(g) 1b Ck) Angls Mais dans tout autre tems cle
ei Ibid. pag. 419. À
L
y eft tranquille. R. d. E,
j) Ibid. pag. 420. (4) Ibid. pag. 425,
Li
e Fuego, 2
itans de ces
rendre auf-
> s’obferver
gligé (8)
ont venduf?
x. (Cepen
» de Coto-
manque de
imerce d'A:
ls vendoient !
étruits, que
ax dans l’Ifle
fulaires fou-
nouveller ce
leurir ; mais
it que leurs
eut-être que
s'y font pas
mmerce , f
telligent quij |
y avoit per:
. 9
ce qui nem:
es Vaiffeaux
out le coton fl
ft, del'Ouelt
trouve beau-
être fort prés
us de l'eau,
, ilyenaun
berts a vû li
us dangereux
ir (k). Î nel
ouiller. Elle
nommé fo
mpoflible d
ue Fuego €
e ne fut pas
fans
t'autte tems clle
res endroits, if
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. VL 193
fans une extrême difficulté (m) que Sherley trouva une petite ouverture pour
y débarquer. + | .
RosenrTs, faifant voile de Furno dans l'Ifle de Saint Jean, gagna celle
de S. Philippe ou de Fuego, entombant d’abord au-deffous de Villa (n) ; d'où
il s'avança jufqu'à la Baye fabloneufe qui porte le nom de Fonte de Villa. En-
fuite continuant de ranger le rivage, il doubla la l'ont de Nofja Singora, autre
Baye fabloneufe, où il jetta l'ancre un peu au Nord de l'Eglife. Là, Signor
Thomas Santé parut avec la Cavalerie de l'Ifle, par l’ordre du Gouverneur,
que l'approche de (o) l'Auteur avoit allarmé. Un peu plus bas, il s'en-
agea avec fa Barque dans la Baye de la Ghate. 1l ne nomme pas d'autres
feéx où il ait abordé.
La principale Rade de Fuego eit celle de Fonte Villa, qui elt vis-à-
vis (n) de la Vide. Elle eft fort fabloneufe , excepté pendant les vents du
Nord, dde quelquefois le fable jufqu’à laifler les rocs tout-à-fait
nuds. vents foufflent régulièrement aux mois de Novembre, de Dé-
cembre & de Janvier. ‘La Navigation n’eft pas füre alors (q) vers lapoin-
te de Noffa Singora, qui eft au Sud de la Ville. C’eft-là qu'on voit für la
montagne une Eglife dédiée à Notre-Dame, d'où la pointe & la (r) Baye
ont tiré leur nom. Ses murs font aufli blancs-que fi l'on achevoit de la bà-
tir. Le toît eft de tuiles rouges comme celui des maifons de la (s) Ville.
Mais dans fa forme elle n’a que l'apparence d’une grange.
äf La Baye de Noffà Singora eft aflez bonne pendant les vents [ de Nord, &
au Nord. Ceux duSud, quand ils font violens, commeil arrive aux mois de Juin,
de Juillet, d’Août, & de Septembre, chaflent (#) le fable des rocs, & les
rendent auffi nuds jufqu’aux pieds, que le vent du Nord à Fonte de Villa. Dans
l'une & l’autre de ces deux Bayes, on trouve un bon fond de fable depuis
que brafles jufqu’a dix, & l'on y peut mouiller affez fûrement, excepté
ans les deux faifons qu’on vient de remarquer. Plus loin au Sud, on trouve
une autre petite Baye fabloneufe, près d'une pointe de rocs bas ‘& brifés
(ou), & vis-à-vis une fauffe Vallée, qui n’eft qu'une grande ravine, creufée
par l'écoulement de l’eau dans la faifon des pluyes. L’ancrage y eft fort bon,
le rivage affez commode pour le débarquement. On y trouve d’ailleurs de
l'eau douce fort près de la Côte, avantage qui manque dans les deux autres
meilleure encore pendant la mouffon des vents de] Nord-Eft ou Nord-Eft un
| xé#Bayes, [ où d’ailleurs la Mer eft fort agitée près du rivage.] Il faut mouiller
direétement vis-à-vis l'ouverture de la ravine, fi l’on ne veut trouver un fort
mauvais fond au Sud & au Nord. Il n’y a de place commode
deux Vaiffeaux à l'ancre. ; P ommode (x) que pour
Quoique Roberts n'ait pas nommé cette Rade, il paroît certain que
c'e
Cm) Hackluyt, Vol. III. pag. 600. C'eft-à (y) Angl. Janvier. Alors il n’eftpas auffi
dire, que la Relation de ce Voyage fetrouve für de mouiller dans cette Baye que vers.
dans la Colleétion d’'Hackluyt. R. d. T. R. d. E.
. (n) C'eft apparemment la Capitale, que r) Roberts, pag. 421.
Roberts nomme ailleurs (pag. 422. ) Villa de s ) Ibid. pag. 294.
S. Philippe, dont Fonte de Villa eft le Port t) Ibid
L à . pag. 421.
a Roberts, pag. 394 & fuiv. # Ilya D Pibtetence que c'efticilaGhate,
p ) Il faut entendre la Capitale. æ ) Roberts, ibid.
Part. Bb
RonenTs.
En
divers tems.
Rades vifi-
tées par Ro-
berts.
Fonte Villa,
Noffa Sin-
gora.
La Ghate,
4 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ro nEnTé, c'eft celle de la Ghate, par la Defcription qu'il en fait dans un (y) autre
.… En lieu.
divers tems. 1,1 plûpart des Blancs font leur féjour dans la Ville (x) avec le Gouver-
Séjour des neur; ce qui n'empêche pas qu'ils n'ayent des maifons de cd dans
Blancs & leur les terres qu'ils poflédent & qu'ils font cultiver par des Efclaves. Le prin-
Jevenu, cipal revenu de ces Plantations étoit autrefois le coton; mais depuis que l'Ifle
en eft-dépourvûe, les Propriétaires font nourrir des Troupeaux de Porcs, de
Volaille, & d'autres Animaux (4) que leurs Négres ont l’art d'élever. Le Cou-
verneur de Fuego étoit un Portugais, qui avoit commandé auparavant dans
| un Fort ou un Comptoir du Portugal, fur la Côte de Guinée (b ).
Ville de Iz eft furprenant que Roberts n'entre ici dans aucune explication fur ce qu'il
Saint-Philip- appelle fill, ni fur la fituation & le nom propre de cette Plai:: (c). Il a parlé,
Pébefeription dans le Journal de fon voyage, d’un Fort de l'ffle de Fuego (d), mais il n'en dit
de fa Rade pas un feul mot dans fa Defcription. Cependant il ne paroît pas douteux que
par Dapper. Willane foit ici le même lieu a Deppes cite dans fa Defcription de l’Afri-
que, où il dit qu’à l'Oueft de l'Ifle de Fuego, il y a une Rade, avec un Chi.
teau bâti au pied d’une montagne; mais qu'un Courant fort impétueux, qui
paile devant cette Rade, la rend fort incommode pour les Vaifleaux : que ceux
qui font voile de l’Eft vers ce lieu doivent porter au Nord lorfqu'ils en ap-
prochent, fans quoi ils n’y arriveroient qu'avec beaucoup de peine, parce
que non-feulement ils auroient toûjours le vent à combattre, mais que le fond
eft d’une inégalité qui peut tromper fans cefle, & qu'il n’y a de repos & de
fûreté que dans la Rade même & fous le Château (e ).
L'IfcdcFue- L’[sLz de Fuego ou de Saint Philippe fut prife au mois de Septembre 1596
_. EUR par le Chevalier Antoine Sherley, qui fut long-tems à trouver un lieu propre
"au débarquement, & qui ne put mettre fes gens aterre, qu'avec une extrême
difficalté. L'Ecrivain de fon soyage dit qu à la réferve de l’eau fraîche, il ne
trouva dans l’Ifle que de la mifère & de l'infeétion (f).
Roberts, pag. 295. r(d) Voyage de Roberts pag. 388.
Angl. à Pilla. K. d, E. (e) Defcription de l'Afrique par Dapper,
Ibid. pag. 421. & fuiv.
Ibid. pag. 295.
f VI.
Ifle de S. Fean ou Brava.
Nom & fitua- F: SLE de Saint Jean eft fituée à quinze degrés vingt-cinq minutes de lati-
D tude du Nord, & fept degrés deux minutes de longitude Oueft du Cap-
Verd. On compte environ fix lieuës, à l’Eft, de la Baye de Fuerno dans l'ile
de Saint Jean, à Villa de Saint Philippe. Ondonneaufi à l’Ifle de Saint Jean
le nom de Brava, qui fignifie fauvage; apparemment parce qu'elle a été fort
long-tems déferte (4). Sa terre eft fort haute, & compofée FenepMgnes qui
s'élévent
(a) Roberts, pag. 422. & fuiv.
y) autre
Gouver-
gne dans
e prin-
que l'Ifle
Porcs, de
Le Cou-
vant dans
ur ce qi
[] a parlé,
il Hu dit
uteux que
de l’Atri-
c un Chà-
ueux, qui
: que ceux
ils en ap-
ine, parce
que le fond
epos & de
mbre 1596
lieu propre
e extrême
îche, il ne
. 388.
par Dapper,
Vol. JL. pag:
tes de lati-
eft du Cap-
b dans l'Ile
» Saint Jean
le a été fort
pntagnes qui
s'élevent
s'élevent l'une fur (#) l’autre en Pyramide. Cependant, à fi peu de diftance
de Saint Philippe ou de Fuego, elle paroît baffle (c) en comparaifon. Elle
eft fertile en maïz, en courge, en melons d'eau, en bananes & en patates.
Les Vaches, les Chevaux, les Anes & les Porcs y font en fort grande abon-
dance (d).
FR ( N ) KLIN, dont ondoit fe fouvenir d'avoir Iû les avantures dans LA sen
nal de Roberts, dit que l'Ifle entière n’étoit qu'un rocher ftérile, divifé
ar quelques Vallées couvertes d’une légère couchede terre, où les bananes,
Las courges & les patates croiffent fort bien; qu'on y trouve quantité de fi-
“gues fauvages, qui fervent de nourriture aux Habitans (e) ; qu'il y vient des
papas, & que ceux qui prennent la peine d'y cultiver le maïz en recueillens
aflez abondamment ; mais que les pareffeux languiffent dans une extrême pau-
vreté : que plufieurs Habitans nourriffent des Vaches, des Chevaux, des Anes
& des Porcs; que les Porcs fur-tout y font en fort grand nombre, parce que
les Infulaires n’en mangent la chair qu'aux jours de fête; & que les Chèvres
fauvages s’y feroient multipliées à l'infini, fi la plus grande partie n'avoit été
détruite ). Une fi grande diminution a fait porter une loi qui ne permet
d'en tuer qu'au (g) Gouverneur, dans la vûe d’en conferver du moins l'efpé-
ce; & les Cu ars font les feuls qui puiffent entretenir des Chiens de Chafle
avec la permiffion du Gouverneur (b).
Lorsque le Gouverneur veut faire une Chaffe générale, tous les Infulai-
res font avertis, & reçoivent ordre de raffembler tous les Chiens de l’Ifle. Ils
en ont une efpéce qui femble tenir le milieu entre le Baffet & le Lévrier, qui
nereffemble pas mal au Mungrel d'Angleterre, mais qui a les jambes plus cour-
tes, le corps plus pefant & les oreilles plus grandes. Après la Chafle, tous les
Infulaires s’aflemblent, & le Gouverneur diftribue entr'eux une partie de fa
proye. Il envoye le refte chez lui, mais c’eft pour le partager encore entre les
vieillards & les pauvres. Il donne aufli quelques peaux, & toutes les autres
demeurent aux Seigneurs des terres où l’on a pris l’amufement de la Chafñfe,
Lorfque le Gouverneur chaffe feul,on n’employe que fes Domeftiques, il dif-
pofe à fon ge de la venaifon & des peaux. C’eft mêrmc un des principaux (i)
avantages de fon emploi. Roberts apprit des Habitans, que le Roi de Portu-
gal avoit donné depuis peu leur Ifle à une Dame de fa Cour. On amañloit pour
elle toutes les peaux de Boucs & de Chèvres, dans un magafin bâti exprès
| x [depuis que les Portugais étoient maîtres de l'Ifle.] Mais Roberts a fçu dans
la fuite qu’on les y avoit laiffées pourrir fans en faire aucun ufage (k).
La chair de Chèvres, comme celle de tous les autres Animaux de l’Ifle, eft
d'une maîgreur extrême. On a déja vû que l’Auteur manquant de füif pour
calfater fa Haies le Gouverneur, qui vouloit lui procurer ce fecours, avoit
ordonné une Chaîle générale. De quarante Chèvres ou Boncs qui furent 0e
ans
(g) Dapper dit'que la propriété des Ché-
vres appartient au Gouverneur deS. Jago, &
qu'elles font en petit nombre.
(b) Roberts, pag. 264.
(5) Ibid. pag. 265.
(k) Angl. Quelques-unes y étoient depuis
fi long-tems, que l’Auteur en remarqua plu-
fieurs qui étoient réduites en poudre. KR. d. Ke
Bb 2
(b) Voyez ci-deffus le Journal du même
Voyageur.
(c) Roberts, pag. 428.
“ ) Ibid. pag. 422.
e) Dapper dit qu’elle produit du maïz,
du millet, des melons d’eau, des figues, des
meures, & d’autres fruits.
(f) Roberts, pag. 195. & fuiv.
DIFFÉRENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv. V. Cnar. VI. 199
Ronvars.
_ En
divers tems, *
Idée de t'Ife
S. Jean fur le
récit de l'ran-
cklin,
Chañe des
Chévres Sau-
vages,
L
Préfent que
le Roi de Por-
tugal ft de l’If-
le Saint-Jean.
Maigreur
des beitiaux,
196 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Rossarse dans cette occafion, on nc tira que quatre ou cinq livres de füuif. Une Vache
En du Gouverneur, la plus grafle quil eût dans fon woupeau, n'en produifit pas
. divers tems, davantage QE
L'IsLe de Saint Jean eft fort abondante en ne Le Gouverneur offrit à
Roberts de lui en procurer la cargaifon d’une Felouque aufñfi grande que celle
gi avoit perdue, c'eft-à-dire du port de foixantetonneaux. Le falpêtre croît
lée affez épaifle, & dans quelques lieux même il forme une congélation com-
me celle de la glace qui pend aux gonttières ] & dans le creux des Rochers,
faire divers eflais de la terre de l'Ifle. Il tira de certains endroits z; de ni-
Salpétre& tre; & dans d’autres, depuis 4 jufqu'à ÿ%. Il trouva que la plus grande par-
Métaux de tie des rocs eft impreignée de ce minéral, & cimentée de nitre comme d’u-
ere de Saint ne forte de glue; car dans la faifon pluvieufe, où l'humidité (m} diffout les
‘ fels, il remarqua que les rocs s'encroutoient, & que la féchereflé les fa'foit
tomber enfuite en pouflière (n }. Il eft perfüadé auffi que cette Ifle eft riche
en Mines de cuivre, & peut-être en. Métaux plus fins. Ses preuves font qu'il
trouva plufieurs fontaines acides, qui ne manquoient pas de vitriol, ce qu'il
vérifia facilement en y mettant un couteau fort. net, qui fe couvrit, en moins
d’une minute, de parties de cuivre très-épaiflés, & d’une couleur prefqu'auñi
belle que celle de l'or. Il l'y laiffa plus long-tems; ®& l'ayant fait fécher
il en fit tomber, en. le grattant,. une véritable poudre. Les endroits grat-
PE ns tés confervoient même quelque tems l'apparence du vermeil doré Co). ans
eTAMU. Quelques Fontaines, les couteaux fe coloroient plus vite que dans Îes autres,
& l'acidité diminuoit. à proportion que la Source étoit éloignée:
râtre, l’autre tirant fur le pourpre, l'autre clair & brillant, l’autre d'unrou-
ge foncé, &c. Il en trouva qui furpañlôit le fer en pefanteur, & pref-
qu'auffi pefant que le plomb. | |
Autresexpé- Un jour qu'il grimpoit fur les mocs au Sud de l'Ifle, il découvrit un ro-
pi oi cher qui brilloit au Soleil dans l'éloignement, comme de l'or bruni, & qui
lui parut, de près,. comme revêtu d’une dorure fort épaifle. L’ayant frotté
de la main, il n’y fit aucun changement ; mais, avec un couteau, il'en fit
tomber une poudre fi menue, qu'à peine en put-il ramaffer quelque partie.
11 obferva que le roc., fous cette furface dorée, paroïifloit d'une couleur noi-
râtre ; & par d’autres obfervations, il trouva qu'il ne fe doroit que dans les
tems de pluye,. lorfque l'eau avoit commencé à découlèr des montagnes (p):
UN autre jour,. ayant. remarqué un roc qui brilloit de même, d’une ir-
finité de paillettes d'or, il les trouva prefque toutes comme autant de. pe-
tites fibres de la groffeur d’un cheveu. Cependant il en découvrit aufi qui
n’étoient pas moins groffés qu’une éguille ordinaire, & fe fervant de fon
cou-
berts. kK d, T..
CP) H renouvella plus d’une fois la même:
ans les caves, où tous les murs en font couverts [ comme d’une blanche ge-,4,
où il fe trouve de l'épaifleur de deux doigts. Roberts eut la curiofité de.
RosEerrTs trouva différentes efpéces de fable. genes l'un d'un'bleu noi-
(1) Ibid. pag. 286. obfervation. On doit pourtant remarquer ici
Cm) Roberts en a fait [a remarque. dans que fi les apparences étoient auffi fortes qu'il
fon Voyage, comme on là và ci-deffus. les repréfente, fur:tout pour les métaux dont
(r) Ibid. pag. 428. il va parler, les Anglofs n’auroient pas man-
o) Voyez ci-deflus dans le. Journal de Ro- qué de tirer parti d’une fi belle découverte.
couv.
riofit
Beurr
moinc
x LI
envirc
Jaifer
ploye
quoiqi
ue
ti au r
rend fi
mens
kpgre,[
u ch:
Il ven
dont i
qu'on
IL
XFles der
maux
que le
couper
autres
crabbe
Ro
Pêche
fe for
de Me
ni
(s
«r(t) Q
avoir été
qu’il avo
türe des
pendant {
Vache
ifit pas
offrit à
e celle
re croît
che ge-}+
nn comM-
ochers,
ofité de.
» de ni-
ide par-
me d’u-
out les
s fafoit
eft riche
ont qu'il
ce qu'il
on MOINS
fqu'aufi
it fécher
its grat-
)). Dans
s autres,
bleu noi-
d'unrou-
& pref-
rit un ro-
i, & qui
ant frotté
il' en fit
e partie.
uleur noi-
dans les
gnes (p):
d’une in
t de. pe-
aufi qui
t de fon
cou-
emarquer ici
i fortes . il
métaux dont
ont pas man-
découverte
couteau, il en recueillit le poids d'une dragme , qu'il ne put méconnoître peur
de l'or folide, autant du moins, qu'il fut capable d'en juger par fes yeux.
Il ajoûte qu'en pouffant fes recherches, il en trouva une partie plus compac-
te, de la longueur du doigt, qu'il ne tira pas aifément du roc, où la veine
s'enfonçoit beaucoup plus, & qu'il fut obligé de plier de différentes manié-
res, après l'avoir cernée avec fon couteau, pour l'en arracher. Elle étoit
de la groffeur du fil d’archal commun. Mais fon couteau s'étant rompu dans
l'opération, il fut obligé d'abandonner fon entreprife pour rejoindre fes Né-
res, auxquels il fe garda bien de communiquer ce qu'il avoit vû. Cepen-
dqnt il en dit quelque chofe au Gouverneur, avant que de quitter l'Île,
mais fans lui spprendre le lieu; & comme on n'avoit jamais fait cette dé-
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. VI. 197
ROBERTS,
En
divers tems,
couverte avant lui, il eft perfuadé, dit-il, que ste n'aura pouffé lacu- ‘
i
riofité & le fuccés plus loin (q). Il trouva auffi dans plufieurs endroits , le
Beurre-d'or dont on a parlé dans la Defcription del’Ifle de S. Jago, mais en
moindre abondance, quoiqu’aufli brillant, avec la même apparence d'or (r).
L'Isze Saint Jean eft d'une abondance extrême en Poiffon, [ fur-tout aux
environs des petites al Il y vient auñfli quantité de Tortues, qui y
laifent leurs œufs dans la faifon des pluyes. Mais les Iabitans ne les em-
ployent pas plus à leur nourriture que ceux de S. Jago & de S. Philippe ;
quoique dans toutes les autres Ifles cles paflent pour un mets délicieux, &
ue (s) Roberts en juge de même. Le principal éxercice des Infüulaires
cp au rapport de Francklin (t)] eft la Pêche à la ligne. C'eft ce qui les
rend fi attentifs au naufrage des Vaifleaux, & fi avides des moindres inftru-
mens de fer qu'ils peuvent fauver. Il y avoit alors dans l’Ifle un vieux Né-
kpgre, [Originaire de S. Philippe, ] qui étoit pourvû d'un marteau, & qui avec
u charbon de figuier, avoit trouvé l’art de former un hameçon d'un clou:
Il vendoit l'hameçon pour un autre clou, & pour la provifion de poiffon
dont il avoit befoin. Roberts ajoûte que le poiffon de l’Ifle eft fi vorace,
qu'on le prendroit avec un fimple crochet fans amorce (uv).
IL eff remarquable que prefque tous les Poiflons de l’Ifle Saint Jean ont
Xÿles dents grandes & tranchantes, £ & plûtôt femblables à celles des Ani-
0
maux voraces ,. qu’à celles des poiflons des Côtes d'Angleterre, ] de forte
que les Infülaires employent beaucoup de précautions pour les empêcher de
couper leurs lignes. Les amorces ordinaires font.la crabbe, & la chair des
autres coquillages, ou celle mème du poiflon qu’on a déja pris. Mais la
crabbe eft l’amorce la plus fûre (x).
RosEerTs n'ayant pris, pendant long-tems, d'autre plaifir que celui de Ià
Pêche, eut l’occafon d’obferver comment les Infulaires ramaflent le Sel. II
fe forme, par la chaleur du Soleil, dans les trous des rocs où il eft refté de l’eau
de Mer. Les Négres ne manquent pas d'y en mettre eux-mêmes lorfque le
tems
{ g) Roberts, pag. 429. & fuiv.
expériences fur les tertes, pierres, fables,
r) Roberts, #bid. pag. 444. ; ÿ
> &c. quitiennent du minéral. Le fuccés de fes
Cs) Ibid, pag. 430. & fuiv. recherches étoit rédigé par écrit.
«r(t) Quel que foit ce Francklin, il femble (v) Roberts, pag. 195. & fuiv.
avoir été fort curieux. !l apprit à Roberts gx) Leur Ligne eit compofée d'un rofeau
qu L LEE fait re Resrones ie lana- fauvage , d’un fil dé coton bien tordu, &
+ Metaux es Minéraux, & que, d'un vieux clou courbé, Voyez Roberts pag.
pendant fon féjour en Guinée, il avoit fait des 26. S
b 3
Beurre d'or,
Abondance
de poiflon.
Anorce dont
fe fervent les
Nègres.
Manière
dont fe fervent
les Négres:
198 VOYAGES DES ANGLOISEN
Ronmnrs tems cft trop calme. Il ne faut pas plus de deux ou trois heures au Soleil
En pour cette opération? [lorfque les trous ne font pas bien profonds, l'eau s'yf#
#ivers (ems. Change en Sel dans le tems qui s'écoule d'une marée à l'autre.] Roberts étoit
furpris de trouver du Sel, de l'épaiffeur de deux pieds, dans des lieux où il
n'avoit vû que de l'eau, & d'en voir tirer quatre boiffeaux d'un trou qui
n'avoit pas plus de douze ou quinze pieds d'étendue. 11 eft porté à croire
que certains rocs ont une qualité qui hâte la formation du Sel, & que d'au.
tres au contraire ont quelque chofe qui l'empêche. Dans quelques-uns il à
vû qu'après l’exhalaifon de l’eau, il ne refte qu'un fédiment bourbeux, mais
fort falé, & quelquefois une croute fort mince qui repofe deflus comme de |!
la crêéme detartre: [mais falée jufqu’à être corrofive ;] au lieu que d’autres pro-k "à
duifent un quart ou un tiers de Sel, à proportion de leur grandeur &del'eau À
qu’ils contiennent,
Les Hlabitans commencent par recucillir le Sel; enfuite ils s'occupent le
foir à faler le poiffon qu'ils ont pris; & le laiffant pendant toute la nuit dans
le tas de Sel , ils l’étendent le lendemain au matin pour le faire fécher au
Soleil. Ils peuvent alors le manger fi la faim les preffe; ce qui n'arrive
guëres qu’à la fin du jour, lorfqu'ils ont fini leur pêche. Dans les lieux où
lis pêchent le plus fouvent, leur ufage eft de laïfler des pots deterre, qui
leyr fervent à faire bouillir le poiffon ; car ils en aiment beaucoup le bouil.
lon, jufqu’à le préférer à celui de Chèvre & même de Bœuf (y).
Les Baleas, qui font une efpéce de Baleines, viennent dans les tems ordinai-
res de leur fray aux environs des Ifles de May & de S. Jago , mais fur-tout de
Balcas, for- celle de Saint Ven. Roberts a vû, dans la Baye de Fuerno, un mâle & une
te de Balciñe. femelle prend'e leurs amufemens pendant trois jours. Ils rentroient le foir
dans la Mer, & le lendemain à huit ou neuf heures ils revenoient dans la
Baye. Ils y dormoient quelquefois deux heures entières, avec l’immobilité d’un
Vaifleau à mâts & à cordes, joints enfemble dans un état qui auroit donné
beaucoup de facilité à percer l'un ou l’autre, ou même tous deux enfemble.
Roberts ajoûte que le mâle n’eft pas aufli gros de la moitié que la femelle.
Ces Baleas font fort communs aulli fur les Côtes du Bréfil. On employe, pour
les prendre, la même méthode que pour les Baleinesde Groenland, & l’onen
Opinions fur Crre , Has
l'anbre gris & tire de l'huile. Quelques-uns prétendent que l'ambre gris n’eft que le fperme
l'ambre blanc, de ce Poiflon, dont il fe répand une partie dans leur accouplement, & quin'é.
tant d’abord qu'une forte de gelée blanchâtre acquiert en flottant dans l'eau fa
couleur & fa dureté. Ils ajoûtent que le fperme vierge, ou le premier répan-
du, eft blanc & tranfparent, & que dans fa congélation il conferv la même
couleur. Roberts rend témoignage qu’il a vû de cet ambre gris blanc, mais
iln’a pû découvrir la caufe dé fa blancheur ni for. origine (2). On trouvoit
autrefois beaucoup d’ambre-gris aux environs de l’Ifle de Saïnt Jean. [Une
trentaine d’années avant que Roberts vint dans ces Ifles,] un Portugais nom-
mé Jean Carneira, qui avoit été banni de Lisbonne pour quelque crime, &
qui s’étant procuré une petite Chaloupe éxerçoit le commerce aux fles du
Cap-Verd,
(y) Ibid. pag. 263. que fubftance odoriférante , formée dans quel-
(3) Le P. Labat, dans fon Hiftoire d'Afri- que bourfe voifine de fes tefticules. Voyez les
que Occidentale, tourne cette opinion en ri- “T'ranfaétions Philofophiques , N°. 387. pag. 256:
dicule : mais fi ce n’eft pas le fperme dela Ba- ou l'Abrégé, Vol. VII. pag. 429.
leine, on ne doute plus que ce ne foit quel-
au Soleil
, l'eau s'yt+
berts étoit
eux où il
\ trou qui
$ à croire
que d’au-
s-uns il a
eux, Mais
comme de !
autres pro-}# M
&de tes }
ccupent le
a nuit dans
fécher au
ui n'arrive
s lieux où
terre, qui
p le bouil-
ms ordinai-
fur-tout de
nâle & une
ient le foir
ent dans là
obilité d’un
roit donné
x enfemble.
la femelle.
loye , pour
; l’onen
> le fperme
, &quin'é-
dans eau fa
mier répan-
rv la même
blanc ,. mais
On trouvoit
Jean. [Une JS
rtugais nom-
> crime, &
ux ffles du
Cap- -Verd,
mée dans quel-
ules. Voyezles
. 387. pag. 256
29.
DI]
Cap-Vi
incroya
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Le:
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MILLAU
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À
DIFFÉRENTES PARTIES og L'AFRIQUE, Liv. V, Car, VI 199
trouva dans fes courfes une piéce d'ambre gris d'une groffeur
incroyable. Non-feulement cette heureufe pêche le fit rappeler dans fa Pa-
trie” maisilacheta, du fruit de fon tréfor, des terres confidérables en Por-
tugal. Le roc auprès duquel la Fortune l'avoit favorifé porte encore fon
s”. Sie des Infülaires (b) ne monte pas à plus de deux cens. Roberts
les repréfente comme les plus ignorans, les plus fimples & les plus humains
(«) de toutes les fes. Dans un autre lieu il Joue beaucoup leurs vertus mo-
rales, fur-tout leur charité, leur humilité & leur hofpitalité. C'eft les of-
fenfer que de refufer leurs bienfaits. Leur refpeét pour l'âge avancé mérite-
roit, dit l'Auteur , de fervir d'éxemple à tous les hommes du Monde. Ils
le (d) rendent aux vieillards de toutes fortes de rangs & de Nations. Franc-
klin fit à Roberts, dès le premier jo de leur rencontre, une peinture du
caraétère des Habitans, que l'expérience ne cefla pas de vérifier. 11 l'affüra
u'il n'auroit pas befoin de pêcher ni de fe donner le moindre embarras pour
à nourriture, parce que les Infüulaires lui offriroient volontairement toutes les
commodités de l'Ifle. Ils avoient fait les mêmes offres à Francklin, qui n'a-
voit pris le pafti de s'éxercer lui-même à la Chaffe & à la Pêche, que pour
difiper fa mélancolie (e). | ss
PenpanrT que l'Auteur fut malade (f) parmi eux, l'attention ne fe relà-
cha jamais pour lui fournir ce qui étoit néceffaire à fa fituation. I! ne fe paf-
foit pas de jour qu'il ne reçüt la vilite de quelque Habitant, qui s'informoit
foigneufement de fa fanté, & qui lui apportoit quelque piéce de volaille ou
quelque fruit. Le Gouverneur même le vifitoit prefque tous les jours, & lui
envoyoit deux ou trois fois la femaine un quartier de chevreau, [fouvent
une moitié ou un entier.] Dans lemême intervalle, il fut continuellement
logé chez un des principaux Négres de l'Ifle ; & lorfque fa fanté fut rétablie,
il fi reftoit cinquante & une piéces de volaille des préfens qu'il avoit reçus
(g), entre lefquelles il fe trouva deux cailles ; fans parler d'une grande quan-
tité de lait, & de plufeurs gâteaux de bananes, qui font une compofition
(h) de bananes & de maïz.
Cap- Verd,
Le Poiflfon fait une grande pets de leur nourriture, füur-tout le bouillon
s
qui refte après qu'il eft cuit. Ils prefloient Roberts d'en ufer dans fa maladie,
comme du meilleur reméde qu'il pût prendre contre (i) la fiévre. Ils ont la
méthode d'en faire des foupes de courges (k), qu’ils font bouillir affez long-
tems pour leur donner une certaine épaifeur. La fleur de manyoke & de maïz
leur fert encore au même ufage. Ils font aufli de l’un & de l'autre une fort
bonne forte de pain (4).
(a) Roberts, pag. 431. & fuiv.
(b) Vers l’année 1700, l'Ile n’avoit que la
moitié de ce nombre, fuivant le. témoignage
d'un Négre de Saint Nicolas qui y étoit venu
alors, & qui vivoit encore lorfque Roberts y
arriva, ibid, pag. 137.
c) Ibid. pag, 422.
(a Ibid. pag. 228.
te] Ibid, pag. 197. |
f).Voyez ci-deflus:le Journal de Roberts,
”
ILs
s 8) Ibid. pag. 244. & 258.
b) Ibid, paz. 185.
(i) Ibid, pag. 260. & 356.
F(k) Roberts dit qu'on fait à S. d' o une
efpèce de bouillie avec des Courges h Sber-
ry qui eft la plus groffe forte de Maïs. Elle
reffemble à la bouillie d'Orge. Voyez Robeïts,
pag, 318.
(1) Ibid. pag. 152. 164. & 334.
Ronnura
En
divers tems
Nombre des
Infulaires de
Saint-Jean.
Leur humart
té,
Leur nourri
ture,
:00 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Konunes LS ont une autre pâtiflerie, qu'ilsappellent Auslus (m), compofée de fu. Maux
En rine le bled d'Inde bouillie dans l'eau fraîche jufqu'àa ce qu'elle prenne con. feroi
Een Mt fftance. Alors ils la coupent en tranches, qu'ils font fécher au Soleil, Elle ar |
fe cuniervé pendant plufieurs mois mp, bg cft bien féchée, & reffémble der ç
beaucoup au bifcuit de mer. Roberts affüre que dans l'occafon, elle peut fer. tous
vir fur un Vaiflèau jufqu'à la Barbade (n). [Les Infüulaires de St. Jean don.y# dever
nèrent un éxemple de leur adreffe à fendre du bois pour des planches , en furres
conftruifant une Chaloupe pour l’Auteur. Après avoir coupé un arbre de la lon. ni eu
gueur qu'ils fauhaitoient c'eft-à-dire d'environ fept ou huic pieds , ils firent on eu
avec des haches, au long de cette piéce de bois, deux efpèces de rainures, rut À
vi-à-vis l'une de l'autre, aufli étroites & auffi profondes qu'ils pûrent. Af. rendu
fermiffant enfuite cette piéce, ils remplirent les rainures de Coins, fur lef. Bi digo,
quels ils ape de dame pierres, & le bois fut bien-tôt fendu ; ils coupé- Xe fic c
rent après cela le côté rond, pour donner à la planche l'épaiffeur requife, & nolent
la pobrens afez bien (4 C'eft-]
Pen sr L n'y a pas plus d’un Siécle (p ) quel’Ifle de Saint Jeaneft peuplée. Pen- encore
l'ile s'et peu. dant plufieurs années , fes Habitans fe réduifirent à deux familles Négres [qui reconn
plée, fuivoient encore la Religion de leur Pays,] jufqu'en 1680, que la famine ra. pour <
vageant l'Ifle de Fuego, quelques pauvres Habitans de cette Ifle pañlèrent ir Verne
dans celle de Saint Jean fur un Bâtiment Portugais. Ils furent reçus avec lution
joye par les Négres de Saint Jean, qui avoient déja fort augmenté le nom- ce, ]
re de Chèvres, de Vaches, & fur-tout de Porcs, que les Portugais avoient cute |
laiflés dans l'Ile en la découvrant. [Ayant appris que Îles Portugais avoienta- re la À
mené dans leur Ifle, ces Négres nouvellement débarqués, pour les empêcher DR cher,
de mourir de faim dans celle de Fuego , ] la compailion naturelle porta les clit pen
Négres, à leur donner une partie de leurs Beftiaux ( g) [Cette généroftéx ble de |
il arriva de-là que cha- tems fa
ayant beaucoup diminué le nombre de leurs Porcs, ] i
cun entreprit de nourrir féparément les fiens, & que le goût de la proprié. D au mêle
té prenant naiflance, celui qui eut l’habileté d'en élever & d'en nourrir un entr ell
plus grand nombre pafñla pour le plus riche. Iln'y ah les Chèvres, [qui,f ere ?
appartenant au Seigneur de l'Ile, furent laiflées dans les montagnes, & con- éd
tinuérent d’être fauvages. celle de
Les nouveaux Habitans de Saint Jean prie aux autres l'art de filer Robercs
le coton, qui croiffoit naturellement dans l'Ifle, & d'en fareune forte d'étof: Ha
fe po fe couvrir; car ils étoient nuds auparavant, comme la plûpart des EIRE
Négres de la Côte de Guinée. Ils leur communiquèrent auñi les principes de Éd: kr
la Religion Romaine, autant du moins qu'ils avoient été capables de les pren- difoi
La Religion dre eux-mêmes dans l'Ifle de Fuego, dont ils étoient fortis. Mais un Prêtre olent ft
y établit. de cette Ife fe fencit aflez de zèle pour fe faire conduire à Saint Jean (r), Sel
où il s’efforça de cultiver ces premières femences de l'Evangile. [A fon arri- RME
vée, il publia qu'il étoit venu avec le pouvoir de pardonner les péchés, pro- Mi ë
mettant de leur indiquer une route füre & aifée pour aller au Ciel quelque ne
1 de lire
mauvailes ä Rome
(m) 11 reffemble tant pour le nom que pour (4) Angl. Ils leur offrirent de charger leur ignorer |
la manière de le préparer au Kuskus de Maroc. Vaifleau de Porcs en récompenfe de la charité cette con
cn) Roberts, pag. 289. qu’ils avoient eue pour des gens de la même vé, & q
ês Ibid. pag. 270. couleur qu'eux. KR. d. E. voit pas «
Pb) Angl. pas plus de deux Siécles, R.d.E. (Cr) Voyage de Roberts, pag. 423. ” IL, P,
ie de fa-
1e con:
il, Elle
cfTemble
peut fer-
an don-yp
hes , en
de la lon-
ls firent
ainures,
nt, Af.
fur lef:
s coupé-
quife, &
lée. Pen-
gres [qui
amine ra-
paffèrent
çus avec
| le nom.
s avoient
avoient a: f#
empêcher
porta les
générofité
que cha
a proprit-
ourrir un
es, [qui,f?
s,& con:
rt de filer
te d'étof:
dpart des
incipes de
les pren-
un Prêtre
ean (r),
fon arri-f
hés À an
PL quelque
mauvailes
charger leur
e la charité
de la même
23.
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, V. Cap, VI, or
mauvaifes qu'euflent été leurs aëtions ; &déclarant , en même-ems, qu'il leur
(eroit impoilible d'y aller, F an. bonnes qu'elles fuffent, fans } étre admis
ar l'abfolution du Prêtre. N'ayant pas eu beaucoup de peine à leur perfua-
der ces chofes, dont ils écoient sr inftruits en bonne partie, il les batifa
tous fans ultérieures inftruétions, I! fuffifoit pour eux de croire, qu'ils étoient
devenus Chrétiens par le batéme, qu'ils iroient fürement au Ciel, qu'àla Ré-
furreétion ils deviendroient blancs, &c. après quoi il leur difoit la Mefe , que
ni eux ni lui n'entendoient, C'eft ce dont il s'embarrafoit fort peu, Enefñec,
on eut lieu de douter de la bonté des motifs de fon Voyage ,] lorfqu'il pa-
rut éxiger des récompenfes trop mercenaires pour le fervice qu'il leur avoit
rendu. Il tira de l'un des étoffes de coton, de l'autre du coton cru & de l'In-
digo, enfin de chacun ce qu'il avoit de meilleur , jufqu'aux Beftiaux, dont il
Xpfe fit donner une grande partie, [Il leur perfuada que tout ce qu'ils lui don-
noient étoit autant de préfens faits à Dieu, dont 1l n'étoit que le Receveur.
C'eft-là un préjugé, dont ils font imbus, non-feulement dans cette Ifle , mais
encore dans toutes les autres, où les Prêcres ont aufñli eu le talent de fe faire
reconnoître pour Receveurs des Saints. En quittant Brava, celui-ci] accorda
pour dernière faveur aux Infulaires, une Meffe, qu'il leur dit dans une ca-
æverne de la Baye, qui en a pris le nom de Fuerno de Padre. [& une abfo-
lution générale de tous les péchés qu’ils commettroient pendant fon abfen-
ce.] Il leur promit de revenir tous les ans, & cette promeffe fut éxé-
cutée plufieurs années confécutives. Mais un jour qu'il étoit à leur di-
re la Meffe dans la même caverne, une partie du roc, qui vint à fe déta-
cher, enfevelit le Prêtre & trente des Atiflans fous fes ruines, On enten-
dit pendant trois jours le bruit de leurs gémiffemens , fans qu'il fût poñli-
ble de leur donner le moindre fecours. Ainfi l'Ifle de S. Jean demeura long-
tems fans aucun Miniftre Eccléfiaftique ; ce qui donna lieu à la naiffance
fau mêlange de quantité de fuperftitions [ qui font encore fi intimement unies
entr'elles qu'iln’y a pas beaucoup d'apparence qu'on vienne à bout de les fépa-
rer, ] Dans la fuite du tems, l'Évéque de S. Jago ayant entrepris la vifite de
toure à Province, laiffa des Miniftres fort ignorans dans chaque Ifle; &
celle de Saint Jean eut pour fon partage un Prêtre Négre, dont celui que
Robercs y trouva étoit le quatrième Succeffeur, Roberts affüre qu'il n’en-
tendoit pas la Langue Latine ; ce qui n’empéchoit point qu'ayant appris à
lire dans le Miffel , il ne célèbrât le faints Myftères & qu'il n'adminiftrât
kÿrles Sacremens. [ Il prenoit ce Miffel pour l'Ecriture Ste. & lorfque Roberts
lui difoit que ce nom ne convenoit qu’à la Bible, & que les Anglois s’é-
toient féparés de l'Eglife Romaine , parce qu’elle enfeignoit plufieurs Dog-
mes contraires à ce qui eft contenu dans ce facré Livre, ilrepondoit, qu'il
pouvoit bien être que la Bible fût le meilleur Livre des Anglois, parce que,
dans le tems de leur Apoftañe, le Pape n'avoit eu garde de leur donner le
Miffel, Livre infiniment fupérieur à tout autre, & que perfonne, n’a droit
de lire qu'un Prêtre légitimement ordonné par un Evêque de la Communion
de Rome. Roberts lui objeétant ,que , n’entendant pas le Latin, il devoit
ignorer la plus grande partie du contenu de ce Livre; il lui répondit que
cette conno!ffance étoit réfervée à des Eccléfiaftiques d’un ordre plus rele-
vé, & que l'intelligence de ce Livre étoit un fi grand Myftère’, qu'il ne fça-
Voit pas qu'on l'eut jamais donnée à aucun Prêtre Négre, Il ajoûta qu'ilen
IL, Part. | Cc entendoit
Ron LATM
Lo
divers tes,
* Arribéc ‘d'un
Mifionaire,
Mélange de
fuperflitions,
RonenTs,
En
divers tems,
Mülange de
‘uperflitions,
Autorité du
Gouverneur,
Docilité des Jiberté. 1
Infulaires,
202 VOYAGES DES ANGLOIS EN
ie affez pour favoir ce qu'il devoir lire quand il s'agifloit de Batifer,
ar À de Eclèbrer une Fête ou le jour du Dimanche & que foit qu'il
l'entendir ou ne l'entendit pas, Dieu ne manqueroit jamais de faire produire
aux Sacremens leur effet : Que d'ailleurs, il écoit für de bien lire les paroles
Sacramentales pour tranfubitancier l'Oublie dans la perfonne du Sauveur, &
ue, fans qu'il fut néceffaire de les entendre , il fuffifoie d'avoir intention
e confacrer, Il foûtenoit le même Syftêéme au fujet de l'efficace de fon
abfolution, du pardon des péchés, des Meffes pour les morts, ‘le rachat des
ames hors du Purgatoire & autres chofes femblables. Malgré tout cela, il
en a parmi eux qui ont aflez de bon fens pour avoir des doutes la-deflus,
ne refpeéter qu'extérieurement ces prétendus Myftères. Au refte, le Pré.
tre de S. Jean ] fouffroit l'ufage des Superftitions établies, telles que de faire
laver les enfans avant le Batéme; [ de couvrir la nouvelle Mariée de fleurs
irlandes , de lui rendre une efpèce de culte le jour du Mariage, de
la désbiler & de mettre de la terre fe fa côte, ] pour marque de fujettion;
d'arrofer d'eau les foffes des Morts, & quelquefois d'une quantité de jus de
melons d'eau, &c. Lg un Proteftant, qui fait cette Relation, & ” ne
manque pas d'y joindre des réfléxions injurieufes pour l'Eglife Romaine ( s).]
LsLe de Saint Jean eft fi négligée pour le Commerce, que dans l'efpace
de fept ans (+) on n'y avoit vû que deux Vaiffeaux étrangers. Roberts apprit
de Francklin & des Négres que les Matelots de quelques Vaiffeaux François,
qui venoient charger des Mulets à Saint Philippe, avoient quelquefois touche
à Saint Jean dans leurs Chaloupes, pour y acheter de la volaille, & d'autres
rafraîchiffemens ; mais comme il n'en étoit venu aucun depuis plufeurs an-
nées, les Infulaires concluoient que les François avoient a andonné (v) le
Commerce de Saint Philippe, es qu'ils trouvoient ailleurs qu’à Saint Jean les
ifions dont ils avoient befoin, es
"+. Gouverneur de l'Ifle y éxerce la Juftice (x), & décide les petits diffé-
rends qui s'élèvent entre les Fabitans. S'ils refufent d'obéïr à fes ordres, il a
le pouvoir de les faire mettre dans une Prifon, Le n'eft qu'un parc découvert
comme ceux où l'on renferme les Beftiaux en Europe. Là, dit l’Auteur, ils
demeurent [ quelquefois des jours entiers, ] fans entreprendre de fe mettre en
| Ac rare du moins de voir des rebelles. Lorfqu'il s’en trouve, le
Gouverneur eft en droit de les faire reprendre, & de leur faire lier les icds &
les mains dans la même prifon, avec une garde pour les y retenir jufqu'à ce
qu'ils ayent fatisfait à leur adverfaire, & qu'ilsayent demandé pardon au [ Gou-#*
erneur, qui peut les teniren prifon autant qu'il lui plaît. ] Son autorité ne
s'étend ch. se loin, dans le La même de meurtre. Mais Roberts n'apprit
aucun éxemple d'un crime fi noir. On l'affüra feulement qu'un Meurtrier
feroit gardé dans les chaïnes pour attendre la fentence du Gouverneur de
S. Jago ou de la Cour de Portugal ( q ). Quelquefois, pour les fautes légé-
res, fur-out lorfque le Coupable eft d’un âge avancé, on ne lui donne que
fa cabane ou celle d'autrui pour prifon; ce qui eft regardé commeune A
i ier font
(s) Roberts pag, 428. (y) Aug. que les Amis du meurtrier ne
: € . Voyez «dei le Journal. tenus de le NE lorfqu'il vient un Jug
Et Roberts, pag. 266, & fuiv. de Portugal, R, d.E,
(x) Jbid, pag. 264.
+
de {
que
mot
le til
dem.
L
appa
dont
danc:
peuv
a la
ait tir
méme
s'avan
du pr
relâch.
ointe
'Ifle d
portez
trouver
approc!
vre la s
te du
Saint Je
vous me
ce que |
te à la
de Cav
d'un qu
diocre
un peu
che que
pourrez
côté de
[Le
hanfière
qui afTû
l'Eft à S:
Sud de
de gagne
x Ro
(a) Ibid
(b) An
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, V, Ciur, VE 208
Jatifer , |
it qu'il de faveur ; car la prifon publique eft un châtiment aufli redouté à Saint Joan nouss
roduire que le dernier fupplice en Angleterre, En 1722, le Gouverneur fe nom- in !
paroles moit Leonel Gonfalvo. 11 tenoit fon emploi de Thomas Santi, qui avoie "en tem
eur, & le titre de Proeurador de l'Ifle Saine Jean, & qui faifoie ordinairement fa 2" ‘uGiou-
itention demeure dans celle de Fuego (x). Verneur,
de fon Les Curtes & les récits des Pilotes font remplis d'erreurs fur tout ce qui Erreurs de
chat des appartient à l'Ifle de S. Le lis n'y reconnoiffent qu'une bonne Rade, Carte à des
cela, il dont ils préfentene même l'entrée comme fort difficile, à caufe de l'abons lotus, fin
-deffus , dance des rocs os Saint Jean néanmoins a plufieurs Bayes ou Rades , qui . ss
, le Pré. euvent fervir de retraite aux Vaifleaux. La principale & la meilleure eft Gi
de faire la vérité celle de Fuerno, qui fignitie un four ou une cave, foit qu'elle
de fleurs? ait tiré ce nom de l'avanture tragique qu'on a rapportée (2 ou de fa forme
age, de même, qui la met à couvert de toutes fortes de vents, Eneffec, fi l'on
ijettion; s'avance Jufqu'au roc de Kaay, où l'on trouve affez d'eau pour un Vaifleau
le jus de du premier rang, on y eft tellement environné de la terre qu'on n'y peut
& qui ne reffentir qu'un léger fouflle des vents Sud quart à l'Eft, & Sud quart à l'Oueft,
ne (:).] dont tout l'effet eft de précipiter quelquefois l'eau de la Mer dans la
y l'efpace Baye (ec).
rtsapprit D Comux il eft affez difficile d'en trouver l'entrée, quand on n'y a jamais Marques que
François, [Bi relâché, Roberts donne les marques fuivantes. Lorfque vous êtes vers la nr
is touche ++ sg Nord de Saint Philippe ou Fuego , fi le tems eft clair vous découvrez noitre la Baye
d'autres Ifle de Saint Jean. Mais, dans un tems obfeur, qui cit aflez ordinaire, de Fuerno.
fleurs an- portez au Nord quart à i'Oueft jufqu'à deux lieuës de Saint Philippe, où vous
é(v)le trouverez les petites Ifles. De-là prenez vers la plus Orientale, dont vous vous
approcherez afTez md en appercevoir la pointe Nord, & continuez d'en fui-
t Jean les À -
vre la Côte à la diftance d'un mille, jufqu'à ce que vous fovez vis-à-vis la poin-
te du Sud, Enfüuite, portant direétement vers la pointe Nord-Eft de l'ffle
Saint Jean, eft une À ae baffle & platte, à laquelle vous ne fçauriez
vous méprendre, élargiflez-vous feulement d'environ un demi-mille, jufqu’à
ce que vous tombiez au Sud de l’Ifle, où vous commencerez à fuivre la Cô-
ettre enk te à la diftance de la longueur d'un cable, Vous arriverez devant une gran-
ouve, le de Caverne qui fe préfente dans les rocs, & vous verrez bientôt, à moins
s vieds & d'un quart de mille devant vous, une baffe pointe de roc qui s’avance mé-
" u'à ce diocrement. C’eft après cette pointe que vous trouverez Fuerno. Prenez
au | Gou- un peu le large pour doubler cette pointe, parce que la Baye en eft fi pro-
eorité ne che que tournant en coude il feroit difficile autrement d'y entrer. Vous y
s n'apprit trie ds l'ancre dans toutes fes parties; mais le meilleur endroit eft le
Meurcrier 1
“nur 08 ( [Le meilleur eft d'amarrer le Vaifleau à terre, au moyen d'une petite
tes légè- hanfière, qui tenant à la poupe , eft attachée fur le rivage du cô:é du Nord, &
onne que ui affürera le Bâtiment comme s’il étoit dans un four. | Si vous veniez de
une gran- l'Eft à Saint Jean, prenez garde de ne pas vous avancer trop vers la pointe
de Sud de Saint Philippe; car avec un veñt commun il vous feroit impoflible
de gagner Fuerno, ni même aucune partie de l’Ifle (4).
Av
tits diffé
dres, ila
découvert
teur, ils
urtrier font
ent un Juge
pt ue ibid, pag. 298. environs, R. d. E,
a) Ibid, pag. 131. c) Roberts, pag. 432. ‘
(D) Angl. des divers Antres, qui font aux n Ibid. inde
Cc 2
ROBERTS.
En
‘ divers tes,
Autres Bayes
de Saint-Jean,
Baye de Fer-
tier,
Baye de Scio.
à l'extrémité
Petite Baye Ja plus Sud-Oueft, on trouve une petite Crique, [ en forme de boulin ], dans
a petites I! de groffes pierres on y voit clairement le fond, qui eft-[ la, de même que
24 VOYAGES DES ANGLOIS EN
‘Au Nord-Oueft de Saint Jean, on trouve une autre Baye, qui fe nomtme
Faciend de Agua, & qui eft reconnoiffable à quantité de Bananiers. D'ail.
leurs il n’y a pas d'autre Vallée qui fe préfente du côté de la Mer. Le ri.
vage de cette Baye n'eft pas commode ; mais on peut y mouiller füre-
ment vers le centre, du côté du Nord, fur huit, neuf & dix braflés d'un
fort bon fond. On apperçoit un Ruifleau d'eau fraîche, qui coule prefque
jufqu’à la Mer.
PL us bas, au côté Sud-Oueft de l’Ifle, près d’une pointe baife & unie, qui
s'élève tout d’un coup, on trouve la Baye de Ferrier, qui eft double, c’eft-à-
dire, divifée par des rocs d’une grande hauteur. Cette Rade eft fort belle, &
le Rivage très-commode pour le débarquement. Derrière l'endroit le plus Sud-
Eft de la Côte, la Nature a formé un Lac, ou un Baflin d’eau douce, qui eft
conftamment rempli de l’eau qui découle des Montagnes. [Le fond de cetterÿ
Baye eft par tout bon; dans quelques endroits c'eft du fable; mais en géné-
ral il eftde terre graffe, & la Mer eft ordinairement tranquille vers le riva.
ge. ] Il y a dans la partie Nord-Eft de la Baye, un roc, qui forme une forte
de Quai, dont les Chaloupes peuvent s'approcher. Cette flation feroit excel-
lente, fi elle n’étoit expofée aux fouffles violens qui fortent des Vallées, fur-
tout aux mois de Novembre, Décembre & Janvier, & qui ont quelquefois
tant d’impétuofité qu’ils enlevent un Vaifleau de deffüs fes ancres. Cette dif:
race étoit arrivée quelques mois auparavant à une Frégate Portugaife. La
Baye n’eft pas plus sûre dans la faifon pluvieufe & dans celle des vents incer.
tains. Elle eft ouverte aux vents Sud-Eft, Sud & Sud-Oueft, qui y foulèvent
quelquefois les vagues, jufqu’à pouvoir brifer un Bâtiment contre les rocs de
la Côte. Mais pendant le refte de l’année, l’ancrage eft fort bon; fur-tout
aux mois de Mars, d'Avril & de May, où l'on n’a le foir que des vents doux
de mer; &, toute la nuit jufqu’à dix heures du matin, de petits vents de ter-
re fort agréables. Roberts ajoûte que la Baye de Ferrière eft plus fréquentée
que celle de Fuerno, parce que celle-ci eft beaucoup moins connue (e).
Sc10 eft une autre Baye de l’Ifle de Saint Jean, belle & fabloneufe, mais
dont l'entrée eft difficile, & qui n’a pas d’eau douce. Celle de Sal- Point on
de la Pointe de Sable, fe trouve décrite dans le Journal de Roberts, & mai-
heureufement célèbre par fon naufrage. L’Ifle a quelques autres Bayes; mais
qui méritent peu d'attention. À l'extrémité des petites Ifles, vers la pointe
laquelle un petit Vaiffeau peut mouiller. Qiaigr elle ait quantité de rocs &
prefque par-tout ailleurs autour de ces Ifles,] depuis fept jufqu’à douze brafles,
& la difpofition du lieu fait qu'on y peut entrer & qu'on en peut fortir fans
danger (f).
(e) Roberts pag. 434. & fuiv. |
(f) Ibid. pag. 435. Avec quelque netteté
qu'on s'efforce de rendre les. idées de Ro-
berts, ileft difficile que le Lecteur ne s’ap-
pergoive pas fouvent de fa négligence, Mais
on a mieux aimé lui laiffer quelquefois fon
obfcurité que de fuppléer témérairement à
des noms, ou à des chofes fur lefquelles 0
n'a pas d’autre témoignage que le fien. R. d.T:
ç. VIT.
côtés
lieuës
ftérile
mais q
tion el
que c«
dix lie
LA
jafqu’à
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.(a) D
cviron vin
de Sal. V
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Ce) Ib
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Le ri-
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Cette dif-
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réquentce
(eo).
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l- Point où
10 mal-
es; mai
la pointe
in ], dans
de rocs &
ême que
Ze brafles,
fortir fans
jquefois fon
brairement à
efquelles 01
fien, Rd. 1
(. VIT.
dviron vingt-deux licuës à [l'Oucft] Sud-Oucit
DIFFERENTES PARTIES pe L'AMRIQUE, Liv. V. Car, VI. 205
ç VIT.
fe de Saint Nicolas.
UIVANT le Capitaine Roberts, Saint-Nicolas, où San-Nicolao, qui eft
S le nom er ufage parmi les Habitans, s'étend plus en longueur que les au-
tres Ifles du Cap-Verd, à l'exception feulement de S. Jago. Paraghifi, fon
principal Port, eft éloigné (a) d'environ trente licuës à l'Oueft de Palmera
dans l'Ifle de Sal. Elle eft à 16 degrés 45 minutes de latitude du Nord, & à
6 degrés 52 minutes de longitude Oueft du Cap-Verd (b).
DAMPIERRE dit que fa forme eft triangulaire ; que le plus long de fes trois
côtés, qui eft à l’Eft, n’a pas moins de trente lieuës, & les deux autres, vingt
lieuës chacun. 1l ajoûte qu'elle eft montagneufe, & que toutes fes Côtes fonc
ftériles (c ).
RoserTs la repréfente généralement comme une terre (4) fort haute
[avec plufieurs grandes Vallées.] Sa partie la plus élevée eft une forte de pain
de fucre, qu’on peut nommer une montagne, dont le fommet forme un pic,
mais qui ne fe termine pas en pointe. On l'appelle Monte Gourda. Sa fitua-
tion eft au Nord-Oueft de l’ffle, (e) mais affez loin dans les terres. De quel-
que côté qu'on arrive par la Mer, onle découvre à la diftance de neuf ou
dix lieuës (f).
La Côte de Saint-Nicolas eft fi libre & fi nette, que depuis la pointe Eft
jafqu’à une demi-lieuë de celle du Sud-Oueft, un Vaiffeau peut fuivre le
rivage à la portée de la voix (g).
Dans la faifon des vents variables, l’Ifle n’a pas de Rade qui foit fûre;
Mais lorfque le véritable vent de commerce eft arrivé, elle a deux ou trois
Bayes d’une bonté médiocre. La plus voifine de la Ville eft celle de Paraghifi,
où l'on peut mouiller affez fûrement, parce que le vent n’y fouffle jamais que
du rivage. Elle a même une Crique, où l'on peut jetter l'ancre (h) entre qua-
tre amarres de terre, Mais Roberts décrit une autre Baye, où 1l aima mieux
mouiller, pour fe mettre à couvert de l'importunité des Habitans. Quoiqu'il
ne la nomme pas, il y a beaucoup d'apparence que c’eft celle du Puerto Velo.
Celle de Paraghifi n’eit qu’un boyau fort étroit entre deux pointes de roc, où
les Bâtimens peuvent demeurer en effet comme dans une Rivière, foit fur
une feule ancre, foit à l'appui d’une fimpleamarre; & cette fituation les ex-
pofe à fe voir fans ceffe incommodés par le concours des Habitans. Le chemin
de Paraghifi à la Ville eft prefque uni; ce qui eft fort rare dans toutes ces If
les, où la terre eft coupée de toutes parts (à) par des rochers & des monta-
gnes. Au Nord de Paraghifi, à la diftance d’une demie-lieuë, on trouve un
petit banc de fable, qui n’eft couvert que de quatre brafles d’eau (k).
Ox
Ca) Dampierre dit que S. Nicolas eften- Pointe Oueft.
(f) Ibid. pag. 115.
(g) Ibid. pag. 442.
(b) Ibid. pag. 441.
(i) Ibid. pag. 21 & fuiv.
CR) Ibid, pag. 344
de Sal. Vol. I. pag. 74.
(b) Roberts, pag. 436.
(c) Dampierre, Vol. I. pag. 74,
(d) Roberts, pag. 23.
Ce) Ibid. pag. 441, Roberts dit, vers la
Cc3
ROnrrT:,
En
divers tes,
Sa fituation
& fagrandeur.
Monte Gour-
da,
Difpoñition
d'une partie
des Côtes.
Baye de Pa-
raghifi.
Pucrto Vel.
ho.
ROPrERTS,
En
divers tems.
Porto Lappa.
Currifal,
Petra deLoo-
ma,
Ces Baycs
font peu fré-
quentées,
Baye de T'er-
rafal ou Tre-
fal,
L'eau com-
mune à Saint-
Nicolas,
l'apportent à très-bon marché fur le dos de leurs Anes. De la Baye de Tré-
VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ox rencontté enfuite ia Rade de Porto Lappa, fur laquelle on ne peut fe
tromper, parce qu'elle fe préfente d'elle-même au Sud de l’Ifle. Mais le fond
eft fort mauvais pour les cables & les ancres.
A l'Eftde Porto Lappa, prefqu’à moitié chemin entre cette Rade & la Poin.
te Eftde l'Ifle, on trouve celle de Currifal (2), qe a de l’eau fraîche en abon.
dance, & dans une fituation fort commode pour les Vaiffeaux. Le meilleur en.
droit pour jeiter l’ancre, eft à l'Eft, où l'on eft fort à couvert. On a devant
foi Petra de Looma, ou le Roc terrible, contre lequel la Mer vient fe brifer
avec-un bruit continuel, ce qui a fervi vrai-femblablement ( m ) à lui faire don.
ner ce nom. Cette Rade r’éft pas favorable au Commerce, parce qu’elle eft
fituée à feize ou dix-huit milles de la Ville, & le chemin parfemé de rocs,
avec la néceflité de defcendre & de monter fans ceffe (n).
Toures les Bayes qu'on vient de nommer, fur-tout celles de Paraghifi & de
Currifal, font peu fréquentées par les Etrangers; & la feule raifon que Ro:
berts en ait pû trouver, c'eft qu'elles n’ont aucune marque à laquelle on puiffe
les reconnoître. Cependant fi l’on excepte la faifon des Tornados, ilfe trou.
ve toûjours au long de la Côte, des Pécheurs ou d’autres Infulaires, entre
lefquels on peut fe procurer un Pilote. D'ailleurs, en faifant voile avec un
peu plus de lenteur à la vûe du rivage, on donne le tems aux Habitans de
s’aflembler près des Bayes, en aflez grand nombre pour en faire remarquer
l'ouverture (0).
La plus célébre Rade de l’Ifle Saint Nicolas eft celle de Tarrafal, ou Tre.
fal, qui eft fituée à l’Oueft de l'Ifle. Elle eft aifée à diftinguer par la mul-
titude de grandes Barques que les Infüulaires y ont fans ceffe, & qui entrent
ou fortent continuellement. Cette Baye eft fort nette. On y trouve par.
tout un excellent fond, particulièrement dans la partie du Nord. Du ci.
té de la Mer, à la diftance d’un quart de mille du rivage, la Nature a pla-
cé un rocher pointu, & des deux côtés de cette Pointe, deux Vallées aufli
étroites que profondes, d'où le vent fort quelquefois fort impétueufement.
Si l’on veut fe garantir de ces dangereux fouffles, il faut jetter l'ancre vis-à.
vis cette Pointe, c’eft-à-dire entre les deux Vallées, où l’on trouve depuis
feize jufqu'a trois brafes. |
RoBERTSs remarque encore que l'entrée de la Baye eft traverfée par un
grand Banc de fable, mais couvert d'environ dix brafes d'eau; & qu'après
l'avoir pañlé,on fe trouve fur un fond de douze, treize & quatorze brafles,
qui diminue graduellement jufqu’à quatre ou cinq (p). L
IL n’y a prefqu'aucun endroit dans la baffe terre de l’Ifle, où l’on ne puif-
fe trouver de l’eau en creufant ; excepté lorfque la faifon des pluyes a man-
qué. Mais on n’a pas befoin de ce fecours, parce_qu’à un demi- mille de
la Mer, on a toûjours de fort bonne eau dans la Vallée, d’où les Habitans
206
fal
(n) Ibid. pag. 25.
Co) Ibid. pag. 443.
cy(p) Voyage de Cawley, pag. 4 [onle
trouve dans le IV. Volume du Recueil de Dam-
pierre. Ce Capitaine, ayant mouillé au Sud-Eft
de l'Ifle, y trouva de l’eau fraîche en creu-
fant des puits. ]
(1) Sur la poñition que Roberts donne ici à
Currifal, & fur d'autres circonftances, on eft
porté à croire que cette Baye devroit être pla-
cée dans la Carte, proche du lieu où l'on a
mis Porto Ghacy. Sur ce qui regarde Currifal
Voyez Roberts, pag. 17. 120.
(m7) Roberts, pag. 441.
verneu
une V:
qu’elle
étoient
Jan:
tems (
far fon 4
que ce
noirs, Q
petit no
Pilote (
eut fe
e fond
a Poin-
n abon-
leur en-
devant
e brifer
ire don-
elle eft
le rocs,
if & de
que Ro-
on puiffe
fe trou-
s, entre
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bitans de
emarquer
, ou Tré-
ir Ja mul-
ai entrent
ouve par
Du cû-
e a pla-
llées aufli
eufement.
cre vis-à-
ve depuis
ée par un
0 1
qu'aprés
Le braifes,
on ne puif-
es a man-
- mille de
s Habitans
e de Tré-
fal
4 [onle
il de Dam:
lié au Sud-Eft
des Chiens (4).
lui même de
avoir reçus des Habitans Cr)
ON eft étonné avec rai
Relation, d'autre nom à
nombre de ces Ifles (x ).
(q) On ne trouve en aucun autre endroit
Pfle des Chiens, mais c’eft apparemment la
même que l'Ifle Chaon.
Cr) Ibid. pag. 439.
(s) Roberts, pag. 752. 25. 43.
(t) Dampierre, Vol. I. pag. 74
: (v) Voyage de Lybie par Jannequin, pag.
15.
(x) Voyage à Surate, pag. 38.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Ciar. VI. 207
fal on peut découvrir, dans un jour ferain, toutes les Ifles qui font fous le, Ronenrs.
vent. Sile tems eft un peu obicur, on n’apperçoit pas celle de Chaon, ou
. La Ville de Saint-Nicolas eft une des mieux bâties & des plus peuplées
de toutes les Ifles du Cap-Verd. Cependant les maifons n’y font pasfigran- Ville.
des qu'à S. Jago, fi bien cimentées, ni fi bien couvertes. Les toîts,
glife, n’y font que de chaume, ou de feuilles d'arbres. A
l'égard du refte, & fur-tout de la régularité des rues, Saint-Nicolas l’em-
porte fur S. Jago même. Mais quelque tems avant le Voyage de Roberts,
un Pyrate Anglois, nommé le Capitaine Avery, ayant relâché dans l'Ifle ,
brûla une partie de la Ville, fur quelques fujets de plaintes qu'il prétendoit
CC-
on que Roberts n'ait placé, ni la Ville de Saint-
Nicolas, ni celle deS. Jego dans fa Carte.
RoserTs aflüre qu'avant la famine, Saint-Nicolas avoit plus de deux mil-
le Habitans , & que le nombre ne füurpafle pas aujourd’hui (y) treize ou qua- Habicans de
torze cens. Ils ont un Prêtre Portugais pour le Gouvernement eccléfiaftique; Saiit-Nicolas,
car ils font tous profeflion de la Religion Romaine, Mais quoiqu’elle y foit
plus pure que dans les autres Ifles, & qu’à S. Jago même, c’eft-à-dire mé-
lée de moins de fuperftitions, ils font d’un caraétère fi dur & fi peu docile,
que ce Guide fpirituel a beaucoup de peine à les conduire.
noirs, ou couleur de cuivre, avec les cheveux frifés, à l’exceprion d’un
petit nombre de race Françoife , qui ont été laïflés dans l’Ifle (. , par le
Pilote (z) Maringouin, & de trois vieux Portugais, avec deux ou trois
Ils font tous ou
vieilles
(y) Roberts dit que dans l’efpace d'onze
ou douze mois avant fon arrivée, il en étoit
mort cinq-cens de faim. Dapper rapporte
qu'en 1625. il n'y avoit dans l'ifle que dix-
neuf perfonnes, fçavoir huit hommes , fept
femmes & quatre filles.
(3) Environ vingt ans avant l'arrivée de
Roberts, pag. 156.
(a) Angl. par le Pyrate. KR. dE.
En
divers tems,
Etat de la
Silence de
Il ne donne pas même dans fa Roberts fur fa
a Ville de Saint-Nicolas, que celui de l’Ifle; & quand fituation.
il dit que Paraghifi en eft plus proche que toute autre Rade, il ne Ja faut
kf-connoître que par le nom général de la Vie (5) [demême quand il dit que
Terrafal en eft éloigné de feize à dix-huit milles, & Porto Lappa de douze,
on n’en peut conclure autre chofe finon qu’elle eft à huit milles de Paraghifi,
comme nous l'avons placé dans nôtre Carte.]
DaMrIERRE, quiaborda au Sud de l’Ifle en 1683, raconte (+) que le Gou-
verneur l’étant venu voir au rivage, lui dit que fa Ville Capitale étoit dans une Vallée.
une Vallée, à quatorze milles de la Baye où le Vaiffeau avoit jetté l'ancre;
qu’elle contenoit plus de cent familles, outre quantité d’autres Habitans qui
étoient difperfés dans des lieux plus éloignés.
Jannequin dit que de toutes les Ifles du Cap-Verd, il n’y avoit de fon
tems (u)que May & Saint-Nicolas qui fuffent habitées. C'eft peut-être
fur fon autorité qu'Ovington compte dix Ifles défertes, entre douze qui font le
Elle eft dans
Nombre des
RonenTs,
En
divers tetus,
Adreffe &
modeftie des
l'emmes,
Caractère des
Jlabitans,
Produétions
naturelles de
Saint-Nico-
las.
208 VOYAGES DES ANGLOIS EN
vieilles femmes de la même Nation (D). Dampierre obferve que le Gou.
verneur, dont il reçut la vifite, avec celle de trois ou quatre Infüulaires des
plus diftingués, étoit le plus blanc de ceux qu’il avoit vûs, mais qu'il ne
lailoit pas d'être fort bazané. Ils étoient vêtus affez honnêtement, & tous
armés d'épées & de piftolets. Mais leur cortége, qui étoit compofé de
trente ou quarante hommes, ne paroiffoit qu’un tas de miférables, dont la
nudité n'étoit cachée que par quelques vieux lambeaux d'habits (c).
Lys Femmes de l’Ifle ont beaucoup plus de hardiefle à fe fervir de leurs
mains & de leurs éguilles, que celles de toutes les autres Ifles. Celle qui fe
préfente en Public vec une cocffé fans broderie, dans le goût des femmes
de Bona-Vifta, eft accufée de parefle & de grofliéreté. Elles font auf
plus modeftes, & jamais on ne les voit paroître nues devant les Etran.
gers, comme elles en ont l’habitude à Saint-Jean. . Si elles ne font point
à travailler aux champs , on les trouve toûjours occupées à coudre ou à
filer (d). :
C'esrT dans l’Ifle de Saint-Nicolas qu'on parle la Langue Portugaife, avec
une éxaétitude qui eft rare dans les mcilleures Colonies de cette Nation. Mais
fi les Habitans ont cette reffemblance avec les Portugais par le langage, ils
ne reffemblent pas moins à la Populace du Portugal par leur inclination à vo-
ler les Etrangers, & par leur foif pour le fang, lorfqu'’ils font animés par
quelque fujet de haine. Ils fe fervent de leurs couteaux avec autant de cruau-
té que d’adreffe, Roberts prouve leur goût pour le larcin, par fon propre
éxemple. Lorfqu'il fe trouva dans leur Ifle avec un feul Matelot, en 1722,
ils entrérent dans'fa Barque en affez grand nombre, & remarquant l'endroit,
où Roberts avoit placé ce qui lui reftoit de plus précieux , ils prirent droit de
fon infortune pour s’en faifir, en lui difant avec une impudence extrême,
que fa Barque & tous fes biens étoicnt à eux, parce qu’il n'auroit p éviter de
périr fans leur fecours, & qu’ils lui avoient apporté quelques bouteilles d’eau
fraîche. , Double fauffeté , ajoûte Roberts, car j'étois en fûreté fur mon an-
, cre; & l’eau qu'ils avoient apportée pour moi, ils l’avoient employée à
» leur propre ufage (e). ;,
À l'égard des produétions naturelles de cette Iile, Roberts obferve qu'on
y trouve les mêmes fortes de fable & de pierres qu'à Saint Jean; & les Ha-
bitans prétendent fur une ancienne tradition , qu'elles contiennent de l'ar-
gent & de l'or, qu’ils ignorent la manière d'en tirer. L’Ifle produit aufli du
Salpètre & du Beurre d’or, mais en moindre quantité que S. Jago & Saint-
can.
: DaAmpPIERRE raconte que malgré les montagnes de Saint-Nicolas & la
ftérilité de fes Côtes, il y a au centre de l'Ifle des Vallées où les Portugais
ont leurs vignobles & leurs plantations, (f) avec du bois pour le chauffage.
Le terroir, fuivant Roberts, eft fertile pour le maïz, pour les plantains,
les bananes, les courges, les melons d’eau & mufcats, les limons, les limes,
& les oranges douces & amères. On y voit quelques cannes de fucre, dontles
Habitans font de la mélaffe. Ils ont des vignes, dont ils tirent, dans les bon-
nes
(e) Roberts, pag. 444. & 125. & fuiv.
(Ed Roberts pag. 444
(f ) Dampierre, Vol, I, pag. 74.
c) Dampierre, Vol. É pag. 74. & fuiv.
(d) Ibid, pag. 437. ; :
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de cruau-
n propre
en 1722,
l'endroit,
at droit de
extrême,
éviter de
billes d’eau
r mon an-
ployée à
ve qu'on
Sc les Ha-
nt de l'ar-
it auffi du
po & Saint-
colas & la
s Portugais
chauffage.
lantains
les limes,
re, dontles
ans les bon-
nes
$. & fuiv.
74
DIFFERENTES PARTIES px L'ATRIQUE, Liv. V. Car. VI. 209
nes années, foixante ou quatre-vingt pipes d’un vin (g) tartreux. Roberts en Rovers
apprit la quantité par la dîme du Prêtre. Le prix ordinaire eft de trois livres
fterling par pipes mais il eft rare qu'on en trouve encore vers le tems de
Noël; £ la vendange (h) de l'Ifle fe fait au mois de Juin & de Juillet.
produit y eft devenu fi rare, que Roberts doute fi l'on recueille annuellement
vingt ou trente livres de cette gomme, & le plusfouvent (i) corrompue &
falfifiée,. Les Habitans attribuent la ruine de leurs arbres au Pyrate ÆAurry,
qui ayant brûlé leur Ville & coupé leurs figuiers L'une faire des Chaloupes &
des Éfquifs à fa Flotte, les mit dans la néceffité d'employer leurs dragons à
faire les lambris & les planchers de leurs nouveaux édifices. En effet, on ne
voit guères d'autre bois dans leurs maïifons; quoiqu'étant creux, avec peu de
xS-dureté dans fa fubftance, il ne foit pas extrêmement propre à bâtir. [ L'on a
deux méthodes pour tirer de cet arbre la gomme qu'on nomme Sang-de-Dra-
gm. D'abord, c’eft par incifion, comme cela fe pratique dans les autres ef-
péces d'arbres dont on tire des réfines. La feconde méthode eft de faire bouil-
ir dans l’eau les branches de cet arbre, dont ces Infüulaires ont l’art de fépa-
rer la gomme; Mais alors elle n’eft, ni fi claire ni fi bonne que celle qui fe
tire par incifion.
AvaxT la dernière famine, les chèvres, les porcs & la volaille (k) étoient
En
ivers tems.
Vignes &
i c ... Yinqu'on en
ON y trouvoit autrefois beaucoup de Sang-de-dragon, mais l'arbre qui le ti
re,
Sang-de-dra-
Beftiaux &
fort communs à Saint-Nicolas; mais quoique cette difgrace n'eût duré que Volaille.
trois ans, Roberts affüre qu'elle y avoit caufé plus de ravages que dans tou-
tes les autres Ifles, parce que le Pays n'ayant guères d'autre commerce que
celui (/) des Anes, il n'y paroïfloit pas fouvent un Vaiffeau dans l’efpace de
deux ans, fur-tout depuis que le befoin de ces animaux étoit diminué aux
Indes Occidentales. C’eft ce qui avoit rendu les Habitans plus induftrieux
que tous leurs voifins (m ). Dansun tems plus heureux , ils avoient une fi grande
abondance de Chèvres & de Vaches, que fans diminuer le fond, parce qu'ils
‘x les tuoient qu’à proportion du map ils embarquoient AR ap
fur les Vaiffeaux annuels du Portugal, deux milles peaux de Chèvres, des
trois Îfles de Saint-Nicolas, de Sainte-Lucie & de Saint-Vincent, & cent
peaux de Vaches qui ne venoient que de Saint-Nicolas. Mais la famine y
avoit réduit le nombre des Vaches à quarente; & celui même des Chèvres
fauvages étoit tellement diminué, ni Gouverneur dit à Roberts, qu'il ne
falloit pas efpérer, de trois ans, qu’on en pûtfaire pañler en Portugal (n).
RoBEerRTs avoit cmporté de Bona-Vifta dans fa Barque une Genifle de l’an-
née, dont le Capitaine Manuel Domingo lui avoit fait préfent, pour la tuer
dans le voyage, & lui fervir de nourriture. L’ayant confervée vivante, il
voulut la donner dans l’Ifle de Saint-Jean à Nicolas Gonfalvo, chez qui il
avoit logé. Mais le Gouverneur s’y oppofa, fous prétexte que « droit d'élever
(g) Cawiey dit que le vin eft mauvais.
Dampierre obferve ( Vol. I. pag. 74.) que le
vntire, pour le goût, fur celui de Madère,
mais qu'il eft pâle & épais.
ti Roberts, pag. 436.
i) Ibid. pag. 438. & fuiv.
(k) Dampierre dit que les Chèvres n'y font
III. Part. Dd
pas auffi bonnes que dans la plûpart des au-
tres Ifles, mais qu'elles font meilleures qu’à
Sal. Vol. I. pag. 74.
(1) Il dit ailleurs que S. Nicolas eft l’Ifle là
plus célèbre pour les Anes, pag. 342,
(m) Roberts. pag. 436. & fuiv.
(n) Ibid, 457. ha
RonrrrTs.
En
divers tems,
Réparation
néceflaire
dans l’Ifle.
Induftrie des
Habitans pour
fe vétir.
Leur Com-
merce préfent:
210 VOYAGES DES ANGLOIS EN
& de nourrir des Vaches n'appartenoit qu'au Seigneur Propriétaire [ & dans k#
la réalité parce que Gonfalvo étoit parent de fon prédécefleur, qu'il n'aimoit
oint.] Roberts propofa de faire ce préfent à Manuel Souar Gum, parent du
Douvémeut. Alors, l'intérét propre fe déguifant fous un autre prétexte, le
Gouverneur accorda fon confentement, parce qu'on pouvoit efpérer, difoit.
il, que cette Genifle ferviroit à produire un nouveau troupeau pour le Pro.
priétaire (0).
L'inpusTrre des-Habitans de S. Nicolas fembloit promettre, au juge.
ment de Roberts, que leur Ifle feroit bientôt repeuplée des efpèces d'animaux
qui s'accommodent le mieux du Pays, fur-tout de Porcs & de Volaille, dont il
y avoit déja peu de familles qui ne fuffent affez bien pourvûes. Cette répara.
tion, s'étoit faite dans l’efpace d'environ trois ans [ avec dix porcs feulement
autant de piéces de volaille, & la moitié moins de chèvres, ] & le fuccès en
avoit été fi est (p) ge auroit déja pû charger à fort bon marché un
Bâtiment, de Volaille, de Porcs; & même de Chevaux, dont la race étoit
venue de Bona-Vifta, depuis quatorze ans, par les foins d’un Capitaine Fran.
çois, nommé Rolland (q).
Les Habitans de Saint-Nicolas fe font des habits d’étoffe de coton, dans
la même forme que ceux de l'Europe, & fçavent travailler les boutons fur
tous les modéles qu’on leur préfente. Ils fe font des bas de fil de coton, &
d’'affez bons fouliers, du cuir de leurs Vaches & de leurs Chèvres, qu'ils ont
l'art de tanner fort proprement. Ils faifoient aufli de leur coton plufieurs for.
tes de draps, & de matelats, qui étoient trop bons pour le commerce de
Guinée, & cue les Portugais venoient prendre pour celui du Bréfil, Mais à
force d'en tirer, ils ont (n) rendu le coton aufñii rare que dans toutes les autres
Ifles du Cap-Verd (5), à l’exception de Bona-Vifta. D'ailleurs S. Nicolas
n’a jamais été d’un grand commerce. Ses Anes & fon Coton, avec quelques
rafraîchiflemens pour les Vaifleaux, ont toñjours été fes principales richelles.
Le Capitaine Cawley, qui y étoit en 1613, acheta des Habitans une provi.
fion (#) de plantains, de bananes & de vin. Il femble qu'aujourd'hui h
meilleure partie de leur Commerce fe réduit aux Tortues, dont ils prennent
un grand nombre, & à quelques autres poiflons, dont la pêche les .éxerce
beaucoup. Leur Ifle eft la feule du Cap-Verd où l’on trouve une multitude
de Barques, qui leur fervent à pêcher entre les Ifles de Chaon, de Branca,
de Sainte-Lucie & de Saint-Vincent. Ils vendent leur poiflon argent comp
tant, ou pour les commodités dontils ont befoin. Les Portugais, qui prenoient
dans l’Ifle, des draps de coton & des matelats pour le commerce du Bréfil,
payoient ordinairement ces marchandifes en monnoyede Portugal, parce qu'ils
n'appportoient pas de commodités qui fatisfiffent les Habitans. C'étoient les
François & les Anglois qui leur fournifloient des uftanciles & d’autres mar-
: chandifes de leur goût, pour lefquelles ils tiroient d'eux en échange des Anes
& des rafraïchiflemens. Mais la même famine qui détruifit leurs beftiaux,
fit fortir aufli de l’Ifle tout l'argent que les Portugais y avoient laiffé; “
ans
(o) Roberts, pag. 439. & fuiv. RE.
(p) Ibid. pag. 441. (s) Ibid. pag. 437.
(q) Ibid. pag. 439. (t) Dampierre, Vol, IV. pag. 4
(r) Angl. Mais ia féchereffe y a rendu.
Les Carte
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dans
DAS. 4
DIFFERENTES PARTIES vs L'AFRIQUE , Liv. V. Cnar. VI, oz
dans le befoin où ils étoient de toutes fortes de fecours, un Vaiffeau qui leur
apportoit les moindres provifions étoit für de fe les faire payer à grand prix (v).
C'roir autrefois le Marquis das Minbas, qui étoit Seigneur propriétaire
de l'Ifle de Saint Nicolas, comme de celles de Sainte Lucie, Saint Vincent
Saint Antoine. Mais, après fa mort, le Roi fe remit en poffeffion des trois
remières, parce que Saint Antoine étoit la feule qui fût héréditaire dans la
laifon das Minhas. Le Marquis envoyoit, chaque année, un Vaiffeau dans
ces trois Îfles, pour en R 4 if les peaux de Chèvres & les cuirs; feul avan-
tage qu'il ait jamais tiré de la Conceflion du Roi (x ).
fes de Chaon, de Branca E de Sainte Lucie.
Ce trois Ifles font également dépourvûes d'Habitans & d'eau douce; &
les deux rate n'ont pas même de Beftiaux. L'Ifle , ou plûcôt le Roc
de Chan, eft éloignée d'environ trois lieuës, au Nord-Oueft, de Terrafal,
Les Habitans de Saint Nicolas y vont à la pêche «ns ‘eurs Barques. Le fond
eft fort mauvais entre Chaon & Branca.
Izna Branca (y), ou l’Ifle blanche, eft un Roc forc haut & fort efcar-
pé, à deux ou trois milles de Chaon, entre Eft-Sud-Eft & Ouet-Nord-Ouelt.
On y vient pêcher auffi de l’Ifle Saint-Nicolas. Au Sud de l’Ifle ou du roc, la
Nature a formé une forte de Crique ou d'ouverture, qui peut recevoir les Bar-
ques, mais fi dangereufe dans les grands vents, que les Pêcheurs de Saint Ni-
colas la fréquentent peu, quoique le poiffon y foit dans une extrême abondan-
ce. Roberts fuppofe que cette Îfle a tiré fon nom d’une veine blanche qui s’é-
tend au long de la Côte du Sud, & qui préfente de loin comme des Collines
de fable blanc. Entre Branca & Sainte Lucie le fond eft inégal, & brifé par
quantité de rocs dans l’eau & dehors. Cepandant, avec beaucoup de précau-
tion, un Vaifleau peut y pañler fans péril; mais l'entreprife eft dangereufe
pour ceux font étrangers dans ces Ifles. Branca produit le Guana, animal
fort connu
tre Ifle du Cap-Verd. Sa forme reffemble beaucoup à celle du Lézard. On en
voit, à Branca, de quatre ou cinq pieds de lon
Ronenre,
En
divers tems.
Ancien Sci-
neur deSuint-
icolas,
Trois Ifles
défertes &
fans eau,
Defcription
de Branca.
Guana, forte
ans les Indes Occidentales ; mais qui ne fe trouve dans aucune au- de lézard.
(z).
SainTE Lucie eft fituée à l’Oue “Nord-Ouelt de la partie Nord-Oueft de Defcription
Saint Nicolas, à la diftance de trois ou quatre lieuës. Elle a deux fort bonnes de Sainte Lu-
Bayes, l’une au Sud-Oueft, l’autre au Sud-Eft de l'Ifle. Les Chèvres & les ‘“
Anes y font en aflez grand nombre (a), mais elle n’a pas d’autres Habitans.
Le Canal qui la fépare de Saint Vincent eft firempli de rocs, qu'un Vaifleau
ne peut s’y engager fans témérité (b).
FRÉZIER obferve (c) quela Mer auxenvirons de ces Ifles, eft brillante &
comme enflamée pendant la nuit, jufqu’à jetter des efpéces d’étincelles pour
peu
(u) Roberts, pag. 440. C'eft-è-dire, que 3) Roberts, pag. 445. & fuiv.
tout leur manquant pour les échanges, il fal- a) Barbot s’eit bien trompé dans la Def-
loit qu'ils donnaffent leur or & leur argent. cription dela Guinée (pag. 538 ) lorfqu'il a dit
d. T. | que cette Ifle eft la plus peuplée après S. Jago.
te Fos pag. 437. & one, ; (b) Roberts, pag. 446.
y) Branca, eit une corruption de Blanca. c) Voyage à G , pag. 9. &
Les Cartes la nomment J/ba Ronde. tu, DÉS tt DS
Dd 2
ROBRATS.
En
divers tems,
Phénoméne
Mer,
Bayes de
Saint Vincent,
Defghat.
Porto-Gran-:
de,
Defcription
de cette Baye.
Propre à cette
212 VOYAGES DES ANGLOIS EN
eu qu'elle foit agitée par le mouvement des Poiffons ou par celui d'un Vif.
Rau. Quoiqu'il eût vû, dit-il, quelques explications de ce Phénomence dans
Rohault & dans quelques autres Philofophes, il n'auroit pas ceflé de le trou.
ver incroyable, s'il n'eût été convaincu par le témoignage de fes propres
Yeux. ;
$ VIII
Îfles de Saint Vincent EŸ de Saint Antoine:
AINT Vincent, que les Portugais nomment San-Wicente, eft une Ille bal
fe & fabloneufe du côté Nord-Eft, mais haute dans la plüpart de fes au-
tres parties, & fort riche en Rades & en Bayes.
LA principale de fes Bayes au Nord, eft celle De/ghat, qui s'étend vers le
Nord-Ëft entre deux Pointes [ fabloneufes ve belles; ce qui n'empêche pass
que la Mer n'y foit tranquille, & que les Vaiffeaux n’y puiflent mouiller fü.
rement contre le rivage; mais l'entrée en eft fidifficile avec le vent de Com-
merce, qu'elle eft peu fréquentée, Cependant les Pêcheurs de Saint-Nicolas y
re à la chaffe des Tortues, & faififlent le calme du matin pour y entrer
à la rame.
Du côté Nord-Oueft, vis-à-vis l'Ifle Saint Antoine, on trouve Port.
Grande, qui cftune grande & belle Rade, où l’on peut mouiller fur un excel.
lent fond de fable à l’abri de tous les vents. Elle fe fait reconnoître aifément
ar un roc fort élevé, qui a l'apparence d’une tour, à l'entrée même de li
aye, & près duquel on peut palier des deux côtés fans aucune craince ; [ Maist
fi l'on a deffein d'entrer dans la grande Baye, le meilleur eft d'aller avec la
marée contre le vent, en Jaiflant le Rocher à droite.] Si le vent fouffe au
long de la haute terre, on y efluye des bouffées fort violentes; mais on le
trouve plus égal lorfqu’on eft au-delà. On ne manque point d'eau fraîche ni
de bois dans la Baye; ni de Chèvres fauvages, fi l'on veut prendre la peine
de les tuer (a).
Frocer & Frézier, qui mouillèrent tous deux dans cette Rade, l'appelient
Baye S. Vincent, & donnent le nom de Pain de Jucre au Roc ou à l’Ifie (b)
qui eft à l'entrée. Ils n’en paffèrent qu’à la portée du moufquet. Frézier dit
du y trouva vingt-fept brafles de fond, & qu'il n’eft éloigné du rivage que
e la longueur de deux cables; qu'en tournant pour le pañler, les Vaifeaux
font expofés au fouffle d'un vent fort impétueux qui vient des montagnes
du Nord-Eft, & que plufieurs Bâtimens de l'Efcadre de M. Dugué.y perdi-
rent leur Perroquet ; que ce Roc, & la baffe terre du côté du Nord, qui s'é-
tend du pied des montagnes vers le Nord-Queft, & fort près de l’1fle Saint
Antoine, furent les fignes qui leur firent diftinguer, du Nord, l'entrée du
Canal entre les deux Ifles (c).
Izs. jettèrent l'ancre dans la Crique, Sud quart à T'Eft, fur dix braffes d'un
beau fond de fable & de gravier, un peu à l'Eft du Roc [ & à l'Eft de la poin‘
te
. (a) Roberts, pag. 446. & fuiv. gier le qualifie de pets]
(b) Voyage de Frézier à la Mer du Sud. (ce) Ibid. pag. 9. & fuiv..
drag. 51. | Froger l’appelleun grand roc & Fré-
n Vaif
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propres
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DIFFERENTES PARTIES o£ L'AFRIQUE, Liv. V, Car, VI 213
te de ftribord en entrant.] Ils defcendirent au rivage, pour tirer leur provi- Ronrnre,
fion d'eau d'une petite rivière, qui coule pendant une grande partis de l'an- En
née dansune petite Crique, la plus enfoncée au Nord de la Baye; mais qui ‘vers tm
ctoit alors à Rc(a).
Dans la Carte de Roberts, la forme de Porto-Grande diffère beaucoup du Différence
lan de (e) Frézier. Au contraire ce plan s'accorde avec les vieilles Cartes: mel
Follandoi es, excepté qu'elles font le roc de l'entrée beaucoup plus grand
que Frézier ne le repréfente. La pofition que Roberts donne à la même Baye
ne répond pas mieux à la latitude de Frézier, qui la place à feize degrés cin-
quante minutes du Nord, c'eft-à-dire, vingt-cinq degrés moins (f) que Ro-
berts. Si le calcul de Frézier eft éxaét, on doit accufer auñli d'erreur la laci-
tude que Roberts donne à 274 , & par conféquent la polition des trois
autres Ifles au Nord, qu'il aréglée fuivant cette latitude. Mais comme aucun
de ces deux Ecrivains n'avertit que fon jugement ait été le réfultat d'une ob-
! fervation aétuelle, on balance en faveur duquel on doit fe déterminer.
Ponro San-Pedro eft une Baye fort libre & fort nette de l'Ifle Saint Vincent, Morte Sar
vers la pointe Sud-Oucft, On y peut mouiller fur un fond de fable, à la pro- uno
fondeur qu'on veut choifir, Mais dans les faifons douteufes, il eft dangereux
d'y faire un long féjour, à caufe des vents imprévûs qui fortent impétueufe-
ment dela Vallée,
A l'exception de Sal , il n’y a pas d’Ifle entre celles du Cap-Verd, où l'on
prenne autant de Tortues qu'à Saint Vincent. Les Chèvres & les Anes y font
aufli en abondance, & le Salpêtre aulli commun qu'à Saint Jean, mais moins
eftimé dans fon efpèce. Roberts fit au feu l'effai de l'un & de l'autre, & trouva
| que le premier laifloit toûjours quelque fel fixe; au lieu que l'autre fe diflipe
! entièrement, à la réferve du moins de celui qui fe forme près de la Mer (4).
; La Flotte de M. de Gennes, qui toucha à Porto -Grande en 1695, y
à fit une pêche fort abondante. Entre plufieurs fortes de Poiflons, Froger enre- Péchedel'if.
\ marque un (h} qu'il appelle Bour/e, d'une beauté extraordinaire, des veux le Saint Vin-
duquel il fort des rayons, & quia le corps marqueté de taches éxagonales d'un
bleu fort brillant. L'unique rafraïîchifiement du Vaiffeau le Saint Tofeph , lorf-
1 que Frézier étoit à Saint Nicolas en 1712, fut une quantité extraordinaire de
$ Poiffon que l'équipage prit dans la Baye, Cependant il n'y a qu'une Crique, en-
7 tre deux petites pointes à l'Eft-Sud-Éft, où l'on puiffe employer le filet. Les
à X’autres lieux font fi pleins de rocs qu'on ne s’y fert que de l’hameçon [ L'on y . Poionde
trouve des Mulets, des Carangues, des Machorans, des Poules d'eau, des Sar- Sant Vineent,
dines, des Grondeurs, des Bécumes à dent blanche, & d'une efpèce qui ont une
queuë de rat, & des taches rondes par-tout.] lrézier donne la figure d'un de
ces Poiflons, qui étoit de la longueur de fix pieds, &qui reffembloit beaucoup
au Pertinbuabo du Bréfil. Frézier parle auffi de la Bourfe, qu'on a déja nommée
(i) d'après Froger. Il fut aifé de juger à la quantité d'écailles & de petites
fquelletes de Tortues, dont le rivage étoit parfemé, qu'il yen vient un trés-
grand nombre.. Les IHabitans de Saint Antoine s’y rendent tous les ans pour
cette
ï (d) Prézier pag. 4, (h) Froger, Rel:tion d'un Voyage à la Mer
j (2) Voyez la planche. du Sud, pag. 57
" (CF) Angl vingt-cinq minutes moins R, d. E. (5) Frégier ubi fup. pag. 12, & fuiv..
(g) Roberts, pug. 448,
Dd 3
TT EE
214 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Ronmnre cette En qui fait également leur nourriture & le fond de leur commer.
Lo ce L
divers tems, Froczx affüre qu'il fe trouve, à S. Vincent, des Tortues qui pèfent juf.
Tortues, qu'à trois & quatre cens livres. Il ne faut que dix-fept jours à leur œufs pour
acquérir toute leur maturité dans le fable ; mais les petites Tortues qui en for.
tent, ont befoin de neuf jours de plus pour devenir capables de + la Mer;
ce qui fait que les deux tiers font ordinairement la proye (1) des Oifeaux,
Froger vit arriver un Vaifleau de Nantes, qui venoit charger (m) des Tortues
Palcines, our la Martinique. Suivant le témoignage de Frézier, il y a beaucoup de
Jaleines dans les Bayes de Saint Vincent (n),
L'18 12 eft fort montagneufe & mal pourvûe (0) d'eau fraiche & de bois,
L'Equipage du Saint Jofeph ayant trouvé la petite rivière à fec, pénétra un
. peu plus loin & ne découvrit d'abord que des marais falés. A la fin, vers la
ointe Sud de la Baye, on trouva un petit ruiffeau qui defcendoit des rochers
Rareué de (p) vers la Mer. On creufa la terre pour y ramallér plus d'eau; mais on eut
l'eau douce. beaucoup de peine à la tranfporter à bord, parce que la Mer écoit fort agitée,
1oïque cette eau fût très-douce & très-fraîche, elle fe corrompit en moins
de huit jours. A deux cens pas du ruiffeau, il y avoit un Bois d'une forte de
Tamarin, affez aifé à couper, & fort proche du rivage ( 9).
SainT Vincent eftune ffle déferte, M. de Gennes y trouva vingt Portugais
de Saint Nicolas, qui s'y occupoient depuis deux ans à tanner des peaux de
Chèvres, dont le nombre eft fort grand. Ils ont des Chiens dreflés pour cet:
te Chaffe. Un feul prend ou tue chaque nuit douze ou quinze de ces (r ) ani:
L'IN: eft dé maux. Frézier raconte qu'il trouva dans la Baye quelques Cabanes, dont les
frte, Habl- bortes étoient fi balles qu'on n'y pouvoit entrer qu'en rampant fur les mains.
e
or oh our meuble, il y vit de petites bougettes de cuir, & des écailles de Tortues,
ve, ui fervoient de fiéges, & de vafes pour l'eau. Les Habitans, qui étoient des
égres, avoient pris la fuite à la vûe des François [ quoique ceux-ci euflente
cu la précaution de mettre pavillon Anglois.] On en découvrit quelques-uns
dans les Bois, mais fans pouvoir les joindre & leur parler. Ils étoient tout-à-
fait nuds (5).
A l'exception des [ Anes & ] Chèvres fauvages, dont il eft fort diffcilek
site d'approcher, on ne trouva point d'autres animaux qu'un petit nombre de
nou Pintades. La terre eft fi flérile qu'elle ne produit aucun fruit. Seule.
ment on rencontre, dans les Vallées , de petits bois tamarins, [des limo-t#
nicrs ] & quelques arbuîtes de coton. M. de Gennes (+) y découvrit auf
quelques plantes curieufes , telles que le Tithymallus - arborefcens ou l'Ef-
purge à branches; FAbrotanum-mas , d'une odeur & d'une verdure Lt
mirables ;
k) Frézier pag. 13. R. d. E.
1) Froger, ubi fup. pag. 52. (4) Frézicr, pag. 12.
m) Ibid, pag. 55. (r) Froger, pag, 52.
n) Frézier, pag. 13. (s) Ces Négres n'étoient apparemment que
Co) Froger, pag. 52. Dapper dit qu'on ne des Paflagers, venus pour tanner des peaux,
trouve d'eau qu'au Sud de l'Ifle; [ilycouleun car il ne paroît , par aucun Auteur, que l'Ifle ait
ruifleau de bonne eau fraiche de la plus haute jamais été habitée. Voyez le Voyage de Lybie
Montagne; mais toutes les autres eaux fentent par Jannequin, pag. 200. & Frézier, pag. 11:
le foufre & font faumäches]. Celie qu'on tire (t) Angl. Mr. Frézier. C'eft en effet lui
des puits eft douce mais peu agréable. qui fit cette découverte, KR, d. E,
(Dh) Angl. des terres efcarpées vers la Mer.
PARTIS ps L'ISLE jo sr
ent juf- GEDLELTE VAN'T p S' VINCEX
fs pour à
en for-
1 Mer;
ifeaux,
l'ortues
oup de
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DIFFÉRENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Liv. V. Cwar. VI 215
mirables ; une fleur jaune dont la tige eft fans feuilles ; le Palma- Chrif-
ti, ou le Ricinus- Americanus, que les Efpagrnols du Pérou appellent Pil-
krilla, & dont ils prétendent que les feuilles appliquées fur le fein des Nour-
rices attirent le lait, [ & fur les reins le fait pafler. ] Sa femence reflemble
éxaétement au pepin de la pomme des Indes. On en fait de l'huile au Pa-
| Hraguay. M. de Gennes (2) trouva aufli [quantité de Sedum de différentes
efpèces, dont il y en a qui ont les feuilles groffes & fphériques comme une
Aveline ] des pommes de coloquinte (x), & du Limonium-maritimum fort
xpépais; dy chiendent, de la lavande fans odeur [ &c.] II ajoûte que près
{ du roc qui eft à l'entrée de la Baye, on pêche quelquefois de l'ambre gris ,
& que 4 et en vendirent quelques piéces aux Vaiffeaux de la l'lotte
Françoife :
MN 7 TM Lists de Saint Antoine, ou Sant-Antonto , eft fituée à [dix ] fept
À degrés dix-neuf minutes de latitude du Nord, & huit degrés deux minutes
de longitude, Oueft du Cap- Verd, C’eft tout-à-la-fois la plus Occidentale
© & la plus Septentrionale de toutes ces Ifles. Frézier ne la met qu'à deux
! licuës de Saint Vincent, d’autres la mettent à fix lieuës. Sa terre eft fort
* haute, & ne le céde guëres de ce côté-là à celle de Saint Philippe ou de Fue-
| go. D'un autre côté, fi l'on confidère (2) la hauteur de fes montagnes &
M la profondeur de fes Vallées, elle n’a guéres moins de terrein que S. Jago. -
L'eau fraîche y eft en abondance (4).
S. ANTOINE n’a que deux Ports ou deux Rades, qui puifflent recevoir
ROnrRTe,
En
divers tems.
Ifle deSaint.
Antoine.
Sa fituation,
N les Vaifleaux à l'ancre. Le meilleur, qui eft à l'extrémité Sud-Oueft de Ellen’a que
MN l'Ifle, fe nomme Zcrrafal. De cette Rade à la Ville & aux Cantons habi- deux Rades,
MH cés du Pays, le chemin ef fi difficile & fi long qu'un Vaiffeau peut y de- L'errafal.
© meurer long-tems fans que les Infulaires en foient informés. Suivant leur
M propre témoignage , il ya quatre ou cinq jours de marche (b).
£ LA feconde Rade, qui eft moins une Baye qu'une Côte fabloneufe, porte
le nom de Praya Simone. Elle n’eft à l'abri d'aucun vent; mais on yeft ex- PrayaSimo-
* ne.
pofé fur-tout à celui qui fouffle avec beaucoup de violence dans le Canal qui
Axreft entre cette Ifle & celle de Saint Vincent. [ de forte qu'un Vaifleau eft
1 fouvent obligé delever l'ancre, avant que d’avoir fini fes affaires. ] La feule
HN reflource, dans les dangers preflans, eftde gagner Purto-Grande, Rade fûre,
N dont on a donné la Defcription dans l’article précédent. Cependant l’ancra-
| ge cft affez commode à Praya-Simone dans les tems favorables. On diftingue
à cette Baye par un petit Village, avec une petite Chapelle, qui fe préfentent
4x du côté du Nord [ & qui font les feules marques vifibles auxquelles on puifle
reconnoître ce côté de l'Ifle. T Une lieuë plus loin, en fuivant la Côte, on
découvre la Rade, où (c) l’on peut mouiller, dans la partie Nord-Eft,
fur douze brafles jufqu’à fept. A
î Au
RENE
La
+
(v) Angl. Mr. Frézier.
(x) Suivant Dapper la coloquinte s'y eft
tellement répandue qu’il feroit impoffible de
la détruire.
(y) Frézier, pag. 14.
(2) Dapper donne à Saint Antoine deux
hautes montagnes, dont l’une. dit-il, eftpref-
qu'auffi. haute que le-Pic de Ténérife, & ca-
che ordinairement fa tête dans les nues.
(a) Roberts, pag. 448. & fuiv.
( 5. C'eft au mauvais chemin que cela doit
être attribué, car l'Ifle n'a pas plus de trente-
cinq ou quarante milles de longueur, du Nord
au Sud.
(c) Roberts, pag. 452.
RODFRTS.
En
diverstems. une Barque. La Mer y eft tranquille, & le rivage fort doux [de forte qu'on fé
Crique nom-
mée Rivera de
Lrafa.
Fertilité de
l'Jfle.
Indigo de
Saint-Antoi-
ne,
Sa defcrip-
tion,
Coton.
Sa defcrip-
tion.
16 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Au Nord de la Chapelle, à la diftance d’une demie-lieuë , on trouve une
petite Crique , nommée Rivera de Trafa, où l’on peut être en fûreté avec
peut aifément y décharger & charger les Marchandifes. ] Le bois & l'eau
fraîche ne manquent pas dans la (4) Vallée. Dapper parle d’une autre
Rade au Nord de l'Ifle, à feize degrés cinquante minutes de latitude.
La multitude de ruiffeaux dont l’Ifle eft arrofée rend les Vallées fi ferti.
les, que Saint Antoine le difpute à toutes les autres Ifles du Cap-Verd pour
le Maïz, les Bananes, les Plantins , les Patates, les Courges, les Melons
d'eau & les Melons mufqués, les Oranges, les Limons, les Limes & les
Guaves. On y trouve aufli plus de Vignes; & fi le vin n’eft pas le meilleur
de ces Ifles, il nyena point (e) où il foit en plus grande abondance ni à
meilleur marché. Froger dit néanmoins que l'Ifle Saint Antoine a de bons
vins & d’excellens fruits; & que l'air y étant fort fain & fort tempéré, elle
peut pañler pour (f) un lieu délicieux. |
Iz y croît beaucoup d'Indigo. Les Marquis das Minhas y ont formé plu-
ficurs grandes Plantations, fous la conduite d'un Portugais qui a trouvé de
bonnes méthodes pour la féparation de la teinture. La plante, ou J'arbuite
qui porte l'Indigo, croît avec aflez de reffémblance au Genêt, mais elle à
moins de grandeur. Ses feuilles font petites, pâles, vertes [ remplies de fuct#
&7] affez femblables à celles du Bouis. On les cucille aux mois d'Oétobre &
de Novembre, pour les broyer en bouillie, dont on fait des tablettes & des
boules pour la teinture. [ De vertes qu'elles font d’abord, elles deviennent?
en féchant d’un bleu obfcur.]
Le Marquis das Minhas a formé auffi des Plantations de coton, qu'il culti-
ve avec foin, & des Manufaétures dont il fort de bonnes étoffes. L’arbufte qui
produit le coton eft à peu près de la groffeur d’un Rofier ; mais s’étend beau-
coup davantage. Ses feuilles font d’un verd d'herbe, & reffemblent à l'épi-
nard [pour la figure, mais elles font plus groffes & plus douces.] La fleurt
cft d'un jaune pâle. Lorfqu’elle tombe, il lui fuccéde une cofle ronde, où le
coton eft renfermé dans trois cellules, qui contient aufli la femence, qui eft
noire & de forme ovale, de la groffeur à peu près de ces féves que les Fran-
çois nomment haricots (g ).
Les Vallées de l'Ifle Saint Antoine font couvertes de bois. Entre plufieurs
fortes d’arbres, on y trouve en abondance celui qui produit la gomme, nom-
Sang de Dra. mée [ Adragante, où ] Sang de Dragon (h).
£on.
Pierre tran(-
parente.
Les Anes & les Porcs y font non-feulement en grand nombre, mais plus
grands [& plus forts] que dans les autres Ifles du Cap-Verd. Les Vaches n'y
font pas moins communes, & les montagnes font remplies de Chèvres fauva-
ges(i ).
Sur une des montagnes de l'Ifle , on trouve une pierre tranfparente queles
Habitans appellent Topaze; mais (k) l'roger (7), qui parle , n'ôfe afürer
que ce foit la véritable pierre de ce nom.
L'TIsLE
(d) Roberts pag. 453. (i) Froger ditqu'ils élevent un grand nom-
(e) Ibid. pag. 449. bre de Eœufs, d’Anes, de Chèvres & de Porcs.
Cf) Froger, pag. 54. (k) Roberts, pag. 419. :
(#9 Roberts, pag. 450, & fuiv, (1) Angl, Mais Roberts qui. R. 4 E,
(b) Ibid. pag. 449. |
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peu Marquis de Ghore, qui envoye un Vaifleau tous les ans aux [fes du Cap-
Verd, pour apporter en Portugal les revenus de fon Domaine. Il jouit des
principales richeffes de l'Ile; c ell-ä-dire, que les vaches, les chèvres fau-
vages, le fang-de-dragon , les pierres précieufes, le beurre.d'or, & l'ambre
orts font à lui fans partage. Il y a des peines rigoureufes pour ceux qui feroient
convaincus d’avoir caché de l’ambre gris. Cependant Roberts obferve qu'avec
un peu de connoiffance de la langue du Pays, il n'eft pas difficile d'obtenir des
Hlabitans, à fort bon marché tout ce que l'Ifle produit. On envoye tous les
ans au Roi de Portugal une certaine quantité de beurre d’or; mais l’Au-
teur ignore pour quel ufage (n).
ON affüre dans l'Ifle, qu'il s'y trouve une Mine d'argent; mais que dans la
crainte que le Roi ne s’en faififle, les Marquis das Minhas difrérent toûjours
à la faire ouvrir. On ajoûte qu’un Particulier, qui s’étoit retiré dans les mon-
tagnes pour y mener la vie Héremetique, en tira de l'or jufqu’à la charge d'un
Ane (o).
FroGEeRr dit que les Portugais de Saint Antoine, comme ceux des autres
Villes, font d’une couleur fombre & bazanée; mais qu'ils ont (p } le caractère
fort doux & fort fociable. Roberts confirme cet éloge. Il nous apprend que
leur Ifle eft une efpèce de magazin d’Efclaves. Dans le tems, dit-il, que les
Portugais faifoient le commerce des Efclaves pour l'Efpague, le Marquis das
Minhas, qui vivoit alors, fit acheter en Guinée une cargaifon de Négres, &
les établit à fes frais dans fon Ifle, où ils apprirent bientôt des Négres libres
du Pays, la manière de former les Plantations, & de fournir à leur propre en-
tretien. Ces Efclaves multiplièrent fi vîte, qu'indépendamment de ceux que le
Marquis fit tranfporter en Portugal & au Bréfil, ils font lesquatre cinquiémes
des Fabitans, dont le nombre total monte à deux mille cinq cens (g). Ils
ont non-feulement leurs maifons & leurs femmes, comme les Négres: libres,
mais encore des biens qu'ils cultivent pour eux-mêmes, avec la dépendance
naturelle du Seigneur, fous l'autorité d’un Infpeéteur, qui eft ordinairement
un Portugais Européen & qui porte le titre de Capitaine More. Aïnf l’Ifle eft
divifée en deux fortes de Négres, entre lefquels ils s'élève quelquefois des
querelles, dont la fin eft toûjours fanglante. Les Négres libres font valoir leur
hberté. Les autres leur reprochent de n'être que des Fermiers, qui peuvent
être déplacés au gré du Maître, & fixés même à l’efclavage, par la néceffité,
ou par la fouveraine volonté du Marquis. Ces injures fe terminent ordinaire:
ment, par des coups, & les Négres libres qui font fort inférieurs en nombre ne
remportent jamais l'avantage. L’Infpeéteur même a fouvent beaucoup de pei-
ne à réprimer l’infolence des Efclaves. Mais comme ils font plus utiles que
les autres à l'intérêc du Maître, la faveur panche de leur côté (r ).
L’ABONDANCE des provifions rend l’Ifle de Saint Antoine un lieu fort a-
gréable pour les Vaifleaux. Froger raconte qu'y ayant envoyé fa Chaloupe de
Saint Vincent, fes gens n’eurent que la peine de gagner quelques Maifons su
voifines
(n) Roberts. pag. 449. & fuiv.
7 Roberts ibid.
b) Roger ubi Jup. pag. 54, & pag. 450.
LIL, Part, Ec
(q) On affüra Frézier que l'Ifle contenoit
environ deux mille Habitans, pag. 12,
Çr) Roberts, rig. 451, & fuiv.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V. Ca. VI. 217
L'IsLe de Saint Antoine appartient au Marquis das Minhas, créé depuis.
RonenrTs.
En
divers tems,
L'Ile appar.
ticntaux Mar-
quis das Min-
has,
Mines d’ors
& d'argent.
Caractère
des Infulaires,
Négres de
Guinée ctablis
à S, Antoine,
Leurs que-
relles avec les
Naturels de
l'Ife.
Abondance
de provifions
àS, Antoine,
'
218 VOYAGES DES ANGLOIS EN I
Ronerrs. voifines de la Rade, d'où ils rapportérent plufieurs piéces de volaille (5), à. scist
_ En vec quaniité de fruits, tels que des figues, du railin, des bananes, des oran. coles
divers tems. ges, & des melons d'eau. Quelques jours après, il les envoya au même licu, la Ta
fuivant le confeil des Habitans mêmes, qui avoient promis de donner avis de vüe
leur arrivée à la Ville. Les Chaloupes revinrent chargées de douze cens piéces me
de volaille, de cent Porcs, & de vingt-cinq Bœufs, avec une groffe provi. l'aire
fion de fruits, pour lefquels ils n'avoient donné que de vieilles chemifes, des jonies
grains de verre, des chapelets, de petits miroirs, des rubans, des couteaux & trahif
d'autres bagatelles, que les Infulaires préfèrent à l'argent, parce qu'il pañe fon er
peu de Vaifleaux dans leur Ifle (+). ee
Le Saint-Jofeph, fur lequel Frézier fit le voyage de la Mer du Sud, fur dans u
beaucoup moins heureux. Du Port Saint-Vincent, il donna le fignal de fon ter, d
arrivée par un coup de canon; mais il ne lui vint perfonne de Saint Antoine, D vaà
On apperçut feulement pendant la nuit quelques feux, qui fembloient répon- À apprer
dre à ceux que les Matelots du Bâtiment avoient allumés aufli. Deux autres 5 un boh
Vaifleaux de la même J'lotte, le Saint-Clement & le Saint-Malo, qui reh- ra me de
chérent enfuite au même lieu, ne laifférent pas de recevoir la vifite des 1la- À Jul dre
y bitans de Saint-Antoine, qui leur apportèrent des bœufs, des chèvres, des D too
figues, des bananes, des limons & du vin fort agréable (u) (x). D comme
Silence des RoBEerTs, avec fa négligence ordinaire pour les Villes Capitales, ne s'ex- D colas
Vorseurs Mr blique pas für la fituation de la Ville de Saint-Antoine & fe contente de k [M Qu Jou
dé PE nommer Villa en parlant de la Baye de T'errafal. Froger, qui avoit abordéà SN ans q
Praya Simone, ou à Rivera des Trafa, car ilne fait pas connoître la Baye px MN 2 fn!
fan nom, dit que la Ville eff fituée au milieu des montagnes; ce quienrend D crouva
l'accès fort dificile. Il ajoûte qu'elle contient environ cinq cens Habitans, ca: die de
pables de porter les armes, outre un grand nombre d'Éfclaves Négres, & l'honné
qu’elle a un Couvent de Cordeliers (y ). ON
FRÉZIER rend témoignage qu'au-deffus de la Rade où il jetta l'ancre, & IN ue Ro
qui doit étre une des deux précédentes, il ya un petit Fort, monté de quatre F débris
piéces de canon (&), commandé par un Gouverneur Portugais. [ En 1624 SN Recuei
deux Prêtres gouvernoient l’Ifle au nom du Marquis das Minhas (a). % la mê
DaPPrER parle d'un Village fitué à l'extrémité Nord-Oueit de lifle, & 4 prendre
compofé de vingt cabanes, qui étoient habitées vers le milieu du dernier Sié NM ceur &
cle par cinquante familles. Elles avoient pour Chefs un Capitaine , un Pré: le Ron
tre, & un Maître d'école, qui parloient fort bien la langue Portugaife, mais [SN Jean po
qui vivoient dans une grande pauvreté, L’Auteur ne nous apprend pas ficet: DM faire u
te habitation étoit alors la Ville Capitale. 1 pérancd
Fragmens du “AVANT que d'abandonner les Ifles du Cap-Verd, il nous refte à recucill SN defir
Capitaine Ro- quelques fragmens du Capitaine Roberts, qui peuvent être utiles aux Voya- MN raffemb
avoient
berts. geurs & à la Navigation, & qui n'ont pû trouver place dans l'extrait de fa Def-
toit néa
cription ni dans fon Journal.
LE premier regarde Potter, l'un des deux Matelots que les Pyrates lui a-
voient
(s) Le mème Auteur dit qu'on fait dans (v) Angl. fort doux. R. d. E.
l'Ifle une forte de pain mêlé de maïz & de (x) Frézier, wbi fup. pag 12.
(y)
(z)
banancs. y) Froger, ubi Jup. pag. 54.
(t) Froger dit ici mal-à-propos que la pro- &) Frézier, ubi Jup. pag. 12.
priété de l'Ifle appartient au Roi de Poitu- (a) Voyez Roberts pag. 352.
gal, pag. 52. & 56.
( s) s à-
les oran:
me lieu,
ravis de
ns piéces
Ye provi-
ifes, des
iteaux K
u'il pale
Sud, fur
al de fon
Antoine,
nt répon-
ux autres
qui reli-
e des Ila-
vres, des
s,ncs'ex-
nte de là
t abordé à
Baye par
ui en rend
bitans , ca:
égres, à
l'ancre, &
é dequatie
[ En 164€
).]
e Pile, &
lernier Sic-
, un Pre-
gaife, mais
pas fi cet-
à recueilli”
aux Voya-
t de fa Def-
rates lui a-
voient
EN SR ARS ACTE
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. V, Car. VI 2r9
voient laiffés, & qui fut féparé de la Felouque en arrivant (4) à Saint-Ni-
colas. Cet homme, après avoir embraflé la profeflon de Potier à Kinfton fur
la Tamife, s'étoit fenti du pencuant pour la Mer. S'étant adreflé dans cette
vûe à ceux qui engagent des Matelots & des Domeftiques au fervice des Vaif-
feaux, il avoit été trompé par un Perfide, qui fous divers prétextes avoit eu
l'adrelTe de le vendre en qualité d'Ouvrier pour fervir cinq ans dans les Co-
Jonies de l'Amérique. Potter ne fut pas plûtôt à bord qu'il s'apperçut de cette
trahifon. Mais on répondit à fes plaintes * ae avoit fait de la dépenfe pour
fon entretien pendant quelques femaines, & pour lui acheter les néceflités de
fon voyage; de forte que fans employer la violence, qui auroit mal réuñi
dans un Port d'Angleterre, fes feules dettes qu'il n'étoit pas en état d'acqui-
ter, devinrent une raifon qui le fit confentir volontairement à partir. Ii ar-
riva à la Barbade, où il fut revendu. Roberts, qui étoit alors dans cette Ifle,
apprenant fon avanture de lui-même, & lui trouvant de l'intelligence avec
un boncaraétère, fe laifla engager par fes inftances à le racheter pour la fom-
me de douze livres fterling, & le prit entre les Matelois de fa lelouque, Il
lui «rouva toûjours, non-feulement du zèle pour fes intérêts, mais de l'affec-
tion même pour fa perfonne; ce qui le difpofa, dit-il, à le regarder moins
comme un Valet que (c) comme fon propre Fils. Il le perdit à Saint-Ni-
colas, par une fuite d'infortunes qu'on a rapportées. Quelques exprefions
du Journal font juger qu'il le retrouva dans la fuite; mais on n'apprend pas
dans quel lieu (d), ni s’il le laiffa derrière lui dans les Ifles, ou s’il le reprit
à fon fervice en retournant en Europe. On a crû que cet éxemple dvoit
trouver place ici, pour fervir à précautioner les jeunes-gens contre la perfi-
die de ceux qui les engagent, & pour leur apprendre en même-tems que
l'honnêteté & la droiture ne demeurent jamais fans récompenfe.
Ox fe reproche en fecond lieu d’avoir paflé trop légèrement fur les moyens
ue Roberts employa dans l'Ifle de Saint-Jean pour compofer une Barque des
débris de fa Felouque. Il y a de l'utilité à tirer ici, difent les Auteurs de ce
Recueil, non-feulement pour les Voyageurs qui peuvent fe trouver réduits à
la même extrémité, mais pour les Nations les plus polies de l'Europe, qui
prendront dans l’éxemple des Barbares de Saint-Jean une bonne leçon de dou-
ceur & d'humanité.
RoBERTS ne voyant aucune apparence de pouvoir quitter l'Ifle de Saint-
Jean pour retourner en Europe, demanda au Gouverneur la permiffion de fe
faire une Barque dont il vouloit être lui-même le Charpentier (e), dans l’ef-
pérance de gagner du moins l’Ifle de Fuego ou de Saint-Philippe. Les débris
de fa Felouque étoient encore fur le fable, où le zèle des Infulaires les avoient
raffemblés; mais pendant deux ans qu'ils y avoient été négligés, les planches
avoient achevé de pourrir, ou s’étoient fendues par l’ardeur du Soleil. C’é-
toit néanmoins fur ces miférables reftes que Roberts comptoit d'éxercer fon in-
duftrie. 11 avoit fauvé la plus grande partie des cloux de fa F'elouque ; & s’il
ne lui reftoit pas de voiles, il fe propofoit d’enfaire de fes habits. Mais le Gou-
vérneur
(b) Voyez ci-deffüs le journal de Roberts.
dre, s'il le laiffa derrière. R. d. E.
ta Roberts, pag. 110. & fuiv.
(e) Angl. demanda au Gouverneur fa vieil-
4) Angl. & il l'y retrouva dans la fuite; le barque, offrant de la racommoder lui-mê-
mais il n'en dit qu’un mot, fans nous appren- me, dans l'efpérance, KR, d, E,
Ee 2
Ronrar:.
In
divers tems,
Hifloire du
Matelot qu'il
perdit à Saint-
Nicolas,
Adreffe de
Roberts à fe
faire une Bax-
que.
Unique ref.
fource quilui
reftoit,
220 VOYAGES DES ANGLOIS EN
Kosenrs verneur rejetta fa prière par un pe fentiment de tendreflg. Il lui repréfun,
En ta qu'il ne pouvoit faire le moindre fond fur des planches tout-à-fait pourries
divers MS. J'autant plus que le péril eft toüjours grand dans le Canal par la violence
des vents & des Courans.
CerezNDanr il ajoûta que fi Roberts fe crayoit capable de fabriquer un
Vaifleau, l'Ifle ne manquoit pas de bois pour en faire un neuf, & qu'il ne
ne fe chargeaflent volontiers de l'orvrage le plus pénible, tandis que lui &
Offres duGou- Francklin s’attacheroient à ce qui demande plus de génie,] 11 y avoit dans l'IE
és le, lui dit-il, trois ou quatre haches dont on fe ferviroit pour couper des fi.
uiers, & pour les fendre. Son frère, qui avoit demeuré quelque tems à $
ro, en étoit revenu fi bon Charpentier, qu'il avoit fait des portes pour l1
ne plûpart des maifons de Saint-Jean, fans parler d’un lit pour lui-même, & d'u.
Ferqui refoit ne chaife pour le Prêtre. Roberts marquant la crainte où il étoit de ne pas
Rob voir affez de clous, parce qu'on n'en avoit pû fauver que fix ou feptmille,
tant brifés qu'entiers, avec quelques pointes, & quelques verroux ou quei-
ques crochets, le Gouverneur lui garantit que le vicux Négre, qui faifoit les
hamecçons , étoit capable avec un peud’inftruétion, de forger des clous de tout
cequireftoit de vieux fer. Comme on voyoit encore l'Efquif de Roberts, qui
étoit tombé en pourriture fur le rivage: l'aites une Barque, lui dit-il, qui
n'ait que le double de cet Efquif en longueur & en largeur : elle fera capable
de vous conduire fûrement à Saint-Philippe, & vous aurez affez de fer pour
un Bâtiment de cette grandeur. Roberts [avec toute fa Géométrie] ne put
jamais faire comprendre à fon Excellence, qu'une Barque qui feroit plus longue
& plus large du double, que l'Efquif, feroit beaucoup plus que le double de
toute fa grandeur ,[& par conféquent que le double des clous qui avoient fiñ 4
pour l’Efquif, ne fufliroient pas pour une Barque de la grandeur qu’il jugcoit
néceffaire.]
Fer qui fe CEPENDANT aprés avoir pris la réfolution de l'entreprendre, ils penfc-
“At dans rent à faire la vifite de toutes les parties del'Ifle, pour chercher du bois(/f),
nu & ce qui fe préfenteroit de plus utile. Les trois haches furent apportées, a-
vec les autres inftrumens de fer qui étoient entre les Infulaires. Les haches
n'étoient que des coupercets de Boucher.. Elles fe trouvèrent accompagness
de deux forets, & de trois marteaux, dont l'un du poids d'environ trois i:-
vres paroifloit un marteau de Cordonnier, & les autres de Tonnelier. Ces
préparatifs furent füuivis d’une affemblée générale des Habitans. Le Gouver-
neur leur apprit dans quelle vûe il les avoit appellés, & combien il fcroit no-
norable pour leur charité d'affifter un Etranger qui avoit befoin de leurs !e-
cours. Ils répondirent d’une feule voix qu'il pouvoit difpofer d'eux, &quiis
ne lui refuferoient aucun fervice; qu'ils regrettoient à la vérité que ce qu'ils
alloient faire pour lui, ne dût fervir qu’ales priver de fa préfence; mais que
n'ignorant pas que fon Pays étoit un féjour plus agréable que léur Ifle, ils ne
pouvoient s'offenfer de l’impatience qu'il avoit pour fon départ, & que fans
cette raifon 1ls l’auroient retenu malgré lui. Enfuite faifant entr'eux la diftri-
bution du travail, ils convinrent que chacun manieroit la hache à fon tour;
° ° que
Cf) Angl. pour chercher les Outils. R. d. E,
doutoit pas que tous les Infulaires ne l'aidaffent dans cette entreprife, [& qu'ilsK
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pour fécher jufqu'à ce qu'il fût en état d'être mis en œuvre,
L'éxécurTion répondit à ce plan.’ On avoit déja tranfporté une bonne
quantité de bois, lorfque les flots amenèrent fur la Côte près de Sciv les dé-
bris d'un Bâtiment qui avoit fait naufrage, Il ne pouvoit rien arriver de plus
heureux pour les vûües de Roberts, I:es rocs ne fi permettant pas d'acirer
cette malle au rivage, trente ou quarante Négres y attachèrent leurs lignes,
& la conduifant à la nage, ils la firent aborder avec beaucoup de difficulté dans
une petite Crique qui eft entre Scio & Piféari Picuana. Css refles d'un affez
grand Vaifleau fournirent quantité de planches, de folives, de cloux, de
chaînes & de pointes de fer, outre le mit de mifène qui étoit entier avec
fes agrets, & dont Roberts prit aufli-tôt la réfolution de faire une Quille à
fa Barque.
IL avoit vû conftruire quelques Vaifleaux en Angleterre; mais n'étant pas
Charpentier, il commençoit à douter de fa propre habileté pour un métier
qu'il connoifloit fi peu. Cependant la honte d'abandonner une entreprife dars
laquelle il s'étoit engagé avec tant de confiance & qui avoit déja caufé tant de
fatigue aux Négres, l'attacha plus que jamais à fa réfolution. Il prit fept ou
huit Négres des plus intelligens , avec plufieurs autres qui devoient fervir d'aides
à fes Ouvriers & s'occuper par intervalles à la pêche, pour la provifion commu-
ie, Mais lorfqu'il étoit prêt à commencer l'ouvrage, il fut arrêté par un nou-
vel obftacle. Le Gouverneur l'étant venu trouver fur lerivage, lui défendit de
poufler plus loin fon travail, parce que la Barque qu’il vouloit conftruire lui pa-
roiflant trop petite & trop foible pour s’expofer aux dangers du Canal, il
jugeoit que le feul défefhoir lui avoit infpiré ce deffein, & le portoit à mé-
prifer la mort. Dans le chagrin d’un fi cruel contretems, Roberts fut obli-
gé de promettre que fa Barque feroit plus grande au double que l'Efquif; &
de s'engager [ par un ferment formel ] à demeurer dans l’Ifle, s’il lui don-
noit moins de grandeur. Cependant il ne fit fa quille que de vingt-cinq
éspieds [ priant fes ouvriers de n'en rien dire au Gouverneur. ] Dans le cours
de fon ouvrage, il fentoit à tous momens le befoin d’une fcie; car les haches
allongeoient extrémement le travail. Les Négres, à qui il fit comprendre
fes defirs en avoient une fort rouillée, qu'ils lui apportérent. Elle ctoit ac-
compagnée d’une vieille lime, dont il fe fervit pour l'éguifer.
IL feroit trop long de le fuivre dans le détail de fes opérations. [ Nous
nous contenterons de remarquer qu'il fit deux Compas de bois; que les clous
commençant à lui manquer, ilfe borna à clouër les extrémités des planches,
mettant des chevilles dans le milieu; qu'il enfonçoit des moitiés de clous
par le moyen d'une autre moitié, de façon qu'ils pouvoient tenir un peu
aux deux planches; qu'il fe fervit de vicilles cordes, mais fur-tout de co-
ton & de moufle pour mettre entre les jointures des planches, les enduifant
de fuif jufqu'à ce que l'eau n’y trouvât plus de pañge; qu'il fit des Voiles
avec celles qu'il avoit fauvé de fon Naufrage, & les toiles de coton que
lui donnérent les Habitans; en un mot qu'il fe procura par adreffe la plû-
part des chofes qui lui manquoient, | Les Négres admircient fon induftrie,
en voyant prendre fous fes mains une nouvelle forme au bois & meme au fer.
Francklin, fur le fecours duquel il avoit compté, étoit tombé malade on
commencement de lentreprife, & ne parut au rivage que lorfqu'elle appro-
Le 3 choit
.
DIFFERENTES PARTIES D L'AFRIQUE, Liv. V. Cuar. VI. ar
que les autres porteroient le bois au rivage, & qu'on lui laileroit quelque tems
En
divers tems,
Secolirs que
l1 Providence
fournità Ro-
berts,
Obtlacle qui
l'arrêt,
RONERTS,
En
divers tes,
Adreffe des
Négres à conf:
truire fon an-
crc,
Roberts lan-
ce fa Barque,
Son départ
de l'Ile Saint-
Jean.
Rencontre
qu'il fait d'un
jeune Anglois.
222 VOYAGES DES ANGLOIS EN
choit de fa perfeétion. Il s'étoit vanté de pouvoir conftruire régulièrement
un Vaifleau, Mais quoiqu'il füc homme d'efprit, & qu'il eût reçu affez d'é.
ducation pour faire juger avantageufement de fa naiffance, Roberts s'apper.
çut bientôt qu'il avoit plus de théorie que d'expérience. Il eft vrai auf
que les Négres le foupçonnant d'avoir fait naître à Roberts les premic.
res idées de fon ouvrage & lui en fçachant fort mauvais gré, la crainte de
les offenfer davantage ne lui permettoit pas d'éxercer ouvertement fon
fçavoir.
IL ne manquoit plus à la ch que d'y apporter l'ancre de la Felouque,
Elle étoit reftée fous un roc dans la Baye de Salt-Point, Quatre ou cinq
Négres s'y rendirent par les montagnes. Ils attachérent à l'ancre une cor-
de, avec laquelle ils eurent l'adreffe de la dégager d'entre les rocs; & lorf.
qu'elle fut-en Mer , ils la conduifirent à la nage fur la furface de l'eau, a.
vec une facilité qui furprit beaucoup Roberts. Il n'auroit pas crû qu'une
mafle de ce poids put étre foutenue par moins de douze ou quinze Nageurs;
car le bois feul, après avoir été fi long-tems dans l'eau, pefoit plus d'un
quintal.
Le Gouverneur, le Prétre & les Femmes de l'Ifle fe trouvèrent au riva-
ge le jour que la Barque fut lancée. Cette opération fe fit encore heureufe.
ment. Mais Roberts s’apperçut aufli-côt que fon Batiment prenoit eau par
divers endroits, quoiqu'il n'y eut aucune apparence de ce qui s'appelle pro-
prement une voye d’eau. Il refferra la charpente autant qu'il lui fut poñible,
& ne fe hazarda pas moins à gagner la Baye de Ferrier, pour y pêcher une
ancre qu'un Vaifleau Portugais y avoit life depuis peu dans une tempête.
Plufeurs Négres, qui lui offrirent volontairement leur fecours, plongérent
avec tant d'adreffe & de bonheur, qu'ils tirèrent l'ancre du fond de la Baye,
entre un grand nombre de rocs.
Arrès l'heureux fuccés de fontravail, Roberts attendit la Chaffe généra-
le que le Gouverneur avoit ordonnée, pour lui procurer du fuif de Chévre,
qu'il fe propofoit de faire fervir à calfater fa Barque. On a déja vû que
les Chèvres étant fort maîgres, il n’en pât tirer aflez de füuif pour fes befoins,
non plus que d’une Vache que le Gouverneur eut la générofité de faire tuer
dans la même vûe. Il prit le parti d'y mêler de la fiente d’Ane brûlée & ré.
duite en poudre; invention dont il tira le double avantage de garantir fon
fuif de l’ardeur du Soleil & de la morfüure des Poiflons.
Rogerts partit enfin, mais extrémement furpris de voir refufer à Francklin
l'occafion de quitter avec lui l'Ifle de Saint-Jean. Après l’impatience qu'il lui
avoit vûe d’en fortir, il ne put attribuer le changement de fes defirs qu'à la
crainte de la Mer dans une Barque fi fragile & fi mal équipée. Ayant tourné
fes miférables voiles vers les baffes Ifles, qu’il vifita ficostemee. ilferen-
dit à celle de Saint-Nicolas, où il relâcha d'abord à Porto Ghuy. C’eft-là [vrai-#
RopAtenente qu'il retrouva Potter, fon Matelot; [ car il le nomme enfuite
plufieurs fois, fans nous apprendre autrement le lieu de leur rencontre.] Les
Habitans du Canton achetérent tout le Sel qu’il avoit pris dans les bafes Ifles,
& la faifon ne pouvoit étre plus favorable, puifque c’étoit alors celle des
Tortues.
IL paffa de Porto Ghuy à Paraghifi , où il trouva un jeune Anglois, nommé
Georges, qui fe difoit né dans la Province de Dévon, Il racontoit gene
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été pris, dans un voyage à la Virginie, parle Capitaine Loo, its'étoit fauvé
depuis quelques mois d'entre fes mains, à Saint-Vincent, pendant que ce
Pyrate y failoit radouber le Merry-Chriflmas , Vaiffeau de Londres, dont il s'é-
toit faifi dans le même voyage. Roberts prit affez de confiance à ce jeune hom-
me pour lui laiffer la garde de fa Barque pendant la nuit, & fe trouvant fort
incommodé , il fe fit tranfporter à terre dans un lieu où les Négres prirent foin
de lui. Potter (g), dont la fanté n’étoit pas meilleure , fe trouva néanmoins affez
bien le foir pour retourner à bord, Dans le cours de la nuit, le vent devinr fi im-
pétueux du Sud-Oueft, avec une pluye fi violente, que l'inquiétude faififlant Ro-
“Hberts, il s'avança füur le rivage pour donner à Georges & à Potter | des ordres
convenables aux circonftances, Mais après avoir crié long-tems, 1l revint en-
core plus inquiet de n'avoir pû fe faire entendre. Un de fes Nügres, qui lui
étoit fort affeétionné , s'offrit à chercher fa Barque à la nage, par la feule rai-
fon qu'il ne pouvoit fouffrir, difoit-il, qu'un Bâtiment qui l'avoit apporté a-
vec tant de iris périt près du Port, faute d'entendre les ordres du Ca-
pitaine, Et malgré tous les difcours des autres Négres, qui lui repréfentoient
la violence de la Mer & le danger de fe mettre la tête en piéces contre les
rocs, il s'élança du haut d'un rocher qui n'avoit pas moins de cinquante
pieds au-deffus de l'eau. Ce qui augmentoit fon ardeur étoit un cri qu'il ve-
noit d'entendre de la Barque, & qui étoit échappé à Potter (4) dans la crain-
te d'une vague qu'il avoit cru capable de l'abimer. L'intrépide Négre gagna
heureufement le Bord. Mais le cable s'étant brifé prefqu'aufli-tôt, u ordres
qu'il portoit furent inutiles. La Mer jetta la Barque fi loin fur le rivage, que
Georges, Potter (i)&le Négre en fortirent facilement. Ils voulurent y ren-
trer lorfqu'ils furent revenus de leur effroi (4) ; mais des flots encore plus furieux
la rentraînèrent avec tant d'impétuolité, qu'elle s’alla brifer en piéces contre
les premiersrocs. L'arrivée du jour fit voir à Robertslcs piéces de fa Barque,
qui fottoient au long du rivage, & la ruine d'un ouvrage qui lui avoit couté
prefqu'un an de travail. Sa fanté étoit déja fort mauvaife. Le chagrin de cette
nouvelle difgrace, joint (/) à la fatigue incroyable qu'il avoit efluyée pen-
dant la nuit, augmentérent tellement fes incommodités, qu'elles fe changè-
rent dans une maladie habituelle, dont il ne fut délivré qu'après fon retour en
x& Angleterre. [ c'eft à cette maladie que nous fommes redevables de l'Hiloire
de fes Voyages. ]
ON a vû dans fon Journal, qu'ilavoit pris quelques lettres de recomman-
gædation de l'Evêque deS. Jago, [pour deux Religieux Gouverneurs de l'ifle
S, Antoine, de la part du Marquis das Minhas ] & de l’ancien Prêtre de Saint-
x# Nicolas [ pour fon fucceffeur.] Elles lui attirérent tant de confidération, que
s'étant rendu à la Ville, le Gouverneur lui offrit à dîner, & le logea chez
le Signor Gonfalvo, qui avoit commandé autrefois dans l'Ifle. Il y vècut dans
une langucur extrême, mais avec tous les fecours qu'il pouvoit defirer de l’af-
fcétion des Infulaires (m”). ;
À
Mer devenant plus groffe , il fe hâta d'en for-
tir fans avoir le tems d'emporter qu'une bou-
teille de vin de Bona Vifla. R. dE.
(1) Voyez ci-deffus le Journal de Roberts.
(mm) Le Traduéteur n'a pas jugé-à-propos
de traduire les diverfes efpèces de Mets doi
Robots
g) Angl, fon petit garçon dont la. R.d.E,
(b) Angl, échapé au jeune garçon. R.d,E,
(i) Angl, Gorge, le jeune garçon, & le
R. d. E.
Ch) Angl. Quand ils furent revenus de leur
première frayeur, George v ri
noia, Mais IQ
DIFFÉRENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Liv, V. Car, VI, 229
Konrurs
En
di rs tom,
Roberts
perd fa Bar
que.
Secours qu'il
trouve dans (a
malalie,
Roneurs,
En
divers tems,
Dénouement
des avantures
de Gorges,
224 VOYAGES DES ANGLOIS EN
A l'arrivée du Capitaine Harfoot (n), il lui rendit des fervices confidéra.
bles, par la connoiflance qu'il avoit des Rades, & de la Langue du Pays,
Ayant pris le parti de faifir l'occafion de fon Vaifleau pour retourner en Eu.
rope, il lui propofa d'accorder aufli le pañlage à Georges, qui étoit ca, able
de fe rendre utile à bord par différentes fortes de fervices. Farfoot y confen-
tit; mais à peine eut-il mis à la voile, qu'obfervant ce jeune homme avec plus
d'attention, il crut fe remettre fon vilage. L'embarras de Georges & le foin
qu'il affeétoit de fe cacher , confirmérent fes foupçons, Il fe fouvinc qu'ayant été
pris dans un voyage précédent par le Pyrate Loo, il avoit va ce Matelot au
nombre des Corfaires, aufli empreflé que les autres à le piller, Dans le pre.
mier mouvement de fon indignation, il lui demanda d'un con furieux com.
ment il avoit eu l'imprudence d'attendre de lui quelque faveur. Georges fort
confterné s'excufa fur fa qualité de Prifonnier , qui l'avoit mis dans la néceflicé
d'obéïr aux ordres du Pyrate. Mais rien ne fut capable de fléchir Harfook, I!
crut faire aflez pour un homme de cette forte, en le fauvant du dernier fup-
plice, dont rien n'auroit pû le garantir s'il eut été livré à quelque Vaifleau
de guerre Anglois. Il le fit remettre à verre, en proteftant qu'il ne lui accor
doit la vie qu à la confidération de Roberts (0).
Roberts fut régalé à diner; ni la nature du dant la nuit, R, d, E,
foin qu'on eut de lui pendant fa Maladie, n) Ibidem.
Sans vouloir fuppléer à cette omiflion peu Lo Voyez dans le.Journal comment 1
importante , nous remarquerons feulement, berts prit le parti de quitter Harfoot pou
que Koberts fua fi abondamment durant fa monter fur un autre Vaiffeau qui fe propolol
maladie, qu'on exprima un matin de fon lit, de retourner droit en Éurope , mais qui fu
la valeur de trois huitièmes d'une pinte me- obligé de relacher à la Barbade, 11 employa
fure Angloife de fueur, 11 fe loue beaucoup ce tems, & tout celui de fa maladie, à con
du foin qu'on avoit de changer les draps de pofer l'Hiftoire de fon Voyage. R, d, T!
fon lit chaque matin, & quelques-fois pen-
HISTOIRE À
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TT Sy dre.
KAART van de WE STKUST van AFRIKA,van KAAP BLANCO totaan TANIT:
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVe. SIÉCLE.
\
TROISIEME PARTIE.
LIVRE SIXIÈME (a)
ETLD LOU MED x ED ve FEB ec: ER fc: TE 6: ER x BE TL x BBD x SR
VOYAGES AU LONG DE LA COTE OCCIDEN-
TALE D'AFRIQUE, DEPUIS LE CApb-BL A N-
CO JUSQU’À SIERRA-LEONA.
Contenant la Defcription de plufieurs Pays , & de leurs Habitans.
CHAPITRE PREMIER.
Etabliffemens des François entre le Cap-Blanc £ÿ Sierra.Leona.
MBMMLE que nous allons dire des Etabliffemensdes François furles Cô- INTronue:
\# tes d'Afrique, eft tiré ‘ principalement d’un Livre intitulé , Nou- °°"
VAE vel Relation de l'Afrique Occidentale, &c. publiée par Fean Bap-
CAE tifle Labat de l'Ordre des Frères Précheurs; imprimée à Paris
fé en 1728, en cinq Volumes in 12. Cet Ouvrage n'eft que
ie commencement d'un plan beaucoup plus vafte; car Labat nous dit dans fa
Préface, qu'il fe propofoit de donner une Defcription entière du refte de
l'Afrique,
(a) C'eft le JL, Livre du I, Tome de l'Original, R, d. E,
IIL. Part, Fr f
taan TANIT:
INTRODUC-
TION,
206 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
l'Afrique, dès qu'on lui auroit fourni des Journaux auffi éxaéts , que ceux de
Mr. Brue, fur lefquels il a travaillé. En 1731, il a publié une fuite de cet
Ouvrage, fçavoir une Defcription de la Guinée, en 4 Volumes in 12. Mais
depuis lors, nous n'avons pas appris qu’il ait rien fait de plus pour l'éxécution
de fon projet (b); apparemment parce qu'on ne lui a pas communiqué les
Mémoires dont il avoit befoin.
Le premier Volume de fon Afrique Occidentale contient un détail fuccin@
des Découvertes qui ont été faites fur ces Côtes par diverfes Nationsde
l'Europe , & des différentes Compagnies Françoifes qui ont fait le commer-
ce du Sénégal , l’Hiftoire des Etabliffemens des François depuis le Fort d’Ar.
uim, jufqu'à la Rivière de Sierra Leona; une Defcription éxaéte de ce Fort,
& de la manière dont il a été pris & repris plufieurs fois tant par les Fran-
çois que par d’autres Nations; une Defcription de la Baye de Portendic ; & en.
fin quelques remarques fur les Arabes & les Mores qui font le commerce de
la Gomme, & de l’Or; le tout eft entremèlé de divers Articles qui appar-
tiennent à l’Hiftoire naturelle. Le fecond Volume contient plufieurs defcrip-
tions d'Animaux & de Végétaux ; avec celle du Sénégal, depuis fon Em-
bouchure jufqu’aux cataraétes de Felu, & des Nations qui habitent près de
cette Rivière; & le livre fe termine par quelques obfervations d'Hiftoire na.
turelle, Dans le troifième Volume on trouve la Relation de trois Voyages de
Bruce, fur le Sénégal, mêlée de remarques géographiques, & d’obfervations fur
la manière de vivre des Négres, & fur l'Hiitoire naturelle. Le quatrième
Volume contient les Découvertes du Royaume de Bambuk, par le Sieur Com-
pagnon,avec une Defcription de ce Pays, des Mines qui s’y trouvent, del’If.
le de Gorée & du Cap-Verd, & enfin des Royaumes des Négres fitués entre
la Rivière de Sénégal & celle de Gambra. Le cinquième Volume comprend
le Voyage que Brue a fait par terre depuis la Gambra jufqu'à Cachao, &ce.
lui qu'il a fait depuis Albreda jufqu'à l’Ifle de Biffao, & aux autres Ifles voi-
fines, avec fon retour en France. A cela Labat a ajoûté une Defcription des
Ifles Açores , & quelques Mémoires fur le gouvernement civil du Portugal,
& la Cour de Lisbonne: le tout tiré des Mémoires de Brue.
CET ouvrage eft orné de Cartes générales & particulières des Côtes d'A-
frique depuis le Cap d'Arguim, jufqu’à celui de Sierra Leona; outre les plans
& les profils des principaux Forts, & des figures qui repréfentent les Habi-
tans , les Quadrupédes, les Oifeaux & les Végétaux des Pays dont il eft par-
lé. Toutes ces Planches montent à foixante-feize.
QuanT au Plan de l’Auteur , il n’eft pas fort régulier. Il n’a fuivi ni or-
dre ni méthode dans l’arrangement de fes matériaux. Les différens Chapitres,
dans lefquels il a partagé fon ouvrage, contiennent indiftinétement des Àr-
ticles d'Hiftoire naturelle, de Géographie, des Avantures & des Journaux,
placés confufément. Cela ne diminue en rien l’autorité des Témoins qui font
cités; cependant l’éxécution du plan en fouffre. Comme notre deffein eft
d’inférer dans cette Colleétion les différens journaux que Labat a publiés, &
qui contiennent des Découvertes faites dans l’intérieur de l'Afrique , où juf-
qu'à
cette Collcétion. Le même Auteur a fait aufli
(D) Labat a publié encore fes propresVoya-
imprimer fes Voyages en Efpagne & en Italie.
ges dans les [fes de l'Amérique, en 6 Volu-
mes; on en trouvera l'extrait dans la fuite de
> (]
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4
É. c23
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VL Cinab, I. 02-
qu'a préfent les Européens n'avoient pas pénétré, nous les rangcrons dans
un ordre plus convenable, & nous les accompagnerons des meilleures cartes,
plans & figures qui fe trouvent dans le Livre de Labat.]
Juoique les Portugais s’attribuent les premières découvertes fur les
Côtès Occidentales d'Afrique, cet honneur leur eft difputé par la Nation
Françoife. Dès l'année 1364, on trouve que les Vaileaux de Normandie
portoient leurs entreprifes à Rufifco, & jufqu’à Sierra Leona. Les Fran-
çois produifent (c) un Traité d'affociation entre les Négocians de Dieppe
& ceux de Rouen, du mois de Septembre 1365, pour l'éxercice de ce
commerce ; & l'année fuivante en fit éclater les effets. Un nombre de Vaif-
feaux, plus grand qu’on ne l’avoit encore vû fur les Mers de l'Europe (4),
mit à la voile pour l'Afrique, dans la vûe d'étendre leur trafic au long des
Côtes, & de le confirmer par la fondation de plufieurs Comptoirs, (e) où
les Habitans du Pays puflent trouver conftamment une vente ouverte, & les
Vaifleaux l'rançois des cargaifons toûjours prêtes. Ce fut dans la même vûe,
qu'après avoir augmenté leurs Etabliffemens au Sénégal, à Rufifco, & fur
la rivière de Gambra, ils en formèrent d’autres à Sierra Leona, & fur la Cô-
te de Malaguete, avec deux Villes, ou deux Forts, dont l'un fut nommé
le petit Paris, & l'autre le petit Dieppe. Ils étendirent ainfi leur Commerce
en continuant de bâtir d’autres Forts, tels que celui de la Mine d'or, ou de
Mina, fur la Côte de Guinée, qu'ils élevèrent en 1382, & ceux d’Acra, &
de Cormantin. Ces nouvelles fources de richeffes en jettérent d'immenfes dans
la Monarchie Françoife, qui n’auroient pas manqué de croître fans cefle par
de nouveaux progrès du Commerce, fi les guerres civiles qui fuccédèrent à
la malheureufe cataftrophe de Charles VI. en 1392, n’euffent interrompu de
fi belles entreprifes. |
LA part que les Ducs de Normandie (f) prirent aux troubles de la Fran-
ce, expofa les Normands aux mêmes difgraces. Ces fatales conjonétures cau-
fèrent bientôt la décadence du Commerce d'Afrique. La mort des principaux
Négocians acheva de mettre les affaires de la Compagnie dans la dernière con-
fufñon. Mais la principale caufe de fa ruine fut l’ambition de ceux qui s’étant
enrichis par le Commerce, dédaignèrent bientôt la fource de leur fortune, &
s’alliérenc avec la Nobleffe pour faire perdre le fouvenir de leur origine.
Ainfi la fameufe Compagnie Normande s’affoibliffant par degrés, fes plus
floriffans Comptoirs tombèrent auffi fucceflivement. Les plus éloignés furent
les premiers abandonnés; & de tant d’Etablifflemens, il ne reftoit à la fin du
feizième Siécle que celui du Niger, qui fut nommé enfuite l’Ifle de Sanaga,
(g) ou du Sénégal, & qui s'appelle aujourd’hui l’Ifle de Saint-Louis. On peut
croire
(c) L'Original de ce Traité fut brûlé dans tre fufpeéte, puifqu'il apporte des preuves au-
l'incendie de Dieppe en 1694. mais on cntrou- tentiques. On éxaminera le caractère de fes E-
DA ve des témoignages [irrécufables] dans un an- crits dans un autre lieu.]
cien Manufcrit des Annales de la même Ville. g(f) Ces Ducs de Normandie doivent a-
(d) Angl. plus grand qu'à l'ordinaire. R. voir été les Rois d'Angleterre.
d. E. (g) Ce qu'on appelle ici le Niger cft la Ri-
Ce) Le Père Labat a fort bien expliqué ces vière même de Sanaga, dont les i'rançois ont
Antiquités dans {on Afrique Occidentale, Vo- fait par corruption Sénégal. Voyez ci-deffus
Ælume L pag, 8. & fuiv. [Ce n'eft pas fur desÆTome I. Chap. L. [On éxaminera dans la fui-
faits de cette nature que fon autorité doit &- "cc fi c’eft en effet le Niger.]
rf2
INrrobuc
TION,
Les lrançois
ont découvert
la Côte Occi-
dentale d'A-
frique avant
les Portugais.
Commerce
des Nor-
mands,& leurs
Comptoirs en
Afrique,
Décadence &
ruine de leur
Compagnie.
YXTRODUC-
TION,
Succeffion de
plufieursCom-
pagnies Fran-
Goifes.
Remarques
fur toutes ces
Compagnies.
228 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
croire que la raifon qui le fit fubfifter après la ruine des autres, fut non-feu
lement qu’il fe trouvoit le plus proche de l'Europe, mais encore qu'étant cou.
vert par l'embouchure de la rivière du Sénégal, dont le pañlage eft fort dif.
ficile, il étoit mieux défendu contre l’invafion des Etrangers, Aufñi les Succef.
feurs de la première Compagnie de Dieppe & de Rouen, n'ont-ils pas ceffé
de conferver ce Pofte, & d'y entretenir des Direéteurs & des Faéteurs pour
la conduite de leur.commerce. Labat nous en donne la fucceflion depuis Tho-
mas Lombard en 1626, jufqu'à M. du Boulay en 1664, c'eft-à-dire, jufqu'au
tems où la Compagnie fut obligée de renoncer à fes droits.
Iz ne doit donc refter aucun doute que les François ne fuffent établis à
l'embouchure dela rivière du Sénégalen 1626 (h). La direétion de leur com-
merce étoit alors entre les mains de la Compagnie de Rouen, qui continua
d’en jouir jufqu’en 1664. Mais, par l'autorité du Roi, elle fut obligée d's
bandonner & de vendre fes droits pour la fomme de cent cinquante mille
livres, à la nouvelle Compagrie qui prit le titre de Compagnie des Indes
Occidentales. Cette Compagnie des Indes ménagea fi mal fes intérêts, qu'en
1673, le Roi l'obligea de céder fes Patentes à une autre Compagnie de nou-
velle création, pour la fomme de foixante-quinze mille livres. La fortune ou
la conduite manquèrent encore à celle-ci. Elle vendit, en 168r, fes préten.
tions à une autre Société pour un million dix mille livres. Le Roi confirma
cette troifième Compagnie par des Lettres qui limitoient fon Commerce en.
tre le Cap-Blanc, & Sierra Leona, parce que le privilége de commercer a:
Sud jufqu’au Cap de Bonne-Efpérance avoit été accordé à d’autres Négocians,
afociés fous le titre de Compagnie de Guinée.
EN 1694, cette dernière Compagnie voyant fes affaires en défordre, ven-
dit, avec la permiffion du Roi, dix-neuf ans qui lui reftoient de fon Privik.
ge, à M. d’Apougny, pour la fomme de trois cens mille livres. Dix-huit au
tres Négocians, qui s’aflocièrent à M. d'Apougny, formèrent une quatrièn2
Compagnie d’Afrique, fous le nom de Compagnie du Sénégal, pour laquele
ils obtinrent de nouvelles Patentes. Mais n'ayant pas plus de fuccès que leurs
Prédéceffeurs, ils revendirent, en 1709, leurs droits pour la fomme de deux
cens cinquante mille Hvres, à une Comagnie de Marchands de Rouen, en
fe refervant néanmoins, fous certeines conditions, la moitié du Commerce.
Cés conditions furent fi mal obfervées, que les Marchands de Rouen furent
confirmés exclufivement par je Roï, fous le titre de cinquième Compagnie
du Sénégal. Enfin la nouvelle Compagnie des Indes, ou de Mifliflipi, for-
mée à Paris en 1717, acheta des Marchands de Rouen, ponr la fomme d'un
million fix cens mille livres, le Commerce d'Afrique, dont elle eft encors
en poffeffion (i).
IL ne fera point inutile de joindre ici quelques remarques fur la naiffance
& le progrès de toutes ces Compagnies Françoifes. La première qui avoit
achet. les droits des Normands aflociés, & ceux des Seigneurs Propriétaires
de la Martinique, dela Guadeloupe, de Saint-Chriftophe, de Sainte-Croix, Le
à
dé (b) Il paroït cependant par les Voyages de 1638. |
Jaïnequin, Que nous donnerons à la fuite de (i) Recueil des Edits, Ordonnances & D:
cette Introduétion, que les l'rançois n'eurent clarations du Roi, Labat, wbi fup. pag. 19.4
aucun Comptoir dans ces quartiers-là, avant fuiv.
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ND
nces & De
pag. 19-È
h Grenade & de Marigalande, reçut du Miniftère toute l'afliftance & tout
l'encouragement qu’elle pouvoit delirer. Elle fut aidée des Vaifleaux & des
‘Troupes du Roi. Enfin ne manquant de rien pour le fuccès de fes entreprifes,
ilétoit impoñlible qu'elle ne parvint pas à fon but, fi elle avoit fçû fe renfer-
mer dans de juftes bornes. Mais par une efpèce de Monopole, en s'efforçant,
DIFFERENTIS PARTIES pe L'ATRIQUE, Liv, VI. Car. I. 299
INTRODUc-
TION.
Première
Compagnie,
fous le titre de Compagnie des Indes Occidentales, de faire tourner tout le :
Commerce du Royaume en Afrique &en Amérique, elle ruina fes propres af-
ig-faires. [Son ambition, & l'envie de trop avoir lui firent perdre tout.] On
peut la confidérer comme la premiére Compagnie d'Afrique établie par auto-
rité, car l’ancienne Compagnie Normande n'était qu'une aflociation privée.
Quoiqu'elle eût obtenu la difpofition des trente années qui reftoient de fon
Privilége, avec une claufe de redemption, lorfque ce tems feroit expiré; elle
fut rompue long-tems avant le terme; & dès 1674 (k), les Ifles de l'Améri-
que furent réunies à la Couronne.
Les Patentes de la feconde Compagnie étoient pour trente ans, & fes Pri-
viléges exclufifs pour le Commerce, s'étendoient depuis le Cap-Blanco juf-
qu'au Cap de Bonne-Efpérance. Cette Compagnie fe trouvant incommodée
par l'Etabliffement des Hollandois à Gorée & dans la Baye d'Arguim, obtint
des ordres du Roi pour le départ d’une Efcadre, fous le commandement du
Comte d’Eftrées, qui prit Gorée en 1677. Elle arma elle-même quelques
Vaifleaux, dont elle donna la conduite à M. du Cafe, & qui fe faifirent
du Fort d'Arguim au mois d'Août de l’année fuivante. D'un autre côté, elle
fit en 1679 des Traités avantageux avec les Rois de Rufifco, de Portodal,
& de Joal, par lefquels ces Princes lui cédoient la propriété de toutes les
Côtes entre le Cap-Verd & la rivière de Gambra, c'eit-a-dire d’un efpace
d'environ trente lieuës de Côte, & de fix lieuës dans les terres. ‘Tous les
Etrangers étoient exclus du Commerce dans cette étendue de Pays, & les
Vaifleaux de la Compagnie affranchis de toutes fortes de droits. Dans le
cours de la même année, la Compagnie s'engagea par contrat, avec le
Roi, à fournir chaque année, pendant l'efpace de huit ans, deux mille Né-
gres aux Îfles de l'Amérique qui appartenoient à Sa Majefté , & le même
nombre, ou plus s'il étoit niceffaire, pour le fervice des Galéres. Avec
tant de fujets d'efpérance, qui n'auroit pas cru le fuccès prefqu’infaillible ?
Mais les pertes que la Compagnie effuya par les guerres, & les dettes qu’elle
fat obligée de contraéter pour fe foûcenir, la réduifirent à la néceffité de
compofer avec fes Créanciers, qui fe crurent fort heureux de pouvoir reti-
rer le quart de leurs avances. Les difgraces de deux Compagnies confécu-
tives donnèrent tant d'éloignement pour en former une troifième , que le
Miniftère cut beaucoup de peine à raffembler un nombre d’Affociés fufhfant.
Il y avoit néanmoins allez de différence entre le prix de la feconde & celui
de la première, pour faire juger que.les fonds étoient confidérablement aug-
mentés dans la dernière des deux Adminiftrations (7).
La troifiéme Compagnie qui fut formée en 1681, f promettoit plus de
bonheur, lorfque le Miriftère jugea qu’il étoit à-propos de divifer le Privi-
| lége,
RES des Antilles par du Tertre. (4) Labat ubi fup. pag. 19. & fuiv.
a, :
Ffa
D
Seconde Con-
pagnie,
Troifième
Compagnie.
INTRODpUC:
TION,
Quatrième
Compagnie.
Cinquième
& fixicine,
VOYAGES DES FRANCOIS EN
lége, en le reftraignant pour la Compagnie, depuis le Cap-Blanc, jufqu'à
la rivière de Garbra inclufivement, & formant pour le refte une nouvelle
Affociation fous le titre de Compagnie de Guinée. [ On commençoit à s’ap.*
percevoir à la Cour, qu'il n’étoit pas pofñlible qu'un petit nombre de per-
fonnes, avec des fonds affez limités, puflent pouffer vivement le Commerce
dans une fi grande étendue de Pays. Cette réfléxion étoittrés jufte, & il y
avoit long-tems qu'on auroit dû l'avoir faite. Mais comme il n'étoit pas ho-
norable, qu'on eut été toute l'année fans s'appercevoir d'une chofe, qui fau-
toit d'elle-même aux yeux des moins clairs-voyans ] le Marquis de Seigne-
lay, qui avoit alors l'Adminiftration générale du Commerce ,ne manquoit pas
de prétexte. Il reprochoït à la Compagnie de n'avoir pas rempli fes enga-
gemens pour les deux mille Négres qui devoient être envoyés tous les ans
aux Ifles de l'Amérique. Il fe plaignoïit d'ailleurs que la Compagnie n'avoit
pas apporté d'Afrique autant d'Or qu'on s'y étoit attendu. En vain les Di:
reéteurs lui repréfentèrent qu'ils ne s’étoient pas engagés à payer les dettes
de la Compagnie précédente, & qu'ils avoient compté (1) de jouir paili-
blement des droits qu'ils avoient acquis; qu'il leur en avoit coûté quatre-
gens mille livres pour rétablir & r'>ir étendre le Commerce; que d’ailleurs
ils avoierit fait plus qu’ils n'étoicnt engagés par le Contrat, puilque dans les
deux dernières années & demie, ils avoient tranfporté en Amérique quatre
mille cinq-cens foixante & un Négres, [ ce qui étoit plus que n'éxigeoit lep#
contrat, & que les habitans n’en avoient befoin ] & qu'il paroifloit par les
Regiftres de la Monnoye , qu’en trois ans ils avoient fait entrer dans le
Royaume quatre-cens marcs d'Or. ‘Toutes ces remontrances furent inutiles,
Ils obtinrent feulement que les ”: ‘*es de la Conceffion fuffent élargis depuis
le Cap-Blanc, jufqu'à Sierra Leoua, la poffeffion de Gorée & d’Arguim con-
firmée, & leur droit continué pour fournir des Négres aux Ifles Françoifes
de l'Amérique (n),
LA fortune ne fut pas plus favorable à cette troifiéme Compagnie. Ses
affaires tombérent dans une décadence , qui l’obligea de demander la per-
miflion de la Cour pour vendre les dix-neuf ans qui lui reftoient de fon Pri-
vilége, au fieur d’Apougny, un de fes Dircéteurs. I] fe forma aufñi-tôt une
nouvelle Affociation. L’éxemple du pañlé devant fervir de régle à cette
quatriéme Compagnie, elle crut effectivement pouvoir profiter de l’infor-
tune de fes prédécefleurs, & les mefures furent prifes avec toute la fageñe
qui convenoit à cette vûe. Mais la durée n’en fut pas longue. Les affai-
res tombèrent dans un tel défordre, que le fieur Brue, qui fut envoyé au
Sénégal en 1697 pour les rétablir, l'ayant tenté fans fuccès, on fut forcé
de vendre le Privilége en 1709, à une nouvelle Compagnie de Marchands
de Rouen. Enfin ceux-ci, qui ne réuflirent pas mieux, y renoncèrent en
1717, & le revendirent à la Compagnie de Miffiffipi, qui a réuni le Com-
merce des Indes Orientales & Occidentales, & celui de l'Afrique, fous une
feule Direétion (0).
Les bornes aflignées à la troifième Compagnie par fes Lettres Fe
s'étendent
230
(m7) Angl. qu'ils ne s'étoient engagés à (n) Labat. pag. 24. & fuiv.
payer les dettes de la Compagnie précédente, Co) Ibid, pag. 30.
que parce qu'ils avoient compté &c,R, d. E,
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(p) Barb
brafles d'eau
y eft au Suc
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE Liv. VI, Cnar. I. 23t
s'étendent depuis le Cap-Blanc jufqu'à Sierra-Leona. Dans cet efpace, la
france a les Etabliffemens füuivans :
1. L'Isce &le Fort d'A#rguim, près du Cap-Blanco. Elle a dans fa dé-
endance la Rade & le Comptoir de Portendic , ou Portodali, qui eft au
Nord du Cap-Verd.
I, L'Isze & le Fort du Sénégal, ou de Saint-Louis, à l'embouchure de
la rivière du Sénégal. C’eft la réfidence du Direéteur général.
I. Le Fort & le Comptoir de Saint-Tofeph, près de Mankanet, fur le
bord du Sénégal, à 300 lieuës de fon embouchure, près des Cataraétes de
Felu dans le Royaume de Galam. Il a dans fa dépendance un petit Comp-
toir, & un Fort nommé Saint-Pierre, près de Kaniura, fur la rivière de
Falemé , dans le même Pays, mais appartenant au Royaume de Bambuck.
IV. L'Isce & le Fort de Gorée, près du Cap-Verd.
V. Le Comptoir de Joal, fur la Côte, entre l'Ifle de Gorée & l’embou-
chure de Ja Rivière de Gambra.
VI. Le Comptoir d’Abreda, au Nord de la même Rivière, vis-a-vis Ta-
mesfort.
IL. Vintain ou Bintam, Comptoir fur la Rivière du même nom, au Sud
de la Rivière de Gambra, & fort près de l'embouchure.
VII. Un Comptoir dans l'Ifle des Biflages ou de Biflo, près de Ca-
chao.
IL refte à donner quelque idée de ces Etabliffemens , dans l'ordre où l'on
vient de lire leurs noms.
Le Fort d'Arguimeftfitué dans une petite Ifle ,un peu au Sud du Cap-Blanc,
qui eft fitué lui-même fur la Côte Occidentale d'Afrique, à vingt degrés tren-
te minutes de latitude. C’eft une pointe bafle, qu’on ne découvre pas aifé-
ment de la Mer, qui fe termine au Sud par un Cap, long, bas & ftérile, fans
verdure, fans arbres, & fans aucune marque qui puifle fervir de régle aux
Pilotes. Il a tiré fon nom de la couleur blanche de fa terre, qui eft féche &
fabloneufe. Son extrémité cft ronde, & défendue par quantité de Bancs de
fable & de Bafles , qui rendent le débarquement () fort dangereux. Il fe
préfente au Nord & au Sud; mais lorfqu'on a doublé la pointe du Sud, la
Côte s'étend au Nord, & forme avec le Cap Sainte-Anne, qui eft dans le
même parallèle, à la diftance de huit lieuës à l'Eft, une profonde Baye, où
l'on trouve quantité de Criques & de petites rivières. Cette Baye n’a pas moins
de douze lieuës au Nord & au' Sud. Le fond eft inégal. Elle a une petite
Ne & plufieurs Bancs de fable. Ses Côtes font féches &ftériles, abfolument
défertes & hors des voyes du Commerce. Du Cap Sainte-Anne jufau’aux Sa-
lines, la Côte prend du Nord-Oueft au Sud-Eft l’efpace d’environ fix lieuës,
& préfente vers le milieu de cet efpace une petite Baye, près de laquelle on
trouve quelques Salines naturelles, qui donnent abondamment du fel dans les
tems fecs.
Assez près de la pointe de Sainte-Anne, on trouve une autre Baye, de
la même grandeur à peu près que la première. Elle à trois Ifles, dont la plus
grande
Cp) Barbot dit qu’on trouve huit ou dixkHApag. 529. [ La Defcription de Labat s'accor-
braffes d eau près durivage, & que le Courant de affez avec celle-ci, wbi fup. pag. 57]
ÿ Eli au Sud-Oueft, Defcription de la Guinée,
*INTrnopuc.
TION,
Bornes af-
fignées par les
Lettres Paten-
tes,
Defcription
de la Baye , de
l'Ile & di Fort
d'Arguim,
232 VOYAGES DES FRANCOIS EN
2
grande eft nommée Gbir par les Arabes, & par les Européens Ærguim, La
longueur de l'Ifle d'Arguim eft d'environ une lieuë & demie, & fa largeur
d'une lieuë, Les deux autres [fes font moins grandes, mais font auili Néri.
les. C'eft de l'Ifle d'Arguim que le Golfe, ou la Baye, tire fon nom, Il com-
mence au Cap-Blane & finit au Cap (q) Mirik, à l'embouchure de la Ri.
vière de Saint-Jean. La Baye entre ces deux Caps, qui font à quarante lieuës
l'un de l'autre, cft défendue par un (r) Banc de fable, long de vingt-cinq
licuës & large de deux ou trois, fur lequel la Mer eft toûjours fort grofe,
Ce banc, & quantité d'autres de moindre grandeur, qui fe trouvent aux en.
virons, rendent l'entrée de la Baye fort dangereufe La feule voyefüre pour
les V'aifleaux pefans ,eft entre le Cap-Blanc & l'extrémité Nord du grand banc,
où l'on n'a pas moins de douze ou quatorze brafles, La largeur du Canal ef
d'environ quatre lieuës. On trouve dans la Baye d'Arguim toutes fortes de
Poifons en abondance, & fur-tout celui que les Hollandois nomment Di.
Len Stockfish, ou groffes Morues, & les François Vieilles. IL y eft d'une
grandeur fi extraordinaire, qu'on en a pris qui peloient deux bliviée (s).
L'Isse d'Arguim eft à vingt-huit degrés (#) trente minutes de latitude du
Nord, à la diftance d'une lieuë du Continent d'Afrique. Les deux autres Ifles
n'en font qu'a la portée du moufquet. Mais on ne peut aborder dans celle
d'Arguim qu'avec les Chaloupes. Le meilleur endroit pour y defcendre eftdi
coté du Sud, fur un rivage plat, de gravier. Un Batiment , qui ne prend
que dix ou douze pieds d'eau, peut fort bien s'en approcher à la portée du
moufquet. Entre l'Ifle & le Continent, on trouve un Canal où une frégate
de vingt piéces de canon peut [naviger , faire fesbordées, &7] demeurer fer. #
me à l'ancre fous le Fort, qui eft fitué fur la pointe du roc, au Nord-Ouci,
1! a vingt toifes (v) de face, Les murs font de brique & de pierre brute, ci.
mentés enfemble, de l'épaiffeur de quatre pieds, fur trente ou trente-cinq
pieds de hauteur. Du côté de la terre il y a deux Tours, dont celle He
la droite eft quarrée. L'autre l'étoit auffi; mais ‘lle a été revêtue du côté
de la Mer par un nouvel Ouvrage qui la fait paroître ronde, La courtine qui
joint ces deux Tours forme un angle affez faillant (x). La porte qui cit au
centre, eft défendue par un foffé, [fur lequel eft le pont-levis ,]
Ouvrage de pierre de la forme d'un fer à cheval, avec quatre embrazures.
[11 y a quatorze embrazures fur la Courtine & fur les tours; avec deux Mor-#
vi:
icrs, l'un à bombe & l’autre à grenades fur la Terrafle, qui régne tout av-
tour du Port, & fous laquelle font les logemens de la garnizon & les (y)
Magazins.] Le refte du Fort eft environné par la Me’, | & eft percé de vingti?
embrazures.] Il a une citerne, & un Magazin à l'épreuve de la bombe (3).
L'Isce a d’ailleurs deux citernes, [qui font ce qu'it y a de meilleur danstf
ce Pays:] la plus grande eft à deux cens pas de la porte du Fort, C'eft un
creux,
(aq) Tabat le nomme Ciric: mais ficen'eft minutss,
pas une faute d'impreffion, c'en eft une de (vo) Angl, I a quarante toifes. R. d.E. |
l'Auteur. (x) Labut dit au coucraire qu'eile formeun
Qr) Les Portugais l’appellent Sccca de Gra- ang'e un peu rentrant, R. d. E.
cia, & les François, Banc d'Eftein. (y) Au deffous du Fort il y aune pe
cs) Labat, pag, 58, & fuiv. Ville, habitée par des Mores qui font prelti
(t) Cela ne peut êue vrai, puifqu'elle ef tous pêcheurs. |
plus Sud que ie Cap Llnco de dix ou douze (3) Labat, pag, 151, & fuiv.
°
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im. La creux, qu'on prendroit pour une carrière, & qui femble avoir été ouvert à
largeur force de travail, ou en faifant fauter le roc avec de la poudre, Il a dix toi-
Hi ftéri- fes de largeur & feize de longueur, Sa profondeur eft de quinze ou feize pieds,
I com. Il forme une voûte fort fpacieufe, où quantité de perfonnes pourroient être
e la Ki- “à couvert du Soleil & de la pluye, Dans le centre ft un grand puits, [pro-
we lieuts fond de quatorze à quinze pieds , X | où l'on defcend par peurs degrés,
ingt-cinq dont le plus bas eft au niveau de l'eau, Ce puits, lorfqu'ilelt plein, contient
rt gros, mille quatre cens tonneaux. [Les déblais que l'on a tiré en creufant cette ci-
| aux en: terne, font répandus autour, & font comme une enceinte clevée qui la ga-
re pour rantiflent des fables volans, que les vents y porteroient, & qui la rempli-
ind banc, roient.] La petite citerne €ft au Nord de celle-ci, à fept ou huit cens pas
Canal ef du Fort, On s'imagineroit, au premier coup d'œil, que c'efl l'ouvrage de la
fortes de Nature; mais en l'obfervant de près, on reconnoît aifément qu'il vient de l'Arc,
nent Dic- & vrai-femblablement de celui des Portugais, qui fe font établis les premiers
eft d’une dans cette Ifle. L'ouverture eft longue de dix toifes & large de fix (a). On
vres (5). rouve, au fond, deux baflins ronds, d'environ huit pieds de profondeur,
atitude du | revétus de bonne pierre, où l'eau fe ramañle après s'être filtrée au travers
itres Iles DN 3+ du roc. [Cecte eau eft excellente, On defcend dans la citerne par uneram-
dans celle pe de fept pieds de large, où il y a encore quelques marches de pierre de
dre eftdi taille, que le tems a fort maltraitées (b).]
ne prend L'Isze d'Arguim fut découverte par les Portugais (c) en 1444. Alfonfe y
portée du M fitcommenceren 1455, un l'ort qui ne fut achevé qu'en 1492, par Jean IL.
e frégate fon Succeffeur, ‘Trois Vaifleaux de Tlollande étant entrés dans la Baye en
eurer Lot: x#1633 (d),reconnurent la foibleffe de la Place. [Ils s'en approchèrent le 29
ord-Oucit. Janvier, & mirent leur monde à terre fans trouver aucune oppoñition, Ils
brute, ci- dreffèrent trois batteries, contre le Fort, ] & s'en rendirent maitres le 5 de
rente-cin] l'Cvrier. Les FHollandois augmentérent les Fortifications & s'y maintinrent
lequiuent D jufqu'en 1665, avec l'avantage d'un commerce fort confidérable ; mais ils
c e côté en furent chaflés par les Anglois après un fiége de dix jours. Cependant l'im-
urtine qui portance d'une telle fituation les fit revenir l'année füuivante avec une puiffan-
ui etai te Efcadre ; & comme les Anglois avoient négligé de réparer les Fortifications,
par un ils fe remirent facilement en pofleflion du fort. Ils travaillérent aulti-tôt à le
brazures. rendre capable d'une bonne défenfe; & s'étant liés par un Traité avec les
deux Mor:# Mores, ils les engagèrent à venir former une petite Ville fous la protection
e toutau- | du Fort. | : re ;
& les (y) La Compagnie Françoife du Sénégal s’apperçut bientôt combien cet Eta-
cé devingti* M If blifement croit nuilible à fon Commerce [de la Gomme. ] Elle équipa um
Ombe (3) Vaiffleau de cinquante-fix piéces de canon, & de quatre cens cinquante hom-
illeur dansé Bt 15 mes, [nommé l'Entendu , ] dont elle donna le Commandement au fameux du
Cetun À Calle. Il partit du Havre-de-Grace le 23 d'Avril 1678; & paroïflant devant
creux, lrguim le 10 de Juillet, il débarqua fes Troupes fans la moindre oppofition.
Le Gouverneur Ilojilandois, qui étoit dans le Fort avec cent hommes, n'a-
voit
.R. dE.
‘elle forme un ) Angel. L'Ouverture de cette grotte « (ce) Barbot prétend qu'elle fut découverte
| !x toifes de largeur ; le dedans cena dix, dans en 1440, & le Fort bâti en 1441, Defcript. de
aune pe fo 1 pt: taumètre. Sa voûte ceft furbaif. juintée, pag. 57
a «es jun plus grand diamètre. Sa voûte cft furbaif- la Guinée, pag. 530.
1 font pre” fée comme celle d'un four. R. d. E, (4) Barbot dit en 1632.
A, / : t +
d(! Labat, pag, 153. & fuiv
, | Pas
TITI. Part.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Iav. VE. Car, I 233
L'Ifle d'Ar.
guim poflédée
par divers
Maitres,
Elle pañe à la
Compagnie
Françoife du
Sénégal, en
1678.
3 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Ixrnonuc. voit ôfé fe préfenter hors de fes murs; mais comptant fur le fecours des
TION. Mores , il parut difpofé à fe défendre vigoureufement, Du Cafe manquoit
de mille chofes néceffaires pour un fiége, 11 pric le parti de rappeller fes
Troupes à bord, & de faire voile au Sénégal, où Fumechon , Direëteur
Général, lui fournit des munitions, & quatre petites Barques montées de
foixante - dix hommes, qu'il commandoit lui-même, Ils partirent enfem.
ble du Sénégal le 12 d'Août, Dans l'efpace de dix jours, ils arrivèrent de.
vant l'Ifle d'Arguim, où leur débarquement ne trouva pas plus d'oppof.
tion que la premiére fois, Le Gouverneur, fommé de fe rendre, répondit
qu'il feroit fon devoir, Mais du Caffe ayant fait dreffer deux batteries de
quatorze piéces de canon fort près du Chemin-couvert, fit un feu fi brufque
que la Contrefcarpe fut emportée le 26,& la bréche ouverte deux jours après,
avec une mine prète à faire fauter une partie du Fort, Drelincour, Gouver.
neur pour les Hollandois, crut qu'il étoit tems de propofer une Capitulation
(e). Elle fut fignée le 29, avec des conditions honorables. La Garnifon Hol.
landoife devoit fortir avec tous fes effets, pour être tranfportée en IHollan.
de fur une Galiote de cinquante conneaux ; & les Mores qui étoient établis
dans l'Ifle, obtinrent la liberté d'y demeurer, Les affuires de la Compagnie
n'étant point alors affez floriantes pour fournir à la réparation du Fort & à
l'entretien d'une Garnifon fuflifante, elle prit le parti de le rafer entière.
ment , en fe réfervant le droit de renouveller les lortifications dans un auerc
Reda teins. La paix de Nimegue, confirma les François dans la poffeftion d'Ar-
pagnie par la ee En 1685, les Hollandois fe reffentant d'une perte fi préjudiciable à
paix de Nime. leur commerce, & ne voulant pas violer ouvertement le Truité de Nime-
que, gue, entreprirent de fe rétablir dans la Baye d'Arguim fous le (f) Pa.
Les Hot villon de Brandebourg, Leur Vaiffeau fut pris, & leurs vûes renverfées,
dois sy éta Mais ils recommencérent bientôt cette entreprife avec plus de fuccés; &
blifent. lorfque la guerre fut allumée en 1688, ils réparèrent les anciennes Fortiti-
cations de l'Ifle (g).
ILs s'y maintinrent fans trouble jufqu'en 1721, que la Compagnie Fran:
çoife des Indes, qui avoit acheté en 1717 les droits de la cinquiéme Com-
agnie du Sénégal, équipa (h) trois +. Je , fous le commandement de
M de Salvert, pour fe remettre en polleflion d'Arguim. Cette petite El
cadre partit de l'Orient le 6 de Janvier 1721, & fe rendit à Ténérife, où
be elle devoit attendre trois autres Vaiffeaux qu'on armoit au Ilavre, & qui
gnic Françoie Avoient ordre de la fuivre. M. de Salvert arriva aux Canaries le 3 de l'é-
des Indes s'en vrier, mais lorfqu’il étoit prêt à jetter l'ancre dans le Port de ‘T'énérife, on
remet en pof- Jui tira une volée de canon du Fort ou du Château de Saint André. Au fignal
Kilon, qu'il donna pour en apprendre la raifon, il vit venir une Barque qui portoit
le Pavillon (i) de Saint Roc, & qui s'approcha de la Flotte Françoife avec
les précautions qu'on obferve dans les tems de pefte. Elle apportoit une Let-
tre du Confüul François, pour informer le Commandant que le Roi d’Efpagne
avoit
MH(e) Labat, wbifup. pag. 70. [Drelincour d#(g) Labat. pag. 76.
étoit un Réfugié Fran 0 (b) Labat, pag. 95. & fuiv.
(f) De-là l'erreur de Barbot , qui rapporte (i) C'eft un Pavillon particulier dont on
quen 1685. une Compagnie Brandcbourgeoi- fe fert fur Mer en tems de pelte..
Le s'établit dans la Baye d'Arguim.
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VE Cnar, L. 235
avoit défendu tout commerce avec les Vaiffeaux François, à caufe de la pefte
qui ravageoit alors la Provence ; X qu'on fourniroit néanmoins à la Flotte tuu-
tes les provilions qui lui étoient nécellaires , pourvi qu'elle fe cine au large à
quelque diftance. En effet M. de Salvert reçut le lendemain les rafraichifle-
mens qu'il avoit demandés, mais on éxigea qu'il gardât la Barque avec les
provilions, | | |
Lu défagrément de cette fituation lui fit prendre le parti de laiffer dans
l'Ile, un ordre aux Vaifleaux qu'il attendoit, de le rejoindre au Cap-Blanc ;
& remettant à la voile , il arriva le 13 de Février à Porcendic, où il trouva un
des trois Vaifleaux du Havre, qui étoit arrivé la veille fans avoir touché aux
Canaries. 11 mouilla devant la Barre fur fept brafles & demie, QI s'attendoit
d'y trouver des Interlopes, mais il fut crompé; il n'y en avoit aucun, | Sa
Chaloupe, qu'il envoya au rivage, lui rapporta que deux Hätimens Hollan-
dois de feize piéces de canon, un Anglois de vingt-iix, y étoient venus
faire leur cargaifon & s'étoient remis en Mer le 24 de Décembre, mais qu'on
n'y avoit pas vû d'autres Vaiffeaux depuis, quoique cette année , les gommes
fuilent en abondance. Il partit dès la même nuit, pons déguifer fa courfe aux
Mores; & portant vers le Cap-Blanc, il y arriva le 20 au matin. Le refte de
fon Éfcadre n'y étoit point encore. 11 découvrit feulement, à une lieuë & de-
mie du Cap, une Barque qui gagnoit la terre (4#) dans une petite Baye. T'an-
dis que fes Chaloupes furent envoyées à la découverte, il tint confeil, peus
chercher le moyen d'entrer fürement dans la Baye, parce qu'entre fes Pilotes
& fes Matelots, il n'y avoit perfonne qui connût cette Côte. Il fut opte
d'avancer la fonde à la main, en fe faifant précéder de la Barque & de
fes quatre Chaloupes.
IL arriva le 24 de Février, au foir, à cinq lieuës d’Arguim, où il fut obli-
gé d'amarrer; & le 25, il ne s'eorça pas moins inutilement de trouver du
paffage pour s'approcher plus près del'Ifle. Le our füivant , il mit dans la Bar-
que & dans les Chaloupes, les Troupes qu’il deftinoit à faire le fiége ; & par-
tant à leur tête, il alla defcendre dans une petite Baye, où il vit un Corps de
uarante ou cinquante hommes, qui paroifloient retranchés dans le deffein de
s'oppoñer à fa defcente. Mais ils s'éloignèrent , après avoir tiré quelques
coups de fufil, & s'étant placés fur une éminence, ils tinrent ferme jufqu'au
premier mouvement que les François firent pour s'avancer. Alors, s'étant en-
core retirés, ils fe poitèrent dans un lieu qui devoit être un retranchement,
puifqu'on ne leur voyoit que la tête, & le bouc de leurs fufils. Il fut aifé à
M. de Salvert le reconnoître qu'il n'avoit à faire qu'a des.Mores, & que les
prétendus Brandebourgeois avoient confié le Fort à la défenfe des Naturels
du Pays. Il leur envoya un Trompette, pour les fommer de rendre la Place,
Mais foin d'écouter les propofitions, deux d'entr'eux fortirent du retranche-
ment le fabre à la main, & confeillèrent au Trompette de fe retirer. Le Com-
mandant François ne douta pas qu’ils ne fuffent réfolus de fe défendre, à la
faveur de l'artillerie du Fort. Les ordres furent donnés pour l'attaque; mais
dès la première décharge, on vit les Mores fe précipiter vers le Fort, d’où
ils tirérent aufli-tôt deux coups de canon à mitrailles, qui ne firent sien
ma
(4) Angl. une Barque Cchouée. R. d, F,
Gg 2
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dant d'une Er.
cadre F'rançoi.
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VOYAGES DES FRANCOIS E N
mal aux Affiégeans. Au lieu du retranchement que M. de Salvert avoit fup-
ofé, il trouva une grande citerne, capable de contenir quatre cens hommes,
eau, quoique médiocrement bonne, fut un grand rafraïchiffement pour fes
Troupes. Il renvoya de-là fon Trompette aux Mores, qui firent feu für lui,
Lorsqu'ir fe vit réduit à former une attaque régulière, il fit reprendre un
repos de quelques heures à fes Gens; & les divifant en trois Corps, il envoya
le premier pour fe faifir d'une feconde cîterne, qui n'eft qu'à deux cens pas
du Fort, & le fecond pour apporter les munitions qui étoientreftées dans les
Chaloupes. Le troifième eut ordre de chercher une troifième cîterne, qu'on
fuppofoit encore plus près du Fort, & qui ne fe trouva point. Les Mores
voyant ce dernier détachement fi près de leurs murs, firent une fortie, dans
laquelle ils repouffèrent d'abord les françois ; mais le Piquet du Camp s'c.
tant raproché, les força de fe retirer , en laiffant derrière eux un de leurs
Gens bleffé, & les pourfüuivit jufqu’à la porte du Fort. La nuit du 26, les
François s’occupèrent à démolir les maifons des Mores, à la portée du piftolet
de leur retraite, malgré le feu continuel de leur canon & de leur moufqueteric,
Ils auroient pô les détruire plus facilement par le feu ; mais ils avoient befoin
du bois de charpente pour faire cuire leurs vivres [ dreffer leurs batteries. 1
M. de Salvert renvoya le lendemain fon Trompette aux Mores, pour leur de-
clarer qu’ils feroient traités fans ménagement. Cette menace en fit fortir un, qui
répondit en langue Hollandoiïfe , que le Fort ayant été remis à la garde des
Mores, il alloit prendre les ordres de fon Chef, dont il promettoit d'infor.
mer les François dans une heure. Il revint en effet, avec la réponfe du
Chef, qui ordonnoit à fes Gens de défendre le Fort jufqu’a la dernière picr-
re, [ parce qu’il fe fouvenoit des mauvaifes manières des François, lorfqu'ilsk
l'avoient pris fur les Hollandois. ]
LE vingt-fept au foir, ils firent fortir à la faveur des ténébres, un Parti,
qui s'étant gliffé au long du rivage auroit furpris infailliblement le détache-
ment qui devoit apporter, dans le cours de la même nuit, les provifions des
Chaloupes, fi M. de Salvert n'eut découvert affez-tôt leur deflein pour faire
avancer du même côté une partie de fes Gens & fe pofter lui-même avec
beaucoup d'avantage. Ce mouvement leur faifant craindre qu’on ne leur
coupât le paflage, ils profitèrent de l'obfcurité pour rentrer dans leurs murs,
[ d'où ils firent un terrible feu, mais fans effet. |
Lx dernier jour de Février & les deux premiers de Mars furent em-
ployés à faire amener au Camp l'artillerie. On dreffa une piéce (7) de
fix livres de bale, derrière des barrils remplis de fable qui fervirent de Para-
pet, à la portée du moufquet de l'angle du Baftion du Sud. Le feu com-
mença le $ de Mars, à la pointe du jour. 1l fut grand du côtédes Affiégés,
mais de leur feule Moufqueterie, car ils faifoient peu d’ufage de leur ca-
non ; & leur manière de s'en fervir marquoit beaucoup d'ignorance. M.de
Salvert ayant remarqué qu’ils recevoient des fecours du Continent par leurs
Eanots, & par une Barque qui étoit à l'ancre au pied du Fort,. du côté de
lEfE, entreprit de furprendre la Barque ou de la brûler, Mais les Mores la
mirent en füreté du côté du Nord. Cependant les parapets des deux Bas-
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236
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, VI. Crar. L 237.
tions étoient déja tout-à-fait ouverts, & le canon du Sucl démonté, I ne Ixrronuc-
reftoit qu'à faire approcher les Batteries pour aggrandir la brécue, & d'y plan- Et
ter les échelles. Le Mardi 8, l'artillerie recommençoit, lorfqu'on avertit 144 Afiiués
M. de Salverc qu'il ne paroifloit plus FAURE fur le rempart Il envoya séchupent
aufli-tôt deux Officiers avec quelques Soldats pour s'aMürer de la véricé, Ils parlatuite.
s'avancèrent, en rampant fur le fable, jufqu'au pied de mur, où ils apper-
eurent une échelle. Ils ne firent pas difficulté d'y monter; & de s'introdui-
re dans le Fort, où ils ne trouvèrent que deux Négres, une vicills femme
du Pays, & les deux enfans de Nicolas Both, ancien Gouverneur d'Arguim,
Lu+[ & qui étoit alors Prifonnier dans le Camp des l'rançois. ] Il apprirent d'eux
que tous les Mores avoient pris le parti de la retraite, avec quatre Blancs
qu'ils avoient avec eux. _
M. pe SALVERT prit immédiatement pofñleflion du Fort, au nom de la Les sr
Compagnie. Les munitions & les vivres y étoient encore en abondance; E Mon duMl'ost
MN inais il n'y reftoit ni marchandifes, ni meubles. Les bréches furent répa- & ylitentun
res; & M. du Bellay nommé Gouverneur, avec une Garnifon fuflifante : Gouverneur.
après quoi M. de Salvert ayant fait embarquer fon canon, ne tarda point à
retourner à bord.
LE 19, il apperçut un Bâtiment, qui avoit jetté l'ancre pendant lanuit,
à une demie lieuë de l'Efcadre. Il envoya une l'régate pour le reconnoïtre. M. de Sal-
C'étoit un Vaifleau Hollandois de vingt-deux piéces de canon & de quatre- A
vingt hommes d'Equipage, chargé de marchandifes pour la Côte, & d'une out per
groile quantité de poudre. Il apportoit un Gouverneur pour le Fort d'Arguim.
Une Galiote, qui étoit venue avec lui, pour le fervice du Fort, avoit été
féparée par le mauvais tems. Si ces deux Vaiffeaux étoient arrivés plûtôt,
il y a beaucoup d'apparence que les Mores fe feroient défendus plus long-
tems. Comme les Hollandois n'avoient à bord aucune marchandife de con-
trebande , M. de Salvert ne penfa point à les chagriner ; mais il envoya par
fa Barque, un renfort d'hommes & de munitions dans l'Ifle d'Arguim, avec
ordre d'obferver les mouvemens des Hollandois après fon départ, & de
voir fur-tout s'ils n'entreprendroient pas de s'établir à Portendic, comme ils le
firent bientôt. M. du Bellay, nouveau Gouverneur d'Arguim ne s’y arréta
que pour faire l'inventaire des provifions du Fort. 11 laiffa le fieur Duval,
« pour commander à fa place, & s'étant rendu le 19 à bord du Jafon (=), il
Morriva le 25 de Mars au Sénégal avec M. de Salvert.
Pà Peu de tems après, on y reçut avis par des Lettres envoyées du Défert Il fe rend à
4(2), qu'il y avoit à Portendic deux Vaifleaux d’interlope, aétuellement oc- te
prendre deux
autres,
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Pacupés à charger des gommes; l'un de vingt-huit , l'autre de vingt-deux pié-
“ccs de canon. M. de Salvert partit le 25 de Mai fur le Jafon, accompagné
d'une autre Frégate, dans l’efpérance deles furprendre. Mais la Frégate, dont
MP] s'étoit fait accompagner , ayant été obligée de relâcher à Gorée pour bou-
cher une voye d’eau, ilarriva feul à Portendic le 8 de Juin. Il y trouva deux Vaif-
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car, 237.
jons étoient déja tout-à-fait ouverts, & le canon du Sud démonté, Il ne
reftoit qu'à faire approcher les Bacteries pour aggrandir la brécue, &d4'y plan-
ter les échelles. Le Mardi 8, l'arullerie recommençoit, lorfqu'on averut
M. de Salvert qu'il ne paroifloit plus Shea fur le rempart [l envoya
aufti-côt deux Officiers avec quelques Soldats pour s'aMürer de la vérité. Ils
s'avancérent, en rampant fur le fable, jufqu'au pied de mur, où ils apper-
eurent une échelle. Ils ne firent pas dilliculté d'y monter; & de s'introdui-
re dans le Fort, où ils ne trouvèrent que deux Négres, une vicills femme
du Pavs, & les deux enfans de Nicolas Both, ancien Gouverneur d'Arguim,
[& qui étoit alors Prifonnier dans le Camp des François. | Il apprirent d'eux
que tous les Mores avoient pris le parti de la retraite, avec quatre Blancs
qu'ils avoient avec eux.
© M. be SALVERT prit immédiatement polleflion du Fort, au nom de la
Compagnie. Les munitions & les vivres y étoient encore en abondance;
mais il n'y reftoit ni marchandifes, ni meubles. Les bréches furent répa-
res; & M. du Bellay nommé Gouverneur, avec une Garnifon fuflifante :
après quoi M. de Salvert ayant fait embarquer fon canon, ne tarda point à
rctourner à bord.
Le 19, il apperçut un Bâtiment, qui avoit jetté l'ancre pendant lanuit,
a une demie lieuë de l'Efcadre. 11 envoya une frégate pour le reconnoître.
C'étoit un Vaiffeau Hollandois de vingt-deux piéces de canon & de quatre-
| vingt hommes d'Équipage, chargé de marchandifes pour la Côte, & d'une
sr. #
A
groile quantité de poudre. Il apportoit un Gouverneur pour le Fort d’Arguim,.
Une Galiote, qui étoit venue avec lui, pour le fervice du Fort, avoit été
féparée par le mauvais tems. Si ces deux Vaifleaux étoient arrivés plûütôt,
il y a beaucoup d'apparence que les Mores fe feroient défendus plus long-
tems. Comme les Follandois n'avoient à bord aucune marchandife de con-
trebande , M. de Salvert ne penfa point à les chagriner ; mais il envoya par
fa Barque, un renfort d'hommes & de munitions dans l'Ifle d'Arguim, avec
crdre d'obferver les mouvemens des Hollandois après fon départ, & de
voir fur-tout s'ils n'entreprendroient pas de s'établir à Portendic, comme ilsle
firent bientôt. M. du Bellay, nouveau Gouverneur d'Arguim ne s'y arréta
} que pour faire l'inventaire des provifions du Fort. 11 laifla le fieur Duval,
pour commander à fa place, & s'étant rendu le 19 à bord du Jafon (m), il
arriva le 25 de Mars au Sénégal avec M. de Salvert.
PEU de tems après, on y reçut avis par des Lettres envoyées du Défert
| (2), qu'il y avoit à Portendic deux Vaïfleaux d'interlope, aétuellement oc-
| cupés à charger des gommes; l'un de vingt-huit , l'autre de vingt-deux pié-
| ces de canon. M. de Salvert partit le 25 de Mai fur le Jafon, accompagné
| d'une autre Frégate, dans l’efpérance deles furprendre. Mais la Frégate, dont
| il s'étoit fait accompagner , ayant été obligée de relàcher à Gorée pour bou-
à cher une voye d’eau, il arriva feul à Portendic le 8 de Juin. Il y trouva deux Vaif-
. fcaux à l'ancre ; mais ce n'étoient pas ceux qu'il efpéroit. L'un étoit une pe-
À, tite Barque échapée d’'Arguim; & l'autre, cette même Galiotte qui venoit à la
À fuite
PE
(m) Cétoit le Vaifftuu que montoit M. de
(n) C'eft une Commune du Sénignl, où
Sal ert,
l'on s'alfemblce tous icsans pour le Ccismerce,
GCg 3
INTRoDUuc:
TION,
les A
sect
ficgés
0h
par la fuite,
Les l'rancois
ul
prenne nt }
{Mon du l'ort
& vlaitfont un
Gouverneur,
M, de Sal-
VOIE aricee un
Vuidoau Hol-
lindois.
Il fe rend à
Portendic
pour en fur-
prendre deux
autres,
i
hibe
)NTR
L
}
Ptbins
Tonté de cet
bocouverte
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
A
ñ
230
importante
que fuit M, de
Suvert
Gouverneur
Ho!landois
pour gaaner
les Morcs,
onve fuite du Bâtiment Hollandois. La Parque fe fauva heureufement , en côtoyant qu'i
de fort près le rivage. La Galiote, après quelque légère réfiftance, tomba encc
entre les mains des François. Elle appartenoit à la Compagnie Hollandoife caif
des Indes Orientales, & fa cargaifon étoit compoñée d'ultenciles & d'autres barre
commodités pour les établiffemens de Hollande, Jean Vine, qui avoit aban. truiré
donné Arguim fur la Barque avec quatre Mores, étoit déja dans cette Galio. L4
te; & vingt-cinq tonneaux de gomme qu'elle avoit à bord la rendoient d'ail. couve
leurs une fort bonne prife (0). çois,
M. De SALvERT en éxaminant les Officiers, trouva qu'ils avoient ordre regagi
de porter des provifions au Fort d'Arguim, & qu'ils avoient à bord le nouveau de fa :
Gouverneur qui arrivoit pour cette [île nommé Yean Reers, avec trente-deux emplo
Soldats de recrue pour la Garnifon. Le Vaifleau que les lrançois avoiert concili
laiffé dans la Baye d'Arguim étoit deftiné pour la Côte de Guinée. Il devoi: guim
feulement mettre le Gouverneur à terre ; ou, s'il trouvoit le Fort pris, il avoit eller |
ordre de le laifler fur la Galiote, comme il avoit déja fait avant que le mau- es Hol
vais tems l'en eût féparé. Reers étant venu dans la Galiote depuis le Cap voit lai
Sainte-Anne, avoit relâché dans l'Ile de Tidre, ou de Ner (p}). Il y avoit trou- qu'il oc«
vé Jean Vine, qui s’y étoit retiré avec les Morcs, après avoir abandonné le Cevoir à
adreïe d'un Fort d’Arguim; &, profitant de l'occafion, il avoit infinué aux Mores que h fier & :
Compagnie Hollandoife ayant appris que le deffein des François étoit d'enva. Mores,
hir leur liberté, l'avoit envoyé exprès pour faire un établiffement fur leur l'INe de
Côte, dans la vûe de protéger leur Commerce & de les défendre des infüultes Çus par |
de leurs Ennemis ; que s'ils étoient difpofés à le feconder, il avoit apporté des volée de
matériaux pour bâtir un nouveau Fort, & des marchandifes pour le Commer. te hoftilit
ce; qu'ils devoient faire fond fur les fecours conftans de la Hollande, dontils Ld y
es, &f
Nouveau Fort accordé la permiffion de bâtir un Fort à Portendic,
que les Hol-
landois veu-
lent bâtir.
avoient éprouvé depuis long-tems l'affeétion: enfin, par ces artifices, il avoi
gagné une grande partie de ces Peuples.
NSUITE étant arrivé à Portendic, il avoit écrit au Prince Æi/chandora,
Chef More de la Tribu d’Eraraza ( q), qui avoit été de fes amis dans unau-
tre tems ; car Reers avoit déja commandé dans l'Ifle d’Arguim au nom de
prétendue Compagnie de Brandebourg. Il parloit d’ailleurs aufñi parfaitement
l'Arabe que fa propre Langue, & fa conduite lui avoit attiré l’eftime & l'af
feétion des Mores. Aufñi avoit-il fi bien ufé de cet afcendant, qu’ Alifchando-
ra, malgré le Traité qu'il avoit conclu avec les François en 1717, lui avoit
lui avoit promis de k
fecourir contre ceux qui entreprendroient de s’y oppofer, & lui avoit même
fourni des hommes pour débarquer fes marchandifes, & pour commencer l:
Conftruétion de fon Fort. Les Hollandois avoient déja fur le rivage quatreca
nons de quatre livres de bale, & trois cens quintaux de poudre, avec lé
affuts (r) & des boulets, une Garnifon bien armée & fournie de provifions,
dix mille briques, quatre cens planches de vingt F'éme de long, des folivé
pour les plates-formes, [des poutres de chêne une maifon de bois qu'ils
voient apportée en piéces, & qui n’attendoit que d’être montée. La Gal®
te étoit remplie d’autres commodités, qu’ils avoient débarquées à mefur
qu'ik
(g) D'autres le nomiment Roi du li
d'Addi. |
(r) Angl. trois milliers de poudre, desu'
tenciles. KR. d, E.
(o) Labat. Tom. I. pag. 106. & fuiv.
(p) Cette Ifle eft à dix-huit licuës d’Ar-
guim, au Sud, On la trouve aufli nommée
Naire.
Di Munitions,
; |
1
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lores que li
toit d'enva-
ent fur leur
, des infultes
apporté des
le Commer-
inde, dontils
ices , il avoit
Alifchandora,
is dans unal
au nom de 1
arfaitement
Re & j'afe
Lu’ Alifchandor
17, Jui avoi
romis de K
j avoit même
commencer l
age quatre ct
dre, avec les
de provifions:
r, des folivé
P de bois qu'il?
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ées à mefur
qui
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MCE Se 28
3
4
K
nl
a
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de poudre des W
CA
DIFFERENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Liv, VI. Car. I. 239
qu'ils avoient chargé leur gomme ; de forte que les François y trouvèrent IN Trou
" Yrencore feize bales de toile [baftas, trois cens planches de Pruffe, quelques
caifles de quincaillerie, ] huit caiffes d'armes, quatre milliers de poudre, des
barres de fur, deux cens quintaux de tabac (5), & des matériaux pour conf-
truire deux Barques (+).
La prife de ce Bätiment, que M. de Salvert envoya au Sénégal, & la dé-
couverte du projet d'un nouveau Fort , devoit füflire pour allarmer les Fran-
çois, & leur Eire prendre de nouvelles mefures. Les plus preffantes étoient de
regagner , s'il leur étoit poflible , l'efpric d'Alifchandora & des principaux Mores
de fa Tribu; ou, fi l'on ne réuflifloit pas par les voyes de la douceur, d’
employer la force, en fe joignant aux Mores d'Ebreghencer leurs plus irré-
conciliables Ennemis. Il n'étoit pas moins néceffaire d'avoir dans l'Ifle d'Ar-
guim un Gouverneur prudent, & capable par de bonnes manières de rap-
eller les Mores qui s'étoient retirés, ou de former un nouveau Parti contre
# Hollandois. Au lieu de pourvoir au dernier de ces deux befoins, on a-
voit laiflé dans la perfonne de Duval, l'homme le moins propre à l'emploi
qu'il occupoit, 11 étoit capricieux, violent, préfomptueux, incapable de re-
cevoir un confeil, aufli foible néanmoins & aufli irréfolu dans le danger, que
fier & arrogant dans le fuccès. Loin d'employer la douceur pour gagner les
Mores, il commença par les irriter. Ils étoient retournés volontairement de
l'Ile de Ner à celle d'Arguim dans l'efpérance apparemment d'y étre bien re-
çus par le nouveau Gouverneur ; mais l'accueil qu'ils obtinrent de lui, fut une
volée de toute fon artillerie & de fa moufqueterie. Ilne fe borna point à cet-
te hoftilité. Etant forti du Fort avec fa Garnifon, il fit plufieurs Prifonniers
qu’il maffacra inhumainement. Sa barbarie alla jufqu'à les faire couper en pié-
ces, & faire expofer des lambeaux de leurs Cadavres fur des poteaux autour
de l’Ifle, pour faire connoître à ceux qui s’étoient échapés, fur quel trai-
tement ils devoient compter s'ils tomboient entre fes mains. Il n'eft pas fur-
prenant qu'une fi monftrueufe conduite ait rendu les Mores incapables de ré-
conciliation. Ils font naturellement portés à la vengeance; & les Hollan-
dois, avec leur adreffe ordinaire, ne rmanquérent pas d’exciter leur reffenti-
ment.
TION,
Mefures que
les François
aurolent dû
prendre,
Impruder.ce
du nouveau
Gouverneur
d'Arguin,
Ses rites cf-
Aufñi la Garnifon d'Arguim en éprouva-t'el:. sientôt les effets. N'Ô+ fers furla Gas
fant mettre le pied hors du Fort, elle y fut attaqu.. :: la diffenterie & du nifon,
fcorbut, qui en firent périr la plus grande partie. i.es François n’étoient
À point accoutumés au climat. La cruauté & la mauvaife foi de leur Comman-
dant leur avoient coupé toutes fortes de fecours. En un mot, le Fort devint
bientôt un Hôpital.
La trifte fituation où ils fe trouvèrent réduits eft repréfentée fort au long
dans un Journal du fieur Melay, Magafinier d'Arguim, dont on fe borne à
donner ici l'extrait (v}.
Le fieur Roberts, alors Direéteur Général, apprenant le facheux état du
Fort d'Arguim, qui fe trouvoit bloqué par une Troupe de Mores furieux,
envoya une Barque, nommée la Prompte, avec un renfort d'hommes & de
munitions. Melay, Auteur du Journal, étoit du nombre. Ce fecours arriva
| |
au
ce) Angl. 2000 livres de tabac. R. d. E,
) Labat wbi fup. pag, 111, & fuiv,
(vw) Il fe trouve dans l'Afrique Occidenta-
le de Labat, Tome, I. pag. 116,
Mifère des
François.
INrvropre
TION
Le Gouver:
neur cherche
à fo réconc|
Her avec les
Mores,
Both fe ren
dansl'ifle de
Ner&i FA
gne les Morcs,
[is retournent
à Arguim,
Nouveaux
mécontente-
mens,
«
VOYAGES DES FRANÇOIS E:
24
au Fortle 7 Juillee 1721, Il trouva que de quarante François qui avoien:
compofé la Garnifon, vingt-huit étoient morts ; K que des douze qui reftoienr,
la plûparc étoient fi malades qu'en moins d un mois ilen mourut fix, Nico.
las Both, ancien Gouverneur Hlollandois, qui étoit venu de France avec M.
de Salvert, étoit refté dans le Fort. Duval auroit étendu fon commerce &
maincenu fa Garnifon, s'il eût été capable de fuivre fes avis, Cependant les
malheurs dans lefquels il s'étoit précipité & Îles réprimandes du Direéteur
Général l'ayant rendu un peu plus traitable, il fencit enfin de quelle impor.
tance il étoit pour lui de fe réconcilier avec les Mores; &, de concert ave
Doth , il réfolut de fe rendre dans l'Ifle de Ner, où les Morcs étoient re.
tournés, pour leur faire des propofitions de paix. Le jour du départ fucre.
alé; mais Duval fe rappellant tous les excès auxquels il s'étoit emporté , man.
qua de courage au moment qu'il devoit s'embarquer, |
Born partit feul, le 12 de Juillet, accompagné d'un Sécretaire, d'un Mo.
re nommé Æman, qui avoit échapé à la fureur de Duval, & de fept Soldat
dela Garnifon. Il fut reçu civilement par les Mores, qui lui promirent dere.
tourner à Arguim lorfqu'ils auroient appris qu'il en feroit Gouverneur; mis
ils proteftérent qu'on ne les y reverroit pas fous le commandement de Du.
val, Both s'efforça de les adoucir par fes promefles, Il les engagea mémei
lui préter deux Barques; l'une pour la peche des Tortues, l'autre pour pro.
curer des vivres à la Garnifon du Fort. La feconde étant revenue la premi.
re, il l'envoya aufli-tôt à Arguim, chargée de trente Moutons qu'il avoica
chetés, fous la conduite de deux Soldats françois & de cinq Mores, Il écri.
vit en méme-tems à Duval de traiter humainement les Mores, & de réparer
fes cruautés par des carefles. Ce confeil fuc fuivi fidélement., Mais Duval de-
goûté d'une Commiflion dans laquelle il s'étoit conduit fi mal, prit le pari
de fe décharger du Commandement fur Both, & de fe rendre au Sénéui,
Favec trois hommes de la Garnifon, & quelques Négres Efclaves, qu'il pri
pour fuppléer à l'équipage de la Barque, qui devoit le tranfporter.]
Arrks fon départ, les affürances que Both donna aux Mores qu'ilne revien.
droit jamais, en attirérent un grand nombre dans l'Ifle d'Arguim. Ils y re
commencérent leurs Établiflemens. Le Commerce prit bientôt une nouvele
forme, & l'abondance qui régna dans le Fort fervit à rétablir la Garnifon, O1
ce.uptoit déja trois cens Mores dans l'Ifle, & les affaires n’aurcient pas celle
de profpèrer , fans l'imprudente conduite d'un Officier nommé /e Riche, Cu
homme, qui reffembloit à Duval par le caraëtère, leur donna tant de füjets
de mécontentement, qu'abandonnant les abitations qu'ils avoient fous le
Forc, ils allèrent fe placer beaucoup plus loin, c’eft-à-dire, hors de Ja por:
tee du canon, pour aflürer la liberté de leur retraite lorfqu'ils y feraient for-
cés par les événemens. Cettedéfiance caufa beaucoup d'inquiétude à Both , tan-
dis que le Riche continua de fe rendre odieux par de nouveaux fujets de plain-
te. Enfin les Chefs des Mores déciarèrent à Both qu'ils étoient nié 1
fe retirer encore dans l’Ifle de Ner, avec d'autant plus deraifon que le Riche
fe vantoit d'obtenir bientôt le Commandement, & qu'ils le connoifloient auf
méchant que Duval.
CEPENDANT comme Both avoit entr'eux beaucoup d'amis, ils lui don:
nérent avis que Reers, après avoir trouvé le moyen d'achever fon Fort à
Portendic, avoit équipé une grande Barque pour venir furprendre Arguim. Îl
parut
fs
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unc
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fait
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& de réparer
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Garnifon, 0!
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déterminés ?
que le Riche
oifloient auili
ils lui don:
r fon Fort à
re Arguim. I
pari
DIFFERENTES PARTIES br L'AFRIQUE, Lav, VI Cnar, L 241
arut en coffee, le 30 d'Août; mais, les Mores amis de Boch ayant contenu
& autres dans la foûmiflion (x), il manqua fon entreprife, + tem
res, Both fut informé par d'aucres avis qu'il étoit arrivé à Portendie cinq
Vaiffsaux Hollandois, PE ser on fuppofoit la même vûe, Il n'en pouvoit
douter, depuis que le 15 de Septembre, il avoit vû dans la Baye d'Arguim
une autre Barque avec Pavillon Hollandois, conduite hors d'uiage, & dont
le but étoit fans doute de s'affürer fi le l'ort étoit encore entre les mains des
l'rançois. Aufli-tôt que leur Pavillon avoit paru fur le Fort, la Barque avoit
fait divers mouvemens , après lefquels elle avoit enfin jetté l'ancre, Both y
avoit envoyé un Charpentier Hollandois du Fort, avec deux François, pour
fçavoir fes intentions. Ils avoient rapporté, à leur retour, qu'elle apparte-
noit à un Vaiffeau Hollandois de 24 piéces de canon, qui étoit à l'ancre
près du Cap Sainte-Anne, chargé de provifions pour Reers, que les Hollan-
dois croyoient déja maître d'Arguim.
voique le Prince Alifchandora eût affüré Both de fou amitié pour les
François, & qu'il eût même donné ordre à Reers de quitter Portendic, ces
avis demandoient beaucoup de vigilance & de précautions contre une furpri-
fe, Both envoya au Sénégal, pour folliciter le Direéteur Général de lui four-
nir du fecours. Mais il apprit, dans l'intervalle, des nouvelles fort chagri-
pantes, Un More, nommé //amar Vonal, à qui Duval avoit accordé pen-
dant fon Gouvernement, la permiflion de commercer fur les Côtes avec le
Pavillon de la Compagnie, ayant rencontré la Curieufe, Barque l'rançoife qui
droit partie du Sénégal pour Arguim, & qui avoit échoue près de Zexoli,
op[pctite Ifle de roches ,] à cinq lieuës d'Arguim, avoit maflacré le Patron,
nommé Georges du Boc, & fept Matelots. Duval même eut le malheur de
tomber entre les mains de ce Brigand , qui lui fit porter la peine de fon ar-
rogance & de fes cruautés. Il venoit du Sénégal, dans une re chargée
de munitions. Hamar, s'étant joint avec deux petits Bücimeus Morefques ,
croit à la pêche aux environs du Cap-Blanc , lorfqu'il vit paroître la Harque
Françoife. Il s'en approcha; & montrant à Duval fes propres Pafleports, il
obtint de monter dans la Barque, où les Morces tuèrent Duval avec feize Ma-
tclots François. Ce tragique événement arriva le 16 d'Oétobre 1721.
Les François d'Arguim reconnurent facilement leur Barque, lorfqu'ils la virent
paroître à la Pointe Sud du Cap-Blanc avec trois Barques Morefques; mais
ne fe défiant pas d'une fi cruelle trahifon, ils n’en furent informés (y) que
plufieurs jours après. Both fit mettre aufli-tot fa Garnifon fous les armes. Il
fe faifit de cinq parens de Hamar & de deux femmes de la même Nation.
Il arrêta deux Barques qui appartenoient aux Mores, & qui étant leur feule
reffource pour quitter l'Îfle, lui donnèrent le pouvoir de les faire rapprocher
fous le canon du Fort. Enfüite il dépecha le Marbut 2 ou le Pretre de l'If-
le, avec trois Mores, pour aller déclarer au perfide Hamar que s’il ne fe hà-
coit de reftituer la Barque, fes parens fcroient envoyés dans les cachots du Sé-
négal.
(x) Angl. mais les Mores, auxquels on per-
mit d'entrer dans le Fort, trouvant la Garni-
fon fous les armes, renoncèrent à leur en-
creprife, R. d. LE,
(y) Angl. & ils ne‘doutèrent plus de la per-
fidie des Mores, maisils ne furent informés
III, Part.
du maffacre qui y avoit été fait &c. R. dE,
(3) Les François l’appellent Marabou.
Quelques Auteurs Anglois écrivent Marabouts,
& Jobfon Margbucks. Marbut où Morabet , en
Arabe, fignifie un Hermite où un Religieux.
Ih
InNrropnve
FIOoN
Entreprise
d. Hollrniloié
fur A Lt,
Feinte récon:
cillation d'A
lifchandora
avec les l'ran-
Çots,
Prife d'une
Barque l'ran-
coife, & Ma-
telots mala-
crés,
Duval eft tué
dans fa Bar-
que,
Précautions
du Gouver-
neur d'At-
gui,
42 VOYAGES DES FRANÇOISEN
Inrronue négal, Mais la ii préparoit au Commandant d'Arguimune difgrace beau
TION. nlible.
Allfchandora ne Le rot a, levant enfin le mafque, parut devant l'Ife le 26 d'Oc
eg “2 g tobre, avec des forces confidérables, & fi dire à Both qu'écant venu dans la
cols, Barque de Duval, avec fon frère qui fe nommoit Cherigny , & fept Morcs,
ils le prioient de leur accorder une conférence à bord, Il répondit que ce n'é.
toit pas l'ufage pour un Gouverneur de s'éloigner fi fort de fa Place, mais que
le Prince feroit reçu avec honneur s'il vouloit prendre la peine de venir dans
le Fort, La nuit fuivante, quelques Mores fe liffèrent ur les Barques qui
étoient au pied du Fort, &, malgré le feu de la Garnifon, les enlevèrent,
avec tous Îles Canots qu'ils purent trouver, Après cette éxécution, Alifchan-
dora ne gardant plus de mefures, débarqua un Corps de quinze cens hommes,
& fe faifit des deux Citernes. Les Mores qui avoient leurs Habitations près
du Fort, les quittèrent pour fe joindre à leurs Compatriotes ; & la feule ven-
geance que Both en put tirer fut de démolir leurs maifons & de faire cranf-
Nifchandora porter les matériaux dans fes murs. Depuis le 27 d'Oétobre jufqu'au 16 de
débarque1500 Novembre, Alifchandora lui fit porter tous les jours de nouvelles propofitions
Mores. en le preffant de lui rendre le Fort &de fe livrer lui-même entre fes mains.
IL s'étoit déja faifi de le Riche. Une Barque qui arrivoit du Sénégal fut prife
aufli par les Mores, quoiqu'au fignal qu'elle reçut du Fort elle eût remis à la
i 'écarter.
dr res fon eau & fes provifions diminuer, fit fortir les bouches inu-
tiles. Mais lorfqu'il croyoit fa défenfe affürée par de nouveaux foins, les Mo-
res firent jouër une Mine, qu'ils avoient creufée fous une vicille voûte qui
eft à l'Eft du Fort, fans qu'on fe fût apperçu de leur travail. Elle caufa plus
Mincque les qe bruit que de mal. Cependant elle fit fauter une partie de la première For-
MO HE cations & l'ébranlement fut fi furieux dans le Fort, que les portes des mai-
d'a fons & des armoires s'ouvrirent avec violence. Both, qui avoit à redouter
d'autres périls de la même nature, & qui perdoit l'efpérance d être fecouru
du Sénégal, fans compter que les vivres & les munitions commençoient à lui
manquer, fit propofer enfin au Prince Alifchandora de lui remettrele Fort, à
condition que les honneurs de la guerre fuffent accordés à la Garnifon, avec
une Barque pour fe rendre au Sénégal. Alifchandora ÿ confentit; mais le jour
fuivant , il rétraéta fa promefle. Dans une fituation fi défefpérée, Boch prit le
parti de faire conftruire fecrettement une Barque, pour fe retirer pendant la
nuit avec fes gens, avec la réfolution d'employer le refte de fa poudre pour
faire fauter le Fort à fon départ. don à |
Rezrs, Gouverneur de Portendic, qui étoit d'intelligence avec Alifchan-
dora, fut informé de ce terrible deffein, & fe crut obligé de prévenir la ruine
du Fort par une compolition modérée. Alifchandora fe livrant à fes confeils,
demanda une conférence avec les François, à la portée du piftolet de leurs
murs, On y convint que la Place feroit rendue, pourvû Svp Reers parût en
Reddition du perfonne & fe rendît garant de la fidelité des Mores. ais foit que re
Fort d'Ar- eût déja quitté leur Camp, où il étoit venu fecrettement avec eux, foitqui
guim, ne fût pas empreffé de paroître dans une occafion de cette nature, il envoya
un de fes Officiers, à qui Both fut obligé de remettre le Fort. Alifchando-
ra prit pofleflion du peu de munitions & de vivres qui reftoient aux Fran-
çois, & leur fournit une Barque, dans laquelle ils fe rendirent à Portencie
Ils &
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ais que
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es qui
èrent ,
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mmes,
15 près
ile ven-
e tranf-
1 16 de
fitions ,
| mains,
at prife
mis à la
hes inu-
les Mo-
ûte qui
aufa plus
bre For-
des mai-
edouter
fecouru
lent à lui
Fort, à
n,avec
is le jour
h prit le
ndant la
nre pour
lifchan-
la ruine
onfeils,
de leurs
parût en
e Reers
foit qu'il
il envoya
fchando-
1x Fran-
ortendic.
1ls
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Lav. VI, Cuar, L. 243
Ils étoient au nombre de vingt-cinq. Reers |
À eur rendit, fuivant le ic
la Prompte, ancienne Barque de Duval, qui DOrta 2 grrgee) M dd 4
, qui les cranfporta au Séné :
de Janvier 1722 (a). | d og m1 dis
La Compagnie lrançoife des Inde i étoi
s, qui étoit €
ce d'Afrique depuis 1717, n'eût pas focb rue 1 nr gr q Cons
l 1170 ' ' | C * À. sin ,
guim, qu'elle réfolut non-feulement & s'en remettre en polleffion, mais . entrer ml d
core de chafer les Hollandois de Portendic, Elle équipa, au Port de l'O s'y rétabli
rient Fr og de quatre F régates X d'une Galiote, fous le Commande:
re . roger de la Rigaudière, Le Sieur Brue, nommé Commiffaire
iénéral pour le réglement des affaires de la Compagnie en Afrique, s'embar
qua fur la méme Efcadre. On nomme les Vaifleaux & leurs forces e
Canons, Hommes ,
L'Apollon, Ê Capltaines,
| | . A . . . . CE] 327 M. de la Ri audi \ Elca tre que
pe re rs pr - . … 200 M. de Mes CyGInN ov ,
L Marie … Eftrées, . +. 140 M. de Landouine
LES L ne, + + …… 143 M. de la Clifle,
JEfpérance, , + . … 29 . M. Hory.
Cerre petite Flotte partit de l'Orient le 8 Décembre 172
arrétée par les vents contraires jufqu'au 13 de pal à [A PRO y Le
A trois lieuës de Madère , elle rencontra une Flotte Hollandoife de de 10 Vi if
feaux, qui alloient aux Indes Orientales. De part & d'autre on arb ca Pa.
villon, mais on pafa fans fe faluer. Le 30 de Hnvier. M. de la Ri sudièrs ,.
riva heureufement à Gomera, une des Canaries, & fit complimenter le G à
verneur par fon Major d'Efcadre, en lui faifant demander la liberté de “hirbas On lui ref
u n luirefufe
veller fa provifion d'eau. Mai ique ) ÿ :
P s quoique les Fr mg, de produififfent leurs billets de l'eau à Go-
de fanté, ils trouvèrent cet Officier i i
cier infléxible, à vuufe dela pefte qui i
! | e A ur mera,
encore en Provence. Il leur répondit qu'il y alloit de fa tête "ho Moses
ortoient peine de mort. L Efcadre fe trouva forcée de porter vers le Ca “
+ où elle arriva le 6 de Février. cs
LLE y trouva une Galiote , une Frégate & de
L ux Chaloupes toi
parties du Sénégal dès le 2 de Décembre, par l'ordre du Direéteur Général,
mais qui avoient employé deux mois à doubler le Cap-Blanc. 11 leur man uoit
ré ; pe Waridn PR qui avoit été féparée par le vent &
uppofoit retournée au Sénégal, ou jettée être ll
A. de là Rigaudière app Lei : > peut-être vers les Antilles.
i que les Hollandois avoient à l’ rt
M. de la Ri) ancre, fous le Sénégal au
M Pers ” : Mn ge piéces de canon, & fut’ informé A
néral de tout ce qui s'étoit pallé au Sié |
À ) iége de
É LE Na ue rs Ur le dr Reërs fe Ace soi à
arnifon ue les Hollandoi i
NA de Panne 1, & q ndois avoient reçu avis
quatre mois avant leur arrivée, Son inqui
ral . inquiétude
que . quatre Bâtimens du Sénégal ayant confumé toute leur ps . nf
pan pes pour retourner fur leurs traces, fi les citernes d'Arguim leur
quoient. L'événement juflifia fes craintes. Cependant il entra dans la
Baye
Elle trouve
(a) Labat, pag. 125. € fuiv.
Th 0
INTRODUC-
TION.
Elle entre
dans la Baye
d'Arguim.
Un Vaiffeau
Hollandois
Jeur échape,
Defcente des
François dans
lille d'Ar-
guin.
Us fomment
le Fort de fe.
rendre,
44 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Baye d'Arguim, malgré la difficulté du paffage, où l'Apollon échoua fur fe
Banc, & ne put fe dégager qu'a la faveur de la marée füuivante. Le 12
de Février, toute l'Efcadre jetta l'ancre devant l'Ifle, à la diftance de cinq
lieuës (b).
Dès le lendemain ,on mit dans les petits Bâtimens, les munitions, l'artil-
lerie & tout ce qui étoit néceffaire pour le Siége. Mais lorfqu'ils s’appro-
chèrent du rivage, ils virent paroître, au Nord-Oucft de l'Efcadre, un
Vaiïffeau qui les obligea de retourner vers leur Flotte. Le Commandant
détacha aufli-tôt une Chaloupe, pour l'aller reconnoître & pour obferver fes
mouvemens. Elle revint le matin du jour fuivant; & le Vaiffeau étranger
parut avoir jetté l’ancre à trois lieuës au Nord-Oueft. Alors M. de la Ki.
gaudière envoya une Barque avec la même Chaloupe, pour l'obferver de
plus près. Ces deux Bâtimens s'étant avancés à moins d'une lieuë du Vaif-
feau, virent venir à eux fa Chaloupe. Ils en prirent les Matelots pour met.
tre à leur place quelques-uns de leurs propres gens, & continuërent de faire
voile vers le Vaifleau. Mais étant au-deffous du vent, il lui fut aifé de
s'échaper à toutes voiles en leur lâchant fa bordée. Ils apprirent des Ma-
telots qu'ils avoient pris, qu’il fe nommoit le Fleflingue ; qu'il appartenoit à
la Compagnie Hollandoife des Indes Occidentales ; que le nom du Capitaine
étoit Jacob Vanderftolk; que l'Equipage étoit de trente-trois hommes, &
l'artillerie de dix-huit piéces; enfin qu'il avoit à bord vingt Soldats & un C1-
poral pour le Fort d’Arguim. Il étoit parti d'Amfterdam le 30 de Novem-
bre 1722. Il avoit reiâché le 17 de Décembre à Plymouth, d'où il avoit
remis à la voile le 10 de Janvier.
Les Barques, avec les Munitions & les Troupes deftinées pour fa d:f
cente, partirent le feize au matin; mais les vents & les marées devinrent ii
contraires, que n’ayant pû gagner la pointe Sud de l'Ile avant le foir, ie
débarquement fut remis au lendemain. Le 17, deux détachemens, chacun
de deux-cens hommes, deftendirent fans réfiftance. Ils s’avancérent ve:s
le Fort, jufqu’à la portée du canon; & Careron, Commis de la Compagnie,
fut envoyé avec un Trompette pour fommer le Gouverneur de fe rendre.
On fit dire en même tems au Capitaine d'un Vaifleau Hollandois qui étoit
fous ie Fort, de fe retirer, & d'aller mouiller librement près de l’Efcadre
Françoife, parce qu'il n'y avoit pas de guerre entre la France & la Ho:
lande. Careron avoit ordre de réclamer cinq prifonniers François qui étoient
dans le l'ort. N
R£Ers, qui en étoit lé Gouverneur, répondit que la garde de cctte Pla-
ce lui ayant été confiée, il étoit réfolu de la défendre jufqu’à l'extrémité;
que Both la lui avoit vendue, & qu’il la tenoit du Roi de Prufle pour la fom:
me de-trente mille rifdales. A l'égard des cinq François que M. de la Ri-
gaudière faifoit réclamer, il protefta que trois d’entr'eux s’étoient engagés
volontairement dans la Garnifon; que les deux autres, qui étoient MM. le
Riche & de Vaux, lui avoient été remis par Alifchandora pour la fomme de
fix-cens rifdales qu'ils lui devoient, & qu’en. payant cette dette, on pou-
voit compter d'obtenir leur liberté.
LE même jour, M. de la Rigaudière fit avancer fes Troupes au Nord de
l'Ile, & détacha trois Compagnies pour prendre poffeflion des ce
pañant
(b) Labat, pag. 133 EP fuis,
fur fe
Le 12
de cinq
l'artil-
'appro-
re, un
nandanc
‘ver fes
tranger
e la Ki:
rver de
u Vaif-
ur met-
de faire
aifé de
des Ma-
tenoit à
apitaine
mes, &
x un C1-
Novem-
il avoit
fa def:
nrent !i
foir, le
chacur
ont Vus
pagnic,
rendre.
qui étoit
"Efcadre
la Hoi.
11 étoicnt
ette Pla-
trémité ;
ir la fom:
le la Ri-
engagés
MM. le
omme de
on pou-
Nord de
rnes. En
paffant
D
PLAN pv FORT D' ARGUIM pañant
Pres par M7 Perrier de Salrert le 8 Murs 1721. ble + &
fentoit
voient
entrepi
Genigl Ha Fort. Te | l'artil e
| a ie ce d'en
| qi HU LIRE ee LOI rent co
oil DER les Cie
Rigaud
qui n’e
contre
l'eau, |
n'en fu:
tinua d
pour le
cre,ell
ce, &
delà a
C£EP
gnie de
commai
Il partit
voient :
pagnies
il prit d
arriva |
) que les
x nideca
Schnl pré A aa dE PS k pour fe
ti 20 7] 2 \ nd
. Barton de Ze Droite qui a 4 faces & Canons de 4 de Bale, et 3 de 3 4 mes qu
Zolwerk aan de Regte —-Zyae, Lebbende $ en, $ Agéponders, en 3 Drieponders. ; avoient
. Batterie de $ Canons de $ &, de Bale qui battent à la «er. < L
Battery van $ Vierponders, bestsykende de Rée. É: LE I
. Batterie de s Canons de CÉ, avec g autres pelits de 8 onces ,une Euertée au mieu de 5 pe feule co
da Batterie, de plus 3 Prerriers d'une ivre gui Battent à da «4er. 4 la c
pr dé + Zesponders, $ Kjyne es van & Oncen-bafr, met een pe a Court
ScäilderAuïgse int Midde, en 3 Basièn van 1 #, Éestrykende de Lee. il tacha qi
. Bashon qui a g faces, z Canons 28 &., ct cing autres de 8 #, de plus un Mortier de Ÿ ho!f
forte de 50 &, de Bombe sur Le Bastion une Plateforme . ë cor u
Bohrerk van $ Zyden,2 Stukken van 298 &, 5 Agçtponders,en cen Mortier van “ découvr
so, Bombs. Op't Bolwerk is een Zedding . & l'obli
Ze Zune 2 Canons de 12 #. ni obIigea
2 RD Eine E Lasalle à Doaush parts y à à Piriire une) Mon Es
. Sur osfe mur 0) Ly a ers d'une livre. fn Cu
Boren de Gragt, ange den Muur van £ Crhioditre 'ayn $ Basien van 1: &#. Ps Etoient
. Zas Cisternes. 5
De Régenéakken.
«
PLATTE-GROND en GEZIGT van’t FoRT van ARGUIN,
«set door den A7 de Sazvxzrr, den 8. Maart 1721.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Luv. VI Cuar. I. 245
pañant devant le Fort, elles effuyérent huit ou dix coups de canon, mais fans
aucune perte, Elles trouvèrent la rande Citerne remplie de pierres, de fa-
ble, & de carcaffes de bêtes. Il reftoit un peu d’eau dans la petite, mais qui
fentoit le fel. Le tems ayant manqué aux Affiégés pour la remplir, ils na-
voient trouvé que cet expédient pour la corrompre. Une partie des François
entreprit de nettoyer la grande Cîterne, tandis que lès autres: firent avancer
l'artillerie. Les Hollandois firent une fortie la nuit fuivante, dans l'efpéran-
ce d'enlever deux piéces de canon, qui étoient près des Cîternes; mais ils fu-
rent contraints de fe retirer. Le 18, après des efforts inutiles pour nettoyer
les Cîternes , les Officiers de la Flotte jugèrent dans un Confeil , que la diferte
d'eau ne permettoit pas d'entreprendre un Siége lon & difficile. M. de la
Rigaudière fit figner cette délibération par tous les Officiers Généraux, ce
qui n’empêcha pas M. Brue de protefter au nom de la Compagnie des Indes
contre treize articles du Mémoire, en répondant particulièrement à celui de
l'eau, qu’il auroit été facile d'en tirer du Sénégal. L'artillerie & les Troupes
n'en furent pas moins rembarquées le jour fuivant. Cependant l'Efcadre con-
tinua de demeurer à l’ancre dans la Baye jufqu'au 25, qu'elle mit à la voile
pour le Cap-Blanc.. Elle y arriva le 27. Après y avoir paflé trois jours à l'an-
cre, elle fit voile à Portendic, pour ruinerle Fort Iollandois dans fa naïflan-
ce, & cette expédition lui ayant mieux réufli que la première, elle fe rendit
de-là au Sénégal. (c).
C£PENDANT le mauvais fuccès de celle d’Arguim rebuta fi peu la Compa-
gnie des Indes , qu'ayant équipé une nouvelle Efcadre, elle en donna le
commandement à M. de Salvert, qui s’étoit rendu maître de ce Fort en 1721.
Il partit de l'rance au mois de Janvier 1724, avec toutes les munitions qui pou-
voient affürer fon entreprife; fur-tout avec d'excellens Officiers & trois Com-
pagnies de Marine. Le mauvais cems l'obligea de relacher aux Canaries, où
il prit des rafraîchiffemens; après quoi remettant à la voile le 7 Février, il
arriva le 14 devant l'Ile d'Arguim. I] fit fa defcente avec tant de diligence,
que les Hollandois furpris, n'eurent le tems, ni de faire des retranchemens,
ni de corrompre les Cîterncs. M. de Rambures fut envoyé immédiatement
pour fe faifir de la plus grande, & pour reconnoître la caufe d’un feu qu’on
avoit apperçu devant le fort. Il revint avant la nuit. La Citerne n’avoit pas
reçu d'altération. Les Afliégés n'avoient pas de Garde avancée; & les flam-
mes qu'on avoit vûes venoient de l'Habitation des Mores, que les Hollandois
avoient pris le parti de réduire en cendres,
INTRopuc-
TION.
La difette
d'eau les force
de fe retirer,
Nouveaux
préparatifs
des François
contre Âr-
guim,
M. de Salvert
cft chargé de
l'entreprife.
Le 15, à la pointe du jour, M. de Salvert fitavancer fes Troupes fur une
feule colonne, & fe campa vis-à-vis du Fort, à la portée du canon, derrière
Ja courtine où M. de la Rigaudière s’étoit campé l’année précédente. Il dé-
tacha quelques Soldats, pour fe faifir de la petite Cîterne, & lui-même il alla
choifir un lieu pour y dreffer fes. batteries. En s’avançant dans cette vûe, il
découvrit un Corps de Mores qui marchoient vers la. petite Cîterne; ce qui
l'obligea d'envoyer M. de Tremigan avec quinze Grenadiers, pour foûtenir
fon détachement. Cet Officier trouva les Mores déja repouflés. Les Cîternes
étoient remplies d'excellente eau ; fecours qui contribua beaucoup au Mess
u
Ce) Labat wi fup. pag 139. € fuiu.
Il metle Sié-
ge devant le
l'ort.
INTRODUC;
TION.
Le Gouver-
neur fait mine
de vouloir fe
défendre,
Arguim re-
pris par les
François.
Capitulation.
M. dela Mot-
té nommé
Gouverneur.
46 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
du Siége. A quatre heures après-midi, les Troupes Françoifes fe poftèrent
dans un lieu à couvert de l'artillerie du Fort. Le 16, un Officier, nomme
M. de la Rue, avec toutes les Barques de l'Efcadre, prit poffeflion d'une pe-
tite Crique au Sud-Oueft de l'Ifle, & fi voifine du camp, qu'on y pouvoit faire
paffer aifément les provifions. Le même joue , M. de Salvert fit l'effai de quel.
ques piéces de Campagne d'une nouvelle forme, & trouva qu'elles portoient
au de-Jà du Fort. Pendant la nuit fuivante, M. Belugard fut employé à drefer
les batteries.
Le 17, à huit heures du matin, les Mores firent une fortie; & s'étant di.
vifés en deux corps, ils allèrent attaquer les Cîternes à la faveur de l'artillerie
du Fort. Mais ils furent repouflés avec perte de quelques hommes. Le même
jour, M. de Salvert envoya deux Chaloupes commandées pur les fieurs Du:
puis & Courtois, pour croifer au Nord de l'Ifle, & couper la communication
du Fort avec le Continent. Le travail des batteries fut fi ardent le 18, queles
canons & les mortiers furent en état de jouër le 19. Alors le Commandant
François envoya un Trompette aux Afliégés, pour leur propofer de fe rendre
Ils demandèrent jufqu’au lendemain pour délibérer. Ce tems fut employé par
les François à perfeétioner leurs batteries. Le jour fuivant, qui étoit le 20
M. de Saint Pierre déguifé en Trompette, fe préfenta devant la porte dù
Fort, pour recevoir la réponfe à laquelle on s’étoit engagé. Il avoit ordre de
faire des obfervations qui furpañloient les lumières d’un fimple Soldat ; mais on
le preffa de retourner au camp pour demander encore un jour de délai. 11 fut
renvoyé avec la même diligence, pour déclarer que fi l'on tardoit un mo:
ment de plus à fe rendre, le feu des batteries alloit commencer. Dans le
chagrin d'un ordre fi précis, le Gouverneur répondit brufquement qu’il fe
endroit plûtôt que de fe déshonorer par une lâcheté, & qu'il fe défendroit
jure l'épuifement de fes forces.
N commença fur le champ à tirer. Le feu fut fi vif, que dès la troifième
bombe, le Gouverneur arbora le Pavillon blanc. Meïñlieurs de Belugard & de
Barilly furent envoyés pour fçavoir fes intentions. Il demanda encore quarante.
huit heures pour délibérer. Mais cette me ayant été rejettée, il déli-
vra le Riche & de Vaux, qui étoient prifonniers dans le Fort, & donna des
ôtages tandis qu'on régla la Capitulation. Les articles furent, ro. Que les ap-
pointemens dûs à la Garnifon par la Compagnie des Indes, feroient payés fur
les effets qui fe trouvoient dans le l'ort. 20. Qu'elle fortiroit immédiatement
avec fon feul bagage. Aufli-tôt que le Traité fut figné, M. de Salverc s’étant
avancé avec fes Troupes jufqu’à la porte du Fort, trouva le Gouverneur qui
lui préfenta les clefs. Mais comme la porte étoit encore bouchée, les Fran-
çois furent obligés de pafler fur le mur avec des échelles, tandis qu'on tra-
vailloit à rendre l'entrée libre.
M. de la Motte, nommé Gouverneur par la Compagnie, fut laiffé dans
l'Ifle d'Arguim avec une Garnifon, un Major, un Magafinier, trois Sécre-
taires & un Chirurgien; après quoi l'Efcadre Françoife fit voile à Portendic,
où elle arriva le r de Mars 1724 (d).
Porrenpic, ou plûtôt Portodali (e), que les Mores nomment (f) Goura,
eft
(d) Labat, pag. 224. & fuiv. lieu que Penba Ë É afal-
[e) Angl. porto d'Addi. KR. d. E. gat ui, fiirané Be de . rs
Ou Jura, ou Gioura. C'eft le inême auSud.des Sept-montagnes, & quarante cinq
licuës
poftèrent
» nommé
d'une pe-
voit faire
de quel-
portoient
à dreffer
étant di-
l'artillerie
Le même
eurs Du:-
unication
8, queles
nmandant
fe rendre.
loyé par
oit le 20,
porte dù
ordre de
; mais on
lai. Il fut
t un mo.
Dans le
nt qu'il fe
léfendroit
troifième
rard & de
quarante
e, il déli-
donna des
ue les ap-
payés fur
diatement
erc s'étant
2rneur qui
les Fran-
qu’on tra-
aiflé dans
ois Sécre-
Portendic ;
Goura,
f) “4
é auffi Rafal-
à fept lieués
uarante cinq
lieues
uit LABAT «7er
ART)
DE PORTENDIC
Hout-Fort .
ORTIVLARTS van PORTENDIC,ook genoemd POoRTUDADDI, of Pragse)
f
DIF
eft une B
fix minut
que deux
lui fervet
quatre-vil
jufqu'à fe]
fond eft
Mer y re:
confidéral
de l'Oueft
moins, p
Baye, ni
avec de p
la terre v«
que, que
ue, ont
Nord qu
Nor ft
ni bas &
l'un de l'a
près de de
deux Vaif
arrivent d
de l’Oueft
pas de s’ap
ve, àlad
demie, or
qui s’étenc
que trois b
ou douze :
sunie, [co
une lieuë d
nir un Ma
te comme
Portendic ,
& qu’on fe
Canal, &
Aux m
Nord-Oue!
quelquefoi:
fur le rivas
eftd’amarr:
d'Avril & «
lieuës au No
c'eft-là que le.
Gomes, a
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, VI. Car. I. 247
eft une Baye fituée entre Arguim & le Sénégal. Elle eft à dix-huit degrés INTropuc:
fix minutes de latitude du Nord. Deux grands Bancs de fable, qui n'ont T'°N:
que deux ou trois brafles d'eau, & qui joignent des deux côtés le Continent, Defcripion
lui fervent de défenfe naturelle, & forment, au milieu, un Canal d'environ de la Baye de
quatre-vingt braffes de largeur, où la ste até de l'eau eft depuis cinq Portendic.
ajufqu'à fept braffes. Celle de la Baye elt depuis quatre jufqu'à fix; mais [le
fond eft inégal &] pendant une grande partie de l'année, la violence de la
Mer y rend anersge fort dangereux. Elle a d’ailleurs un inconvénient fort
confidérable. C'eft qu'un Vaifleau qui manque la latitude en venant du côté * Difficulté de
de l'Oueft, ne trouve pas facilement le Canal. Du côté du Sud, on s'y trompe la connoitre,
moins, parce qu'entre l'embouchure du Sénégal & Portendic, il F: a pas de
Baye, ni même de Crique remarquable, & qu'on n’y voit qu'une Côte brifée,
avec de petites hauteurs par intervalles, jufqu'à trois lieuës de Portendic, où
la terre venant à s’abbaifler, offre un rivage uni, & forme une petite Cri-
que, que les François ont nommée le petit Portendic. Au Nord de cette Cri-
ue, on trouve quelques éminences, qui forment la pointe Sud de la grande
Baye. Quand on eft vis-à-vis cette pointe, il faut tenir pendant trois lieuës
Nord quart Nord-Eft (g ).
Au Nord des éminences qu’on vient d’obferver, on a trois lieuës d’un ri-
vage bas & uni, au milieu duquel il fe trouve trois arbres, également éloignés
l’un de l’autre. Plus loin au Nord, il s’en trouve un quatrième, qui eft feul,
près de deux Collines rondes, qu'on prendroit, dans un efpace fi bas, pour
deux Vaiffeaux à la voile. Voilà les meilleures marques de terre pour ceux qui
arrivent du côté du Sud. Mais on ne les diftingue pas fi facilement du côté
de l'Oueft, parce que la terre eft fort baffle, & que les Bancs ne permettent
pas de s'approcher afez du rivage. A l'Eft & à l'Oueft de Portendic, on trou-
ve, à la diftance de cinq lieuës, huit ou neuf braffes d'eau. A deux lieuës &
demie, on trouve encore fept braffes; mais c’eft-là que commence le Banc,
qui s'étend Nord-Oueft quart d'Oueft, & Oueft-Nord-Oueft, & qui n’a guères
que trois brafles & demie de fond. Au Sud de la Baye, on découvre encore dix
ou douze petites éminences ; & la terre, du côté du Nord, paroît verte &
unie, [ comme fi c’étoit un bois tailli,] avec un Palmier fur une pointe, à
une lieuë du rivage. Pour reconnoître ces marques, il faut néceffairement te-
nir un Matelot au Perroquet, d’où il appercevra auffi une Saline qui fe préfen-
te comme un Lac, à deux cens pas dans les terres. Mais en approcient de
Portendic, la prudence demande qu'on avance toûjours la fonde à la main,
& qu’on fe fafle même précéder d’une Barque, jufqu’à ce qu'on ait trouvé le
Canal, & qu’on l’ait entièrement pañlé.
Aux mois de Novembre, de Décembre, & de Janvier , les vents font Ventsquiré-
Nord-Oueft dans la Baye, & rendent la Mer fi pe qu'un Vaiffeau perd gnent dans la
quelquefois deux ou trois cables dans une nuit, & n'éviteroit pas d’être jetté se For
fur le rivage, s’il n’avoit toûjours d’autres cables prêts. Le parti le plus für |
cftd’amarrer au Nord-Eft ou au Sud-Oueft. Aux mois de Février, de Mars,
d'Avril & de May, les vents font ordinairement de terre depuis le lever du
Soleil.
lieuës au Nord du Sénégal. Il dit auffi que guim. Defctiption de la Guinée, pag. 531.
c'eft-là que les Hollandois alloient prendre des (g) Labat, ubi Jup. pag. 212. Éÿ Juiv.
Gomes, après avoir perdu le Port d’Ar-
248 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Ixrnonuc. Soleil jufques vers midi, que ceux de Mer s'élèvent généralement du Nord.
TION. Nord-Oueft au Nord-Oueft, C'eft la meilleure faifon pour le Commerce de la
Baye, & celle où la Contrebande y eft dans fa plus grande chaleur, [ Quetquesg
jours avant la nouvelle & pleine-Lune les brizes font beaucoup plus fortes
ue dans d'autres tems, & elles empêcheroient abfolument la navigation des
haloupes, qui vont à terre & qui en reviennent, fi chaque Vaifleau ne
mouilloit pas au Nord de la Baye, une petite Ancre de deux ou trois cens
livres, avec un greflin de trois pouces & de cent brafles de longueur, don ef
le bout doit être arrêté à terre à un bonpieu. On doit mettre le long du cable AT s
d'efpace en efpace des bouées pour le foûtenir, afin que les gens, qui fon d ‘I
dans la Chaloupe le pen attraper ® s'en aider, foit pour aller à terre Te :
foit pour en revenir, les avirons font alors aflez inutiles. ] Aux mois de Juin, il prot
de Juillet, d'Août, de Septembre & d'Oétobre, qui font ici la faifon des or. PT
es, les vents d'Oueft-Sud-Oueft, Sud-Oueft, & quelquefois Sud, rendent h ; _
Eos abfolument inacceflible, Les flots s'enflent fi furieufement fur la Barre, gr e
que l'approche en eft également dangereufe & terrible. nr f _
pri UN autre défaut de la Rade de Portendic, c'eft qu'elle n'a pas d'eau fraiche, .
hr ya. ou qu'il faut l'aller chercher fort loin dans les terres, avec auvant de difficuhé dal
Conde. que de danger. Aufli prend-on le parti d'en acheter des Mores, qui la vendent pe .
cher, quoique fort mauvaife. En récompenfe, la Baye a beaucoup de poit bitatte
fons de diverfes efpèces, telles que la Dorade, la Sole, la Parque & la Vicille. are
Les Vai ax À ; anale fa best une auti
Les Vaifleaux qui s'y arrêtent en font toûjours bien fournis, & les Hollandos conteno
]
comma
tôt ave
le des
extrêm
fon arr
cruauté
le Trai
Ler
y envoyent fouvent des Barques chargées de fel, qui prennent leur cargaifu fiftoit d:
de poiflon pour les Côtes de Guinée (h). thdehors
Expédition Lorsqu’irs eurent perdu l’Ifle d'Arguim en 1721 ,ils ferctirèrent à Por. d
des François tendic, où l’on a vû qu'avec le fecours de quelques Vaifleaux arrivés de
par deu:
contre lesHol- Sp De à . + . rées, qL
landois de Hollande, ils bâtirent un Fort de bois fous la conduite du Gouverneur Rerrs, Xfni de po
Portendic. & fous la proteétion des Mores. C'étoit une reflource pour leur commerx naus Chi
dans le Pays, mais fort préjudiciable à celui des François. Reers, par l'afcen- du Fort
dant qu'il avoit fur l’efprit d'Alifchandora , Chef des Mores, trouva le dant il r
moyen, comme on l’a rapporté, de rentrer dans Arguim en 1722 , fans terre.ole
bandonner l’Etabliffement de Portendic. M. de la Rigaudière ayant man- he : é
qué de fuccès contre Arguim en 1723, tourna vers Portendic, dans l'efpé- x pour fer
rance d’y attaquer plus heureufement les Hollandois. Il y jetta l'ancre le 4 ace bar
de Mars, vis-a-vis l'Habitation des Mores, auxquels il fit annoncer par le la mi 2
fieur Both, qu’il étoit venu pour renouveller paifiblement lé Traité de 1717. eau fort
Deux Mores, qui fe rendirent aufli-tôt à bord du Commandant, lui dirent Div
qu'Alifchandora n'étoit éloigné que de deux journées avec fes Troupes, & pale vûd
que les Hollandois ayant abandonné le Fort, les Mores s’en étoient mis en lois, qi
pofleflion. Comme la nuit approchoit, ils promirent de revenir à bord le e s'état
jour fuivant. Ils furent fidèles à cette promefle. L'un d’entr'eux, qui # Marion
nommoit Ibrahim, ayant reconnu M. Brue, témoigna une vive joye de le °
revoir, & confirma tout ce qu'il avoit dit la veille. Là-deflus, M. de la
M. de la Ri- Rigaudière prit la réfolution d'entrer dans la Rade, fur le Maréchal d'Ejtrées, 15 (à) Laë
saudiéreentre accompagné feulement de quelques Chaloupes bien armées, pour commencer CE) La
dansla Rade. Une négociation avec Bovali, ou Abu-Ali, [ Maître de l'Éfcalle, &] qi (1) Ang
com renforcé
de fimples
III, 1
Gb) Labat pag. 214. € Juiv.
né DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI. Cuar, L. 249
tag commandoit dans le Fort. Le Both étant defcendu au rivage, revint bien Ixrronue-
[Que tôt avec deux Gtages, de la pars de Bovali, qui en demandoit aufli de cel- LA 0
LS quest le des François. On lui envoya fe fieur le Berg (4). La joyede Bovali fut jte Son
A ue us extrême à la vûe de M. Brue, qu'il nomma fon père, en proteftant UC traité avec les
V'aifleau à fon arrivée lui faifoit oublier tout ce qu'il avoit foufrert de l'injuitice & des Morcs,
na (Paie ee cruautés de Duval. Brue prit avantage de cette difpofition pour renouveler
gueur res le Traité en quatre Articles. 1°, Qu Alifchandora reftitueroit à la Compa-
ong du cale gnie Françoife le Fort de Portendic , alors entre les mains des Morcs, avec
ns, qui fon la liberté d y mettre une Garnifon. 20, Qu'il rappelleroit les Mores qui étoient
sr fs dans l'Ifle d'Arguim avec les Hollandois. 3°. Que dans toutes les occalions
jois de Jui il protégeroit les François & leur Commerce. 49, Qu'il ne vendroit, & ne
La des de permettroit que fes gens vendiffent de la gomme, qu'à la Compagnie. Du cô-
À rende L té des François, la Compagnie promettoit d'envoyer tous les ans deux Vaif.
Le sd feaux , avec des marchandifes, pour le commerce des gommes, cha ue quin-
mn, tal devant pefer fept cens livres; & de payer lesdroits ordinaires. Ce Trai-
eau fraîche té fut figné '* 6 de Mars 1723. ( ). .
«de difficu, Le même jour, M. de la Rigaudière , avec fix Officiers & vingt Soldats, Situation da
Sue prit poffeffion du Fort. Mais il en trouva la ficuation fort défavantageufe, Get Fort Hollan:
he Le ” ouvrage des Hollandois étoit dans un marais falé, cinq cens toifes à l'ÉIt de l'Ha- ‘°°
& ve bitation des Mores. De l'autre côté, à deux cens toifes du Fort, il y avoit
SE es une autre Habitation; & ces deux Villages, ou ces deux Villes enfemble,
8 Hollandoi contenoient trois ou quatre cens Habitans. Le Fort étoit bâti de bois, & con-
ur Cargailon fiftoit dans un double enclos de planches , qui avoit huit pieds de hauteur en
Kdehors, [& quatre & demi en dedans.] Le pied de cette paliffade étoit joint
‘érent à Por. par deux folives, & le haut par une feule, mais les planches étoient fi fer-
K arrivés de rées, qu'elles Pos à l'épreuve du moufquet (/). Le fommet étoit gar-
e
neur Recrs, KPni de pointes de fer. [Cette clôture étoit percée de trois entrois pieds de cre-
F Mers naux triangulaires, comme font ceux des guérites de bois.] A chaque angle
» par . du Fort il y avoit deux embrafures, pour autant de piéces de canon. Cepen-
Le on” dant il ne s'en trouva que cinq piéces fur les platte-formes, qui étoient des
722 , fans a terre-plains revêtus de pierre (m). Au centre de la Place, les Hollandois a-
Lier voient élevé une grande Maifon de bois, avec des magafns & plufieurs fales
dans A x pour fervir de logement à la Garnifon. Le Fort étoit [un quarré de dix toifes de
l'ancre . ace par le dehors, &] environné de deux foflés, larges de fix pieds & de
DnÇer pur la même profondeur, féparés par une levée très-étroite & demi-pleins d’une
aité de F7 cau fort puante,
t, lui Se Diverses raifons portérent le Confeil à garder ce pofte; mais la princi- Les François
Troupes, G pale vûe des François fut d'empêcher qu'il ne tombât dans les mains des An- Part das à
ient Lt glois, qui traitoient depuis quelque tems avec Bovali pour obterir la liberté der,
ur à borc f e s'établir à Portendic. M. de la Rigaudière/donna le Gouvernement au Sieur
ME Or Le Marion, contre l'inclination de M. Brue, qui lui connoifloit l'humeur trop
s, M. dh Ve
bal d Ejlr po (5) Labat l'appelle le Begue. R. d, E. te clôture étoit affez forte pour réfifter à la
r commenter ŒCk) Labat, ubi fup. pag. 156. & fuiv. moufqueterie, R. d. E.
alle , & | que (1) Angl. le bas de cette paliffade étoit (m) Angl. qui étoient de bois, & dont le
Com: renforcé par des montans doubles, & lehaut milieu étoit rempli de terre & de maçonnerie,
de fimples , fi près les uns des autres ,quecet- KR. d. E.
II, Part. . li
(NTRODUC-:
TION,
fls l'aban-
donnent en
1723,
Les Hollan-
doisle réta-
bliffent,
Îlett repris
par les l'ran-
çGois,
Etabliffement
des François
au Fort Saint
Louis,
259 VOYAGES DES FRANÇOISEN
vive pour le commerce des Mores. Mais on lui devoit ce dédommagemenc
pour le Gouvernement d'Arguim, | lui avoit été promis, Ses appointe.
mens annuels furent réglés à dix mille quatré-vinge livres, outre deux mille
cent livres pour fa table (mn). On lui laiffa, pour Garnifon, trente-deux Sol.
dats François, [y compris la femme d'un Soldac,] & fix Efclaves Négres, Sa
Commiflion fut Ï née le 9 de Mars; & le même ai » M. Bruc régla divers
articles avec Bovali, pour l'entretien du Fort, Mais l'expédition d'Arguim ayant
été différée de quelque tems, M. Marion qui fe voyoit enlever fes efpéran.
ces, s'ennuya bientôt à Portendic, & demanda inftamment d'être rappelé,
M. Drue, alors Direéteur Général, lui envoyapour Succefleur le Sieur del'Ef.
caude, à bord du Vaiffeau de M. de Landouine, Ils arrivèrent à Portendi:
le 15 d'Avril 1723. M. de Landouine y trouva la Garnifon {fi mécontente du
Pays, que perfonne n'ayant voulu fe charger du Commandement, ni même
demeurer plus long-tems dans un lieu fi trifte & fi mal-fain, il fut obligé de
prendre tout le monde à bord. Mais ce ne fut pas fans avoir encloué L Ca
non & démoli le Fort, ce qui défobligea beaucoup les Mores & devint fort
nuifible aux intérêts de la Compagnie (° ).
IL paroît par la Relation du fecond Voyage de M. de Salvert à l'Ifle d'Ar.
guim en 1724, que les Hollandois rétablirent le Fort de Portendic. Après
avoir remis les François en poffeflion d'Arguim, ce Commandant fit voile à
Portendic , où il arriva le premier de Mars. Tandis qu'il cherchoit un lieu
commode pour fa defcente, les Hollandois firent feu fur lui du Fort, & d'un:
batterie de cinq canons qui étoit poftée fur le rivage. Mais les Troupes Fran-
çoifes ayant débarqué dans une petite Baye , une lieuë auNord-Oueft du Fort, ils
y mirent le feu & l'abandonnèrent, quoiqu'Alifchandora n'en fût qu'à deux
icuës avec fix cens Mores, & qu'il n’attendit qu'un renfort pour les fecou-
rir. Le nouveau Fort étoit de bois comme le premier, avec huit pointes en
forme d'étoile, fur un efpace de cinquante picds quarrés. Il avoit été bâti
près de l'ancien Fort, mais dans une fituation plus avantageufe, Depuis cet-
te expédition , lesFrançois ont entretenu conftamment un Comptoir à Portendic,
fous la dépendance de celui d'Arguim (p).
Leur fecond Etabliffement fur la même Côte, eft celuidu Fort Saint Louis
dans l'Ifle du Sénégal. Cette Ifle eft fituée à l'embouchure de la rivière du
méme nom. C'eft la réfidence du Direéteur Général, & le centredes affaires
. de la Compagnie. La fituation du Fort eft avantageufe, quoiqu'il foit fort pe-
tit. Barbot le repréfente comme un lieu fi mal fortifié, qu'il n'a pour fa dé-
fenfe (4) qu’une paliffade avec un mur de bouë, &trois batteries de canon,
au nombre de quinze piéces. Mais il a changé de face depuis la Defcription
de Barbot. Labat raconte qu'il n'y refte (r ) que quatre vicilles tours des an-
ciennes Fortifications ; qu’elles font de bonnes pierres, & couvertes de tuile.
Aux murs de boue, on en a fait fuccèder de plus folides , avec plufeurs ou-
vrages avancés. L'artillerie eft d'environ trente piéces, & la Garnifon ar
venable
(n) Angl. réglés à mille quatre vingt livres (g) Defcription de la Guinée, pag. 18. On
de fixe, & deux mille cent livres de gratiti- trouvera ici, à l'article du Sénégal, des ob-
cation outre fa table. R. d,E, fervations plus étendues fur cette Ifle.
(o) Labat, pag. 166.
(p) Labat, pag. 206, pag. 2304
” frique,
Cr) Labat, Afrique Occidentale, Vol. IL
L
venab
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1699.
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«de Gamb
DIFFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv, VI. Cr, L age
agement venable à l'importance de la Mace, Suivanc la Relation de Barbot, James Ixrnonve.
ppointe- Booker, Agent général de la M Royale d'Afrique à Gaimbra, sem. TION,
ux mille para le 1 de Janvier 1692, de l'ile du Sénégal , dont les François étoisnt en
leux Sol- polleflion depuis cinquante ans. Definoulins leur Gouverneur fe rendit fans
es. Say réfiftance; mais Booker n'y trouva que les quinze piéces de canon, dont parle
la divers Parbot, 11 donna au Fort le nom de William. Mary (5).
im ayant LasarT affüre que le Force du Sénégal (+) n'a jamais changé de Maître,
cfpéran- Cependant, quelques pages après, il reconnoît qu'il fut furpris par les An-
rappellé, | glois, & qu'ils en confervèrent la poffeffion pendant cinq ou fix mois. Muis
r del'Ef. il ajoûte que fans leur lailer le cems de s'y fortifier, & de gagner les Habi-
ortendic tans naturels du Pays, un Capitaine François, nommé Bernard, les en chaf-
tente du fa, avec un feul Vaifleau, qu'il nomme /e Leger.
ni même Le troifième Établiffement des François eft le Fort & le Comptoir de Saint Etabliflèment
bligé de Jofeph, à trois cens licuës dans la rivière du Sénégal ,près d'un Village des sp Le sd
ué le ca- Négres, nommé Mankanet. Ils en avoient formé un autre de même nom, plus Jjorcph, |
vint fort loin encore fur la même rivière, dans le fecond de M. Brue en
1699. Mais Labat raconte que les Marbuts ou les Mores de Dramanet, Vil-
[fle d'Ar- lage voifin, s'appercevant qu'ils fe rendoient les maîtres du Commerce, fe
. Après repentirent bientôt d'avoir contribué à leur Etabliffement. Leurs artifices,
« voile à foûcenus fecrétement par les Anglois (vu) de Gambra, altérèrent tellement les
un lieu difpofitions des Négres du Pays, que s'étant foûlevés en grand nombre, ils
, & d'une ‘ inveftirent le Fort de Dramanet. Dans l'impoflibilité de défendre un fi mau-
pes Fran- vais poite, les François y mirent le feu, & s'étant embarqués für la rivière
Fort, ils au travers de mille dangers, ils regagnèrent l'Ifle de Saint Louis. Cette dif-
qu'à deux grace leur arriva le 23 de Décembre 1702.
es fecou- EN 1713, M. de Richebourg, Gouverneur de Gorée, forma le nouvel »,.,4 par M
ointes en Etabliffement de Mankanct, qui porte le nom de Fort de Saint-Tofeph, & dcRichebourg
été bâti ui eft bien fortifié. 11 a dans fa dépendance le petit Fort de Saint-Pierre, près en1717.
epuis cct- de Kaniura, fur la rivière de Falemé, dans le Royaume de Galam; pofte
ortenic, important, parce qu’il commande l'entrée du Royaume de Bambuck, qui eft
rich en Mines d'or (x).
int Louis Les François ont un quatrième Etabliffement fur la Côte Occidentale d’A- Quatrième
ivière du frique, qui fe nomine l'Ifle & le Fort de Gorée. Ce nom lui vient des Hollan- Etabliffement
s affaires | dois, qui l'ont tiré d'une Ville de Hollande 2) Müis fuivant Larbot, (2) ces Pragot
t fort pe- les Habitans du Pays le nomment Bar/aguiche. Reynolds, dans fon Voyage,
ur fa dé- le repréfente comme un lieu de commerce, fous le nom de (a) Befaguiche.
je canon, L'Ifle n'a pas plus de quatre cens vingt toifes de longueur, & fa plus grande Defcription
efcription largeur n'eft que de cent vingt; de forte que fa circonférence ne füurpalle pag de cette lie,
s des an- deux mille d'Angleterre. Elle s'étend Nord-Nord-Oueft, & Sud-Sud-Eft, à
de tuile. une portée de canon du Continent. Sa fituation la rend prefque inaccefible
icurs OU par la multitude de rocs qui l'environnent. Elle n'eft ouverte qu'à l'Eft-Nord-
fon con- Et,
venable
(s) Barbot, ubi Jup. pag. 483. (x) Labat Vol, Il. pag. 127, & fuiv. Vol.
ag. 18. On Ed Labat , ubi Jup. Vol. IV. pag. 108. IV. pag. 23.
Lai, des ob v) Labat ne dit pasd'où étoient ces An- y) Angl. de Zeelande. R. d, E,
ile. glois, & ne cite aucun garant de ce qu'il ra- z) Defcription de la Guinée, pag. 26,
», Vol, IL conte; mais ce ne pouvoit être que les Anglois a) Voyez ci-deflus au Vol, I.
; de Gambra. p
li 2
59 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Ixrronve. Eft, par une petite Baye d'environ vingt (D toifes de largeur [ fur foixante y
TION. de profondeur ;] entre deux pointes, dont l'une nommée /a Pointe du Cimerié.
re, eft allez élevée; & l'autre, beaucoup plus balle, eft défendue par une
inte de fable, où la Mer bat avec tant de violence, qu'on s'en apperçoitde
ort loin au bruit & à l'écume desflots, L'ancrage eft fort bon autour de l'Ile,
& fur-cout dans la Baye, Barbot dit que la he montagneufe de l'Ifle ne
laiffe pas d'être platte au fommet; mais qu'elle ne produit que des rofeaux &
des jones, qui fervent de retraite à quantité de pigeons fauvages, Le fond
du terroir et une forte de fable … dtre, qui n'a ni bois, ni eau, ni pâtu-
rage, Les Cicernes font remplies de l'eau qu'on apporte du Continent («). La
Garnifon ordinaire du Fort eft d'environ trois cens hommes, en y comprenant
les Laptots , ou les Négres libres. L'Ifle de Gorée n'a À endroit propre ou
débarquement; & l'accès de ce lieu même eft fort difficile (4),
Ses différens Lama Tr obferve qu'elle fut cédée aux Hollandois en 1617, par Biram, Roi
Forts. du Cap-Verd. Ils y bâcirent un Fort, qu'ils nommérent au, fur un roc
fitué au Nord-Oucit; mais ne le trouvant pas ca able de défendre la Rade,
ils en bâtirent un fecond, fous le nom de Fort d'Orange, un peu plus bas, &
dans un lieu qui commande en effet le lieu du débarquement, Îls conferve.
rent cet Etabliffement jufqu'en 1663, que l'Amiral Holmes les en chañhu,
Cependant les Anglois s'y maintinrent fi mal, que dès l'année fuivante, Ruy-
ter s'étant préfenté avec une puiffante Efcadre, obligea le Gouverneur, nom.
mé Abercromby (e), de fe rendre à diferétion. Les Hollandois augmentérent
leurs Fortifications & vécurent paifibles jufqu'en 1677. Mais une Efcadre d'on-
ze Vaifleaux de guerre François, fous le commandement du Comte d'Eftrées,
vint troubler leur repos le trente d'Oétobre, Dès le jour fuivant, Hapfac,
Gouverneur Hollandois , fut fommé de fe rendre; & fur fon refus, les
François fe préparérent à faire leur defcente fous le canon de leurs Vaiffeaux.
A cette vûe les Hollandois abandonnèrent le Fort d'en-bas pour fe retirer
dans l'autre, où demandant bientôt à capituler , iis fe rendirent à diferétion,
Le Comte d'Eftrées trouva la Place en fort bon état. Le Fort inférieur étoit
monté de quarante-deux piéces de canon, & les Fortifications foigneufement
entretenues. Mais fes inftruétions ne portant pas de le conferver, il démolit
le Fort d'en-haut & démantela l'autre; après quoi il fit voile en Amérique:
M. du Caffe, qui étoit alors fur la Côte d'Afrique avec un Vaiffeau de guer-
re de quarante piéces de canon & de deux cens cinquante hommes, ayant
appris la réfolution du Comte d'Eftrées, fe rendit à Gorée le 5 de Novem-
bre 1677, & prit poffeflion de l'Ifle au nom de la Compagnie Françoife du
Sénégal. 11 conclut un Traité de Commerce avec les Rois Négres de Rufifco,
de Joal & de Portodali, aux mêmes conditions que les Hollandois lorfqu'ils
étoient en pofleflion de Gorée. A fon retour en France, fa conduite fut ap-
prouvée de la Cour, qui le renvoya l'année fuivante en Afrique, avec des
préfens pour les Rois Négres. La paix de Nimégue, qui fut conclue la même
année, affüra aux François toutes leurs Conquêtes d'Afrique. Ils firent ee
blir
(b) Labat lui donne cent-vingt toifes de pag. 41.
largeur, R, d, E- (e) Labat le nomme George Abckerow
Ce) Barbot & Labat, wbi fup. K. d.E.
(4) Voyage d'Iliny, par Loyer, en 1701, .
foixante
u Cimetis. æ
par une
erçoit de
de l'Ifle,
l'Ile ne
eaux &
Le fond
ni pâtu-
(ec). La
nprenant
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bas, &
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n chafa,
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r, nom:
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dre d'on-
"Eltrées,
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fus, les
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eur étoit
cufement
| démolit
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de guer-
8, ayant
Novem-
içoife du
Rafiess
lorfqu'ils
e fut ap-
avec des
la même
ent réta-
blir
Abckerom
halte de cent tises.
Schaal van honderd Halve -Roeden,
40 40 go #0 #0 o yo
36
Explication des chiffres.
erklanring der Syffers.
1. Cour du Lort St François.
Binneplaats van't Fort S* François.
2. «Aaison du Gouverneur.
8 ;
3. Corps de Gard.
orte .
4: Cuisine”.
Keuken.
ÿ: Aa axtre
6. AE. Officiers, avec & Chapel,
Det des magaxins dessous. “
Offifiers Kuisinge, Kapél, en Voor,
r ders.
#0 90
8. Caxernes.
arakken .
9. Cscakers.
ra
2.00% du Zort.
van't Fort.
endre l'entrve.
13. Barriere.
oom .
14.Latrènes.
Sekreeten .
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buces que CI,
bes.
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PLAN DE LISLE DE GORÉE
halle de cit bises.
Schaal van honderd Halve -Roeden.
Je #9 4 eo yo
Ex 4 de
#1 yifiontions projet
are der Srfers. 7 der Sagres À ee Le
1. Cour du Lorë St Panpois. 8. Caxernes. 16. Frot jorrne Zen "ge b 1e sex x prats.
Binneplants van't Fort Sf François. arakken . breed fes voeten.
2. <Aaison du Gouresreur. 9. Cscalers. D Pas. À dex pieds “4 & aveu”.
Huis des Goeverneurs. Trap | van 10 ze
3. Corps de Garde. 10. Ctree du Zort. ie a cherud.
ortegaard . van't Fort. | Half-rondeel .
4. Cuisine. 11. er A pénte dffinare l'entrre. 19. larn .
Keuken. om den te ve igen . Tuin.
4. Alagarin . 12. Ze du debar’ Ekérpege. 20. Logement du ‘Jardin .
Mie Plaatsle ter On uinmanshuis.
a d ds Dficiens, avec & Chapel, 13. Barriere. 21. Boulanger’ .
ge sp # magaxins ot v pu vom. #.
Offifiers huixinge, en Voor, 14./Latrines. 22. Forge.
aadkelders. pl, u Sekreeten. | LÉ
er
LE DE GORÉE , fur les deffein, du S'Compagnon.
LS DI'OJeltees. 23. Cmetire . .Zer a oheré . 39. Qur des Gsaares.
J Vestingwerken. Kerk f. Half ndeel . Binpeplaats der Slaaven,
large" de six pieuës. |24. Colombier abattu . 32. Batteries. * 40. #00 des Vigres libres.
ed des voeten. - Duive-kot, geflegt Batteryen. Hutten der vrye Negers.
x pieds de largeur. 29. Petite Cterne . 33.-Roc perpendiculaire . # 42. Loges des.Bamnbarrus, et puits necessaire
voet breed, ‘ Klvne-Regenbak . Re ige Rotz. Hütten der Bambarras,en noodsaabhke Putten .
€. 26.Crande Eterne. 34. Poiites de rochers qué aruncent sur la mer] * 42. «ettee Pro Le. |
* ; Hocken van de Rotze. Ontvorpe Zeehoufden .
Croote - Regenbak.
27. Cour du LE SE Michel 3$. {nas de rvcs.
van Rotsen. NB. Les endroits marques d'une * pa
Binneplaats van't Fort St Michel, 00
ue lin. 26. @rps de Care et deux petits. Hagzins au des] 36. Rocs à j'eur d'eau. NA Ep Es AA DANS ge 000]
huis. rtegaard entwe klyne Magazyns d , Rotsen,Waterpas . me des choses projtttees. / |
2 29. Zorte d'entree dt Zor'ë. 37. Puits necessaire . A + ‘ |
Poort van't Fort. Noodi “Waterputten . De plaatafen gemerkt met een * Des:
30. Hagarin a poudre . 36. Loves Le Cotes t Ha Léo ge ontworpen, en dus hierin maar ge
Kéuit magasyn. Wooning der Slaaven, en gazynen. né
)JERKÉE, volgens Je Afiékeningen van den HT Compagn on «7 )
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ÆXPLICATION des LETTRES. 14 ayant ob
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7 Aer, Le den Tip des Berg omringd ° E: des; & (
: ‘ ral rendeel ets Stukken. | É d'où l’on
‘ around ir odlen Æanon . 4h neuf deg
D. Parterie de 6 ep *: À
Battery van 6 ftukken Kanon. 4 ron cinq
E, Cour avec un Colométer». , ds. -
Grooten-voorhcf'inet een Duriveok . n CCtte poi
minutes
br, Cuiries e CBn es | , La lat
Keukens en Kamers. s & des ét
1.G res des Officiers. é :
070 yenagt NO Juin, qu
” {eécondes
deë Ls Chaloupes. . :
Rotain die t Ailand rondgaan uitgenemen E (f) Lab
aan den Jnham daar de Sloepes fanden. 4 fuiv.
Bet]
Les Sondes sont des brasfès de 5 pieds. (g) Bar
orts de Go
De Perling betékend Vadems van 5 Ryn-
Zandse Voeten, ten minst.
des Anglois
verneur de
GRONDTÉKENING van’t E1LAND G
DIFFERENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar. I. 253
blir le Fort inférieur de Gorée fur fes anciens fondemens. Les courtines & les 1xrnonvue.
demi-baftions furent élevés à la hauteur de feize pieds. Le Fort d'en-bas re- rio.
# çut le nom de Vermandois, (F) [& l’autre, celui de Saint Michel] Pl Lao
EN 1679, les Hollandois tentèrent de fe remettre en poffeflion de Gorée. har1 paix de
NU Ils envoyérent un grand Vaifleau, nommé /e Château de CarofJel , fous le Com- Niméguc.
M mandement duSieur AHuybert, avec ordre de furprendre l'Ifle de Gorée & : fes Hollan-
ous les Etabliffemens des François fur la même Côte. Malheureufement D
l pour Huybert, du Caffe étoit déja dans ces Mers avec fon Efcadre. Après d'yrentrer
avoir employé la douceur pour engager le Commandant Hollandois à fe re-
M. tirer, s'apperçevant qu'il entretenoit des intelligences avec les Négres, &
qu'ils’efforçoitde les exciter à la révolte, ilfe crut obligé de faifir fon Vaifleau,
4 dont il envoya l'Equipage au Château de Mina. Un autre Vaiffeau Hollandois,
L qui arriva dans la même vûe, eut la prudence de fe retirer au premier avis.
: Quelque tems après, Iapfac, ancien Gouverneur de Gorée, parut fur la
Côte , avec un Vaiffeau de guerre, pour encourager les Négres à fe foûlever
N contre les François, & les porta cffeétivement à piller les Comptoirs de Por-
N codaly & de Joal. Mais du Cafe, revenant à-propos de la Gambra, mit Go-
" rée à (g) couvert, & rendit fes repréfailles fi vives, que les Rois Négres
n'eurent plus d'empreffement que pour la paix. En 1697, le fieur Bruc, en-
voyé à Gorée par la Compagnie, trouva les deux l'orts en mauvais état. Il
y fit toutes les réparations quele tems permettoit. Le Fort de Saint-Michel fut
N monté de vingt-quatre piéces de canon; & l'autre, qui prit le nom de Saint
HN François, de vingt-huit piéces. Les Fortifications ayant continué d’être en- Elleeft deve.
N tretenues foigneufement, l'Ile de Gorée eft aujourd'hui prefque imprena- Lise
N ble. ble, |
è CerrTe Ie eft célébre par les Obfervations Aftronomiques (5) de Mïs.des Obfervations
M Hayes, Varin & de Glos, Membres de l’Académie Royale des Sciences, que Afronomi-
M Je Roi Louis XIV. y envoya dans cette vûe. Ils obfervèrent en 1682, plu- ‘5 #Gorce.-
M fieurs émerfions du premier Satellite de Jupiter. Les Aftronomes François eri
M ayant obfervé deux autres à l'Obfervatoire de Paris, la différence du tems qui
| réfulta de la première fut d'une heure dix-fept minutes trente-quatre fecon-
N des; & celle de l’autre, d'une heure dix-fcpt minutes, quarante fecondes ;
BW d'où l’on conclut que la différence méridienne entre Gorée & Paris eft de dix-
\ neuf degrés vingt-cinq minutes. Comme le lieu de l'obfervation étoitd'envi- Longitude de
Ÿ ron cinq minutes plus Eft que la pointe Oueft du Cap-Verd, il s'enfuit que sans
cette pointe eft à dix-neuf degrés trente minutes Ouelt de Paris, ou trente
? minutes Eft du Méridien de l'Ifle de Fer.
{À La latitude de Gorée fut prife d’un grand nombre de hauteurs du Soleil Sa latitude. -
n & des étoiles fixes ; entr'autres de la hauteur folftitiale du Soleil le 2r de
… Juin, qui étoit de quatre-vingt un degrés trente-neuf minutes cinquante-une
à fecondes: d'où réfulte la latitude de quatorze degrés trente-neuf minutes cin- .
À quanté
(f) Labat, ubi fup. Vol. IV. pag. 113. & qu'elle fut reprife en 1693. par les François.
fuiv. . ubi fup. pag. 424. qui rebâtirent-alors le Fort
(g) Barbot dit quele 4 de Février 1692..les de $. Michel.
Forts de Gorée furent pris par Booker, Général (b) Voyez les Mémoires de l’Académie des
des Anglois dela Gambra, & que Fülix, Gour Sciences, Tom. VAL pag. 447. R. d..T..
verneut de l'Ile fe rendit à difcrétion,. mais
li 3
chosen
ÆXPLICATION des LETTRES.
VERKLAARING der MERKLETTEREN.
À, «Vur gui entoure Le Sommat de da Aontagne’.
Muusr die den Top des Bergs omringd'
B . Æér à cheval avec 5 wreces Canon .
Wall-rondee], met 5 Stukken.
C , Zointe du Nord 3 Canons.
Noordpunt met 3 flukken Kanon.
D. Batterie de 6 ae
Battery van 6 {tukken Kanon .
Grande Cour avec un Colométer. .
, Crooten-voorkcf'inet een Dusvebok .
. Caxernes .
Geers-maçazyn.
. Cuisines CASE Des ;
ÆKeukens en Kamers.
. Chambres des Officiers.
Offisters -Kamers.
. La Direchon .
* Goevernement.
. Puits au bas de la «Aontagne’.
Putten benéden aan ‘den Berp.
Deux corps de Bétinents avec Cite :
Twé Gebouwen met Régenbakken.
+ Roches qui entourrent l'Isle‘ hors L'#nce de Sable
ou debarque Les Chalupes.
Rotsen diet Filand rondgaan sfgpaenmen
aan den Jnham daar de Sloepen Janden.
Zes Sondes sont des brasfès de 5 pieds.
De Perling betékend Vadems van 5 Ryn-
Zandse Voeten, ten minst.
TV. Schley rez. ,
GRONDTEKENING van’t FILAND
\
)
de «
ur por don d ,
% Cautéltenss F4 ;
7 a 6
EILAND GOERÉE , met deszelfs VESTINGWERKEN.
INTROopUuc-
TION,
Obfervations
fur le Pendule
ü Gorce,
&, fur Ice Bas
rometre,
Variation de
l'aiguille ai-
mantéc,
Ecueils aux
environs de
Joalla.
254 VOYAGES DES FRANCOISEN
quante & une fecondes. Mais en accordant quelque chofe pour l'Inftrumene,
les Aftronomes François la déterminèrent à quatorze degrés quarante minutes,
différence qui n'eft qué de quelques fecondes. La pointe ka plus Occidentale
du Cap-Verd étant de trois minutes plus au Nord que Gorée, fa latitude eft
par conféquent de quatorze degrés quarante trois minutes, Ainf celle de
quatorze degrés vingt-cinq minutes, que Barbot donne au (i) Cap-Verd,
n'eft pas plus jufte que celle de quatorze degrés quinze minutes qu'il fuppo.
fe à Gorée.
Les mêmes Aftronomes trouvèrent , dans cette [fle, la longueur du pen.
dule de trente-fix pouces fix lignes ÿ, ce qui faifoit deux lignes moins qu'ils
n'avoient trouvé à Paris, &} fe ligne moins que M. Richer ne l'avoic obfer.
vé à la Cayene. Depuis le 31 de Mars jufqu'au 4 de Juin, ils remarquéren
que le Mercure ne s'étoit pas élevé dans le Barometre plus de vingt-fept pou.
ces trois lignes }; de forte que fa variation n'étoit que de fix lignes: ce qui
diffère peu de ce qu'elle eft dans la même faifon à l'Académie Royale’, quoi.
que dans le cours de l'année, elle aille depuis vingt-[fept] pouces deux lignes,
jufqu'à vingt-huit pouces & demi. Ils obfervèrent qu'à Gorée, le Barometre
étoit ordinairement plus haut lorfque le Thermometre étoit plus bas ; &que
généralement la hauteur du premier étoit de deux ou trois lignes de plus
pendant la nuit, & recevoit plus d'altéracion (4&) du matin au foir que du
{oir au matin.
La variation de l'aiguille eft incertaine à Gorée. Dans une fi petite Ille,
on la trouve différente, fuivant les Cantons , d’un degré jufqu'à quatorze,
mais toûjours déclinant au Nord-Oueft. On en attribue la caufe à quelques
Mines de fer, dont on croit voir effeétivement des marques dans pluficurs
pierres qui reffemblent au mache-fer, Lorfqu'on les approche de l'aiguille,
fur-tout fi l'on en Ôôte le verre, elles y caufent un mouvement fenfible, Une
autre caufe de cette différence dans les variations, eft une fource d’eau mi-
nérale, qui diftillant goute à goute d'un roc, ne laiffe pas de remplir un mul
dans l’efpace de trois jours. Les Pilotes ne remarquent aucune variation à l'ai-
guille dans la rade de Gorée.
ENri1n les Aftronomes François obfervèrent que les plus hautes & les plus
baffes marées y arrivent un jour ou deux après la pleine-Lune & fon chan.
gement. La différence des marées eft d'environ cinq pieds. Rarement s'éle-
vent-elles d’un ou deux pieds plus haut, excepté joie les vents foufllent
du Continent avec violence.
Le cinquième Etabliffement des François eft le Comptoir de Yoalla, oude
Joal, qui n'a rien de remarquable que fon Commerce d'Efclaves, de cuirs,
de dents d'Eléphans, & de cire. Suivant Barbot Ch le Fort eft fitué fur la
Rivière nommée Rio de la Gracia, qui fépare les Royaumes de Joalla &de
Portodali. Son embouchure eft couverte par un banc de fable, qui n’en per-
met l'accès qu'aux Canots & aux petites Barques. Cependant elle a une Ra-
de , oùles Vaifleaux peuvent muuiller fur cinq & fix brafles. Une lieuë au
Nord de la Place, on rencontre en Mer quelques Baffes, vis-à-vis une Pointe
fabloneufe
fieurs Voyages, in-fol. Paris 1693,
(3) Defcription de la Guinée, pag. 20.
(1) Barbot, wbi Jup, pag. 24
Ck) Voyages au Cap-Verd, &c. pag. 65.
dans 1ç Recucil d'obfcrvations faites en plu-
fablonc
l'aguch
trouve
au Nor
rocs, q
rivière
un fort
mode p
LE (
du Nor:
origine :
fion de
Ryfvick
maîtres
EN 1:
fions du
de réfifte
verneur
le fait, ]
fier par à
( n) fut :
de Nova
ViNTa
vière de
fe déchar
fus Mol
dépend de
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dans un \
Vintain fQ
1714, il
miflion dé
La Vil
au revers
le a plufie
toir des À
(toit autr
belle Mo
d'Autruch(
ENFIN
de Bifao,
N (m) Laba
en Ibid,
F 0) Voya
2 l'Afrique » PA
: (D) Laba
UCS de Vi
Ÿ
ftrumenc,
»e minutes,
ccidentale
atitude eft
M celle de
Cap-Verd,
u'il fuppo-
ur du pen:
noins qu'ils
vait obfer-
marquérent
jt-fept pou
nes: ce qui
yale, quoi-
eux lignes,
Barometre
bas ; que
es de plus
foir que du
petite Iile,
\ quatorze,
> à quelques
ns pluficurs
Le l'aiguille,
nfble. Une
e d’eau mi
plir un muid
jation à l'ai:
es & les plus
fon chan:
ment s'éle-
nts foufllent
Poalla, oude
s, de cuirs,
fitué fur la
Joalla & de
ui n'en per:
: a une Ra-
ne lieuë au
une Pointe
fabloneufé
693:
4
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'ATRIQUE Liv. VI Cr. I. 25$
fabloneufe que les François ont nommée la Puinte-blanche, & les Portugris 1wrnonuc:
lagucho. Au Sud de cette Pointe, l'efpace d'environ trois lieuës en Mer, on T10x,
trouve d'autres Balles , qui fe nomment Haixos de Dominga Ramos. Deux lieuës
au Nord-Oueft de la même Pointe, on découvre fous l'eau uns chaîne dè
roës, qui s'appellent Baixo de Barbocim, Le Fort a du côté du Sud une autre
rivière nommée Æjo das Offres ou la Rivière des huîtres. Les François ont
un fort bon Comptoir à Joalla; & le chemin du Fort à Rufifto eft allez com-
mode par terre, au travers des Villages qui bordent la Côte,
Le Comptoir d'#breda, fixième Etabliffement des François, eft au côté Ftiblifiment
du Nord de la Rivière de Gambra, prefque vis-à-vis Samesfort, Il doit fon %Abreda,
origine au Sieur Brue en 1698, pendant que les François étoient en pofief-
fion de Jamesfort, & qu'ils commandoient toute la rivière, Mais la paix de .
Ryfwick ayant rendu cette dernière Place à l'Angleterre, ils font demeurés
maîtres d'Albreda (m ).
EN 1717, ils furent obligés de l'abandonner par la violence & les extor-
fions du Roi de Barra, à qui leurs forces préfentes ne leur permettoient pas
de réfifter, Le Sr. Brue envoya vers ce Prince le Sr, de Suins, ancien Gou-
verneur de Corée, pour lui faire des plaintes de fon injuftice. Il défavoua
le fait, parce qu'il n'ignoroit pas que les François commençoient à fe forti-
fier par un autre Comptoir qui fe formoit à Vintain. Ainfi celui d’Albreda
(mn) fut rétabli avec certaines précautions. Moore nous apprend (0) que le 17
de Novembre 1730, il fut confumé par un Incendie,
ViNTAIN, ou Bintam eft un feptième Etablifflement des François fur la Ri- Etablifément
vière de Yereja, nommée aufñli Rivière de Vintain ou de Suint-Grigou, qui de Vintain, ou
fe décharge dans celle de Gambra du côté du Sud, huit ou dix millesau-def. int:
fus de Jamesfort. Le Comptoir de Jereja, qui eft fept lieuës ( p) plus haut,
dépend de celui de Vintain ; mais ces deux Places font mal fortifiées & n’ont
pas befoin de l'être mieux. Leur Commerce eft confidérable, Le Sieur Brue,
dans un Voyaye qu’il fit parterre d'Albreda à Kaghao, trouva le Cantonde
Vintain fort avantageux pour un Comptoir. À fon retour au Sénégal, en
1714, il obtint de l'Empereur, ou du Roi de Fogny, par un Traité, la per-
miflion de s’y établir en 1718 (q).
La Ville Négre de Vintain, eft fituée fur la rive droite de la rivière, Situation de
au revers d’une Colline qui reçoit l'ombrage d'un grand nombre d'arbres. El- lt Ville des
le a plufieurs Maifons bâties à la Portugaife, dont la principale eft le Comp. ""°""
toir des Anglois. Les Portugais y ont une fort belle Eglife, & la Ville
(toit autrefois plus confidérable qu'aujourd'hui (r). Moore parle d'une
belle Mofquée que les (5) Mahométans y ont bâtie, avec un gros œuf
d'Autruche au fommet. Il ajoûte que les provifions y font à bon marché,
Erin, le dernier Comptoir des François fur cette Côte eft celui del’Ifle Etablifement
de Biffao, ou Bifjos. C’eft encore au Sr. Brue qu'ils ont l'obligation de cet de Biflos.
Etabliffement ,
(m) Labat, wbi fup. pag. 294.
(n) Ibid, Vol. I. pag. 314. Sieur Bruc à Kachao.
(0) Voyage de Moore dans l'intérieur de (r) Labat. Tom. V. pag. 4 & 307. &
l'Afrique, pag. SI. fuiv.
) Labat dit ailleurs qu'il n'eft qu'à trois (s) Moore, ubi fup. pag. 74.
KUËS de Vintain par terre,
(g) On trouvera, ci-après, le Voyage du
PS LUS PRE Tone
Jvraonue.
VIUN,
256 VOYAGES DES FRANCOIS E N
Ecablifément , pendant qu'il étoit Direéteur Général en 1698. Il avoit ob.
tenu le confentement du Roi Nègre; mais les Portugais de Kachao s'y étant
oppofés, le Gouverneur François qu'il y avoit établi, fut obligé de fe reri.
rer en 1699, Un fecond voyage, que le Sieur Brue entreprit pour réta.
blir fon ouvrage, ne fervit qu'à faire naitre des différends avec le Gou-
verneur de Kachao, dont la décifion iut renvoyée à la Cour de Portu-
gal (t}, ,
Bannor rapporte que ce Comptoir eft environné d'une Courtine, dé.
fendue par fix ou huit canons de fer, & qu'en 1702, les François, pour
augmenter leur füreté, érigèrent un Fort dans une Ifle, près de l'embou-
chure de la Rivière de Kachao, revêtu aufli d'une Courtine & muni de
huit piéces d'artillerie. En 1694,un Prince Négre du Pays fut baptifé à
Lisbonne avec beaucoup de pompe, & reçut le nom d'Emmanuel (w).
Ce) Labat, ubi fup, pag. 89. €? Juiv. (vu) Defcripcion de la Guinée, pag, 428,
XXI XL ADI AUX LIN LH AMDX LAIT XAGUX LAN
CHA PI TR & II.
l'oyage en Lybie, particuliérement au Royaume ‘x Sénégal Jur le
Fleuve Niger.
JANNPQUIN.
1637,
Obfervations
préliminaires,
Le Sénégal
& le Cap-Verd
nommés Ly-
bic maritime,
Défauts re-
prochés à Jan-
hequin,
ET Ouvrage, compofé par Claude annequin, Sieur de Rochefort, fur
publié à (a) Paris en 1643. L'Auteur fe juftifie fur deux points dans
fa Préface; 19, D'avoir mis le Sénégal & le Cap-Verd dans la Lybie, qui
de fon propre aveu cit fort éloigné de cette Côte. Si c’eit une faute, dit:
il, il y eft tombé les yeux ouverts, & nour fe conformer à l'ufage des Na-
vigateurs, quidepuis deux Siécles, ont nommé la même Côte Lybie Maritime
ou les Sables brûlés. Il entend ici fans doute Zarra ou le Défert, dans l'é-
tendue duquel les Contrées dont il parle font fituées. Le nom de Niger qu'il
donne à la Rivière du Sénégal paroît lui caufer moins de fcrupule ; carilne
fait aucune Apologie de cette imitation des Modernes , quoiqu'elle n'en de-
mandât peut-être pas moins que l'autre.
Sa feconde juftification regarde la négligence de fon ftyle, dont il promet
u'on fera dédommagé par la fidélité de fes Relations. Il affüre qu'elles con-
tiennent des remarques fi curieufes, qu'elles ne peuvent manquer de répon-
dre à l'attente de fes Leéteurs. Un Écrivain qui remplit des promefles de
cette nature , a droit fans doute de demander quelque indulgence pour fon
ftile. Mais il femble que le Sieur Jannequin n’en a pas moins befoin pour
fes Remarques. A parler naturellement la plûpart font fort fuperficielles.
Quoique de fon propre aveu, par éxemple, il ait remonté la Rivière du
Sénégal l'efpace de foixante-dix lieuës, il ne nomme pas un feul Village ou
une
(a) Chez Charles Rouillard, in-12. Il con-Häen qualité de Soldat. [ On l'accufe ici mal-i
tient 228 pages, outrela Préface, & l'Epitre propos de n'avoir pes mis d'autre datte que
dédicatoire à M. de Lyonne, Jannequin étoit celle de fon titre. Îl s'en trouve quelques ai
nitif de Chälons fur Saone, It fes Voyages tres dans le cours de fa narration.]
D
une feu
grand F
ge, &
aucune
retour ç
fon titr
Auteur :
fort cap
pendant
attribuer
d'un Sol
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un autre
pue l'ranc
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lingues.
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(b) Pag.
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'
| avoit ob.
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de fe reti.
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de ‘Portu-
urtine, dé-
çois, pour
je l'embou:-
& muni de
it bapifé à
1 (vu).
:, pag, 428.
dx Ad
fur le
chefort, fut
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sybie, qui
faute, dit:
age des Na
bie Maritime
rt, dans l'é-
e Niger qu'il
le; carilne
lle n'en de-
bnt il promet
qu'elles con-
er de répon-
bromefles de
ce pour fon
befoin pour
uperficielles.
ivière du
il Village où
une
ceufe ici mal
autre datte que
ve quelques ai
jon.|
DIFTERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, VI Cnar, IL, 957
une feule Placè de cette Rivière, ni même d'aucune autre partie d'un fi
grand Pays; à la réferve néanmoins de Terrier-rouge où fe termina fon Voya-
ge, & de Biyurt où il débarqua, 11 eft d'ailleurs fi peu éxaét qu'il ne garde
aucune apparence de Journal, & qu'il ne marque pas méme la datte de fon
retour en France ; de forte qu'on n'en n'a pas d'autre que la datte générale de
fon titre, qui eft l'année 1639, Ainfi l'on peut douter avec raifon qu'un
Auteur à qui la Géographie du Pays qu'il vifite, paroît fi indifférente, foit
fort capable de répondre à l'attente qu'il veut exciter par fa Préface, Ce-
pendant il faut reconnoître que s'il n'avoit pas tant promis, on pourroit lui
auribuer l'honneur d'avoir beaucoup mieux fait qu'on ne devoit l'efpirer
d'un Soldat, Ses obfervations fur les mœurs & les ufages des Négres font
allez inftruétives, & fouvent fort éxaétes & fort judicieufes. Reconnoifons
un autre mérite dans fon Livre; c'eft d'étre la première Relation d'un Voya-
ge François dans la Rivière du Sénégal, [ & par-là méme trés - propre à
nous fervir d'Introduétion à ce que nous allons dire fur les Voyages & les
Etabliffemens des François au long de cette Rivière, ]
Jannequin divife fon Ouvrage en vingt-neuf Chapitres, précédés d'une
forte d'Introduétion, où il rend compte des motifs de fon Voyage, Il avoit
accompagné en Angleterre M. de Bellièvre, AmbafTadeur de France, en-
voyé par Louïs XIIL pour renouveller l'amitié entre les deux Couronnes,
pC Il avoit débarqué à Rye, dans le Comté de Suflex, d'où il s'étoit rendu à
Londres, Ville, dit-il, très magnifique, & fuperbement cs Mais fa jeu-
nefe lui faifant defirer de courir un peu le Monde, il quitta Londres & le
fervice de l'Ambafladeur, après avoir aflez bien appris la Langue Angjloife.
Il pañla à Dieppe, où fe promenant un jour fur le quai, il vit un Batiment,
de deux-cens tonneaux, pret à faire voile, * mars Religieux , qui étoient
dans le même lieu, lui apprirent que ce Vaifleau alloit au Sénégal, en A-
frique, près du Cap-Verd; & s'appercevant qu'il marquoit de l'inclination
our ce Voyage, ces bons Pères, dit-il, qui le prirent pour quelque jeune
Libertin , fugitif de fa famille, employéèrent plufieurs argumens pour lui faire
perdre ce deflein, Mais il avoit déja pris fon parti. Sans s'arréter à leurs re-
montrances, il s’informa où demeuroit le Capitaine. Il lui offrit fon fervice
en qualité de Soldat, dans une Compagnie qu'il avoit à bord. Cet Officier,
ui fe nommoit Lambert, lui découvrant quelque capacité accepta fes offres,
le fit fon Ecrivain, ou fi l’on veut, fon Sécretaire,
ILs quittèrent le rivage, le 5 de Novembre 1637 65); mais ils s'arrétèrent
quelques jours dans la Rade, pour fe fournir de quelques néceflités qui man-
quoicnt encore au Bâtiment. Dans ce court intervalle , ils faillirent d'etre enle-
vés de deffus leurs ancres par une violente tempête, qui fit échouer à leurs yeux
un Vaiffeau, dont tout l'Equipage périt. Le tems ayant changé, ils mirent à
la voile, & dans l'efpace de deux jours, ils gagnèrent (c) Oueffant & les Sor-
lingues. Mais ils y furent fürpris d'une feconde tempête, qui dura trois jours,
& qui leur enleva leur Vergue d'Artimon. Lorfque le tems fe fut éclairci, ils
furent furpris de fe trouver à la hauteur des Açores. Vers le même lieu, leur
Bâtiment
(b) Pag. 14.
“Æc) Jannequin écrit Ouexen, [& les Tra-
IIL, Part.
duéteurs Anglois Ufchant.]
Kk
Jawwrourw,
1037.
Motif, &
cominence
mont de fes
Voyuges.
Il s'embar:
que à Dicppe
pour le Séné-
gal,
En qualité
de Soldat &
d'Ecrivain.
JaNNeQUuiIN,
1637,
Cérémonie
tu Baptomo
de Mur,
‘Témoignage
de quelques
autres Voya-
geurs fur le
Baptéme de
Mr,
VOYAGES DES FRANCOIS E N
Bâtiment faillit d'être brûlé, par la négligence de quelques Soldats vvres,
qui mirent le feu à un baril d'eau-de-vie, |
115 apperçurent bientôt l'Ifle de Palma, une des (d) Canaries, Le Mate.
lot qui faifoit la garde fur le hunier avertit qu'il déceuvroit près des Ifles de
Groffeur (e) un Vaifleau d'environ deux-cens cinquante tonneaux , qui fai.
foit voile vers la Côte de Barbarie, On porta droit à lui; & l'ayant joint
facilement, on trouva que c'évoit un Navire Marchand qui alloit des Cana.
ries en Efpagne.
Lx jour fuivant, on vit le Pic de Ténérife, L'Auteur fait la même Defcrip.
tion qu'on a (f) déja vûe, de l'arbre merveilleux de Ferro ; mais il ne h
faic que fur le témoignage d'autrui, Il s'étend aufli fur la cérémonie du Pop.
tême de Mer [dont nous inférerons ici la defcription par déférence pour)
l'Auteur , qui la regarde comme une curiofité propre à réveiller l'attention
du Leéteur. ] Ce bizarre ufage eft d'un établiflement immémorial parmi les
Mauelots dans certains endroits de la Mer , tels mn le Détroit de Gibralur,
le Tropique du Cancer, la Ligne; & tous les Etrangers qui paflent dans
ces lieux pour la première fois, font forcés de s'y foûmettre, Le Pilote fe
met en robe de chambre, ou fe couvre de quelqu'autre robe; & prenant
entre les mains fon Livre de Cartes, il fomme tous ceux qui n'ont poincen-
core fait le voyage, de paroïtre devant lui. Enfuite il leur fait faire fer.
ment, fur fon Livre, que toutes les fois qu'ils pafferont dans le méme lieu,
ils obferveront l'ancienne coûtume. Un autre homme, qui l'aflifte dans
cette cérémonie, donne à chacun un petit coup de plat d'épée fur le col
Après quoi, leur ayant demandé quelque petit préfent pour les Pauvres,
les abandonne aux Matelots, qui leur plongent trois fois le devant de la té
te dans une cuve d'eau, & qui leur en jettent quelquefois quelques feaux
fur le corps pour rendre le Baptême plus complet, [ Cela Fait, il faut leur
donner quelques bouteilles d'eau-de-vie, ou de vin, pour leur peine. ] Jan:
nequin prétend que perfonne n'elt éxempté de cet ufage; & pour confirmer
fon opinion, il raconte que le Roi Henri IV. paffant de Saint-Malo à h
Rochelle, & fe trouvant dins un Canal dangereux, qui fe nomme le Auz,
où il vit pratiquer cette cérémonie à fes Matelots, demanda fur quel droit
clle étoit fondée ; & qu'apprenant qu'elle eft fi ancienne qu'on n'en con.
noît pas l'origine, il ne fit pas difficulté de s’y foûmettre, [la regardant?
comme une pratique très louäble, puifque l'argent qu'on retiroit par-la étoit
employé en aumoncs pour les rte
Co MME il manque plufieurs circonftances au récit de Jannequin , ce qu'on
lit ici de lui femble demander d’être éclairei par le témoignage des autres
Voyageurs. Durret, dont on a déja vû plufieurs fois le nom, a décrit plei-
nement (g) les ufages du Baptême fous la Ligne. Les Matelots fe dégui-
fent de diverfes façons. L'un fe noircit le vifage, l'autre fe fait un mälque
de pate. D'autres paroiflent armés de moufquets & d'épées, de Ms
acs,
258
<s
(d) En nommant les Canaries (pag. 32.) Salvages. :
Jannequin compte Madère dans leur nombre, (f) Voyez ci-deffus la Defcription de l'Uke
L& omet la grande Canarie. ] « Ferro,
Ce) On ne fçait ce que l'Auteur entend (g) Voyage à Lima par Durret, pag 9%
par ceslfes, Cef rai fui 1
6 65, Ce font vrai-femblablement les & fuiv.
+ lote, [ Po
D}
us, de
ne la dk
remièr
Lie vers
& tous |
Pilote rm
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Le Mate.
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ais il ne a
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Gribraluwr,
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Le Pilote fe
& prenant
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t faire fer-
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peine, | Jan-
r confirmer
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bn n'en con:
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lin, ce qu'on
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a décrit plei-
us fe degui-
un malque
de hallebar-
des,
iption de l'Lfle
ret , pag. 9%
la regardant?
D,
DIFFERENTES PARTIES ve L'APRIQUE, Lav, VI Car, IL 299
us, de broches & de poëlons, Le Pilote, pour fe faire diflinguer , tour-
ne la doublure de fon Pabie en dehors, & prend, en manière d'écharpe, la
wemière guenille qui fe préfente, Dans cet équipage, ils marchent enfem-
ble vers la chambre du Capitune , précédés par les trompettes, les timbules
& tous les inftrumens qui fe trouvent à bord, Après quelques fanfares, le
Pilote monte fur le clac, X donne ordre que les pavillons foient déployés,
I fe place dans un fauteuil, pour prélider à la folemnité, On apporte de-
vant lui une grande cuve remplie d'eau , avec un bâton qui la craverfe &
dont les bouts font foûtenus par deux Macelots; [on la met au pied du
grand mât, } Les Paflagers de diftinétion paroiffent les premiers & s'afleyent
fur le baton, tandis qu on leur préfente un baflin, dans lequel ils ont la liber+
té de mettre quelqu'argent, qui les éxempte d'être plongés dans l'eau, Cette
efpèce de rançon eft réglée fuivant la qualité des perfonnes, depuis un éçu
juiqu'a douze, & chaque fomme eft enregiftrée. En méme-tems un Macelot
tient fon coutelas fufpendu fur le col du Cundidat, & le Pilote préfentant fon
Livre de Cartes lui fait jurer, avec la main pofée für l'endroit où l'on fappofe
que le Vaifleau fe trouve alors, qu'il obligera ceux qui pufleront déformais a-
vec lui dans le même lieu, d'obferver la méme cérémonie, On fe contente,
pour les perfonnes de quelque diftinétion qui rachetenc leur liberté par un pré-
fenc, de leur faire une petite croix noire fur le fronc & de les arrofer de quel-
ques goutes d'eau. Mais s'ils n'ont pas fatisfait au Tribut, les deux Matelots
lächenc le bâton qu'ils foûtiennent fur la cuve, & les laiflent tomber dedans,
avec le fon de les y arrofer encore de quelques feaux d'euu qu'ils tiennent
prêts, Un \miral meme n'eft pas difpenfé de ce ridicule ufage, avec la feule
différence qu'il n'eft pas rançonné pour le préfent, Lorfque la cérémonie eft
achevée, le Charpentier & les gens qui travaillent fous lui fe préfentent au
Capitaine, chacun cenant à la main quelqu'inftrument de leur profeffion. Ils
lui repréfentent que, fuivant l'ancienne colûtume, tous les Vaffeaux qui
n'ont point encore paflé dans le méme lieu, doivent payer; & fi le lien eft
de ce nombre, ils le prient de fe conformer à cette régle. S'il leur fait un
réfent, la folemnicé finit à la facisfaétion de tout le monde, Mais s'il re-
ufe de payer, ils fe prétendent en droit de couper la figure du Beaupré.
Les Moufles, qui n'ont jamais fait le voyage, fon difpentés du Baptème,
lorfqu'ils aiment mieux foufrir une autre cérémonie, qui eft de recevoir
fur leurs épaules nues un certain nombre de coups de fouët, au gré du Pi-
lote, [ Pour eækà on en attache trois par une main au Cabeftin; & dans
l'autre main ils tiennent un fouët, dont ils fe frappentles uns & les autres,
jufqu'à ce que le Prélident mette fin au jeu ].
Le Père Labæt, qui écoit Religieux Jacobin, raconte la manière dont il
reçut le Raptême (%, dans fon paflage en Amérique, Son premier Pilote, vétu
ridiculement , avec une grande épée de bois dans une main, & dans l'autre
fon Livre de Cartes, fomma tous les nouveaux Paffagers de paroïtre devant
fon Tribunal . Il étoit environné de douze ou quinze de fes Ofliciers, dans un
habillement auffi ridicule quel: fien. Labat, conduit par le Capitaine, qui de-
voit lui fervir de Parrain pour la cérémonie, trouva le Piloce allis fur une ef-
pèce
(2) Voyage aux Mes de l'Amérique, Volume I pag, 54, & fuiv,
Ek 2
Janv IN,
1027,
Pointure
'
que out ut
Durret,
Baptème du
P, Labat,
JANNEQUIN.
1637.
Jannequin re-
Riche fur laCô-
te deBarbarie.
Férocité des
Mores de cet-
te Côte.
Différentes
efpèces de
Poiflons auSé-
négal,
260 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
pèce de trône couvert de peaux de mouton. Ses Officiers étoient debout des
deux côtés, & fon Sécretaire attendoit, la plume à la main, pour enregiftrer
les préfens des Candidats. On avoit placé devant lui une cuve d’eau, avec
un croc de fer qui la traverfoit, fur lequel on fit affeoir Labat. Alors le Pi.
lote lui tenant la main fur la Carte Marine, lui fit promettre de faire obfer.
ver la même cérémonie, à ceux qui pañferoient le Tropique avec lui pour
la première fois. Lorfque cette promelfe fut achevée, le Pilote fe leva grave.
ment, & demanda au Capitaine quel nom il donnoit au Candidat. On lui
donna le nom de Précheur, d'un Roc de la Martinique qui s'appelle de même,
Après quoi le Pilote pritune coupe d'argent, dans laquelle il trempa fes doigts,
& marqua Labat au front. S'’étant remis enfuite fur fon trône, il lui demanda
quel préfent il vouloit faire à l’Equipage. Labat donna trois écus, avec un
Sent au dectite Plufieurs Candidats, qui ne payèrent point, furent plon-
gés fans ménagement. [ Cette digreffion ne fçauroit paîler pour inutile dans
un Ouvrage qui appartient proprement à la Marine.]
LE Vaifleau de Jannequin continuant , fa courfe arriva fur la Côte de Bar.
barie, qu’il ne ceffa pas de fuivre pendant cinquante ou foixante lieuës, juf.
qu’au Cap-Blanc. Elle eft baffle; & le rivage, qui eft de fable brûlé, paroi
continuellement fort uni. On relâcha au Cap-Blanc, dans la vûc d’y conitrui.
re quelques Barques, qui font néceffaires pour entrer dans la Rivière du Sc.
négal ; car les Vaiffeaux font obligés de demeurer à l'ancre dans la Rade. Com-
me l’Auteur ignoroit encore les raifons qu’on avoit de s'arrêter, il s’ennuya
beaucoup du féjour qu'on lui fit faire dans un Pays qui lui parut maudit du
Ciel. L'eau manquoit à bord, & l’on n’en put t'ouver fur la Côte, à quelque
profondeur qu’on ouvrit la terre, ou plûtôt le fable, qui eft véritablement
brûlé, & fi mol qu'on n’y peut marcher cinquante pas. Cependant les Gens
de l’Equipage étoient obligés de porter aux Ouvriers tous les fecours dont ils
avoient befoin. Leur fatigue auroit été foulagée s'ils avoient trouvé les I}1-
bitans plus fociables ; mais ces Barbares, jugeant peut-être des Européens par
eux-mêmes, n'ofoient s'approcher pour faire l'échange de leur poiflon, qu'ils
prennent avec des fléches, contre le tabac, l’eau-de-vie & le bifcuit des Ma-
telots. Ils prenoient la fuite au moindre bruit qui partoit du Vaifleau, ou
du chantier des Barques. Les François ne trouvèrent pas d’autre moyen, pour
les engager dans quelque commerce, que de placer à quelque diftance ce qu'ils
vouloient donner pour leur Poiffon, & de fe retirer, en attendant à quoi ils
fe détermineroient. Ils comprirent cette manière de traiter; & prenant les
marchandifes qu’on leur offroit, ils laiflèrent à la place une bonne quantité
de poiflon. Mais fe défiant fans doute de quelqu’artifice, ils regagnèrent leurs
Cabanes avec autant de précipitation que s'ils euffent été pourfuivis. Ils me-
nent une vie fi miférable, qu’on les prendroit pour des fquellettes, reflufcités
d'entre les Morts, plûtôt que pour des créatures humaines. L’unique foutien de
leur vie eft le Poiflon [ féché au foleil,] avec un peu de maiz & de tabac. Aff
la vérité, le Poiffon eft fi abondant fur leur Côte que la mémoire de l’Auteur
n'a pu lui faire rappeller la quatrième partie des noms. Les gens du Vaifleau
prirent d’un feul coup de filet, trois cens Mulets, outre quantité d’autres ef-
pèces, telles qu’un Corbin & un Pantouflier, deux Poiffons de la grandeur d'un
homme, des Bonites, des Dorades, des Barbues, des Soles, des Carpes, des
Bars, des Capitaines, des Machorans, des Rachaos, des Moines, des Né
grecs,
k{[qui n’a
G(k) Il pa
DI
gres,
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LE \
plus gr:
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des Nég
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s'expofe
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recevoir
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que Jann
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François
L'Ams
des préfe
linge, qu
l'argent,
verre, du
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Brack reç
que dimin
heur de pe
faveur ; t
ne lui rien
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(1) Il fer
Earre, & de
Cois n'avoier
Comtoir fur
N
lebout des
nregiftrer
eau, avec
lors le Pi.
ire obfer-
c lui pour
2Va gl'ave-
tk. On lui
de même,
fes doigts,
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te de Bar-
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lé, paroït
y conftrui-
ière du Sé-
Lade. Com-
il s’ennuya
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ritablement
nt les Gens
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opéens par
iflon, qu'ils
uit des Ma-
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oyen, pour
ce ce qu'ils
t à quoi ils
prenant les
ne quantité
nérent leurs
ris. Ils me-
, refufcités
e foutien de
de tabac. AK
de l’Auteur
du Vaiffeau
d’autres ef-
andeur d'un
Carpes , des
s, des Né-
gics,
gede Byurt, ou Biévre,
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI. Car, IL. 26r
gres, tirant tous leur nom de leur couleur ou de leur forme. Après avoir
conftruit une feule Barque, le défagrément de ne pas trouver d'eau fraîche,
fit remettre en Mer pour le Sénégal, où l’on arriva dans peu de jours.
Le Vaifleau fut laiffé à l'ancre près de la Barre; & le Capitainé, avec la
plus grande partie de l'Equipage, entra dans la rivière, où ilaborda au Villa-
Fu appartenoit à Jean (1) Barre ] comme l’Auteur
e nomme, à trois lieuës de l'embouchure. Là, les François, avec le fecours
des Négres, bâtirent une maifon pour fe mettre à l'abri des grandes rofées (4),
qui font fi dangereufes dans le Pays, qu'on ne peut dormir l'eftomac nud fans
s'expofer à mourir le jour fuivant. Pendant qu'une partie de l'Equipage faifoit
cuire des briques pour l'édifice, d’autres s'occupèrent à décharger les mar-
chandifes , à payer les droits qui revenoient à quatre Princes du Pays, & à
trafiquer avec les Négres. D'autres furent employés dansles Bois à couper des
branches fourchues, pour bâtir, fur la rivière, un Pont, qui devoit fervir à
recevoir les cuirs des Négres & à charger les Barques. Enfin d’autres allèrent
à la chaffe des Cerfs & des Sangliers, & le refte demeura pour jetter les fon-
demens de la maifon. Cette dernière occupation fut la plus pénible, à caufe
de l'exceffive chaleur, & de la difficulté qu’on avoit à trouver de l’eau.
UATRE Ou cinq jours après leur arrivée, les François virent venir deux
Alkades (7) Négres, fort bien montés, avec la qualité d'Ambañladeurs ; l’un
de la part du Damel (m) , avec qui le Capitaine avoit contraété des liaifons
d'amitié dans un autre voyage, pour l'affürer de fa proteétion fur fon territoi-
re; l’autre de celle du Brack, avec qui le Capitaine avoit eu quelque différend,
mais pour le féliciter néanmoins de fon arrivée, lui propofer une réconcilia-
tion, & lui offrir enun mot le choix de la guerre ou de la paix. Le Capitaine,
que Jannequin nomme ici pour la première fois Lambert, ne balança point à
choifir la paix ; non qu’il appréhendât la guerre, mais dans la feule vûe de pro-
curer du fuccès à fon Commerce. L’Auteur obferve à cette occafion que la
crainte de l'artillerie faifoit tant d’impreflion fur les Sauvages, que foixante
François bien retranchés auroient été capables de faire tête à fix mille Négres,
k{qui n’avoient pour armes que des Fléches & des Zagayes.]
L'AMRASSADEUR du Damel fut congédié avec les droits ordinaires, &
des préfens pour fon Maître, qui confiftoient en quelques barres de fer, du
linge, quelques aunes de Frize rouge & bleue, de l’eau-de-vie, du miel, de
l'argent, des bracelets, des piques, des miroirs, des couteaux, des grains de
verre, du criftal & du papier. 11 fut chargé de dire à fon Maître que fes Su-
jets pouvoient fe rendre librement fur la Côte pour le trafic. L'Énvoyé du
Brack reçut aufli des préfens pour le fien, avec ordre de lui demander quel-
que diminution de droits, parce que le Capitaine avoit eu depuis peu le mal-
heur de perdre un Vaiffeau. Le Brack ne {e fit pas prefler pour accorder cette.
faveur; mais l’Auteur remarque que s’il l'eut refufée, Lambert étoit réfolu de
ne lui rien donner, & n’en feroit pas entré moins hardiment dans les terres
de fon Domaine.
La
Labat femble dire le contraire. Vol. I. pag. 19.
(4) L’Auteur dit Akati.
(m) L'Auteur femble regarder lus noms de
(5) Il fera parlé dans la fuite de ce Jean
Farre, & de fa l'amille.
(k) Il paroît par ce paffage, que les Fran-
çois n'avoient pas encore alors ‘un Fort ow Damel & de Brack comme des noms propres ;
Comitoir fur la rivière de Sénégal, quoique iiais ce font des titres
Kk 3
JanNequix.
1637.
Les François
conttruifent
+ ung maifon,
Ils reçoivent
deux Ambal-
fadeurs Né-
gres.
Damel &
Brack, Rois
Négres,
JANNEQUIN.
10297.
* LS
latisuss des
J'rançois,
262
La Maiïfon, ou le Fort, fut achevé avec beaucoup de peine, à caufe des
chaleurs exceflives, & du trouble qu'on recevoit fans ceffe d’un prodigieux
nombre de petites mouches qui s'appellent Marignons où Maringouins. D'un
autre côté, les provifions commençant à manquer, on étoit forcé de fe rédui.
VOYAGES DES FRANÇOIS E N
. re à la nourriture des Sauvages. Lorfqu'on eut vû la fin d'un ouvrage fi diff.
Agrément des
rives du Séné-
gal,
Arbres noms
ms:s Parctu-
vicrs,
Echos en
grand noin-
bre,
Principaux
Princes du
Pays,
Combat d'un
Prince Nügre
contre un
Lion,
cile, on remonta la rivière dans la Barque, en commençant, à melüre qu'on
avançoit, pour des cuirs, de l'ivoire, des gommes, des plumes d'Autruche,
de l'ambre-gris & de l'or. Les deux rives, jufqu'à Terrier-rouse ‘n) font d'une
verdure continuelle, & revêtus de beaux arbres, auili verds que les Oran:
gers de France, avec les feuilles de la même forme, mais fans aucun fruit,
Ces arbres, que l'Auteur appelle Paretuviers (o), ontde petites racines qui for.
tent de laterre, & qui font fi fortes & en fi grand rombre, qu'elles rendent
le chemin fort difficile. Les Forêts font remplies d'écho:, doat l'Auteur ne
veut attribuer la caufe qu'à la profondeur d'une fi vaite folitude. L'agrément
de l'ombre, dit-il, qui fert à rafraîchir le vent, la b'auté de la perfpeétive,
& le fon des trompettes mille fois redoublé par les échos, n’étoient pasune
petite confolation pour les l'rançois dans ces climats brûlés du Soleil. Dans
tous les lieux de leur pañfage, les Chefs des Négres venoient leur rendre des
civilités , & leur apportoient pour préfens, des Sangliers, qu'ils tuent avec
leurs zagayes, ou qu'ils prennent dans des filets & dans des trapes. Enfin
les Négres leur furent utiles en mille occalions, foi pour la Pêche ou la Chaf
fe, foit pour leur fervir de guides dans une infinité de lieux. Cependant Jan.
nequin eft perfuadé que la crainte avoit plus de part à leurs fervices que l'af.
feétion. Les principaux Princes dont il rapporte les noms, font le Dame
Roi des Négres de Lybie (p}), le Brack, Roi des loulis; le Kamalingo, R
ou Chef des Mores de Barbaric; & le grand Samba Lamma, Roi des Mores
& des Barbariens (q), dit l’Auteur, qui bordent Tombuto. Les trois premiers
font Tributaires du Samba Lamma (r), dont la Couronne eft héréditaire. Les
Seigneurs Négres font les A/khadbis (5), ou Chef de Villages , & les ur-
buts ou les Prêires.
JANNEQUIN n'eut aucune avanture extraordinaire dans ce Voyage ; mais
il fait le récit d’un combat dont il fut témoin, entre le Kamalingo, & un
Lion terrible. Ce Prince voulant faire connoître fon courage & fon adrel:
fe aux François, les fit monter fur quelques arbres, près d'un Bois fort fré-
quenté des bêtes farouches. Il montoit un excellent Cheval, & fes armes
n'étoient que trois javelines, que les Négres appeil nt Zagaves, avecun cou-
telas à la Morefque. Il entra dans la Forêt, où rencontrant bientôt un Lion,
il lui fit une bleflure à la feffe. Le fier animal accourut vers fon ennemi, qui
feignic de fuir, pour l’attirer dans le lieu où il avoit placé les François. À:
lors le Kamalingo tournant cout-d'un-coup l'attendit d’un air ferme, ae
ançi
par Barbariens. On verra d’ailleurs qu'il &
trompe fur tous ces titres.
Cr) C'eft peut-être le même qui eft appel:
lé par d'autres Sirutie,
(n) Ce lieu eft fur la Rive du Nord, à 70
lieuës du Fort Louis, Voyez ia Carte du Sé-
négal,
(0) Ou Paletuviers, forte de Mango.
(p}) Jannequin entend les Nègres voifins
du Séncgal, Voyez ci-deflus l'Introduétion de
ce Voyage.
(g) On ne fçait ce que l’Auteur entend ici
gnifie Juge chez les Mahométans. Les Fran-
Gois, au Lieu de Mabuts difent Marabout.
(s) On fçait que Khadi, ou al Khadi, fi
D
lança L
prenan
te, ave
même,
près fa
uelque:
jrs
Europé«
fément (
queftion
te pas q
te a l'A
gres. Jr
ce différ
Bigot, q
dans ces
termes q
déclare
tprabe, fai
roit perfi
Kcommerc
te de füup
pendant ,
en ufage
pendant f
défaut d’é
& fidèles
dans cet
gnée de c
fon Voyag
IL raco
pour les p
toupe , À
fait jetter
d'apperce
fe de cet
de rompr'd
vrit aufli-
4 huit jours
à arrivée au
LHCaille en F
Et) Pag,
(u) pag.
(x) pag.
(y) Ce q
QC l'eft pas at
caufe des
rodigieux
ns, D'un
: fe rédui-
re fi diff.
ure qu'on
Autruche,
font d'une
les Oran-
cun fruit,
és qui for:
es rendent
Auteur ne
agrément
rfpective,
nt pasune
lei. Dans
rendre des
tuent avec
pes. Enfin
ou la Chaf:
endant Jan:
es que l'af-
le Damel,
alingo, Roi
i des Mores
is premiers
ditaire. Les
& les Var-
yage ; mais
ngo, &un
fon adrel-
is fort fré-
fes armes
vec un Cau-
ôc un Laon,
ennemi, qu!
François. À°
me, & lui
lança
illeurs qu'il fe
e qui eft pet
bu al Khadi, fi-
ans. Les Fran
bt Marabouts.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car. I.
lança une feconde javcline, qui lui perça le corps, Il defcendit au li-tôt, &
prenant un Cpieu , il alla au devant du Lion, qui venoit à lui la guzul: ouver-
ce, avec un furieux rugiflement. 1 lui enfonça fon épieu dans la gueule
même. Énfuite fautant fur lui, le fabre à la main, il lui coupa la gorge, A-
prés fa viétoire, qui ne lui coûta qu'une légère bleflure à la cuifle, il prit
uelques poils du Lion, &% les attacha comme un trophée à fon Turban (4).
Tannequin confeffe que les Négres de ce Pays l'emportent tellement fur les
Européens pour la force & le courage, qu'un de ces Barbares renverfoit ai-
fément d'une feule main le plus robufte des François; de forte que s’il étoit
queftion d’en venir aux coups, dans un combat d'homme à homme, il ne dou-
te pas que l'avantage ne demeurit toûjours aux Négres. [On doit tenir comp-
te à l'Auteur de ce qu'il a bien voulu rendre, à cet égard, juftice aux Né-
gres. Il n’eft point porté à dire du bien d'eux, parce qu’ils étoient d'une croyan-
ce différente de la fienne. Jannequin étoit un zélé Catholique, ou plûtôt un
Bigot, qui ne pouvoit pas fe réfoudre à reconnoître quelque bonne qualité
dans ces Peuples.] Il parle ailleurs de leur commerce avec le Diable, dans des
termes qui ne font pas un honneur extrême à fes lumières; fur-tout lorfqu’il
déclare que les jeunes Négres ne peuvent (w) apprendre à lire & écrire l’A-
vsrabe , fans le fecours de l'Efprit malin, [qu'ils appellent Kamata;] & qu'il pa-
roït perfuadé que leurs Marbuts ou Marabouts reçoivent de lui, dans un
commerce particulier, des informations fur les chofes (x) dérobées. [Iltrai-
te de fuperititions ridicules & diaboliques leurs Grisgris, ou charmes ; qui ce-
pendant , de fon propre aveu, reffemblent beaucoup aux agnus Dei, qui font
en ufage parmi les Catholiques, & dont ce ne font que des imitations.] Ce-
pendant fi l’on pafle à l’Auteur cette groflière crédulité, qui paroît venir d’un
défaut d'éducation , il paroît que fes obfervations fur les Négres font éxaétes
& fidèles. Mais on les remet, fuivant la méthode qu'on s'eft propofée
dans cet Ouvrage, à la Defcription du Pays même, qui ne fera pas éloi-
gnée de cet article & l’on fe borne ici à fuivre l'Auteur dans l'Hiftoire de
fon Voyage.
IL raconte qu'un Négre lui ayant fait préfent de deux æufs d’Autruche,
pour les porter en France, il les envelopa fort foigneufement dans de l'é-
toupe , & les mit dans fa caffette, Quelque tems après , le hazard lui ayant
fait jetter les yeux fur ce dépôt , il fut furpris de voir remuer l’étoupe, &
d'appercevoir qu'un de fes œufs étoit caflé. Il cherchoit avec füurprife la cau-
fe de cet événement, lorfqu'il apperçut une jeune Autruche, qui s’eforcoit
de rompre la membrane intérieure qui étoit encore entière (y). Il lui ou-
vrit aufli-tôt le paflige, & la trouvant toute formée, il la nourrit pendant
huit jours avec de l'herbe, Il ne doute pas, dit-il, que la même chofene fût
arrivée au fecond œuf, s’il n’eût pris fcin de le vuider, pour en porter l'é-
caille en France. [ Mais il laiffe droit de conclure, que les œufs d’Autruche
n'ont
CE) Pag. 148.
(u) pag. 118.
(x) pag, 120.
(y) Ce que Jannequin trouvoit furprenant
nc left pas aujourd'hui pour nous, Toutes for-
tes d'œufs réuMffent avec le fecours d'une cha-
leur conftante & modérée. [Mais ce qu'il y a
ici de fingulier c'eft que la coque de l'œuf fut
caffée, pendant que la membrane intérieure
étoit reflée enticre.]
263
JANXEQUIN,
1 (d 3 6°
l'orce desNé.
TER
Crédulité de
l'Auteur.
Ocuf d'Au- *
truche qui
produit fans êe
tre COUVÉ,
264, VOYAGES DES FRANCOIS E N
Jawwrquix. n'ont pas befoin d'être couvés pour la formation des poullins, & pour les
1637: faire éclore.] |
Dans le Chapitre où l’Auteur parle des Saifons, il fe plaint beaucoup de
Effets du ton- J'incommodité d'un climat, où le tonnerre & la pluye produifent non-feule.
cs pi mr Part ment de grandes inondations de rivières, mais encore des vers fur les om.
ak mes & fur les animaux. C'eft particulièrement aux mois de Juillet, d'Août,
de Septembre & d'Oétobre, quelquefois même jufqu'au commencement de
Novembre. Aufli les Négres bâciffent-ils leurs maifons dans des lieux élevés,
Les François, qui avoient négligé cette précaution, eurent le défagrémentde
voir leur premier étage rempli d’eau pendant toute la durée de cette faifon,
& de ne pouvoir fortir fans avoir l’eau jufqu’aux épaules. Ce contretems leur fic
hâter les préparatifs de leur départ. Ils envoyèrent à bord une partie des mar.
chandifes qu'ils s’étoient procurées par leurs échanges. Les cuirs & les peaux
n'étant pas tannées, demandoient beaucoup de foin pour les garantir de l'hu-
midité de la Mer. On les fit d’abord tremper pendant douze ou quinze haures
dans de l’eau falée. Enfüuite les étendant au Soleil, on les fit fécher à demi.
Après quoi les ayant doublées, on acheva de les faire fécher entiérement dans
cette fituation, pour les mettre dans l'endroit le plus fec du Vaiffeau. Janne.
quin prend occafion de tous ces embarras, pour condamner les Européens,
qui fe laiflent conduire, par le defir du gain, dans des Contrées où il pré.
tend que les Négres feuls peuvent réfifter à la chaleur & à l'intempérie du
climat.
Départ du Les incommodités de la faifon, qui ne faifoient qu’augmenter, ayant fait
a de prendre aux François la réfolution de quitter un Pays fi mal-fain, l'Auteur
M dons fe croit obligé d'apprendre à fes Leéteurs que les Royaumes dont il a parlé
font arrofés par le Niger ; qu'après avoir traverfé le Royaume de Tombuto,
ce fleuve fe divife en trois branches: que la première pafle en Barbarie,
Sesremar. fous le Tropique du Cancer ; que la feconde arrofe les quatre Royaumes
ques Géogra- qu'il a nommés, & fe jette dans la Mer entre la Barbarie & le Sénégal; &
Phiques. que la troifième, dont le cours eft plus long que celui des deux autres,
fe décharge près de la Côte de Guinée (2). 1l ne donne pas plus d'éten-
due à fa Deïcription, fous prétexte que les Géographes ont aflez parlé de
ces rivières; de forte que n'ayant parlé qu'après eux, ce qu’il dit ne peut
fervir à prouver que le Sénégal foit une branche du Niger. 11 fembloit
néanmoins, par le titre de {on Livre, qu’on en pouvoit efpérer d’autres éclair-
ciffemens.
Maladie de LAMBERT mit à la voile pour les Ifles du Cap-Verd. Il y prit des ra
J'Equipage, & fraîchiflemens, fans lefquels il auroit perdu douze ou quinze Matelots, afli-
lurreméde, és de différentes maladies. Les uns étoient attaqués dans les nerfs, & ref
stoient des accès de foibleffe qui reffembloient beaucoup au mal caduc.
D'autres étoient tourmentés du fcorbut, & n’auroient pas confervé une de
leurs dents, s'ils n’avoient trouvé un reméde fouverain dans la graiffe des
Tortues. Cependant on fut huit jours entiers à tourner entre les Ifles de
Saint-Nicolas & de Saint-Vincent, qui font à fept lieuës l'une de l'autre,
avant que de pouvoir entrer dans la Baye de Saint-Vincent, où l'on a
es
(x) Pag. 190,
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de l'autre,
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tégraiffe de leurs Tortues pour le pouvoir avaller. [ Leur eau étoit fi mauvai-
1 des Ifles de Peru, qui y avoient aufli relâché par la crainte des Armateurs de
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI. Cnar, II. 065 :
les reftes d'un Equipage François, dont le Vaiffeau avoit péri quelque tems Jaxwrqurx
auparavant par l'ignorance du Pilote. Il s'écoit noyé trois Matelots. Ceux 1637
qui étoient échapés au naufrage , & qui avoient regardé comme un bon- de
heur de pouvoir gagner une ifle inhabitée, y avoient trouvé des T'ortues, ,,Naufrige
Avec le fecours d'une pierre & d'un briquet, qu'un d'entr'eux avoit fauvé d'un Vaitfeau
dans fa poche, ils avoient eu l'art de les préparer. Ils avoient vêcu de cet Sa | ‘
te manière, jufqu'a ce qu'ils avoient découvert un Vaiffeau Anglois qui fai.
foit voile aux iles de Peru, & qui avoit envoyé fa Chaloupe au Ke rh
Capitaine, quoique difpofé à les {ecourir, n'avoit pû recevoir que la moitié
de leur nombre, parce que fes provifions n'étoient pas fufifantes. Ils a-
voient tiré au fort, & les plus heureux étoient pallés fur le bord Anglois
tandis que les autres avoient continué de vivre dans la même mifère nr u'à
l'arrivée de Lambert. JS
’ M : A H
L'ÉTAT déplorable où il les trouva réduits, le toucha d'une vive compaf- Secours que
fion. Tous les gens de l'Equipage étant entrés dans les mêmes fentimens, le: Matclots
chacun s'empreflà de leur donner des veltes, des bas & des hautes-chauffes, #0ivent du
pour couvrir du moins leur nudité. Outre les peines qu'ils avoient eflu des a
dans une fituation fi miférable, on confidéroit qu'ils avoient perdu ue le Vins
fruit de leur voyage. Cependant il falloit que la pitié de Lambert & de fes
gens fût extrême, pour leur faire oublier qu'ils commençoient eux-mêmes à
manquer de vivres, & que depuis quatre jours, l'Econome du Vaiffeau
avoit diminué la mefure ordinaire du bifcuit. Avec ce retranchement même
il ne leur en reftoit que pour deux mois, qui étoient le plus court efpace dans
lequel ils puffent efpèrer d'arriver en france. Aufli fe reffentirent-ils : l’excè
de leur charité vers la fin du Voyage. sit
Les Tortues qu'ils trouvèrent en abondance à Saint-Vincent, fervirent
non feulement a rétablir les Malades, mais à prolonger leurs provilions ar
le foin qu’ils eurent d'en faler quelques barrils. Ils carénèrent aufli tous
Vaifleau, & la provifion d'eau fuc renouvellée.
Les vents furent fi peu favorables à leur retour, qu’ils furent arrêtés Trifle état
beaucoup plus long-tems qu'ils ne s’y étoient attendu. Trois femainesavant ©ù le ien Le
qu'ils arrivaflent à la vûe des Côtes de France, leurs provifions fe trouvé. one
rent tellement diminuées, qu'ils furent réduits à trois onces de bifcuit RL
jour ; encore étoit-il fi moifi, qu'ils étoient obligés de le tremper dns à
le, & ils en avoient fi peu, que pendant huit jours, ils furent réduits à n’a-
voir qu'une petite quantité d'eau-de-vie tous les matins. ] La faim r ui de
vint le mal commun, réduifit les plus robuftes à la figure d'autant de S Hék
lettes. _Jannequin protefte qu'en fe mettant au lit, il fe trouvoit fi ae Jannequin
qu'il n'étoit pas reconnoiflable à fes propres yeux. Il ajoûte qu'en abordant refiche à Ca-
à Camaret en Bretagne, les Soldats & les Matelots fe hâtèrent de vendre sant n Brc-
leurs habits , leur linge & tout ce qu’ils ne portoient pas aétuellement fur ait
eux, pour acheter des vivres; & qu’ils fe remplirent fi avidement l'eftomac
qu'en retournant à bord, ils étoient incapables de fe’ remuer pour le fervice
du Vaifleau. Ils paflèrent huit jours dans cette Baye, autant pour feremet-
tre de leurs fouffrances , que pour attendre quelques Vaiffeaux du Canada &
Les Capitaines de tous ces Bà-
Dunkerque , dont cette Côte étoit infeftée,
L timens
TILL. “Part.
JANNEQUIN.
1637:
11 arrive à
Dicppe.
.26 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
timens convinrent de mettre enfemble à la voile, & choifirent Lambert our
les commander jufqu'à Dieppe. où ils arrivèrent heureufement dans l'efpace
de quarante-huit heures. Cependant ils faillirent de manquer ce Port, par
l'inadvertance de leurs Pilotes, qui ne fe croyoient encure qu'à la hauteur
du Havre-de-Grace, lorfqu'à la pointe du jour ils reconnurent qu'ils étoient
roche de Saint Valery. Ils entrèrent au Port de Dieppe avec la marée
uivante.
[Pour mettre le Leéteur bien au fait de ce que contient le Livre de Jan.j#
i joi s ici le contenu des Chapitres. L'ouvrage commence
a y a Ru où l’Auteur s'étend fur l'inclination qu'il a eu dés f
eunefle pour les Voyages, & fur fon arrivée en Angleterre pag. 1. Dansk
Î Chap. il parle de fon départ de Dieppe, & du féjour qu'il fit dans la Rade
Le IL Chapitre contient une Relation des fes Canaries » avec la
defcription du Baptême de Mer, pag. 31. Le IIT. l'arrivée de l’Auteur au
Cap-Blanc, avec quelques particularités, fur les Mores, pag 41. LelV,
Ce que firent les François après leur arrivée, & quelques efcriptions du
Pays, pag. 57. Le V. une Ambañfade de Damel & de Brack, deux Rois Né-
; ’aù Capitaine Lambert, pag. 61. Le VI. un détail des droits À il faut
he aux Rois du Pays, pag. 66. Le VIT. une énumération des larchan.
Es ui font de débit parmi les Négres june Defcription de la beauté de leur
Pays % de la civilité des Habitans, pag. 66. Le VIII. traite des Bâtimens
des Négres, de leur manière de vivre, & de quelques autres particularités,
ag. 72. Le IX. des Rois dont l'autorité s'étend au long du “énégal, pag.
Pl Le X. de la manière dont ils élifent leurs Rois. Le XI. de la manicre
dont ils font la guerre, & de leur habileté à nager, pag. 86. Le XII. des
raifons pourquoi les Négres ont le Nez plat; de leurs habillemens, & de
la manière dont leurs Rois traitent les Etrangers de diftinétion , pag. 92. U
XII. parle de la manière dont ils adminiftrent la Juftice, pag. 103. LeXI À
de leur Religion, de leurs prières & de leurs abfolutions, pag. 105. Le XV.
de leur Ramadan ou Jeûne, & de l'éxaétitude avec laquelle ils l'obfervent,
& des Cérémonies qui fe pratiquent parmi eux ax nouvelles Lunes, pag.
109. Le XVI. de eur Circoncifion , pag. 115. Le XVII. de leur Superf
tition , de leurs Grisgris, & autres Sorulèges, pag. 119. Le RU
leurs Enterremens, pag. 123. Le XIX. de leurs Mariages, pag. 128. e XX
traite de quelques Animaux, & particulièrement des Crocodi es & de la ma-
nière de les prendre, pag. 136. Le XXI. de la Chañfe de l'Eléphant, pag
144. Le XXIL. décrit un combat fingulier entre un Prince Négre, &un Lion,
& parle dela force des Négres, pag. 147. Le XXIII. traite des a &
des Divertiffemens des Seigneurs Négres, pag. 154 Le XXIV. traite sage ;
truches, la facilité avec laquelle on les apprivoife, & de la dr NAT De
les Négres les prennent. À cette occafionl’Auteur rapporte ce qui lui eft rh
rivé avec deux œufs de ces Oifeaux, pag. 157. Le XXV. roule fur la pa
des Négres, pag. 173. Le XXVI. fur la manière dont ils prennent les
vaux-Marins, pag. 175. Le XXVII. fur les mauvais effets de l'air de ce Pays,
pag. 180. Le XX VIIL. contient la Rélation du Naufrage d'un Vaifleau ue
choua contre l’Ifle de $. Vincent, & dont l’équipage eut beaucoup à fouffrir.
pag. 13.
pag. 196. Le XXIX. le retour de l’Auteur en France ,®& de l'extrémité où fut
réduit tout l’Equipage du Vaiffeau , parce que les provifions ba nr .
qu'on arrivât à Dieppe. pag. 208.] Ja
&Gambra à
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28. Le XX.
& de la ma-
phant, pag.
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anière dont
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fur la pêche
ent les Che-
r de ce Pays,
aifleau qui €-
émité où fut
uérent avant
JaNNEQuIN
a fouffrir. F
4
;)
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JanNNæquin a joint trois l'igures à fa Relation. 1°, Celle du Poiffon que
Jes François nomment Pantouflier, & les Anglois Hammerfish, pag. 45. 20.
Une Ville des Négres, fort mal deflinée, pag. 75. 3°. Un Négre, vêtu à la
mode du Pays, pag. 94.
CO LT LD LORS D D LE LL C1 21 LL LE)
C HA PI TR E III
Voyages du Sieur André Brue au long des Côtes Occidentales d'Afrique.
"EST au Père Labat qu'on doit la publication de ces Voyages dans fa
C Nouvelle Relation de l'Afrique Occidentale, ou plûtôt fon Ouvrage eft
compofé prefqu'uniquement fur les Mémoires qui lui avoient été fournis par
le Sieur Brue. Quand on confidère avec quelle prudence ce Direéteur Géné-
ral du Commerce François au Sénégal, ménagea les affaires de la Compagnie,
& quelle confidération il s’attira des Rois Négres dans tous fes Voyages, on
rend néceflairement une haute idée de fon elprit & de fon habileté. Un fi
ong féjour en Afrique, avec une réputation fi jufte, ne put manquer de lui
fournir les meilleures occafions pour s'inftruire des mœurs & des ufages du
Pays, & doit donner, par conféquent, autant d’autenticité que d'agrément
à es Relations.
IL fut nommé pour fuccéder en 1697 au Sieur Jean Bourguignon, premier
Direéteur de la quatrième Compagnie Françoife du Sénégal. Les affaires de
la Compagnie, qui étoient en forc mauvais état, changèrent avantageufement
fous fa direétion, & feroient devenues encore plus floriffantes, s’il eût reçu
les fecours néceflaires à fes entreprifes. 11 fit deux voyages fur la rivière du
Sénégal, l’un en 1697, j'autre en 1698, qui rétablirent le crédit de la Com-
pagnie chez tous les Princes voifins. En 1700, il fit par terre le voyage de la
&Gambra à Cachao, & de-la celui de l'ifle de Biffao, [ou (a) des Biffages ]
pour les intérêts du même commerce. Mais les affaires ayant commencé à dé-
cliner par divers contretems, il fut rappellé en France dans le cours de l’an-
née 1702 pour y communiquer fes vûes fur le moyen de les rétablir. La cin-
quième Compagnie du Sénégal le pria de reprendre la Direétion générale en
1714, après avoir perdu le Sieur Muftelier, qui étoit morten 1711 à Tuabo.
M. Brue pañloit pour le feul homme de France qui pût rendre de l'éclat au com-
merce des François en Afrique. Mais fes propres affaires ne lui permettant pas
d'accepter cette Commiffion, il propofa, pour remplir fa place, M. de Ri-
chebourg, alors Gouverneur de Gorée, que la Compagnie reçut à fa recom-
mandation.
CE nouveau Direétcur eut le malheur de fe noyer le 2 de Mai 1713, en
traverfant la rivière du Sénégal. Alors M. Brue fut fi vivement follicité par
la Compagnie de reprendre fon ancien pofte, qu'ii ne pât refufer d'y confen-
ür, Il partit de Nantes le 15 de Mars 17143 & le 20 d'Avril, il arriva heu-
reufement
(a) Labat écrit Biaux, Cachaux, en af- On fera fouvent obligé de relever fes fautes,
étant toûjours les terminaifons Françoifes. KR. d, T.'
LI 2
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Lav. VI. Car, III, 26:
Brurs.
1697.
Obfervations
préliminaires.
Mérite de M,
Brue.
Ses différens
cmplois au
fervice de la
Compagnie
Françoife.
Daruz.
1697.
L'Editeur de
fes Mémoires
y mêle d'au-
tres témoi-
gnages,
Embarras qui
téfulte de ce
mélange.
Autre confu-
fion qu'on fe
propofe ici
d'éviter.
Affeétion du
Damel pour
Bruc,
268 VOYAGES DES FRANCOIS E N
reufement au Fort Saint-Louis. Le fuccès de fa conduite répondit aux efpé.
rances de la Compagnie. En 1715, il fit le voyage du Sénégal au Défert,
pour le commerce des gommes. La méme année, il en: fit un autre pour dé.
couvrir le Lac de Kayor. Enfuite la Compagnie des Indes ayant acheté avec
l'approbation du Roi, les droits de la cinquième Compagnie du Sénégal, les
Direéteurs de ce nouvel Etabliffement, qui connoifloient le mérite de M.
Brue, l'engagèrent par des offres fort avantageufes à conferver la Dircétion
générale, jufqu'au mois de Juin 1720, que fes affaires l'obligèrent de retour.
ner en France, après avoir réfidé, en deux fois différentes, onze années en-
tières en Afrique.
Aux Mémoires de M. Brue, le Père Labat a joint ce qu'il a pû trouver
de conforme à fes vlûes dans les autres Auteurs. Mais n'ayant pas toûjours
ris foin de citer fes autorités, il nous laifle fouvent embarraflés à diftinguer
fe informations qu'il avoit reçues de M. Brue, de fes propres réflexions. Àinf
l’on ignore, affez ordinairement, à qui l'on a l'obligation de ce qu'il rappor.
te, ou dans quelle quantité ces additions font partie de fon Ouvrage. À h
vérité lorfqu'il parle des Végétaux, des Oifeaux, & des autres Animaux, il
cite fouvent les Anciens & quelquefois les Modernes. Mais il en faut donc con-
clure que tout n'appartient pas à M. Brue; & dans les endroits mêmes où l'on
pourroit croire que c’eft d'après lui qu'il écrit, parce qu’il ne prend foin de
citer perfonne, nous avons fait remarquer dans nos Notes ,qu'il emprunte
quelquefois, mot-à-mot, des paflages entiers de plufieurs Ecrivains modernes,
Én un mot, on ne peut s’affürer qu'il ait donné aucune partie des Mémoires
de M. Bruce fans mélange, à la réferve des Journaux, des Négociations,
& des Deftriptions. Cependant, quoiqu'il ait publié fon Ouvrage pendant la
vie de cetilluftre Voyageur, iln a pas fait difficulté de le donner pour ga-
rant de la vérité de fes Relations.
ON peut lui reprocher encore d'avoir mêlé confufément dans fa narration
les Journaux & les matières, pour en rendre apparemment la leéture plus
agréable par la variété des fujets. Mais faifant profeffion dans ce Recueil de
regarder l'utilité comme notre première régle, nous ne balançons pas à füi-
vre ici la méthode dont nous nous fommes fait une loi, en réduifant notre
narration à l’ordre du tems. Ainfi nous commencerons l'article de M. Bruc
par fon voyage de Rufifco au Fort Louis, que l'Editeur place le dernier; &
nous en placerorns même un autre, [tiré de Barbot ] dans l'intervalle, parce
qu'on en peut tirer, pour la Géographie du même Pays, des éclairciffemens
qui ne doivent pas être rcjettés plus loin.
ç I.
Différends entre Brue, E9 le Damel, Roi de Kayor.
1 n’y avoit pas long-temps que. Brue étoit arrivé au Fort Louis, en 1697,
avec la qualité de Direéteur & de Gouverneur Général pour la Compagnie,
lorfqu’à l’occafion de cent cinquante Efclaves, qu’il acheta dans l’efpace de
trois femaines à Rufifco, il fit connoiflance avec Latirfal Saukabé, Roi de (4)
Kayor.
(a) Villault écrit Kayllor.
D
Kayor
joint «
bien d
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age. A la
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mes où l'on
end foin de
il emprunte
1s modernes,
s Mémoires
igociations,
> pendant là
r pour ga
fa narration
leéture plus
> Recueil de
s pas à fui-
uifant notre
de M. Bruc
dernier; &
valle, parcexÿ
airciflemens
is, en 1697;
Compagnie,
s l’efpace de
, Roi de (4)
Kaycr.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cuar, III. 209
Kayor, qui porte le titre de (b) Damel. Les préfens du Général François,
joint aux marques de refpeét avec lefquelles 1l traica ce Prince, le mirent fi
bien dans fon efpric, qu'il ne fe faifoit point une partie de plaifir à laquelle
il ne fut invité, Le Damel it danfer fes femmes en fa préfence, & ne pouvoit
étre un inftant fans le voir. Cette familiarité devint fufpeéte au Général, Elle
pouvoit couvrir quelque trahifon; ou du moins ce pouvoit être un artifice,
pour amener infenfiblement quelque demande extravagante, qui pouvoit de-
venir l'occafion d'une querelle, [ Cependant il fut obligé d'ufer de diflimula-
tion ,en affeétant de vivre dans une grande familiarité avecce Prince, ] L'é-
vénement juftifia fes foupçons. Le Damel lui demanda un jour, avec beau-
coup d'inftances, une certaine quantité de marchandifes qui ne pouvoit étre
accordée fans nuire au Commerce François; & le Général embarrafé eut be-
foin de toute fon adreffe pour fe défendre.
Avec quelques civilités qu’il eût adouci fon refus, il en refta beaucoup de
mécontentement au Roi Négre. Ce commencement de méfintelligence fut aug-
menté par la malignité ou l'imprudence du Gouverneur de Gorée, qui dit un
jour à quelqu'un des Officiers du Damel, que le Général n’avoit pas fait voir
es plus belles marchandifes à fon Maître, & qu'au lieu de lui préfenter des
piéces de drap d'onze aunes, il ne lui en avoit donné que de cinq aunes &
derhie. C’étoit affez pour faire éclater le reffentiment de ce Prince. Il repro-
cha vivement au Général de l'avoir trompé , & le menaça de fa vengeance.
Il ajoûta, en grinçant les dents, que les François devoient confidérer de qui
dépendoient leurs Comptoirs au Sénégal & à Gorée, qu'il pouvoit les en
chafler, ou les y faire mourir de faim, en défendant à fes Sujets de leur. four-
nir des vivres; que fifes Prédéceffeurs avoient eu la foibleffe de faire des
Traités défavantageux avec les François, & de leur céder une partie de leurs
Côtes, rien ne l'obligcoit à fe couvrir de la même honte; qu'il étoit le Mai-
tre dans fes Etats; & qu'ayant le droit de commercer avec toutes les Nations
du Monde, il ne manqueroit pas de forces pour réprimer ceux qui entrepren-
droient de s'y oppofer.
BruE lui repréfenta que s’il étoit réfolu de violer la foi d'un Traité qui
avoit été jurée fi folemnellement , il pourroit bientôts’en repentir, parce que
la Compagnie étoit aflez puiffante pour le forcer d'éxécuter fes promeftes;
que le Roi de France fe reffenciroit de l’outrage qu'il verroit faire à fes Su-
jets , & non-feulement ravageroit fes Côtes, mais les aflujettiroit par des
Forts, dont toutes les Puiffances d'Afrique ne pourroient fecouër le joug;
qu'à l'égard du Commerce, la Compagnie auroit toûjours foin de lui four-
nir les marchandifes convenables, & feroit toûjours prête à les échanger pour
les fiennes. Enfüuite, pour modérer fon reflentiment , il lui fit préfent de quel-
KPques piéces de drap d'onze aunes; [& il acheta de lui quelques efclaves à
cinq piéces de toiles de onze aunes chacune par tête, au lieu qu'auparavant
on les avoit à cinq piéces de toile de cinq aunes & demie chacune.] La bon-
ne intelligence parut rétablie par cette explication. Lorfque Bruce quitta Ru-
fifco, le Damel le fit conduire jufqu'au rivage par fes principaux Officiers,
au bruit des tambours & des trompettes.
QUELQUE
b) Qn ne nous apprend pas ce que cetitre fignile. R, ad. T,
L13
Bruz,
1697.
NaiMance de
leurs dtté.
rends,
Ils ont en-
femble une
explication
fort vive,
Leur racom.
modement,
Dauszs.
1097.
Guerre duDa
mel, & cours
qu'il demande
aux François,
Cireonftances
de la guerre
du Damel,
Ilet foupçon-
né de manquer
de courage,
0 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Quecques tems après , l'Alkade (ce) de Rufifco fut envoyé au Général
pour lui apprendre que Damel avoit réfolu de déclarer la guerre au Zur.
ghiolof (4), c'eft-à-dire, au Roi des Jalofs, & pour lui demander de fa part
un fecours de douze Laptots (2), qui entendiffent l'ufage des armes à feu,
Brue, qui connoifloit les caprices de ce Prince, & qui ne vouloit lui don.
ner aucun fujet de plainte, fit affembler tous les Lapcots qui étoient au fer.
vice de la Compagnie, & laiffa au Député la liberté de choifir. Mais com.
me la plûpart n'étoient pas Sujets du Damel, & n'avoient aucune obligation
de le Rue, ils refufèrent d'accompagner l'Alkade; de forte que ce que le
Général put faire de mieux, fut de lui donner deux de fes Interprètes, qu'il
ourvut d'armes & de munitions. La guerre fut courte, Neuf jours après, le
amel renvoya ces deux hommes au Général, avec beaucoup de remerci.
mens & de civilités.
1L s'étoit mis en campagne avec deux mille chevaux, & le même nombre
de gens de pied, entre lefquels il en avoit deux cens qui portoient des ar.
mes à feu. Le refte n'étoit armé que de zagayes, de fabres & de fléches. Son
équipage confiftoit en foixante-dix Chameaux, dont l'un portoit deux pié-
ces de campagne, un autre fa charge de moufquets, un troifième de la pou-
dre & des is es, un quatrième les zagayes du Prince; & le refte, de l'eau
& des provifions. Il avoit fait trente licuës à la tête de cette armée; mais
la Princefle Linghera, fa Mère, lui ayant repréfenté tr s'expoloit à périr
avec toutes fes Troupes, dans les Déferts arides qu'il falloit traverfer pour
gagner les Etats du Burbaghiolof, & les Grands [qui avoient fait agir cetteyf
Frinceffe] s'étant joints à elle pour lui faire changer de réfolution, il avoit
pris le parti d'abandonner fon entreprife.
D'un autre côté, le Burbaghiolof qui avoit affemblé fes forces pour réfif.
ter à l'invañon, n'apprit pas plûcôt cette retraite, qu'il fit marcher un Déta-
chement fous la conduite de Biram Ruba, fon Lieutenant Général, pour rava-
ger les Etats du Damel. Ce Général Négre prit & brûla fix ou fept Villages,
enleva des Efclaves, & fit un butin confidérable fans trouver la moindre
oppofition au fuccès de fes armes. Le Damel, informé de fa difgrace, fe
contenta de répondre que Biram Ruba, n'étant point Monarque, il dédai-
noit de fe mefurer avec un fi vil ennemi. Cette excufe donna fort mauvai.
a opinion de fon courage. Ses Sujets auroient defiré du moins qu'il eût fait
lace. Mais il avoit appréhendé , fans doute,
marcher un de fes Officiers à fa
mmandement de fes forces, n'eût abufé
que celui qu'il auroit revêtu du
de fa confiance pour s'emparer de la Couronne, [qu'il avoit “ed mg Cet-#
te idée, jointe à celle qu'il avoit du mécontentement de fes Peuples , lui inf
ira tant de jaloufe & de foupçons, qu'il n'ôfoit fe fier à perfonne autour de
ui, & qu’à l'exception des voyages qu’il fafoit à Rufifco pour le Commer-
ce, il fe tint conftamment renfermé à Saram, fur les limites de Kayor & de
Joal ,
‘Ce ) Les Auteurs-Anglois après avoir déci- dE.
dé, comme on l’a vû dans l’article précédent, (4) Labat écrit Bowrbaguiolof , d'autres
qu'il faut mettre Alcadhis , ne laiffent pas de Bourguiolof.
fuivre ici l'Aateur François. Mais je m'atta- (e) Ce font des Négres libres, D'autres
hcrai au plus grand nombre qui écrit Ælcade. Trançois écrivent Lapfnts, Les Anglois appel-
R. d. T. L'Auteur François écrit Alquicr, R, lent çes mêmes Négres Gromettes & Guiméts,
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LG Guimels
Cet-xP
Joal, avéc un petit nombre d'Officiers & d'Efclaves à qui il avoic donné fa
confiance. |
Tanots qu'il étoit dans cette retraite, Brue ayant reçu par les Vaif-
feaux de France un affortiment de marchandifes, fe hâta, fuivant fa pro- :
mefle de lui donner avis que s'il avoit un nombre füffifant d'Efclaves, les
François du Comptoir étoient prêts à traiter avec lui. Les Princes Nègres
ont toûjours une reffource commode pour fe procurer des fupplémens d'Ef-
claves; c'eft de vendre leurs propres Sujets. Les prétextes ne leur man-
quent pas pour juftifier leur violence & leurs rapines. Le Damel eut rc-
cours à cette méthode, parce que devant déja beaucoup à la Compagnie,
il n'efpéroit pas-que le crédit fut continué. Il fe faifit de trois cens Nègres,
[qui ne s'attendoient pas à cette injuftice; & pour s'épargner les frais de leur
entretien ,] il fit avertir aulli-tôt les François qu'il avoit des Efclaves à leur
livrer, & que fi le Général vouloit fe rendre à Rufñfco, il s'y trouveroit
pour le recevoir.
Bauz s'y rendit & fut reçu avec de grands témoignages d'amitié. Les
droits & les préfens , qui accompagnoient toüjours la première vifite , mirent
le Prince en bonne humeur. Il avoit demandé un lit affez propre , avec une
armure de la meilleure trempe, que le Général lui faifoit apporter. Mais
quoiqu'il trouvät le lit de fon goût, il refufa de l'acheter quand on en eut
mis le prix à vingt Efclaves. Il s’étoit flacté qu'on lui en feroit un préfent.
La a Lo n'étoit pas affez contente de fes bons offices pour lui accorder
cette gratification, Il fe revécit de l’armure , pour en faire l'effai; il latrou-
va trop pefante. D'ailleurs fes (f) Marbuts lui avoient perfuadé que leurs
Amulets, qu'ils appellent Gris-gris (g),le garantiroient de toutes fortes de
bleflures , À l'exception des bales, que les Négres appellent poufs , & con-
tre lefquelles leurs Prêtres confefloient que les enchantemens n'ont pas de
vertu. Cependant le Damel regrettoit beaucoup de ne pouvoir obtenir plus
de marchandifes qu'il n’avoit d
aux l'rançois la oarpee d'en prendre eux-mêmes autant qu'il en falloit
pour fe payer. Mais il n'eut pas la hardieffe d'y confentir, dans la crainte
d'exciter de nouveaux troubles. Ainfi. malgré fon chagrin, il fut obligé de
fe pañler pour cette fois, de ce qu'on ne voulut pas lui donner à d’autres con-
ditions. Mais il en So 2 beaucoup de reffentiment. Il dit au Général Fran-
çois qu'il fe reprochoit de s'être relâché trop facilement fur plufeurs droits
dont la perte diminuoit fon revenu, particulièrement fur celui d'une barre de
fer pour chaque Efclave tranfporté , & fur quelques impôts qui regardoient
les provifions. À la vérité ce Prince avide s’étoit efforcé d'augmenter les droits ;
mais la Compagnie avoit toûjours réclamé contre fes prétentions, & deman-
dé qu’ils demeurafent fur l'ancien pied. Cependant il accompagna fes piain-
tes de tant de menaces, que le Général, foûtenu alors par trois Vaifleaux
de guerre, ne balança point à lui répondre que la Compagnie le forceroit
d'éxécuter fes Traités, & que fi lui ou fes Alliés entreprenoient quelquein-
novation,
(f) Ecrivant d'après les Anglois, je con- (g) Les Anglois les appullent Gregories,
ferve Murbuts qu'ils donnent pourle vrainom mais ils conviennent que c'eft une corruption,
au lieu de Murabouts, R, 4, T,
DIFFERENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Lav, VI, Cup, IL avr
Efclaves à livrer. Brue lui propofa d'accorder .
Baux,
1697.
Manière dore
il fe procure
des Efclaves
pour le com:
MICrCU,
Marchandites
que lus Fran-
çois lui préfen.
tune,
Autre querel-
leentrele Da-
mel Bruc,
hBaun,
1097,
Feinte récon-
ciliation,
Drue obtlent
des fccours du
Damel pour
voyager par
terre,
1x feription
de Ruliico,
Bois de Co-
inore, Cette
Ville,
472 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
novation, ils devoient s'attendre à voir ravager leur Pays avec plus de ri.
ge qu'il ne l'avoit été par du Calle, Comme le Damel n'ignoroit pas que
es effets pouvoient répondre aux menaces, il prit le parti de dévorer Pn
chagrin, en attendant l'occafion de le faire éclater, [De forte que le Général kr
& lui fe féparérent allez bons amis. ]
$. IL.
Voyage, par terre, de Rufifeo au Fort Saint Louis (a).
trouvant appellé au Sénégal par des raifons preffantes , & fe défiantde
ler dans une faifon peu favorable; prit la réfolution de faire le voyage
ar terre, Il crut devoir donner avis de fon deffein au Damel, qui évoit alors
Rufifco. Ce Prince lui promit routes fortes de fecours & de commodités
our fon entreprife, à condition qu'il voulût s'arrêter quelques jours avec
ui. Le Général y confentit; & dès le même jour, il fe rendit à Rufifco,
qui eft fitué fur la Côte, à crois lieuës de l'Ifle de Gorée,
Szs Mémoires ne contenant aucune defcription de cette Ville, il eft na.
turel ici d'y fuppléer par les Relations de 08 autres Ecrivains. Barbot
obferve que fon véritable nom, tel qu'elle l'a reçu des Portugais, eft Ai.
frefco, c'eft-à-dire, Rivière fraiche, d'une petite rivière qui traverfant des
bois fort épais, conferve en tout tems beaucoup de fraïcheur. Les Hollan.
dois lui ont donné le nom de Wishers Dorp, du grand nombre de Pêcheurs
qui l'habitent. Mais les François s'étant tenus au nom Portugais, fe font
contentés de le corrompre, en faifant de Rio-frefto, Rufifco ou Rufifque (4).
A l'Ouett-Sud-Oueft de la Ville, il y a un (c) Cap; & vis-à-vis du Cap,
à quelque diftance, un grand rocher, environné de Bafles fort dangereufes,
ai a reçu des Hollandoir le nom de Kampaen, à l'honneur de Claes Kam-
paen, célebre Avanturier de leur Nation, qui s'en approcha le premier, Ce-
endant le Canal entre ce rocher & le Continent, ne manque pas de pro-
ondeur, & les Vaifleaux ordinaires peuvent y palier fans péril. Barbot af
fûre que toutes fortes de Vaiffeaux peuvent mouiller dans la Rade de Rufif:
co (à) fur un excellent fond de fable, entre fix & fept brafles, [à deuxkf
milles du rivage. ]
La Ville de Rufifco eft entièrement couverte par un grand bois de Pal-
miers & d’autres arbres, au-delà duquel (4) on trouve des plaines à perte
de vûe. Le bois, la plaine, & les petites Dunes fabloneufes qui font entre la
Mer & la Ville, forment une perfpeétive fort agréabie pour les Bâtimens qui
s’approchent du rivage, fur-tout dans la baffe marée (f).
Q cave tems après cette conteflation, Brue qui étoit à Gorée, fe
la
LE
a) Labat, Tom. IV. pag. 151. (e) Villault dit que la Ville eft couverte À
T Jobfon l'appelle Travifco. l'Eit par un grand Bois, au-delà duquel s'é-
es C'eft ici apparemment le Cap Bernard, tant avancé l'efpace de quatre ou cinq cens
près duquel eft un Village, à deux lieuës de pas, il découvrit des Plaines immenfes. Voya-
Rufifco, Voyage d'Iffiny par Loyer en 1701, ge de Guinée, pag. 25.
pag. 54. (f) Barbot en donne la figure.
(d) Defcription de la Guinie, pag. 22.
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2 VOYAGES DES FRANCOIS EN
BrRurz. novation, ils devoient s'attendre à voir ravager leur Pays avec plus de ri.
1697. gueur qu'il ne l'avoit été par du Caffe. Comme le Déthe n'ignoroit pas que
ÉHnnt les effets pouvoient répondre aux menaces, il prit le parti de dévorer {on
‘ chagrin, en attendant l'occafion de le faire éclater. [De forte que le Généralk
& lui fe féparèrent affez bons amis. ]
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Voyage, par terre, de Rufifco au Fort Saint Louis (a).
Psp UELQUE tems après cette conteftation, Brue qui étoit à Gorée, fe
Damel pour trouvant appellé au Sénégal par des raifons preffantes , & fe défiantde
voyager par Ja Mer dans une faifon peu favorable; prit la réfolution de faire le voyage
serre, ar terre. Il crut devoir donner avis de fon deffein au Damel, qui étoit alors
a Rufifco. Ce Prince lui promit toutes fortes de fecours & de commodités
our fon entreprife, à condition qu'il voulût s'arrêter quelques jours avec
fi Le Général y confentit; & dès le même jour, il fe rendit à Rufifco,
qui-eft fitué fur la Côte, à trois lieuës de l'Ifle de Gorée,
Ses Mémoires ne contenant aucune defcription de cette Ville, il eft na-
PL da turel ici d'y fuppléer par les Relations de quelques autres Ecrivains. Barbot
eRulilco. Cbferve que fon véritable nom, tel qu'elle l'a reçu des Portugais, eft Ri-
frefco, c'eft-à-dire, Rivière fraîche, d'une petite rivière qui traverfant des
bois fort épais, conferve en tout tems beaucoup de fraîcheur. Les Hollan-
dois lui ont donné le nom de Wishers Dorp, du grand nombre de Pêcheurs
qui l'habitent. Mais les François s'étant tenus au nom Portugais, fe font
contentés de le corrompre, en faifant de Rio-frefco, Rufifco ou Rufifque (5).
A l’Oueft-Sud-Oueft de la Ville, il y a un (c) Cap; & vis-à-vis du Cap,
à quelque diftance, un grand rocher, environné de Baffés fort dangereufes,
- qui a reçu des Hollandois le nom de Xampaen, à l'honneur de Claes Kam-
paen, célebre Avanturier de leur Nation, qui s’en approcha le premier. Ce-
pendant le Canal entre ce rocher & le Continent, ne manque pas de pro-
fondeur, & les Vaifleaux ordinaires peuvent y pañler fans péril. Barbot af
fûre que toutes fortes de Vaifleaux peuvent mouiller dans la Rade de Rufif-
co (4) fur un excellent fond de fable, entre fix & fept brafles, [à deuxk?
milles du rivage. ]
La Ville de Rufifco eft entièrement couverte par un grand bois de Pal-
miers & d’autres arbres, au-delà duquel (e ) on trouve des plaines à perte
Bois de Co- de vûe. Le bois, la plaine, & les petites Dunes fabloneufes qui font entre la
Ville. Cette Mer & la Ville, forment une perfpeétive fort agréable pour les Bâtimens qui
| s’approchent du rivage, fur-tout dans la baffle marée (f).
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a) Labat, Tom. IV. pag. 151. (e) Villault dit que la Ville eft couverte i
ti) Jobfon l'appelle Travifco. l'Eft par un grand Bois, au-delà duquel s'é-
(cÿ C'ett ici apparemment le Cap Bernard, tant avancé l’efpace de quatre ou cinq cens
près duquel eft un Village, à deux lieuës de pas, il découvrit des Plaines immenfes. Voya-
Rufifco, Voyage d'Iffiny par Loyer en 1701. ge de Guinée, pag. 25.
pag. 54. (f) Barbot en donne la figure.
(4) Defcription de la Guinie, pag. 22.
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pag, 24.
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DIFFERENTES PARTIES pe.L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar. III. 273
Le Damel a plufeus Officiers (g) qui font leur réfidence à Rufifco , fous
un Chef de la même Nation, que les Portugais nomment Æ/cayde, Ce Gou-
verneur eft en même tems Juge de la Ville, avec un Lieutenant qui fe nom-
me Yerafo. Ces deux Commandans ont l’adminiftration de toutes les affaires,
& la commiflion de recevoir tous les Droits du Prince pour l'ancrage & les
marchandifes. Cependant on appelle de leur Tribunal à celui du Xondi,
c'ft-à-dire, du Viceroi & Capitaine Général de toutes les Troupes de
Kayor (h). R
(i) La chaleur eft infuportable à Rufifco pendant le jour, fur-tout à midi,
dans le cours même du mois de Décembre (4). Du côté de la Mer, le calme
et ordinairement fi profond qu'on n'y reffent pas le moindre fouffle ; & le bois
arrête aufli le mouvement de l'air du côté des terres. Auili les Hommes &
les Animaux n'y peuvent-ils refpher ; fur-cout au long de la Côte dans la baf:
fe marée, car A réverbération du fable y écorche le vifage & brûle jufqu'à
la femelle des fouliers. Ce qui rend encore cet endroit plus dangereux, c'eft
la puanteur d’une prodigieufe quantité de petits Poiflons fur: is que les Né-
gres y jettent & qui répandent une mortelle infeétion. On ,:: y metexprès,
pour les laifler tourner en pourriture, parce que les Négres ne les mangent
que dans cet état. Ils prétendent œe le fable leur donne une forte d'odeur ni-
treufe, qu'ils eftiment beaucoup (}).
La Baye, que les François ont nommée Baye de France, abonde en plufeurs
fortes de grands & de petits Poiflons. SERRE de Pécheurs en fourniffent
la Ville, & rendent le même fervice aux Villages voifins dans leurs Canots.
La Ville de Rufifco eft précifément (m) au fond de la Baye. Il s’y fait un
commerce confidérable de cuirs, mais petits, parce qu'on n’y tue guères que de
jeunes bêtes (n). Le Pays voifin eft rempli de beftiaux & de volailles de différentes
fortes, fur-tout de Pintades. Le vin de Palmier n'y eft pas en moindre abon-
dance, & les Négres le changent volontiers pour de l’eau-de-vie, qu'ils appel-
lent Sangara, & qu'ils aiment exceflivement. On a communément un Veau gras
& de bonne taille pour deux piéces de huit, en marchandifes ou en argent;
une Vache pour la moitié de ce prix, & quelquefois moins. Lestroupeaux ÿ
font fi nombreux, que l’Auteur en ayant vû quelquefois venir d'eux-mêmes :
fur le bord de la Mer, dans la baffle marée, & demeurer dans l’eau jufqu’au
ventre pour fe rafraîchir pendant des heures entières, s’eft efforcé inutilement
de les compter.
Cnaque Vaifleau François donne aux Officiers du Damel une certaine
quantité de marchandifes dont on eft convenu, pour le droit de prendre du
bois
de la Ligne. Ubi fup. pag. 25.
(g) Rufñfco eft le Port de Commerce âu
Royaume de Kayor, comme Portodali eft ce-
lui de Bol. Labat, Tom. IV. pag, 199.
(b) Le Roi de Kayor, en 1666, fe nom-
moit le Damel Biram. Villault, wbi fup.
Pag. 24.
(1) Barbot, wbi fup.
(k) Villault en parle plus favorablement au
mois de Novembre. Il dit que l'air y eft aufñfi
bon & auffi chaud qu’en aucun endroit de la
Côte, quoique Rufifco foit à quatorze degrés
IL. Part.
(1) Barbot, ubi [up.
(m) Villault, qui mouilla dans cette Baye,
dit que le fond en eft ferme & graveleux, &
qu'il n'a pas moins de fix braffes après la ma-
rée. 11 ajoûte que la Ville a un petit Port à
lOueft, où une Frégate peut être en füreté,
Ubi fup. pag. 20. & 25.
«F(n) Du tems de Reynold, il fe faifoit auf-
fi là un bon commerce de dents d'Eléphans.
Mr
Buur“s
1697,
Les OfMjers
du Damel y
réfident,
Chaleur ex-
ceflive du
Pays,
Comment les
Négres ai-
ment le poil:
fon.
Baye deFran-
ce,
Abondance
ce des trou-
peaux.
Nombre des
Maifons & des
Habitans,
Figure & ca-
raétère des
Habitans,
Réception
du Général
François à Ru-
#ifco,
. prendre autant de femmes qu'il
54 VOYAGES DES FRANCOIS E N
bois & de l'eau. Les Négres qu'ils M or ag ordinairement à leur fournir ces
rovifons, & qui les apportent fur leur dos jufqu'aux Chaloupes, fe croyent
ien payés de leur travail par quelques bouteilles de Sangara, c'eft-à-dire
d'eau-de-vie (0).
EN 1666, Rufñfco, fuivant le témoignage de Villault, avoit environ deux
cens maïfons, habitées par trois cens hommes, fans y comprendre les fem.
mes & les enfans. 11 compare les édifices à ceux des Villages de Normandie,
Mais Loyer , qui y étoit en 1710, affüre que cette Ville (p) valoit beaucoup
mieux que celle du Cap-Bernard, & qu’elle contient entre deux & trois cens
maifons, bâties de rofeaux & de feuilles de Palmiers. 11 ajoûte qu'étant la Ca-
itale du Royaume de Kayor, les édifices y font plus grands & plus commo.
es que dans tout autre lieu du même Pays. Les François y font leur réfiden.
ce lorfqu'ils viennent du Sénégal ou du Fort Saint-Louis (q).
ViccauLr trouva fort furprenant que fans fçavoir lire ni écrire, tous les
Habitans parlaffent fort bien la Langue Portal L'Alcayde fçavoit égale.
ment le François, l'Anglois & le Hollandois. Les Négres du Canton font d'af.
fez belle taille, & la pi art n'ont pas le nez écrafé, Ce font les meilleurs Ef.
claves de l'Afrique. Îls font nuds comme dans toutes les autres parties de la
Côte; & lorfqu'ils montent dans leurs Canots ils ne font pas difficulté de
fe défaire d'une petite piéce d'étoffe qui leur couvre le devant du corps. Les
femmes & les jeunes filles, dès l’âge de treize ou quatorze ans, font fi lafci-
ves, qu'elles invitent les mnt jufqu'au milieu des rues. Un Homme peut
croit capable d’en nourrir. La jaloufie tour-
mente fi peu les Négres de Rufifco, qu'ils proftituent leurs femmes pour une
bagatelle, & qu'ils les offrent quelquefois gratis, Elles ont les cheveux liés
für la tête, & couver’s de quelques petites planches de bois qu'elles y attachent,
comme un grand préfervatif contre l’ardeur du Soleil (r).
vo1que le Pays foit bien fourni de Bœufs, de Vaches, de Moutons, de
Chèvres, de Poules, de Pigeons, de Pintades, & d'un grand nombre d'Oi-
feaux, la principale nourriture des Habitans eft le poiffon. Les autres produc.
tions, pour le Commerce, font les peaux, les gommes, l’yvoire, les plames
d'Autruche, l’indigo, & les etoffes de coton rayées de blanc & de bleu; de
forte qu'il n’y auroit rien que d’avantageux à dire du Pays, s'il n’étoit pas fi
chaud ; & même des Habitans, fi les hommes n'étoient extrémement men-
teurs, & les femmes trop libertines.
Bruz fut reçu par l'Alkayde du Roi, & par une femme mulâtre, nommée
Signora Katti, qui avoit part auffi à l’adminiftration. 11 fut logé dans les mai-
fons du Roi, avec toute fa fuite, qui étoit compofée de quatorze o4 quinze
Négres & d'autant de Laptots. L’Alkayde & la Signora Katti luienvoyérent
quelques nattes pour meubles; mais il fut fort furpris, en s’éveillant pendant
la nuit, de les voir couchés tous deux dans fa chambre, & de trouver la Si-
gnora à fon côté, Il étoit tard, le lendemain, avant que les Chevaux & les
Chameaux qui étoient commandés pour lui & pour fon bagage fuffent prêts à
fe mettre en marche; de forte qu'il ne put arriver le même jour qu’à la maïfon
du Kondi, Général des Troupes du Royaume. Ce Seigneur Négre vint au de-
vant
(o) Barbot. ubi fup. pag. 22. € Juiv.
q) Ibid.
(p) Loyer, ubi [up. pag. 25. r) Villault, wbi fup. pag, 24. & 29.
_N
r fournir ces
» fe croyent
, C'eft-à-dire
nviron deux
ire les fem.
Normandie,
it beaucoup
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Cap, III. 27$
vant de lui à quelque diflance , avec vingt-ci
ou trente Chevaux, &lecon- nrux
duifie à fa maïfon , qu'il lui abandonna, pour lui faire paffer la nuit avec plus 169,
de commodité, 1] avoit fait préparer un grand fouper, qui confiftoit en un |
Bœuf entier, du Auskus, des Poules, des Canards, & quantité de lait frais,
La jour fuivant, Brue fit dix lieuës, dans un Pays fabloneux, qui ne pa-
roifloit pas néanmoins fans culture.
Lac d'eau fomache, formé par un petit ruiffeau dont l'eau ne laifloie pas (+)
d'être fort douce '&
fur le bord duquel il s'arréta pour faire rafraîchir fon cor-
tége. Ce Lac, fuivant le témoignage des Habitans, fe décharge dans la Mer
entre le Cap-Verd & le Cap-Manuel, Il eft rempli de Poiflon, qui eft pêché Lac des ge.
par une forte de Faucon avec autant d'adreffe que par les Négres, Bruce tua rèrcs.
un de ces animaux, dans le cems qu'il prenoit fon vol, avec un Poiffon entre PE Le des
fes ferres, de la forme d'une Sardine, & du poids de trois ou quatre livres. |
Le Lac s'appelle Sérères, du nom de quelques Tribus de Négres qui habitent
les lieux voifins.
Cus Sérères, qui fe trouvent principalement répandus autour du Cap-Verd,
font une Nation libre & indépendante, qui n'a jamais reconnu de Souverain. Nation des
Ils forment , dans les lieux de leur retraite, plufieurs petites Républiques, où ils Sérères.
n'ont pas d'autres loix que celles de la nature, Ils nourriffent un grand nombre
de Beftiaux. L'Auteur prétend que la plûpart n'ayant aucune idée d'un Etre fupré-
me (+), croyent que l'ame périt avec le corps. Ils font entièrement nuds. Ils n'ont
aucune correfpondance de Commerce avec les autres Négres, S'ils reçoivent Elle et di.
une injure, ils ne l'oublient jafhais. Leur haine fe cranfimet à leur poftérité , & tôt Ad en Ré:
ou tard elle produit une rigoureufe vengeance. Leurs voifins les traitent de Sau. P"°"1"
vages & de Barbares. C'eft outrager un Négre que de lui donner le nom de Sérère,
Cette Nation d'ailleurs eft fimple, honnête, douce, généreufe, & très-chari-
table pour les Etrangers. Elle ignore lufage des liqueurs fortes. Un fi bon ca-
raétère, fans aucunes lumières de Religion, les rendroit peut-être plus ca
pa: à Carnétère
bles de celles du Chriftianifme que les Négres Mahométans, auxquels il eftim. °° rues.
é
flible de les faire goûter , lors même LE ils font tranfportés en Amérique os
s enterrent leurs Morts hors de leurs Villages, dans des hutes rondes, au
bien couvertes que leurs propres habitations. Après y avoir placé le corpsdans Singularité
une efpèce de lit, ils bouchent l'entrée de la hute avec de la terre détrempée, de leurs Tom-
dont ils continuent de faire un enduit autour des rofeaux qui fervent de murs, Vaux.
a a l'epatites d'un pied. L'édifice fe termine en pointe, de forte que ces
ieux de fépulture, paroiflent comme un fecond Village, & que les tombes
des Morts font en beaucoup plus grand nombre que les Maifons des vivans.
Comme les Sérères n’ont point affez d'induftrie pour faire des infcriptions ou
d'autres marques fur ces Monumens, ils fe contentent de mettre au fommet,
un
left traité
dans Ca mar:
ar D | che par le
Au milieu du chemin il trouva un grand Koh
(s) 1 faut fuppofer que le terrain du Lac ferpit pas fufceptible de probité & de vertus.
même avoit quelques parties nitreufes qui œ#(v) Labat témoigne fouvent de la mauvai-
changeoïent la nature de cette eau. fe humeur contre l'obftination des Négres
Œ(t) C'eft-là vrai-femblableMentune erreur, Mahométans, qui ne veulent pas embraffer
qui doit fon origine aux préjugés, ouau dé- la Religion Catholique: 11 afFeéte de n’en pas
laut d'attention dans les Voyageurs. Si le comprendre la ruifon , il eft cependant aifé de
lait étoit vrai, il détruiroit un fentiment gé-
la trouver ; c’eft la forte averfion qu'ils ont
néralement reçu, c’eft qu’un Peuple d'Athées ne pour l'Idolatrie &la Superftition.
Mm 2
Bauer.
1697.
Leur induf:
trie à cultiver
la turre
Accueil qu'ils
font à Bruce.
ee
Cérémonies
d'un Marbut,
La chair des
Cléphans alfez
bonne à man-
ger,
76 VOYAGES DES FRANÇOISEN
clques fléches fur ceux des hommes, & un mortier , avec le pilon,
fur AE fnmes: le premier marque l'occupation des hommes , qui ef pre
qu'uniquement la Chafe ; & l'autre celle des Femmes , dont l'emploi continuel
eft de piler du ris ou du maïs, |
ILnya pas de Négres qui qe pe. ne avec autant d'art que les
x rquent en cela qu'ils ne font po ;
SL D un la Nation noire. ] Si leurs voifins les craitent de Sauva.
es, ils fonc bien mieux fondés à regarder les autres Négres comme des In.
enfés, qui aiment mieux vivre dans la mifère & fouffrir la faim, que de s'ac.
coutumer au travail pour affürer leur fubfiftance, Leur langage elt différent
de celui des Jalofs, & paroît même leur étre cout-à-fait propre. Ils ont pour
boiffon le vin de Latanier. Leur Canton produit un animal fort remarquable,
dont on verra la Defcription vers la fin de ce Livre, avec celle du Latanier,
Ils l'appellent Bomba; & les Portugais l'ont nommé Capivard, apparemment
parce qu'ils l'avoient vû pour la première fois aux environs du Cap-Verd,
Les Sérères reçurent le Général François avec beaucoup d'humanité, &
lui préfentèrent du Xuskus, du Poiffon, des Bananes, avec d'autres alimens
du Pays. Il partit fi tard de leur Village, que l'excès de la chaleur le forga de
s'arréter après avoir fait trois lieuës, N'en Lg on faire que fee dans le cours
de la journée, il arriva le foir dans un Village des À rom. mo toit la réfiden-
ce d'un dès plus grands Marbuts du Pays. Ce faint Négre avoit eq dere-
cevoir la vilite & des préfens du Général François ; mais il vit fes efpérances
trompées. L'Alkayde de Rufifco & la Signora { v) Katti, qui étoient du voya-
e, ne manquèrent pas de le vifiser, accompagnés de quelques dns
a feule curiofité y conduifit. Ils fe mirent à genoux devant lui, & lui baife.
rent les pieds; après quoi, il prit la main de la Signora, l'ouvrit & cracha
dedans. Enfuite la lui faifant tourner deux ou trois fois autour de la tête, il
lui frotta de fa falive, le front, les yeux, le nez, la bouche & les oreilles,
en prononçant pendant cette opération quelques prières en Arabe. 1] reçut
leurs préfens, & leur promit un heureux voyage. La Signora fut raillée de fa
fuperition , à fon retour , & de s'être laiffée oindre de la falive du vieux Mar-
but. L'Alkayde du Village, avec plus de Ne pour les Etrangers, vint
audevant du Général, & lai offrit un Bœuf, du Kuskus, quelques pu de
volaille, du lait, du vin de Palmier, & un morceau de chair d Elép ant (x),
en s’excufant de n’en avoir pas apporté nest fur ce que n'étant tué que
depuis deux jours, il n'étoit pas encore en état d’être mangé; car les Négres
ne trouvent la chair bonne que lorfque les vers commencent à s'y mettre. Brue
répondit à cette civilité par divers préfens, far-tout d'eau-de-vie. Quelques
François ayant dit à l'Alkayde qu'ils n'aimoient pas la chair fi vieille, il envoya
aufMi-tôt fix de fes gens, chargés d'un quartier d'Eléphant, qui fut cuit à l'eau,
& fervi avec différentes fauces. 11 eft certain que la chair de cet animal fait
un affez bon aliment , lorfqu'elle eft bien préparée. Maiselle n'eft pas fi bonne
rôtie. La trompe pañle pour l'endroit le plus délicat. Ce feftin fut fuivi d'une
danfe, que les Négres nomment Folgar, & qui dura une partie de la nuit
pour l’amufement du Général. Lorfqu'il croyoit pouvoir prendre un ee
,
Çv) Barbot l'appelle Catalina. (x) Angl, & une trompe d'Eléphant, Rd.E.
reffeux , ce qui eft le vi. 4,
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44
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ant, KR d. E.
DIFFERENTES PARTIES pe L'APFRIQUE, Liv. VI. Car, III, 597
repos, fon fommeil fut encore troublé par les Enfans du Village, qui s'affèm.
blèrent autour de la cabane du Marbut, pour répéter des verfets de l'Alcoran
qu'ils avoient appris par cœur, Cer éxercice fe fait à fi haute voix, que le bruit
eit capable de rendre le maître fourd.
On partie du Village affez tard, le jour fuivant, Comme la marche évoit
fort lente, Brue fe donnoit le plaifir de la Chaffe en chemin, Au milieu des Bois,
il découvrit les traces de quelques Eléphans, & bientôt il en apperçut 18 ou
20, les uns couchés comme un troupeau de Vaches, d'autres occupés à baif.
fer des branches d'arbres, dont ils mangeoient les feuilles & les petits rameaux,
La Caravane n'en étoit pas à la portée du piftolet, Cependant comme il ne pa-
roiffoit pas qu'ils y fiffent d'attention, les Gens du Général leur cirérent quel-
À re coups de fufil, auxquels ils ne parurent pas plus fenfibles qu'à la piquure
es mouches, apparemment parce que les bales ne les couchèrent qu'aux cô-
tes ou par derrière, Le même foir ,on arriva fur les cerres de la Signora Kati,
où quelques Efclaves faifoient le commerce pour elle, Le Général y fut bien
traité avec toute fa fuite, On lui apprit qu'un quart de lieuë plus loin, il trou-
veroit le Village de Makaya, une des rélidences du Damel, qui s'y étoit ren-
du À pd y recevoir les François.
Ls y arrivèrent, le jour fuivant, à huit heures du matin. Devant la porte
du Palais, ils trouvèrent une garde de quarante ou cinquante Négres, avec
un grand nombre du Guiriots, ou de Muficiens, qui fe mirent à chanter les
louanges du Général, aufli-tôt qu'ils le virent à portée de lesentendre, Le Ta-
garaf & le grand Bukenet ( 2 fe préfentèrent pour le recevoir, & l'introduire
à l'audience du Roi. Il ne fut pas aifé à Brue, qui étoit d'une taille puiffan-
. te, de pañlèr ge la première porte de ce Verfailles du Royaume de Kayor, Le
i
guichet étoit fi bas, qu'il fut obligé de fe courber beaucoup. L'enclos conte-
noit quantité de Bâtimens, entre lefquels il y avoit un Kalde ou une fale d'au-
dience, ouverte de tous côtés. Le Damel y étoit aflis fur une petite couche
dont la Compagnie lui avoit fait préfent. 11 fe leva lorfque Brue fut entré;
& lui préfentant la main, il l'embraffa, avec beaucoup de remercimens de
s'être détourné fi loin de la route pour le voir. Le Général lui fit fon Compli-
ment & lui offrit les préfens de la Compagnie avec deux barrils d'eau- de-vie.
L'ordre fut donné pour le traiter aux dépens de la Cour, & pour renvoyer à
Rufifco les Chevaux & les Chameaux qu'il y avoit loués. 11 fut conduit en!ui-
te à l'audience des femmes du Roi. Ce Prince en avoit quatre de légitimes,
fuivant la loi de Mahomet; mais fes concubines ‘‘"ient au nombre de douze,
malgré les remontrances des Marbuts. Un jour qu'ils lui reprochoient cette
intempérance, il leur répondit que la loi évoit faite pour eux & pour le Peu-
ple; mais que les Rois étoient au-deffus.
Les femmes du Damel ayant pris foin de fournir des provifions au Général,
il fe: crut obligé de leur faire quelques préfens. C'étoit le Roi qui fe chargeoit
lui-même de ces détails, lorfqu’il avoit la raifon libre: mais fa paflion pour
l'eau-de-vie ne lui permettant pas d'être un moment fans en boire, il écoit yvre
aufi long-tems qu'il avoit de cette liqueur. Na jours fe paflérent avant que
le Général pâût Île trouver en état de l'entendre, & fes deux barrils étoient déja
prefqu'épuifés. On parla de Commerce dans cette audience; & les François
achetérent
My) Labat écrit Jagaraf & Bouquenet. [On titres. Les Anglois difent:] ,, Peut-être Bu-
ne nous apprend pas la fignification de tous “ … kenct fignilie-t'il grand Tréforier.
m 3
Brue roncon
tro un trek
poau d'El
phans,
Makava,
malfon du Da
mel,
Brue y eft
bien reçu
Intempéran-
ce du Damel,
Son yvrogne-
rie,
BruEz,
1697.
1! force le
Général de
danfcr,
Bruc part fans
en avertir,
Continuation
de fa route,
12
278 VOYAGES DES FRANCOIS EN
uelques Efclaves & quelques dents d'Eléphans. Mais comme il
Eparagr istite Flacons d'eau-de-vie dans le marché, le Damel en re.
mit la conclufon au jour fuivant. 11 fic venir fes femmes pour danfer devant
Brue; & lorfqu'elles eurent fini , il le força lui-mêmede danfer er lui. En-
fin il continua de le traiter avec les lus grandes marques de diftinétion ; mais
il remit de jour en jour l'affaire du Commerce. Les Chameaux & les Chevaux
furent aufli différés.
L'iMPATIENCE faifit Brue. Un jour au foir, après avoir fouhaité une
heureufe nuit au Roi, [qui crut qu'il ne pourroit pas partir fans che.j#
vaux,] il prit la réfolution de partir à pied, & de faire pan fon bagage
par fes Efclaves. En effet il fe mit en marche à la pointe du vs fais à
peine étoit-il forti de Makaya , qu'il vit venir après lui le Vagaraf, qui le
reffa de retourner. Cependant il réfifta fi conftamment, que cet Officier fe
réduific à lui demander le tems de donner avis au Roi de fon départ. Ce Prin-
ce réveillé, par une démarche fi brufque, l'envoya prier LA nu
quelques momens, avec promefle de lui envoyer des Chevaux à es Cha-
meaux. Brue commençoit à trouver la route fi mauvaife, qu'il prit le parti
d'attendre. Bientôt il vit arriver les Gens du Roi au grand galop, avec tou-
tes les commodités que ce Prince lui avoit fait efpérer pour NOTE Les
bagages furent chargés & Sp de la conduite du Yagaraf, qui accom-
faravane une partie du à nn
y ele foir an un Village, où les gens du Roi prirent un Bœuf au
milieu du rer. troupeau qui fe préfenta. Ils enlevérent de même une Vache &
un Veau. La chair en étoit excellente. Mais les maîtres de ces Animaux fi.
rent leurs plaintes au Général, qui leur donna, pour les confoler, un ou deux :
{is ’eau-de-vie, Le jour fuivant, après s'être mis en marche de grand
io : à Parrêta vers midi pour faire repofer l'Equipage. Le hazard fit ns
ver un grand troupeau de Vaches, dont le lait fut d'autant plus à ex
qu'on n'avoit apporté de Makaya que de l'eau fort mauvaife, On arriva de
bonne heure dans le Village d’un Parent du Roi, qui étant averti de l'ap-
proche du Général, vint au devant de lui avec un cortége de vingt Cavaliers
fort bien montés. Il montoit lui-même un Barbe de haute taille, qui luiavoit
couté vingt Efclaves. L'accueil qu'il fit aux François répondit à cette galan-
terie. La journée fuivante fut fort longue » Mais au travers d'un beau Pays,
dont la plus grande partie étoit cultivée. On y voit des plaines entières ar
vertes de tabac. Le feul ne Fc Ph ce a. eft pour fu-
$ ils ne fçavent ni le mâcher, ni le prendre en poudre.
M foie à Biurt (+), où le Chef de la Viile vint recevoir le A
néral, & le logea dans fa maïfon. Quoique la fatigue du voyage lui rendit e
repos fort néceflaire, il ne put fe refufer aux empreffemens de fon Hôte, qui
fit tuer un Bœuf pour le traiter. Le lendemain, on fe rendit à l’Ifle de Jean
Barre, d’où le Général renvoya les Gens & les Chevaux du Roi. Il .
dans ce lieu une Barque & quelques Canots, qui le tranfportèrent au
Louis, après un voyage de douze jours, en y comprenant le féjour qui
voit fait à Makaya. de
(3) Labat varicentre Bicvert & Bieurt. Barbot met canftamment Biurt,
journe
core f
beauc:
me te
perdu
pour |
le voi
truve
ru
ge (a
kabé fe
Marbut
que ce.
doutoit
qu'il n’e
ne fe fe
il s’étoit
ou tué :
deux Ro
& faifar
commen
de terre
& fi les
gres. BR
avoit do
mettre e
de cent
cens Vai
brable del
impôts e
ce qui p:
qu'un fi g
faire lorf
qu’elle fe
pour être
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dition {up
paux Ofh
roit pû fe
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jugée co
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faveur, &
plus jeune
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devant
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ittendre
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Bœuf au
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maux fi-
Lou deux :
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fit trou-
agréable
arriva de
de l'ap-
avaliers
lui avoit
te galan-
au Pays,
ères cou-
pour fu-
oir le Gé-
i rendit le
ôte, qui
e de Fean
Il trouva
au Fort-
x qu'il a-
DE
En
‘
DE la Barre du Senégal à Gorée on ne compte que trente lieuës, mais par
Rufifco & Biurt il n’y en a pas moins de quarante. D'ailleurs Brue fit des
journées très-courtes, & le détour qu'il fit par Makaya rendit fa route en-
core plus longue. Cependant , il apprit par l'événement que c'étoit l'avoir
beaucoup abrégée ; car les Vaiffeaux qui étoient partis de Gorée dans le mê-
me tems que lui, arrivèrent au Sénégal quinze jours aprés. Il n'avoit pas
perdu fes peines dans une marche fi fatiguante. Outre un allez bon ‘Traité
pour le Commerce des Efclaves, w'il n'auroit jamais obtenu du Damel fans
le voir perfonnellement, il avoit fait plufieurs Obfervations qui méritent de
trauver place ici.
(a) en les Négres du Pays, Payens & Mahométans, ayent l'ufa-
ge de la Poligamie, il ne leur eft pas permis d’époufer deux fœurs, Latirfal Sau-
kabé fe croyant difpenfé de cette loi avoit deux fœurs entre fes femmes. Les
Marbuts & les Mahométans zelés en murmuroient, mais fecrétement, parce
que ce Prince n’étoit pas traitable fur ce qui pouvoit bleffer fes plaifirs. 11 ne
doutoit pas de l’éxiftence d’un Paradis; mais il déclara naturellement à Brue
qu'il n'elbéroic pas dy étre reçu, parce qu’il avoit été fort méchant, & qu'il
ne fe fentoit, difoit-il, aucune difpolition à devenir meilleur. Effeétivement,
il s'étoit rendu coupable de mille aétions cruelles. Il avoit dépouillé, banni,
ou tué ceux qui avoient eu le malheur de lui déplaire. Comme il poflédoit
deux Royaumes, il fe croyoit plus grand que tousles Monarques de l'Europe;
& faifant quantité de queftions à Brue fur le Roi de France, il demandoit
comment il étoit vêtu, combien il avoit de femmes, quelles étoient fes forces
de terre & de Mer, le nombre de fes Gardes, de fes Palais, de fes revenus,
& fi les Seigneurs de fa Cour étoient auñli bien vêtus que les Seigneurs Né-
gres. Brue avoit beaucoup de peine à lui perfuader que le Roi fon maître
avoit douze mille Soldats pour la garde ordinaire de fa maifon, qu’il pouvoit
mettre en campagne une Armée de trois cens mille Hommes d'Infanterie &
de cent mille Chevaux, entretenir en même tems cent mille Matelots, deux
cens Vaifleaux de guerre & quarante Galères, fans parler d’une quantité innom-
brable de petits Bâtimens; & que fon revenu annuel, indépendamment des
impôts extraordinaires, montoit à plus de deux cens millions de livres. Mais.
ce qui paroifloit le plus incroyable au Damel, c’étoit de s'entendre affürer
qu'un fi grand Roi n’avoit qu'une femme. Il demandoit comment il pouvoit
faire lorfqu’elle étoit enceinte ou malade. Le Général répondit qu'il attendoit
qu’elle fe portât mieux. Bon, lui dit le Monarque Négre, il a trop d'efprit
pour être capable de tant de patience.
Un jour, il fit préfent au Général, d’une femme, qui paroifloit d’une con-
ditionfupérieure à l’Efclavage. En effet elle avoit été l’époufe d’une des princi-
paux Officiers de la Cour. Son mari, la foupçonnant de quelque infidélité, au-
roit pû fe faire juftice de fes propres mains; mais conune elle étoit d'une fa-
DIFTERENTES PARTIES pg L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnur, IL 279
Brvue.
1697.
Meture «u
voyage du
Bruc,
Obfervationg
qu'il fit dans
cette route,
Opinion que
le Damei à.
voit de fa pro-
pre grandeur,
Ce qui rend:
fages les fem-
mille diftinguée, il avoit pris le parti de porter fes plaintes au Roi, qui l’ayant mes des
jugée coupable, l’avoit condamnée à l’Efclavage, & l’avoit donnée à Brue. ne j
Les parens de cette malheureufe femme vinrent folliciter les François en fa
faveur, & fuppliérent le Géneral d'accepter en échange une Efclave beaucoup:
plus jeune, dont il auroit par conféquent plus de protit à tirer. Il y confentit;
Ça) Labat Tom. IV, pag. 187. E9 Juiv.
Bruuz,
1697.
Curiofité du
Damel pour
voir un giand
Vaillçau.
Revüe defes
‘Troupes.
Exercice que
le Kondi fait
faire aux
TLronpes.
280
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
& l'autre fut conduite aufli-tôt par fa famille hors des Etats du Damel. Cette
rigueur dans la punition, rend les femmes des Grands aflez chaftes,. ou du
moins leur caufe beaucoup d'embarras à cacher leurs intrigues.
Comme le
droit de les vendre appartient au Roi après leur conviétion, elles font fûres
de ne jamais trouve en lui qu'un Juge inéxorable , qui accorde toûjours une
prompte juftice aux Maris dont ilreçoit les plaintes.
Le Port de Rufifco ne recevant guëres que des Barques & des Chalou.
es, le Damel, qui fouhaitoit beaucoup de voir un Vaifleau, pria le Géné-
ral d’en faire venir un près de cette Ville.
Brue lui répondit qu'il étoit fà.
ché de ne le pouvoir, parce qu'il n'y avoit point affez d'eau pour un Bâti.
ment tel qu’il le defiroit; mais qu'il en feroit venir un de dix piéces de ca-
non, qui ferviroit à lui donner quelqu'idée de ceux qui .en portent jufqu'à
cent piéces. Il fit amener effeétivement une Corvette, appareillée dans
toute fa pompe, avec les Pavillons déployés. ‘Le Damel & tous fes Courti-
fans fe rendirent fur le rivage pour jouïr de ce fpeétacle.
On fit faire quan-
tité de mouvemens à ce petit Vaifleau, & les François s’étoient attendus
que le Roi monteroit à bord. Mais foit qu'il craignît la Mer, ou qu'ayant
à fe reprocher fes extorfions & fes violences il appréhendât qu'ils ne le re-
tinflent Prifonnier, il n'ôfa fe procurer cette fatisfaétion. Lorfqu'il eut raffa.
fié fa curiofité , il demanda au Général de combien les grands Vaiffeaux furpaf.
foient celui qu’il avoit vû. Sans répondre direétement à cette queftion, Brue
lui confeilla d'envoyer un de fes Officiers, pour être plus für de ce qu'il vou-
Joit fçavoir, par le témoignage de fes propres gens. L'ordre fut donné à quel-
ques Négres d'aller prendre les mefüres.
Ils revinrent, les bras remplis des
cordes qu'ils avoient employées, & qu’ils étendirent devant le Damel. Quel
Canot! s'écria-t'il, & que la fcience de Blancs eft prodigieufe.
Pour donner de l’amufement au Général, ce Prince fit un jour en fa pré-
fence la revûe d’une partie de fes Troupes, fous la conduite du Kondi fon
Lieutenant-Général. Ce Corps d'armée montoit à cinq cens Hoinmes, armés
de fabres, d’arcs & de fléches, & couverts de cottes de maille, qui confif-
toient en deux morceaux d’étoffe de la forme d'une Dalmatique. Le fond étoit
de coton blanc, rouge ou d’autres couleurs, parfemé de caraétères Arabes
que les Marbuts croyent également propres à jetter l’effroi parmi leurs Enne-
mis & à garantir ceux qui les portent detoutes fortes debleflures; à la réfer-
ve néanmoins de celles des armes à feu, parce que l'invention, leur a-t'on
dit, eft poftérieure au tems de Mahomet. Sous ces cotes de maille les Négres
ont une multitude d'Amulets, qu’ils appellent Grifgris; & celui qui en eft le
plus chargé doit être le plus brave, parce qu’il a moins de périls à redouter.
LE Kondi s'étant mis à la tête de fa Troupe, la difpofa fur quatre rangs,
& fit avertir le Roi qu’il étoit prêt à le recevoir. Ce Prince étoit dans le ma-
gafin que la Compagnie avoit fait bâtir à Rufifco. Quoiqu'ilne fût ‘pas fort é-
loigné de cette petite Armée, il monta à cheval, & prenant fa lance il fitles
mêmes mouvemens que s’il eût été prêt à combattre. Brue fut obligé de pren-
dre un Cheval auf pour l'accompagner. Ils s’'avancèrent jufqu’au milieu dela
ligne. Le Kondi, à la vûe de fon Maître, ôta fonturban, [ dépouilla fa che-K#
mife, qu'il laiffa pendre fur fon bras gauche,] &fe jettant à genoux, fe cou-
vrit trois fois la tête de pouffière. Maisle Roi, qui n’étoit plus qu’à fix pas,
lui ft porter fes ordres par un de fes Guiriots militaires. Le Kondi, après les
avor
&
- pens font
inutiles? R.
We) Lab
Pas s'empêcl
fpavoir ri
& les f
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LEs
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D'ailleur
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gres, par
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(d) Angl
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illa fa che-f#
y fe cou-
’à fix pas,
, après les
avor
d
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE Lav. VI. Cuar. III. 281
tavoir reçus dans la même fituation, fe couvrit la tête, [remit fa chemife, ]
& les fit éxécuter. Enfüite ilreprit fa première pofture, en attendant de nou-
tveaux ordres , qu'il reçut encore, & qui ne produifirent que Le cris &
uelques ] mouvemens fort irréguliers; de forte qu'il feroit diffci
e de rallier
es Troupes fi mal difciplinées fi leurs rangs évoient une fois rompus. Cet
éxercice dura trois ou quatre heures; après quoi le Roi reprit le chemin dela
Ville, au bruit des tambours, & précédé par fes Guiriots, qui chantoient fes
louanges, comme s'il eût remporté une viétoire fignaléc.
Les Serpens font fort communs dans tout le Pays, depuis Rufifco jufqu'a
poudre à tirer, qui
Biyurt. Ils font extrémement gros, & leur morfure eit fort dangereufe. Les
Grifgris paflent dans l’efprit des Négres pour un charme tout-puiffant contre
ces terribles animaux, La vérité eft que les plus redoutables peuvent être cha(-
fés facilement, mais que cette race d'Iommes imbécilles aime mieux attri-
buer leur fûreté aux impoftures de leurs Marbuts, qu’à leurs propres foins (c).
D'ailleurs Labat remarque qu'il y a une efpèce de fimpathie entre les Serpens
& les Négres. On voit ces affreux monitres fe gliffer librement dans les caba-
nes, où ils dévorent les rats, & quelquefois la volaille. S'il arrive qu’un Né-
gre foit mordu, il applique aufi-tôt le feu à la partie bleflée, ou la couvre de
brûle deflus. Il s’y fait une cicatrice (d) qui fixe le ve-
nin, lorfque le reméde eft affez promptement employé; mais s'il vieut trop
tard, les parties nobles font bientôt attaquées, & la mort eft infaillible.
Nation des Sérères n’eft pas fi familière avec les Serpens que les autres Né-
gres, parce que n'ayant pas de Marbuts ni de Grifgris (e), elle nefe fie qu'a
fes précautions pour s'en garantir. Elle leur déclare une guerre ouverte, avec
des trapes qu’elle tend avec beaucoup d’adrefle & qui en prennent un grand
nombre. Elle mange leur chair qu’elle trouve excellente.
La
PLusreurs de ces Serpens ont jufqu'à vingt-cinq pieds de long, fur un
(c) Angl. Mais les Négres n'ont pas affez
d'habileté pour cela, & d’ailleurs que gagne-
toient les Marbuts fileurs Gsifgris devenoient
utiles? R. d. E.
pour relever le prix
pied & demi de diametre. Mais les Négres prétendent que les
font moins à craindre que ceux qui n’ont que deux pouces d'épaifleur
tre ou cinq pieds de longueur. On a du moins plus de facilité à les éviter , par-
ce qu’ils peuvent être apperçus de plus loin, & qu'ils n’ont pas tant d'agilité
que les petits. Il y en a de verds, qu’on a peine à diftinguer dans l'herbe. D'au-
tres font tachetés, ou femblent briller du moins de différentes couleurs. On pré-
tend qu’il s’en trouve de rouges, dont les bleflures font incurables. Mais La-
bat s’imagine que la pue de ces récits font autant de fables des Marbuts ,
la néceflité de leur Grifgris ; car la couleur, dit-il, peut-
elle rien changer (f) à la qualité du poifon ? Cependant il confeite que fi l’ar-
téreeftbleffée, le poifon pafle fi vîte au cœur, que tous les remédes arrivent
Kurop tard ; au lieu que s’il ne pénétre que dans les chairs [ ou dans les veines, ]
il eft beaucoup plus facile de l'arrêter.
- pens font les Aigles, dont le nombre eft fort grand dans le Pays.
(d) Ang. une cfcarre. R: d. E.
&(e) Labat,
pas s'empêcher
LIT, Part.
d
uoiqu'Eccléfiaftique, ne peut
e décrier, ces artifices des
lus
qua-
Les plus grands ennemis de ces Ser-
trouve
Prêtres; n’auroit-il point ici en vûe les agnus
Dei, dont les gens de fa profeffion font fi fou-
vent ufage ?
(f) Labat, ubi fup. pag. 195. & fuiv. Ce
raifonnement eft mauvais. La couleur ne chan-
ge point la qualité, inais elle marque le chan-
gement. KR. d.T,
Nn
e
5
rands deur mont.
*, 8
Il ne s’en a
Différens
Villages des
Népres de
Kayor,
Veer,
Jhodos.
Lac d'Eutan.
Enduto.
Endir.
Sanyeng.
Mangor, fé-
jour duDamel.
232 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
trouve pas de fi gros dans aucune autre Région du monde. Mais il n'y à pas
de lieu non blus où leur repos foit moins troublé; car la pointe des fléches ne
fait pas plus d'impreffion fur eux que la morfüure des Serpens. Il faut que leurs
plumes Pjent extrémement fermes & ferrées. Ils portent un Serpent entre
leurs griffes, & le mettent en piéces pour fervir de nourriture aux Aiglons,
fans en recevoir le moindre mal. Les Aigles du Cap-Verd reflemblent fi fur:
a ceux de l'Europe, qu'on n'a pas crû devoir en parler.
$ III.
Route de Rufifco à Biyurt, € du Fort Louis & Kayor, fuivant Barbot (a).
FE: partant de Rufifco , on trouve à la diftance d'une lieuë, au Nord-Eft, le
Village de Beer, & deux lieuës plus loin celui de Ÿandos qui appartient
à un Vailal du Roi de Joala. Les Palmiers y font abondance. De Jandos, on
compte trois lieuës, au Nord, jufqu’au bord d’un Lac ( b) que les Habitar:
nomment Eutan, & les Portugais Ælagoas ; deux noms qui fignifient Lacs dans
les deux Langues. Il a quatre milles de longueur; & fa largeur eft d'une de.
mie lieuë. Dans la faifon des pluyes, il en fort plufieurs petites rivières. L'a.
bondance du Poiflon y eft prodigieufe, quoiqu’en Eté il foit prefque à fer.
Le fond eft couvert d'une forte de petites écailles (c), que les Habitans
nomment Simbos, & qui reffemblent beaucoup à celles qui fervent de mon-
noye dans le Royaume d'Angola. De ce Lac, la route tourne au Nord-Eft vers
End'to, Village où le Gouvernement demeure toûjours dans la plus ancienn:
famille. C’eft un lieu commode, & les Voyageurs s’y arrêtent ordinairement
pour y pañler la nuit. Après Enduto, la route tourne au Nord-Oucft, &
conduit dans un Village, où les Prêtres (d) des Cantons voifins font leur
réfidence ordinaire (e). On prend enfuite à l'Eft pour gagner un autr:
Village, nommé Ændir, d'où l'on fe rend à Sanyeng, lieu que plufieurs fa.
milles Portugaifes avoient choifi autrefois pour leur demeure. Il y refte en.
core deux de leurs maifons, qui font fort grandes, & dont chacune a devant
elle un arbre d’une groffeur extraordinaire, fur lequel les Portugais ont for:
mé de petits cabinets par le mélange des branches. On trouve dans le mè-
me lieu, un puits profond de dix braffes, qui fournit à tout le Canton de
l'eau fraîche, & d'un goût fi délicieux qu’on la croiroit mêlée de miel. Les
Négres affûrent que l’eau de certains torrens, près de ce Village, ceft per-
nicicufe aux hameaux & aux Dromadaires, quoiqu'elle foit bonne pour
tous les autres animaux.
DE Sanyeng, la route conduit à Mangor, réfidence du Damel pendant
une partie de l’année ; & de Mangor à Emboul, où ce Prince tient unepar-
tie de fes femmes.(f). Leur demeure eft un-fpacieux édifice, féparé de
Vile
(a) Defcription de la Guinée, pag: 26. (e) Il y a beaucoup d'apparence que cl
(b) C'eft vrai-femblablement le Lac des Sé- Je même Village, où demeuroit le Marbit
rères, dont on a parlé dans l'article précédent.
(c) Angl. Coquilles. R. d. FE. :_ (f) Cela s'accorde avec la Relation de Ci
(d) Les Négres les appclient Zycherins, & da Motio. Voyez ci-deffus,
les Mores les nomment Lysherines,
|
n'y à pas
fléches ne
: que leurs
Jent entre
Aiglons,
ent fi fort
bot (a).
ord-EFE, le
appartient
fandos, on
s Habitars
Lacs dans
d'une de.
ières, L'a-
que à fec.
s Ffabitans
t de mon:
rd-Eft vers
1s ancienne
linairement
Oucft, &
s font leur
y un autr°
lufeurs fa:
y refte en.
1e a devant
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dans le mè-
Canton de
e miel. Les
E cft per
bonne pour
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Vile
ence que C'efi
oit le Marbit
récédent.
Relation de Ca:
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\lLLGUzR:OT ou NxGRX JOUANT pu B4AzAro. 1ees de
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LE (4
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cuar, III. 283
Ville par une paliffade, ou une haye de rofeaux. Les avenues font plan: ru
tées de grands Palmiers, où les Négres font des courfes à cheval, C'et 1697
l'habitation des principales femmes du Roi, qui font diftinguées des autres |
par le nom de Sogona. Il eft défendu aux hommes d'en approcher à plus de 5 gr pi
cent pas. : : femmes,
A dix lieuës de Mangor, on arrive au Village d'Embar , réfidence du plus
roche héritier de la Couronne; d'où l'on gagne Biyurt, Ville (g}) fituée fur Embur.
e Sénégal, prefque vis-à-vis l’Ifle de Saint-Louïs. C'eft le féjour des Officiers
du Roi pour les droits & les taxes. Les Habitans de ce lieu font fi parefleux,
qu'ils ne s'occupent d'aucune forte d'ouvrage ou de travail. Ils abandonnent
ce foin à leurs femmes; & dans leur oifiveté, ils cherchent l'occafon de faire
Ja débauche avec les Matelots de l'Europe.
OurTre les lieux qu’on vient de nommer , on apperçoit des deux côtés de la Autres VI
route quantité de Hameaux ou d'autres Villages difperfés. Mais les Voya- Eros va
geurs ne doivent pas ignorer que pendant toute l'année la chaleur cf infüp- Kijor
portable dans ce Pays, à l'exception des mois de Novembre & de Décembre,
où elle reçoit quelque diminution ; & que fi l’on ne trouve quelques arbres,
fous lefquels on puiffe fe mettre à couvert pour s'y rafraîchir quelqués momens,
il ne faut pas penfer, du matin jufqu'au foir, à s'arrêter dans les cam-
pagnes. On fait porter fes provifions fur le dos des Anes, qui font des a-
nimau* fort pefans dans le Royaume de Kayor. Cependant les Agens
François, qui marchent à cheval, n'ont pas d'autre monture pour leurs do-
meftiques que des Anes fans felles, ce qui rend leur route fort lente & fort
difficile. La nuit, ils s'arrêtent dans quelque Village, où l’on ne trouve pas
plus de commodité pour les hommes que pour les bêtes. La plûpart des Habi-
tans vivent de racines, faute de bled & d’autres grains. Ils pourroient s’en
procurer par leur travail, s'ils n’étoient d’une pareffe égale à leur pauvreté.
Leurs maifons, ou leurs hutes, font de paille ; mais plus ou moins commo- Maifons ou
des, fuivant l’induftrie de ceux qui les habitent. La forme en eft ronde. Elles hutes des Né.
n'ont pour porte qu'un trou fort bas, comme la gueule d’un four; de forte 5 de ce
qu'ils ne peuvent y entrer qu’en rampant. .Comme elles n'ont pas d'autre ou-
verture pour recevoir la lumière, & que le feu qu’on y entretient continuel-
lement répand une épaiffe fumée, il n’y a au monde que des Négres qui puiffent
les habiter, fur-tout à caufe de la chaleur, qui vient également de la voute & d’un
fond de fable brûlé qui en fait le plancher. Leurs lits font compofés de pe-
tits pieux, placés à deux doigts l’un de l’autre, & joints enfemble par une
corde. Aux quatre coins, d’autres pieux un peu plus gros, fervent à foûtenir
tout l'édifice. Les Négres de quelque diftinétion mettent une natte fur ces ri-
ches chalits.
ON voit encore à Biyurt les ruines d'un Fort queles Portugais avoientpref- Ruines d'un
que achevé en 1483, fous le commandement d2 Pierre Vas d'Acunha Bifagu- Fort Portu-
do, que le Roi Jean II. avoit envoyé dans cette vûe avec une Flotte de vingt 557. 102
Caravelles, chargées d'hommes & de matériaux. Ce Prince s’étoit laiffé enga- bi
ger dans cetteentreprife par Bemoy , Souverain du Pays, & Succefleur (h) de Bur
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(4) Barbot écrit toûjours Byhurt, quoique
les autres varient fur ce nom. De l'ifle, dans
£ D f
M Carte, nomme cette Ville Curguel, & re-
marque que c'eft la réfidence du Petit-Arak,
Roi Négre qui porte ce titre.
db) il croit Le Fréie, mais non le Suc-
LT N n ceileur
.Y.Sehley seufr
Pourquoi les
routes de ter-
re furent ou-
vertes dans le
Pays de
Kayor.
Autres rou-
tes à Lam-
baya,
Leurs difficul-
Six Royau-
mes depuis le
Cap-Verd juf-
qu'à larivière
de Gambra.
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Biram Roi des Jalofs, ui ayant été chaffé par fés Sujets, s'étoie rendu à pied
au long de la Côte, jufqu'à l'ifle d'Arguim, il s'étoit embarqué avec un pe.
tit nombre de fes Sujets pour aller 1olicicer le fecours du Roide Portugal. Be.
moy retourna dans fon Pays avec cette Flotte, defcendit aurivage, & commen.
al'édifice du Fort; mais le Pays parut fi mal-fain aux Portugais, & la fituation
du lieu fi mauvaife à caufe du courant impétueux de la rivière, que d'Acunha
craignant d'en étre nommé Gouverneur, prit la cruelle réfolution de maña.
crer (i) ce malheureux Prince fur fon Vaifleau, & de retourner à Lisbonne
avec tous fes gens, fans avoir fini fon entreprife. Le Roi Jean fut extrémement
irrité de fa conduite & du meurtre de Bemoy; mais il laiffa le coupable fans
unition,
d LA route de Rufifco par terre, aux bords du Sénégal, fut ouverte par les
François, pour la commodité de leur commerce entre Gorée & l'IfleS. Louis,
parce que la voye de la Mer eft fort ennuyeufe & fort incertaine, Ce voyage
prenoit fouvent un mois entier, quoique la diftance au lung des Côtes ne foit
que d'environ quarante lieuës. Pendant la plus grande partie de l’année, les
vents & les Courans font contraires (k).
ON a formé une autre route de Rufifco à Lambaya, Capitale du Royaume
de Baol, vingt lieuës à l'Eft de Kamina ; & de-là à Sanghay, réfidence du Roi
de Baol, trois lieuës, Nord-Oueft, au-delà de Lambaya. Jamefil eft à cinq
lieuës de la même Ville, à l'Eft; & Borfalo, fituée fur une branche de la ri.
vière du même nom, eft trente lieuës plus loin.
UOIQUE la route de Rufifco à Biyurt foit au travers des Bois & des Fo-
rêts, elle eft bien moins mauvaife que celle du Comptoir de Saint-Louis juf:
qu'à la Ville de Kayor. Les François font ce voyage fur des Chameaux, des
Chevaux & des Anes, dans l’efpace de fix jours ; mais avec une infinité de dan-
gers. La plus grande partie du chemin n’eft qu'une vafte & épaifle loréc , rem-
plie de Voleurs & de Bêtes féroces, fans un feul endroit où l’on puifle pañker
commodément la nuit (7).
(i) Voyez cette hiftoire fort au long dans
l'Afrique de Marmol. Vol. II Liv. IX,
Chapitre XIX.
(k) Barbot, Defcription de la Guinée,
ceffeur de ce Prince; calui-ci n'avoit fait que
Jui confier l'adminiftration des affaires; & ce
fut la raifon qui engagea fes deux autres l'rè-
res, Sibita & Kamba, à le tuer, pour fe ven-
ger de la partialité qu’il avoit témoignée en
j Pag. 27.
faveur de Bemoy. (4) Ibid, pag. 26.
4. IV.
Révolution du Royaume de Kayor en 1695.
À Côte qui dépend du Comptoir de Gorée s'étend depuis le Cap-Verd
jufqu'à l'embouchure de la rivière de Gambra; & dans cet efpace on
compte fix Royaumes, qui ont la Mer à l'Occident. Le premier eft celui de
Kayor ou de XKayllor, à qui le Cap appartient, & dont le Souverain fe nomme
Damel. Son étendue eft d'environ trente lieuës au‘long de la Côte. Elle eft
terminée par un Village, que les François ont nommé le Grand Brigni LU
(a) Labat, nouvelle Relation de l'Afrique Occidentale, Vol, IV. pag. 130. & fuiv.
D
Le fe
tpde Tin,
qui en €
le Roi s'
puis Ja p
renferme
Jalem où
re où il €
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vière de
& de l'au
Gambra,
lage, au |
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Rois diffé
feul Maît:
Etats étoi
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raux, Le (
tre de Roi
duit à la P
parce qu'’el
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qu'il avoit
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ter, dans |
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le tua Jui-
ilfe feroit r
par fes bie
fa qu'à le p
la proteétio
fer leur Va
une éleétior
qui régnoit
ja conçu le
même la pr
Il leva une
: livra batt:
rince avya
fans oi”
(b) Angl.
(c) Lab
is mak-à-pro
du à pied
c un pe-
gal. Be-
‘ommen-
fituation
l'Acunha
de mafa-
Lisbonne
émement
able fans
te par les
S, Louis,
€ voyage
es ne foit
nnée, les
Royaume
ce du Roi
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Se des Fo-
Louis juf-
eaux, des
ité de dan-
orêt ,rem-
iffe pañker
au long dans
IL Liv. IX
la Guinée,
Cap-Verd
efpace on
ft celui de
fe nomme
Elle eft
bni (4).
gni ( ee
fuiv.
Le fecond Royawme elt celui de Baol ou de Baul, donc le Roi porte letitre
xpde Tin, 11 commence au [ perit ] Brigni, & fe cerinine à la Pointe de Serena,
qui en eft éloignée de quinze lieuës. Le croifième eft le Royaume de Sin, dont
le Roi s'appelle Bur, c'eft-à-dire Roi dans la Langue du Pays. Il s'étend de-
puis Ja pointe de Serena, jufqu'à la Rivière de Bru/alem ou Borfalo, mais il ne
renferme pas plus de douze (b) lieuës de Côtes, Le quatrième eft celui de Bru-
falem ou Borfalo, où plus communément Bar/alli, qui tire fon nom de la riviè-
re où il commence, & qui finit après quatre ou cinq lieuës de Côtes à la Ri-
yière de Betonda ou Battonte, Le cinquième eft Barra, qui commence à la Ri-
vière de Betonda, & qui fe termine d'un côté à celle de Gignac ou de Fanock,
& de l'autre à la pointe du Palmier, qui fait l'embouchure de la Rivière de
lage, au long de fa Côte, qui eft d'environ cinq lieuës. Cet avantage procure
à fon Roi quelqués préfens, & donne aux Sujets de ce Prince la commodité
de vendre leurs provifions,
Les Royaumes de Kayor & de Baul, qui avoient été gouvernés par des
Rois différens jufqu’à l'année 1695, tombèrent alors fous la puiffance d’un
feul Maître. Un Roi nommé le (c) Burba Ghiolof, Prince Puiflant, dont les
États étoient fitués au Sud-Eft du Lac de Pami lide, & à l'Eft de Kayor, fe
trouva fi chargé de la grandeur de fa domination qu'il prit le parti de la divi-
feren plufieurs Provinces, dont il abandonna le Gouvernement à fes Géné-
raux. Le Gouverneur de Kayor fut le plus prompt à fe révolter, & prit le ti-
tre de Roi. D’autres fuivirenc fon éxemple. Enfin Burba fe trouva bientôt ré-
duit à la plus petite partie de fes vaftes États, & méme à la plus méprifable,
parce qu’elle étoit la plus éloignée de toutes les occalions du Commerce. Mais
fon ambition s'étant réveillée, [ & cherchant à fare valoir fes prétentions,
qu'il avoit toûjours confervées fur les Royaumes de Kayor, de Siratic, & au-
tres qui faifoient autrefois partie de fes Etats,] il crouva le moyen de fufci-
ter, dans le Royaume de Kayor, des différends qui lui donnèrent l’occafion
d'y porter la guerre. Il y fit entrer fes Troupes, il défit l'Armée du Damel &
le tua lui-même dans une Bataille. Enfin, fi fa prudence eût égalé fon courage,
ilfe feroit remis en poffeflion de ce Royaume. Mais au lieu d'engager le Peuple
par fes bienfaits à le reconnoître volontairement pour leur Maître, il ne pen-
fa qu'a le punir de fa révolte. Cette rigueur obligea les Grands de recourir à
la proteétion du Tin, Roi de Baul, & de lui demander du fecours pour chaf-
fer leur Vainqueur, & pour fe remettre en état de choifir un Souverain, par
une éleétion libre, fuivant l'ancien ufage de leur Nation. Latir-Fal-Saukabé,
qui régnoit alors à Baul, écouta facilement leur prière; foit qu'il eût dé-
même la proye du Conquérant, s’il lui donnoit le tems d’affürer fes conquêtes.
Il leva une Armée nombreufe, qui fut augmentée par les Mécontensde Kayor.
Il livra battaille au Burba, il lui tua la fleur defes Troupes; & ce malheureux
se ayant péri lui-même dans la mélée, le Peuple de Kayor fe vit encore
ans Roi.
LE
(D) Angl. onze. R. d. E.
Ce) Labat nomme ce Prince Bourbaguiolof ;
Ms mal-à-propos, Bur en langage Mandingo
fignifie Roi, & Baou Bau figniñie grand, Gbi-
olof eft la même chofe que Fabf,
a 3
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, VI, Car, IL, 285
Brvur
169$.
Kayor,
Baol ou Baul,
Sin,
Borfalo, ou
“Rarfalli
Darra,
Gambra, Le Royaume de Barra n'a de recommandable que la bonté du mouil- ‘
Décadence
du Burba
Ghiolof.
Latir-Fal
ufurpe la Cou-
: : ñ AL : fl k © . ronne de
a conçu le deffein qu’il éxécuta dans la fuite, ou qu'il craignît de devenir lui- Kavor
q » ouq Kayor,
couvert de l'oppreflion des Grands.
fuivoit le moindre foupçon.
fier, orgucilleux, défiant & vindicatif.
cendant fur fon efprit étoit la Princeile Linghera, fa Mère, à laquelle il n'a
voit jamais Ôfé défobéïr, ni même parler avec la tête couverte, Mais comme
il ne pouvoit fouffrir un Cenfeur toûjours prét à l'obferver, il la tenoit éloi-
gnee
VOYAGES DES FRANÇOIS E N
Le Tin ne fe trouva pas plûtôt à la tête d'une Armée viétorieufe, qu'il fit
éclater les vües de fon ambition. Après avoir fervi fes Voifins en qualité de
Proteéteur, il leur déclara qu'il penfoit à devenir leur Maître,
our éloigner les idées d'ufurpation, il réfolut de fe faire élire dans une Affem-
lée de tous les Grands, Elle fut convoquée dans une petite plaine, où il gvoit
campé fes Troupes. Il repréfenta ce qu'il avoit fait jufqu'alors pour le réta.
bliffément de la liberté publique; que fon deffein étoit encore de leur procurer
un Roi capable de les gouverner avec équité & de les défendre contre leurs
Ennemis ; qu'ayant cherché quelqu'un qui füc digne de les commander, per.
fonne ne lui avoit paru plus propre que lui-même à remplir toutes leurs efpé.
rances; enfin, leur déclarant qu'il regardoit comme fes 1
qui n'approuveroient pas fes vûes; il conclut par ces terribles mots, Defuuls
Sabay , qui font entre les Négres une imprécation folemnelle, & un défi con.
tre toutes fortes d'oppolitions.
Curre expreflion
être efFuce q
Cependant,
nnemis tous ceux
Île dans le Pays pour un fi cruel outrage, qu'il ne peu
ue par le fang. Les Eleéteurs fe feroient portés fur le champ à a
violence, s'ils n'euffent été rerenus par la préfence de l'Armée, Ils fe virent
forcés non-feulement au filence, mais encore à reconnoître Latir - Fal pour
leur Roi, à l'exclufion des enfans du Burba, qui regardérent comme une grace
que l'Ufurpateur leur accordût la vie. Auñli-tôt qu'il fut proclamé, il fe mit
en pofleffion du Gouvernement, fans s'être fait laver dans une fontaine, fui.
vant l'ancien ufage de l'inauguration. Il récompenfa ceux qui l’avoient favori.
fé dans l'éleétion; & prenant le titre de Damel, il fe fit rendre par tous les
Grands l'hommage le plus humiliant, qui confifte à fe profterner à quelque dif.
tance, fans autre habit que des hautes-chaufles, & à fe mettre enfüite trois
fois à genoux en fe jettant de la pouflière fur latéte. Latir-Fal continua toi:
jours d'éxiger avec rigueur ces marques de foûmiffion, & ne permit qu'aux
Marbuts d'etre couverts en lui parlant. Il nomma deux de fes Généraux pour
gouverner les Royaumes de Kayor & de Baul, tandis qu’il pafleroit alternati-
vement une année dans l’un & dans l'autre.
le nom de Vambôrs, furent les deux perfonnes pour lefquelles il avoic le plus
de confiance.
Dans la fuite, il
té ne l'avoit pas ren
Ces Gouverneurs, qui portent
laça fes enfans dans ces deux poftes. Comme fa cruau-
u moins odieux que fon ufurpation, & qu'il avoit rai
fon de craindre que les Grands n'excitaflent le Peuple à la révolte, il prit
deux méthodes qui lui affürèrent pendant toute fa vie la poñleflion du Trône;
l'une , d'ôter la vie, fous divers prétextes, à ceux qu'il croyoit capables de
lui caufer de l'embarras ; l'autre , de gagner le Peuple , en le mettant à
La Nobleffe fe vit contrainte de cher-
cher un azile dans les Etats du Burba-Ghiolof, ou des Princes voifins, &
d'abandonner fes biens au Damel, qui mettoit encore entre les principes de
fa Politique le foin d'appauvrir fes Sujets, pour leur ôter le pouvoir de fe
Il fuffifoit d'être riche pour devenir l'objet de fa haine.
Il étoit rufé, avare, cruel jufqu’à l'inhumanité,
La feule perfonne qui eût quelqu'af:
La mort
Vnt pas, ma
DII
mec de
pour con
CerTi
ivoit cor
fa perfon
faifant p
lier flatta
il feroit
mérique ,
feil ne pa
Gorées r
piter dan:
& cet o
François
férends a
mal-à-pro
Comptoir
lui refufer
Enfin le (
ON ax
Royaume
qui avoit
toirs dans
fait par t
mel étoit
pas favora
d'envoyer
chandifes,
venir J'int
gé des pla
avoit ordo
fifco & de
arréteroit
Damel s'ét
appris dan
avoit mou
traitoit de
de Gorée 1
quer le Bi
LE mê
du Damel
fer de mal
ayant four
dont ils av
clus avec
(d) Suivai
|
», qu'ilft
qualité de
ependant,
ne Affem-
où il gvoit
r le réta-
r procurer
ntre leurs
ider, per.
leurs efpé-
tous ceux
ts, Defoulé
n défi con:
j'il ne peut
champ à la
ls fe virent
+ Fal pour
> une grace
il fe mit
ntaine, fui:
ent favori:
jar tous les
quelque dif:
nfuite trois
ntinua tol-
rmit qu'aux
éraux pour
it alternati-
qui portent
voit le plus
me fa cruau-
il avoit rai:
bite , il prit
n du Trône;
capables de
mettant à
te de cher-
voifns, à
principes de
buvoir de lé
e Lamor
inhumanité,
àt quelqu'af
quelle il n'a-
Mais comm
a tenoit éloi
gnes
DIFFERENTES PARTIFS pe L'AFRIQUE, Lav, VI, Quar, I, 26»
née de fa Cour, fous prétexte qu'il avoit befoin de fa prudence & de fes foins
vour contenir fes Sujets dans la foûmiflion,
Carre Princefle avoit obtenu de lui la vie d'un Seigneur Nègre, done il
woit conçu quelque défiance, Mais n'en étant pas moins réfolu de s'affürer de
fa perfonne, il l'envoya au Général François, qui étoit alors à Gorée , en le
faifant prier de fe charger de la garde de ce Prilonnier, La qualité de Geo.
lier Mattant peu Brue, il fit dire au Damel , que fi fes foupçons étoient juftes,
il feroit micux d'envoyer le Coupable en Eiclavage dans les Colonies d'A.
mérique, d'où il ne devoit pas craindre de le voir jamais revenir. Ce con-
il ne parut point affez {r au Damel. Il retira fon Sujet des prifons de
Gorée; mais dans l'abfence de fa Mère, il chargea fes Gardes de le préci-
piter dans les flots, avec la précaution de lui faire lier les pieds & les mains ;
& cet ordre cruel fut éxécuté, Un caraétère fi dangereux obligeoit les
François d'être continuellement für leurs gardes, & d'éviter les moindres dif-
férends avec le Roi Négre. Cependant la Compagnie, qui s'étoit prévenue
mal-à-propos en fa faveur, vouloic que Brue lui confiät les marchandifes du
Comptoir, Depuis deux ans & demi, il avoic fallu combattre fans celle, pour
lui refufer des fommes confidérables qu'il vouloit emprunter continuellement.
Enfin le Général ne put fe défendre de comber dans le piége.
On a déja fait remarquer que Rulifco eft le Port du commerce pour l»
Royaume de Kayor, comme Portodali pour le Royaume de Baul, Lacir-l'al,
qui avoit réuni les deux Couronnes , étoic intéreflé à faire établir des Comp-
toirs dans ces deux Ports. Quelque tems après le voyage que Hrue avoit
fait par terre, de Rufifco au Sénégal, les l'rançois reçurent avis que le Da.
mel étoit allé à Portodali. Cette démarche, dont les apparences n'étoient
pas favorables à leur Commerce, obligea le Général de retourner à Gorée &
d'envoyer une Frégate, nommée la Figilante, avec un Faéteur & des mar-
chandifes, pour s'aflürer tous les Litlaves que le Damel avoit alors, & pré-
venir l'interlope. Le l'aëteur revint (d) avec quelques Efclaves, mais char-
gé des plaintes du Damel qui renouvelloit fes anciennes demandes, & qui lui
avoit ordonné de déclarer de fa part au Général, que fi les magafins de Ru-
fco & de Portodali n’étoient pas conflamment remplis de marchandifes, il
arréteroit abfolument fon Commerce. Après cette marque de chagrin, le
Damel s'étoit rendu à Kaba, une de fes maifons de campagne; mais ayant
appris dans l'intervalle qu'un petit Bâtiment Anglois commandé par Pluman,
avoit mouillé à Portodali, il étoit retourné aufi-tôt dans cette Ville, où àl
traitoit de Commerce avec le Capitaine Anglois. Sur cet avis, Brue envoya
de Gorée un Flybot, nommé le Gaillard, avec ordre de faifir & de confif-
quer le Bâtiment Anglois.
Le même jour que le Flybot mit à la voile, Brue vit arriver un Officier
du Demel, avec un Député des Anglois, qui venoit le prier de ne pas cau-
fer de mal à leur Bâtiment. Il répondit à l'Officier Négre que la Compagnie
ayant fourni foigneufement au Roi & à fes Sujets toutes les marchandifes
dont ils avoient befoin, il étoit bien étrange qu'au mépris des Traités con-
clus avec fes Prédécefleurs & renouvellés par lui-même, ce Prince entre-
prit
(d) Suivant l'Orivinal, le Faéteur ne re-
Vnt pas, imais il écrivit au Général les
tes du Damel, KR, €. E.
' La j LY
lie
£
Hauv,
1690,
A'eendont
qu ta Murs
IVONE LUE Loft
uiprir,
Ménageme no
auxquels
Bruce étuit
oblige
Différen de +
l'oceafion des
Anglois:
buun
16y9.
Leu Anglois
(e retirent,
Reflentiment
du Damel
contre Bruc,
l'ermeté du
Général Fian-
sois,
Ile faifit d'un
Vaiffeau An-
lois À la vüc
u Damel,
288 VOYAGES DES FRANCOIS EN
)
prit de fé lier avec des Etrangers; que fi les Anglois continuoient de com.
mercer fur la Côte, fon devoir & l'obéiflance LL devoit aux ordres de fà
Compagnie l'obligeoient de fe faifir de leur Vaiffeau. Il tint le méme difcours
au Député Anglois, en l'affüranc néaninoins que fi fon Bâtiment manquoit de
rovilons, il pouvoit venir à Gorde, où rien ne feroit refufé à fes befoins,
| renvoya ces deux Ofliciers à Portodali fur une Caiche armée, dont le Ca.
pitaine fut chargé de répéter lemmème compliment au Capitaine Anglois, Cer.
te fermeté, [ accompagnée d'autant de politeffe, ] engagea Pluman à quit.+
ter la Côre pour faire voile à Gambra.
Mas le Damels'encrut uienfé, Ilrenvoya fon Alkayde au Général, pour le
reffer inftamment d'écrire au Capitaine Anglois qu'il pouvoit revenir à Porto.
dali, à condition qu'il ne fit rien de préjudiciable au commerce des l'rançois
Cet Officier avoit ordre d'ajoûter que le Damel fe croyoit maître dans fon
Pays, & ne foufiriroit jamais qu'on entreprit de lui faire la loi, ou de le bor.
ner dans fon commerce; que fi les François avoient eu la hardiefle de K
faifir du Bâtiment Anglois, il la leur auroit fait pe bien cher; qu'il en.
tendoit que fes Ports fuflent ouverts à toutes les Nations, fans quoi il com.
menceroit par en exclure les eg gg Brue répondit qu'il ne dépendoi
pas de lui d'accorder aux Anglois la liberté que le Damel paroiffoir def
rer, parce que ce feroit violer des Traités donc il étoit obligé de maintenir
l'éxécution; qu'au refte l'exclufon dont on le menaçoit ,ne pouvoir manquer
d'être beaucoup plus nuifible au Royaume de Kayor qu'à la Compagnie, qu
ouvoit procurer , par d'autres voyes, des vivres à fes Garnifons : au lieu que
e Damel ne pouvoit tirer des marchandifes que de la Compagnie, puifqu'el.
le avoit le pouvoir d'arrêter tous les Vaiffeaux qui voudroient faire le con
merce d’interlope dans l'étendue de fes limites. 11 ajoûta que le meilleur con-
feil qu'il pût donner au Damel étoit de vivre en bonne intelligence avec les
Miniftres de la Compagnie, conformément au Traité qui fubfiftoit entre eux.
Cette réponfe fut appuyée d'un barril d'eau-de-vie, c'eft-à-dire de l'argument
le plus propre à perfuader le Damel.
L parut s'appaifer, aufi long-tems du moins que l'eau-de-vie dura. Mais
comme il ne quittoit pas Portodali, le Général y envoya un Négre de con:
fiance , qui lui rapporta qu'un des Officiers de Pluman étoit demeuré dans ce
Port, où il faifoit efpèrer l'arrivée d'un autre Vaiffeau Anglois, aflez fort
pour éxercer le Commerce malgré les François. En effet ce Vaifleau arri:
va bientôt à Portodali, Il fe nommoit le Æ#illiam Jane, de deux cens cin:
uante tonneaux & de vingt: piéces de canon, commandé par le Capitaine
Rcdfort , Oficier de réputation. La joye du Damel fut extrême. Il fe hi-
ta de commencer le Commerce. Mais ce plaifir dura peu, Brue détac
un Vaifleau de la Compagnie, nommé le Waupeou, qui fe faifit du Vair
feau Anglois, fans tirer un coup de canon, & qui l'amena au Port de Go
rée le 15 de Mars 1699. On ne peut fe repréfenter quelle fut la rage du
Damel en voyant enlever ce Bâtiment à fes yeux. Elle éclata par toutes for:
tes d'injures & de menaces. Cependant le William-Jane fut confifqué & mc
né en France, comme de bonne prife. La plûüpart des Efclaves qu'il avot
à bord étoient des Pécheurs libres de la Côte, que le Damel avoit trompé
en les appelant à Portodali, fous prétexte d'employer leurs canots au tranf
port de fes Troupes pour afliéger Goréc. Quoique ce Prince n'eûtpüû les pe
re
& qu'il
dulgenc
Czr
pagné «
ue une
u Com
aux Fra
propre
dont il }
choqué
Anglois
mauvais
vouloit f
feroient
ge d'affe
deux Of
parce qu
fageoit
Ce) Lat
III,
14
*
t de com.
jres de (à
e difcours
nquoit de
» befoins,
mt le Cu.
lois, Cet:
an à quit-
ral, pour le
ir à Porto.
y l'rançon
e dans fon
de le bor:
ieffe de
; qu'il er
uoi il com
+ dépendoi
pifloir del:
e maintenir
jit manquer
pagnie, qui
: au licuque
e, puifqu el:
aire le con
gilleur con-
nee avec ls
it entre CUX.
e l'argument
» dura, Mais
égre de con
euré dans cé
is, aflez fort
Taiffeau arf
-ux cens CIN
le Capitaint
e, Jfehi
Brue détaciti
it du Var
Port de Go
ut la rage du
ar toutes for:
nfifqué & mt
es qu'il avoit
DIFFERENTES PARTIES pe 2'APRIQUE, Lwv. VI. Car, III. 289
dre aux Anglois fans une injuftice criante, ils furent envoyés aux Colonies
d'Amérique (« ).
Baux avoit toüjours entretenu des correfbondances fort étroites avec la
Princeffe Linghera, Mère du Damel, 11 avoit gagné fon amitié dans le pre-
mier voyage qu'il avoit faic à la Cour de ce Prince. Comme il la connoifloit
obligeante & généreufe , & qu'il n'ignoroit pas l'afcendant qu'elle avoic fur
fon fils, il s'écoit foûtenu dans fes bonnes gun par des préfens conformes
à fon goûce, & lui-même en avoit reçu plulieurs fois d'elle ,‘en tabac, en é-
fptoffes de coton [en pipes,] & en fruits, pr même elle lui avoit en-
voyé de jeunes Éfclaves des deux féxes, Un sn , €lle avoit fait conduire à
Gorée un jeune Négre de fes Parens, en Failant prier le Général de lui ap-
prendre la, Langue ‘rançoife, afin qu'elle pût avoir près d'elle une perfon-
ne fidèle, qui fût dans le fécret de leur correfpondance, Ce jeune-homme a-
voit tant de difpofitions pour toutes fortes d'éxercices,
(
u'en peu de Mois, il
à monter à cheval ,]
ver non-feulement à parler, mais à lire, à écrire,
à tirer fort adroitement. En le renvoyant à fa Maïîtrefle , Brue le fit ha-
avoit trompé
nots au tran
Latpû les vel
P dre
biller proprement à la manière des Négres; il lui donna une zagaye, un fu-
phil, un fabre, [un cofre avec des hardes,] & le chargea d'un préfent pour
la Reine Mère, qui confiftoit dans une caflette remplie de parfums, de gands
(9 & d'autres galanteries à l'ufage des femmes, Dans la fuite, lorfque cet-
te Princeffe apprenoit de fon Confident les différends qui s'élevoient entre le
Damel & le ê néral, elle marquoit une inquiétude prefqu'égale pour l'un &
pour l'autre, Les aimant tous deux, difoit-elle, comme fes Enfans, elle au-
roit fouhaité que Brue, qui étoit le plus âgé , eût marqué moins de chaleur,
& qu'il en pardonnât un peu à fon Fils, dont la jeunefle demandoit cette in-
dulgence, Ëlle le fit prier de ne pas s'allarmer trop vite fur l’article du Com-
merce ; parce qu'elle prenoit fur elle-même d'envoyer un Exprès au Roi fon
Fils, pour lui faire reconnoître fa faute, & de ne rien épargner pour ménager
leur réconciliation.
Czrre promefle fut éxécutée fidélement. L'Alkayde de Rufñfco, accom-
pagné d'un autre Officier, vint informer Brue que la Princeffe avoit convo-
ué une Affemblée de Seigneurs, pour repréfenter au Damel que la défenfe
u Commerce entraîneroit la ruine du Pays, parce qu'il feroit toûjours facile
aux François de s’oppoñer à l'arrivée des Etrangers; de forte que pour fon
propre avantage, il devoit préférer leur amitié à celle des autres Nations,
dont il pouvoit être beaucoup plus mal-traité. Ilavoit répondu que s’il étoit
choqué contre Brue, c'étoit uniquement parce qu'il avoit empêché que les
Anglois débarquaffent leurs marchandifes ; s 7 uoi il n'auroit pas trouvé
mauvais que les François fe fufent faifis du Vaifleau: & que fi le Général
Bauer
1699.
Ses lalfons
avec la Mère
de ce Princo
Jeune Négre
qu'elle le prie
‘inflruire,
Services qu'el.
le rend aux
François,
Voye qu'elle
vouloit faire avec lui cette convention pour l'avenir, tous leurs différends prend pour les
feroient bientôt terminés. Brue remercia la Princeffe Linghera du témoigna-
ge d'affeétion qu'elle donnoit à la Compagnie; mais il déclara librement aux
deux Officiers du Roi, qu’il ne pouvoit entrer dans les vûes de ce Prince,
parce que fes inftruétious y étoient abfolument oppofées. Ilajoûta qu'il s'en-
gageoit à fournir au Pays toutes les marchandifes , dont il auroit befoin , de
meilleure
Ce) Labat, pag. 199. & fuiv.
III, P
(f) Angl. de clouds de girofle. R, d, E,
art, Oo
réconcilier a-
vec le Damel.
PRUE,
1699.
Accommode-
ment & condi-
tion que leDa-
mel éxige,
Les Anglois
s'finuent à
Le our & dans
les Etats du
Damel,
A
90 VOYAGES DES FRANÇOISEN
meilleure qualité, en plus grand nombre & à meilleur marché que tous les
Bâtimens d'interlope. Son deffein étoit d'accompagner cette déclaration d'un
barril d'eau-de-vie pour le Damel ; mais l'Alkayde n'ôfant rien accepter fans
l'ordre de for Maître, promit de revenir dans quelques Je Il remit au
Général un préfent de tabac, qui lui étoit envoyé par {f/à-Fal, principale
femme du Damel , avec beaucoup de complimens de la part de cette Dame
& des autres femmes de la Cour.
Le même Oficier revint à Gorée, dix ou douze jours après. Il trouva le
Général à bord d’un Vaifleau d'interlope Hollandois, nommé le Piter, qui
avoit été pris par l'Eléoncre de Roye, Vaïfleau de la Compagnie , à quelque
diftance de l'Ifle de Biffao. Il lui apprit que le Damel étoit enfin difpofé à
vivre en bonne intelligence avec le Comptoir François, aux conditions qui
lui avoient été propofées, mais qu’il fouhaitoit que pour les confirmer , le Gé.
néral fit faire une débats de fon artillerie, qui pût être entendue de Xaba,
où la Cour étoit alors. Brue lui accorda volontiers cette fatisfaétion. Le ca.
non de Goréce & du Vaifleau fut éxercé avec beaucoup d'éclat, & ce bruit
devint comme le fignal d’un heureux renouvellement du Commerce. Les Fran-
çois envoyérent au Roi un barril d’eau-de-vie, pour boire à la profpérité de la
Compagnie. Ils firent préfent d’un fabre à chacun de fes Députés, & leur fi.
rent entendre que c’étoit la mauvaife humeur & l'inconftance du Roi qui les
avoient empêchés de former des Comptoirs à Rufifco & à Portodali, comme
ils l’avoient toûjours defiré.
Ains1 le Commerce & l'amitié furent rétablis, fans le fecours d'aucun nou-
veau Traité & fans proclamation. Un préfent, parmi les Négres eft une rati-
fication pour toutes fortes de promefles; mais fouvent c'eft un prétexte aufli
pour les violer, parce qu'ils font perfuadés que les Européens ne peuvent fe
pañler de leur commerce, & qu'une nouvelle paix eft toûjours accompagnée
d'un nouveau préfent. | :
Les Anglois de Gambra n'ayant pû voir l'augmentation du Commerce Fran-
çois fans jaloufie, s’efforcèrent d'abord de le troubler par l'interlope; mais
cette voye leur ayant mal réufli, & la plûpart de leurs Bâcimens ayant été
confifqués, ils eurent recours à d’autres artifices. Par quelques rrégociations
fecrétes, ils obtinrent enfin du Damel la permiffion d'établir des Comptoirs à
Portodali & à Brigni. Le Roi de Sin, dont le Pays touche à celui de Borfab,
ou Barfalli, leur accorda la même faveur dans fes Etats. Outre ces Etabliffe-
mens, ils envoyèrent à la Cour du Damel quelques perfonnes de leur Na-
tion pour y réfider, & pour füuivre ce Prince dans fes différentes courfes avec
les marchandifes dont il avoit befoin. En même tems ils établirent un nou-
veau Tarif, beaucoup plus favorable aux Négres que celui des François; ce
qui fervit beaucoup à réfroidir le Damel pour Brue & fa Nation. Cepen-
danc, foit de deffein formé, ou par le hazard des circonftances, il leur cau-
fa cette année beaucoup de fatigue & d’embarras en changeant fans cefle de
demeure, Il les obligea de faire jufqu’à foixante lieuës, pour le fuivre de Por-
todali à Ambul (g), dans le Royaume de Cayor. C’étoit pour euxune dépen-
fe confidérable. Il falloit louër neuf ou dix Chameaux pour tranfporter leurs
| marchandifes ,
dF(g) Ou Enbul, fur la route qui conduit au Foit-Louis.
retour
chan
me d
chang
gcoie
de no
tre M
chanc
de ch
tures
pas ai
moyel
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ILs
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r,le Gé-
le Kaba,
. Le ca-
ce bruit
es Fran-
rité de la
x leur fi-
i qui les
|, comme
icun nou-
une rati-
exte auf
uvent fe
mpagnée
rce Fran-
pe ; mais
ayant été
gociations
pmptoirs à
e Borfab,
Etablifle-
leur Na-
urfes avec
un nou-
ançois; Ce
. Cepen-
| Jeur cau-
s cefle de
re de Por-
ine dépen-
orter leurs
rchandifes ;
marchandifes, fans compter d’autres frais indifpenfables. Leurs marchandifes
p#confiftoient [en or en poudre & en or travaillé ,] en piaftres , en vaiffelle ,en co-
” tons fins, corail, drap d'Ecoffe (b), fufils, poudre à tirer, eau-de-vie, vins
& merceries.
Le Damel les avoit traités d’abord avec tant de civilité & de diftinétion,
qu'ils n'avoient pas donné de bornes à leurs efpérances. 11 ne leur promet-
toit pas moins que le commerce exclufif dans tous fes Etats. Mais pendant
qu'ils fe laifloient amufer par une fi belle perfpeétive, il prenoit leurs mar-
chandifes, & les Seigneurs Négres fuivoient fon éxemple. Lorfque le ter-
me du payement étoit arrivé, il naifloit une affaire qui forçoit le Roi de
changer de demeure. Les Marchands le fuivoient; mais ces voyages les obli-
gcoient à fe procurer de nouvelles audiences, qui demandoient toûjours
de nouveaux préfens. Le Damel continua fes voyages pendant trois ou qua-
tre Mois, fans qu’ils puffent obtenir d'être payés; jufqu'à ce que leurs mar-
chandifes étant épuifées, il commença bientôt à leur donner d’autres fujets
de chagrin, en leur faifant refufer par fes Officiers, des Chevaux, des Voi-
tures & des Provifions. Enfin leur dernière reflource fut de revenir fur leurs
pas avec beaucoup de difficultés, fans avoir été payés, & fans fçavoir par quels
moyens ils pourroient l'être. Pour comble de difgrace, le Damel étant re-
tourné à Kaba leur fit défendre d'approcher de fa Cour.
ILs reconnurent clairement qu'ils avoient été trompés. La prudence leur
fit abandonner leurs Comptoirs de Portodali (i) & de Brigni, aflez heureux
de pouvoir fauver ce qui reftoit dans leurs Magafins; car le Damel n'auroit
pas manqué de prétexte pour s'en faifir, s’il avoit pû pénétrer leur deffein.
Îls retournèrent à Jamesfort dans le tems que Brue y étoit à négocier un Trai-
té de Commerce entre les deux Nations. Mais la guerre qui s’éleva en 1701
en arrêta le fuccés.
LA facilité que le Damel avoit eue à tromper les Anglois , lui fit efpérer que
les François ne fe défendroient pas mieux contre fes artifices. Il renouvella
fes anciennes prétentions, & les différends furent pouflés jufqu’à lui faire in-
terrompre entièrement le Commerce. Brue, pour ne lui rien devoir, obfer-
va de fi près les Vaifleaux d'interlope, qu'il lui coupa toutes les voyes du tra-
fic étranger. Dans le même-tems, il s’en ouvrit un fort avantageux avec le
Bur-Sin & le Bur-Salum, c'eft-à-dire, avec les Rois de Sin & de Salum, par
les rivières de Palmerin & de Salum, qui conduifirent fes Barques jufqu’à Ka-
hone, Capitale de Bur-Salum, fituée fur la rivière de Gambra(&), où ilcom-
mença le commerce de l'Or, de l'Yvoire & des Efclaves avecles Mandingos,
qui en apportent tous les ans de Galam, de Bambuck, & des Régions inté-
tieures de l'Eft (7).
CEPENDANT les entreprifes du Damel furent interrompues par d’autres
DIFFÉRENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar, III. 297
Bruy»,
1697,
Ils ont crucl-
lement dupés
par ce Prince,
Le Damel en-
treprend de
tromper les
François.
Ses gucrres
foins. Les Mécontens qui avoient quitté fa Cour pour fe réfugier fous la pro- contre fesVoi-
teétion du Burbaghiolof, faifoient des courfes fréquentes dans fes Etats, &
” retournoient tofjours chargés d’Efclaves & de butin. Il prit enfin le parti d’af-
‘fembler fes Troupes, pour attaquer l’Ennemi à fon tour. Mais le Burbaghio-.
lof
(b) Angl, toiles d'Ecoffe. R. d. E.
(i) Angl. de Joal. R. d. E- .
(&) Kahone, ef tfituée fur une rivière de
Oo 2
même nom au Nord de celle de Gambra.
(4) Labat ubi fup. pag. 210. € fuiv.
fins,
BrRuEz.
1700.
Le fuccès aug-
mente fa fier-
té,
Gucrre entre
la France &
l'Angleterre.
29 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
lof & fes Généraux n'ayant ofé lui faire tête, il fut réduit à brûler quelques
Villages & à ravager le Pays. Entre fes Prifonniers, il fe trouva quelques
Négres Foulis, Sujets d’un Prince nommé le Siratick, qu'il renvoya libres après
leur avoit fait voir fon Armée & füur-tout fes Moufquetaires. A peine fut-il ren-
tié dans fes Etats, que Biram Vouba, Général du Burbaghiolof reprit la cam-
pagne, & recommença fes hoftilités avec d'autant plus de confiance, que les
Troupes du Damel ne pouvoient pas être fitôt rafflemblées. C’eft ainfi que les
Rois Négres fe font ordinairement la guerre. Il eft rare qu'ils en viennent à
des batailles décifives. La Campagne fe paîle en incurfions & en pillages. Ils
s'enlévent mutuellement un grand nombre de leurs Sujets, qu'ils vendent
pour l'Efclavage aux Marchands qui viennent les acheter fur leurs Côtes. Il eft
certain que fi les Mécontens de Kayor, qui s’étoient retirés chez les Princes
voifins, s'étoient bien entendus avec leurs Proteéteurs, il auroient détrôné
facilement l’'Ennemi commun; mais leurs divifions faifoient fa fûreté:
CETTE ombre de fuccès, qui avoit accompagné les armes du Damel, rele-
va tellement fa fierté, qu'il continua de fermer l'oreille aux propoñitions de
la Compagnie. Brue avoit écrit à fes Maîtres que l'unique méthode pour
traiter avec un Prince également avare & rufé, étoit de le forcer à l’éxécu-
tion des Traités qu'il avoit violés tant de fois. Il leur avoit fait voir que l'in.
terruption du Commerce n’avoit pas été nuifible à leurs intérêts. Mais fes re-
préfentations furent inutiles. La guerre dont la France étoit menacée avoit
allarmé fi vivement les Direéteurs, qu'ils lui envoyèrent ordre d'acheter à tou-
tes fortes de prix l'amitié des Princes Négres, dans tous les Pays où la Com-
pagnie avoit des Etabliffemens [ c’eft-à-dire les Comptoirs d’Albreda, fur laf#
Rivière de Gambra, de Gereges fur celle de Bintam, & de Joal fur la Côte de
Bur-Sin ; mais fur-tout ils vouloient qu’il gagnât l'amitié ] du Damel, à caufe
de l'important Comptoir de Goréc. Ils lui recommandèrent de laiffer peu de
marchandifes dans les Forts, & d’en mettre la plus grande partie en dépôt
chez les Rois voifins, [ dès qu'on auroit nouvelle de la Déclaration de la guer-1é
re.] C’étoit faire préfent à ces Princes de tous les fondsde la Compagnie, car
les Négres ne connoiffent pas de loi qui les oblige à la reftitution.
Les hoflilités entre la l’rance & l’Angleterre commencèrent fur la Côte de
Gorée au mois d'Avril 1701, quoiqu'on n’y fût point encore informé de la
Déclaration de Guerre en Europe. Un Vaïffeau François de vingt piéces (m)
de canon ayant rencontré un Anglois de cinquante , à la hauteur de Portoda-
li, on fe cinona quelques momens, & le combat n’auroit pas fini fitôt, fila
partie eût été plus égale. Ce prélude de rupture entre les deux Nations dé-
termina Brue à faire quelques démarches pour engager le Dam! * la paix.
Elles furent bien reçues en apparence. Ce Prince lui fit propofer ae fe rendre
à Rufifco , où il promettoit d'arriver inceffamment avec un grand nombre
d'Efclaves, & de conclure un nouveau Traité, qui feroit oublier tous les an:
Bruccfttrahi Ciens reffen‘‘mens. Le Général François ne fit pas difficulté d’y confentir. Il
par le Dancl. fe trouva a . rendez-vous, & le Damel y arriva le 30 de Mai 1701. Aprés
jes proteftations mutuelles de confiance & d’amitié, il fe pafla peu de jours
où Brue ne vit familièrement le Roi, en attendant l’arrivée des Efclaves.
Enfin le jour qui avoit été marqué pour les échanges du Commerce, ce
Prince
(m) Angl, de trente piéces. R. d. E.
DI
Prince f
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deux Fa
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Kondi.
La, |
Mais le
retour. .
armés, (
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Facteurs.
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DI. Apres
de jours
Efclaves.
herce, CE
Prince
Prince propofa au Général François de monter à cheval pour prendre l'air
avec lui. La partie fut liée fans affeétation. Brue partit, accompagné de
deux Faéteurs; & le Damel, fuivi de fes Officiers orc'naires. [ls marchè-
rent l’efpace d’une lieuë, jufqu'au Village de Teynier, qui appartenoit au
Kondi.
La, étant entrés dans la maiïfon, ils s’aflirent avec la même tranquillité.
Mais le Damel s'étant levé auffi-tôt, pria Brue d'attendre un moment fon
retour. À peine fut-il forti, que le Kondi paroïffant avec plufeurs Negres
armés, déclara au Général qu’il avoit ordre de s’affürer de fa perfonne. En
même-tems les Négres lui ôtèrent fes armes & traitèrent de même les deux
Facteurs.
LE même jour, qui étoit le 6 de Juinr70or, tous les François qui fe trou-
voient à Rufifco & au Cap Bernard furent arrétés; fans oublier leurs effets
& leurs marchandifes, jufqu’aux habits que Brue avoit laiffés à Rufifco. Le
prétexte de cette violence fut, que, s'étant faifis des Vaiffeaux Etrangers qui é-
toient venus pour commercer fur cette Côte, il devoit des dédommagemens
au Damel pour le tort que cette conduite avoit caufée à fes Peuples. Ilauroit
répondu facilement à cette accufation; mais il ne-put obtenir la liberté de
parler au Roi, ni celle même de voir fes propres gens.
Le Confeil des Négres s'étant affemblé, on y propofa de lui couper la tê-
te; & ce fentiment fut fort appuyé par l’Alkayde de Rufifco,qui craignoit,
qu'en rendant la liberté au Prifonnier, on n’expofàt fa Viile au pillage & à
l'Incendie. Mais les plus fages fe déclarèrent pour le parti de la modération,
& propofèrent de faire payer une groffe rançon. Le Damel entra d'autant
plus volontiers dans cette vûe, qu'elle flattoit fon avarice. On commença
une négociation avec les Officiers François de Gorée. Ils avoient été fi allar-
més de la détention de leur Général, qu’au défaut des autres voyes, ils étoient
déja réfolus d'employer la force pour le remettre en liberté ).
Les conditions du Damel furent d’abord exceffives. Il demandoit non-feu-
lement qu'on lui laiffàt vous les effets dont il s’étoit faifi, mais qu’on lui aban-
donnât l'or, les Efclaves & toutes les marchandifes de Gorée, fans en ex-
cepter la cargaifon du Saint-François de Paule , Vaifleau nouvellement arrivé
de France. Après de longues difputes , il confentit à recevoir un préfent , qui
joint aux effets qu’il avoit entre les mains, montoit, fuivantle Tarif établi, à
la fomme de vingt mille fept cens foixante dix-neuf livres en marchandifes ;
ce qui revenoit à fept mille francs, fur le pied de leur valeur en France.
La perte particulière du Général, en habits, en meubles, en vaiflelle & en
bijoux fut évaluée à fix mille livres. Il avoit été refferré pendant douze jours
dans une étroite prifon, fans aucune communication avec fes gens ni même
avec fon Interpréte. Mais les femmes & la Mère du Kondi l'avoient vifité
tous les jours, & lui avoient porté du tabac, en lui marquant qu’elles pre-
noient beaucoup de part à fa difgrace. L'arrivée de deux Vaifleaux François,
& la vûe de quelques autres Bâtimens qui parurent dans la Rade de Rufifco,
contribuërent beaucoup à fa liberté. Le Damel s'étant hâté de conclure l’ac-
commodement, reçut le prix de fa crahifon, & partit de Rufifco le 17 de
Juin
(n) Labat, pag. 220, € friv. o
(e)
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car. III. 293
BruEz,
1701,
Ileft arrêté
prifonnier,
Prétexte de
cette violen-
ce,
Il court rif
que de perdre
la vie.
Il obtient la
liberté pour
une groife ran-
çon,
294 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Baurs Juin àl'entréede la nuit. Brue, à qui l’on n'ouvrit les portes de fà prifon qu'à
1701. deux heures après minuit, s’embarqua auflitôt fur un des Vaiffeaux dela Com.
___ pagnie, & rendit la joye au Comptoir de Gorée par fon retour.
ane LE Brack & le Siratick, le Burbaghiolof, le Bur de Sin & le Burde Salum
desltoisVoi- le firent complimenter fur le bonheur qu’il avoit eu de fortir des mains du
fins, & dela Damel, & lui marquèrent de la difpofition à fe liguer contre un Voifin fi
ii Lin: qétefté, La Princefle de Linghera même lui envoya fon fidèle Négre, pour
rt lui déclarer qu’elle avoit la conduite de fon Fils en horreur, & qu'elle alloi:
tout employer pour rendre la paix folide. Brue la remercia beaucoup de
fes bontés, & de fes intentions; mais fur l’article de la paix, il lui fit une
réponfe équivoque. En effet le Damel éprouva bientôt les effets de fonre!
fentiment. Les Côtes furent gardées avec tant de foin, qu'aucun Vaiflea
étranger n'en put approcher pour le Commerce. Toutes les Barques de Pé.
Vengeance Cheurs furent enlevées; & les Villages de la Côte furent obligés, fous pci.
de Bruce, ne d'éxécution militaire, de fournir Gorée d'eau & de bois. Les Sujets
mêmes du Damel continuèrent, malgré lui, d'apporter de l’Vvoire & des Ef.
claves au Comptoir. Comme il vouloit tirer d'eux un prix éxhorbitant pour
fes marchandifes, ils trouvoient leur Avantage à tourner fecrétement vers les
François.
LESs affaires demeurêrent dans cette fituation pendant huit mois. Enfinle
Damel, qui voyoit tous fes Peuples prêts à fe révolter , commença férieufe.
ment à delirer la paix. Ilenvoya l’Alkayde de Biyurt au Général, qui fe trou.
voit alors au Fort de Saint-Louïs, pour lui propofer une réconciliation du-
rable, & le prier de lui envoyer un de fes T'aéteurs, nommé Moreau, qui
de paureR parloit fort bien la Langue Jalof. "rue demanda, pour première condition,
mander la que l’Alkayde demeurit en ôtage. : vut lui fut accordé. Moreau s'étant ren-
paix. du à Kaba, où le Damel s’étoit retiré, fut reçu de lui avec beaucoup de ca:
refles. On ne parla du paîlé que pour l’enfevelir déformais dans l'oubli. En
confeffant que Brue avoit reçu de juftes fujets de plainte, le Roi Négre pré-
tendit qu’il étoit affez vengé, par le mal qu'il lui avoit caufé en ravageant fes
Côtes & lui enlevant un grand nombre de fes Sujets. Il ajoûta que n'ayant
jamais reçu de lui aucune offenfe, il ne le haïfloit pas perfonnellement ; qu'un
niet Chirurgien François qui avoit donné quelque reméde à une de fes femmes,
Jes Trancois. “ayant entretenu un commerce d'amour avec elle, dans le chagrin de ne pou-
| voir fe venger du Coupable, ilavoit fait tomber fon reffentiment fur toute la
Nation; mais qu’il demandoit en grace que le pañté fût oublié, & l'amitiéré-
tablie fur des fondemens inébranlables.
BRuE, fur le récit que Moreau lui fit à fon retour, fit appeller l’Alkayde
de Biyurt, & lui dit qu'il trouvoit fort étrange que le Damel l'eût rendu
refponfable des fautes d’un Chirurgien; qu’il falloit commencer par des plain:
tes, & s’affürer qu'il auroit obtenu de juftes fatisfaétions; que les François
Réponfe de néanmoins étoient difpofés à bien vivre avec lui, s’il vouloit être plus fidéle à
ee l’éxécution des Traités; qu’il devoit reftituer d'abord tout ce qu'il avoit pris
injuftement à la Compagnie, füuivant le Mémoire qui lui avoit été préfenté
par Moreau, ou trouver bon que la Compagnie enlevât un affez grand nom
proitiel bre de fes Sujets pour fe dédommager de fes pertes. : ee
faifir du Da- LE Damel avoit peu.de penchant pour la reflitution ;& Brue penfoit bin
mel. - moins à l'y obliger, qu'a trouver l’occafion de ie faifir du Tyran, D Un
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(a) Bruce, ou Labat, parlent 1e fans dot:
Ju d'apiès l'opinion des Géographes, puifqu'il
toute qu'aucun François n’a pénétré fi loin,
(2) Nommée la Pointe de Barbarie.
is: Si ce n'eft pas une faute d'impreffion
ñs Labat, il s'eft fort trompé en mettant
vingt-cinq dégrés cinquante-cinq minutes.
(d) Voyez la Carte, quieft copiée d’après
celle que Bruc fit lever fur les lieux par un
habile Ingénieur, en 1718. On doit la regar-
der, par toutes fortes de raifons , comIine une
piéce autentique,
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injuftement à la Compagnie, fuivant le Mémoire qui lui avoit été préfenté
par Moreau, ou trouver bon que la Compagnie enlevät un aflez grand nom-
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moins à l'y obliger, qu'a trouver l’occafion de fe faifir du Tyran, Le. oc
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar, IV. 295
folution de l'envoyer en Amérique. Mais fon deffein fut interrompu par un
ordre de la Compagnie qui le rappelloit en France, où elle avoit befoin de
le confulter fur la décadence de fes affaires.
IL partit le premier de Mai 1702, en laiffant pour Direéteur Général, à
fa place, le Sieur Louïs le Maître. Le Damel fut charmé de ce changement.
IL trouva dans le Maître un homme d’un caraétère fi différent, qu'ayant in-
terdi à fes Sujets tout commerce avec Gorée, il réduifit ce nouveau Direc-
teur à lui payer cent barres pour la liberté de tirer de l'eau, du bois & d’au-
tres provifions du Continent (0).
Cr événement fut bientôt fuivi de la mort de Latir-l'al Saukabé. 11
laifla fes deux Royaumes à fes deux Fils. L'aïné, qui fe nommoit Mar-JfJa-
fal, lui fuccéda au Royaume de Kayor & au titre de Damel. Le partage
du plus jeune, nommé Que Komba, fut la Couronne de Baul, avec le titre
de Tin. L'intérêt de la Compagnie eft d'empêcher que ces deux Etats ne
fe réüiniflent encore fur la même tête (p).
(o) Labat. pag. 225. €? Juiv. (p}) Ibid. pag. 250.
XXI AIX ANAL) AC: HEEN XSL NIED LIEN XL GUN X 2
CH A PIT R E IV.
Defcription de la Rivière du Sénégal , tirée des Mémoires.
de M. Brue.
Où l'on éxamine fi cette Rivière eft le Niger ou un de Jes bras.
E cours du Sénégal eft d'environ huit-cens lieuës de l’Eft à l’Oueft, de-
puis le Lac de Burnu, où cette rivière prend (a) fa fource, jufqu’a
deux lieuës & demie de l'Océan Occidental. La, faifant un coude, elle tour-
ne tout-d’un-coup au Sud; & n'étant féparée de la Mer que par une langue
(b) de terre, qui n’a pas dans quelques endroits plus de cent toifes de lar-
geur, & qui s’élargit dan’ d’autres depuis une lieuë, jufqu’a deux & demie,
elle coule encore l'efpace de vingt-cinq lieuës du Nord au Sud, pour fe per-
dre enfin dans l'Océan à quinze degrés cinquante-cinq minutes de latitude (c).
CeTTE rivière, qui divife prefque continuellement la Région des Négres
de celle des Mores de Zarra, ou du Défert, s’avance l’efpace de trois cens
lieuës par divers détours, de l'Eft à l'Oueft, c’eft-à-dire, depuis les Cataraétes
de Galam, au-delà defquelles les François n’ont pas encore pénétré, jufqu'à:
fon embouchure près de Biyurt ou Bieurt (4), dont on a déja vû la defcrip-
tion.
(a) Brue, ou Labat, parlent ici fans dou-
& d'apies l'opinion des Géographes, puifqu'il
dote qu'aucun François n’a pénétré fi loin,
(b) Nommée la Pointe de Barbarie.
.(c) Si ce n'eft pas une faute d'impreffion
üns Labat, il s'elt fort trompé en mettant
vingt-cinq degrés cinquante-cinq minutes.
(d) Voyez la Carte, quiett copiée d’après
celle que Bruce fit lever fur les lieux par un
habile Ingénieur, en 1718. On doit la regar-
der, par toutes fortes de raifons ,. comine üne-
pièce autentique,
Brvur.
1700,
Bruce cit rap-
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Grands-Go-
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cans,
rerre de Ghi-
Ave.
96 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
tion, Ses eaux font fort rapides, ce qu'on attribc2 à la longueur de fon cours
dans un Canal fort étroic,
Son embouchure eft large d'une demie-lieuë ; mais elle eft mafquée par
une Barre, ou un Banc qui s'eft formé de l'abondance du fable que le Couranr
y amene, & qui eft repoullé pe lu marée, Cette barre eft doublement dange.
reufe, & parce qu'elle a peu d'eau, & parce que tous les ans, les flots impc.
tueux qui fortent de la rivière, au tems des inondations, lui font changer de
place, L'entrée du Sénégal feroit inacceflible , fi la force de fon cours & culle
de la marée n'avoient ouvert deux paflages, dont le plus large eft ordinai.
rement de cent cinquante ou deux cens toifes fur deux brafles de profondeur
Aufli ne regoit-il que des barques de quarante où cinquante tonneaux, Le plu
petit n'eft que pour les Canots. Ces deux ouvertures changent tous les ans de
fituation. AT e de Saint-Louïs eft quelquefois à quatre lieuës de la Barre,
quelquefois à deux, Mais le même inconvénient qui empêche les Bätimen
de quatre ou cingcens tonneaux d'entrer dans la rivière & d'y pouvoir débur
quer leurs marchandifes, devient une füreté pour le Fort, rend le com
merce des François fort tranquille. La Compagnie entretient une Barque &
des Négres € alement adroits k& robultes pour décharger fes propres Vaifliu
LA f'aifon la plus commode, pour paller la Barre, eft depuis le mois de L.
vier jufqu'au mois d'Août, parce que les vents font alors variables & que h
direètion des marées eft au Nord. Mais dans cet intervalle même, les moi
les plus favorables font Avril, Mai, Juin & Juillet, La mauvaife faifon «1
depuis Septembre jufqu'à la fin de Décembre, parce que les vents d'Eit cr
flent beaucoup la Mer, & rendent le Commerce abfolument impoffible (e),
Arnès avoir paflé la Barre, on trouve une rivière d’une belle largeur , d'une
eau fort claire & fort unie, dont le cours eft aufli agréable que l'entrée ena
paru difficile, Sa profondeur eft depuis dix-huit pieds jufqu'à vingt-cinq. Later:
re, du côté gauche en montant, eft une pointe de fable baffe & ftérile, Elle
v'a pas plus à cent toifes de largeur à l'entrée de la Barre ; mais on a déja fait
remarquer qu'étant longue d'environ vingt-cinq lieuës, fa largeur augmente,
dans cet efpace, d'une lieuë jufqu'à deux & demie. Cette Péninfule eft rem:
plie d'une forte de petites crabbes, que les François appellent Tourlouroux
dans les Ifles fous le vent, & d'une efpèce d'oifeaux qu'ils ont nommés Grandr-
Goziers ou Pélicans. Une lieuë au-delà de la Barre, la mème Péninfule de.
vient moins ftérile, & préfente des pâturages, où la Compagnie fait nour-
rir des troupeaux de Moutons & de Chèvres, à la garde defquels elle entre:
tient quelques Laptots armés. Mais le côté droit de la rivière, auflitôt qu'ona
paité la Barre, forme un meilleur &, plus beau Pays, qui fe nomme ( f) Terre
de Ghinée, c'eft-à-dire en Langue Négre, Pays du Diable. Il cft uni, cou
vert de verdure & de petits Bois de différens arbres, entremêlés de Palmiers
& de Cocotiers, qui forment une charmante perfpeétive. Ce Canton appar-
tient au territoire de Biyure ou Bieurt, & fait partie du Royaume de Kayor,
qui a de ce côté-là pour bornes la Pointe de Bifefcha, éloignée de la Barre
d'environ fix lieuës,
Du
Leon & Marmol, toit fitué vers l'embouchu-
(e) Labat. Tom, IL pag. 127 € fuiv. .
re du Sénégal, au côté du Sud,
(f) Il ya de l'apparence que c'eit un refte
du Pays de Gbinea de Gebenoa, qui, fuivant
N
de fon cours
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De Deux Lieues
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KAART van 't INKOOMEN der RIVIERE SANAGA,of SENEGAL.
DIFFERENTES PARTIES 2e L'AFRIQUE, Liv. VI. Ouar. IV. 297
Du même côté, deux lieuës au-deflus de la Barre, on trouve unCanalou Beau.
un bras de la rivière, qui remonte jufqu’à Biyurt. L'entrée eft bouchée par
une Baffe , qui la rend quelquefois tort dangereufe. Elle contient aufli deux
etites Ifles, dont la plus proche de la grande rivière fe nomme Bokos. C'eft
Canal de
dans cette Ifle que la Compagnie l'rançoife avoit établi fon premier Comptoir. Biyurt.
"7" On en voyoit encore les reltes en 1724. Le terrain eftbas, & fort mal-fain,
y parce qu'il eft fujet (g) aux Inondations ; ce qui obligea les Trapçois de l'a-
bandonner. L'Ifle de Moghera (h), qui eft derrière de de Bol, eft dé-
ferte & fans culture. Au long de cette Crique, ou du rivage de de Canal, la nn ob |
nature a formé des Salines fort riches & dans une fituation fort finguliére,
On en compte huit , éloignées d’une licuë où deux l'une de l'autre. Les cinq
principales font ceiles de Guianeau, où la Compagnie fait fes cargaifons, de
Dambur , de Luiango, de Guingha & de Quiert. Les plus petites fe nomment |
Tunja (i), Matay, & Kak. Ce font de grands étangs d'eau falée, au fond
defquels le fel fe forme en mafle. On ie brife avec des crocs de fer pour le
paire [monter fur l'eau &] fécher au foluil. À mefure qu'on le tire de l'é-
tang, il s'en forme d'autre. On s'en fért pour fuir les cuirs. Il eft corrofif,
& tn inférieur en bonté au fel de l'Europe. Chaque étang a fon l'ermier
particulier, qui fe nomme Ghiodin ou Komef]u, fous la dépendance du Roide
Kayor. La même Crique eft fort abondante en Huitres, dont les écailles fer- Huitres. Ufa-
vent aux Négres, pour compofer une forte de chaux qu'ils employentaleurs 5° de leurs
Bâtimens. Ces Huitres font fort grandes. On les fait fécher, pour fer vir d’a- Fr
liment ; & l’ufage en eft fort commun dans le Canton.
ENTRE l'Ile de Bokos & la grande Iile de Lifefiha, il y a une autre Ifle
p#de cinq ou fix lieuës de tour, nommée l'Ifle de Yean Barre. [Sa partie Occi-
dentale eft fur la principale branche du Sénégal.] Le terroir en ett fertile, &
couvert, dans quelques endroits, de fort gros arbres. Il appartient à deux
Chefs des Négres, Ÿean Barre % Tanfuk, qui y poflédent chacun leur Villa-
ge. Le premier de ces deux Negres cit Incerpréte héréditaire de la Com-
| pagnie au Fort S. Louïs. Près de la mème Ile, il y en adeux autres plus
| petites, qui appartiennent auffi à des Chefs Négres. L'une fe nomme Ghiogu,
| & l’autre Doremur. Un peu au-deflus de jeun Barre, on en trouve une autre,
| qui s'appelle l'Ifle du Galet; nom tiré d'une forte de cailloux fort durs, fort
| péfans & fort unis, dont la forme eft un ovale plat. Ons en fert quelquefois
| pour faire de la chaux. Vis-à-vis l’Ifle de Bokos, on voit encore une Ifle
|
|
Différentes If-
les duSénégal.
que les François ont nommée (&) l'Ile aux Anglois ; baffe, marécageule , &
qui n'a rien de recommandable, Enfin, trois quarts de licuë plus loin vers
l'embouchure du Sénégal, eft fituéc l'Ile qui porte le nom meme de cette ri-
viére, ou celui de S. Louïs, qu'elle ure de {on Fort, réfidence ordinaire du
Direéteur Géneral (2). L'I
SLE
(g Ces Inondatiors font caufées, comme gi) abat Pappelit JFungé.
celles du Mi, pan des pluyes qui tuinbent dans Çk) Labat pren beiucoup de peine à prou-
les Pays fitecs entre les Tropiques, aux mois ver que les Angiois n'ont juvai:p AG dc cette
de Juin, de juillet, d'Août & de Seprembre.s®#ifle; [& enin il laide la queition fans la dé.
HE On en parlera ci-defous. [Voyez auf la Re cider.] Mis pourquot nt ui auroicnt-ils pes C-
lation de Dom Juan de Cuiro au Toinc I] té les Mañires dins fe pouue tems qu'ils l'üit
Ch} Aus Aicglhas abat la nomme Mo- été de PleS, Lois? es
eue. RAT de barar on, ik pas rie ES Juic.
: Po
HER 1
BRuEz.
Ifle de S.
Louis,
Son étenduc.
Ses proprié-
ts.
Elle maïñque
d'eau, Com-
ment on y fup-
1
niée,
L'-+
Ses Fortifica-
tuons,
298 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
L'Isce du Sénégal, ou de Saint Louïs, eft à feize degrés cinq minutes de
latitude du Nord, Sa fituation eft au milieu de la rivière, à deux, trois, o
quatre lieuës de l'embouchure , fuivant les variations de la Barre. Quelques
Voyageurs lui donnent une lieuë de circonférence. Froger qui la mefura en
1705, compte onze cens cinquante toifes du Nord au Sud, c’eft-à-dire dans
fa longueur; mais comme fa largeur eft inégale, il ne l’a pas déterminée, Un
Ingénieur, qui prit le même foin en 1714, lui donne de largeur, du côté
de la Barre , quatre-vingt-dix toifes ; cent quatre-vingt-douze du coté Oppo-
fé; & cent trente dans l'endroit où le Fort eft fitué. Le bras Oriental de la
rivière eft large de trois cens quatre-vingt toifes; & celui de l'Oucit, de
deux cens dix. On ne trouve dans lIfle qu’une terre plate, fabloneuie, &
ftérile. Le côté du Sud étoit autrefois fujet aux Inondations; mais la marce
& les vents du Nord y ont pouffé tant de fable, qu'il s’en eft formé des lu.
nes, qui couvrent le Fort & qui le font paroître dans un creux. Cependant
il eft refté vers cette Pointe un Marigot ou un étang d'eau falée, La Pointe
du Nord eft couverte de grands arbres, qui ont l'apparence d'une Forêt ; mais
ce ne font que des Mangles (m), qui demandent, pour croître, d'avoir to.
jours leurs racines dans l'eau. Il fe trouve un autre étang au milieu de ces
arbres. Il s’en trouve encore un, mais plus petit, vers le centre de l'Iil:;
avec un petit Bois voifin, qui fert à donner de l'ombre aux Moutons &aux
Chèvres du Fort: car le fond fabloneux du terroir n'empêche pas qu'il n'y
croifle une herbe courte, qui engraifle les Beftiaux , & qui les rend d’un fort
bon goût. Les étangs font peuplés de Porcs, qui s'y rafraichifflent dans la
boue, [& qui y pañlent à couvert du foleil une bonne partie de la journée.
Mais les hommes ne peuvent pas y prendre le frais, parce que ces endroits
fervent de retraite pendant le jour à des millions de Mouftiques & de Cou-
fins ou Maringoins, & qui fe répandent de tous côtés dès que la nuit ap-
proche. ]
L’'IsLe manque d’eau pendant la moitié de l'année, parce qu’il ne s'y trou-
ve ni fource ni puits, & que durant la mouflon du Sud, c'eft-à-dire depuis
Décembre jufqu'au mois de Juillet, la rivière eft falée. Dans le tems des
Inondations, l'eau eft aflez bonne; mais, dans les faifons féches, on eft for-
cé d'ouvrir, au milieu du fable, des puits d’une eau fomache dont on ne peut
faire ufage qu'après l'avoir filtrée au travers d’une pierre qui vient des Cana-
ries. Pour la rafraîchir, on la met dans des pots de terre qui ne foient pas
vernis, dans leiquels on l’expofe aux vents du Nord, [dans des lieux quiké
ont du côté du Nord des Ouvertures étroites par dehors, & qui s’élargiffent
confidérablement en dedans. Il faut de plus que ces lieux foient voutés, &
couverts d’un toît qui ne touche point la voute.] On admire avec raifon que
l'eau devienne falée dans ces puits lorfque celle de la rivière devient douce;
& qu’au contraire la rivière commence à devenir falée lorfque les puits cef-
fent de l’être (n).
Iz ne refte aujourd’hui de l’ancien Fort de Saint Louïs que quatre Tours
rondes , [qui ne font pas fur une même ligne, mais qui font un angle Mr
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Yser- Magazy
ACA, of SENECAL..
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.« Magasin à poudre.
. de Greux sous Les Lieux.
«Magasin pour À ‘Drotre.
. Catree de La grande Captrerte.
. Za Cuisine.
, Ja Laverie .
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‘ Cscatier "pour" mortes st id
Lu .Deperse .
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, «Hagasin d', U'mement.
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. Caérce de La petite [4 Fr. ce.
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. Piliers pour soutenir la Plate -
. Deux ponts pour aborder
De Kelder:,
ruit asvn,.
De Holte onder: de plaatsen .
Ivoir magazyn .
van't grvote-Slavenhu is ;
‘*t Kookhuis.
*t Walfch huis.
Platej orne.
Trap om opt Plat te komen .
De Spys kamer.
Cabinet joint à la denense .
Vertrek ann de Spyskamer.
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npen huis.
et- Tlstancies.
Klyn-magazyn voor t Gereed fchap.
Ingang vant klyne-Sfaven huis .
/drme et le tt. .
Pilaaren onderfteunende't Plat en't Duke!
des barques.
Twee Brug gen:voor't aankomen
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der: Barken..
1, Chéve du LZort.,
Inkomen van't Fort
2, Crunde Cow,
Croote Voorplaats.
4. Porte de derriere,
Agterpoort. “ot
4 Palssades derant Les Portes, É dé
Paliaaaden voor de Phorten .
s.Murille d' Enceinte et Purapret .
i uur en Borftweer,
Crande Cow |
Groote-Binne ts,
7. Petit Jardin. _
Klyne-Tuin .
8, Les Cases ou L'on met la Come.
Gom-Hutten ,
©. Double Enceinte de Palissates. !
Dubbelde Omgugy van Puliffaaden .
10, Petite Cow
Klyne-Plaats.
1, Lou ou est la Chapelle.
Toren waarin de Kapel is,
12, <lutre Cour ou Losse.
Andre Plaats of Cru
43. Quatre Bastions pletis.
er gwame Bolwerken.
14. Lieu où € ‘on renferme Les Gxclares.
Plaats duar de Slaaven opgellooten wor!
24. Bureau du Carde . Hagasin . den, nt }
Komptoir des Maguzynbewnarders. Vo RL ha x II
10, Gatree dusilagasin
Lago ven lune n.
72 AE s Pusition né
De Magazynen ,
18. . Magasin au Ler.
ser-Magarvn ;
= RE = ES D
LA RIVIEH
Celle de Loises.
Schaale van vyftig Halve-H
Te TA tt 20 30
GRONDTEKENINC vant Fort S'L, OUZLS, in t Eila
(o dut Cure
7
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HO AN MI 0)
Celle de Loises.
chaale van vyftig Halve-Roeden.
CON EEE] REIN) NN
re EEEENENENEN
r LOUIS, int Eiland van SANACA, of SENEGAL.
Magasin à poudre,
4 Magasin pour l'Arvire,
. dt Crustine
, dut Larer'te .
, Cscutier pour monter sur ct
”, dd 4 hors ;
eMagasin d', C'mement,
. Pééliers pou soutenir” Le Plate -
34. Deux ponts pour aborder
De Kelder
Kruit maAgazvn .
Le CGreux sous des Lieux,
De Hôite ondes: de plantsen .
Voir ma Axyn .
Chtree de la grande Caplirerte.
LA ,
van! groute-Slavenhu is .
*t Kookhuis.
t Walch huis.
Platejorine
Trap om opt Plat te komen ,
De Spys kamer.
Cabinet roint a La denense .
Vertrek ann de Spys kamer,
Za Lonnellerte
t Kuiphuis .
Wa pen huis,
. Petit, Haaastr pour des Outils
et” Lstanciles.
Klynmagnzyn voor t Gereedfchap.
.Cutrve de la gretite Captier te.
Ingang vant Lbne-flvs huis.
orme et Le tit.
Pilaaren onderfleunende't Plat en't Duke:
des barques.
Twee Brug gen, voor't aankomen
der: Barken .
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DIFFERENTES PARTIES b# L'AFRIQUE, Liv, VI, Car, IV, 299
dont les deux du milieu ne fonc éloignées l'une de l'autre, que de quatre toi-
fes & demie, & celles des deux bouts en fonc éloignées d'onze toiles. ] El-
les font fort bien bäties à l'antique, & couvertes de tuiles en piramides (0).
Elles ont été jointes aux murailles, & renfermées par une Fortification d:
paliffades revètue de terre, au-deffous de laquelle font les Magafins, & quel-
ques Baftions mal formés; de forte que le F'orc n'a pas de meilleure défenfe
que fa fituation naturelle, Son artillerie eft de trente piéces, diftribuées en
plufieurs batteries. L'Arfenal eft bien fourni de petites armes & de munitions,
On ne nous apprend pas fi la Garnifon eft nombreufe ; mais on fait obferver
que la Compagnie employe ordinairement deux cens hommes dans les fix E-
tabliffemens qu'elle a fur cette Côte, & qu'ils fonc difperfés fuivant les ordres
du Gouverneur.
ON peut juger de la figure que le Direéteur Général fait dans ce Pays
par la manière dont le fieur Brue reçut, en 1691 Cp} un Prince Négre nom-
mé le Petit-Brak. Ce Prince s'étant rendu, de Maka, dans l'Ifle de Bifefcha,
avec un cortége de quinze ou vingt Négres, envoya un Canot dans celle de
Saint Louïs, pour donner avis de fa vifice au Général, & pour le prier de le
faire prendre dans une Chaloupe. Lorfqu'il fut arrivé à la porte du Fort, il
s'aflit à terre avec fa fuite, qui étoit armée de zagayes, de fabres & de targe-
tes. Il demeura dans cette poflure, en attendant le retour de fon Interpréte,
qui étoit allé fçavoir du Général François s'il étoit difpofé à lerecevoir. L’'In-
terpréte revint aufli-tôt, avec ordre de l'introduire. Il le conduifit à ia Sale
de l'audience, accompagné feulement de deux de fes Officiers & de deux Gui-
riots (q), où Muficiens Poëtes, qui dans ces occalions ne s’éloignent jamais de
leur Maître. Le Général étoit aflis dans un fauteuil, la téte couverte, avec
fes Officiers autour de lui. En entranc dans la Sale, le Prince Négre ôta fon
bonnet, s'approcha de Brue, & mit fa main dans la fienne, qu'il leva trois
ou quatre fois jufqu’a fon front, fans prononcer un feul mot. Bruce fit la même
chofe; mais fans fe lever & fans fe découvrir | r ).
LE Prince s’aflit fur un tabouret, Ses deux Officiers fe placèrent à fes côtés
dans la même pofture, & les deux Guiriots fe mirent à cerre derrière lui. C'é-
toit un Vicillard de fort bonne mine, 11 avoit la barbe & les cheveux gris,
& le vifage maïîgre & ridé ; mais beaucoup de vivacité dans les yeux, & le fon
de la voix fort agréable, avec un air de grandeur qui marquoit célle de fa naif-
fance. Sa robe, qui lui tomboit jufqu'aux genoux, étoit d'une étoffe ( 5 ) blan-
che de coton, à rayes bleues, avec de grandes manches, dela forme des fur-
plis de l'Oratoire. Par-deflous, ilavoit des hautes-chauffes de la méme étofre,
mais fi larges qu’elles ne contenoient guères moins de fix aunes, & pliflées
par derrière, de manière à pouvoir lui fervir de couflin. Sur fa robe il portoit
un baudrier de drap écarlate, d’un demi-pied de large, auquel fon fabre étoit
fufpendu. La poignée & le fourreau étoient travaillés en argent, avec un art
furprenant
o) Voyez on Plan. ces Princes Afriquains, dont le moindre eft
bp) Angl. en 1691. KR. d. E, lus refpeété par fes fujets qu'aucun Roi de
(4) Jobfon en parle beaucoup dans fon l'Europe ne left par les fiens.
Voyage à la Gambra. [11 lesnomme Juddies.]@ (5) Ces étoiles de coton s'appellent Pagnes,
«Fr: Une telle conduite nous paroît tenir du mot Portugais Pauna.
beaucoup de l'infolence, & ne peut qu'aigrir
Pp 2
Daus
Maniére dont
le Gouver
neur François
reçut un Prin
WE W .… .
ce ENugre,
Habillement
& figure du
Prince,
Bruz,
Harangue du
Prince Nogre,
il eft fort
bien traité par
Bruc,
Inftrumens
& chinfons de
fes Muliciens,
59 VOYAGES DES FRANCOIS EN
furprenant pour un ouvrage des Négres. Toutes les parties de la robe &
baudrier étoient garnies d'Amulets, où de Grifgris, coufus proprement dans
de petites piéces d'écarlate, de maroquin rouge du Levant, & de peau des
Bêces fauvages du Pays. Mais la forme de toutes ces piéces étoit différente
Les unes étoient quarrées, d'autres rondes, oulongues, ou poligonales ; &
chacune attachée fur la partie du corps qu'elle avoit la vertu de préferver
Les hautes-chauffes étoient fans poches ; mais le Prince portoit , au côté droie,
un petit fac qui contenoit fon tréfor, Sa robe, quoiqu'on l'ait comparée à
nos furplis, étoit échancrée par devant comme une chemife de femme, &
relevée autour du col par une broderie de drap rouge, qui repréfentoit des
boutons & d'autres figures, Son bonnet toit de la méme étoffe que la rohe,
étroit par le bas, mais large au fommet; de forte que ne pouvant fe foûtenir
il panchoit beaucoup à côté de la tête. Au lieu de plumes, il étoit orné de
la tete d'un Paon d'Afrique, qui contenoic un Grifgris. Le Prince avoit d'ail.
leurs les jambes nues, avec des fandales aux pieds, telles qu'on repréfente
celles des Romains,
IL demeura quelque tems en filence, regardant le Général avec beaucoup
d'attention, Enfin il lui adreffa un difcours, qui fut expliqué par l'Interpréte,
& qui portoit en fubflance, ,, Qu'ayant appris l'arrivée du Sieur Brue au
,» Sénégal, avec la qualité de Général pour la Compagnie, & n'ayant en.
tendu que des cloges de fon caraétère, il s'étoit fait un devoir dé le pré.
,\ Venir par fa vifite, & de lui offrir fon amitié; qu'il s'étoit toûjours fenti
,, del'inclination pour les François, & qu'illeur avoit rendu tous les ferviecs
,» qui dépendoient de lui; qu'il promettoit de perfévérer dans les mêmes dif:
» Pofitions, & que Bruce pouvoit compter en particulier fur fon affcétion,
,» dont il vouloit lui donner un témoignage en lui faifant préfent d'un Éf
» Clave,
Les deux Officiers & les Guiriots firent aufñi leur compliment, que le Gé-
néral reçut d'un air civil & gracieux. I fit enfuite apporter de l'eau-de-vic;
car fi la qualité de Mahométans rend quelques Négres fort réfervés fur l'ufage
de cette liqueur , le plus grand nombre ne regarde le précepte de l’Alcoran que
comme un confeil, & fe livre fans fcrupule au plaifir de boire. Le Prince vit
paroître avec plaitir fa bouteille. Un de fes Officiers remplit un verre, en fit
l'efai, & le préfenta joyeufement à fon Maître, qui fe leva, but à la fanté
du Général, & rendit le verre à l'Oficier avec un petit refte de liqueur; ce
qui paîle pour une faveur entre les Négres. Après le premier coup, il alluma
fa pipe & fe mic à fumer, Ses deux Officiers füuivirent fon éxemple; tandis
que les Guiriots commencèrent à chanter, en accompagnant leur voix du fon
d'un petit inftrument, qui n’a que trois cordes & reffemble affez à nos luts.
Le ventre eft compofé d'une piéce de calebaffe, avec un manche qui y cit
attaché. Le chevalet en eft fort bas, & les cordes font de crin de Cheval. Ils
les pincent & les frappent en mefure. Cette mufique n'a rien de défagréable.
Leurs chanfons font martiales, & roulent fur les louanges de leur Prince. Ils
relevent fa naïffance, [ & difent en François corrompu qu'il éft de grand gent. |
Lis difent qu'il eft Seigneur de la Mer, qu'il a vaincu tous fes Ennemis, &
qu'ils n'ont jamais eu de Maître fi magnifique & fi libéral. Ils finiffent par des
É
vœux pour fa fanté & pour la prolongation de fa vie; [ & parmiles louanges g*
qu'ils lui donnent, ils n£ manquent pas de mêler quelques petits mots pour l'ex-
citer à leur faire relicntir les effets de fa libéralité.] LE
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DIFFERENTES PARTIES vs L'AFRIQUE, Lav, VE Car, IV, gor
LT La concert des Guiriots n'interrompic pas la converfarion. Comme il étoit
te dans affez tard, Brue propola au Prince de loger dans le Port, Cecte invitation
au des fur acceptée, Il fur coniuit dans un appartement feparé, parce que les Négres
Crente À ne mangent pas volontiers avec les blancs, On luienvova du kuskus & diver-
8 ; X fes viandes, que fes gens préparérent à leur manière, Le vin de Palmier &
ferver | l'eau-de-vie ne lui furent pas épargnés, Son arrivée avoit attiré dans l'Ifle
droit, quantité de Négres, qui paffèrent toute la nuit à danfer, Le lendemain , il
ire à 2 prit congé du Général, après avoir reçule Tage, c'eft-h-dire un préfent, qui
ne, & ! valoit beaucoup mieux que fon Efclave, Brue fit aufli quetques libéralités à les
nt des > pOficiers & à fes Muficiens; [ fans cela ils auroient donné autant de maledic-
roc, tions au Général, qu'ils lui avoient donné de (+) louanges]
tenir Poun reprendre notre Dafcription, la Pointe de la grande Ile de Bifefcha Difcriprion
ne «ke | eft d'environ deux livuës au-deflus du Porc Saint-Louïs, du côté droit de la ris Mince,
t d'ail. vière. Elle faic, des deux côtés, les limites du Royaume de Kayor & de Ho. hum,
élente ) val; car le premier eft à droite, & l'autre à gauche de larivière, Cette Région deHovalix le
étoit connue autrefois fous le nom de Jalofs, nom général, qui comprenoit Kyo
Lucoup > ypplufieurs Nations différentes, fi peu près comme nous voyons dans les Royau-
prete, mes de France, d'Efpagne & d'Angleterre, où les Peuples prennent les noms
rue au D particuliers des Provinces où ils demeurent, fous le titre général de François,
int en- d'Efpagnols & d'Anglois.] Le Royaume de Hoval s'étend de l'Eft à l'Oueft,
le pre- D l'efpace d'environ quarante-fix licuës, Ses bornes font incertaines au Nord,
s fenti 4 parce qu'il eft fort expofé de ce côté-là aux incurlions des Mores, [ qui s'avan-
rvices cent ou fe retirent fuivant les occafions qu'ils trouvent d'y éxercer leurs pilla-
es dif. ges, | Le Roi de Floval porte le titre de Brak, qui fignifie Roi des Rois.
étion, C'eft purement un nom de Majefté , comme le Damel, le Siratik, & plus
in Ef anciennement celui de Pharaon & de Cefar, Ses Etats ont plus d'étendue
au Sud du Sénégal qu'au Nord. A T'ES ils font féparés du Royaume des
le Gé- Eulis où oulis par le Lac de Kayor, & s'étendent au long du Sénégal jufqu'au Nu
e-vie ; Village d'Embakana où Embakan, fur les frontières du Royaume de Cale. TT mn
l'ufage qui à cent quatre-vingt feize lieuës d'étendue de l'E à l'Oueft, mais dont le Roi t nom
an que ls bornes font encore inconnues au Sud, L'Empereur ou le Roi de Galam Me Sirtik.
ce Vit | porce le titre de Siratik.
en fit Dix oudouze lieuës au-deffus du Fort Saint-Louïs, on trouveune Pointe où
fanté D la fercilicé du terroir a porté les Négres à batir fepc ou huit Villages, dont le
3 CC principal fe nomme Buckfar. Plus on s'avance vers la Mer, plus le Pays au long | Village de
lluma de la rivière femble fertile & cultivé. Il abonde en muïz, & certe forte de "ir.
tandis grain n'y manque jamais (v ).
du fon L'Isze de Bifefcha n’a pas moins de vingt-huit lieuës de long, fur huitdans ife de pis
s luts. fa plus grande largeur. Elle eft fermée par un bras du Sénégal, quilafépare fefcha.
y cit du Village d'Enfchoie, & qui fe divife en deux autres bras au Village d’Auf-
al. Ils > chafur. Le dernier de ces deux bras fe fubdivife encore au Village de Pamaÿ Divifions du
éable. de forte que l’Ifle de Bifefcha eft bornée à l'EfE par un bras du Sénégal, qui fe néeil.
e. Ils nomme la Rivière de Sagheray , à l'Oueft par le Sénégal inême, & fe trouve di-
gent. | À viféc en crois parties par la petite Rivière de Jor (x) & le Kora ou le Bekio.
is, & Le terroir en eft riche & fertile, ce qu'on attribue principalement aux Inonda-
ar des tions du Sénégal. 11 abonde en maïz des deux efpèces, en ris, en légumes,
Ian ges 7" cn
r J'ex- (t) Labat. pag. 241 EP Juiv. (x) Appellée aufli Je petit Lrak.
LE D Cu) Labat. wbi fup, pag. 152. € Juiv.
Pp 3
lies de
Sucxtir X
des Palinicrs.
QCriINpDeta.
Défert, lieu
célcbre pour
ie commerce
des gommes,
Angherbel &
Ingherbcel,
Rivière Por-
tugaife.
Lac de Pa-
ia Fuli.
302
VOYAGES DES FRANCOIS E N
en tabac & en indigo. Le froment y croît fort bien, mais après la feconde
moiflon; comme s'il avoit befoin de fe naturalifer au terroir. Le coton yeft
auîMi en fort grande abondance. On y voit de vaftes prairies, qui nourrifenr
quantité de grands & de petits Beftiaux, tous excellens dans leur efpèce, La
volaille & le gibier y foifonnent, fur-tout les Perdrix ,les Pigeons ramiers, &
les Pintades. Outre les Forêts, il s'y trouve de grands Bois de Palmiers; &
& les Villages, qui font fréquens fur la rivière, rendent témoignage que le
Pays cit bien peuplé.
Au-pessus de l’Ifle de Bifefcha eft celle de Buckfar (y), que les Francois
ont nommée l'Îfle aux Bois, parce de en eft remplie. Élle eft fituée à de.
mic-lieuë de la pointe Nord de l'Ifle Saint-Louïs, Sa longueur eft d'environ
trois lieuës & demie, fur trois quarts de lieuës de largeur. L'Ifle Bichon ou
des Palmiers, eft à neuf licuës de Saint-Louïs, & ne forme qu'une langue fort
étroite, quoiqu'elle ait deux lieuës de longueur. Ces deux files font habitées
& cultivées par les Négres. Ils ont bâti leurs Villages fur des terrains élevés,
pour fe garantir des inondations annuelles de la rivière (x). |
EN continuant de remonter le Sénégal, le premier endroit remarquable
qui fe préfente à gauche eft le Village de Serinpeta, nommé aufli Serimfalli,
ou la rivière, qui a coulé, de-là, du Nord au Sud, defcend déformais de
V'ELE à l'Oueft. Entre ce lieu & Buckfar, le Pays n'offre que des Pâturages
où les Mores de la Tribu de Sargentes viennent nourrir leurs Chameaux &
leurs autres Beftiaux dans le tems de féchereffe, en payantun tribut au Brak.
C'eft à Scrinpeta que fe font les meilleurs Canots du Sénégal. Ce Village
appartenoit en 1715. à un Seigneur Négre, nommé Caye, neveu du Brak.
Juelques lieuës au-deffus de Serinpeta, au Nord de la rivière , commence
le Défert, Canton .célébre par le commerce des gommes, que les Mores de
la Tribu de Ilad-al-Agi y viennent éxercer. C’eit une Plaine vañte & fteri-
le, bornéc par des montagnes de fable rouge, & qui n'a pour arbres que
quelques buiflons, fans aucune forte de verdure.
DEux jJlieuës plus haut fur la rivière, on trouve Angherbel, réfidence du
grand Brack, Roi de Hoval. C’eft une grande Ville, qui a, vis-a-vis, fur
l'autre rive, un Village nommé Jngherbel. Du côté du Sud, le Sénégalre-
çoit une rivière qui vient du Lac Pania l'uli où Fouli, & qui fe nomme Ri-
vière Portugaife. Elle eft à trente-fept lieuës de l'embouchure du Sénégal.
C'eft une efpèce de Canal naturel, par lequel les eaux de cette rivière mon-
tent dans le Lac au tems des inondations, & reviennent enfuite lorfque ce dc-
luge eft fini. Il a cinq ou fix lieuës de longueur. Ses rives font plantees d'ar-
bres, & couvertes de Villages. Le terroir en eft aufli fertile queles HHabitans
font pareffeux. L'entrée de cette Rivière Portugaife eft embaraflée par un pe-
tit Banc de fable, que fa fituation néanmoins ne rend pas dangereux. Le lac me-
me eft ovale dans fa forme. Sa longueur eft de fix lieuës, du Nord au Sud, &
fa largeur de trois, de l’Eft à l'Oueit. Il eft fermé par deux pointes & par une
petite Ifle qui préfente une Crique formée par un affez grand ruiffeau dont les
rives difparaiflent pendant l’Inondation du Sénégal. Lorfque les flots fe font
retirés, la plus grande partie du Lac demeure à fec, & produit d’abondantes
moiffons de maïz, de ris, de tabac & de légumes. Mais cette fécondité de la
terre
(y) Labat la nomme Bottxar. (3) Labat ubi fup. pag. 164. jufqu'à 191.
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. Ce) F'Anglois di de quarante-quatrelicuës ;
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car. IV. 303
wrre & l'abondance de fes Iabitans n'empêchent pas que le Pays ne foit fou-
vent défolé par la famine; ce qui vient autant de la pareffe des Négres, que
du ravage des Sautcrelles, qui dévorent dans certaines années toutes les plan-
tes & tous les fruits. Les Négres mangent ces infeétes; mais le nombre en
et fi grand que l'air en cft quelquefois obfcurci, & qu'il ne refte plus la moin-
dre verdure dans les lieux où elles ont pallé (4).
UN peu plus haut du côté du Nord, le Sénégal reçoit le Marigot ou la pe-
te rivière de Kayor, aui fort du Lac de même nom. Il eft à cinquante licuës
du Fort Saint-Louïs ; & comme celui de Paniafuli, il s'elt formé par les dé-
bordemens du Sénégal. A trois lieuës, fur la rive gauche de ce Canal, on trou-
vele Village de Grain ou d'Ingrin, qui eft gouverné par un Seigneur Négre,
Sujet du grand Brack. Le Pays eft agréable & bien cultivé. Quatre lieuës plus
loin, fur la rive droite, eft le Village de Queda, de la dépendance du Sira-
tick, Roi des Foulis. Dans le tems de la féchereffe, il ne faut pas efpérer de
remonter plus haut vers le Lac, à caufe des rofeaux qui bouchent le refte du
Canal. Quelques lieuts au-deflus, dans la rivière du Sénégal, on trouve une
petite Ifle nommée par les François Menage, d’un lieu du même nom qui eft
a l'oppoñite, fur la rive méridionale de la rivière. Cette Ifle eft agréable &
fertile ; mais fi baffe qu'elle cit couverte tous les ans par l’inondation. Aufi-tôt
que l’eau s’eft retirée, les Négres y font leurs Lugans, c'eft-à-dire leurs Plan-
tations de tabac, de ris, de millet & de légumes, qui leur rendent une riche
moiflon. Cinq lieuës plus haut, du côté du Sud, eft le Village de Coct, direc-
tement oppolé à la Pointe Eft de l'Ifle du Aorfil (b) oud'Yvoire, & au Vil-
lage de Nivlé qui cit fitué fur cette pointe.
L'Isce d'Yvoire eft longue de quatre lieuës (ec), furtrois, quatre, cinq
& fix de largeur. Elle eft formée par un bras du Sénégal, [qui fe partage en
deux aux Villages de Nau, & de Bouray, &1] qui la fépare de l'Ifle de Bilbas,
qu'on en peut regarder néanmoins comme une partie. Le grand Caïal de la
rivière eft du côté du Nord & conferve lenom de Sénégal. Celui du Sud prend
le nom de Riviere d'Yuvire.
Au Sud de la rivière d’Yvoire, le Pays eft uni , fertile ,biencultivé , rem-
pli d'arbres, & divifé par des Prairies d'une grande étendue. Il nourrit quan-
tité d'Eléphans qu'on y voit paître tranquillement, en troupeaux de quaran-
te & cinquante. Mais lorfqu'ils peuvent entrer dans les plantations des Né-
gres, ils y font de terribles ravages. À dix lieuës de la pointe Oueft de l'Jfle
d'Yvoire, fur la rive Nord du Sénégal, eft le Village de Lai, près duquel
on trouve un Village nommé par les François Terrier-rouge , d'où l'on compte
foixante-dix lieuës jufqu'à l'embouchure du Sénégal. Ce lieu eft célébre par
le commerce des gommes, qui font apportées par les Mores de la Tribu d’-
braghena, & dont les échanges fe font comme au Défert. Depuis Terrier-rou-
ge jufqu'à Hovolalda , les deux côtés de la rivière préfentent une perfpeétive
charmante. Ce font de vaftes Plaines, remplies de toutes fortes de beftiaux ,
mais
(a) Labat. Tom. II. pag. 88 & 107. & & Labat, Tom. II. pag. 192. qu'elle a quatre-
Ton. IL pag. 174. vingt licuës de longueur, fur cinq, dix & quin-
(b) L'Yvoire même eft nommée Morfil zelicuës de largeur; mais, dans le Tom. II,
par les Marchands. R. d. T. pag. 179. il ne lui donne que trois, quatre,
ciuq où fix licuës de largeur, KR, 4. E,
Br usz.
Rivière de
Kayor,
Ingrin,
Queda,
Menage,
Ifle d'Yv ire
ou de muoril,
Tali,
Terrier rou-
To
&
EVE
Hovolalda,
Brave,
Rocs de PI:-
ton Donghel,
Donghel,
Burti.
Ie de Bilbas,
Kahaydé,
Gumel, réf-
dence du Sire-
tik.
Ghiorcl,
Layda.
Embakana,
Betcl.
Ghil a
ali
Yafcré.
diivpmnurlt
Burnaghi,
Tafalifea.
304 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
mais expofées à d'étranges ravages dans le tems des Inondations. Les Jap.
tans font alors obligés de fe retiter plus loin dans des lieux élevés, avec leurs
troupeaux & tous leurs effets. Quinze lieuës au-deffus de Fovalalda , onren
contre au milieu de la rivière, une chaîne de rocs qui la traverfe. Elkefe
nomme Platon de Donghel. Dans les tems fecs, l’eau y cit fi bafle, qu'à pei.
ne le paflage eft-il für pour les Canots. Un peu au-delà de cet écuell, eh u.
ne petite [île , fi haute dans une de fes parties, qu'on y eft à fec dans ke
plus grandes Inondations. Les lrançois y avoient autrefois un petit Comptoir
qu'ils ont abandonné. L’Ifle d'Yvoire a du côté du Sud, un Village nommé
Donghel, où il fe fait quelque commerce. Vers la pointe Oueft, elle a le Vi
lage de Burti (d) vis-à-vis l'Ifle de Bilbas, dont clle n'eft féparée que par
un petit bras du Sénégal. Bilbas n'eft pas fi grande, à beaucoup pres, que
l'Ile d'Yvoire. [Elle n'a que trente-cinq lieuës en longueur , fur trois où qua fé
tre de largeur.] Elle eft formée par deux bras (e), qui fe divifent prés d'in
Village nommé le Cap, au Nord de cette rivière, Elle reffemble, pour le ter.
roir & les produétions, à l'Ifle d'Yvoire, & n’eft pas moins peuplée, Plus
haut, fur la rive Nord du Sénegal, eft le Village de Auhaydé, qui étoit au-
trefoisla dernière borne des Voyages François. Un peu plus loin, on trou.
ve une Ifle qui produit du coton, du tabac, & des legumes en abondance.
Au-defus de cette Ifle, le Sénégal reçoit une grande rivière qui vient dk
Gimel, réfidence du Siratik, Roi des f'oulis. Certe rivière s’enfl: baucoup
dans les Inondations du Sénégal; & furpaflant fes bords, elle forme un lac
d'une étendue confidérable. Enfuice, elle laifle, en fe retirant, une elpèx
de glaire qui contribue beaucoup à la fertilité du terroir. Près de l'endroicou
clic fe joint au Sénégal, il y a du côté du Nord, un grand Village , nominé
Ghiorel, qui eft le Port du Siratik. L’efpace, qui eft d'environ dix lieuës en-
tre Gumel & ce Village, eftextrémement fertile, & fort peuplé (f).
DUARANTE lieuës au-deflus de Ghiorel & du meme côté, on trouve
Layÿda, Ville ou Village d'un g'and commerce. Plus haut, le Village d'En-
bakana près duquel, au côté du Nord, eft le Village de Letel (g), fur la
frontière du Royaume de Galam. Betel eft un lieu remarquable par l'abon-
dance de toutes fortes de volailles. Ghilda, première Ville des Etats de Ga-
lam , eft fituée du même côté à quatorze degrés cinquante-fept minutes de
htitude du Nord. A l’oppofite de Ghilda, du côté du Sud, eft Tuabn, réfi-
dence ordinaire du Roi de Galam, & renommée par quelques carrières de
beau marbre. On trouve enfuite le Village de Tafrré, au-deflus duquel, für
la rive droite (h) du Sénéyal, eft celu' de Burnayhi, dont la latitude eit de
quatorze degrés neuf minutes du Nord. Quelques lieuës plus haut, du cote
du Sud, eft la Ville de Tafalifra, fort bien peuplée & célébre par foncom-
merce. On y voit une petite “ofquée, bârie, fi l’on en croit les Négres,
fur le modèle de celle de 12 Mecque; & près de la Ville, on trouve une mon-
tagne de marbre rouge, mélé de veines blanches {i). ee
(4) Ce Village ne fe trouve pas dans ia (sm) Les Anxlois & Labat Ccrivent Bitel.
première Carte. D b) Aasl tar a r ve méritiurale:
Ce) Ici & dans plufieurs autres endroits, dire Jur la rive gauche R. à à
Lebar donne le non de Niger au Sénégn!. 7. .i) Labac Loin. Hf. mag.
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rois Où qu:
UN peu au-deffous de Tafalifga, près du Village de Dongiama, la rivière
de F'alemé, après avoir traverfé lc Pays de Bambuk, vient fe décharger dans
le Sénégal du côté du Sud. Au-deflus de Tafalifga, on trouve le Village de
Buba Segalle. Plus haut, du côté du Sud, on arrive à Dramanet, Ville gran-
" de & bien peuplée. Le nombre de fes abitans eft d'environ quatre mille,
la plûpart Mahométans, qui vivent indépendans du Roi de Galam. Ils ont un
génie particulier pour le Commerce, qu'ils portent jufqu'au Royaume de
Tomburo, & jufqu'aux Etabliffemens des Anglois fur la rivière de Gambra.
Tout le Pays, au Sud du Sénégal, cit fort bien peuplé; mais du côté du
Nord, on ne rencontre pas de Villages au deffus de Ghilda, parce que cette
partie eft fans celle expolfée aux incurfons des Mores. C’elt à Dramanetque
les François avoient bati leur l'ort de 5aint-Jofeph, qui fut furpris en 1702
& détruit par les Négres. Ils l'ont tranfporté à Mantanet, Village un peu au-
deffous, du côté Sud de la rivière, Entre Dramanet & Kaygnu, le Pays eft
rempli de Villages, & le Sénégal reçoit du côté du Sud plufeurs petites ri-
vières, dont la plus conlidérable eft cells de Ghianon. Elle a quarante licuës
D de cours au Sud-Sud-Eft, & porte des Canots (4).
De Dramanct, on compte vingt-cinq lieuës par terre jufqu'à l'Ile de
Kaygnu où Kagnou, nommee par les François Orléans où Pontchartrain. Elle
eft fihaute, qu'elle n'eft jamais entièrement couverte dans les Inondations.
Le terroir eft bon & ferule. À l'oppolite, du côté Sud du Sénégal, ontrou-
ve la Ville de Kaygnu où Gonghiru, quicontient cinq mille Habitans Négres,
& qui jouit d'un commerce contidérable, occationné par le paflage des Ca-
ravanes qui prennent cette voye pour fe rendre à la rivière de Gambra. Les
Cataraétes de lelu, qui ne font pas loin au-deflus de cette Ville, font les li-
mites du Royaume de Galam à FEI, comme Ghilda du côté de l'Oucft. Le
Sénégal tombe ici de la hauteur de trente toifes, après avoir coulé quelque
DIFFERENTES PARTIES 4 L'AFRIQUE, Liv. VI. Car, IV. 95
!
1
!
1
Br:
&ivicre de Fa
cint,
Juba Scgalle
Drunanet,
Ville d'un
grand con
incree,
Rivicre de
Ghianon,
Ile de Kay-
guu,
Ville du mé-
mc nom,
tems dans un Canal étroit, entre les montagnes. Ses limites, Nord-Oueft,
font des Déferts habités par les Mores, dans des Villages mobiles, c’eft--
dire dans des tentes.
Au Nord-Eft, on trouvele Royaume de K'afjan ou Kafju, dont le Souverain
porte le vitre de Segadora & réfide au Nord du Sénégal, dans une grande Ifle
à t#-qui commence entre les cataraétes de l'elu & Govina [qui font éloignées de
quarante lieuës l'une de l’autre. ] Cette Ifle eft formée par deux bras du Sé-
négal, qui prennent le nom de Ruère Noire & Rivière Blanche, & quiaprès
foixante lieuës de cours vont fe décharger dans le Lac de Kaflan, peu connu
jufqu’à préfent des Européens. Il y a beaucoup d'apparence que la rivière de
Gumel, qui tombe dans le Sénégal à Kahaydé, vient du méme Lac: parce
que les débordemens du Lac arrivent en même-tems que ceux de cette riviè-
re. L'Ifle de Kafjan n'a pas moins d'environ foixante lieuës de longueur, fur
, On trouve
age d'Em-
(g), fur la
par l'abon-
tats de Ga-
minutes de
Tuabo, réfi-
carrières de
duquel, für
titude eit de
at, du cote
par fon com-
les Négres,
iveune mon-
UN
l
écrivent Bitel.
OREUR
fix de largeur. Flle eft fort peuplée, extrémement fertile & bien cultivée.
Le Roi eft fi puiflant & fi refpeété, que la plûpart des Rois voifins lui payent
un tribut , fans en excepter celui de Galam (/).
‘eg
K(R) Ibid. pag. 330. € Juiv. Labat Tom. Iil. pag. 355. € Juiv.
III, Part. Qa {. IL.
Cataractes de
elu,
fe & Royau-
me de Kaffan.
Sa longueur,
& puilfance de
fon Roi.
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
rivie
$. IT. Ÿ médi
| Kabr
Recherches fur le Niger. 4 de ce
font |
Où l'on éxamine fi les Rivières du Sénégal &$ de Gambra en font des bras. ! C'eft
4 Il ne
VANT que de finir la Defcription du Sénégal, le fujet nous porte à 1 qu
chercher fi cette riviére eft la même que le Niger, comme un grand ne p
Témotmnares P9Mbre d'Écrivains modernes en paroiflent perfuadés. Cada Mofto, le pre. culie
incertaine de miér qui ait voyagé fur fes bords, étoit (a) de cette opinion. Leon, dansfi | au lo
CadaMoñto & Deftription de l'Afrique, l'affüre avec certitude, & s'explique enfüite fur | d'hui
de Leon, fon origine d'une manière qui rend fes lumières fort douteufes. Il déclare que fa D
cette rivière commence à l'Eft d'un Défert que les Habitans nomment Sr. ; le Sé
D'autres affürent, dit-il auflitôt, que fortant d’un Lac elle coule vers la Mer re qu
à l'Oueft. Les Géographes Afriquains prétendent qu'elle vient du Nil, & | d'éte
qu'ayant coulé long-tems fous terre, elle reparoît dans ce Lac. D'autres si. Moo
maginent qu'elle prend fource à l'Oueft, & qu'après avoir coulé vers l'Ef, L
clle forme elle-même ce grand Lac. Mais cette opinion, continue-t'il, eft neu né p
probable, parce que naviguant à l'Oueft depuis Tombuto jufqu'a Gheneva | apré
& Melli, nous (D) Juivimes le cours de l'eau. Dans un autre endroit, ildit que moig
le lieu où les Marchands s’embarquent eft Kabra, Ville fur le Niger, à dou: tion
ze lieuës de (c) Tombuto; de forte que fes fuppofitions n'ont pas d'autres le pc
fondemens. B:
C'EST néanmoins fur l’autorité de ces deux Auteurs, que fans autre dif: lumil
cuffion , la plûpart des Voyageurs & des Géographes ont regardé ce point qui f
commeaccordé, Ætkius, dans fon Voyage de Guinée, en 1721, ne fait pas tend
difficulté d’affürer (d) que les rivières du Sénégal & de Gambra font deux beria
bras du Niger. Moore, dans fa Relation des Régions intérieures de l'Afrique, qu'ils
| publiée en 1738, cit non-feulement de la même opinion, mais ajoûte quele que €
Re Niger (e) eft un bras du Nil. Cependant il ne parle pas fur fes propres in- du S
TS 2" formations, mais fur le témoignage des Ecrivains qui l'ont précédé. Ilen Lac
cite quatre; Hérodote, la Géographie Nubienne, Leon l’Afriquain, & Lu- pofti
dolf dans fon Iliftoire d’Ethiopie. Mais le premier ne dit rien qui favorifece lit je
giodotc. fenciment. Le Géographe de Nubie a peu d'autorité, quand on confidere des
Ke combien ces Régions étoient inconnues aux Arabes ; & Ludolf fonde l'opi- 805;
h nion que le Nigcr eft un bras du Nil, fur l'autorité du Géographe Nubien & mais
fur le rapport des Abyflins, [qui eft apparemmentlafeuleraifon fur laquellelct LE . à ca
fentiment de ce Géographe eit établi.] 1 fort
_ DE ces quatre Auteurs, Leon eft le feul qui eût voyagé fur le Niger ; (Us | L
l'on voit néanmoins qu'il ne dit rien de certain touchant la fource de cette | la G
riviere,
(a) Voyez ci-deffus la Relation de Cada (d) Voyage d'Atkins, pag. 55. |
Maoito. (e) Labat rejette toutes ces notions. En ct
Cb) No navigammo fecrrendo per l'acqua. fet elles font détruites par les Kelations de plu-
Défcrit, de V'Africa, Part. I. dans la Collec- fieurs Jéfuites qui ont été dans l'Abyfinic,
tion de Ramufio, Vol. L pag. 1.4 [tels que Manuel d'Almeyda, Baltazar ‘Te
Ce) dbid. Part. VII, pag. 78. lez, &c.] .
bras.
] porte ü
un grand
, le pre-
1, dans fa
nfuite fur
clare que
nent ôen.
rs la Mer
1 Nil, &
autres si
ers l'Eft,
il, eftneu
Gheneva
il dit que
r, adou-
s d’autres
autre dif-
ce point
e fait pas
ont deux
Afrique,
te que le
opres in-
lé, Ilen
|, Ge. Lu-
ivorifece
confidère
ade l'opi-
Nubien &
laquelle ic x
Niger ; &
de cette
rivière,
ions. En ct-
ions de plu-
l'Abyflinie ,
lazar ‘cl
DIFFERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Liv. VI. Ciar. IV. 30-
riviere, Il ne fe fonde que fur divers rapports, qui paroiffent d'un poids fort
médiocre. A l'égard de fon cours, il s'explique plus pofñtivement, Depuis
Kabra, dit-il, le cours de la rivière eft à l'Oueft; les Marchands le fuivent
de cette Ville jufqu’aux Régions de Ghinea & de Melli; & ces deux Pays
font fitués fur fe Niger, & vers l'Océan Occidental où le Niger fe décharge.
C'eft prendre un ton de certitude. Mais Leon ne produit aucune autorité,
Il ne parle pas non plus fur le témoignage de fes propres yeux; & quicon-
que éxaminera fa Defcription la trouvera fuperficielle & défeélueufe, pour
ne pas dire remplie d'erreurs fur plufieurs points de Géographie. En parti-
culier, il affüre que la Contrée de Melli s'étend l'efpace de trois cens milles
au long d’une rivière qui fe jette dans le Niger ; tandis qu'on eft für aujour-
d'hui que cette rivière n’éxifte pas. Mais quoiqu'il enfoit, le Niger, fuivant
fa Defcription , ne fçauroit être la rivière de Gambra, & ne peut être que
le Sénégal, du moins fi c'eft l'une ou l'autre. On fe perfuadera moins enco-
re que la Ghinea ou Gheneoa de Leon, à laquelle il donne cinq cens mille
d'étendue, & deux cens cinquante au long du Niger, puiffe être, comme
Moore le fuppofe, le petit Royaume de (f) Tani, fur la rivière de Gambra.
Les Etabliffemens & les Voyages des François fur le Sénégal leur ont don-
né plus d'occafions qu'aux autres Européens d'approfondir ce fecret. Mais
aprés bien des recherches, il paroît qu'ils en ont tiré peu de fruit. Les té-
moignages des Habitans n'ont jamais pû s’accorder; foit que cette oppofi-
tion vienne de leur ignorance, ou d'un deflein formé d'ôter aux Etrangers
le pouvoir & l'envie d'étendre plus loin leur commerce.
BRuE, qui avoit faittrois Voyages fur le Sénégal, enarapporté quelques
lumières que Labat a publiées. Les Mandingos, qui voyagent beaucoup, &
qui font les plus habiles Comm rçans de toutes les Nations des Négres, pré-
tendent , fuivant cet Ecrivain, quele Niger (g) fort d'un Lac nommé Wa-
beria, dont la fituation ne peut être bien déterminée fur leur rapport, parce
qu'ils n’ont aucune connoiffance des longitudes & des latitudes. Ils ajoûtent
que dans un lieu qui fe nomme Barakota, il fedivife en deux bras ; que celui
du Sud , appellé Gambra, va fe perdre, après un fort long cours, dans un
Lac marécageux, & rempli d'herbes & de rofeaux qui enrendent le paffage im-
pofible; & qu’enfortant de ce Lac, il recommence à couler dans un fort beau
lit jufqu'à Barakonda, où les Portugais & les Anglois, qui ont formé plus bas
des Etabliffemens, fe rendent pour commercer avec les Marchands Mandin-
gos; qu’elle eft navigable, pour les Canots, depuis Barakonda jufqu'au Lac ;
mais que dans la faifon même des pluyes, les Barques n’y peuvent remonter,
à caufe des Bancs & des Rocs qui coupent le paflage , ou qui ne laiffent que de
fort petits intervalles ‘e ).
Les Mandingos difent encore qu’au deflus de Barakota, où le Niger forme
la Gambra, il fe divife en deux autres canaux ; que celui qui traverfe le Pays
de Bambuk au Sud-Eft, s'appelle la rivière de Falemé, & fe rejoint au Ni-
ger
(f) Leg, ou plûtôt legh, eft une lettre nomme le Niger, car.les Négres ne connoif-
fort gutturale chez les Arabes, qui ne reffem- fent pas ce nom, ni celui de Sénégal ou Sa-
ble point à notre confonante j, & bien moins naga.
à l'y grec. (b) Le Journal de Stibbs , qu'on verra dans
(g) C'eft-à-dire, la rivière que l'Auteur la fuite, s'accorde avec cette circonftance,
Qa 2
Bruce.
con avoit
voyagé fur le
Niger,
[n'en parte
pis avec plus
de certitude,
Lumières que
jruea tirécs
de; Mandin-
gos,
DRUE,
Réféxions
furles deux
Defcriptions
précédentes,
auffi de la traverfer pour aller à Tombuto,
VOYAGES DES FRANCOIS EN
ger un peu au deflus de Ghion, dans le Royaume de Galam; qu'après avoi
formé la Gambra, le Niger fe divife encore en deux bras, pour former une
grande Ifle, à laquelle ils donnent le nom de Baba Degu; que le Canal gau-
che fe nomme Rivière noire, & celui de la droite, Ærvière blanche; que ces
deux bras fe réuniflent à KafJan, environ vingt lieuës au-deflus de la catarac.
te de Govina, & forment la continuation du Niger.
Suivanr les mêmes témoignages, à l'Eft du Lac Maberia eft fitué je
Pays ou le Royaume de Ghinbala, gouverné par un Prince Négre qui R
nomme Zonka jura Ce Pays eft arrofé par la rivière de Ghien, qui paf
au travers de Tombuto, Ville confidérable par le commerce de l'Or, de l'Y.
voire & des Efclaves. On compte foixante journées, ou le chemin de deux
mois, depuis le roc de Felu jufqu'a cette Ville; ce qui fait environ quatre
cens cinquante lieuës (i ).
Les Marchands Négres que Brue interrogea fur la fituation du Royaume
de Tombuto ou Tombuktu, dont ils avoient fait plufieurs fois le voyage,
l'informèrent que la Ville n'eft pas fituée fur le Niger, & qu'elle en elt mc.
me affez loin dans les terres; que pour s'y rendre ils avoient d'abord füivi
pendant plufieurs jours le côté Sud de la rivière; & qu'après l'avoir quitu,
ils avoient eu cinq jours de marche pour arriver à la Ville.
DE Kaignu, dernier endroit où A rivière cft navigable, jufqu'a Tage, ily
a cinq journées de chemin. Il y en a une enfüuite jufqu'à Bayogne; une de
Bayogne à ÆKonguru ; & continuant cette route, une à Sabaa, deux à Bura-
maga, une à Goury, une à Galama, & quinze à Timbi. Là, quittant la rivié.
re, & prenant au Sud-Eft, on arrive dans l’efpace de cinq jours à ‘Tombuto.
Là, difent les Mandingos, on voit arriver tous les ans une grande Caravane
de Blancs, avec des armes à feu, qui apportent des marchandifes, & qui en
prennent d’autres, particulièrement de l'or. Il faut entendre apparemment
les Mores de Barbarie. Ces trente-deux journées, à dix lieuës par jour, don-
nent trois cens vingt lieuës depuis le roc de Felu jufqu’à Tombuto. La raifon
qui fait quitter le Niger aux Mandingos, vers Timbi, eft pour abréger le
chemin, parce que cette rivière fait alors un grand détour vers le Nord. !ls
y virent des Barques près de Tombuto; & l'Auteur juge qu’elles pouvoient
avoir amené les Marchands de ‘Tripoli, qui viennent à Tombuto tous les
ans (k).
C£s deux Deftriptions font extrémement différentes. Suivant la première,
la fource du Niger eft au Sud-Oueft de Tombuto (2), à beaucoup de diftan-
ce; & Ja riviere qui pafle dans cette Ville, ou fort près, coule à l'Eft, au
lieu de l'Oueft, conformément à l'opinion de ceux dont Leon cite le témoi-
gnage. 1e l'Ifle a fuivi cette hypothèfe dans fes dernières Cartes, en don-
ñant a cette rivière le nom de Sénégal ou Niger, après qu'elle a paffé le Lac
Maberia. Mais la feconde Defcription s'accorde avec l'opinion même de Leon,
% fuppole tout-à-la-fois que le Niger vient de l'Eft, & qu’il eft le même que
le Sénégal. Lequel des deux fentimens doit prévaloir ? Ce qu'il y a d'étrange,
c'el
308
(Y Labat, Tom. I. pag. 162 € fuiu. après l'avoir cottoyée du côté du Sud, aulieu
ro que dans l’autre fituation, cela n'eft pas né-
bid, Tom, Iff. pag. 361 € Juiv.
ceflaire, & s'accorde avec le Journal,
I
(1) Cette fituation de la rivière obligeroit
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‘ombuto,
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le Lac
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range ,
,
C cit
, aulieu
pas né-
DIFFÉRENTES PARTIES pg L'AFRIQUE, Liv. VL Cuar. IV. 309
ceft que malgré de fi juftes füujets d'incertitude, Labat regarde comme une
vérité hors de doute, que le Niger eft le Sénégal, & que la Gambra en eft
une branche ; quoique le Canal de là Gambra, étant beaucoup plus large, mé-
ricat bien mieux d'etre regardé comme le lit principal.
IL eft difficile de juger fur quelles autres lumières De l'Ile s'eft déterminé
pour l'opinion contraire. A la vérité il s'efforce de concilier les deux Def:
criptions, en plaçant Timbi fur le Lac Maberia, à quarante milles de la four-
ce du Ghien, qu'il faic fortir d'un autre Lac. Mais les diftances qu'il alligne
dans fa Carte ne répondent pas au Journal Mandingo. D'ailleurs il ne paroît
as qu'il arrive jamais aucune Barque de Tombuto par le Sénégal, & que les
Marchands faflent le voyage par eau comme par terre; d'où il faut conclure
que le Niger. ou la rivière de Tombuto, n’a pas de communication avec le
Sénégal, ou qu'elle eft coupée par des cataraëtes & des bancs de fable. A
quelque parti qu'on s'arrête, le récit de Leon & celui de Marmol doivent
être faux, lorfqu'ils rapportent que les Marchands füuivoient le Niger juf-
qu'aux Royaumes de Ghinea & de Melli, puifque les cataraétes du Sénégal,
dont on connoît quelques-unes à neuf cens milles de la Mer, devoient nécef-
fairement les arréter.
IL paroît affez, par la différence deces Defcriptions, que fi les Européens
veulent éclaircir la difficulté, ils ne doivent s’en fier qu'à leurs propres foins.
Labat propofe un moyen. (m) Ce feroit d'envoyer d’Arguim & de Galam quel-
ques Facteurs éclairés jufqu'à Tombuto, avec les Marchands Arabes où Man-
dingos. Mais il eft douteux que les Mandingos vouluflent le permettre; car
jufqu'a préfent rien n'a pô les y faire confencir (n). Cependant on a peine à
fe perfuader que ce fecret eût pû demeurer fi long-tems caché, fi les Mar-
chands & les l'ateurs qui réfident dans ces Contrées avoient fait quelques ef-
forts pour le découvrir. Labat, parlant des Arabes qui font le commerce de
l'or à Tombuto, dit que ce n'elt pas leur ignorance, ni leur mauvaife volon-
té, qui empèche les Européens d'en tirer les lumières néceffaires pour entrer
dans le même commerce; mais que les Faéteurs de l'Europe fe renferment
dans les entreprifes ou ils fe trouvent engagés, fans avoir la curiofité de pouf-
fer plus loin leurs vües & leurs recherches. Il en rejette la faute fur les Com-
pagnies de Commerce, qui ne donnent point cette Commiflion à leurs Agens,
& qui ne penfent jamais à les récompenfer, lorfqu’ils fe portent d'eux-mêmes
à faire quelque nouvelle découverte (0).
A l'égard du nom de Niger, Marmol le fait venir des Arabes, qui nom-
ment cette rivière (p) Hued, ou plûtôt #ad Nickar, c'eft-a-dire, la rivière
Noire. Mais cette étimologie paroît forcée, car on ne connoît pas, dans la Lan-
gue Arabe, de mot tel que Nikar ou Nijar, comme l'écrit Ortelius, qui figni-
fic noir. Le nom que leurs Auteurs lui donnent eft M1! ad Sudau, ou le Nil
des Noirs. 11 eft certain d’ailleurs que ad Nickar ef un nom inconnu à
tous fes Habitans. Ils connoïffent bien moins celui de Sanaga , ou de Séné-
gal, qu'il a reçu des Nations de l'Europe qui fe font établies fur fes bords.
Marmol, après avoir obfervé qu’il a pris le nom de Sanaga d’un DR du
| ays
(o) Labat, Tom. L. pag. 301 € fuiv.
(p) Afrique de Marinol en François, Vo-
lume L pag. 35.
Qq 3
Cm) Labat, Tom, I. pag. 301. € Juiv. &
Tom. Il. pag. 367. ï En
(n) Labat, ‘Tom. IV: paz. 5. € Juiv.
Pas
BRU z,
Carte de De
l'Ifc fondée,
l'on ne fçait
fur quoi.
Moyen pour
éclairetr la dil-
liculté,
Raifon qui
empêche
qu'on ne l'em-
ploye.
Origine du
nom de Niger,
Divers noms
de la même
nvicit,
‘Lems de lon
depart,
uo VOYAGES DES FRANCOIS EN
Pays avec qui les premiers Portugais s'étoient liés, ajoûte que les Azanaghis
(4) ou Seneghis l'appellent Senedeck; que les Jalofs, les Denghis & les Tu.
korons, ou ‘T'ukorols, qui habitent plus loin dans les terres, lui donnenr |.
nom de Waye; les Saragols , ou Sarakolez, qui font encore plus loin, cel
de.(r}) Aolle; les Peuples encore plus à l'E, celui de Zimbale; & que dans
le Royaume de Tombuto, on lui donne celui d'I3a, qu'il porte jufqu'a
fource.
L A trace de tous ces noms pourroit devenir utile à prouver que le Sc.
négal eft le Niger , fi l'on pouvoit y prendre qu#lque confiance, Mu
Marmol ne nous apprend pas comment cette connoiflance lui eft venue;
& fi l'on fuppofoit qu'il l'eût reçûe de ceux dont il parle (5), il ne s'en.
fuivroit pas que cette opinion fût fans erreur; çar puifqu'ils fe crompent fur
le cours de la même Rivière, ils ne doivent pas être plus infaillibles fur le
nom (t).
(a) Voyez ci-deffus Tome, 1. Chap, I. (s) Marmol, wbi fun, Vol, HE, pag, 4:
R. d. if. (te) On verra dans la fuite d'autres ren
(r) Kolez eft un nom général de Rivicie ques fur le Niger, à l'occafion de la Gamb
de la Langue de Mandingo. au Volume IV, KR, d.
MEL EE arE EL EE a Be «CEE SE EE ER xx AFEBIN aEE En CES 25 Be UD MERS NE KAEN ET
CHAPITRE VV.
Premier Voyage du Sieur Brue fur le Sénégal en 1697.
À curiofité eut moins de part à ce premier Voyage, que le mauvais
état des affaires de la Compagnie , & la néceflité d'éclairer les fra
des & Iles malverfations des Agens qu’elle avoit fur cette Rivière. Bruc
entreprenoit de rétablir le Commerce & le crédit de fa Nation dans tous les
Etats voifins.
Dans ce deffein, il partit du Fort St, Louïs le 28 Juillet 1697 (a) avec
trois Barques & quelques petites Chaloupes, bien pourvûes. de marchandi-
fes & de vivres; fans avoir oublié de rendre les cabanes commodes , parce
ue l'expérience avoit appris combien cette précaution étoit néceffaire. Il
e fic précéder d’une Barque & de deux Canots, pour donner avis de fon
voyage , & particulièrement pour annoncer au Siratik (b), Roi des Fou-
lis (c) os venoit lui payer les droits, c’eft-à-dire remplir un devoir que
les Directeurs de la Compagnie avoient long-tems négligé. Ses avant-cou-
reurs avoient ordre aufli d'éxercer le commerce dans le cours de leur route,
& de s’avancer jufqu'a Galam pour y attendre fon arrivée. Il étoit réfolu
de rendre fa Navigation fort lente. Le Sénégal étoit alors navigable dans
toutes fes parties; & la faifon des pluyes ne faifant qu’expirer, les arbres à
les prairies coinmençoient à fe revêtir de tout leur éclat. Brue vifita foi-
gneufement
(a) Dans l'Original, il y a 1698, mais il (ce) Labat (Vol. III. pag. 168.) rapporte
eft clair que c'eft une erreur d'inpreffion. plufieurs remarques de M. Bruc furles Fous
Ch) D'autres écrivent Scbiratik, [ & LabatHiOn les rénvoye ici.à la Defcription générer
Siratique,
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mercia d
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7 (d) I:
(e ) Atl
&c font de
Cf) Fa
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Car, V. 314
. A.
gneufement les deux côtés de la rivière, s'arrétant dans les endroits les
lus célèbres pour le Commerce , achetant les marchandifes que les Nügres
hi apportoient, & faifant des préfens aux Chefs de chaque Village (d).
Ris ne pouvoit furpañler la beauté du Sénégal dans cette faifon, Iln'a-
voit pas moins d'une demie-lieuë de large. Ses rives étoient couvertes de
ras arbres de toutes les efhèces , chargés de verdure, & peuplés d'une
grande variété d'Oifeaux, aufli-bien que de Singes & d'Ecureuils, dont les
mouvemens & les tours comiques Faifoient un fpeétacle amufant, Entre les
Oifeaux, les uns étoient bleus, les autres rouges, d'autres noirs, un grand
nombre de la groffeur des Linottes, & bigarés des plus brillantes couleurs.
Un peu au-deflous de Donay, Village où les Moresde la Tribu d'Ebraghena
vicnnent faire quelquefois le commerce des gommes, on trouve une Ifle
que les François appellent Menage, du nom d'un Village qui eft fitué vis-à-
vis fur la rive droite de la Riviere, Elle eft baffle, & par conféquent fu-
jecte aux Inondations, Mais aufli-tôt que l'eau s'eft retirée, les Négres
forment des Plantations, qu'ils appellent (e) Lugans , & la moiflon x"
toljours fort abondante. Cinq lieucs plus haut on trouva un autre Village,
nommé le Cog, avec une petite Ifle du même nom, qui eft à la Pointe Oueft
de la grande Ifle d'Yvoire ou du Morfil, & vis-à-vis un Village de cette
Ile, qui fe nomme Ni, L'Ifle d'Yvoire eft d'une grandeur confidérable.
Sa longueur eft de quarante-quatre lieuës, fur trois, quatre, cinq & fix de
largeur, Son nom lui vient de la quantité de dents d'Éléphans que les Fran-
çois y achetent. Le terroir eft riche & bien cultivé. Il nourrit un grand nom-
bre d'Eléphans, qui forment des troupeaux paifibles de quarante ou cinquan-
te, mais qui, fans nuire aux Habitans, font quelquefois de grands ravages
dans les Plantations, Les Négres n'ayant pas la hardiefe fe les attaquer
ouvertement, employent l'artifice pour fe venger. Ils creufent de grandes fof-
fes, qu'ils couvrent de branches & de feuilles d'arbres. Lorfqu'un Eléphant y
cit tombé, ils le tuent facilement à coups de fléches, & font un délicieux
feftin de fa chair, après lui avoir laifé le tems de fe mortifier.
Dix licuës au-deflus de la Pointe Oueft de l'Ifle d'Yvoire, fur la rive Nord
du Sénégal , on rencontre le Village de Laly, près duquel eft un lieu célébre
pour le commerce des gommes avec les Mores de la ‘Tribu d'Ebraghena. Les
l'rançois l'ont nommée Terrier-rouge, & comptent de-là foixante-fix licuës
jufqu'au Forc St. Louïs. Depuis T'erricr-rouge jufqu'à Hovalalda, les deux côtés
de la rivière font charmans. On n'apperçoit que de vaftes Prairies, couvertes
de beftiaux. Mais dans les Inondations annuelles du Sénégal, le Pays et fi
rempli d'eau, que les [abitans font forcés de fe retirer dans des lieux plus éle-
vés avec leurs troupeaux & leurs effets. Bruefutreçu, à Iovalalda, par le
(f) l'arba, ou le Chef du Village. C’étoit un ancien ami de la Nation Fran-
çoife. Il apporta un préfent au Général, qui lui fit aufli le fien, & qui le re-
mercia du foin qu'il avoit pris de l'Equipage d'une Barque l'rançoife qui avoit
etc fubmergée par une forte d'ouragan, ou de vent fubit, qui s'appelle Pu-
: chat
Cd) Labat Tom, HE, pag. 173. qui fignifie Seigneur ou Chef d'un Village,
Ce) Atkins les appelle Lugars, & dit que Dans les Royaumes de Galam & de Bambuck,
cc font des Plaines femées de ris. C'elt Furim & Elemanni,
Cf) Farba cit un titre Négre de dignité,
Jenuté «ls
rives du
ne:
Village du
Coû
Ifle d Yvoltre,
Laly &Ter
dicr-rouge,
Barque l'ran.
çoife fubmei
Bec,
412 VOYAGES DES FRANCOIS EN 1
chot (g) dans le Pays, Cette partie du Sénégal y eft fort expolée, autant ri u'au
largeur que par la difpolition naturelle de fes bords & par l'immenfe érer. er1
due des Paiioe. Le l'arba de Hovalalda étoie fort riche en troupeaux, 1 ron ti
aimoit pallionnément l'eau-de-vie, avantage extréme pour les l'rançois. Be beau
dtoient fürs d'entretenir fon amitié par cette voye, 1! donnait volontiers dans
un Bœuf gras pour une pinte de cette liqueur chérie, Bruce remarque qu'il ? our
n'eft jamais à-propos de donner aux Nègres une bouteille à demi-pleine rod
pue que, foit orgueil ou fimplicité, ils préfèrent un petic vafe plein à un Mais
arrilauquel il ne manqueroit qu'un pouce de fa mefure, En général, com. éxem
me ils aiment l'eau-de-vie à l'excès, c'ett toûjours la meilleure marchand. aunes
fe qu'on puifle leur propofer pour les échanges. On peut juger par-là des roit q
immenfes profits de la Compagnie, quand fes Magalins en font bien rem. Br
plis. L'eau de-vie ne lui revenant qu'a vingt fols la pince, elle y gagnecenr ges
pour cent (h). gre €
: Les bords du Sénégal, près de Fovalalda, abondent dans cette faifon, à mes
Ofcaux nom: en Aubalots, qui font une efpèce d'oifeaux dont le nombre eft coñjours fort leurs
més Kubalots, . , , ù LE e Re cet
grand lorfque celui des poiffons l'eft aulfi dans la rivière, Ils fonc leurs nijs | CevV
(i) à l'extrémité des branches qui font fufpendues fur la rivière, pour évi. çois.
ter les pourfuites des Singes, que la crainte de tomber dans l'eau empeche au C
de les chercher fi loin. Quinze licuës au-delà de Hovalalda, on rencontre eft d
une chaîne de rocs, nommée Platon de Donghel, qui traverfent la riviere, fort
mais au travers defquels on pourroit ouvrir facilement un pañlage, en les fai- à fou
fant fauter, On trouve, au-deflus, une petite Ile, que fa hauteur préferve tape
des Inondations, La Compagnie s'y étoit formé autrefois un Comptoir, pour Ja ri
le millet, les cuirs, les beftiaux & l'Yvoire, La rivière étant alors nav ne Mor
ble, Brue n'eut pas de peine à pañler. Il laiffa dans life un Faétour K ji rélid
Oëtrvaion 1098 Laptots, pour faitir toutes les occalions du Commerce, Eu
fur les Coipe La multiplication des Comptoirs auroit été d'un grand avantage pour Fe
toirs, Compagnie, files Agens qu'elle y employoit euflent été en plu: peut nom pren
bre, ou s'ils euffent été plus honnétes-gens. [La plüpart des Ofliciers quid Lom
font à fes gages, au lieu d'écre des furveillans, quis'empechent réciproque. Je
ment de mal faire, s'accordent fouvent à faire leur profit aux dép'ns de qu'il
ceux de qui ils dépendent.] Le projet du Dircéteur Général pour augmen- conf
ter le Commerce auroit été de faire venir de France un certain nombre de | A
pauvres familles, dont la Compagnie auroit encouragé l'étabhiffement fur les rivé!
bords du Sénégal en leur donnant des terres, en leur fourniffant des mar- de c
chandifes; en un mot, de les attacher par néceflité aux intérecs de la Com- eft |
pagnie. réfid
BRuE reçut dans fon voyage (4) un Exprès du Siratik, Empereur ou Roi Et,
des Foulis, pour lui apprendre l'impatience que ce Prince avoir de le voir, Inor
ou plûütôt de recevoir le payement de fes droits. 11 continua fa navigation juf- a
qu'au SL
deu)
#ÿ(g) On appelle Purchot un tourbillon de nids, des Villages d'Oifeaux. [Ces nids fonte un f
vent qui en tournant avec une violence &une en grand nombre, & fort prèsles uns des au 1 du j
force extraordinaire, entraine tout ce quil tres.] 1 mo!
rencontre, pour peu qu'il lui faffe obilacie, (k) Ces Courriers vont fort vite, parce tain
(b) Labat ubi fup. pag. 183. EF Juiv. que la route eft excellente & que leurs Cha- Î fort
(4) Les Négres appellent ces rangées de meaux ou leurs Chevaux font cres-prompts : 1
PaMion des
Négres pout
| dt dlu-vie,
N
tant fr (4
benle Cten.
Peaux, ||
nÇoIs, qui
Volontiers
arque qu'il
Miepleine ,
plein à un
ral, com.
narchandi.
par: des
bien rom:
Gagne cent
tte faifon,
Jours fort
leurs nids
pour évi.
L empécre
rencontre
à rivière,
en les fai-
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:ur où Roi
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ation juf-
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À
» nids font
uns des au
ite, parce
leurs Cha-
À pr'omptse
DIPFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv, V, Omar, V, or 3
u'au Village de Burty, à l'extrémité Orientale de l'Ile d'Yvoire, & féparé
de l'Ile de Bilbas par un bras du Sénégal. L'Ifle de Bilbas eft longue d'envi-
ron trente-cinq lieuës, fur deux & quatre de largeur, Le terroir reffemble
beaucoup à celui de l'Ifle d'Yvoire, Son principal commerce confifte auf
dans la multitude des dents d'Éléphans, qui s'achecenc fur le pied de fix fols
our le poids de dix livres. Les cuirs fe donnent à quarante (ts piéce ; les
Lioutes & les Chèvres pour trois fols, & les autres alimens à proportion,
Mais fi les Négres font un préfent, ils s'attendent à recevoir le Rouble, Par
éxemple, s'ils vous donnent un Bœuf, ils comptent de recevoir cinq ou fix
aunes d'étoffe; au lieu que fi vous l'achetiez au Marché, il ne vous coûte-
roit que vingt-cinq ou trente fols,
Brus fit voile enfuite à mu , Où il fut vifité par le Chef de ce Villa-
ge, qui étoit accompagné de fa femme & de fes enfuns, Ce Seigneur Né-
gre étoit monté fur un fort beau Cheval; & post cortège il avoit vingt hom-
mes bien équipés & chargés de Grifgris. Sa femme & fes filles, fuivics de
leurs fervantes, étoient fur des Anes fort gras, & vêtues d'étoffes de coton,
Ce Village faifoit autrefois les bornes des Voyages & du Commerce des l'ran-
çois. Cette raifon leur y faifoit entretenir un Comptoir & payer des droits
au Chef; mais depuis l'extenfion de leur Commerce, cet Etabliffement leur
eft devenu tout-à-fait inutile, Un peu au-deffus de Kahaydé, on voit une îfle
fort riche en coton, en tabac & en toutes fortes de légumes. Elle n'a rien
à fouffrir des Inondations; & l'on auroit peine à wrouver un lieu plus avan-
tageux pour établir un Comptoir, fi dans le tems de la féchereffe, lorfque
Ja rivière eft fort balle, elle n'étoit ouverte aux incurfions des Négres & des
Mores, qui infultent fouvent cette Contrée, Elle eft trop voifine auffi de la
rélidence d'un Roi Négre. Tous ces Princes fe rendent fi importuns par leurs
demandes, que les Mandians les plus effrontés de l'Europe pourroient pren-
dre d'eux des leçons. S'ils ne peuvent rien obtenir à titre de préfent, ils
prennent le parti d'emprunter ; & pour le moindre refus, ils défendent le
Commerce ou le chargent de nouveaux impôts. Auñi leur voifinage eft-il fore
incommode, Ils s'attendent fans celle à de nouveaux préfens; & du premier
qu'ils reçoivent, ils fe font un droit pour demander qu'il foit renouvellé
conftamment.
A Kahaydé, Brue reçut un fecond Courrier du Siratik, pour preffer fon ar-
rivée. Comme la petite Flotte n'étoit plus qu'à deux lieuës de Ghiorel, Port
de ce Prince fur le Sénégal , le Général François y arriva bientôt. Ghiorel
eft un grand Village, dont le Siratik a fait le centre de fon commerce. Sa
réfidence eft dans celui de Gumel, qui en eft à dix lieuës vers l'Eft-Nord-
Et, fur les bords d'une fort belle rivière, qui s’enfle beaucoup pendant les
Inondations du Sénégal, & qui porte les fiennes dans tout le Pays voifin,
Ces grands débordemens ne contribuent pas peu à rendre la terre plus graf-
fe, par une forte d'écume qu'ils y laiffent & qui produit confécutivement
deux récoltes. Celle du ris, fur-tout, eft d'une abondance extraordinaire dans
gun fi bon terrain. Elle fe fait immédiatement à l'arrivée des eaux; [& celle
du millet & du ris, après qu'elles fe font retirées.] Le tabac n’y eft pas
moins excellent; & fi les Ilabitans étoient accoûtumés au travail, il eftcer-
tain que la France en pourroit tirer beaucoup d'avantage. Mais tous les ef-
forts de la Compagnie pour engager les Négres à cultiver une plante fi pré-
IIL Part, Rr cicufe,
Brhauz
1697,
Orandeur &
Lrulité du
l'Hle dubbilbas,
Viflte que
Brue reçoit
d'un Chef &
de fa Famille,
Ifle fort fer
tile,
Avarice des
Rois Négres.
Port &C if in
le de diratik
{
{|
A PE
34 VOYAGES DES FRANCOISEN
cieufe, ont produit peu d'effet jufqu'aujourd'hui. Brue fit convenir plus d'une
fois Jean Barre & Yamfec de l'utilité qui leur reviendroit d'en planter dans
‘lle. Ils | entreprendre. Mais lorfqu'on en vint à
l'éxécution , ils trouvèrent des difficultés de la part des Négres, qui s'excu.
leur Ifle. Ils lui promirent même de |
férent fur l'éxemple de leur Ancêtres.
EN arrivant à Ghiorel, Brue fit tirer trois coups de canon , pour annon.
cer fon arrivée. A peine eut-il mouillé l'ancre, qu'il reçut la vifite du Farba
Ce Négre, qui étoit Oncle du Siratik, & qui avoit toûjours eu beaucoup d'af.
feétion pour les François, fut reçu d'eux avec beaucoup de civilité, [& fa.
lué de quelques coups de pierriers quand il retourna à terre. ] Il promit au Génér.
de dépêcher fur le champ un Exprès au Roifon neveu. Dé 1 mème for, But
Siré, un des fils du Siratik, qui avoit fes terres entre Ghiorel & Gumel, fe
rendit à bord, & répondit au Général de l'amitié que fon Père avoit conçue
our lui, für la feule réputation de fon mérite. Ce compliment fut accompa-
vaillée,] du poids d'une once. Le Général fit aufi fes préfens au Prince, &
le falua de plufieurs coups de canon à fon départ. Enfüite ayant fait defcendre
fes Faéteurs pour commencer le Commerce, il trouva dans le Village tant
d’avidité pour fes marchandifes, que fes arques furent bientôt chargées de
celles du Pays.
Le Siratik n'eut pas plûtôt appris l’arrivée des François, qu'il fit compli-
menter Brue par fon grand Bouquenet, c'eft-à-dire par le Grand-Maître de fa
Maifon. Cet Officier étoit un Vicillard vénérable, de fort belle taille, avec
la barbe & les cheveux gris; ce Ers marque parmi les Négres une vicilleffe
fort avancée. Mais il n’en paroïifloit pas moins vigoureux, ni moins vif &
moins poli. Son nom étoit Baba Milé (1). Après les premiers complimens, il
reçut le payement des droits, & les préfens annuels. C’étoient des étoffes
noires & blanches de coton, quelques piéces de drap & de ferge écarlate
de Ja laine filée & veines ;] d
es chaudrons de cuivre, u fucre, de l’eau-de-vie, des épices, de la vaif-
felle, & quelques piéces de monnoye d'argent au coin d'Hollande, avec un
furtout de drap écarlate à la manière du Brandebourg [avec des agrémensré
d'argent, qui fe boutannent par derrière] & deux buëtes pour renfermer la
plus précieufe partie du préfent. Le Bouquenet reçut auffi les droits qui reve-
noient aux femmes du Prince, & qui montaient à la moitié des premiers ; fans
oublier ce qui lui revenoit à lui-même, [& qui étoit à peu près de la mê-K°
me valeur que le préfent deftiné aux Reines.] Le Kamalingo, au le Licute-
nant Général du Roi, qui eft ordinairement l'Héritier préfomptif de la Cou-
ronne, vint recevoir à fon tour le préfent ou le droit annuel qui lui devoit
étre payé. Tous ces préfens peuvent monter à la valeur dequinze ou dix-huit
cens livres. Enfuite le Bouquenet (") offrit au Général, 4 la part du Roi,
trois grands Bœufs; & l'ayant invité à fe rendre à la Cour, il fit paroître les
Officiers qui étoient nommés pour le conduire. On avoit déja préparé un
grand nombre de Chevaux pour les gens de. fa fuite, & des Chameaux pour
tranfporter fon bagage.
(1) ou Pere Milé. ‘Le nom de Baba fe vicillards.
donne j4r Eonneur chez les Négres à tous les (m) Angh Le Kamalingo. R. d E.
gné d'un préfent de deux Bœufs gras & d'une petite boëte d'or [ fort bien tra.»
u corail, de l’ambre jaune, du fer en barre,t#
kpmes !
Le
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> Ja Cou-
ii devoit
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ux pour
Le.
", & fa jé
| KDomeftiques, avec douze Laptots, ou Négres libres, bien armés.
Ë
DIFFERENTES PARTIES pe 1'APRIQUE, Liv. VI. Cirar. V. q1$
j i Brue prit terre au bruit de fon propre canon, & fe mit
Pl . Ta Cour du Siratik. Son cortége étoit compofé de fix de fes
Faéteurs, deux fnterprétes, deux Trompettes, deux Hautbois, & ps pe
, tagée en deux Corps, marchoït une partie à la tête, &
fbtse à papy le bagage.] Il traverfa un Pays fort uni & bien culti-
vé, plein de Villages & de petits Bois. En approchant de Bukar, où Bukfar,
il découvrit de vaites prairies, dontles parties bafles fe fentoient déja de l'I-
nondation qui commençoit à gagner dans le Pays. Ce qui reftoit de terrein
fec étoit fi couvert de toutes fortes de Beftiaux, que les Guides du Général
avoient peine à lui faire trouver un pañlage. Le convoi ne put arriver à Buk-
à l'entrée de la nuit (n). | |
us à Puras Siré, à qui . illage appartenoit, vint au-devant des François
à la tête de, trente Chevaux. Auili-tôct qu'il eut apperçu le Général, il s avan-
ça au rand galop, en fecouant fa zagaye, comme s'il eut voulu la lancer.
Brue bords xx À même manière, c'elt-à-dire avec le piftolet en joue. Mais
lorfqu’ils furent près lun de l'autre, ils mirent pied à terre & s embrafférent.
Enfuite, étant remontés à cheval, ils entrérent dans le Village, & le Prince
conduifit fon Hôte dans une maifon qu’il avoit fait préparer pour lui, dans
le même enclos que celle de fes femmes. Après l'avoir introduit dans fon ap-
artement, il le laifla feul, mais au même moment le Général fut conduit à
Faudience de la Princefle. Elle lui parut d'une taille médiocre ; mais très-bien
faite, jeune & fort agréable. Ses traits étoient réguliers, fes yeux vifs &
bien fendus ; la bouche petite, & les dents extrémement blanches. Son teint
couleur d'olive auroit beaucoup POMADE les agrémens de fa figure, fi elle n’eut
is foi er avec un peu de rouge.
PE es ve fort irisegt » & fé remercia de fes préfens avec beau-
coup de grace. Il fit fucceflivement fa vifite à deux ou trois autres femmes du
Prince; après quoi retournant auprès de lui, il y pafla le tems jufqu’à l'heure
du fouper. Il fut reconduit alors dans fon appartement, où il trouva plufieurs
plats de kuskus, du Sanglet, des fruits & du Jait en abondance, qui lui étoient
envoyés par les femmes du Prince. Quoiqu'il fe fût fait préparer à fouper par
un Cuifinier de fa Nation, la civilité lui fit goûter de tous ces mêts Afriquains.
Après qu’il eut foupé, le Prince vint, s’affit fans cérémonie, mangea quelque
chofe du deffert, but plufieurs coups de vin & d eau-de-vie : & fe sas à Anse
avec lui, jufqu'à ce qu'on fûc venu l'avertir que tout sa je pour le Folgar
ou le Bal, L'affemblée étoit compofée de toute la jeunefle du Village, a
danfe & chante, tandis que les plus âgés font aflis fur des nattes autour de
celle où fe fait le Folgar. Ils s’y entretiennent agréablement ; & cette nn
fation, dont ils font un de leurs plus grands plaifirs, s appelle Kalder. : san
parle librement. C'eft dans ces cercles qu'on remarque aifément 1 ste Ke fur-
prenante de leur mémoire, & combien ils féroient de progrès dans les Scien-
ces , fi leurs talens naturels étoient cultivés par l’étude. Ils s'expriment en ter-
kpmes fort nobles; [ & ils ont des manières polies;] ce qu’il ne faut .entendre
DAC Of-
néanmoins que des perfonnes de diftinétion, tels que les Seigneurs, les nf
(n) Labat, wbi Jup. pag. 208 € Juiv.
.Rr 2
Dnrus,
1697.
Arrivée des
François à la
Cour du Sira
tik,
Us pañfent
à la Cour du
Prince Six,
Accucil
qu'on y fait À
Brue, femmes
du Prince,
Folgar, oy
Bal des Né-
gres,
|
|
|
|
|
|
|
|
||
||
|
BruEz,
1697.
Situation de
Dukfar.
Le Kamalin-
go vient au
devant du Gé-
néral.
Cour du Si-
ratik,
Audience de
Xe Prince,
Difcour ; du
Général Fran-
çois.
VOYAGES DES FRANCOIS EN
ciers & les Marchands ; car les Payfans, les Ouvriers, & les Pâtres n'y font
pas moins ignorans & moins grofliers que dans les autres Pays du monde.
Le Village de Bukfar eft fitué fur une petite éminence, au centre d'une
rande plaine. L'air y eft fort fain. Les maifons reffemblent à toutes celles du
ays. Elles font rondes & fe terminent en pointe, comme nos glacières de
France: les fenêtres en font fort petites, apparemment pour fe garantir des
Moucherons, qui font extrémement incommodes dans tous les lieux bas. Le
Folgar auquel Brue fut invité fe tint au centre du Village. 1! dura deux heu-
res, & ne fut interrompu que par une pluye violente, qui força tout le mon-
de de fe mettre à couvert.
LE lendemain, on vint, de la part du Prince, s'informer de la fanté dy
Général. Cette politeffe fut fuivie du déjeuner. Le Prince ayant envoyé du
kuskus & du lait, parut aufli-tôt lui-même, & fe mit à table avec Brue,
contre l’ufage des Négres. Enfüuite ils partirent enfemble, efcortés d'environ
quarante Chevaux. La route fe trouva remplie d’une foule de peuple, qui sé.
toit raffemblée de tous les lieux voifins pour voir les Européens & pour enten-
dre leur mufique. En approchant de Gumel, Brue vit venir à fa rencontre le
Kamalingo, fuivi de vingt Cavaliers, qui le complimenta au nom du Siratik,
Ce grand Officier de la Couronne portoit des hautes-chauffes fort larges, avec
une chemife de coton dont la forme reffemtloit à celle de nos furplis. Autour
de la ceinture il avoit un large ceinturon de drap écarlate, d’où pendoit un
cimetère, dont la poignée étoit garnie d’or (0). Son chapeau & fon habit é.
toient revêtus de Grifgris; & dans fa main il portoit une longue zagaye. Le
Général le reçut avec une décharge de fa moufqueterie. Ils continuérent leur
marche, &etraverfèrent le Village de Gumel pour fe rendre au Palais du Roi,
qui en eft éloigné d’une demie-lieuë.
La demeure de ce Prince eft compofée d’un grand nombre de cabanes, qui
font environnées d'un enclos de rofeaux verds, entrelacés, & défendus pa
unehaye vive d'épines noires, fi ferrée que le paffage en eft impoñible aux
Bêtes fauvages. Le Roi, informé de l'approche du Général, envoya les princi-
paux Seigneurs de fa Cour au-devant de lui; de forte qu’en arrivant au Pa-
lais, fontrain étoit d'environ trois-cens Chevaux. Tout ce cortège defcen-
dit à la première porte, excepté le Général, le Prince Siré & le Kamalin-
go, qui entrérent à cheval, & qui ne mirent pied à terre qu'a deux pas de
la fale d'audience (hp).
BRuE trouva le Siratik affis fur un lit, avec quelques-unes de fes femmes
& de fes filles, qui étoient à terre fur des nattes. Ce Prince fe leva, fit
quelques pas au-devant de lui, la tête découverte, lui donna plufieurs fois
la main, & le fit affeoir à fon côté. On appella un Interpréte. Alors Brue
déclara qu'il étoit venu pour renouveller l'Alliance qui fubfiftoit depuis un
tems immémorial entre le Siratik & la Compagnie Françoife. 11 protefta
que dans toutes fortes d’occafions la Compagnie étoit prête à l'aider de tou-
tes fes forces. Il infifta fur les avantages que les Sujets du Prince tiroient
de cet heureux Commerce; & pour conclufion, il l’affüra de fes fentimens
particuliers de refpeét & de zèle Pendant que l'interpréte eapliquai ce
ifcours ,
316
(o) Angl. garnic d'argent. R. d. E. (p) Labat, ubifup. pag. 214 € Juiv.
Craig
parce
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pofe :
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agayce. Le
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ais du Roi,
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fendus par
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Et
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DIFFERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE Liv. VI. Cuas. V, 317
difcours, Brue obferva que la fatisfaétion du Siratik s'exprimoit fur fon vi-
fage. Il prit plufieurs fois la main du Général, pour la prefler contre fa
poitrine. Ses femmes & fes Courtifans répétoient avec la méme joye: Jes
François Jont une bonne Nation ; ils font nos amis.
LE Siratik répondit d’un ton fort civil, qu'il rendoit graces au Général
d'être venu de fi loin pour le voir ; qu'il avoit une véritable affeétion pour
la Compagnie , & pour fa perlonné en particulier ; qu'il vouloit oublier quel-
ques fujets de plainte qu'il avoit reçus des Agens de la Compagnie; que dans
la confiance qu'il prenoit. à fon caraétére, il lui accordoit la liberté d'établir
des Comptoirs dans toute l'étendue de fes Etats, & de bâtir des Forts pour
leur füreté. Enfin, il conclut en aflürant les françois de fa faveur & de fa
proteétion, |
L'ARTICLE des Forts étoitune grace importante, Pour le bien compren-
dre, il faut obferver qu'à la vérité les Rois Négres aiment pañlionément le
Commerce des Européens, fur-tout celui des François, qui ont plus de com-
plaifance pour eux que toutes les autres Nations de l’Europe; mais qu’ils ne
craignent pas moins de leur voir former des Etabliffemens dans-leurs Etats,
parce qu’ils ne fçauroient oublier la tyrannie avec laquelle ils ont été traités
par les Portugais & les Hollandois. Cette défiance pour leur liberté ,les dif-
pofe à regarder toûjours avec horreur tout ce qui a l'apparence de Fortifi-
cations, quoiqu’ils accordent volontiers des magafins pour y placer des mar-
chandifes. D'un autre côté, les Européens, qui ont appris par une longue
expérience quels avantages ils ont à tirer de leur Commerce en Afrique,
mais qui ont reconnu l'avidité des Princes du Pays, & la mauvaife foi des
Mégres, n'abandonnent pas volontiers leurs marchandifes aux infultes qu'ils
ont toûjours à redouter. Aïnfi la liberté de fortifier les Comptoirs étoit la
plus grande faveur que les François pullent efpérer. Le Général, charmé de
l'avoir obtenue, en remercia vivement le Siratik, & lui fit divers préfens en
fon propre nom. Ils confiftoient en quelques riches étoffes de l'Inde ( 4), en
épées à monture d'argent, accompagnées d’une paire de piftolets fort bien
travaillés, de quelques telefcopes, de quelques verres ardens, & d'autres cu-
riofités. Le Siratik en fut d'autant plus fatisfait qu'ayant été payé de fes droits,
il ne s’attendoit pas à cette nouvelle galanterie. [! combla le Général de ca-
reffes. Il lui fit l’honneur de le faire fumer dans fa propre pipe, Enfin, il
le reconduifit lui-même jufqu’à la porte de la fale.
Deux Officiers, qui étoienc à l’attendre, le menèrent enfuite à l’audien-
ce des Reines, & des Princeffes filles du Roi. Il fit à toutes ces Dames des pré-
fens moins confidérables par le prix que par leur nouveauté. Une des Reines
ayant obférvé que pendant l'audience du Siratik, il avoit regardé avec beau-
coup d'attention une jeune Princeffe de dix-fept ans, qui étoit fa fille, s’ima-
gina qu'il avoit pris de l'amour pour elle, & propofa au Roi de la lui donner
en mariage. Ce Prince y confentit aufli-tôt,& fitoffrir au Général les premiers
Poîftes de fon Royaume, avec un grand nombre d'Efclaves. Brue s’excufa
fur ce qu'étant. marié, fa Religion ne lui permettoit d’avoir qu'une femme.
Cette réponfe fit naître quantité de réfléxions & de difcours entre les Da-
mes
(a) Angl, en quelques piéces d’indienne fort belles, R, d. E,
| Rr 3 L
Brusz:.'
1697.
Réponfe du
Siratik,
l'aveur im
portante ac-
cordéc aux
François,
Obfervation
fur les l'orts
d'Afrique,
Audience des
Princefles,
Elles veulent
marier le Gé-
néral en Afri.
que,
418 VOYAGES DES FRANÇOISEN
nruz mes Négres, fur le bonheur des femmes de l'Europe. Elles demandérent:
1697. Brue comment il pouvoit vivre fi long-tems fans la fienne, & ce qu'il pee
Chev:
foit de fa fidélité dans une fi longue abfence. véri
porratcdu JE Siratik avoit alors près de cinquante-fix ans. 11 étoit d'une taille me. | AP
Siratik. diocre. Ses cheveux & fa barbe commençoient à blanchir. On l'auroit pris » lape
à fon teint pour un Mulâtre plûtôt que pour un Négre. Il avoit le nez fuded
N fifter
aquilin & fort bien-fait, la bouche petite , & les dents belles. Quoi.
qu'il eût les yeux petits, fa phyfionomie étoit belle, avec l'air vif & ou. D tout v
vert, Il étoit vêtu fort fimplement d'une chemife de coton noir [par des. jé p qui mi
‘ enten
fus fes culottes |, avec un bonnet de la même couleur & de la même étof.
fe, des botines de cuir d'Efpagne, & un fac de velours rouge fur l’eftomac
qui contenoit fon Alcoran. Il étoit déja fort zélé pour la Religion de M-
homet, & fon zèle augmenta dans la fuite jufqu’aux derniers excès de la fu.
perftition.
Iz étoit fort tard lorfque le Général fortit de l'appartement des Princeffes
Elles l'avoient arrêté long-tems par mille queftions fur les ufages de France.
la déci
çat ni
civiles
taux p
unis
Roi
A fon retour, il trouva trois des principaux Officiers du Roi, qui l’attendoient gré. L
Complimens pour lui faire leur compliment. L'un fe nommoit l'Anadi Ardé , Surintendant ve Shi
LE es ur dela Maifon Royale; & les deux autres Lam Ghiondé Bulu, & Lam Ghiondé Ba
Li Honté, tous deux Gouverneurs de Province. Ils étoient vêtus d’une étoffe à Sera el
rayes blanches & noires , que les Négres tirent des Mores, à qui elle vient des TER
Hollandois. Brue leur offrit de l'eau-de-vie; mais étant fort attachés à leur te. Jan
Religion , ils refuférent d'y toucher. Il leur fit quelques petits préfens, avec les fe
lefquels ils fe retirèrent fort fatisfaits. Quelques momens après, on lui apporta DRE
de la part des Reines un grand fouper, dans des plats de bois & dans des cale- ut
baffes. Les mêts étoient les mêmes que le foir du jour précédent. Il en goûta SP
par refpeét, comme il avoit fait la veille. Pendant qu'il étoit à table, le Roi dans Le
| lui envoya un jeune Efclave, dont il lui faifoit préfent (r ). ce de t
os Le jour fuivant , ce Prince, après avoir fait demander des nouvelles de L sa q
Es fa fanté, entra dans fa chambre, & s'étant aflis familièrement fur fon lit, prit Es
L long-tems plaifir à l’entretenir pendant qu'il s’habilloit. Il lui propofa d’aller ) Pre
faire la revûe de fa Cavalerie. On amena aufli-tôt des Chevaux pour le Roi, : .
pour le Général, & pour les Officiers de leur fuite. Ils fe rendirent dans SR: ER
une grande plaine à trois quarts de mille du Palais. Le Général François fe Vu ë
fit accompagner de fes Trompettes & defes Hautbois, qui impofèrent filen- mai
ce à ceux de la Cavalerie Négre. Les inftrumens du Pays font d’Yvoire & pe
de différentes grandeurs; mais ils rendent un fon fort défagréable. La Ca- Mt
valerie confiftoit en fept cens hommes , bien-faits, & fort bien montés. Ils dE |
paflèrent deux ou trois fois (s) devant le Roï & le Général ; après quoi fe de nt
divifant en deux corps ils firent plufieurs évolutions à leur manière, avec . |
Les Négres Teaucoup d'agilité, mais fort peu d'ordre. Tous les Chevaux étoient Barbes, ab
| . ou , fortis de cette race. Leur grand défaut eft de n’avoir pas de bouche, de:
| ” [ce qu'il faut attribuer vrai-femblablement à leurs mords qui font mal-faits.]*# M fer à
1 Les étriers des Négres font fort courts, comme ceux des Mores. Entre Îles D kpnicrs €
| | Chevaux E
| Cr) L'Original Anglois dit d'après La- lui donna en pur don, & fans prétendre €n (31
| bat que le Roi envoya à Bruc un jeune Ef- recevoir aucun payement. R. d. E. (9)
j clave pour fon fouper; ce qui fignifie qu'il le (s) ÆAngl. deux à deux. R. d. E. reux Pe
à a € a CE a CR Da
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI Car. V. 319
Chevaux du Roi, Bruce en vit plufieurs d'une grande beauté, qui étoient de
véritables Barbes, & dont chacun valoit quinze Efclaves (+).
Arrès la revûe, qui dura trois heures, le Roi revint au Palais, & prit
la peine de conduire le Général à fon appartement. De-là il fe rendit à la
fale d'audience, pour y adminiftrer la Juftice à fes Sujets. Brue curieux d'af-
fifter à ce nouveau fpeétacle, obtint d'etre placé dans un lieu d’où il pouvoit
Quoi. tout voir fans être apperçu. Il trouva le Siratik environné de dix Vieillards, Adminiftra.
if & ou- ! qui écoutoient les Parties féparément, &quilui rapportoient ce qu'ilsavoient tion de la Ju£
[ par des.» À entendu. Aprés quoi ce Prince, fur l'avis des mêmes Conféillers, prononçoit SL par leSira-
me étof. la décifion. Elle étoit éxécutée fur le champ. Brue n’apperçut point d'Avo- ‘*
eflomac, çat ni de Procureur (v). Chacun plaidoit {a propre caufe. Dans les Caufes
de Ma- civiles, il revient au Roi un tiers des dommages. Il y a peu de crimes capi-
de la fi taux parmi les Négres. Le meurtre & la trahifon font les feuls qui foient
unis de mort. La punition ordinaire eft le banniflement ; c'eft-à-dire ue
Roi vend les coupables à la Compagnie, & difpofe de leurs effets à fon
gré. Un Débiteur infolvable eft vendu avec toute fa famille, jufqu’à la plei-
ne fatisfaétion du Créancier ; & le Roi tire fon tiers de cette vente, |
BRUE, à fon retour, trouva un dîner qui luiavoit été envoyé par les Rei--
nes, comme: fouper du jour précédent. De fon côté il leur envoya quele
ques piéces de pârifierie à la Françoife, celles que fes gens les avoient pi fai-
re fans four. 11 pafla une partie de l'aprés-midiavec le Roi, & l'autre avec
les femmes de ce Prince, qui lui parurent fort fatisfaices de fes tartes, & qui
; prirent foin de lui envoyer fon fouper. Le lendemain, le Roi fe trouvant
1 apporta fort incommodé des Moucherons, que l'eau fembloit amener en fe débordant,
des cale- & qui commengçoient à remplir l'air, prit la réfolution de fe retirer plus loin _——
en goûta dans le Pays avec fa Cour. Il fit appeller Brue en public; &, dans la préfen- géite Dino.
e, le Roi ce de tous fes Courtifans, il l'affüra de fon amitié & de fa proteétion. Il a- EE nouc.
joûta que fi les l'rançois recevoient quelque tort ou quelque outrage de fes les fiveurs,
ivelles de Sujets, il leur permettoit de fe faire jufice en les tuant fans aucune forme
n lit, prit | de procès. Il embrafla le Général, & lui ayant fait préfent de quelques Ef-
fa d'aller claves, il lui promit d'en fournir bientôt un grand nombre pour le Commer-
ur le Roi, | ce. Après quoi lui permettant de fe retirer, il donna ordre au Grand Bou-
ent dans quenet de Jui procurer les Chevaux & les Chameaux dontil avoit befoin pour
ançois fe } fon équipage. Brue prit congé immédiatement du Siratik, des Reines, & des
ent filen- | principaux Seigneurs. Enfuite, il fut conduit fous une efcorte de trente Che-
Yvoire & 2 vaux, dans un endroit de la route, où il fouhaita de s'arrêter, pour voir
La Ca- * pañer la Maiïfon du Roi. | a.
ontés. Ils CeTre marche commença par un corps de cent-foixante Chevaux , avec AE
s quoi fe de petits tambours, des trompettes d'Yvoire, & des timbales de cuivre, cout Maifon Roya-
re, avec » vertes d'un parchemin grofier, qui rendoit un fon fort bruyant, mais fans ke,
t Barbes, » aucune harmonie. Les Reines & les Princefles venoient après cet avant-gar-
bouche, : de, montées fur des Chameaux, & renfermées dans de grands paniers d’o-
al-faits.]k$ D fier, où l'on ne leur voyoit que la tête. La croupe des Chameaux & les pa-
Entre les kniers étoient couverts de tapis de coton, [avec des parafols de Jonc.] Cha-
Chevaux + que
ndérent à
qu'il pen.
taille mé.
uroit pris
t le nez
rincefles,
e France,
tendoient
intendant
m Ghiondé
e étoffe à
: vient des
hés à leur
ns, avec
F : A jr eu! Les gens de Loi nepour-
étendre €n 1 (t) Labat, wbi fup. pag. 227. € Juiv. de la colère de Dieu! Les gens deL,
4 és ) A cette Do Labat s'écrie. Heu. roient-ils p's en dire autanten parlant des gens
, È teux Peuple qui.ne refjent point encore ce fleau de fa protciion?
go VOYAGES DES FRANÇOIS EN T
Baurs. que Chameau portoit deux Dames, fous la conduite de deux hommes, qui pend
1697. tenoient les paniers, pour les empêcher de tourner. Les Dames Suivantes -
Monture des étoiert fur des Anes; & marchoient autant qu'il leur étoit poñlible à côté de chaif
té leurs Maîtreffes, pour les amufer par leur entretien, allumer leur pipe, & Bukfc
leur rendre d'autres fervices. Cette troupe galante falua le Général avec beau. | milie
coup de politeffe & lui fouhaita un heureux voyage. Elle étoit fuivie d'un D lebi
long train de Chameaux, de Bœufs & d’Anes, chargés du bagage de la Cour. ne:
[Chaque Chameau étoit conduit par deux hommes.] Un corps de trois censp# "
Ch:vaux formoit cette première partie du convoi. pe
A peu de diftance, les tambours, les trompettes & les timbales du Roi fe les li
firent entendre, à la tête d'un autre corps de Cavalerie, bien armé, d'envi. furdhi
ron deux cens hommes. Le Roi fuivoit feul, à cheval, vêcu d'un furtout mé £
d'écarlate , avec le ceinturon & l'épée à la Françoife. II portoit fur la tête nes
un chapeau bordé d'or, orné d'un plumet blanc, que Brue lui avoit donné. ne
H avoit deux Piftolets au pommeau de la felle, & la zagaye au poing. En Kpoml
approchant du Général, qui le reçut , la tête découverte, i! mit aufñile Cha. res ,
peau à lamain. Après quelques complimens , 1ls prirent enfin congé l'un de l'au- Ve C
tre. Le Roi étoit fuivi de quatre ou cinq cens Chevaux, qui marchoient us |
fur quatre de front. Les premiers rangs étoient compofés des principaux ger..
Seigneurs de fa Cour, tous fort bien montés. Outre le fabre & la zagaye, ut ù
chacun avoit fon arc & fon carquois, pañlés en fautoir fur le dos, avec une Né h
| nn écharpe de plufieurs couleurs autour de la ceinture. Toute cette Nobleffe fa- pe
néralFrançois. lua civilement le Général , qui lui rendit quelques fanfares de fa mufique, a. géela M
vec une décharge de fa moufqueterie. Les équipages du Roi füuivoient en bon fotèn
ordre, fur des Chameaux, des Bœufs & des Anes, & méme fur le dos de
FRS ñ ° rra
quelques Négres. Cette longue marche étoit fermée par deux cens Chevaux, Ë
ec pr
qui compofoient l'arrière-garde. h
Le Siratik peut mettre en campagne une Armée fort nombreufe, parce que
fes Gouverneurs des Provinces & fes autres Officiers font obligés de fournir
chacun leur contingent; ce qui rend fa puiflance redoutable à tous les Rois
voifins. Maïs comme ces Troupes font mal difciplinées, & qu’elles font mal
pourvûes d'armes à feu , elles n’ont rien de terrible pour les Européens. Brue
ayant continué fa route, rencontra bientôt la Princefle Bukfar Siré, belle-
fille du Roi, qui étoit en chemin pour aller joindre la Cour. Elleétoit, avec
une defes filles, fur un Chameau, environné de plufieurs fuivantes dont les u-
nes étoient à pied, d’autres montées fur des Anes, avec une efcorte decent
Chevaux, & de pluficurs Chameaux qui portoient le bagage. Elle s'arréta
pour recevoir les complimens du Général, auxquels elle répondit avec beau-
lettefconé Coup de civilité. Deux heures après, Brue fut füurpris de fe voir joindre parle
parle jeune Prince fon mari, accompagné de dix Cavaliers fort leftes. Il avoit ordre du
Prince, Roi fon Père de le conduire jufqu’aux bords du Sénégal. Enchemin, les gens
du Général tuërent un Oifeau bleu , d’une efpéce rare, plus gros que <enx dont
on a parlé, & le plumage du plus beau bleu célefte. Dans tout ir voyage
is n’en virent qu'un de cette forte, & le Prince affüra Brue qu'il s’en trouvoit
fort peu; excepté vers l'Ifle de Sadel, où ils fe rendent dans une certaine fai-
fon, & où l'on obferve qu'il viennent du côté du Nord.
Ox arriva le foir à Bukfar. Le Prince y traita Brue comme la première fois,
Jui fit l'honneur de fouper avec lui, & lui donna un grand Jolgar, qui sa
\ pen an
deu
pas :
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Ge A Von Ed cn
mes, qui
Suivantes
, à côté de
T pipe, &
avec beau-
uivie d'un
de la Cour.
trois cens k
s du Roi fe
; é, d'envi.
un füurtout
fur la tête
oit donné,
boing, En
auf le Cha.
l'un de l'au.
archoient
principaux
la zagaye,
avec une
oblefe fa
ufique, a.
ient en bon
le dos de
s Chevaux,
, parce que
de fournir
us les Rois
>s font mal
éens. Brue
iré, belle-
toit, avec
dont les u-
rce de cent
Ile s’arreta
avec beau-
ndre parle
t ordre du
, les gens
_renx dont
ur voyage
on trouvoit
rtaine fai-
nière fois,
, qui dura
pendant
DIFFERENTES PARTIES De L'AFRIQUE, Liv. VI. Omar, V. 32r
pendant toute la nuit. Quatre ou cinq heures de danfe font un rafraîchife.
ment pour les Négres après la plus longue marche, Lelendemain, il:y eutune
chafle, où Brue trouva beaucoup d'amufement. Le jour d'aprés, on quitta
Bukfar; & le foir on arriva au Port de Ghiorel, Là, Brue qui fe trouvoit au
milieu de fes gens, reçut galamment le Prince à bord, & fe mit en devoir de
le bien traiter à fon tour. Enfinlequittant, aprés des civilités & des préfens
mutuels, il le falua d'une décharge de toute fon artillerie, (x)
EN arrivant à Ghiorel, Brue fut témoin d'une fingulière efpéce de com-
merce. Les femmes de ce lieu s'étant imaginé que l’eau qu’on pompoit dans
les Barques avoit la vertu de guérir les maux de dents, ceux des yeux & la
furdité, apportoient du lait en échange pour ce reméde, Un Chirurgien, nom-
mé Berenger, s'étoit rendu le Direéteur de ce trafic, & le ménageoit fi habi-
lement, qu'un jour qu'il ne put s'accorder avec une de ces pauvres femmes
pour la quantité de lait qu'il éxigeoit d'elle, il remit gravement fon eau dans la
kpompe, comme s'il eut fait beaucoup de cas de cette liqueur. [ Labat remar-
que à cette occafion, qu’il feroic à-propos de faire quelques épreuves en Fran-
ce de ce nouveau reméde; les femmes y font auffi foibles qu’en Afrique, &
les Charlatans aufli avides du gain, & aufli peu fcrupuleux que le Sr, Beren-
ger.] Le Général même ne trouva pas ces petits gains indignes de lui. Ayant
apporté de la Pointe de Barbarie, à l'embouchure du a de petites é-
cailles (y) plates, qui paroiffoient argentées, il en donna abord à quelques
Négres, pour les récompenfer de plufieurs petits fervices. Mais lorfqu'il s ap-
perçut qu'ils y attachoient beaucoup de prix, parce qu'ils étoient éloignés de
kg la Mer , | pour laquelle ces Peuples ont beaucoup de vénération ,] qu’ils les tail-
loient en rond comme des médailles, ou que leur donnant d'autres formes , ils
y gravoient des caraétères pour leur fervir de Grifgris, il réfolut d'en partager
le profit avec les Marbuts, qui leur attribuoient des vertus extraordinaires. Il
en fit un commerce, dont il ne tira pas peu d'avantage.
QuEeLquEs jours aprés fon arrivée à Ghiorel, il y avoit vû arriver les
deux Barques qu'il avoit envoyées devant lui à Galam, mais qui ne s’étoient
pas avancées au-delà de Laydé fur les frontières de ce Royaume, parce qu'el-
les y avoient trouvé à fe charger fi promptement d'Efclaves, d'or & de co-
ton, que leurs propres marchandifes étant épuifées, elles fe trouvoient obli-
gées de retourner au Fort Saint-Louïs pour y renouveller leur cargaifon. Brue
Joua la conduite de fes Faéteurs. Comme il venoit d'établir un Comptoir à Ghio-
rel, après y avoir ouvert un Commerce fort avantageux, il prit le parti de
de renvoyer effeétivement les deux Barques au Fort Saint-Louïs, & d'attén-
dre leur retour. )
Penpanr le féjour qu’il fit à Ghiorel, le Xamalingo, ou le Lieutenant-Gé-
néral du Roi, le fit inviter à pafler quelques jours avec lui dans le lieu de fa
réfidence, qui fe nommoiït Laka, grand Village à quatre lieuës de Ghiorel
versle Nord. Il fe crut obligé à cette complaifance pour un Seigneur qui étoit
dans une haute faveur à la Cour; d'autant plus que le Kamalingo lui faifoit
offrir des Chevaux & toutes fortes de commodités pour fon voyage. Dans
cette route il traverfa plufieurs Villages; & de toutes parts il remarqua quele
Pays
(x) Labat, ubifup, pag. 43 € Juiv. (y) Angl. de petites coquilles. R. d. E,
IH, Part. , $s
Brun.
1697.
Ille traite à
Bord,
Commerce
pucril de quel-
ques L'rançois,
Succès d'un
Commerce
plus utile.
Vifite que
Brue fait au
Kamalingo,
fBruez,
1697.
Maifon de ce
Seigneur Né-
gre,
Ufage de fes
femmes.
Projet de
Bruce pour l'a-
vancement de
fon comtmer-
ce,
Richeffes des
l'oulis,
Difficultés
à remonter le
Sénégal.
325 VOYAGES DES FRANCOIS EN
Pays étoit fort bien cultivé. La maifon du Kamalingo étoit à cinq cens pas de
a, fur une éminence, & couverte de grands arbres au Sud & au Sud.ft
avec une efplanade devant fa principale face. C'étoit une multitude de Büri!
mens, qui reffembloient beaucoup aux grandes métairies de J'rance, où l'on
trouve plufeurs cours entourées d'édifices. 11 y en avoit trois fort fpacieufes :
la première, environnée d'une double haye de rofeaux & d'épines, contenoi:
des étables pour toutes fortes de Beftiaux. J.a feconde fervoit de logement au
Kamalingo, à fes femmes, à cous fes domeftiques, & contenoit auf fes gre.
niers & fes magalins. La troifième étoit un vafte enclos, derrière les deux
autres.
Lx Général & tous les gens de fon fes furent logés dans la feconde.
près du Kamalingo, qui n'épargna rien pour lui faire trouver de la fatisfagtion
dans cette vifite. Les Dames furent charmées de la mufique Françoife, & ne
fe lafloient pas de l'entendre. Brue obferva ici qu'elles fe couvroient le vifage
devant lui, lorfqu’il étoit amené dans leur appartement par le Kamalingo, &
qu'elles paroifloient à découvert dans l'abfence de leur Mari. ‘
uorque ce Canton ne fût pas le plus fertile du Pays, l'excellence de la
culture y faifoit régner l'abondance. Les Habitans font beaucoup plus labo.
rieux que le commun des Négres. Ils font un Commerce confidérable avec les
Mores du voifinage; & le Général auroit fouhaité de le pouvoir détruire,
parce qu'il emportoit Qi d'or & d'yvoire, qui feroit venu dans les ma-
gafins de la Compagnie. La feule voye étoit d'établir quantité de Comptoirs
dans le Royaume du Siratik, & de fournir les Foulis, À Sujets, non-feuie.
ment de marchandifes Françoifes, mais encore de calicos rayés, de fer, de
haiks (z), de cuirs Mn ds rouges, jaunes & noirs, & de les vendre à
meilleur marché que les Mores, qui les apportent de Maroc & de Barburie,
Les Hollandois d'Arguim en fourniffant aufli, c'étoit le moyen de ruiner en
même tems leur Commerce.
L'or aui fe tronve dans le dpi des Foulis leur vient de Galam; car il ne
paroît pus qu'il y ait des mines dans les Etats du Siratik. Mais ils ont l’yvoire
en abondance. Le Pays, au Sud de la rivière, eft rempli d'Eléphans, comme
le côté du Nord left de Tigres, de Lions, & d’autres Animaux féroces, Ces
Peuples ont aufli quantité d'Efcitves, autant de leur propre Contrée que des
Régions voifines. Quoiqu'ils les employent à cultiver leurs terres, Ja néceflité
les force quelquefois de les vendre.
Les Barques Françoifes revinrent du Fort S. Louïs avec de nouvelles mar-
chandifes, pour continuer leur commerce fur les bords de la rivière jufques
dans le Pays de Galam. Mais l’arrivée d'un Vaiffeau de France à la Barre du
Sénégal empêcha le Général d'éxécuter lui-même ce projet. Ilen laïffa la Com-
miflion à fes Faéteurs, & reprenant la route du Fort $. Louïs, il la fit en fix ou
fept jours, quoiqu'il en eût mis quarante à fe rendre à Ghiorel, fans y com-
preudre le féjour qu’il avoit fäit dans plufieurs autres Villages. La raiïfon qui
l'avoit arrêté fi long-tems, c’eft que les bords de la rivière étant couverts d'ar-
bres, il eft impoffible d'employer des Chevaux pour. la remonter. On n'avance
qu'avec le fecours des Négres Laptots, qui ont beaucoup de peine à Fe
. es
(2!) Habillement à la Morefque,
j
ens pas de
{| Sud-Eft,
e de Büti.
LA où l'on
pacieufes :
Contenoi.
y au
| ‘ fes gre-
e les deux
feconde,
atisfaétion
ife, & ne
le vifage
lingo, &
nce de la
plus labo.
e avecles
détruire,
ns les ma-
Comptoirs
10n-feuie.
C fer, de
vendre à
Barbarie,
ruiner en
car ilne
it l'yvoire
, comme
oces, Ces
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néceflité
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GEZIGT van eene RE.
DIFFERENTES PARTIES ve L'APRIQUE, Liv. VL Car, V. 323
les Barques lorfque le fil de l'eau les pouffe au milieu du Canal, A la vd.
ricé on va forc vite avec un vent d'Oueft; mais il fouille rarement, & tous
les autres font contraires , ou fouvent dangereux , parce que l'efpace eft cr
etit pour louvoyer, Mais la defcente eft fort aifée, quélqbe vent qui puiffe
Puttler. Le cours de l'eau eft toûjours aflez fort pour entrainer les Jarques ;
& l'on avance nuit & jour fans aucun obftacle (: \
À l'occafion du voyage de Galam, que les l'aéteurs François devoient
faire pour le Commerce, on peut joindre ici un trait de Barbot, qui ne pa-
roitra pas déplacé. Il le rapporte d'après un Gentilhomme François, qui fut
amené prifonnier de guerre à Southampton, en 1711, & qui avoit été long-
tems au fervice de la Compagnie Françoife en Guinée, pour le commerce
des Négres. ,, Dix ou douze ans auparavant, un autre François, nommé
» Des Marchair, qui avoit demeuré long-tems au Fort-Louïs, entreprit de
» pañler les Catarattes de Galam, par le moyen de quelques Barques plates ;
& furmontant en effet cet obftacle, il continua de remonter la rivière
l'efpace de cinq cens lieuës, Il y établit un Commerce très-avantageux,
par un grand nombre de Comptoirs qu'il forma fur fes bords. 11 y trouva
quelques Nations prefque blanches, Enfin, pour récompenfer des travaux
fi pénibles, & faire naître de l'ardeur à fes Sujets pour les mêmes entre-
prifes,le Roi de France honora Des Marchais de la qualité de Chevalier
» de S. Lazare (b).
ON eft porté à s'imaginer, fur ce récit, que le Chevalier Des Marchais
fur l'Agent employé par Brue pour remonter jufqu'à Galam, quoique ce
Pays foit moins éloigné de deux-cens lieuës que Barbot ne le repréfente.
Cependant il manque quelque chofe à cette conjeéture, puifque Des Mar-
chais n'eit pas ici nommé dans les Mémoires du Sieur Brue , & qu'il ne pa-
roît pas même qu'il ait jamais fait de voyage fur le Sénégal. On a de lui
la Relation d'un Voyage de Guinée, qui trouvera place dans la fuite de ce
Recueil; mais Labat, 4 qui l'on en doit la Préface, ne nomme pas non plus
le Voyage du Sénégal entre ceux qu'il lui attribue (c ).
(5)
D
Pig. 424. k
(e) Barbot affüre d'après le même témoi-
gnage que l'expédition de Des Marchais fur
G. IL.
le Sénégal, fut imprimé par ordre du Roi,
ue cet Ouvra-
on d'un Voya-
Labat pag. 260. €? Juiv.
Defcription de la Guinée par Barbot,#K[ Cependant on ne connoît
ge. Voyez ci-deffous fa Relat
ge en Guinée]
Remarques fur la Nation des Foulis , Jur leur Pays, €? Jur leur Gouvernement.
E Lac de Kayor fépare le Royaume des Jalofs, dont le Roi porte le ti-
tre de Brak, du Royaume des l'oulis, qui donnent à leurs Souverains
le nom de Siratik. Ces deux titres font des noms d'honneur & de dignité,
comme ceux de Roi & d'Empereur en Europe Vs
LE Pays des Foulis a plus d’étendue que celui de Hoval. Depuis le _
e
> (a) Labat Tom, IL, pag. 168. €ÿ Juiv,
Ss 2
Dave,
1697,
Des Marchais
paille Les Cuta:
ractes de Ga
lat,
Doutes (ur |
ce fuit, |
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Vue d'une Ville des Foulis et de ses Plan
varde Pi vou des Hestranuxr
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GEZIGT van eene STAD der FULI, en derzelver PL
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Fou 1# et de LL Z Plantations. tirée du voyage de Moore . 1) ]
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Le ‘ 114
f N\''v»x. AE
+ LA Ê \ PF L
D TT nn ;
I, en derzelver PLANTE RYEN, volgens de Reize van MOORE,
BRUz.
1697.
Etendue du
Royaume des
Foulis,
Figure & ca-
raétère des
Habitans.
Leurs incli-
nations &
leurs éxerci-
ces,
Leur goût
pour la mufi-
que & la
danfe.
Leur habil-
lement,
34 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
|
de Kayor jufqu'au Village d'Embakané, [fur les frontières de Galam ] c’ef. belles
à-dire de l'Ouett à l'Eft, on lui donne environ cent quatre-vingt-feize lieuës leurs
(b).-Mais fes dimenfions font moins connues du Nord au Sud, parce que , étoffe
les François ont borné jufqu'à préfent leur commerce aux rives du Sénépal nant «
fans avoir cherché à pénétrer dans les terres. [ Le Commerce étant la (éule fé x fuadé
chofe pour laquelle la Compagnie s’incérelfe, fes Employés ont fait peu de décou. que
vertes fur la Géographie ou l'Hiftoire Naturelle de ce Pays. ] On fçait feulement D Cerre
qu'il s'étend beaucoup plus au Sud qu'au Nord. Le Pays eft fort peuplé, Je D damm
terroir fertile; & files Habitans avoient plus d'induftrie, ils pourroient tirer, l xéfont p:
des produétions de leurs propres terres, le fond d'un commerce fort avanta. NU de va
geux avec les Etrangers. U cures,
ON ignore l’étymologie de leur nom. La plûpart font d'une couleur fort N agrén
bazanée; mais on n’en voit pas qui foient d'un beau noir, tel que celui des 4 on cr
Jalofs au Sud de la rivière. On prétend que leurs alliances avec les Mores dent
ont imbu leur efprit d'une teinture de Mahométifme, & leur peau de cette 1 LE
couleur imparfaite. Ils ne font pas non plus fi hauts & fi robuftes que les Ja. à Foulis
lofs. Leur tailie eft médiocre, quoique fort bien prife & fort aile, Avec un | verfar
air aflez délicat, ils ne laiffent pas d'être propres au travail, bons Fermiers, de co
& capables de fe procurer d’abondantes moiflons de millet, de coton, de ta | avec |
bac , de pois & d’autres légumes , & d'entretenir un grand nombre de le Ter
beftiaux, dont la plus grande partie fert à leurs propres befoins. Auf vi. | une c
vent-ils beaucoup mieux que les Jalofs. Leurs Chèvres & leurs Moutons | préfer
font d’une bonté extraordinaire, leurs Bœufs fort gras, & la Compagnie n'a . LE
pas de meilleurs cuirs ni à meilleur marché que ceux qu’elle tire de cette Brak
Contrée ( c) quatre
Les Foulis aiment la chaffe, & l’éxercent avec beaucoup d'habileté Eeur Bœufs
Pays eft rempli de toutes fortes d'animaux, depuis l'Eléphant jufqu’au Lapin. les M
Outre le fabre & la zagaye, ils fe fervent fort adroitement de l'arc & des lé. Ë armes
ches. Ceux qui ont appris des François l'ufage des armes à feu, s’en fervent les Pr
aufi avec une adreffe furprenante. Ils ont l'efprit plus vifqueles Jalofs, & prem
les manières plus civiles. Ils font pañlionnés pour les Merceries de l'Europe, } jænéral
& cette raifon es rend fort careflans à l’égard de tous les Marchands. Mais À paux
il ne faut jamais oublier qu'ils font tous fripons & trompeurs. La différence E JS,
n'eft que dans le degré. 1 farba
ILs aiment la mulique; & les perfonnes du premier rang fe font honneur | qui {
de fçavoir toucher quelque inftrument , tandis que les Princes & les Seigneurs ! gent
Jalofs regardent cet éxercice comme un opprobre. Ils en ont de plufeurs À je pa
fortes, & leur fymphonie n’eft pas fans agrément. Leur inclination pour la min «
danfe leur eft commune avec tous les Négres. Après des jours entiers d'un le Rc
travail ou d’une chaîle pénible, trois ou quatre heures de danfe fervent à les É crime
rafraîchir. 1 {onne
Leur habillement reffemble beaucoup à celui des Jalofs; mais ils font LR Su
plus curieux dans le choix de leurs étoffes; & quoique leurs voifins donnent ! qu'il :
la préférence au ro'ize, le jaune eft leur couleur favorite. 1 Tonnc
Les femmes ne font pas d'une haute taille; mais elles font bien faites,
belles, : Ce)
db) Labat. Tom. Il. pag. 154. € Juiv. comparé avec Tom. IL pag. 154. ? Ed;
Wÿ(c) Labat ubi fup. Tom. IL. pag. 169.
' | DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VL Car. V. 325
m7 c'eft. | belles, & d'une compléxion délicate. La mufique, la danfe & la parure font Br vr.
:1ZC lieuës leurs plus fortes pailions. I n'y a rien de trop beau pour elles entre les 1697.
arce que étoffes de coton qui leur viennent des François & des Mores. Il eft furpre. : Caractcre de
Sénégal, nant que l’ufage de la foye ne s’y foit pas encore introduit. Labat eft per- leurs feuumes.
1 la feule té xffuadé qu’elles le recevroient avec joye. [ Car en ce Pays comme en Améri-
de décou. |’ que, elles fçavent forc bien avoir recours aux Vapeurs & autres maladies de
feulement d cette efpèce,quand leurs Pêres ou leurs Maris, ne leur donnent pas aufli abon-
cuplé, le # damment qu’elles le fouhaiteroient, les parures dont elles ont envie. ] Elles
Ent tirer, à y#font paflionnées pour l'ambre jaune, [les drogueries ou perles d'Or] & les grains
t avanta- Ê de verre dela même couleur. Elles ont l’art d'en faire des nœuds & des garni-
tures, qu'elles entrelaffent dans leurs cheveux, ce qui relève beaucoup leurs
hleur fort 4 agrémens. La plüpart ont l'efprit vif, les manières douces & polies ; & fi l'on
celui des 1 on croit (e) Labat , elles font aufli propres qu’aucunes autres femmes du mon-
»s Mores 4 de à tirer parti de la foibleffe des hommes pour les ruiner.
de cette 1 Les grands avantages que la Compagnie l'rançoife tire du Commerce des Avantages
ic les Ja- F Foulis, & de celui de Galam, où fes Faéteurs ne peuvent aller qu'en tra- queles Fran
Avec un verfant les Etats du Siratik, l'obligent de traiter ce Prince avec beaucoup $05 tirent du
'ermiers, de confidération. 11 permet aufñli aux François le commerce des gommes Fous. |
n, de ta- avec les Mores de Bakkard, dans cette partie de fon Royaume qui s’appel-
imbre de le Terrier-rouge. C’elt ce qui porte la Compagnie à lui envoyer tous les ans
Auf vi. | une certaine quantité de marchandifes de l'Europe, à titre de droits ou de
Moutons réfent.
agnie n'a i Le Siratik eft un Prince puiffant. Entre fes Vaflaux, il compte le grand. Puiffance du
de cette Brak & tous les Seigneurs du Royaume de Floval, qui lui payent tous les Siratik,
quatre ans un tribut de quarante-trois Efclaves & d'un certain nombre de
té Eeur Bœufs. Son Armée n'eft pas moins forte en Cavalerie qu'en Infanterie ; car
au Lapin, les Mores, fes voifins, lui fourniflent autant de Chevaux qu'il en defire. Les
X des flé- É armes de fes lroupes font l'arc & Ie fabre. Sa Nobleffe eft difperfée dans
n fervent | les Provinces, pour y éxercer les diverfes fonétions du Gouvernement. Le
alofs, & | premier Emploi du Royaume eft celui de Kamalingo, ou de Licutenant-Gé-
"Europe, | jænéral [qu'on regarde comine devant fuccéder au Roi.] TEnfüite les princi- | |
ds. Mais L paux Offices {f) font ceux de Sv/idiné, Ardobude, Gheri Sainba, Lama de Pof- D du
ifférence fé, Farma Vuvalardé, Akfon, Boukar, Lauktor, Lali, Lamenage, Ardoghedé , M
| Farba Voagali, Boniveré, Siratik de Belle, & Siratik de Klayé. Les Seigneurs
honneur É qui font revetus de ces titres, fourniffent, à l'ordre du Roi, leur contin-
eigneurs 1 gent de Troupes, pour former fon armée, & fe rembourfent de leur dépen-
plufieurs à fe par le droit de faire Etclaves tous les Négres qu'ils rencontrent en che-
| pour la | min dans l'étendue de leurs Provinces ou de leurs Seigneuries ; privilége dont
iers d'un 1 le Roi méme ne jouit qu'a l'égard de ceux qui font convaincus de quelque
ent à les Ë crime, ou accufes de furcellerie, c’eft-à-dire, parmi les Négres, d'empoi-
! fonnement.
ils font i SurvanT les Loix des Foulis, & de la plûpart des Etats NGgres, quoi- Loix de fuc-
donnent 1 qu'il n'y ait que les Princes du Sang qui foientappellés à l'hérirage de la Cou- cetlion.
| ronne, elle ne delcend pas néanmoins du Père au Fils, mais au frère où au
n faites, à neveu;
belles ; | Ce) Afrique Occidentale, Vol. If. pag. 171. de dignité on eût pù nous expliquer ce qu'ils
: É Juiv. fignitient, KR, d. TL.
+ 154. î (f) 1 feroit à fouhaiter qu'avec ces noms
Ss 3
Hiftoire du
Prince Suimba-
bou,
Son excellent
caraétérc.
Sa modéra-
tion dans une
longue fuite
d'infortunes,
VOYAGES DES FRANCÇOISEN
neveu; & file Roi n'a pas de Frère, c'eft à fon neveu par fa fœur , ou mé.
me par fa fœur utérine, parce que la voye des femmes eft regardée comme
la A fûre. À l'égard des enfans du Roï, leur fang gft toûjours fort incer.
tain, Car les Reïnes ont ordinairement quelque galanterie. Elles n'en font
pas crues fur leur parole; & s’il eft vrai qu'il y eut autrefois des méthode
établies pour les forcer de déclarer la vérité, ces anciens ufages ne fübiiftent
plus. Le feul cas où les Princes Fils d'un Roi puiffent prétendre à fa fucceition
cit lorfqu'il s'eft marié à quelque Princefle du meme fang, parce qu'alors on
326
fe croit für, de part ou d'autre, de l'origine des enfans. lCela oblige lesg#
Princes qui montent fur le Trône , à époufer des Princefles du Sang Royal, a.
fin que les Enfans qu'ils en auront puiflent leur fuccéder , files Grands du Pavs
les en jugent dignes.] |
Le Siratik Siré, qui régnoit à la fin du dernier fiécle, entreprit, fans ref.
cét pour cette loi, de faire monter fon Fils fur le Trône ; & dans cette vûe,
il le revétit de la dignité de Kamalingo, qui eft toûjours réfervée pour l'hc.
ritier préfomptif. C’étoit le Prince Sambaboa, fon neveu, qui poffédoit alors
cet Office. Ses bonnes qualités le faifoient aimer également de la Noblefe&
du Peuple, qui le regardoient déja comme leur Maître. Il étoit d'une belle
figure. Ses inclinations étoient nobles; fon caraétére doux & libéral ,& fon
courage éprouvé dans la guerre, qu'il entendoit parfaitement. Le Siratik
l'ayant dépouillé de fon titre entreprit de l'emprifonner. Mais Sambaboa sé.
loigna de la Cour & fe tint fur fes gardes. Quoiqu'il n'eût rien à craindre
des Négres, qui devoient être fes Sujets, il redoutoit les Mores, que le Roi
fon Oncle avoit fait entrer dans fes intérêts & dans fes vûes. S'étant donc
retiré fur la frontière, pour épargner à fa Patrie les malheurs d'une guerre
civile, il ne pût empêcher que la plûpart des Grands, avec une partie de
la Nation, ne fe raflemblaffent autour de lui. Cette efpèce de révolte à la:
quelle il n'avoit pas contribué, irrita fi vivement le Siratik, que levant une
armée nombreufe, il s’avança pour châtier fon neveu & fes Partifans. Mais
Sambaboa, réfolu de ne pis tirer l'épée contre fon Oncle, auquel il avoit
toûjours donné le nom de Père, continua de fe retirer avec fon parti. Ce-
pendant lorfqu'il eut appris que le Fils du Siratik, fon Compétiteur, étoit
chargé du Commandement, fous le titre même qu'il avoit ufurpé ; il chercha
l'occafon d’en venir aux mains, & le défit entièrement avec les Mores qui
compofoient l'Armée Royale (g).
ENFIN, confidérant que la guerre ne pouvoit fervir qu’à la ruine de fa
Nation, & qu’à faciliter la conquête du Royaume aux Mores, qui étoient
déja maîtres du cœur du Roi, il prit la réfolution de pafñler dans quelque
Pays éloigné, & de laiffer finir fes jours en paix à fon Oncle, qui étoit dans
un âge fort avancé; après quoi il efpéroit de rentrer facilement en pole
fion de fes droits. Une conduite fi modérée faifoit autant d'honneur à fabon-
té qu'a fa prudence. Mais le Siratik, dont l’efprit s’affoiblifloit avec le corps,
tomba tout-d’un-coup dans un excès de dévotion, qui lui fit abandonner les
rênes de l'Etat à fon Fils. Sous prétexte de fe perfectionner dans la Loi de
Mahomet, il fe retira parmi les Marbuts, que les Mores avoient placés ne
(
KrCg) Labat, Tom. IL pag. 195. € fuir.
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1 Loi de
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de
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Car. V. 307
de lui, pour le difpofer à les laifler maitres du Gouvernement. Ce foible
Prince devint fi paitionné pour ] Alcoran, qu'il le portoit conftamment à fon
col, dans un gros in-folio qui contenoit le Texte & la Glofe; & quoiqu'il
Kfoutint à peine cet énorme volume, [qui étoit couvert de plaques d'argent,
& renfermé dans un magnifique fac de velours, | il ne voulut jamais fouffrir
qu'on en diminuât le poids. Il combla d'honneurs & de bienfaits les Marbuts
qui trouvèrent de l'accès près de lui fous ombre de piété, Un pélerinage à
la Mecque étoit à fes yeux un titre infaillible de fainteté; & le Saint n’étoit
pas moins für d'être enrichi que relpecté. En 1701, il envoya dans le Royau-
me de Kayor Barba Vualgali, un de fes principaux Minittres, pour lui amc-
ner un célébre Marbut, à qui l'on attribuoit des vertus extraordinaires (h ),
L'Officier & le Marbut rendirent une vifite, dans l’Ifle de Saint-Louïs, au
Direéteur François, qui, par refpeét pour le Roi, les reçut avec de grands
témoignages de diftinétion.
LA difgrace du Prince Sambaboa dura trente ans, dont il pafla une partie
fur les frontières du Royaume, fans ceile fous les armes, pour fe défendre
tout-à-la-fois contre la violence & les piiges du Siratik. Mais il fit demander
enfin au Roi de Galam une retraite dans fes Etats, pour y vivre fous fa pro-
tection avec tous fes Partilans. Ce Monarque, qui connoifloit la valeur de
Sambabr +, fe fcroic volontiers difpenfé de recevoir un Hôte fi dangereux.
Cependant il fut rafüré par la noblefle de fon caractère, qu'il ne cannoifloit
pas moins. Il lui afligna des terres, & loin de f{& voir trompé dans fes cfpé-
rances, il lui trouva autant d'attachement & de fidélité, que de reconnoif-
fance, Sambaboa laiffa même pailer plufieurs années fans caufer la moindre
inquiétude à fon Oncle. Mais quand il le vit enticrement affoibli par l'âge,
il s'avança par degrés vers l'héritage dont on avoit voulu l’exclure. En 1700,
il fe mic en pofleffion d'environ trente lieuës de Pays au long du Sénégal;
& le Siratik étant mort en 1702, il monta fur le Trône fans oppofition.
Son régne commença par l'expulfion des Mores, qui s'étoient établis, &
qui commençoient à fe forufier dans plufieurs Cantons du Royaume. Enfuite
il réforma plufeurs abus qui s’etoient introduits par la foiblefle de fon Prédé-
ceffeur. Son deflein étoit de rendre fes Sujets heureux, & de le devenir lui-
même par le bonheur d'autrui Mais la mort l'enleva au mois d'Avril 1707.
Les l'rançois ne doutèrent pas qu’il n'eût été empoifonné , ou juivant les idées
des Négres enforcelé par les Mores. Il eut pour fuccefleur Samba Dondé, qui
fut défait & tué dans une bataille par Bubaka siré fon propre frère. L'Ufurpa-
teur ne jouit pas long-tems du fruit de fon crime. Ghelonghaya qu'il avoit
choifi pour fon Kamalingo, fe fouleva contre lui, le força de fur devant une
Armée de Rebelles, & fe faifit de fes Etats dont il jouifloit paifblement en
1720.
Le Prince Sambaboa avoit reçu deux fujets de plainte de la Compagnie
Françoife: l’un dès l'année 1680, dans la plus grande chaleur de fes affaires.
Etant à la veille d’un combat général dont le fuccés étoit fort incertain, il avoit
mis fon créfor, qui confiftoit dans la fomme de mille écus, entre les mains
d'un
(h) Angl. qui fcavoit nrier Dieu d'une ma- ner en ridicule ces fortes de pratiques, qui
nière toute particulière. Sur cela les Auteurs pañlent pour des marques diitinguées de pié-
Anglois remarquent que Labat a tort détour- té dans fa propre religion, K, €, E,
Sambabon
monte fur le
Tronc des
Foulis.
. Srgeñt de
{on régne,
Sa mort & fes
Succefleurs,
Deux fujets
de plainte
qu'il avoit
contre la
Compagnie
Françoiie,
38 VOYAGES DES FRANCOISEN
d'un Faéteur, pour le garder jufqu’à la décifion du fort. Cet infidéle dépoñtai.
re s'écoit hàté de tranfporter le dépôt au Fort Louïs, d'où le Prince ne put ja-
mais parvenir à le retirer. Quelques années après, le Sieur Chambonneau
Direéteur du Commerce françois, avoit enlevé une des femmes du Prince
qui fe nommoit Veragha, Sœur du grand Brak, & l'avoit fait conduire à fon
sde, parce qu'elle fe plaignoit des froideurs de fon Mari, qui avoit donné
fa tendrefle à quelque autre femme,
Ces deux raifons avoient réfroidi le Prince pour la Compagnie, & fi fon
caraétère l'eût porté à la vengeance, il auroit pû fatisfaire fon reffentiment
tandis qu'il réfidoit dans les Etats de Galam. Brue, qui previt les con!équen-
ces de fon mécontentement lorfqu'il féroit monté fur le ‘l'rône, eut la pruden.
ce de les prévenir en 1720, par une lectre d'excufe, qui fut accompagnée
d'un préfent. Le Meffager fit connoître au Prince que la Compagnie n'avoit
pas eu de part à la friponnerie de fon Facteur; qu'il s'étoit dérobé au chat.
ment par la fuite; mais que fi le Prince pouvoit le faire retrouver, on aban.
donneroit le coupable à fa juftice. Quant à la Princefle Veragha, on reconnut
que le Sieur Chambonneau avoit été trop crédule; mais on prétendit que ke
Brak avoit affüré lui-même que la retraite de fa Sœur fe faifoit du confentement
fecret de Sambaboa, & Brue offrit de la ramener entre les bras de fon Mari
quand il voudroit la recevoir.
I reçoit les SamBapoa reçut fort civilement les juftifications de la Compagnie, &
ji Ro remercia Brue de fes offres; mais il déclara qu'il fecroyoit heureux d'eure dc-
un — fatd'une femme, dont la conduite avoit marqué qu'elle fe fentoit peu d'afec-
: rion pour lui, & qu’il ne félicitoit pas moins la Compagnie d'être délivrée d'un
fripon qui la déshonoroit; qu'il promettoit d'oublier le pañlé, & d'alifter la
Compagnie dans le deffein qu'elle avoit de s'établir à Galam. Il ajoûta qu'il
_ . . conferveroit les mêmes fentimens lorfqu'il feroit fur le Trône.
a FRE BRUE entreprit dans le même tems une autre négociation, qui lui fit autant
uiproc d'honneur qu’elle procura d'avantage à la Compagnie. Il fçavoit que par ja-
loufie ou par inconftance une des filles du Siratik Siré, femme de Lali, Sei-
gneur du T'errier-rouge, avoit quitté fon Mari & s’étoit retiré chez fon Père,
qui, approuvant la conduite de fa fille, ne vouloit pas confentir à la rendre.
Brue étoit lié fi étroitement avec Lali, qu'au mois de May 1720 , ilavoit ob-
tenu par fes bons Offices un Contrat de trois mille fix cens quintaux de gom-
me dans fon Port; c’eft-à-dire, la moitié plus que la Compagnie n'en avoit
jamais tiré. Il fe chargea de le reconcilier avec fa femme & fon beau-Père.
Cette entreprife ne lui coûta qu'une Lettre au Siratik, avec le payement des
droits & quelques préfens. La Princeffe fut renvoyée à fon Mari fur une des
Barques de la Compagnie, & Lali, dans fa reconnoiflance, accorda aux fran:
Fe vautl'If çois, non-feulement la permiflion d'établir des Comptoirs dans tous fes Etats,
je dSadel mais encore le Domaine abfolu de l'Ifle de Sadel, pour y former une Colo-
Se cie Es nie, avec la liberté d'ybâtirun Fort. La Mère de la Princefle ne fut pas moins
François. fenfible au fervice du Direéteur. Elle lui envoya des préfens conirierables,
[ par une de fes fuivantes & deux de fes valets,] en le fafanc affürer qu'ellex
s’efforceroit toûjours d'entretenir 1 bonne intelligence entre le Roi & la Com-
“Hot pagnie. [ Lali lui envoya auffi fon propre Fils pour lui faire fes remercic- J
Rene du mens.] Les Reines de cette Contrée foûtiennent la grandeur de leur rang avec
Pays, une majefté fingulière. Jamais elles ne tournent la tete pour HAAERE ne
enti
0 A D ta
dépoñitai.
ne put ja-
bonneau ;
lu Prince,
uire à fon
oit donné
, Wfifon
Tentiment
‘on!équen-
la pruden-
ompagnée
1e n'avoit
au châti.
On aban-
| reconnut
dit que le
fentement
fon Mari
Getrokken ut Labat.
agnie, &
d'ecre dc-
eu d'affec-
ivrée d'un
l'alifter la
joûta qu'il
1 fit autant
ue par ja
Lali, Se-
fon Père,
la rendre.
Javoit ob-
x de gom-
n’en avoit
>eau-Pêre.
ement des
ur une des
aux fran:
fes Etats,
une Colo-
pas moins
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rer qu'ellexé
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DIFFERENTES PARTIES p£ L'ATRIQUE, Laiv. VI, Cie, VI. 309
tention à ce qui fe fait autour d'elles, Quand elles fe fentenc quelque deman-
geaifon à Ja téte, elles ne (8 gratent Jamais qu'avec une eéguille d'or, Leur ti-
tre cit Galami, c'elt-à-dire, Souveraine (1). . .
(4) Labat, pig. 200-299,
NES CDS CNE DE D M DTA Ed) ERA
CHAPITRE VL
Second Voyage du Sicur Drue fur le Sénégal, jufqu'au Royaume de
Galam, en 1698.
‘
OUS les Directeurs qui avoient précédé Brue, avoient formé le deflein
de pénétrer jufqu'au Royaume de Galam, & d'y établir un Comptoir,
pour le progrès d'un commerce qui avoit cté commencé avec beaucoup d'a-
vantage. Mais foit que les forces ou les informations leur euffent manqué,
foit qu'ils euffent été rebutés par les obftacles, ils n'avoient pas poufé leurs
voyages & leur trafic au-dela de Layd?, & de Bitel ou de Ghildé, fur les fron-
tières de cet Etat. Ils n’avoient pas même entrepris de former des Etabliffe-
mens dans ces deux lieux. Quelques Barques qu'ils s’étoient contentés d'y
envoyer, n'avoient pas eu jufqu'alors d'autre commiffion que d'y prendre les
Efclaves, l'or & l’yvoire, que les Marchands Mandingos ne jugeoient pas à
propos de tranfporter fur la rivière de Gambra. L’Etabliffement de Galam
ctoit réfervé aux foins d'un Direéteur aufi intelligent que Brue. Au premier
moment de fon arrivée fur les bords du Sénégal, dans le cours du mois
d'Août 1697, il prit la réfolution de faire le voyage de Galam. Mais les af-
faires de la Compagnie ne lui permettant pas de s'abfenter fi promptement ,
il paffa cette année & la moitié de la fuivante à faire fes préparatifs pour u-
ne entreprife de cette importance. Le Journal de fa navigation eft ficurieux,
& la Compagnie en tira tant d'avantages, qu'on ne peut en rapporter trop
éxaétement les circonftances (a).
IL partit du Fort Saint-Louïs avec deux Barques , une grande Chaloupe, &
quelques Canots chargés des marchandifes les plus propres au commerce, &
d'une provifion de vivres pour trois mois. Les gens de fon cortège étoient
choifis. Quoiqu'il lui manquât quelques marchandifes particulières, ftipuices
dans les articles du Traité, pour le payement des droits, & que les Princes
Négres foient fcrupuleufement attachés à ces conventions, il fe flatta que la
réputation qu'il s’étoit établie par fa conduite, leur feroit agréer tout ce qu'il
voudroit leu: offrir.
Les vents avant été favorables à l'E & au Sud-Eft, il arriva le jour fui-
vant à lie du Défert, où il fit tuer quelques Bœufs qu'il y avoit fait en-
graiffer, [ls furent falés, pour augmenter la provifion. Le 29, il continua
fon vayase; mais les vents qui l’avoient fi bien fervicommencérent à lui man-
quer, À! arriva néanmoins à Maka, réfidence du Brak, à qui il fit faire aufli- .
tôt
pla), Labat Toi. LL pag. 293. & fuiv.
TIT. Part. “Ft
1698.
Brue cntre-
prend de pé-
nétrer jul-
qu'au.Pays de
Galam,
339 VOYAGES DES. FRANCOIS EN
pn*us tôt fon compliment. Ce Prince monta fur le champ à cheval, pour lui rendre fcrupi
il. Voyage. une vifite à bord, & lui fic un reproche obligeant de n'être pas venu dan, DH Illya
L ELA le deflein de s'arrétér quelque tems avec un ami fi fidéle, H reçue les droits … j#autres
\iitareñden & les préfens, tels qu'il plût à Brue de les offrir, fortes
ve du Brak, La petite Flotte alla mouiller enfuite dans l'Ile de Roc, où le’ Géncry Le
He de Roc. François avoit établi un Comptoir l'année d'auparavant. Mais trouvant ox s'étoit
les Mores étoient venus, & qu'ils avoient emporté toute la charpente du | vilite
magafn, il prit le parti d'abandonner un pofte fi dangereux , pour tranfpor. voulu
ter le Comptoir à Flovalalda, | puis f
ce ENTRE ces deux lieux, le Pays eft coupé par de profondes Vallées, où les … fupple
On Lions & les Eléphans fe raffemblent en grand nombre. Les Eléphans y (on: , leur)
& d'lépbans, fi peu farouches, qu'ils ne s'effrayent pas de la vûe des hommes ; & qu'ils ne | d une
| leur font aucun mal, s'ils ne font attaqués les premiers. Ces fonds, où cs » {Mais
terres bafles, produifent des épines d’une prodigieufe hauteur, qui porten: IL
des fleurs d'un beau jaune & d'une odeur fort agréable, Ce qu'il y a de fur. chafTe
prenant, c'eft que l'écorce de ces épines étant de différentes couleurs, l'une » Bruce
rouge , l’autre blanche, noire ou verte, & la couleur du bois étant prefue | rent €
la même que celle de l'écorce, toutes les fleurs ne laiffent pas d'avoir une naturc
parfaite reflemblance. Elles forment le plus bel ombrage du monde, s'il auroit
Epines fingu- étoit pofñlible d'en jouir fans être cruellement tourmenté par les chenilles {) néral
licres. * rouges dont elles font couvertes, & qui forment des puflules fur tous les & le
endroits de la peau où elles tombent. Le feul reméde eft de laver les parties qu on
infeétées avec de l’eau fraîche, qui diflipe tout-à-la-fois l'enflure & la dou- ans, ]
leur. Le bois des épines eft fi dur & fi ferré, que l’Auteur le prit pour une qu'il :
efpèce d'ébéne. de fa
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qu'on
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jufqu’
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Tout.
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d'exc
ils pa
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La néceffité & la fatigue de faire remonter les Barques à force de bras,
fit prendre à Bruc le parti de s'arrécer au Village d'Enghinuba, dans l'Iflede
Bilbas, pour attendre un vent plus favorable. Le Chef du Village s'emprei:
fa de venir à bord , & d'inviter le Général à prendre fa maifon pour loge-
ment. Brue defcendit à terre & prit fon fufil pour fe faire en chemin un anu-
| fement de laChafe. Vers l'entrée du Village il trouva un grand arbre co:
SNS EU vert de Singes. Comme ces animaux font fort nuilibles aux Plantations, &
Pays, , * + n
j qu'entrans mème dans les cabanes, ilsy gâtent tout ce qu’ils rencontrent, les
Négres qui leur font continuellement la guerre ne peuvent concevoir pour-
quoi les Européens les achetent, lorfqu'ils ne paraiflent propres qu'a nuire.
Quelques-uns d’entre eux en ont pris occafion d'apporter des Rats à vendre
aux Comptoirs François, dans l'opinion qu'ils ne devoient pas être de moin-
dre prix que les Singes, puifqu’ils n’étoient pas moins perhicicux. Les fe-
melles des Singes portent leurs petits fur le dos, à l’imitation des femmes
du Pays. Brue en tua plufieurs, qui tomboient avec leurs petits [encore cram-K
ponnés fur leur dos.] On obferve, en tirant fur eux, de les bleffer au vif-
ge, parce que portant aufli-tôt leurs pattes à la bleflure, ils fe rendent fi a-
veugles qu’ils tombent de l'arbre à terre. Autrement ils montent jufqu'aux
dernières branches, qu'ils ne quittent que lorfqu’ils tombent en pourriture.
Les François du Sénégal, plus délicats que ceux de l'Amérique, fe font
, fcrupulc
{b) Ces Chenilles font des fourmis, dans l'Original & dims Labat.!'Rs d. E.
N
lui rendre
venu dans
les droits
le' Général
DUVant Que
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r Wranfpor.
lées, où les
1ans y ont
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y a de fur.
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Jour logc-
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ations, &
ntrent , Îcs
Joir pour-
qu'à nuire,
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, Lesfe-
s femmes
‘ore cram-X
r au vifa-
dent fi a-
jufqu'aux
ourriture.
e font un
fcrupule
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cuar, VI. 331
ferupule d'en manger. Pour les Nôgres, ils en trouvent la chair excellente.
Il y a plufieurs efpèces de Singes, qui ne fe mélent jamais les unes avec les
autres, [de manière que dans un même Canton on n'en trouve jamais-de deux
fortes (c ) d'efpèces.] | à
Le 9 d'Août, Brue arriva à Ghiorel, où il apprit qu'une Barque dont il
s'étoit fait précéder, avoit pañlé cinq ou fix jours auparavant. I! rendit une
vilite au Siratik, qui reçut pour droits & pour préfens les marchandifes qu'on
voulut lui donner, S'étant arrêté trois jours avec ce Prince, il apprit quede-
puis fa dernière vifite les Flollandois avoient fait quelques démarches pour
fupplanter les François. Ils avoientenvoyé, dans cette vüûe, un homme de
leur Nation au Siratik, avec un préfent de deux bracelets travaillés en or,
d'une courtepointe de fatin jaune & d'une piéce de moufléline brochée.
X{ Mais il avoit paru difpofé à demeurer ferme dans l'Alliance des François. |
IL pria le Général de lui précer quelques Laptots, pour l'accompagner à la
chaffe d'un Lion, qui avoit fait depuis peu de pue ravages dans le Pays.
Brue lui en accorda quatre, S'étant joints aux Chafleurs du Roi, ils trouvé-
rent ce furieux animal, qui fe défendit avec tout le courage qu'il a reçu de la
nature, Il tua deux Négres. Il en bleffa dangereufement un troifième, qu'il
auroit achevé, fi du coup le plus heureux du monde, un des Laptots du Gé-
néral ne l'eût tué fur le champ. Il fut porté au Palais comme en triomphe,
& le Roi fit préfent de fa peau au Général. C'étoit un des plus grands Lions
##qu'on cût \ vûs dans le Pays. [Il égaloit en hauteur un Poulain de deux
ans.] Foulé Diné, Seigneur Négre dit à Brue dans une vifite qu'il lui rendit,
qu'il avoit voulu lui faire préfent d'un jeune Eléphant, mais que les François
de fa Barqué ayant refufé de le recevoir à bord, il avoit été obligé de le
tuer & de le manger. À la prière du Général, il promit de faire fes efforts
pour en prendre un autre, qui lui feroit payé au même prix qu'un Efclave.
Ses Chafleurs avoient pris le premier après avoir tué fa mère. Il étoit de-
meuré tranquille auprès du Corps; & fe laiffant attirer par la nourriture
qu'on lui avoit préfentée, il avoit fuivi les Chaffeurs jufqu'a l'enclos de leur
Maître , où il étoit devenu aufñli familier que les animaux domeltiques.
BRuUE partit de Ghiorel le 15 d'Août, & continua de remonter le Sénégal
jufqu'au Village d'Embakané, près des frontières du Royaume de Galim.
Il ÿ arriva le 21; mais il eut dans cet intervalle un fpeétacle fort étrange.
Tout-d'un-coup le Soleil fut éclipfé par un nuage épais, qui dura prefqu'un
quart d'heure (4). Les François reconnurent bientôt que c’étoit une lé-
gion de Sautcrelles. En pañfant au-deflus de la Barque, elles la couvrirent
d'excrémens. Quelques-uns de ces animaux étant tombés dans le méine tems,
ils parurent entièrement verds, plus longs & plus épais que le petit doigt,
avec deux dents affilées & très propres à la deftruétion. Cette terrible ar-
méc fut plus de deux heures à traverfer la rivière. Brue n'apprit pas qu’el-
le eût caufé beaucoup de mal dans le Pays. Il fuppofa qu'un vent Sud-
Et, qui fe leva aufli-tôt, & qui devint fort violent, la poufa vers Da
| bit,
Pc) Labat wbi fup. pag. 295. € Juiv. ge du Capitaine Stibbs , dont on donnera le
6. d) Un femblable Phénomenc fe fit voir Journal dans la fuite.
fur la rivière de Gambra, pendant le Voya- |
Tt2
h AC r,
1, Voyage,
169%,
Les Nizroe
cn mangent là
chair,
Démarches
des Hollin.
dois auprè
du Siratik,
Combat con
tre un Lion,
Le Soleil s'é.
clipfe par les
fauterelles,
DI
332 VOYAGES DES EN,
Bauer. fert, au Nord du Sénégal, où elle périt apparemment faute de fubñif
H. Voyage, tance.
1698. AvanrT fon arrivée à Ditel, le Général rencontra la Barque qu'il v avoit
“envoyée devant lui. ,L'Officier qui la commandoit avoit été jufqu'a Konan,
& n'avoit ofé pénétrer plus loin, effrayé par les menaces du Prince Samba.
boa, qui fembloit vouloir tirer vengeance de l'affront qu'il avoit reçu de
hambonçeauw, Mais Bruce, fupérieur à ces craintes, s'avança ge Bitel,
le Canton de toute l'Afrique où la volaille eft en: plus grande abondancx,
Extrême Les Poulets y valent mieux que les mailleurs Chapons de l'Europe, Un
mari Er Poularde graffe s'y donne pour une feuille de papier, Le 26 d'Août, h
tel, Flotte Françoife arriva au Village de Ghildé, première Place du Royaume
de Galam, à q'atorze degrés cinquante-fept minutes de latitude Nord, Les
Luc Francois Hlabitans s'appellent Saracolez Pas. Peuple léger & turbulent, En 16%,
trompes pur Sendigha, Chef de ce Village trompa le Direéteur Chamboneau, en fe fi.
FRANCOIS
l'accot
du Pays
le Rova
cette Ci
de ne pi
de paye
Ceri
Ghiam.
nomme!
devoir &
Editeur
fecret,
extraor:
fuivoict
un Nègre. fant pañler pour le Roi de Galam, & tirant des François les droits & le: couvert
réfens ordinaires pour la liberté du Commerce. L'Erreur avoit continue faifuien
jufqu'en 1697, que Bruce fecoua le joug de cette impofition, des l'ra:
fon arrivée, le Succefleur de Sendigha vint le recevoir au bord de la milloiet
rivière, dans l'efpérance de recevoir aulli les préfens; mais lorfqu'il s'ap-
perçut que l'artifice étoit découvert, il abandonna fes prétentions, par la
feule raifon fans doute qu'il manquoit de force pour les faire valoir (f).
Les rives du Sénégal, depuis Embakane jufqu'a Tuabs font couverts de
licu de
mes art
èce de
lui trou
ronces fort picquantes, [ que les François à limitation des Négres ont appli. magine
lé des Diables, parce qu'elles font remplies d'épines & de crochets. Ellcs de ven
ont la forme de l'IF (g) & le nombre en eft fi grand qu'elles ne permettent en parf
pas de marcher au long de la rivière pour tirer les Barques contre le courant. en Cro
Lyuce de En arrivant à Tuabo, Bruce trouva une nouvelle efpèce de Singes, d'un rou- à l'emb
PSS TOUS ge fi vif qu'on l'auroit pris pour une peinture de l'art. Ils font fort gros & de long
moins adroits que les autres Singes. Les Négres les nomment Patas, & par de tous
roiflent perfuadés que c'eft une forte d'hommes fauvages, qui refufent de par fa race
ler, dans Ja crainte d'être forcés au travail & vendus pour l'Efclavage, Rien BRru
n'elt fi divert ffant, Ils defcendoient du haut des arbres jufqu'à l'extrémité des deux
branches, pour admirer les Barques à leur pañlage. Ils les confidéroient quel- Galam
que tems; & paroiflant s'entretenir de ce qu'ils avoient vû, ils abandonnoient | Prince
la place à ceux qui arrivoient après eux. Quelques-uns devinrent familiers 4 dans !|
jufqu'a jetter des branches féches aux François, qui leur répondirent à coups réponf
ils fe défen- de fufil, Il en tomba quelques-uns ; d'autres demeurérent bleffés, & tout le un Vil
dent contre
les François,
refte tomba dans une étrange confternation. Une partie fe mit à poufler des Prédé
cris affreux ; une autre à ramafler des pierres pour les jetter à leurs enne- qu'ils
mis; quelques-uns fe vuidèrent le ventre dans leurs mains, & s'efforcérent qu'il p
d'envoyer ce préfent aux Speétateurs ; mais s'appercevant à la fin que lecom- naces
bat étoit du moins inégal, ils prirent le parti de fe retirer. | ce Pri
UXx Marbut que le Général avoit rencontré à T'uabo, & qui avoit confenti pe
à éche
7e) Quelques-uns écrivent Saracolets. lianes, qu'on appelle croc de chien aux Hles
67 f) abat om. I, pag, 303. € Juiv. de l'Amérique. KR. d. E.
org) Angl, du licrre ; ou plütét, de ces
ce fubñl
| y avo!t
Konan ,
d Samba.
reçu «le
"a Bicel,
ondance,
ce, Un
out, la
to iume
rd. Les
on 168),
n fe fai.
s & les
continué
ord de la
qu'il s'ap-
s, par
(.f.).
iverts de
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ts. | Elles
ermettent
» courant.
d'un ro:
‘t gros &
s, & pa
nt de par:
ge, Rien
rémité des
ient quel-
lonnoient
familiers
1t à CONPS
& tout le
oufler des
urs ennc-
forcérent
Le lecom-
t confenti
à
en aux les
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Liv, VI, Car, VI 233
à l'accompagner , parce qu'il fçavoie plufieurs Langues de différentes M 'ions
du Pays, lui apprit qu'il CLOIL arrive Icpuis peu une grande révolution lan
le Rovaume de Galam, par la dépoliion de ‘Fonka Mouka, dernicr Ho de
cette Contrée, & par l'élévation de Fonka Bukary fur le Tronc, Brue feignic
de ne pas croire ce récir, & fe cruc obligé pour l'incéréc de la Coinpagnie,
de payer les droits aux deux Concurrens (h).
C£reNDANT il wouva la confirmation de cette nouvelle en arrivant à
Ghiam. Mais il fut beaucoup plus frappé de la vifice d'un homme qui fe faifoit
Hnommer le Roi des Abeilles, [lci, fans rien perdre de ia confiance qu'on croit
devoir au témoignage du Général François, on cit porté à craindre que fon
Editeur n'ait melé fes propres imaginations au récit de la vérité, A qu:ljne
fecret, dit-on dans le Journal, qu'on veuille attribuer la vertu de cet homme
extraordinaire, il et certain que dans quelque lieu qu'il allät, les Abeilles le
fuivoient comme les Moutons fuivent leur Berger. Il en avoit le corps fi
couvert, fur-tout la tête, qu'on auroit cru qu'elles en fortoient, Eiles ne lui
faifoient aucun mal, ni à ceux qui fe crouvoient avec lui. Lorfqu'il fe fépara
des l'rançois , elles le fuivirent comme leur Général; car outre celles qui ou:
Hmilloient fur fon corps, 1l en avoit des millions à fa fuite, [ Ghiam fut un
licu de merveilles pour la Caravane Françoife,] On leur fit voir, fur les mé-
mes arbres que les Patas fréquentoient, un grand nombre de Serpens de i'ef-
sèce des Vipères. Le Chirurgien du Général en tua un, & l'ayant mefuré il
lui trouva neuf pieds de long fur quatre pouces de diamétre, Les Négres s'i-
maginent que les Serpens de la race de celui qu'on a tué ne manquent pas
de venger fa mort fur quelque parent du Meurtrier, Mais les Singes vivent
en parfaite intelligence avec ces monftrueux reptiles. La rivière abonde ici
en Crocodiles, beaucoup plus gros & plus dangereux que ceux qui fe trouvent
à l'embouchure, Les Laptots du Général en prirent un de vingt-cinq pieds
de long, à la joye extrème des FHabitans, qui fe figurèrent que c'étoit le père
de tous les autres, & que fa mort jetteroit l'effroi parmi tous les monitres de
fa race,
Brue ayant jetté l'ancre à Ghiam pour faire repofer fes gens, reçut à bord
deux Nécres, qui l’aflurèrent que ‘lonka Bukari avoit été reconnu Roi de
Galam. .l leur répondit que fon deffein n'étoit pas de refufer les droits à ce
Prince s'il étoit réellement fur le ‘Trône, mais qu'il vouloit en étre éclairci
dans le lieu méme de fa rélidence. Les deux Négres étant partis avec cette
réponfe, un autre Meflager vint dire à Brue que T'onka Bukari étoit dans
un Village voifin, & qu'il demandoit les droits qui avoient été payés à fes
Prédécefleurs ; fans quoi il déclareroit la guerre aux François pour empêcher
qu'ils ne pénétraffent plus loin fur la rivière. Le Général répondit encore
qu'il prendroit de juftes informations; mais qu'il méprifoit d'ailleurs les me-
naces de ‘Tonka Bukari: qu'il continueroit malgré lui fon voyage, & que, fi
ce Prince lui déclaroit la guerre, il ravageroit le Pays. Cependant une fage
précaution lui fit jetter l'ancre au milieu de la rivière, pour.fe garantir des
fléches des Négres.
BIENTÔT
(D) Angl, Bruce feignit de ne pas croire ce Prétendans. R, d. E.
récit, pour éviter de payer les droits aux deux
Tt3
VV. n
Crocodile
furt Hios,
fait au
Roi de Gala.
Vilite qu'il
oit de cc
J'rince,
rot
{
34 VOYAGES DES FRANCOIS E N
Bienrôr, il remarqua fur le rivage une foule & des mouvemens «x
traordinaires, Un de fes Nôgres, qu'il y avoit envoyés, lui rapporta qu'il
y avoit vû quantité de gens armés, & qu'on y avoit raflemblé des Canou
qui fembloient menacer la Flotte Françoife, Comme Brue ne vouloic pu
poufler les chofes à l'extrémité, il prit le parti de demeurer fur la défent
ve, Cependant il envoya fes tambours & fes’ trompettes, dont le bruit fu
accompagné de quelques coups de canon fans boulets, dans la foule w
d'intimider les Nègres, Cet expédient eut tant de fuccès, qu'après avoi
allé tranquillement la nuit, la Flotte parcit le lendemain fans obllackes &
le vent fe trouvant favorable, elle arriva dans peu d'heures à Tufere,
Bruz envoya prendre fur le champ des informations, Le Chef du Vilu
ge & le Marbut l'aflürérent tous deux que ‘Tonka Bukari écoie en poffuit
du Trône, & qu'il n'y avoit aucune apparence que Tonka Mouka y r
montac jamais, parce que les Bagherir, ou les Seigneurs du Pays, étoi
rélolus : foûcenir leur nouvelle élection, Le méme jou il s'éleva un or
ge fi violent, que les Barques furent arrachées de deflus leurs ancres, Bru
erfuadé enfin que Tonka Bukari toit en poflulion de la Couronne , pri
a réfolution de lui payer les droits; & für de la paix à cette condition, |
jit voile droit à Burnaghi, réfidence du nouveau Monarque, Ce Village ci
à quatorze degrés neuf minutes de latitude du Nord.
À fon arrivée, il fit defcendre un de fes l'acteurs qui fe nommoit Pervre,
& qui parloic fort bien le Mandingo, accompagné de deux Marbuts & d:
deux Interprétes , avec ordre de complimenter le Roi fur fon Élection, &
de l'affürer que dans l'efpérance d'obtenir fon amitié, la Compagnie Fran.
çoife étoit difpofée à lui payer les droits. Les Officiers du Prince Nigre
voulurent obliger Perere à lui parler derrière une force d'eftrade couverte
d'un drap de coton, qui auroit donné au Roi le moyen de l'entendre fans
écre vû, Mais ayant rejetté cette propofition, il obtint une audience à dé-
couvert, Le Roi parut à cheval, environné de plufieurs femmes qui chan-
voient fes louanges. Après avoir fait faire quelques courbettes à fon cheval,
il defcendit pour s'affcoir fur une natte. Perere fe plaça près de lui. Au
compliment qu'il lui fit en Mandingo, ce Prince répondit en Langage Sara-
kolez, dialecte du Pays; qu'il fe réjouifloit de l'arrivée des Etrangers, &
qu'il iroit voir le Général, Enfuite ayant reçu les droits, il congédia Pere-
re avec de nouvelles marques de fatisfaétion. Les Barques Françoifes efuyé-
rent dans cet intervalle des vents fort impétueux, qui les obligérent de jet-
ter deux ancres; & les Négres qui étoient à bord regardèrent cet orage
comme l'effet des enchantemens ou des Grifgris de Tonka Mouka, qui fe
vengeoit de l'hommage que les François étoient venus rendre à fon KRival.
Le Roi de Galam envoyaie lendemain au Général un préfent de quelques Bœufs
& de volaille. Le jour fuivant, il fe rendit lui-même au bordde larivière avec
une fuite nombreufe. Bruce détachaune Pinafle, pour l’amener fur fa Barque
avec cinq de fes Officiers. 11 le reçut la tête couverte, mais avec divers té-
moignages de confiance & d'amitié. Enfüuite l'ayant fait entrer dans fa ca-
bane, fans autre fuite que les deux Interprétes, il s'entretint familiérement
avec lui. Entre plutieurs rafraïchiffemens , il lui fit préfenter du chocolat.
Le Roi qui n'en avoit jamais goûté, parut y prendre plaifir; mais cene fut
qu'après s'être fait aflurer qu'il n'y entroit pas de vin ni de graifle de Porc.
Cependant
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DIFFÉRENTES PARTIES »8 L'AFRIQUE, Luv. VI Cmr, VE 335
Cependant après avoir marqué tant de ferupule fur ces deux points, il ne
ñc pas difliculté de boire de l'eau-de-vie & d'autres liqueurs, En Jrenant
congé du Général, il lui demanda un préfent, Brue lui promie de le fatis-
fire lorfqu'il lui rendroit fa vifite,
ELLe ne fur pas remife plus loin qu'à l'apros-midi du même jour, Les
ambours & les trompettes de la l'lotte commencégnt la marche, à la vûe
de tous les Hlibitans du Canton , que ce fpeétacle avoit attirés, Les Off.
sers du Roi amenèrent un Cheval à Brue, quoique le Palais ne Für qu'ù
deux-cens pas de la rivière, Il n'étoit différent des autres maifons du Pays
que par fes fondemens, qui étoient compolés de grands quartiers brutes de
marbre rouge, & qui s'elevoient d'environ trois pieds au-deflus de la terre,
Le pavé écoit aufli de marbre, ‘Tonka Bukari reçut le Général à la porte,
où plûcôe au guichet, car elle étoit fi balle que Brue fut forcé de fe mettre
à genoux pour y entrer. Il jugea que dans une élévation fi récente, ce
Prince n'avoic pas encore eu le tems de fe loger avec plus de dignité. Il
évoit alors fort pauvre, fans pouvoir cacher fa mifère,
Arnks les premiers complimens, Brue lui fit un préfent, qui confiftoit
dans une écharpe de foye cramoifie, bordée de franges d'or & d'argent, Il la
recut avec de vives marques de reconnoiflance, mais il n'offrit rien en retour ;
ce que les François actribuèrent à fa pauvreté, Le vent étant devenu Oueit,
c'eft-à-dire favorable pour la continuation du voyage, Brue prit congé du Roi,
our rentrer auli-côc dans fes Barques. Il arriva dans peu d'heures à Tara
Village fort peuplé & d'un grand commerce. Il y obferva une petite Mofquée
de verre, que les Negres Mahométans croyoient bâtie fur le modéle de la gran-
de Mofquée de la Mecque, Prés du méme Village, il vie une montagne de
marbre rouge, mélé de veines blanches fort brillantes, & de la dureté du
caillou, Il en prit quelques morceaux pour fervir de montre à la Compa-
gnie,. Le foir du méme jour, il jetta l'ancre à Dabe Segaglié , réfidence de
Tonka Mouka, Roi dépofé; & fans entrer dans la difcuflion de fes droits,
il lui fit faire un compliment , accompagné de quelques petits préfens. Ce
Prince reçut les civilités des François, fans paroître irrité de ce qu'ils a-
voient reconnu fon Compétiteur, Mais il envoya fon fils au Général, pour
l'aflürer qu'il avoit été trompé; qu'a la vérité quelques Rebelles s'écoiont
fouftraits à l'autorité de fon Père, mais qu'ils feroient bientôt forcés de ren-
ter dans le devoir; qu'en attendant il confeilloic aux François de payer les
droits, s'ils n’aimoient mieux que le Roi fon Père interrompît leur commer-
ce, & leur coupat le retour fur la rivière. Ces menaces irritérent Bruc
jufqu’à lui faire répondre, non-feulement qu'il ne payeroïit aucun droit, &
qu'il éxerceroit le Commerce à fon gré, mais que fi le Roi entreprenoit de
lui faire la moindre infulte, il brûleroit fa Ville & l'enverroit Efclave en A-
mérique, . Un ton fi ferme (5) réduifit le jeune Prince à la raifon. 11 pro-
tila que fon Père avoit toûjours eu de l'inclination pour les François &
naimoit pas à fe faire des querelles avec fes amis. Cependant il revint en-
core à demander, finon les droits, du moins quel juc préfent qui pût fatis-
faire le Roi. Mais voyant l'inutilité de fes inflances, il prit le parti de fe
retirer
jamais fa parcille, Mis c'eft l'OfFenfeur mê-
(4) J! aureit fallu dire, un langage aufMi
ue qui idvonte le fait,
pertinent, tenu avec une inlulence quin'eut
La flonne à lu
tour,
For fie du
Palais Nôyre,
Mofquée À
T'afalifgas
Corfirence
du G:ncral
avec le di! du
IKoi dépoié.
BRUr.
IL, Voyage.
100$.
Ville de Dra-
manct ,
Commerce di
{es Hlabitans,
Les Francois
., .. !
vouvrent ic
Comiucree.
536 VOYAGES FRANCOIS E N
retirer, Brue fit voile le mème jour vers Dramanct, où il arriva le pre.
mier jour de Septembre,
C'est une Ville fort peuplée, fur la rive Sud du Séntgal. Elle n'a pas moins
de quatre mille Flabitans, la piüpart Mahométans (4); les plus juftes & les
plus habiles Négocians qu'on connoifle entre les Négres. Leur comineree
s'étend jufqu'à Tombuto, qui fuivant leur calcul elt cinq censé lieuës plus loin
dans les terres. Ils en apportent de l'or & des Efclaves Bambarras , qui tirent
ce nom du Pays de Bambarra Kana, d'aù ils font amenés. C'eft une grande
Légion fituée entre T'ombuto & Kafon, fort peuplée quoique ftérile, & peu
connue d'ailleurs des Géographes. Les Marchands de Dramanet font quelque
trafic d'or, avec les François du Sénégal, mais ils en portent la plus gran-
de partie aux Anglois de la rivière de Gambra. Aufli-tôt que les Barques eu-
rent jetté l'ancre, le Chef de la Ville s'emprefla de venir voir le Général à
bord, & parut charmé d'y trouver le l'acteur Perere, qu'il avoit connu dans
une autre occafion. Cette vifite fut fuivie de celle de plufieurs autres Chefs,
qui prièrent tous le Général d'ouvrir inceffamment le Commerce, en pro-
mettant de lui fournir de l'Or, des Efclaves & de l'Yvoire en abondance. Ils
l'aflurèrent qu'il n’avoit rien à craindre du reffentiment de ‘'onka Mouka,
tandis qu'il s'arréteroit dans leur Ville, parce qu'avec le fecours de leurs Al-
liés, ils étoient en état de réfifter aux forces réunies des deux Rois de Ga-
lam. Le Commerce fut ouvert dans cetce confiance. Les François reçurent
en fix jours deux cens quatre-vingt Efclaves, avec une groffe quantité d'or;
mais peu d'yvoire. Dans d'autres cems néanmoins, il s'en trouve beaucoup
à Dramanet. Il y eft apporté des Pays intérieurs, car les Mahométans de
ce Canton s’éxercent peu à la Chaîle & laiffent leurs Eléphans fort tranquil-
les (2). Ils croyent meme que la chair en eft impure; fuivant la Glofe ap-
paremment de quelques-uns de leurs Marbuts, puifque l'Aïkoran ne met pas
l'Eléphant au nombre des animaux immondes. La Compagnie Françoife pour
_roit établir dans ce lieu un Commerce d'autant plus avantageux, qu'il cpar-
Prix des mar-
«handifes,
gneroit aux Négres la fatigue de porter leurs marchandifes par terre juiqu'a
la rivière de Gambra. Leur méthode conftante eft de faire régler le prix de
leurs commodités par deux ou trois de leurs principaux [ Maîtres des chemins,
c'eft-à-dire des principaux] Négocians, & ce tarif devient une loi pour
tous les autres. En 1698, un Efclave male, entre dix-huit & trente ans,
fe donnoit pour la valeur de vingt livres de France en marchandifes ; l'once
d'or, pour la valeur de douze francs; & l'yvoire à quatre füls la livre.
Au Sud du Sénégal, jufqu'aux Cataraétes de Feu, on trouve pluficurs
Villages Mahomécans (m7), entrelefquels Dramancet tient le premier rang.
Tous ces petits Peuples forment une République, dont on prétend que la
Capitale fe nomme Xonyur, Ville dont les édifices font de pierre & couverts
de tuiles, [& qui eft la demeure des principaux Marchands du Pays.]
[Ls font indépendans des Princes Négres; & la multitude de leurs Mar-
buts
CE) Angl. la plüpart Marbuts. R, d. E,
ŒT(1) Ceci ne s'accorde pas avec ce qui aé-
té dit ci-devant.
am) [y a dans lOriginal plufieurs Villages
de Marbuts, furquoi les Auteurs Anglois re-
marquent que la république, que ces Marbuts
forment, n'eft pas aufli riche que celle qu! a
été fondée par une autre forte de Prètres, fç1-
voir les Jéfuites , dans le Paraguay. R. d, E.
DI
buts le
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: a
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Liv. VI. Crar. VI. 337
buts les rend redoutables à leurs voifins, parce qu'avec tant de Prêtres ilsne
manquent pas de Grifgris. Le côté de la rivière, au Nord, eft couvert de
Lataniers & d’autres arbres, mais tout-à-fait défert, à caufe des incurfions
continuelles des Morces qui viennent du Royaume de Maroc. Le Sénégal
leur fert de frein, parce qu'ils n’ont aucune méthode pour traverfer cette ri-
vière (n).
Tanp1s que Brue éxerçoit heureufement le Commerce à Dramanet, il fut
informé que Tonka Mouka s'avançoit avec un corps de troupes. Le Chef
de la Ville, de qui il reçut cetavis, l'affüra que tous les Habitans perdroient
plûcôt la vie que de lui laiffer faire la moindre infulte, & que pour fe mettre
en état de le défendre ils avoient demandé Ie fecours des Villages voifins.
Quelque mépris qu'il eût pour un Roi fi foible, ilrappella tout ce qu'il avoit
de gens à terre, il fit difpofer fon artillerie, & fetint prêt contre toutes for-
tes d'attaques. Tonka Mouka arriva le foir, avec environ trois cens hom-
mes. Il s'arrêta quelque tems à l'entrée de la Ville, comme fi les Habitans
euffent fait difficulté de le recevoir. Cependant il entra malgré eux, au bruit
de fes tambours. Mais dans le même tems il y arrivoit près de mille hommes,
qui étoient envoyés à leur fecours par les Villages confédérés. Enfin Tonka
Mouka voyant la partie inégale , eut la fageffe de fe retirer à mille pas de la
Ville où il affit fon camp.
Le lendemain il fit renouveller aux François la demande de fes droits, en
les menaçant de la guerre. Brue rejetta fes prétentions, & lui offrit le com-
bat. Le Marbut qui avoit été chargé de cette députation revint bientôt, &
lui déclara que le Roi de Galam aimoit mieux fe retirer que d’en venir aux
mains avec les François. Il s’éloigna effeétivement dès le premier jour , fans
qu'on pût pénétrer d'où lui venoit cette crainte ou cette modération. Le
Commerce recommença fort tranquillement; & Brue fe crut obligé de ré-
compenfer, par queiques préfens, les fervices qu’il avoit reçus des Chefs
de la Ville. Une fi bonne preuve de leur affeétion lui infpira le deffein d’é-
tablir un Comptoir dans le Pays. Il chercha un lieu commode; & fon choix
étoit prêt à fe déclarer pour une des petites Ifles de la rivière, qui, dans un
tems où l’Inondation avoit toute fa hauteur, lui paroifloit inacceffible aux flots.
Mais en confüultant quelques-uns des principaux Négres , ilreconnut qu'elle con-
venoit mal à fes vües, parce que dans les tems fecs l’eau du Canal du Nord
fe trouvoit fi baffle, que la crainte des Mores les empèchoit eux-mêmes d'y
émettre leurs troupeaux. Ce Canal néanmoins [avoit fix ou fept braffes d’eau,
&] étoit alors aufli large que la Seine l’eft à Paris devantle Louvre. Le Gé-
néral, déterminé par cette raifon pour le côté du Sud, choifit entre Drama-
net & Mankanet une place également éloignée de ces deux Villes, qui lui
parut tout-à-la-fois à couvert de l’Inondation & capable d’être aifément
fortifiée. 11 y forma le plan d’un Fort, dont il confia l’éxécution à fon In-
génieur. |
PENDANT que fes Faéteurs continuoient le Commerce, &qu'il attendoit
le retour d’un Officier qu’il avoit envoyé avec deux Marbuts pour reconnoî-
tre la Rivière de Falemé , il prit la ré‘olution de vifiter les Villes qui font
au
Le]
(n) Labat, wbi fup. pag. 335. € Juiv.
III, Part. Dobdet
V
Brun.
IL Voyage,
1698.
Tonka Mouka
pourfuit les
l'rançois à
Dramanct.
Il fe retire
fans qu'on fça.
che pourquoi.
Bruc établit
un Comptoir
& bâtit un
Fort à Drama-
nct.
Il pénétre juf-
qu'aux cati-
rates de Felu,
BRUE,
I. Voyage.
16938.
lvifite l’Ifle
de Kaygnu.
Vaiations
de larivicre
du Séncgal.
Oifcau nom-
m: Quatr ti-
les,
338 VOYAGES DES FRANCOIS EN
au long du Sénégal jufqu'aux Cataraétes de. Felu. Ces Cataraëtes font for.
mées par un Rocher qui coupe entiérement la rivière, & d'où elle tombe
avec un bruit épouvantable, de la hauteur d'environ quarante brafles. Les
montagnes qui préparent cette chute d'eau, commencent à une demie-lieuë
du Village de l'elu, & rendent le Pays prefque inaccetlible. Le courant
même de la rivière, au-deffus de la Cataraéte, elt interrompu par quanti-
té de rocs qui le rendent dangereux pour les Canots, fur-tout pour ceux
des Négres qui font ordinairement fort mauvais Matelots. Brue laiffa fes
Barques deux lieuës au-deffous du Rocher de Felu, & fit le reîte du che.
min à pied jufqu'aux Cataraétes. À fon retour , il vifita l'Ifle de Kayonu, ou
Kaygnoux, qui porte à préfent les deux noms de Pontchartain & d'Orleans.
Ce lieu lui parut d'autant plus commode pour y batir un Fort, qu'il eft voi.
fin de Ganghiuru, grande Ville où pañlent les Ci ivanes des EfClaves Bam-
barras, & riche par le commerce de quatre ou cinq mille Mahométans (
qui l'habitent. Le feul obftacle qui réfroidit le Général pour cet Etabliffe-
ment , fut la diftance de la rivière de Falemé. Il en revint au projet du Fort
de Dramancet.
Daxs le voyage qu'il avoit entrepris, il s'étoit propofé de pénétrer juf-
qu'aux Cataraétes de Govina, & les Guides ne lui manquoient pas pour l'éxé-
cution de ce deflèin. Il auroit vifité en chemin le Roi de Xaffon ou de Kafliu.
Mais l'eau du Sénégal diminua fi promptement, qu'en vingt-quatre heures elle
fe trouva baïflée de dix-huit pieds ; & pour peu que cette dninution conti-
nuât , il pouvoit devenir fort difficile de repañler les Rocs de Donghal. Une
groffe pluve, qui furvint, fit remonter la rivière de huit pieds. Ces variations
obligèrent le Général de retourner à Dramanet, où il trouva que Perere avoit
acheté une affez bonne quantité d'Or & d’Yvoire , avec un grand nombre d'Ef-
claves Bambarras, jeunes & bien-faits, mais d'une maîgreur qui faifoit pitié.
Leur Pays avoit été affigé d’une fi furieufe famine, que les Marchands d'Ef
claves en avoient perdu plufieurs, pour n'avoir pû leur donner chaque jour
une poignée de bled verd. Il ne fut pas facile aux François de rétablir ceux
qu'ils avoient achetés. Des diarrhées violentes, quiles prenoient aufli-tôt qu'on
leur donnoit quelque nourriture , en firent périr plufieurs. Mais ceux qui
échapèrent à cette maladie, devinrent les plus beaux Efclaves qn’on eût jamais
tirés de l'Afrique.
U x homme de la fuite du Général tua un Oïfeau extraordinaire, que Îles
François nommèrent Quatr'aïles. Il écoit de la groffeur d'un Cocq d'Inde, le
plumage blanc (p), le bec gros & crochu, les pieds armés de fortes griffes,
avec toutes les autres marques d’un Oifeau de proye. Comme le tems de fa
chaffe eft la nuit, on ne put juger qu'elle eft fa proye ; mais il étoit fi gras,
& fon ventre croit fi plein, qu'il ne paroiffoit pas avoir manqué d'alimens.
I'avoit les ailes très-grandes, très-fortes; & bien garnies de plumes; mais
dans la partie qui touchoit à l'épaule, les plumes de deflous étoient nues
(4), & couvertes néanmoins d’autres plumes plus longues que les premières,
(a) Angl. Mais les plumes du fouet Ctoient
fans barbe, KR, d. E,
(o) Angl. Marbus, ou Marchands. R. d.E.
Cp) Angl. le plumage noir, K. d. E.
que les
Kÿ manet,
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qui, à la longucur de quatre ou cinq pouces, portoient une forte de poil long
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| long
X
toicnt
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car. VI. 339
& épais (r), de forte qu'une aîle , ens'étendant, paroifloit en former deux,
l'une à la vérité plus grande que l’autre, avec un efpace vuide entre les deux,
[que les tuyaux du fouet laïifoient voir au-deffüs des premières plumes, & des
lus voifines du Corps de l'Oifeau.] De-là vint le nom de Quatr-aïles, que
es François donnèrent à cc: Oiféau, & tout le monde auroit cru qu'il n'en
avoit pas moins. Comme il eft robufte, elles jouent parfaitement. 1] doit vo-
ler fort haut & fort long-tems. Brue fe flattoit d'en rapporter un vivant, fi
les Négres euflent éxécuté leur promefle.
Le Kamalingo de Tonka Bukari attendoit les François à Dramanct, tandis
qu'ils faifoient le voyage de lelu. Il vint voir le Général à fon retour, & lui
offrit fes fervices. Mais fa commiffion étoit de demander un préfent ou des
droits, que le Général lui accorda, tels qu'il crut les devoir. Cet Officier
avoit rempli la dignité de Kamalingo fous Tonka Mouka, ce qui le rendit un
peu fufpect aux François, jufqu'à ce qu'ils eurent appris que la haine étoit mor-
telle entre fon ancien Maître & lui. D'ailleurs , écant proche parent de Tonka
Bukari, il devoit avoir naturellement plus de zèle pour fes intérêts. Aufi pro-
mit-il fa proteétion aux Agens de la Compagnie qui devoient s'établir à Dra-
KF manet, ou qui viendroient enfüuite dans le Pays. [ Le Général de fon côté lui
pramit que fes droits feroient bien payés, & que la Compagni lui tiendroit
compte de fes bons Offices. ] On a dû remarquer que le nomde Tonka eft un
Kuitre de dignité pour les Rois de Galam [ & que ceux de Mouka ou Bukari
font des noms propres.] Après avoir terminé fes affaires à Dramanct, la Flotte
Françoife retourna droit au Fort Saint-Louïs.
{& [Larirunes obfervées dans ce Voyage deg. min,
Ghildé, Village - - - - - - - - 14 -- 57.
Burnagui, Village - - - - - - - 14 -- 9]
(r) portoient des barbes longues & épaiffes. R. d. I.
G. III.
+ Obfervations fur le Royaume de Galam , ES [ur les découvertes des
François au-delà,
avec quelques recherches Jur le Pays de Tombuto.
A fituation du Royaume de Galam eft à l'Eft du Pays des Foulis, ou du
Siratik. Il commence au Village de Ghildé, à deux cens quarante-deux
lieuës de la Barre du Sénégal ; une lieuë au-deflous de Tuabo. Son étendue,
de l'Oueft à l'Eft, en remontant larivière, eft d'environ quarante-cinq lieuës.
Il fe termine au Rocher de Felu , où le Sénégal ayant comme forcé le paffage
entre deux montagnes fe précipite d'environ quarante brafles de hauteur («).
Cependant Brue raconte dans un autre endroit que le Pays de Galam commen-
ce au Village d'Embakané, qui eft de trois ou quatre lieuës à l'Oueft de Ghil-
dé; ce qui ne lui fait pas compter néanmoins plus de quarante-cinq lieuës juf-
qu'aux
&F(a) Labat, Afrique in ci I, pag. 289; € Juir
Tv 2
D'r up
Il, Voyape,
1698.
Députation
de'T'onka Bu-
kari au Génc-
ral,
Retour des
François au
Fort Saint-
Louïs.
Etendue &
fituation du
Pays de
lun.
Brur,
ll, Voyage,
1698.
Différence
d'opinions
entre de l'Ifle
X Labat,
Noins pute
culiers des
Seigneurs &
des Habitans
de Galun.
Eclaircife-
mens fur les
Mandingos.
Caractère fin-
gulier de cette
Nation.
h)
340 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
u'aux Cataraëtes de Felu. Il ajoûte au même endroit, aue le Ro de
h de Felu s'étend'du côté de l'E (b). di Lib nd
Au Nord & au Nord-Oueft, il eft borné par ces Déferts fabloneux qui
D le nom de Sarra, ou Défert de Barbarie; Région fort vafte où les
ores ont des habitations mobiles; & par quelques Villages fixes des Foulis
de la dépendance du Siratik. A l'Eft & au Nord-Ëft, fes bornes font le Royau-
me de XafJon ou Kaffou (c). Suivant la Carte pofthume de M. de l'Ifle la par.
tie du Royaume de Galam ou des Sarakolez, qui eft au Nord du Sénégal, cit
occupée par les Négres de Jeré, Nation fugitive d'un autre Pays; le même
Géographe place les Foulis à l'Oueft, & le Pays de Bambuk au Sud. Mais
fuivant les Mémoires employés par Labat, le Royaume de Bambuk fait par-
tie de celui de Galam; & dans cette fuppoñition, Galam aura les Jalofs auñi
ee sn à l'Oueft; & les Mandingos du Nord de la rivière de Gambra,
au Sud.
Le titre du Roi de Galam eft Tonka, qui fignifie Roi. Les Principaux Sci.
gneurs du Pays, qui font autant de petits Rois lorfqu'ils ont pû parvenir au
gouvernement d'un Village, fe font nommer Siboyez. Le commun des Tabi-
tans portent le nom de Sarakolez, tiré fans doute du lieu même de leur habita.
tion, parce qu’en langage du Pays Kolez fignifie rivière. On a déja fait remar-
quer qu’ils font inquiets & turbulens, capables de détrôner leurs Rois fous les
moindres prétextes; pareffeux d’ailleurs, & fi peu portés à s'éloigner de leur
Pays que leurs plus longues courfes ne vont guères au-delà de Jaga, cinq jour-
nées au-deflus du Rocher de Felu; ou de Bambuk, grande Contrée au Suit
qui mérite des obfervations particulières dans fon propre article, quoiqu'ell:
foit regardée comme une partie du Royaume de Galam. Ils amenent des El
claves de Jaga; & de Bambuk, ils apportent de l'or.
La Nation qu'on appelle les Mandingos eft originaire de Jaga; mais elle
s'eft établie dans le Pays de Galam, où elle eft devenue fort nombreufe, ave:
affez d'union pour former une efpèce de République, qui n'a pas plus de con-
fidération pour le Roi qu’elle ne juge-a-propos. Tout le commerce du Payse:t
entre les mains des Mandingos. Ils l’étendent dans les Royaumes voifins; &
n'étant pas moins ardens pour la Religion de Mahomet que pour les richeffes,
ils font gloire d’être tout-à-la-fois Marchands & Miffionaires. Ils fe quali-
fient tous du nom de Marbuts, que les François ont changé en Marabous;
c'eft-à-dire Religieux & Prédicateurs. Si lon excepte les vices propres aux
Négres, il y a peu de reproches à faire à leur Nation. Elle eft douce, ci-
vile, amie des Etrangers, fidelle à fes promefles , laborieufe , induttrieu-
fe, capable de tous les Arts & de toutes les Sciences. Cependant tout leur
fçavoir confifte à lire & écrire. On a peine à juger fi c'eft par inclina-
tion qu'ils aiment les Etrangers, ou pour le profit qu'ils tirent d'eux par le
Commerce.
Les Habitans naturels du Pays de Bambuk, qui fe nonment Malinkops,
ont reçu auffi les Mandingos, & les ont même incorporés avec eux jufqu'à
ne former qu'une même Nation, où la Religion, les mœurs & les ufages
des Mandingos ont fi abfolument prévalu , qu’il n’y refte aucune trace des an-
ciens Malinkops.
Mais
&«7(2) Labat, Tom, Il, pag. 146. dc) Ibid, Tom. III. pag. 290.
DIF]
Mais
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peuplée ,
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iclina-
par le
inkops ,
jufqu'à
ufages
jes an-
Mais
Mais outre le Pays de Jaga, d'où font venus les Mandingos du Royau-
me de Galam, on trouve au Sud de Bambuk une vafte Contrée , ou un
Royaume qui porte leur nom. Cette me de Mandingo eft extrémement
peuplée, autant parce que les femmes y font d'une rare fécondité, que par-
ce qu'on n'y fait aucun Efclave du Pays , Comme dans tous les Etats voitins.
On n'y vend du moins que les Criminels. L'abondance des Habitans s'eft
quelquefois trouvée fi exceflive, qu’il s'en eft formé des Colonies dans di-
verfes parties de l'Afrique, fur-tout dans les Pays où le Commerce eft en
honneur, Telle eft l'origine des Mandingos de Galam, de Bambuk, & de
plufieurs autres lieux (4). |
Des Cataraétes de Felu jufqu'a celles de Govina, qui font encore plus
hautes & plus inacceflibles, la diftance eft d'environ quarante lieuës, fuivant
le calcul des laéteurs François qui firent ce voyage en 1719. Brue dit ici
que la Cataraéte de Felu a plus de trente toifes de hauteur, quoiqu'on ait
déja rapporté d'après lui qu'elle a quarante braffes. La rivière fe trouve
comme preffée entre deux hautes montagnes ; non que le Canal n'ait aflez
de largeur; mais il eft rempli ps l’efpace de plus de quatre à cinq lieuës]
€
de Rocs au travers defquels ilfemble que l'eau fe foit ouvert un pallage en
chariant toute la terre qui les environnoit. Elle coule ainfi par cent boyaux
fort rapides, dont aucun ne paroît navigable. Au-delà de ces Détroits, on
trouve une belle Ifle fans nom, vis-à-vis le Village de Lantu, qui eft fur la
rive droite de la rivière. La fituation de cette Ifle feroit fort commode pour
un Etabliffement, & pour un magafin de marchandifes, d'où le Commerce
pourroit s'étendre fur les deux bords de la rivière, & plus haut jufqu’au des.
fus des Cataractes de Govina.
BRUE avoit conçu l'importance de cette découverte pour l'intérêt de la
Compagnie, & s'étoit propofé de la faire lui-même avec celle de tout le
Pays qui eft aux environs: mais d'autres affaires l'ayant obligé de mettre des
bornes à fon abfence, il engagea quelques-uns de fes plus courageux l'aéteurs
à tenter une fi belle entreprife. Ils fe rendiïent du Fort Saint-Louïs au
& Fort [ de Dramanct, qui avoit reçu le nom ] de Saint-Tofeph, fous la con-
duite de quelques Négres qui connoifloient le Pays. Enfuite s'étant avancés
jufqu'au pied des Cataraétes de Felu, ils y quittèrent leurs Chaloupes. Les
bords du Sénégal leur parurent d’une beauté admirable, mais mieux peuplés
fur la droite , c'eft-à-dire au Sud, que du côté du Nord. Ils furent bien
reçus dans tous les lieux du paffage, en fe faifant des amis par leurs préfens.
Après avoir fuivi à pied le bas de la montagne, ils arrivèrent à Lantu, ils
vifitèrent l’Ifle dont on a parlé, & s'étant procuré quelques mauvais Canots
par l'entremife de leurs Guides, ils pouflèrent leur navigation jufqu’au
pied d'un Roc, nommé Goving par les Habitans , à quarante lieuës de
Lantu.
La Cataraéte de Govina leur parut plus haute que celle de Felu. Comus
la rivière y eft aflez large, elle forme , en tombant avec un bruit horrible,
une épaifle bruine, qui, des différens points d’où elle peut-être obfervée , ré-
fléchit différens Arcs-en-Ciel. Les Avanturiers François, encouragés par le
fuccès
(d) Labat, Tom. IL. pag. 370. € fuic.
Vv 3
DIFFERENTES PARTIES px 1'AFRIQUE, Liv. VI. Cia. VI 34e
Brun,
H, Voyage,
1698.
Grand Pays
qui fe nomme
Mandingo.
Cataractes de
Felu & de Go-
vina,
Entrepriies
des l'rançoig
pour décour-
vrir les Pays
voifins,
Brurzr,
JI, Voyage
1698.
Elle manque
par le caprice
des Nogics,
Avant
eu'on en pol
VUILCIDEICT,
Royaume de
Katlon, ton
étendue & fa
puiliance,
Abondance
des Mines qui
, 22
S'y trouvent
4 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
fuceës de leur route, cherchérent de quel côté de la rivière ils pouvoient
efpérer de franchir plus facilement les montagnes qui font la Cataraéte, Mais
les Négres qui leur fervoient de Guides refuférent conftamment de les ac.
compagner plus loin, fous prétexte qu'ils étoient en guerre avec les Peuples
du Pays fupérieur, & qu'ils n'entendoient pas leur langage (e). Les lac.
teurs fe virent dans la néceflité de retourner au l'ort S. Louïs fans avoir éxé.
cuté leur deffein.
Quorque ces Cataraétes rendent le pañlage de la rivière fort dificile,
elles ne mettent point d'obftacle infurmontable au Commerce, Les JHabi.
ans ne manquent ni de Bœufs ni de Chevaux pour le tranfport des marchan.
difes. Ils ont auffi des Chameaux en abondance; de forte que fi ces Régions
étoient une fois bien connues, & l'ouverture aflürée par de bons Exaolife.
mens, on pourroit entreprendre un riche commerce avec le Royaume de
Tombuto & les Pays du même côté (/f). "
A l'E & au Nord-Eft de Galam, on trouve le Royaume de Ka, ou
de Aafjou, qui commence à la moitié du chemin entre les Rochers de l'elu &
de Govina. Le Souverain s'appelle Sagedova, Il fait fa réfidence ordinaire
à Gumel, dans une grande Ifle, ou plûtôt une Péninfüule, formée par deux
rivières au Nord du Sénégal, qui après un cours de plus de foixante lieuës
vont fe perdre dans un grand Lac du même nom que le Royaume, La
plus méridionale de ces deux rivières, qui forment l'ile de Kaflon, fe nom-
me la Rivière noire, de la couleur fombre de fes eaux, & ne prend pas fa
fource à plus d'une demie-lieuë de celle du Sénégal ; mais à moins d'unc licuë
de fon origine, elle devient fi forte qu'elle celle d'être guéable, L'autre,
q’ eftau Nord, porte le nom de Rivicre blanche, parce que la terre blan-
châtre & glaireufe où elle pañle, lui fait prendre cette couleur ; fort diffé.
rente de celle du Sénégal, d’où elle fort; à demie-lieuë, au plus, de la four-
ce de la Rivière noire.
L'Isze, ou la Péninfule de Kaflon, qui eft longue d'environ foixante
lieuës, n’en a guëres que fix dans fa plus grande largeur. Le terroir encit
ferule, & bien cultivé. Elle eft fi peuplée, & fon Commerce a tant d'éten-
due, qu’elle doit être fort riche. Son Roi pale pour un Prince puiflant,
qui n'eft pas moins refpeété de fes Voifins que de fes Sujets. Galam & la
plûpart des Royaumes voifins font fes tributaires. On connoît peu fes li-
mites au Nord; mais il eft certain qu'au Sud il s'étend jufqu'aux Pays de
Godova & de Jaga; & que les Mandingos de Bamouk & de ‘Tombu-
to font fes ‘Tributaires , s'ils ne font fes Sujets. On prétend que les
Habitans de Kaflon étoient Foulis dans leur origine , & que leur Roi po
fédoit anciennement tout le Royaume de Galam & la piüpart des Pays
qui forment aujourd'hui les Etais du Siratik. Peut-étre faut-il rappor-
ter à cette caufe le tribut que ces Peuples lui payent encore. On afl-
re qu'il a des Mines d'or, d'argent & de cuivre en fort grand nombre,
& {1 riches que le métal paroît prefque fur la furface ; de forte que, fi dé-
layant un peu de terre dans un vale,on le vuide avec un peu de précau-
tion,
dans lefquelles ils ne pourroient les affiiler fans
jmprudence, |
Cf) Labat, Tom. IL pag. 156. © JET.
re) Ce font-là des excufes dont ils fe fer-
vent pour ‘abandonner les Européens, lorf-
que ceux-ci veulent faire des découvertes ,
DII
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tion,
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J
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Car, VI. 343
don, ce qui refte au fond eft le métal pur, C'eft ce qu'on appelle l'or dela.
vage.
Cowwe les François n'ont pas pénétré plus loin, à l'E, que les Catarac-
tes de Govina, toutes les lumières qu'on a fur les richefles du Royaume de
Kafon viennent des Marchands Négres du Pays, qui ont beaucoup de paf:
fion pour les in 8 » & plus d'habileté dans les affaires que tous les au-
tes Peuples de leur couleur, Ils conviennent tous qu'il s'étend plufieurs
journées au-dèla du Rocher de Govina, & qu'il et borné à l'Eft par unau-
tre Royaume qui touche à celui de Tombuto; Pays qu'on cherche depuis fi
long-tems (Z ). |
Comme l'opinion qui s'eft répandue des richefles de Tombuto & le defr
d'entrer en partage ou plûtôt de fe failir du commerce de l'or , eit le principal
motif qui a porté les Européens à s'établir fur la Côte Occidentale d'Afrique,
il ne fera pas inutile de faire ici quelques recherches fur l’état de ce commer-
ce & fur les progrès qu'on a fait jufqu à préfent dans cette découverte.
Nous n'aflurerons pas que Cala Moito foit le premier qui ait fait connoî-
tre en Europe le nom de ‘l'ombuto & lon Commerce ; mais il eit en et le
premier Voyageur qui nous en ait donné de juftes idées dans fa R lat on.
Il avoit fait en 1455 le voyage des deux rivières du Sénégal & de la Gam-
bra, Suivant les luraières (h) qu'il s'étoit procurées, l'Or venoit de l'Empi-
re de Melli, Région des Négres à trente journées de ‘T'ombuto au Sud-Oueft,
De ‘Ll'ombuto il pañoit, par les Caravanes, en Egypte, à Tunis, à Hoden,
(Guiden où Whaden) fix ou fept journées à l'EIE d'Arguim. De Hoden, il é-
toit tranfporté à Oran, Fez, Maroc, & dans les Ports de ce dernier Royau-
me, où les ftaliens & les autres Nations de l'Europe l’alloient prendre ; can-
dis que les Portugais le recevoient des Morus qui l'apportoient direétement
de Hoden dans (5) la Baye d’Arguim. Hoden, fuivant le même récit, eft
gfitué au Nord-Ouelt de ‘Tombuto, à quarante [ou cinquante] (k) journées
de diftance, & lui fournifloit du fel, d'une Ville où d'un Canton nommé Teg-
gazza , dont Hoden n’eit qu'à fix journées au Nord-Eit,
LEON, qui étoit à Tombuto vers l'année 1500, en parle comme d'un Pays
fort riche en Or, mais s'étend peu fur fon commerce. Cependant l'ocçafñon
lui fait coucher quelque chofe d'une correfpondance établie par les Marchands
avec divers Cantons de Barbarie. Il parle (7) auifi de la poffibilité de com-
muniquer avec l'Océan par le Niger, qui eft dans fes idées la même riviére
que le Sénégal. Marmol fit auili le voyage de ‘lombuto, quelques années
après Leon; mais il ne donne pas plus d'éclairciifemens fur les voyes du
(Commerce.
EN
cg) Labat, Tom. III. pag. 299. EP Juiv. deux cens cinquante milles; & à Tombuto, qui
«b) Voyce ci-deilus la Relation de Cada elt à trois cens licuës d'eux au Midi, Iparoit
Moto. par cette Lettre que les Portugais avoientalors
(i) Une Lettre ccrite d'Arguirm à Lisbonne un Fort dans 14 Baye d'Arguim. mais fans
lee riches Mines du Royaume commerce. Voyez la Collcétion de Hackluyt,
en 1591, pauile d
de Darba , foixante licuës ansles terres, mais Vol. [L. Purt. 1f. pag. 188. :
fe plaint que les Portugais d'Arguim n'ayant (k) Lcon met cinq cens milles, & Mar-
pas de marchandifes pour actirer ces richeffes mol fix cvns.
de leur côté, les Mores les tranlportentàl'ez. gÿ(1) Voyez fon Hiftoire d'Afrique Liv. 7,
cn Barbarie, quoiqu'ils en {vient éloignés de
Bnruz,
Il: Voyage,
169%.
Recherches
fur le Com-
mercçe de
Tombuto, &
fur les entre
prifes des lu
ropéens,
Témoignages
de divers Au
teurs,
VOYAGES DES FRANÇOIS E N DIT
Bauer, EN 1594, un Marchand (m) nommé Antoine Daffl, envoya jufqu'à Ma- gligée d
H, Voyage. roc, pour y recevoir de fon Correfpondant, Laurent Madoc, des informa- buto pa
1698. tions fur Tombuto & Gago, & fur la conduite des Mores qui avoient fait route p:
depuis peu la conquête de ces deux Pays fous Alkayd {amet, Madoc confir. ileftàt
ma l'idée qu'on avoit de la richeffe de ces Contrées, & rendit témoignage donnère
qu'il en avoit vû arriver, au mois de Juillet de la même année, trente mu. LES.
lets chargés d'Or. la fuppo
L'Ecrivain anonyme d'une Lettre, qui fe trouve jointe du voyage de pouvoir
Fréjus en Mauritanie, imprimé en 1671, entre dans quelque détail (n ) fur rakonda
le commerce de l'Or entre Maroc & T'ombuto, & fur la manière dont on ENFr
traverfe les Déferts de fable. 11 donne pour diftance huit cent milles au Sud, avec au
Il repréfente les deux rivières du Sénégal & de Gambra, comme deux bran- entrepri
ches du Niger, & place le lieu de leur divifion à quatre cens milles à l'Oueit bouchur
du Royaume de Gago, dont il regarde ‘Tombuto comme la Capitale. 11 ob. pour le
ferve que fuivant l'opinion de quantité de perfonnes , on peut arriver au Royau- tion qu’
me de Gago par ces deux rivières, que les Anglois en ont formé l’efpéran- Mai
ce plus que toute autre Nation; mais que toutes leurs entreprifes ont man vrir To
ué parce qu'ils n'ont pû remonter leur rivière au-delà de quatre ou cinq terre,
Obflacles qui cens milles. Il ajoûte qu'il avoit fouvent demandé aux Habitans des bords la fituat
HO du Sénégal fi cette rivière eft plus navigable que celle de Gambra, & s'il ficurs fc
SUP n'étoit pas poffible de remonter plus de quatre ou cinq cens milles ; qu'ils l'ont Niger,
affuré qu'on ne pouvoit remonter plus loin, par trois raifons infurmontables; fuivi pe
les maladies caufées par le climat, la méchanceté des Mores, & les Rochers Fombir
qui traverfent la rivière (0). On doit remarquer que cet Auteur attribue aux arriver
troismêmes caufes, le mauvais fuccès des Anglois fur la rivière de Gambra; voyage
quoiqu’au fond le grand obftacle, fur les deux rivières, foit la hauteur des depuis |
rocs & des cataraëtes qui les rend peu propres à la navigation. Ve Falls
© IUNHIS
MourTTEe qui voyageoit en 1670 dans les Royaumes de Fez & de Ma-
roc, explique la manière dont fe faifoit alors le Commerce des Arabes à
( p) Sudan, en Guinée & dans le Pays de Tombuto. Ils apportoient de ce
beaucor
Er a
ernier lieu du Zibir ou de la poudre d'or, qu'ils y recevoient en échange pour voir pat
du Sel; & la vendant aux Mores & aux Juifs, ceux-ci la revendoient dans Faifon ,
les Ports de Zafy, ou Æ/afy & d'Agader ou Santa-Cruz, aux Marchands de Jours er
l'Europe, qui la tranfportoient dans leur Pays (q). clut qu
ON pourroit citer quelques autorités plus modernes, fi tous ces témoigna- coup d’
ges ne fufhfoient pas pour prouver que 1 commerce de l'Or dans la Nigritie leurs de
n'eft pas imaginaire, & que pendant trois cens ans les Arabes & les Mores d Mal
es Ma
l'ont éxercé de Barbarie à Tombuto & à Gago. Depuis qu'on a fçu dans l'Eu-
rope que c’étoit effeétivement delà que venoit tout l’Or de l'Afrique, on s’eft or Zani
efforcé d'y pénétrer, dans la vûe de partager avec les Arabes & les Moresun clure q
Commerce fi utile, ou plûtôt de le faire palTer de leurs mains dans les nôtres. 1 quat
e mar
Les Portugais formérent les premiers cette entreprife ; & quoiqu'ils l'ayent né-
LÉ ue leu
gligée q
{m) Colleétion de Hackluyt, Vol, II. Par- (p) C'eft plütôt Belad al Sudan, quifigni
tie JL. pag. 192. fic Lerre des Nègres. Cr) I
(n) Page 13. de cette I.cttre. (q) Voyez les Voyages de Mouette, pag: nicurs p
Co) Angl. & les Oziers dont la rivièrecit 80. € Juiv. [dans la Colleétion de Stephens,@ Cantor.
remplie, R, d. LE, in 4e. Vol.IL dues.
III.
'à Ma-
forma-
nt fait
confir-
Dignage
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au Sud,
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l'Oueit
Il ob-
Royau-
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Du cinq
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& s'il
'ils l'ont
tables;
Rochers
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rabes à
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Nigritie
Mores
ns l'Eu-
on s’eft
[ores un
nôtres.
ent né-
gligée
qui figni
tte, pag:
Stephens,
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Liv. VI, Car, VI 45
gligée du côté d'Arguim, parce qu'ils défefpérérent de pouvoir arriver à Tom-
buto par terre, Marmol nous apprend qu'ils penférent enfuite à s'ouvrir une
route par la rivière de Gambra, en faifant fauter le roc de Barakonda. Mais
il eft à préfumer qu'ayant été découragés par la grandeur de l'obftacle, ils aban-
donnèrent entièrement leur entreprife (r ).
Les Anglois formèrent enfuite le méme deffein par la même rivière, dans
la fuppofition qu'elle fortoit du Niger. Ils confervent encore cette idée, fans
pouvoir l'éclaircir avec certitude, ni pénétrer plus loin que les rocs de Ba-
rakonda.
Enrin les François ont pouflé leurs découvertes par le Sénégal, mais
avec auffi peu de fuccès que les autres Nations pour le principal objet de leur
entreprife. Ils ont trouvé des rocs infurmontables à trois cens licuës de l'em-
bouchure de cette rivière. Ils font encore incertains s'ils doivent la prendre
pour le Niger; & quand ce le feroit en effet, ils ignorent fi dans la fuppoñ-
tion qu'il fut navigable au-deflus de Govina, il les conduiroit à ‘Tombuto.
Mais tandis que plufieurs autres Nations cherchoient comme eux à décou-
vrir Tombuto par les rivières, ils ont pris des informations fur les routes par
terre, Brue faifant conftruire fon Fort à Dramanet demanda foigneufement
la fituation de T'ombuto à divers Marchands Négres qui en avoient fait plu-
ficurs fois le voyage. Ils lui apprirent que la Ville de ce nom n'eft pas für le
Niger, mais à quelque diftance de fes bords; que pour s'y rendre , ils avoient
fuivi pendant plufieurs jours la rive du Sud, & qu'ayant quitté cette rivière à
Tombir où elle tourne vers le Nord, ils avoient mis fix jours de marche pour
arriver à Tombuto. Trente-deux jours qu'ils avoient employés dans tout le
voyage, en les comptant à dix licuës par jour, font trois cens vingt licuës
depuis les cataraétes de Felu jufqu'a cette Ville. Les Négres ajoûtèrent qu’il
venoit tous les ans à T'ombuto une groffe Caravane d'hommes blancs, armés
de fufils, pour faire l'échange de leurs marchandifes, & qu'ils emportoient
beaucoup d'Or. Brue ne douta pas qu'ils ne parlaffent des Mores de Barbarie.
EranT lui-même à Tripoli en Barbarie, il eut plufieurs fois l’occafion de
voir partir les Caravanes des Mores pour un Pays méridional qu'ils appellent
Faïfon, Faifan, où Faifaon & Faïzzan (s). Ces Caravanes étoient cinquante
jours en chemin, fans y comprendre les jours de repos; d'où l’Auteur con-
clut que Faifan n'étant qu'a cent ou cent-vingt licuës de Tripoli, il y a beau-
coup d'apparence qu’au-licu de Faifan les Caravanes alloient à Tombuto. D'ail-
leursles Marchands Mandingos quiont fait le voyage de Tombuto, racontent
qu'outre l'Orde ce Pays, ils en aj portent aufli du Royaume de Zanfara, &que
les Marchands de ce Royaume employent cinquante jours dans leur voyage;
or Zanfara n'eft pas à plus de deux cens lieuës de F'aifan. Ainfi l’on doit con-
clure que les Caravanes de Tripoli vont à Tombuto, & que leur voyage eft
de quatre cens cinquante lieuës, qui peuvent fort bien prendre cinquante jours
de marche. Les Marchands de Zanfara y employent le même tems, parce
que leur diftance eft à peu près la même. Il eft probable que les Barques à
mâts
(r) Le Roi de Portugal envoya des Ingé- paremment environ l'an 1520.
nieurs pour faire fauter un roc au-deffus de g(s) Labat prétend que ce Pays eft le mê-
Cantor. La peine & la dépenfe furent per- me que celui auquel les anciens doñnoient le
dues. Marmol, Vol, LL, pag. 74, Ce fut ap- nom de Fafanea Regio,
IIL Part. Xx
Dnu
HE, Vo ie,
1698.
Les Portu
ais veulent
faire fauter un
Roc fur la ri
vière de Gam-
bra,
Tentative
des Anglots,
Et des l'ran
colis,
Informations
fur les routes
par terre,
Lumières
que Bruce fe
procure À
‘Lripoli,
prurz.
ll, Voyage,
1698.
Marchandifes
qu'elle porte.
Curavane de
Tripoli,
Marchandifes
qu'elletire, &
es profits.
RichefTe &
fertilité du
Royaume de
‘l'oembuto.
Vües & con-
feils pour €-
tendre les dé-
couvertes,
446 VOYAGES DES FRANCOIS EN
mûts dont on a parlé, & que les Mandingos voyent fur le Niger à quelques
lieuës de Tombuto, font celles que les T'ripolitans employent de uis le pre.
mier endroit où ils rencontrent cette rivière, & qu'ils laiflènt auili dans l'en.
droit le plus proche de Tombuto, qui fuivant l'opinion de plufieurs Géogra-
phes n'elt à din fix lieuës du Niger. La Caravane de Tripoli eft ordinairement
compofée d'environ mille hommes, aflez bien armés pour fe défendre contre
les bêtes farouches ou les Voleurs qu'ils peuvent rencontrer dans les Déferts,
Ils y trouvent de l'eau & du C3 pour leurs Chevaux & leurs Charmeaux,
Les Marchandifes qu'ils portent à T'omnbuto font prefque les mêmes que les
François portent à Galam; des draps & des ferges de diverfes couleurs ; bleu,
verd, violet , jaune & rouge, mais rouge fur-cout, jufqu'a la valeur de
vingt mille écus; des criftaux & des glaces (1), pour la meme fomme; du
corail travaillé de différentes lortes, pour douze mille écus; du papier , du
cuivre, des baflins & des vafes pour dix mille, Toute la cargaifon peut
monter ainfi à foixante-deux mille écus, & l'on jugera de leur profit par les
marchandifes qu'ils prennent en retour. C'eft ordinairement trois mille quin-
taux de dattes, qu'ils vendent dans leur Pays à deux écus le quintal; douze.
cens quintaux de Séné, dont il tirent quinze écus pour chaque quintal; des
lumes d'Autruche pour la valeur de quinze mille écus; huit-cens, ou mille
ifclaves, & mille marcs d'Or. L'article feul de l'Or monte à cent mille é-
cus; & comptant les Efclaves à cinquante écus par tête, c'eft encore qua-
rante mille ecus. Ainfi les cinq articles ne font pas moins de cent foixante-
dix-neuf mille écus; defquels, fi l'on déduit les foixante-deux mille où l'on
a fait monter le premier fond des marchandifes, il refte pour profit cent dix.
fept mille écus, gagnés dans l'efpace de cinq mois. Les françois pourroient
fe procurer ce gain avec plus de facilité, & par conféquent avec encore plus
d'avantage (v).
IL eft certain que le Royaume de Tombuto produit beaucoup d'Or. Mäis
on y en apporte aufli de Gago, de Zanfara, & de plufieurs autres Régions;
ce qui ajoûte aux avantages de la Ville de Tombuto, qui eft déja riche en
elle-même, celui d'être le ceruire du Commerce pour toutes les parties de
l'Afrique. Son Pays a d’ailleurs en abondance toutes les néceflités de la vie.
Le maïz, le ris, & toutes fortes de grains y croiffent en perfeétion. Les
beftiaux y font en grand nombre & les fruits fort communs. Il s’y trouve
des Palmiers de toutes les efpéces. Enfin le feul bien qui leur manque eft
le Sel, Comme la chaleur du climat le rend abfolument néceflaire , il y eft
auffi cher que rare. On l’y reçoit des Marchands Mandingos , qui l'achettent
des Européens & des Mores. L'Auteur regrette qu'un fi beau Pays foit fi
peu connu. Il eft perfuadé qu'on parviendroit plus aifément à cette décou-
verte aujourd’hui , parce que la Compagnie Françoile ayant des Établiffe-
mens dans le Royaume de Galam, il ne feroit pas difficile d'engager les
Marchands ndingos à prendre avec eux quelque Agent François. Mais
il faudroit choifir, pour cette entreprife, un homme de fçavoir & d'expé-
rience, capable de dreffer une Carte du Pays &de lever, fur fon pailage,
le plan des Villes & des routes. Il feroit même à fouhaiter qu'il fût verfé
dans
(e) Angl. toutes fortes de verroteries de l'Europe. KR. d. E.
qu’on leur apporte de Venife, &autreslieux g@(v) Labat. Tom. I. 361. €ÿ Juiv.
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icou-
lifle-
r les
Mais
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age,
rerfé
dans
cœyer, [que cette rivière ef navigable au defTus
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, VI, Onar, VII
dans la Phyfique , la Botanique & la Chirurgie ;
be & Mandingo ; & : fût excité à courir les dangers d'une fi grande
entreprife par des efpérances proportionnées aux diflicultés du travail, On
obuendroit bientôt, par cette voye, une parfaite connoiflance, non-feule.
ment de Tombuto, mais encore de toutes les Régions intérieures de l'Afri-
que, dont on n'a publié jufqu'aujourd'hui que des Relations puériles & fa-
buleufes.
Arnks une découverte de cette importance, il feroit aifé à la Compagnie
de pouffer fon commerce par fes propres l'aéteurs, avec un bon nombre de
Négres armés pour la füreté de leur voyage, Elle pourroit former un Etablif.
fement au-deflus des cataraëtes de Govina, où elle entretiendroit de petits
Bâtimens propres à naviguer fur le Niger (2) jufqu'à l'oppofite de ‘Tombu-
to, & s'épargner ainfi les crois quarts de la peine & des frais du voyage
par terre. Cette méthode la mettroit en état d'acheter fur les lieux, à très-
bas prix, l'or, l'yvoire & les Efclaves qu'elle achete à préfent des Mandin-
os, & lui épargneroit les profits qu'ils Font fur les marchandifes Françoifes.
Iles excluroit les autres Nations du même commerce. Elle couperoit le
cours à celui qu'ils portent fur la rivière de Gambra.
TzLLes étoient les vûes de Bruce. La jufte opinion qu'on a de fon cou-
rage & de fes lumières fait juger qu'il les auroit exécutées, fi le change-
ment des affaires de la Compagnie ne l'eût obligé d'abandonner fon entre-
prife (y).
(x) L'Auteur parle toûjours dans la type trois articles, dont la certitude , peut être ré-
fition que le Sénégal ett une branche du Ni- voquée en doute.]
a#ÿ(y) À cette occafon Labat bläme l'inconf-
tance ordinaire de fa Nation, qui eft cuufe,
dit-il, que les François, après avoir effuyé les
premières difficultés, ont ouvert un chemin
que leurs Voitins & leurs ennemis ont fuivi,
qu'il fçût les Langues Ara-
de Govina, & que venant de l'E de Tom-
buto, elle pale À quelques lieuës de cette Vil-
le, Mais nous avons prouvé ci-devant, dans
nos Recherches fur le Niger, que ce font-là
ibn cite «ibn eEis &iEn (13e AE ip EiB wx AlEe «EBD KES SES GE GED REIN EITe 1530
CHAPITRE VII
Différends entre les François €? les Anglois pour le Commerce de la Rivière
de Gambra.
L n'eft pas aifé de fixer le tems où les Anglois commencèrent à s'établir
fur la Rivière de Gambra. Ce feroit d'eux-memes qu'on (a) devroit l’ap-
prendre, fi les fréquentes interruptions de leur commerce & Ics changemens
des différentes Compagnies qui fe formèrent pour cette entreprife, n’avoient
jetté de la confufon dans un événement déja fort obfcur. Il eft certain que
les Marchands de la première Compagnie de Dieppe & de Rouen avoient
connu
premières Navigations. Ouen a déja fait re-
marquer la raifon. C'eft l'ignorance & la grof-
fièreté de leurs Marchands, qui n'avoient de
de les trouver dans la même ignorance fur d'au- recommandable alors , que leur avidité pourle
tres points de leur ancien RNA gain. R, d, T,
X 2
(a) I n'eft pas plus furprenant que les An-
glois n'ayent rien de certain fur l'origine de
leurs Etabliffemens en Afrique, qu'il ne left
347
Utilité que la
Compagnie en
Pourroit tires
Jgnorance des
Anglois fur
l'origine de
leurs propres
Etabliffe-
mens,
y VOYAGES DES FRANÇOIS EN
connu & fréquenté la Rivière de Gambra long-tems avant les découvertes
des Portugais, Le en Afrique (2) qu'en Afie. Il elt trés probable que}r#
ces Voyageurs Normands trouvant plus d'avantage pour leur commerce en
Guinée que fur la Gambra, négligèrent leurs premiers Etabliffemens fur cer.
te Rivière pour en former de plus folides à Mina ou la Mina, au Petit. Diep.
pe, au Grand É? au Perit-Paris, & dans d'autres Parties de la Côte Méridio.
SucceMion nale, Le commerce des Efclaves n'étoit point encore commencé, & les Mur.
_ d. cer mel, chands Mandingos n'avoient pas pris l'habitude d'apporter vers la Mer, l'or
& des Anton l'yvoire & les autres richeffes qu'ils tirent des Royaumes de Tombuto, de
fur la rivière Galam & de Bambuk (ec).
de Gambra, Les Portugais, qui vinrent enfüuite , remplirent la place que les Normands
avoient quittée, & firent divers Ecabliffemens fur la Côte, depuis le Cap
Blanco, & dans l'intérieur méme du Pays. Il en refte des témoignages dans
leurs Forts & leurs Comptoirs , dont les ruines fubliftent encore; & malgré
Ja décadence de leurs affaires, ils en ont confervé quelques-uns, à Kachao,
à Bintam & Biflao , fans parler de ceux de la Rivière de Gambra, où ils
font, par commiflion , un commerce affez confidérable, pour les François, les
Anglois & les Hollandois ( d ).
Les Anglois, qui fuccédérent aux Portugais, les chaffèrent de plufceurs
lieux dont ils étoient en pofleflion, & choilirent pour leur principal Etablif:
fement une petite Ifle au milieu de la Rivière, entre Albreda & Jilfray, à
famesfort ba. quatorze lieuës de l'embouchure. Ils y bâtirent un Fort, qu'ils auroient püû
tiparles An- défendre aifément , s'ils y avoient eu des Cicernes & des Magalins à l'épreu-
glois. ve des bombes. Mais le défaut de ces deux avantages l'ayant expofé auxin-
Pris & ralé curfions des François & des (e) Pyrates, il fut pris plufiecurs fois , pillé, dé-
par les Fran- moli, & les affaires de la Compagnie Angloife réduites fi bas, qu'elles n'au-
çois. roient jamais pû fe rétablir fans l'afliftance du Parlement. Cet Etabliffément
portoit le nom de Jamesfort, & le cems de fa plus grande difgrace fuc l'an-
née 1695, où il fut pris & rafé par le Comte de Genes.
AussrTÔr que cette nouvelle futarrivée en France , la Compagnie Fran.
çoife d'Afrique envoya ordre au Sieur Bourguignon fon Dircéteur Généralan
Sénégal, de prendre poffeffion des ruines du Fort Anglois, & d'établir un
commerce réglé fur la Rivière de Gambra. Il éxécuta la première partie de
cette commillion (f) au mois de Septembre 1696; mais négligeant l'autre,
il ne laiffa perfonne dans le Fort pour y réfider. Le Sieur Bruc, qui retour-
na au Sénégal le 20 d'Août 1697, avec la qualité de Direéteur , s'appliqua plus
férieufement au progrès du Commerce fur la Gambra. Il y envoya, au mois
de Septembre de la méme année, une Barque qui éxerça le Commerce für la
Rivière jufqu'a Guioches, & qui fit les Traités nécefMaires avec le Roi de
Brucéuablit Barra & les autres Princes du Pays. L'année fuivante , il y établit des Comp-
AO toirs à Albreda & à Jereja fur la Rivière de Bintam ou Vintain, où il mit
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que les Portugais ont été fi long-tems embar- Voyage d'Afrique par M.Moore,
raflés à trouver la route de Guinée & même (e) Johnfon, Hiftoire des Pyrates , pag. 231:
à doubler le Cap Bojador ? & 262.
(ce) Labat, Afrique Occidentale. Tom. 1V. (f) Labat, Vol. IV. pag. 276.
pag. 274. €P Juiv.
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DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE Liv. VI. Car. VIL. 349
un Faéteur avec quatorze François. Plufieurs Chaloupes Françoifes remonté.
rent aflez loin la Rivière de Gambra, & renouvellèrent le Commerce avec
les Nations qui en habitent les bords.
ON pourroit s'étonner que les François n'euffent pas choifi pour leur éta-
bliffement la Vilie même de Bintam, dont la fituation eft plus favorable au
Commerce que celle de Jereja. Mais lorfque M. de Gencs avoit pris James-
fort , il avoit brûlé deux Chaloupes Angloifes qui fe carénoient près de cette
Ville; ce qui avoit tellement irrité l'Empereur de Foigny ou Fonia, dont Bin-
tam cit la Capitale, qu'il fut long-tems fans vouloir fouffrir qu'ils s'établiffent
dans fes Etats. Ils fe firent une autre querelle avec le Roi de Barra , dont ils
prévinrent fagement les fuites. Brue ayant donné des ordres rigoureux pour
arrêter l’Interlope, un Vaïifleau de la Compagnie Françoife, nommé /4 Ma-
rianne, fe faifit d'un Bâtiment Anglois fur lequel ce Prince avoit quelque in-
xptérét. Mais le Faéteur [fut obligé de rendre le Vaifleau &] lui reftitua de
bonne grace cent Efclaves qui fe trouvèrent à bord. La conduite de cet Offi-
cier, après avoir été blâmée par la Compagnie, obtint enfuite des éloges
lorfqu'elle fut micux approfondie. Il avoit jugé qu'il valoit mieux renoncer
au petit avantage d'une faifie, que de fournir au Roi de Barra un prétexte
pour piller le Comptoir François.
La Compagnie de France continua de jouir du Commerce jufqu’à la Paix
deRyfwick, où Jamesfort fut reftitué à la Compagnie Royale d'Afrique qui
n'avoit pas cefté de fubfifter en Angleterre. Elle y envoya M. Corker pour Gou-
verneur, au commencement de l’année 1699. Le Parlement d'Angleterre vou-
lant rétablir ce Fort fans aucune dépenfe pour l'Etat, rendit le Commerce li-
bre dans la Rivière de Gambra, fous la feule condition de payer au Direc-
teur de la Compagnie dix pour cent à l'arrivée de chaque Vaifleau, ou vingt
pour cent à leur retour en Angleterre. Il eft impoñible de repréfenter quelle
multitude de Vaiffleaux Anglois cette permiflion conduifit en Afrique, & quelle
confufion elle mit dans le Commerce. Chaque Capitaine fe hâtant de préve-
xnir les autres, pour être plûtôt chargé, le prix d'un Efclave monta [ à Jil-
fray ] jufqu’a quarante barres. Les Marchands Mandingos, qui n'en tiroient
que quinze ou dix-fept de la Compagnie de France & de celle d'Angleterre,
à Barakonda ou à Guioches (g }, furent attirés à l'embouchure de la Rivière
par l'efpérance d’un profit qui compenfoit avantageufement leurs peines. Ainfi
les Agens des deux Compagnies fe virent forcés de demeurer oilifs, & d'at-
tendre patiemment la fin de ce ruineux commerce. Depuis le mois de Janvier
1699 (h ) jufqu’au mois de Juin, tous ces Négocians particuliers ne tranfpor-
tèrent pas moins de trois mille fix cens Efclaves, répandirent dans le Pays
plus de marchandifes qu'il n’en falloit pour plufieurs années.
La Compagnie Angloife ouvrit enfin les yeux fur fon imprudence. Elle
fentit qu’il auroit mieux valu ne rien recevoir du Parlement pour les répara-
tions de Jamesfort, que d'accepter unbienfait pernicieux , dont l'effet mani-
fefte étoit de ruiner fon propre Commerce, Elle avoit efpéré de nuire, par cette
méthode,
Davur.
1698,
Qurelle des
François avec
deux RoisNé-
gres,
1699.
Le Commer-
ce de la Gam-
bra eft rcftitué
aix Anglois.
Imprudence-
de la Compa-
gnie Angloife..
& (g) Autrement Jar. [ Onne doit pas être des François, des Portugais, des Anglois,.
furpris de voir porter deux, trois noms, & &c.]
quelquefois plus au même lieu; c'eft-à-dire (Ch) Angl, 1698. KR. d E.
celui qu La dans le Pays, & celui qu'ilareçu
Xx 3
Son Dircc-
teurGénéral y
met le coin-
ble,
Is'apperçoit
de fa faute,
Projet d'un
Concordat
avecdes l'ran-
çois,
59 VOYAGES DES FRANCOIS EN
méthode , au Commerce des François, & les plus grandes pertes tombérent
fur elle-même. Cependant M. Corker avoit établi des Comptoirs dans plutieurs
endroits où fa Compagnie n'en avoit jamais eu. Outre ceux des pol à de la
rivière, & de Jereja, il en avoit à Joval (i), & à Portodali. Il avoit envoyé
au Roide Kayor, qu'on a vû paroître tant de fois fous le titre de Damel, quel.
ques-uns de fes Faéteurs, avec des marchandifes » & l'ordre de les vendre à
ce Prince avide fort au-deffous de leur prix, en les accompagnant de préfens
confidérables. Ces libéralités avoient eu fi peu de fuccès, que le Damel aprés
avoir promené les laéteurs Anglois de Ville en Ville, comme il avoit déja
fait dans une autre occafion, les avoit renvoyés fans payement, & fort heu.
reux d'être échapés de fes mains. Corker avoit fait beaucoup plus. Il avoit
vendu les marchandifes de la Compagnie au même prix, c'eft-à-dire, aufti
bas que les Vaiffeaux d’Interlope; il avoit employé la force pour fermer l'en
trée de la Rivière aux Bâtimens de la Compagnie Françoife; il en avoit ar.
rêté quelques-uns ; & fait feu fur les autres, fous prétexte qu'ils étoient fans
Paffeport. En un mot, il avoit déclaré dans toutes les occafions une haine
ouverte aux François.
IL reconnut enfin fon erreur, & dans le chagrin de tant d’imprudences, il
écrivit à la Compagnie Royale qu'il valoit mieux renoncer au dix pour
cent, réparer le Fort William (k) à fes propres frais, & vivre en bonne
intelligence avec la Compagnie Françoife , que de s’expofer tôt ou tard à la
néceflité d'abandonner le Commerce. D'un autre côté, il propofa au Di-
reéteur François un accommodement, par lequel le prix des marchandifes
devoit être réglé de concert entre les deux Compagnies, avec des mefures
unanimes pour arrêter le commerce d'Interlope aufli-tôt que l’Aéte de 1695
auroit été révoqué par le Parlement d'Angleterre. Il envoya dans cette vûe
un Officier au Fort Saint-Louïs, le 10 de Novembre 1699, chargé de fes
complimens pour Brue, & d'un projet de Concordat dont on nous a confer-
vé les articles.
I Que la Compagnie Françoife conferveroit fur la Rivière de Gambra
le même commerce dont elle avoit joui avant la guerre, c’eft-ï-dire, le
droit d'entretenir des Comptoirs à Albreda & Jereja; & que les Agens vi-
vroient, comme auparavant, en bonne intelligence avec ceux de la Com-
pagnie Royale d'Angleterre.
IT. Que la Compagnie Angloife, ayant eu avant la guerre des Comptoirs
a Joal & à Portodali, elle continueroit de jouir des mêmes Privilèges.
IT. Que la Barque Françoife du Sieur De/nos étant la feule qui eût été
faifie par les Anglois, elle feroit reftituée à l’ordre du Sieur Brue; & que
s'ils s'étoient portés à cette violence, c’étoit uniquement parce que le Sieur
Defnos, fous prétexte de fe rendre à Guikar (1) pour fe faire payer de quel-
ques dettes, avoit éxercé un Commerce illicite, & menacé outrageufement
le Général Anglois de détruire fon Fort.
IV. Que comme il venoit encore un fi grand nombre de Vaiffeaux d’An-
gleterre, il paroifloit impofñlible d'établir aétuellement un Tarif pour F Ef-
claves ;
(5) Joal, Juali, on Joala. . (1) Ce lieu eft nommé ailleurs Ginhor;
Cr ( k) ou plütôt William-Mary; c’eft lenom c'elt vrai-femblablementle même que Joar.
qu'on donnoit alors à Jamesfort,
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI.Cnar. VII 351
claves; mais quecet article feroit réglé aufli-côt que le Général Anglois au-
roit reçu les ordres de fa Compagnie.
V. Que la Compagnie Royale d'Angleterre ne pouvant chagriner les
Marchands particuliers, tant qu'ils feroient autorifés par l’Aëte du Parle.
ment, le Général François ne devoit pas prendre en mauvaife part qu'elle
leur accordât fon fecours dans l’occafion.
BruEz envoya cette réponfe aux Anglois, par le même Officier.
I. Qu'on étoit convenu, par la Paix de Ryfwick, que les Conquêtes fe-
roient reftituées de part & d'autre, & toutes les affairesrétablies dans le mé-
me état où elles étoient avant la guerre, Qu'avant la guerre, le Commerce de
la Compagnie Angloife étoit borné à la Rivière de Gambra; au lieu que ce-
lui des François s’étendoit par Lettres Patentes depuis le Cap-Blanco jufqu'à
la Rivière de Sierra Leona; que la Compagnie françoife avoit toûjours eu
le même droit que les Anglois de commercer fur la Rivière de Gambra, té-
moins les Comptoirs qu’elle avoit toûjours entretenus à Albreda & à Jereja:
qu'affurément on ne pouvoit lui contefter d’en avoir autant queles Interlopiers
Anglois & Portugais: qu'il étoit de l'intérêt mutuel des deux Comagnies de
s'unir dans un commerce libre, & d’écablir pour les marchandifes un T'arif au-
quel les Négres feroient forcés de fe foñmettre, lorfqu'ils ne pourroient plus
rendre avantage de la mauvaife intelligence des deux Nations pour troubler
e Commerce.
II. Que la Compagnie Angloife étant limitée à la Rivière de Gambra, il
n'étoit pas raifonnable qu’elle prétendit s'établir à Joal & à Portodali, prif
que c’étoit empiéter fur les Droits de la Compagnie l'rançoife.
III. Que le Sieur Bru: fe promettoit de l’équité du Général Corker qu'il
reftitueroit au Sieur Marchand, Magafinier de la Compagnie Françoife à
Albreda , la Chaloupe & les effets qui avoient été faifis, ane l'Inventai-
re qui feroit délivré: qu'à l'égard du Sieur Defnos, le Sieur Brue auroit ren-
du au Général Angjlois la juftice qui étoit dûe à fon caractère , s’il eût pris
la peine de la demander; que le Sieur Brue avoit déja rappellé Defnos
pour lui faire rendre compte de fa conduite; mais qu'il prioit le Général
Anglois d'éviter à l'avenir toutes les voyes violentes , qui ne pouvoient fer-
vir qu’à rompre l'harmonie & l'amitié que les François fouhaitoient d’entre-
tenir.
IV. Qu’ir fouhaitoit ardemment que le Général Anglois voulût repréfen-
ter à fa Compagnie la néceflité de faire, pour le prix des Efclaves, un Ta-
rif qui fût commun aux deux Nations, & que les Officiers des deux Compa-
gnies fuffent obligés d’obferver fidellement.
V. Qu'avec toute la déférence qui étoit dûe au Parlement d'Angleterre,
il ne faifoit pas difficulté de dire, qu’il y avoit eu de l’injuftice à donner la
liberté du Commerce aux Marchands particuliers , au préjudice non-feulement
de la Compagnie d'Angleterre, mais de celle même de france, dont les in-
terêts dans cette occafion n’étoient pas différens.
BRUE finifloit en exhortant M. Corker à preffer fa Compagnie d'employer
tout fon crédit pour faire fupprimer la permilfion du Commerce particulier ;
& lui promettoit d'engager la fienne à s'unir, pour repréfenter au Parlement
l'importance de cette fuppreflion (#” ). L'INCLI-
(=) Labat, Tom, IV. pag. 302. € fuiv.
Réponfe du
Général Fran-
çois.
BRUT
16000.
Voyage que
Bruce fait à la
rivière de
Gambra,
I 7 C (e7
Ife pretente
levant James-
tort,
Politef S
qu'il reçoit
les À! glois,
Fi reçoit leur
vifite à fon
tour,
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
552
L'INCLINATION que Brue avoit à fixer, avec la Compagnie d'Angleter.
re, un Tarif ou un prix réglé pour les marchandifes, fur un pied dont les
deux Nations puflent tirer autant de fatisfaétion que d'avantage, lui fit nai.
tre la penfée d'entreprendre un voyage à la rivière de Gambra, fur la Prin.
cefe, Vaifleau de trente-deux piéces de canon. Il entra dans cette rivière le
10 de Février 1700. Son premier foin fut d'envoyer faire des complimens
au Général Corker. Mais apprenant qu'il étoit allé à Aachao , il prit ce tems
pour viliter les Comptoirs d'Albreda, de Jereja & de Biffao (n). Enchemin
il fe faifit d'un Vaiffleau Hollandois nommé l'Anne, qui faifoit le Commerce
fur cette Côte. Comme il falloit pafler devant James pour fe rendre avec f:
prife au Comptoir d’Albreda, il falua les Anglois de neufcoups de canon ,&
leur envoya un de fes Officiers pour fçavoir quand leur Général pourroit re.
cevoir fa vifite. Ils répondirent à fon artillerie coup pour coup. Le lende-
main un Capitaine de Vaifleau, nommé Joanes (0), vint faire les compli-
mens de M. Corker au Général l'rançois, & l'aflürer qu'aufficôt qu'il feroit
délivré de fa goute, il s'emprefferoit de l'aller voir à Albreda.
CEPENDANT on convint que Joanes iroit prendre Bruc à Albreda, lorf.
que Corker commenceroit à fe porter mieux. Îl s’y rendit trois jours aprés,
avec deux magnifiques Barques , au bruit des trompettes & des hautbois. Sept
Vaifleaux Anglois , qui étoient à l'ancre dans la rivière, déployèrent leurs
pavillons au paflage du Général François & le faluérent de leur artillerie. En
defcendant, il trouva le Lieutenant du Fort & tous les Capitaines des Vail:
feaux affemblés pour le recevoir. La Garnifon étoit fous les armes. Corker,
qui n'étoit pas encore bien remis de fa goute, ne laifla pas de venir en pan-
toufles au-devant de li jufqu’à la porte. Après le premier compliment, les
deux Généraux entrérent dans une grande fale, où la table du feftin étoit
déja préparée. Elle étoit faite en longueur. Corker fit placer Brue au fom-
met. 11 fe mit à fa droite, & le Lieutenant du Fort à fa gauche, Les Ofi-
ciers François furent placés d'un côté, & les Capitaines Anglois de l'autre.
On fervit beaucoup de groffe viande, & des pâtés de différentes fortes. Le
vin, le punch, le fangris (p) & l'eau-de-vie brûlée ne furent point épargnés.
Les fantés des Rois de France & d'Angleterre, des Compagnies Angloie &
Françoife, & des deux Généraux furent bûes avec autant de décharges de
l'artillerie du Fort, Enfir, la fête ayant duré jufqu'a deux heures après mi-
nuit (g), Bruce fut reconduit à Albreda & falué comme en arrivant par tous
les Vaifleaux Anglois.
Deux jours après cette vifite, il reçut celle de Corker, qui s’étoit pro-
mis de le furprendre, mais qui ie trouva fort loin de fes efperances. Les
Anglois furent furpris de la magnificence avec laquelle ils furent craités, &
tout prévenus qu'ils font en faveur de leurs propres ufages, ils convinrent
que rien n’approchoit de la galantcrie des Mrançois. A l'égard du cérémo-
nial , il fut le méme qu'a Jamesfort. Le Général Anglois & fes Ofliciers fe re-
èrent fort fatisfaits à une heure après minuit, après être convenus avec
sruc de fe revoir le lendemain fur le Vaifleau Anglois du Capitaine Brown,
qui
Ifles de l'Amérique pour la defcription duPunch
& du Sangris.
(g) Angl. jufqu'à deux heures de nuit,
(n) Voyez fon Voyage à Bifao.
0) Peut Ctre faut-il lire ones.
Fr?) Labat renvoyce à fon Voyage dans les
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cuar. VIL 353
gleter- qui étoit entre Albreda & Jilfray. Mais la fête & les plaifirs avoient été Brue,
nt les pouflés fi loin, qu on fut obligé de remettre cette affemblée au 19 d'Avril, 1700.
fit nai. & de régler qu'elle fe feroit fans cérémonie dans le Fort.
a Prin. BruE s’y rendit, & la conférence s'ouvrit aprés le diner. Corker parut Conférence
iére le fort difpofé à fuivre toutes les vûes du Général François ; mais fes. pouvoirs ph Fort
limens n'étant pas allez étendus pour rien conclure fans le confentement des Capi- it
Ce tems D caines qui étoient à l'ancre dans a rivière, il devint néceffaire de les faire in-
chemin viter à l'affemblée, quoiqu'il fût aifé de prévoir qu'ils ne goûteroient pas des
merce réfolutions qui devoient mettre fin à leur Commerce. Cependant ayant été
avec fi appellés, Brue leur repréfenta le préjudice extrême que les Marchands par-
non , & ticuliers apportoient au Commerce des deux Nations, en fourniffant aux Né-
roit re. gres des marchandifes au-deffous de l'ancien prix; ce qui leur avoit donné
lende. l'occafion d'augmenter à l'excès celui des Efclaves & des provifions. Pour
compli- remédier à ce défordre & rétablir le Commerce fur l'ancien pied, il leur
demanda la permiflion de propofer quatre articles (r ).
I. Que fi l’on vouloit couper déformais la fource à toutes les contefta- Articles pro-
tions , il falloit néceffairement fixer les lieux où les deux Compagnies avoient POIs parbruc.
le droit du Commerce, foit enfemble, foit féparément ; que, dans cette vûe,
il falloit que les Comptoirs des deux Compagnies à Joal & à Portodali com-
t leurs mençalfent par fe retirer de ces deux lieux , jufqu'à ce que le fond des afFai-
rie, En res fût ajufté entre les Supérieurs refpectifs. nn
5 Vaif. IT. Que fi les Anglois perfiftoient, après cette convention, à faire le Com-
orker, merce du côté de Joal & de Portodali, les François auroient la méme liberté
en pan- fur la rivière de Gambra. Mo |
ent, les > IL Qu'iz paroifloit [peu] convenable aux intérêts des deux Compagnies
que le Gouverneur Anglois fit faifir & confifquer les Vaifleaux Portugais qui
il feroit
ia, lor£-
s aprés,
is. Sept
in étoit
au fom-
tviendroient commercer dans la Gambra; [feulement parce qu'ils font munis
Les Off. des marchandifes de France, puifqu'il doit être libre aux François de leur en
l'autre, vendre comme aux Négres, qui autrement fe rebuteroient, & cefferoient
tes Le de venir traiter avec eux, fl leurs marchandifes ne pouvoient pas être tranf-
>argnés. portées avec füreté.]
IV. Que fi le Tarif n'étoit pas bientôt réglé, fuivant le quatrième arti-
cle du Mémoire qu'il avoit envoyé au Général Anglois, le Commerce de
l'Europe étoit perdu fans reffource , puifque les Négres ne cefloient pas d’aug-
menter de jour en jour le prix de leurs marchandifes & de diminuer celui des
marchandifes de l'Europe. Il en donnoit pour éxemple le prix des Efcla-
it pro- ves , qui toit monté à trente ou quarante barres par tête , tandis que celui
2e, Les de la Compagnie n'avoit jamais furpailé vingt ou vingt-deux Barres. |
tés, & . Brue reconnut bientôt que fes propofitions ne s’accordoient pas avec les Difficultés de
intérêts de la plus nombreufe partie de l’Affemblée. Les Capitaines étant La part den Ait
fortis un moment avec leur Général, rentrèrent prefqu'auffi-tôt, & Corker 5°
répondit à Bruce en leur nom , que fans un ordre exprès de la Compagnie
us avéc d'Angleterre, autorifé par le Parlement, ils ne pouvoient confentir au Ta-
Brown, Krif propofé entre les deux Nations, [ni empêcher les Anglois de venir trafi-
qui quer dans la Rivière, dès qu'ils feroient munis de la permiflion du Fes
sloife &
arges de
près mi-
par tous
ivinrent
cérémo-
rs fe re-
n duPunch
Cr) Labat, Tom. IV. pag. 310 & fie.
le nuit, …. ZIL Part. Yy
Bruce,
1700.
La Compa-
unie Angloi-
ienomime un
nouveau Gou-
cineur,
Efpérances
d'accomino-
dunent,
Raifons qui
ies font inan-
tucr,
Un Vaiffeau
Ang'ois fe pré-
fente devant
Goréc.
3 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
& en payant les dix pour cent.] qu'ils ne traubleroient pas ies François dans
la pofleffion de leur commerce à Albreda & à Jereja, mais qu'ils ne leur
accorderoient jamais la liberté de remonter plus haut dans larivière, puifque
les François la leur avoient Ôtée dans celle du Sénégal; qu'à l'égard de la
Felouque du Sieur Defnos, qui n’avoit été qu'arrêtée, elle feroit rendue au
Sieur Brue lorfqu’il voudroit la demander : Ve la propofition d'interdire aux
Anglois le commerce de Joal & de Portodali regardoit le Parlement d'Angle.
terre, qui prendroit foin fans doute de régler cet article; & que la reftitu.
tion du Vaifleau de William-Jane (s) contribueroit à terminer là-deflus tons
les différends.
Terre fut la fin de la conférence. On prit de part & d'autre le Mémoi.
re de ce qui s'y étoit pallé; & les deux Généraux fe féparèrent avec de grands
témoignages d'amitié & de civilite.
BRuE s'étant apperçu que le Général Anglois favorifoit fecrétement fon
opinion, fe flatta qu'il employeroit fon crédit auprès de la Compagnie An-
gloife pour avancer le fuccès de fes intentions. Mais Corker fuc rappell. vers
la fin d'Avril, & ie Sicur Pinder nommé pour lui fuccéder. La Compagnie
d'Angleterre envoya dans le même temsà Jamesfort une Compagnie de Gre.
nadiers, avec des Ouvriers pour la réparation du Fort, qui portoit encore des
marques de l'expédition de M. de Genes. Brue ne manqua point d'écrire au
nouveau Général pour le complimenter fur fon élévation, auili-bien qu'au
Sieur Corker, pour le féliciter du bonheur qu'il avoit de quitter un climat fi
préjudiciable à fa fanté, & d'aller jouir dans fa Paurie (1) des richefes qu'il
avoit acquifes en Afrique. Pinder en recevant la Lettre du Général François,
lui envoya fon Lieutenant, avec fon Chapelain & le Capitaine du Valau
ui l'avoit amené pour lui rendre fes politeffes. Ils s’aflemblèrent pluficurs
fois; & cherchant tous deux les véritables intéréts de leur Compagnie, ils
forméèrent enfin un plan de paix & de commerce, qu'ils entreprirenc de fai-
re approuver à Paris & à Londres. En même tems Pinder communiqua au
Général François un Mémoire (vw) préfenté au Parlement d'Angleterre par
la Compagnie Royale d'Afrique, en lui apprenant qu'il y avoit lieu d'efpé-
rer que les foins des Ambaffadeurs des deux Couronnes dans les Cours refpec-
tives produiroient bientôt une parfaite intelligence.
Arrès beaucoup d'efforts, Brue perdit l'efpérance de réuffir dans fes vüces.
Quoique le Gouverneur Anglois les approuvat, les Marchands particuliers,
dont les intérêts évoient fort différens de ceux dela Compagnie, ne ceflérent
pas de s'y oppofer ; &, par leur crédit ou leurs libéralités, ils obrinrent du
Gouvernement d'Angleterre un Vaifleau de guerre de cinquante piéces de
canon pour affürer leur Commerce. |
AussrTôr que ce Vaifleau, nommé le Rochefter, fut arrivé dans la ri-
viére (x) de Gambra, le Capitaine Mayn, qui le commandoit, écrivit à
Brue que fur diverfes plaintes des Sujets de l'Angleterre, qui accufoient la
Compagnie
#65) Le Vaileau qui 6 oitcommandé parle
&apitaine Betiort, fut cnlevé par les François
4 Portodali, & conlfqué par un arrêt du Con-
feil, donné à Paris, le 24 d'Avril 1700.
(&) I avoit gigné en peu de tems treize
mille cinq cens livres fterling.
cF(v) Ce Mémoire fe trouve au long dans
Labat, L'on. IV. pag. 328. jufqu'à 334.
(x) Il évoit arrivé le 42 de Mars 1701.
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DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Lav. VI. Car, VIL 355
Compagnie lrançoife de les troubler dans leur commerce, & d'avoir fie
ne leur faifir plufieurs Batimens Anglois, contre les articles formels du Traité de
puifque Ryfwick, le Roi fon Maitre l'avoit envoyé pour protéger le Commerce An-
rd de la glois fur cette Côte, & pour demander la reflicucion des Vaifleaux faifs.
ndue au particulièrement celle du Brigantin le Saint-Georges. La réponfe du Général
lire aux l'rançois n'étant pas venue aufli-tot que Mayn l'attendoit, il fortit de la ri-
l'Angle. vière pour aller mouiller devant Gorée, hors de la‘ portée du canon, & dé-
reftitu- péchant un de fes Ofhiciers à Bruce avec le pavillon blanc, il lui.fic deman-
Îlus tous der fi fa Nation étoit en paix ou en guerre avec les Anglois. [On répondit
qu'on étoit en paix. Alors] le Député déclara aux François que le Vaiffeau
Mémoi. qui avoit mouillé dans leur Rade étoit un Vaifeau de guerre Anglois de cin-
quante piéces de canon; que file Fort lui faifoit l'honneur de le faluer, les
Angldis rendroient coup pour coup; mais qu'ils demandoient du moins que
le l'ort fit feu de deux piéces, pour leur faire connoïtre qu'on n'étoit pas
en guerre avec cux. Brue répondit que ce n'étoit pas l'ufage des Forts Royaux
de faluer les premiers ; mais que fi les Anglois vouloient commencer, on
leur rendroit coup pour coup. L'Oflicier Anglois n'efpérant plus de faire Ariñce, (
tomber Brue dans le piége, lui demanda une réponfe à la Lettre du Capitai- Oilciers.
ne. Elle lui fut accordée fur le champ. Brue lui marquoit qu'il lui avoit en-
voyé la copie (y) d'un Arrêt du Confeil d'Etat, dacté le 24 d'Avril 1700,
dans lequel il trouveroit les explications qu'il demandoit, fur-tout par rap-
port au Vaifleau ': William-Jane, qui malgré les repréfentations du Lord
Manchefter , Envoyé d'Angleterre à Paris, & quoiqu'il eût payé dix pour
cent à la Compagnie Angloife, avoit été déclaré de bonne prie ; que le Bri-
Gis dans
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TS rantin le Saint-Georges, que Mayn réclamoit, ayant été pris fans permiflion
Vatleau b A+
& fans pañleport,.étoit encore plus fujet à confilcation. Îl ajoûtoit que toute
plufieurs
1gniC, IS
nc de fai-
iniqua au
terre par
u d'efpé-
rs refpec-
fa paflion étoit de vivre en bonne intelligence avec les Anglois, fuivant les
ordres du Roi fon Maitre & ceux de fa Compagnie, pourvû que les Anglois
ne fiffent rien de propre à la troubler. Après avoir reçu cuite Lettre, Mayn y frctirenx.
leva l'ancre & s’éloigna de Gorée.
Les Officiers de la Compagnie Angloife furenc bientôt forcés de reconnoî-
tre que les propofitions de Brue, étoient ce qu’ils pouvoient accepter de plus
utile. La guerre ayant éclaté dans l'Europe, toute la diligence qu'ils apportè- Timesfort pris
fes vûcs. | rent à mettre Jamesfort en état de fe défendre, ne l'empecha point d'etre pris. pile,
ticuliers, au commencement de 1703 par le Sieur de la Roque avec an ieul \ aifleau ; &
ceflèrent l'année fuivante, il fut pilié par Ilenri Baton, Armateur de la Martinique,
inrent du qui montoit un Brigantin nommé Je Lrifaron, avec cent vingt hommes. Ain
jiéces de le Commerce de la Compagnie Angloiie fut réduit fi bas fur cette Cote, qu'elle Neutratité
fe vit obligée de propofer à la Compagnie l'rançoife un Traité de neutralité, Petra
dont les articles furent fignés à Londres le 8 Juin 1705 par les Agens des As |
deux Partis. On nous en a confervé la fubftance.
[. Que les deux Compagnies ordonneront à leurs Gouverneurs & leurs Articles dif
Ofliciers dans tous Ieurs Etablifemens fur la Côte d'Afrique, depuis le Cap !#
Plane jufqu’à la rivière de Sierra Lena, de vivre en bonne intelligence &
de s'aider réciproquement contre les Négres ou quiconque entreprendroit de
long dans À troubler
34.
YS 1701: ; dry) Voyez cette Copie dans Labat Tom, IV, pag. 539, jufqu'à 345.
Yy 2
Neutralité
ins la ri-
écrivit à
afoient la
ompagnie
3356 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Brur troubler leur Commerce. II. Que la Compagnie M per s'engage à ne pas
1700. ermettre qu'aucun de fes Officiers, de fes Agens,® de fes Commandans de
Vaift aux, attaque ou chagrine, par Mer on par Terre, aucun Fort, aucun
Comptoir, ni aucun autre Etabliffement de la Ccinpagnie Françoife, depuis
le Cap Blanc jufqu'à la rivière de Sierra Leona; ni aucune Barque, Vaifleau,
ou Bätiment de ka même Compagnie, éxerçant le Commerce dans les rivières
ou fur la Côte, III. Que la Compagnie Françoife du Sénégal promet les mé.
mes égards pour la Compagnie Angloife entre le Cap Blanc & les rivières de
Darre Tacbe & de Scherbaro inclufivement, IV, Que fi ie Vaifleau de
l'une ou l'autre Compagnie étoit pris par les Armateurs, les Pyrates, ou les
Vaifleaux de guerre Le la Nation oppofée, cette violence, qu'aucune des deux
Compagnies ne peut prévenir, ne fera pas regardée comme une infraétion du
Traité. V. Que les deux Compagnies s'employeront auprès de leurs Cours
refpeétives pour obtenir que les Vaifleaux de guerre de l'une & l'autre Nation
ne commettent pas d'hoftilités dans les bornes qu'on a nommées. V'!. Qu:
pour l'éxécution de ces articles, le Traité fera dépofé entre les mans du
Sieur André de la Porte à Leyden, & qu'on s'engage de part & d'autre à le
figner & le ratifier aufli-côt que la défenfe du Commerce fera levée par ls
deux Cours. VII. Qu'on promet aufli de ne rien négliger des deux côtés au.
près du Miniftre de chaque Nation, [pour que cet accord ait fon entier 12
fet.] VIII. Que les deux Compagnies donneront ordre à leurs Couverneurs,
leurs Faéteurs & leurs Agens de fe rendre fidélement les Déferteurs (x).
Deux Avant PENDANT que Brue étoit au Comptoir d'Albreda, il eut deux Avantures
és de Brut. remarquables. La première fait honneur à facontinence, dans l'attaque qu'el.
le reçut d'une fameufe Courtifane du Pays. C'étoit une femme de diftinétion,
fille d'un Roi, & veuve d'un Portugais. Elle n'avoit pas été moins galante
pendant fon mariage que depuis qu'elle étoit veuve; & fes charmes avant
fait impreflion fur le Roi de Barra, elle avoit fait avec lui quelques marchés
sis fort avantageux. L'Auteur loue la beauté de fa taille & celle de fon vifa-
d'une Court. ge Elle étoit adroite & rufée. Elle parloit en perfection les langues Fran-
ane dupays, Çoife, Angloife & Portugaife. lle fçavoit même écrire dans ces trois lan-
gues. Ses richeffes, la beauté de fa maifon & la multitude de fes Domeiti-
ques relevoient encore l'éclat de fes qualités perfonnelles. Elle fe nommoit
ia Signora Belinguera. Jamais femme ne fut plus éxercée dans l'arc de plaire
& ne connut mieux celui de ruiner es Amans. Plufieurs Européens en on
fait une expérience qui leur a coûté bien cher. Cependant l'intéret de la
Compagnie obligeoit les Facteurs d'entretenir fon amitié par des préfens.
BRUE n'ayant pû fe difpenfer de lui rendre une vifite, elle le reçut dans
une grande fale, ouverte de trois côtés, à la manière des Portugais, & fort
bien ornée de fauteuils & de tapifèries (4). Il ne paroît pas qu'il eut deflein
de rendre fa vifite fort longue. Mais la Signora, qui penfoit à le mettre au
nombre de fes conquetes, le retint à dîner avec les carefles les plus flaeufes.
RS Le repas fut fervi fort proprement. D'abord il ne manquoit rien à la beau-
CRUE té du linge. Le premier fervice confiftoit en fruits du Pays, tels que des ci-
trons, des oranges, des melons, & deux ou trois fortes de ne î de
curbatis.
L
mn
(3) Labat, pag. 545, € fui. (se) Aux! & de rideaux, R. d. E.
DIFT
kurbatis.
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épiceries
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DIFFERENTES PARTIES pg L'AFRIQUE, Liv, VI. Car, VIL 357
kurbatis, 11 fut relevé par trois Poulets au ris , où le poivre dominoit beau-
ù ne pas D.
dans de coup, & par deux Pintades défoffées, & farcies. [ On les écorche pour fe fer-
» Aucun vir de la peau qu'on remplit de leur chair hachée, avec des jaunes d'œufs, des
, depuis épiceries, & autres aflaifonnemens, qu'on fait cuire dans de bon bouillon.]
'aifleau Pour rôti, c'étoient des Poulcts gras, du Mouton & d'autres viandes, accom-
rivières pagnées PP & de Langues à l'Européenne, Les liqueurs furent d'ex-
Lies mi. cellent vin de palmier, & du punch. La Signora ne but que de l'eau pendant le
rières de diner, mais elle prit un peu de punch au Deffert. Elle entretint la Compagnie
ifleau de Havec tout l'agrément poflible, [ Brue, ou fon Editeur, pañle modeftement fur
s, ou les les efforts qu'elle fit pour plaire, & fe contente de remarquer que ] fi elle
des deux perdic fes peines, ce ne fut pas pour les avoir épargnées.
hétion du ELLE étoit vêtue d'une chemife d'homme, fort fine, avec des boutons d'or Sa parun
rs Cours au col & aux poignets. Par-deffus, elle portoit un corfec de facin à la Portu-
gaife; & pour jupe une de ces belles étoffes du Cap-Verd, qui fe nomment
e Natior
r I. Ou l'agne alte, Sa coeflure étoit une forte de turban de moufféline blanche bro-
nains du chée d'or, qui s'élevoit un peu fur le front, Elle avoit un colier de grains d'or
utre à le entremélés d'ambre & de corail; & de très-belles bagues prefqu'a tous les
> par ls doigts. Cette parure ne contribuoit pas peu à relever fes charmes naturels.
"ÔLÉS ae Bruce lui fit un fort beau préfent, & fe crut fort heureux d'être échapé aux
entier cs piéges d'une femme fi dangereufe (2).
SA feconde Avanture fut avec un Impofleur Négre, qui fe donnoit pour Avanture
3). Prophéte, & qui fe prétendoit infpiré du Ciel pour découvrir les fecrets les d’un Impor:
plus cachés. Il fe vantoit de pouvoir fe rendre invifible, & faire entendre fa
voix à toutes fortes de diftances. Sesdifciples & fes Partifans atteftoient la vé-
rité de fes miracles, & la confirmoient par cent relations fabuleufes ; de forte
que le Peuple , toûjours crédule & paflionné pour les nouveautés, donnoit avi-
crneurs,
vantures tour Négre,
ue qu'el-
inétion,
s galante
es avant dement dans le preftige, Ce Charlatan fe difoit envoyé du Ciel pour rétablir
l'ordre & la juftice; & prenoit le vitre de Mamayenbuk, c'eft-à-dire de grand
marchés pe À - : .
fôn vif Jutlicier. 11 étoit fans cefle accompagné d'une multitude armée de fes Difci-
es Fran ples. On n'approchoït de lui qu'avec des marques extraordinaires de foûmif-
rois lane tion. S'il parloit, tous les Afliftans demeuroient dans un profond filence. I]
auroit été dangereux de le contredire ou de révoquer en doute la vérité de
Domeiti- nee ns | . |
nommoit à Mifion. Enfin la faveur du Peuple l'avoit rendu fi redoutable, que fi fa
de plaire prudence & fa conduite avoient répondu à fon imprudence, il n'auroit pas cu
s en ont de peine à s'élever fur le Trône. On voyoit courir de toutes parts des troupes
ét de la de Négres, pour fe mettre fous fa protection, car ceux à qui il donnoit une
fens. fois le titre de fes enfans ne fe croyoient plus foumis à l'oppreilion du Roi &
sut dans des Grands. Dans fa marche, il fe faifoic précéder d'un petit tambour. S'il
_& fort
deflein
ttre au
ateufes, BRUE , paffant un jour près d'un Bois, fut furpris d'y voir unenombreufe Affem-
a beau- blée. S'étant avancé vers un grand arbre, qui fembloit attirer les regards de
, des ci- cette Populace, il apperçut des habits fufpendus. C’étoient ceux de l'Im-
s & de pofteur ; & les Négres paroifloient perfuadés qu'il y évoit lui-méme, quoi-
urbatis. que
Ca) Labat, Tom, IV. pag. 377:
Deruncecne:
cefaire al c-
4 rd des Su-
balternes.
Départ du
Général,
353 VOYAGES DES FRANCOIS
que par la vertu de fes fecrets il f& rendit invilible, Brue, qui étoit à che.
val, voulut s'approcher davantage, pour examiner mieux en Juoi confiloi:
l'artilice s mais cout le Peuple s'ettorça de l'arrecer par de grands cris, en le
menaçant d'une more certaine ,s'il avoit la hardiefle de toucher aux habits
Ses Laptots memes, le Voyant lourd aux prières X aux menaces, fe mirent
à pleurer, comme s'ils euflent déja perdu leur maitre, Cependant il arriva
au pied de l'arbre, & fra 7. les habits d'une canne qu'il avoit à la main,
il fic voir à l'afflemblée qu'il n'y avoit rien d'excraordinaire (b), Le Pro
phete apprenant cette infulte, déclara qu'il avoit pardonné au‘Général Fr
çois, parce qu'il fe fentoit de l'affeétion pour lui, & qu'il féavoit qu'un jour
il devoit fe convertir, Après cet incident, Brue eut la curiofité de le voir,
Quelques préfens qu'il lui envoya le déterminèrent à fe rendre au Comptoir,
mais fuivi d'un grand cortège, Sa robe d'écorce d'arbre étoit fi lonen
qu'elle trainoit à terre, era s'en enveloppät la tête pour fe cacher |:
moitié du vifage, & qu'il eût aufli les mains couvertes de fes granies mu
ches, Brue lui fit faire diverfes quellions par fes Interprétes, Mus ilnc
aucune réponfe, De tems en tems il fe mettoit à danter au fon de fon ta
bour, La couleur de fa peau étoit fort noue, & Ion äge paroilloit 4
viron trente ans.
rh: C'étoit.là fans contredit une preuve
incuatelttable que l'impotteur n'étoit pas en
Coips dans ces habits, Mais cette preuvena
t'elle pasla même force contre la préfence cor
norelle de Jefus-Chritt dans l'Hoittie, où l'on ne
voit pas plus d'apparenc d'un Corne:
es Elabics de cet impotteur? Dion
S'expofe à un grand ridiule quan
les autres ce qu'on fait prof lici
{fe chez Îles
cioire dans fon Pays,
XANAX AGE LM LU AUX LAN X AI
CHA PITR E VIIL.
Voyage du Sieur Brue, d'Albreda à Kachao.
PP DANT le féjour que Brue fit au Comptoir d'Albreda , il forma le
deffein de quitter les bords de la rivière pour s'avancer par terre jufu a
Kachao (a); moins dans la vûe de fatisfaire fa curiotité, que dans la relol
tion d'y établir un nouveau Commerce, & d'éxamincr, par fes propres veux,
ce qu'il avoit à fe promettre du Pays, fans fe fier aix Ollicicrs fubaliernes,
qui ont toûüjours beaucoup d'intérét à cacher une parue de la vérice à leurs
Supérieurs.
IL partit d'Albreda, fans autre fuite que deux l'aéteurs , fon Chirurgien,
fes Domeftiques, & un petit nombre de Laptots, pour le tranfport ‘de fon
bagage & de quelques marchandifes dont il vouloir faire des préens fur 1
route. En traverfant la Rivière de Gambra, il rendit une vilice au Gouver-
neur Anglois de Jamesfort, qui le reçut forc eivilement, & qui lui donna
pour guide un de fes Oiliciers, fort ver!é dans la connoiflance du Pays, :
des
(a) Les François prononcent Kachau. Les
Portugais écrivent Chacheo, | 1es Anglois écrin
vent Aachetv, & prononcent Au u
DIF!
les diffère
Françoifes
des à FOIE
De Ja
jette clans
Les Euro!
facile &
chargées «
rics qui #4
rive droit
les maifor
glois.
IL trot
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re, de gr
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fa cour
de-vie, LE
devoir un
ne dulati
figure agr
Portug LS
allez con!
ils à fa fc
trois ferv
apperçu |
vrir, 2
Elclaves
ne, apre
Langues
dre (ec).
APRE
mais vet
d'étain.
dents &
terre de
voir mat
me Agis
apparter
diner le
appris q
kil accept
DIPFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, av, VI, Cuar, VI, 359
it à che. les différentes langues des Néxres, [I fit aufii mettre dans ls Chaloupes
confiftoi: Françoifes, de la lerre, des liqueurs, des Jumbons, des Langues fumées, &
is, en le des romages d'Angleterre, ]
De Jamestorc , ilentra dans la Rivière de Vintain, ou Bintam, qui fe
X habite
€ nuren: jette dans la Garnora du coté du Sul, uns lieu au-deffus du l'ort Anrlois,
il arriva Les Européens l'ont nommée la Rivière de Saint-Grigou, L'entrée en cit
la main facile & le Canal profond, Ses rives offrent, fur la droite, des Collines
Le Pro. chargées de grands Bois ; & fur la gauche, de vaftes plaines, ou des prai-
ral lrar ries qui s'étendent à perte de vûe. La Ville du même nom et fituée für la
qu'un jour rive droite, au pied d'une Colline, & couverte d'arbres qui garantiffenc
e le voir. les maifons de l'urdeur du Soleil. Brue prit fon logement au Comptoir An-
OMptoir, glois, | Lo, e x
fi ones IL trouva dans cette Ville quantité de Portugais, qui s'y font fait des éta-
Cacher L: blifemens, & qui ont une plus belle Eglife qu'a Jilfray (2). Leurs Chefs fe
rendirent auprés du Général l'rançois en habits de cérémonie; c'eft-à-dire,
vetus de longues robes noires, avec l'épée au côté, le poignard à la ecintu-
re, de grands chapelets à la main gauche , qui pendoient fur le pommeau de
leurs épées, des chapeaux plats comme ceux des Quukers, & de longues
mouflaches, {ls firent un compliment fort grave, qui fuc fuivi de préfens & portant oui
d'oirres de fervice, L'Alkade, ou le Chef Négre de la Ville, vint faire aufli #y fout cru
fa cour au Général, qui le renvoya fort fatisfart avec quelques flacons d'eau- °°:
de-vie, Le foir, Brue rendit vitite à ceux de qui il l'avoit reçue, & crut en
devoir une auli à la femme d'un Capitaine Anglois, nommé Agis. C'étoit u-
ne Mulatre, qui n'avoit pas encore trente ans, grande, bien-faite, & d'une
figure agréable, mais fans beauté, Elle avoit époulé en premières nôces un
OBS Portugus, qui l'avoit luitlec veuve dans une gran le jeuneite, avec un bien
—_—. allez confidérable, Auifi fa maifon & le nombre de fes domeftiques répondoient- Viflte que
ils à fa fortune, Bruce la trouva fous fon portique, aflife fur une natte, avec lue ren à
trois fervantes Négres qui filoient du coton autour d'elle, Aulli-côt qu'elle eut Maidune À
apperçu la Compagnie du Géncral, elle fe fit apporter un pagne pour fe cou- 8°
vu, S2s fileufes fe retirérent, Il ne refla qu'une de fes filles, & deux
| Lfclaves Négres qui fe tinrent debout derrière fa chaife; çar elle en pritu-
forma le ne, après en avoir fait donner à toute la Compagnie, Elle parloit fort bienles
| Langues Portugaife & Angloife, elle ne fçavoit le François que pour l'enten-
dre (e).
Arris les premiers complimens, une de fes Efclaves, jeune & fort jolie,
mais vetue avec peu de modellie, préfenta au Général du Xola dans un bañin
d'étain. C'eft un fruit fort eftimé des Portugais. Il eft amer, & jaunit les
dents & la falive. La meme Efclave lui offrit enfuite, dans une coupe de
terre de Portugal, de l'eau fraîche, qu'il ne trouva pas meilleure après a-
ICS min.
Lis ilne
{on tn
fuit d'en.
t de (un voir mangé du Kola, quoique les Portugais en ayent cette opinion. Mada-
ns IUr li me Agis fit voir au Gouverneur deux petits canons de cuivre, qui avoient
| Crouver- appartenu à fon premier Mari. Brue promit de les acheter. Elle l'invita à
ui donna diner le jour fuivant. Comune il lui reconnut l'efprit adroit, & qu'il avoit
Pays, & appris qu'elle étoit fort bien à la Cour de l'Empereur de Foigny ou Fonia,
des kil accepta volontiers fon invitation. Le Capitaine Agis [étoit un homme
entreprenant ;
&@ (ob) cet endroit ft à deux milles d'Albreda. g@ic) Labat, Tom, V, pag. 1. € Juiv.
60 VOYAGES DES FRANCOIS E N DIT
Maure, entreprenant ; on la vu jufques fur la Rivière de Falemé , à une journée du Brue aÿ
1700, Fort Saint Pierre de Kaniura. 11] étoit alors à Barakonda, Quelques mois res; le
7 après , avant trouvé à fon retour que fa femme étoit accouchée mn petit tisfaëtic
Effet barbare p' : & | mn n le l' roir ç le l'Alk: le rec le ! il | ne, \!
dela jatouñe, Négre, a foupçonnant de l'avoir eu de ade, avec lequel il préten. “n°
doit avoir découvert qu'elle étoit en commerce de galanterie ; il poufà la qu'i _
rage jufqu'à écrafer l'enfant dans un mortier, & le jetter enfüite aux chiens, mes à
Sa femme, épouvantée de cette barbarie, prit pendant quelque tems le par. font par
ti de fe cacher; mais ils fe réconcilièrent enfin, & recommencérent à vivre pes ; S
cnfemble, mois a
Vuns le foir, Brue fit une promenade autour de la Ville, pour obferver jardoie:
les bords de la rivière, & le grand nombre de ruiffeaux qui s'y jettent, 1 ju'qu'e
y vit une fi prodigieufe quantité d'Abeilles, [furles Mangles où Paletuviers, 4 ques arl
dont les tels de la rivière font couverts,] qu'il ne fut pas furpris que le Pays que pen
produife tant de cire. Les Habitans de cette Contrée font diftingués par le nomde bI ment
Élups ou lloupes. Hs ont une langue, ou plûcôt un dialeéte qui leur eft propre s'EFOpC
Leur Religion n'a pas d'objet fixe; ou s'ils ont quelques divinités, ils ne leur l'avant
Caraîère rendent que des adorations arbitraires, Ceux qui habitent l'intérieur des terres employ
des Habitans font farouches, & fouvent cruels pour les autres Négres qui paflènt dans leur Pacs,
eu Faye. Pays, à moins qu'ils ne foient à la fuite de quelque Européen, A Bintam, & Nations
dans les lieux voifins, ils ont le naturel beaucoup plus doux, [ls aiment les ve Sud
Etrangers, ils font de bonne foi dans le Commerce; mais comme ils ne font & es
pas capables de tromper, ils n'aiment pas non plus qu'on abufe de leur fim- mas
plicité, Brue pañla quatre jours à Bintam, pour y jeter les fondemens d'un ; lité des
pe
ol Fran par l'abfence de l'Émpereur, qui écoit allé fecourir le Roi de Komba contre fes pre
7. Sujets rébelles, | : gs
Le cinquième jour après fon arrivée ,] le Général François quitta Bintam jf ‘# 9
pour fe rendre à Yereja. La diftance n'étant que de fept lieuës, 11 écoit à pei- | SP. J
ne fix heures lorfqu'il y arriva; mais les Crépufcules font fi courts dans ces Ré- dr
Bruce fe rend gions Equinoxiales, que la nuit le furprit tout-d'un-coup. {1 fut reçu danscet- +
50 te Ville avec de grands honneurs, par l'Alkade Négre, par les Portugais, & : Bel
par les Faéteurs des Comptoirs Anglois & François. Le lendemain, il fe ren- dr r
dit au Palais du Roi, qui n’eft qu'à une demie-lieuë de la Ville, Ce ne fut pas PONT me
fans difficulcé qu'il fe procura des Chevaux pour fon cortège, Ils font non-feu- ir Un
lement rares dans le Pays, mais petits & fort mal-faits. La plus grande partie fs hé:
du commerce s'y fait par eau, ré ay
Les cabanes du Roi font en afez grand nombre pour former un petit Villa- L rl
Hit ge, Brue trouva ce Monarque fur le feuil de fa porte. C'étoit un petit homme *J-ReE
HITS ne figure affez agréable, les yeux vifs, la bouche riante, & les dents fort
diner. blanches. Son habillement n'étoit pas différent de celui des Négres; excepté cd)
qu'il portoit fur la tête un chapeau à la Portugaife, & qu'il tenoit à la main Ye"
unc longue épée Efpagnole, fur laquelle il s'appuyoit. Aprés les premiers pag. 40.
complimens, il conduifit le Général François dans fa fale, & s’aflic avec lui AGE
fur des fiéges de bois. La converfation dura jufqu’à l'heure du diner. Le Es
Roi fit palier fes femmes , mais en laïflant une place entre la Reine & lui, (f)1
qui fut remplie par le Général. Il ne parut que des femmes, pour fervir à Bois & |
table, Le diner confifla dans une grande fricaflée de poulets & quelques remplis
= ; PA pt x hs , beaucot
plus de ris, de kuskus, & de bifcuit. On prodigua le vin de palmier; & de
Brue Iil.
Ftabliffement
d'un Comp. Comptoir, qui reçut bientôt fa perfeétion, Elle ne fut d'abord retardée que
urnée du
is mois
un petit
L'préten.
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letuviers,
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Brue
lité des difcours
DIFTERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, VI, Cr, VIT, 461
Hrue ayant fait apporter de l'eau-de-vie, du vin de l'Europe & des confitu-
rss le repas fut poufié jufqu'au loir avec de grands témoignages d'une (a-
usfaétion mutuelle, Le Général fit divers préfens au Koi & à la Rei-
ne. Mais ceux qu'il fie au Roi lui furent fi agréables, que ce Prince avoux
qu'il n'avoit jamais rien vu de fi magnifique, Il toit pailionné pour les ar-
mes à feu, & l'adreffe ne lui manquoit pas pour s'en furvir, Ses Sujets ne
font pas moins belliqueux. De bons Officiers en feroient d'excellentes T'rou-
pes; & les Anglois l'ont reconnu par plus d'une expérience, Quelques
mois avant l'arrivée du Général Bruce, fur quelques füjets de plainte qui re
rardoient les droits & les prefens, ils envoyèrent une Chaloupe bien armée
ju'qu'à Yereja. Le Roi qui avoit mis fes gens en embufcade, derrière que!
ques arbres , fur le bord de la rivière, reçut fes Ennemis avec un feu fi vif,
que pendant deux heures ils n'oférent paroïtre fur le pont; & vrai-fembla-
blement il auroit abimé la Chaloupe, fi le reflux de la marée n'étoit arrivé
k-propos pour tirer les Anglois d'embarras. Bientôt la paix fut conclue à
l'avantage du Roi, qui fut bien payé de la poudre & des bales qu'il avoit
employées à fe défendre, Outre quantité de Portugais qui vivent dans fes
Frats, & qui lui payent un tribut annuel, fes Sujets font compofés de deux
Nations Négres, les Hagnons (d) & les /lups, Les premicrs habitent la ri-
ve Sud de la Rivière de Gambra, & forment une Nation civilifée, brave
& induftrieufe, Leurs femmes paroiffent entièrement livrées à l'œconomie
domeftique, & au foin de leurs Familles , avec une application qui n'eft pas
ordinaire aux Négres. On rapporte que pour éviter la médifance & l'inuti-
ordinaires à leur féxe }, elles fe rempliffent la bouche d'eau
endant qu'elles font au travail. Le Roi fait fa réfidence au Nord (e) de
Kafamunfk. Il eft idolacre, lui & tous fes Sujets (f), & par conféquent
lus facile à convertir que les Mahométans, C'étoit du moins l'opinion de
ot Juan Felipe (g), Gentilhomme Efpagnol établi depuis long-tems dans
le Pays, & fi agréable au Roi, que ce Prince lui avoit donné en mariage
une de fes filles, qui ne manquoit ni de jeunefe, ni d'agrémens.
Dom Juan affüra le Général qu'il avoit converu fa femme, & quele Roi
fon Beau-père avoit embrailé fecrettement le Chriftianifme (2). Il racon-
toit méme que le Ciel avoit confirmé cette converfion par un miracle, Un
jour que le Roi étoit tombé dans un précipice, par un faux pas que fon Che-
val avoit fait fous lui, il ne fit que prononcer avec confiance, Seigneur Je-
fus, ayez pitié de moi; & par la vertu de cette prière, il fe retrouva dans fon
chemin, à l'étonnement extréme des témoins de fa chûte; & fans fçavoir
lui-méme comment cette merveille écoit arrivée.
D. Juan avoit offert aux
Portugais
(d) Autrement Banmmons ou Baneays. Moo-
re écrit Banyans dans fon Voyage d Afrique,
pag. 40.
(e) À douze ou treize lieuës de la Mer,
dit l’Auteur anonyme de la Relation qui eft
à la tin de Le Maire, pag. 125.
(f) Le même Auteur dit qu'ils adorent les
Bois & les l'orèts, paice que ces lieux font
remplis de Voleurs , & qu'ils Les craignent
beaucoup.
Zi. Part,
Y(g) C'eft une remarque qu'on fait très
communément, & dont on a donné la raifon
ci-devant,
(b) Si l'on en croit les MiMonnaires, tous
les Rois & les Grands Seigneurs des Paysoû
ils voyagent, font fecrettement de bons Ca
choliques, & ce n'eft que par politique qu'ils
font profeffion ouverte de la Religion dans
laquelle ils ont êté élevés,
Z2
lc
Sage de
‘Ur: fommnes,
Efpagnol ma.
riéala tille du
Roi,
fc
Converfon
'crette de €
Monuarque,
BRUE.
1700.
Juifs Portu-
gais établis en
Afrique,
Brue conti-
nue fon voya-
ge. Il arrive
à Paska.
Liqueur
nommée l'a-
ob.
Fertilité du
Pays.
Cabanes des
Habitans.
36% VOYAGES DES FRANCOIS EN
Portugais du Pays de partager les frais d'une Miffiop. Ils avoient refufg
d'entrer dans une fi pieufe intention; ce qui lui faifoit croire que c'étoit au.
tant de Juifs déguifés, que la crainte de l'Inquifition avoit chafés du Portu-
gal. Quoiqu’ils portent de grands chapelets , il eft certain, ajoute l'Auteur
qu'ils n€ ménent pas une vie fort chrétienne. *
Pour remercier le Général de fes préfens, Je Roi donna ordre à l’Alka.
de de ereja de lui fournir des Chevaux, & lui préta trois des fiens. Apris
s'être arrété fix jours, Brue partit accompagné de feize perfonnes bien ar.
mées, de cinq Chevaux de bagage, & de deux Chevaux de main, [outre és
ceux qui portoient les Blancs de fa Compagnie; car pour fes Négres ils 6.
toient tous à pied. ] Le premier jour, fa marche fut de dix licuës. Il arri.
va le foir à Paska, grand Village de Négres Bagnons, dont l’Alkade le re.
çut fort civilement. On avoit préparé, par l'ordre du Roi, trois grandes
maifons pour le loger avec fon cortége, & du fourage pour fes Chevaux,
Il trouva un Bœuf & un Mouton tués pour fon fouper, un quartier de Che-
val marin, de la volaille, du poiflon, du kuskus & du miel; enfin plus qu'il
n’auroit fallu pour traiter cinquante perfonnes. Outre de l'eau excellente &
du vin de palmier, on lui fervit une liqueur (4) qui fe nomme Farob, & qui
a quelque reffemblance avec la biére. Elle fe fait avec certains fruits {nom-p#
més Kurbaris, ] dont on trouvera la defcription dans l’article des produétions na
turelles du Pays. On en met plus ou moins, à proportion de la force qu'on veut
donner à la liqueur. Après l'avoir fait bouillir, on la paffe au clair dans de
grands vaifleaux de terre, où la fermentation lui fait jetter une forte d'écu-
me ou de lie. Elle a l'odeur & le goût du pain de gingembre. Brue la trou-
va beaucoup plus agréable que le vin de Latanier , dont les Serères font ufa-
ge; mais elle enyvre facilement.
IL avoit été furpris, dans fa marche, de voir le Pays fi bien cultivé que
rien n’y paroifloit en friche. Les Cantons bas étoient divifés par de petits Ca-
naux, & femés de ris. Au long de chaque Canal, l'art des Habitans avoit é-
levé des bordures de terre pour arrêter l'eau. Les lieux élevés produifoient
du millet, du maïz @ des pois de différentes efpèces, particulièrement une
efpèce noire qui s'appelle Pois négre, & qui fait d'excellentes foupes. Les
melons d’eau de ce Canton font d'une bonté parfaite. Il s’en trouve qui pé-
fent jufqu’à foixante livres. Leur graine eft couleur d'écarlate, & le jus en
eft extrémement doux & rafraichiffant. Le Bœuf du Pays eft excellent, mais
le Mouton eft fi gras qu'il fent le fuif. La Volaille & toutes les néceflités de
la vie y font en abondance.
ENTRE Jercja & Paska, Brue rencontra une Caravane de Négres & de
Négreñés, qui attendoient fon arrivée pour fe garantir, par fa proteétion,
de l'infulte des l'lups, qui ne manquent guères de piller les Paffans. Leurs
Cabanes font fortifiées par un enclos de paliffades, de fept ou huit pieds de
hauteur, qui a plufieurs entrées dans différens endroits du cercle. [Il ya plu-XF
fieurs rangées de ces Paliffades, à quatre à cinq pieds les unes des autres.
Les portes ne font pas direétement l’une devant l’autre, mais quand on eft
entré dans une enceinte ; il faut faire la moitié ou environ de la circonféren-
ce,
(:) Labat, Tom. I. pag. 20, £? fuiw,
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ce,
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car. VIII. 563
ce, pour trouver l'entrée de la feconde.] Les Cabanes font au centre, fort
bien couvertes de feuilles de Palmicr (k). Celle où le Général fut logé avoit
environ vingt pieds de largeur. Elle étoit compoñée de fix chambres. Le
Propriétaire lui dit que l'ufage des enclos leur venoit également de la nécefñi-
té de fe défendre contre les bêtes farouches & contre ieurs Ennemis. Dix
hommes y foutiendroient l'attaque de cent. Près d'un de ces enclos, Brue
rencontra un Guiriot, c'eft-à-dire un Poëte-Muficien du Pays, avec un bon-
net de la forme d'une tête de Bœuf, couvert de certains grains jaunes (7),
& défendu par deux grandes cornes. Cet Hiftrion s'approcha du Général,
lorfqu'il l'eut reconnu pour le Chef de la Troupe. Il fe mit à genoux devant
lui, à trois pas de diftance, en le regardant d'un œil fixe. Enfuite fe levant
de même, il fe retira fans avoir prononcé une parole.
Les Chauves-fouris du Pays font de la groffeur de nos Pigeons, avec de
longues aîles pointues, qui leur fervent à s'attacher aux arbres, où elles fe
tiennent fufpendues , en formant enfemble des efpèces de gros pelotons. Les
Négres en mangent la chair, après les avoir écorchées , parce qu’ils croLene
que le petit duvet brun dont elles ont la peau couverte ,eft unpoifon. C'eft
le feul de tous les Volatiles connus, à qui la nature ait donné du lait pour la
nourriture de fes petits.
BRUE ayant remarqué, en chemin, des pyramides de terre dans pluficurs
endroits, les avoit prifes d’abord pour des tombeaux. Mais l’Alkade, qui lui
fervoit de Guide, l'affüra que c’étoit la retraite des Fourmis, & l'en con-
vainquit aufli-tôt en ouvrant un de ces terriers, dont le dehors étoit uni &
cimenté, comme s’il eût été l’ouvrage d'un Maflon. Ces Fourmis font blan-
ches, de la grofleur d’un grain d'orge, & fort agiles. Leurs demeures n'ont
u’une feule ouverture, vers le tiers de leur hauteur, d'où elles defcendent
rs terre par une forte d’efcalier circulaire. Brue fit jetter, près d’un deces
terriers, une poignée de ris, quoiqu'il ne parut aucune Fourmi hors du trou.
Mais dans l’inftant il en fortit une légion, qui tranfportérent ce tréfor dans
leur magafin, fans en laiffer le moindre refte, & qui rentrèrent dans leur a-
zile lorfqu'elles n’en trouvèrent plus. Ces efpèces de ruches font fi fortes qu’il
n'eft pas facile de les ouvrir.
L£ Roi de Jereja entretient à Paska une Garnifon de cent Moufquetaires
Négres, pour contenir les Flups fauvages dans la foûmiffion, & lever letri-
but auquel ils font aflujettis. La Ville, dont le nom fignifie en langage Né-
gre, Arbre ou Pavillon du Roi, contient environ trois cens Habitans. Ses
Fortifications confiftent en fix rangs de paliffades. Brue y pafñfa un jour &
deux nuits, pour fe donner le tems de renvoyer les Chevaux qu’il avoit ame-
nés de Jereja, & pour s'en procurer d’autres. Il employa cet intervalle à
vifiter le Canton, qu’il trouva rempli de Négres occupés de l’agriculture,
& les bords de la Rivière, qui fans être fort large ni profonde (#) nourrit
un grand nombre de Crocodiles. Avec beaucoup de peine, il trouva des Che-
vaux, pour lui & pour les Blancs de fon train; & deux Canots, conduits
par
(k) Angl. de Latanier. R. d. E. (m) Angl. qui fans être large cft fort pro-
(1) C'eft la parure de ceux qui font nou- fonde. K. d, E.
véllement circoncis.
Zz 2
Bnrupr,
1700.
Poëte mufi-
cien Nügre,
Chauves-torr.
ris monftrueu
{cs
Retraites fin-
gulières des
Fourmis.
w
Drvur,
1700.
Belle maifon
d'unEfpagnol,
Ïlavoit plu-
feurs femines
janseue !ii-
rit,
Oifcaux à
voix humaine,
Nation des
Flups ou
l'louppes
Singularites
de fon carac-
it ie
364 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
par des Négres, fervirent au tranfport de fon bagage.
du troifième jour étoit arrivé avant qu'il fût en état de partir.
IL s'arrêta la nuit fuivante dans la maifon d'un Efpagnol, à une lieuë d
Paska, & fituée fur la même rivière. Elle étoit commode, défendue par une
quadruple palifade, dont la plus intérieure étoit flanquée de terre, & moi.
tée de huit piéces de canon. Le Maitre fe nommoïit Dom Juan Maldonu,
natit de l'Ifle de Cube, & fi refpecté des Négres, qu'il n'en pañloit pas un
quine vint lui faire fon compliment. Il ne manquoit jamais de reconno 1
cette civilité par quelque petit préfent, ne fut-ce qu'une aiguillée de fil (.
de la couleur que ces Peuples aiment le plus, & dont ils ornent le colct
les manches de leurs chenufes. Le Pays, autour de fa maifon, préfentoit à
fort belle perfpective. Les terres qui étoient fans culture confiftoient ça:
tes prairies, entremélées de petits bois de palmiers & de (0) polous. D
Juan n'étoic pas marié, mais il proficoit de l'ufage du Pays, qui permet
voir autant de femmes qu’on le defire. Brue admira ici l'adrefle d'un Nc
qui tenoit fon arc & fes fléches d'une main, tandis que de l’autre il con.
foit un Canot. S'il appercevoit un poiffon, 1l étoit für de le percer; & !
le champ il retiroit la fléche avec fa proye. Entre les arbres, qui bord
les deux rives, Brue trouva des Oifeaux dela groffeur des Trufches (p},dont
la chair eft fort grafle & de trés-bon goût. Leur cri confifte à répéter 14
deux fillabes ha, ba, auffi diftinétement que la voix humaine ( q }.
EN quittant cet agréable Canton, Brue voyagea, pendant deux jours, dansun
Pays qui reft habité que par des Flups. C'eft une efpèce de Negres indépen-
dans, qui fe font établis entre la rivière de Gambra & celle de Cachao, Ceu
qui ont été fubjugués par le Roï de Jereja & les Portugais, font affez civilifés:
mais les autres , qui habitent les bords (r) dela rivière de Kafamanfa, forment
une Nation fauvage & barbare (5) qui ménage peu les Etrangers, comme
l'expérience l'a fait connoître aux Anglois & aux Francois. Ils ont peu de
commerce avec les Blancs, & ne vivent pas mieux avec leurs Voifins, con:
lefquels ils ont perpétuellement la guerre. Les Négres des autres Nations
n'auroient pas la hardieffe de traverfer le Pays des Flups, s'ils ne trouvoint
l'occafion des Voyageurs Européens, qui n'y paffent pas même fans fe meurc
en état de ne craindre aucune infulte (#). A cette peinture que Bruce fait d'un
Peuple fi farouche, on peut joindre ici le témoignage de deux autres Hicri-
yains. Le premier eft un Voyageur anonyme, qui a publié de curieufesremar
ques fur cette Côte, à la fin du Voyage de Le Maire en 1728. Ilobferve a
les Flups (v) poffédent, jufqu'a fix lieuës dans les terres, tout l’efpace qui
eft depuis la pointe Sud de l'embouchure de la Gambra jufqu'au Village de bu-
lol, à l'entrée de la rivière de San Domingo. Ceux, dit-il, qui habisent l'em-
bouchure de la rivière de Zamenée, qui eit la méme que celle de Kafamanfa,
fonc
{n) Angel. de laine. K. à. E. (a) Labat, Tom. V. pag. 39. CJ
Co) C'elt l'arbre qui s'appelle Fromage en (r) Angl, qui habitent vw l'emboucal
Amerique; & que du Tertre, dans fon [Tite re. KR, d. E.
ire des Antilles, nomme Fromage de Hol ( Les Portasais le ppellent D so
i de. Où en donnera la defcription, dre) Labat, ‘Tom. V. p2g, 12 45 K 59
Kg ) Aarl, des merlcs, KR, d. E, (vu) 1 les appelle Fivubpes.
Mais l'aprés-mid:
xBruc ;
DT
font fi
cun d’et
cornes
avec a
Cap-Vs
picce d
quemet
Rois. (
Ils cult:
richefTe
font bic
LES
barbarc
mains,
micux
geur À
bra, le
Mandi
les fon
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que les
juguer.
de ne.
Chaloi
mesfot
attaqu
pofé d
& tu:
reftoit
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fécon
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EN
tites 1
dans |
}.405 f
'Cs-mi|:
licuë de
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lon :
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nno:cr
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Je) at Ç
sremar
VC qu
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de Bu-
nt J'em-
mana,
font
qui
Jui
DIFTERENTES PARTIES pe L'ATRIQUE, Liv. VT. Car. VIIL 36%
font fi fauvages, qu'aucune Nation n'entretient de commerce avec eux. Cha-
cun d'eux a fa Divinité, qui et l'ouvrage de fon imagination, L'un adore des
cornes de ‘F'aurcau, ns une bête, ou un arbre, & leurs facrifices fe font
se autant de bizarrerie. Leur habillement reffemble à celui des Négres du
Cap-Verd & des Flabitans de la Gambra; c’eft-à-dire, qu'il confifte dans une
picce d'étoffe de coton, rayé fuivant la coutume du Pays, pour cacher uni-
quement leur nudité à la ceinture, {ls n'ont pas de fuccellion établie pour les
Rois. C'eit le plus puiflant qui fe met en pofleffion de l'autorité fouveraine.
Ils cultivent affez bien leurs terres, pour y femer du ris & du millet. Leurs
ri hefles font de grands troupeaux de Vaches & de Chèvres. Leurs Villages
font bien peuplés, & ne fonc éloignés que d'un quart de lieuë l'un de l'autre.
L£s Flups qu ii habitent le côté du Sud de la riviére, font d’une cruauté
barbare. Ils n'accordent point de quartier aux Blancs qui tombent entre leurs
mains, & l’on raconte même qu'ils en mangent la (x) chair. Cette Côte efl
micux peuplée que celle de la Gambra. On ne compte que deux lieuës d’un
Village à l'autre ; & le plus proche de la Mer n’en eft qu'a un quart de licuë.
‘A1 promis 2 témoignage de deux Ecrivains. Le fecond et (, ‘) un Voya-
geur Anglois, (%) quip: arlant des E ‘lups, Habitans naturels du Sud de la Gam-
bra, les repréfente comme un Peuple tout-àa-fait fauvage, mortel ennemi des
Mandingos. Leur Contrée, dit-il, eft d'une grande étendue, & leur Vil-
les font fortifices de pieux flanqués de terre. Quoiqu'ils vivent dans l'indé-
pendance & qu'ils n'ayent pas de Rois, l'union eft fi bien établie parmi eux,
que les Mandingos, en quelque nombre qu'ils foicnt, n'ont jamais pû les fub-
juguer. Leu c araétére les rend ég galement capab'es & d'oublier les bienfaits &
de ne jamais pardonner les 1 jures. Le mème Auteur ajoûte qu'en 1731, une
Chaloupe envoyée pour le Commerce à Ki Chao, pe x le Gouverneur de Ja-
mesfort, avant échoué malhcureufement à vingt lieuës dans la Gambra, fut
attaquée par ces PA ennemis de l'humanité, ’ ose qui étoit com-
pofé de cinq Blancs & de fept Efclaves, fe b: uvCC un Courage extrême
& tua un grand nombre de Flups. Mais la Chaloupe & tout ce qui lui
reftoit de défenfeurs, auroient été la proye de ces Barbares, fi le reflux de
la marée ne les cut délivrés d'un fi grand danger. En atrivant à fames-
fort, le Gouverneur Anglois leur fit préfent à chacun d'un habit neuf, pau Ir
récompenfer leur valeur. Ce trait confirme ce qu'on a déja rapporté d'a
xæBruc ; [fi ce n'eft pas le méme événement, avec quelque altération dans
les circonftances. ]
EN traverfant ce dangereux
tites rivières, qui tombent dans celle
Pays, les François eurent à pañler deux Re
de Bass. Ils s'arrétèrent deux nui
54 cEns les cabanes de quelques Bagnons, qui fe trouvent mêlés avec les F res
| s femmes du Pays, n'ayant jamais vû d'hommes blancs, s’aflembloient en
foule
C'eune opinion qui a peu de fonde- ries, pag. 124. © Juiv. Barbot, Defcription
rique, & dont on ne laiffe pa de la Guinée, pag. 82. Mais il elt clair que
de part & d'autre, Cc T Bai s t a copié le Maire & plufieurs autres,
ent que les Blancs font capables d | ‘il ne Cite point. Cela eft cauf: qu'on ne
rer, ComIN Blancs craisnent de Fé peut pas faire fond fur ce qu'il dit.]
par les Négre &) C'eit Moore, dans fon Voyage « d'A
(y) Voyage de Le Maire aux Ifles Cana rique, pag. 36. Il Ccrit iloops,
Brur
1700,
ASniration
; {cinmines
pour Bru,
+
i Or
366 VOYAGES DES FRANCOIS E N
foule autour du Général, pour admirer fa couleur, fes habits, fesarmes, &
fur-tout fes cheveux, qu ‘ls ne pouvoient croire naturels, pdrce qu l'ils étoient
fort longs. Il arriva le croi ième jour à Ÿames, (a) à quatorze licuës .
Paska. Jamez cit l'endroit du Pays qui produit le plus de cire, Ils'y tic
deux fois la femaine un marche pour le Commerce. Les Portugais, qui ù à
chettent fans préparation , la purifient & la font tranfporter à Kachao. On
wrouve ici moins de de à la Nation des Flups. Elle forme une clpéce
de République, fous le Gouvernement de fes Anciens, Tes terres y font
bien cultivées ; & les Portugais qui s'y font Ctablis ont des maifons fort a
gréables. Mais ils y font infeftés par les Mofq tes (b), Ce fut delà que
Bruc renvoya fes Chevaux & qu'il prit des Canots pour le conduire jufqu'a
Nachao,
UNE lieuë au-deffous de Jamez, il entra dans la rivière de Kafaman&,
deux licuës au-deffus d'un Fort Portugais qui et fur la rive droite de cette
rivière, en la remontant, c'eft-à-dire au Sud. La Kafamanfa va porter fes
eaux dans la Mer, au Nord de Rio San-Domingo. Elle eft aflez large K
affez profonde pour recevoir de gros \ Vaifleaux ; mais la barre eft fi d'ange
reufe à fon eribouchure, qu'il n'y peut entrer que des Canots, des Chalou,
pes & d’autres petits Batimens, qui n'y font pas méme éxempts de dangers.
Le Pays eft divifé par plufieurs rivières , où plütt par des torrens fortis
d'un grand Lac qui fe forme dans la faifon des pluyes, & qui fe féchant en.
fuite, comme les torrens, ne compofe plus quun marais. Brue pañla par
le Fort Portugais. Il confifte en deux demi- baftions, qui font face à la ri-
vire, & deux baftions du coté de la terre, montés de quelques piéces d'ar-
üllerie. Une licuë plus loin, il trouva le Village de Bayto, où les Portu-
gais ont une rédoute ou un magalin paliffade, av quinze petits canons.
a Garnifon eft de quinze hommes, en y comprenan. deux Officiers qui la
commandent; mais il étoit aifé de juger, à la paleur de leur vifage & à
l'enflure de leur ventre , que la fituation de la Place eft fort mal-fai-
ne. Le Command: int reçut les François avec beaucoup de civilité , &
les pre Ta de s'arrèter ; mais Brue aima mieux s'avancer vers un Villa-
ge de ivégres Bagnons, ficué fur un ruifléau qui pañie par Ghinghin, &
qui fe jette dans la rivière de Kachao. Cependant il fe repentit d'avoir re-
fufé les offres de l'Officier Portugais, car à peine eût-1l fait cinq cens pas qu'il
fe vit engagé dans des marais fort humides, & percé jufqu'à la peau par une
pluye qui le força d'entrer dans quelques cabancs de Nés gres, & d'y paller
une fort mauvaile nuit. Le jour fuivant, il gagna un V illage où le Roi des
agnons fait fa réfidence. Quoique ce Prince fût abfent, fes Officiers fourni-
rent au Général François autant de Chevaux & d’Anes qu ñl en avoit befoin.
Av ec ce fecours il arriva le meme foir à Ghinghin, qui n'eft qu'a cinq lieuës
de Bayto (c).
LE Village ou la Ville de Ghinghin cit fitué à la fource d'un ruifleau qui
fort
Autrement Jan ou Jam. L'Auteur ano- qu’ îs envovent à Kachao & fur la Gambra
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Le | Fam, & le place à fcpt ou huit licuës de François ippellent Maringo R. d. T.
Jur nbouchure de Rio San Do mingo, I dit que (c) Labat, Tom, V, pag. 42, © Jus.
des Portugais y rumaffent beaucoup dé cire,
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DIFFÉRÉN1ES PARTIES ve L'AFRIQUE, Liv, VI, Car, VIIL 567
fort de la rivière de Kafamanfa, & qui tombe dans celle de San- Domingo
trois lieuës au-deflus de Kachao, dont Ghinghin (4) n'eft qu'à cinq lieuës.
C'eft un lieu bien peuplé, moitié de Bagnons, moitié de Portugais qui s'y
font établis, & qui font cultiver leurs Plantations par les Gromettes, Efcla-
ves Négres, qu'on employe au commerce de la cire. Le Pays eft agréable. Il
porte des fruits en abondance ; & de toutes parts on ! voit des Abeilles, Les
Singes y font en fi grand nombre ie y Caufent caucoup de défordre ;
xémais ils n'ofent attaquer les ruches. [Le Marigot ou ] la rivière de Ghinghin,
eft divifée en deux bras par une Ifle longue & étroite, au-deflous de laquelle
ils fe réuniffent pour entrer dans la Kafamanfa. Les Flups rendent le plus
grand de ces deux Canaux fort dangereux. Un Capitaine François qui s'y étoic
engagé dans une Chaloupe bien armée, avec vingt-cinq hommes, pour re-
tourner à Ghinghin par cette voye, découvrit une embufcade de cent Flups
ee l’attendoient au paffage. Avec toute la diligence qu'il fit pour avancer ,
i
dans leurs Canots. Ils attaquèrent la Chaloupe avec une extrême furie, & les
François ne fe virent libres qu'après les avoir tués prefque tous à coups de fufil.
Ces deux bras de la rivière font bordés d'une efpèce fingulière de citro-
niers, dont le fruit eft tout-à-fait rond & la peau aufli fine que du parchemin.
Il eft rempli de jus, mais il ne porte aucune forte de pepin ou de femence.
Une lieuë au-defTous de l’endroit où les deux bras réunis fe jettent dans la ri-
vière de San-Domingo, on trouve la Ville de Cachao.
BRuE s’étoit attendu de trouver, à Ghinghin, une Pinaffe dont il s’étoit
fait précéder; & n’en apprenant aucune nouvelle il envoya, dans un Canot,
un de fes Faéteurs avec un Interpréte, pourfe procurer des informations. Ils
rencontrèrent un Vaiffeau Anglois, arrivé nouvellement de Lisbonne, & char-
gé de fruits & de vins, dont le Capitaine envoya aufli-tôt fa Chaloupe au
Genéral, pour le délivrer d'inquiétude. En effet dans la joye qu’il eut d'ap-
prendre que fa Pinaffe étoit à l'ancre près de Kachao, il fe rendit immédia-
tement fur le Vaifleau Anglois, où il fut reçu avec toute la diftinétion due à
fon caraétère. Il y pafla même la nuit. Le lendemain , on lui fit voir un effein
d’Abeilles qui s’étoient établis à bord & qui y faifoient leur travail.
LE Capitaine Anglois conduifit Brue à Kachao. Ils rencontrèrent la Pinaf-
fe Françoife, qui attendoit les ordres de fon Général; & le foir du même
jour ils arrivèrent à la Ville, où Brue prit fon logement chez Dom Manuel
Perere, Officier Portugais. Le jour ftivant, il envoya complimenter le Gouver-
neur par un de fes Officiers, & dans le cours de l'après-midi il reçut fa vifite. Ce
Gentilhomme Portugais, qui fe nommoit Dom Æntonio de Barros, étoit né à
Madère. Il offrit fa maifon au Général, & lui fit porter quantité de rafraîchif-
femens. Après avoir paflé quelques jours à Kachao, Brue monta für la Pinaffe,
qu'il avoit fait partir avant lui dans ce deffein, & retourna direétement dans
la rivière de Gambra.
Kacmac eft une Ville & une Colonie Portugaife, fituée fur la rive Sud de
Rio San- Domingo, à vingt lieuës de fon embouchure. C’eft le principai Eta-
blifement que les Portugais ayent dans ce Pays, quoique les Habitans, qui
font
(4) Dans l'Appendix au Voyage de Le Mai- cun fe fait là-deffus des régles arbitraires]
re, ce lieu cit nomme Guanguin, | Mais cha-
ne put éviter d'être pourfüuivi par ces Barbares, les uns à la nage, d'autres
de - ee ns
Br u ,
1700,
… Ghinghin &
{a fituation,
Grand com-
merce de cire,
Furie des
Flups.
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treunVaifleau
Anglois,
Abeilles qui
s'y trouvent.
Arrivé des
François à Ka-
chao,
Defcription
de cette Ville,
a 68 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
font diftingucs par le nom de Négres Papels, leur portent une haine mortelle.
Aufli n'ont-ils rien négligé pour fe fortifier du côté de la terre. Ils y ont un
rempart bien palifladé, avec une bonne artilkrie, La Ville confifte en deux
longues rues, traverfues de plufieurs autres, Elle ceft environnée de marais
avec quelques petits cantons de terre labourable, où l'on recueille un peu de
maiz & de ris, mais en fi petite quancité qu'il ne peut fournir à l'entretien
des Habitans (e). Comme il ne fe trouve aux environs ni fermes, ni prai-
ries, les Bœufs & les Vaches v font aufli chers que rares. On y voit quelques
Chèvres, mais fans Porcs & fans Moutons.
L£s maifons de la Ville font de terre glaife, blanchies dedans & dehors.
flles font fort grandes, mais leur hauteur n'eft que d'un étage. Pendant la
faifon des pluyes, elles font couvertes de feuilles de Lataniers ; mais dans les
tems fecs, on ne les couvre que d'une fimple toile, qui fuffit pour les ga.
rantir du Soleil & de la rofée. Le climat eft fujet à des rofées fort abondan.
tes, fur-tout près d'une fi grande rivière & dans un Canton fi marécageux,
[ Le changement de couvertures fe fait à caufe du Feu, qui ne manqueroit y.
pas de prendre aux Maifons, { pendant la faifon fèche clles étoient couver. ”
tes de quelque matière que la chaleur, ou les Voleurs pourroient allumer ai
ment. | {1 y a dans la Ville une Eghfe Paroiffiale & un Couvent de Capucine.
La paroife eft defervie par un Curé & deux Pretres, d'une ignorance égale
à leur pauvreté. En 1700, le Couvent des Capucins n'en contenoit que deux,
qui étoient entretenus par ie Roi de Portugal. Ils font foñmis à l'Evéque de
S. Jago.
$a Garniton La Garnifon eft compofée de trente hommes [qui font ordinairement des 4
SSFOrHL Criminels, bannis de Portugal, ] fous un Capitaine-Major, qui prend le tivre
de Gouverneur, & qui a fous lui un Lieutenant, un #ifere où un Enfeigne,
& un Aide-Major, Dom Antonio de Barros occupoit (f) ce pofte depuis long-
tems. L'ufage eft de changer la Garnifon tous les trois ans, terme qu'elle at-
tend toûjours avec impatience; car elle eft li mal payée que la plüpart des
Soldats ne font pas fcrupule de voler pendant la nuit. Pour Officiers civils, le
Roi (g}) de Portugal a dans Kachaoun Intendant, qui fe nomme Sindiquante,
un Receveur des droits [ appellé f'aitor,] un Notaire & quelques Commis. Lejés
droit d'entrée [ & de fortie | pour les Vaifleaux eft de dix pour cent (4).
La Ville eft défendue à l'Oucit par un Fort triangulaire qui fe nomme Cafa-
forte. Un de fes baftions fait face à la rivière; mais n'ayant qu'une paliflade,
fans foflé , fans glacis & fans chemin-couvert, étant même crès-mal pourvu de
munitions, il eft peu capable de défenfe. La rivière a plus d'un quart de lieuë {i}
de largeur devant la Ville. Elle eft affez profonde pour recevoir des Bauimens
de la première grandeur, fi les dangers de la barre ne les arrétoient à l'em-
bouchure. Les deux rives font couvertes d'arbres (k); mais ceux de la rive
du
(e) L'Auteuranonyime qui eft à la fin de Le (h) L'Auteur anonyme dans Le Maire, pa
Maire n'en fait monter lé nombre qu'à deux ge 128.
QU trois CCNS, pag. 128. (i) Angl. À trois quarts de lieuë. R. d. E
Cf) I revint en Europe avec le Capitaine k) Angl, de Mangles ou Paletuvicrs. R
Robeïts en 1725. d, E,
(g) Labat, ‘Tom. V. pag. 57.
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(IN Les Portugais appellent cette Rive Mat-
DIFFERENTES PARTIES pt L'AFRIÎQUE, Liv, VI. Car, VII, 46
du Nord font les plus beaux de toute l'Afrique, (7) autant par l'excellence
du bois, que par leur hauteur & leur grofleur, On feroic de leur tronc un
Canot d'une feule piéce, capable de recevoir le poids de dix tonneaux & de
porter vingt-cinq où trente hommes, La marée remonte trente lieuËs au def:
fus de Kachao, I y pleut avec tant d'abondance qu'on l'appelle le pot de
chambre de l'Afrique; comme Rouen, dit l'Auteur, eft celui de la Norman-
die, Sa fituation eft à l'onzième degré de latitude du Nord (mm).
L'inpoLence des Portugais eftextréme à Kachao, Quoique les vivres y
foient chers, ils ne veulent pas prendre la peine d'élever de la volaille, ls
font obligés pour leurs moindres befoins, jufqu'à celui de l'eau, de fortir de
leurs remparts avec une Garde ; fans quoi ils feroient expofés aux infultes
des Papels, leurs mortels ennemis. Cependant quelques-uns de ces Barbares fe
fonc familiarifés avec eux, & demeurent même dans la Ville, dont ils com
pofent environ la cinquiéme partie, Cette raifon a fait donner à leur quar-
tier le nom de Villa Quinta. Ils font Idolätres; mais pour le fond desmaæurs,
ils ont pris la plûpart des ufages Portugais, comme les Portugais ont adopté
uclques-uns des leurs; fur-cout leurs débauches avec les femmes, que les deux
Nations pouffent à l'excès. [de forte que le Vifitador eft quelques-fois obli-
gé de fortir des bornes de la tolérance qu'on a pour ce péché, & de condam-
ner à des amendes pécuniaires, ceux qui y tombent avec tro
[ls ne mangent de la chair qu'une fois par jour, au repas qu'i
tar, ou diner. Leur rafliar, ou leur fouper , efttoûüjours maïîgre; & la riviè-
re, quoique remplie de Legartos où d'Alligators , leur fournit du poiflon en
abondance. ‘Tous leurs repas commencent par les fruits, dontle Canton pro-
duit différentes fortes, fans culture & fans foins ; tels que des guaves, des
oranges , des citrons, des ignances, des patates, des kurbaris,
Quorqu'on ne puifle fortir pendant la nuit à Kachao, fans courir quelque
danger , & qu'on ait foin de s'armer lorfqu'on eft appellé dans la Ville par
quelque affaire preffante, il s'y trouve une efpèce de gens quis’en font com-
me un métier. L'Equipage de ces Avanturiers noéturnes eft fort remarqua-
ble. Ils portent fur leurs habits un petit tablier de cuir, avec une bavette qui
couvre une demi-cuirafle ou une cotte de mailles. Ce tablier ,qui ne pañle la
ceinture que de quelques doigts, eft plein de trous, auxquels font attachés
deux ou trois paires de piftolets de poche & plufieurs poignards. Le bras gau-
che eft chargé d'un petit bouclier. Au-deflous pend une longue épée, dont
le fourreau s'ouvre tout-d'un-coup par le moyen d'un reflort, pour épargner
la peine & le tems de la tirer. Loriqu'ils forcent fans deflein formé, & feule-
ment pour fe réjouir, ils font couverts, par-deflus toute cette parure, d'un
manteau noir, qui leur pend jufqu'aux moillets. Mais s'ils fe propofent quel-
que avanture, c'eft-à-dire, un Duel à la Portugaife, [ou un Affafinat , | ils
ajoûtent à leurs armes une courte carabine, chargée de vingt ou trente pe-
utes balles, & d'un quarteron de poudre, avec un baton fourchu pour la
pofer deflus en tirant. Enfin, pour achever une fi étrange parure, ils ont
fur le nez une grande paire de lunettes, qui eft attachée des deux côtés à
l'orcille,
» de fcandale. |
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(m) L'Auteur ne dit pas que cette latitude
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39 VOYAGES DES FRANCOIS EN
Brur. l'orcille. En arrivant au lieu de l'éxécution, le Bravecommence par planter
1700. fa carabine, rejette fon manteau fur le bras gauche , prend fon épée de la
nd main droite, &, dans cette polture , attend courageufcment l'homme qu'il veut
Ennemis, tuer & qui ne penfe point à fe défendre. Aufli-tôt qu'il le voit, il fait feu,
en lui difant de prendre garde à lui. 1 lui feroict fort difficile de le manquer,
car cette gfpéce d'arme à feu écarte tellement les bales qu'elle en couvri-
roit la plus grande porte. Si l'Infortuné qui reçoit le coup n'eft pas tout-à-
fait mort, le Meurtrier s'approche, en l'exhortant à dire Yefus- Maria, &
l'acheve à terre de quelques coups d'épée ou de poignard. Il arrive quelque.
fois que ces perfides Affaflins trouvent la partie égale, & qu'ils font arretés
par ceux dont ils menacent la vie (n). Mais ils fe tirent d'embarras en pro:
teftant qu'ils fe font trompés, & qu'une autre fois ils fçauront mieux diitin.
guer leur ennemi. Enfin il eft coûjours trés-dangereux à Kachao de fortir la
nuit, & l'Auteur ajoûte qu'il n'y a pas beaucoup plus de füreté dans toutes
les autres Colonies Portugaifes. [Il n’eft pas permis de porter ni Aambeau ni
lanterne ; on s'expoferoit à recevoir un coup de fufil: toute la civilité que
vous pouvez attendre, c'’eft que le premier Amant, Affaflin, ou chercheur
d'avanture qui vous apperçoit, vous crie Smurcar, c'eft-à-dire éteignez, à
quoi il faut obéir fans réplique, fi l'on ne veut dans le moment même en.
tendre fiffler les bales à fes oreilles. Il faut donc marcher dans les ténébres,
& quand on entend le fon d'une guitarre, il fautrebrouffer chemin, & cher-
cher une autre rue, Cet Inftrument tienc lieu de Carabine à ceux qui-vont
en bonne fortune. Ils fe placent de manière qu'ils peuvent étre entendus de
leur Belle, & même lui parler. En attendant cet heureux moment, ils font
le pied de grue, leur grande épée nue à la main, & quand quelqu'un vient
à pañer, ils lui difent, en lui préfentant la pointe de l'épée, à gauche ou à
droite, felon qu'il leur convient, & il eft de la prudence & de la politef:
d'obéir.] Cependant le Gouverneur fait marcher dans les ténébres une pa.
trouille de quelques Soldats, pour arrêter les vols & les autres défordres. Ce
foin pourroit étre-de quelque fecours au public, fi les Gardes n'étoient cux-
mêmes des Voleurs, d'autant plus redoutables qu'ils font en grand nombre
Proautions & Comme privilégiés. Les maifons ne font guères plus füres que les rues,
donton ue parce qu'étant fort légéres, il eft aifé d'en forcer l'entrée. Aufli ne manque-
LOT EUX t'on pas d'y tenir des lanternes alluméces pendant toute la nuit, & d'y avoir
des Chiens de l'Europe, pour avertir par leur aboyement. Ceux du Pays n'a-
boyent prefque point. On fait veiller aufli les Domeftiques, avec ordre de
tirer fur cout ce qui paroît autour de la maifon.
IL ya peu de familles Portugaifes, à Kachao, qui méritent véritablement
ce nom. La plûüpart font de race mélée, & même fi noirs qu'a peine les dif-
tingue-t'on des Négres. Ces Portugais, foit blancs ou bazanés, mulatres ou
noirs, ont des femmes légitimes, & les tiennent fort reflerrées dans leurs
maifons. Celles qui fonc blanches n'en fortent jamais pendant le jour, pas
même
7(n) Labat ne parle point de cette préten- Brave en eft quitte pour dire que c’eft un ac-
due égalité de partie, qui fait ici un fensaffezbi- cident, ou qu'il s'eit trompé; mais que cela
zarre; il dit fimplement, que ceux qui vont l'engagera à chercher avec plus de foin fon
H nuit font expoiez à des qui proquo, c'eft- Ennemi, qui ett la caufe de cette méprite
a-dire à tre pris pour d'autres, & qu'atorsie Voyez Labat Tom, V. pag. 62.
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Verbeterd op de Handfchriften van de Bevageemaot |
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DIFFERENTES PARTIES pe 1'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar, IX, 37
méme pour aller à l'Eglife, L'ufage des perfonnes de diftinétion elt d'avoir
des Chapelles domeftiques pour les éxercices de la Religion. Cependant les
Dames d'une autre couleur , c'eft-a-dire, noires ou mulatres, ont la liberté
de fortir voilées. Les mantes, qui les couvrent, ne laiffent voir de toute
leur figure qu'un œil & les pieds. La jaloufie des maris pañle pour une marque
d'eitime & de tendrefle. Dans les vifites qu'on rend aux Portugais, on fe gar-
de bien de demander à voir leurs femmes, ou méme de s'informer de leur fan-
gpié. Ce feroit affez pour s'expoñèr à quelque duel, [de la nature de ceux qu'on
vient d'expliquer ,| ou pour expoter une femme au poignard ou au poifon.
Les filles des Papels & les Éfclaves fortent librement, fans autre habit qu'u-
ne piéee d'étoffe, de la longueur d'un pied & de fix ou fcpt pouces de lar-
gour, pour cacher leur principale nudité, mais ornées néanmoins de bracelets,
de pendans d'orcilies & de ceintures de grains de verre. Lorfqu'elles font
mariées, elles portent le pagne.
Les Portugais de Kachao voudraient fc réferver tout le Commerce; mais
comme le Portugal ne leur fournit point allez de marchandifes pour les en-
richir, ils ont la prudence d'entrer en compofition fur cet article. En fau-
vant un peu les apparences, les Etrangers font fürs d'etre bien reçus; & les
Officiers même de la Ville fe prêtent facilement à ces petits artifices. Ainfi
l'on y trouve toûjours quelque Vaifleau l'rançois, Anglois, ou Ilollandois,
qui feint de manquer d'eau, ou d'avoir befoin de quelque autre fecours.
LED ga ets ES EI ES GE D ES EU LS LES ENS E EI ES 251
CHAPITRE IX.
Voyage du Sieur Brue aux Ifles de Biffao ES des Diffagos.
LL. François avoient reconnu les avantages du commerce de Bifjao (a)
avant que de s’y être fait un Etabliffement, Dès les années 1685 &
1686, Lafond, qui avoit fait le voyage de cette Ifle en qualité de Faéteur,
en avoit tiré dix-huit cens Efclaves & près de quatre-cens quintaux de cire.
En 1686 & 1687, Bourguignon s'y étoit procuré fept-cens Efclaves dans
l'efpace de 18 mois; & Lafond n'avoit eu befoin que de trois mois, en
1687 (b), pour en acheter trois cens. Mais ce Commerce étoit tombé
dans la fuite, jufqu'a l'arrivée du Sieur Brue au Sénégal, en 1697. Il n'a-
voit pas trouvé un feul des Agens de fa Compagnie, qui eût été à Biffao par
wrre ou par mer. Cependant il reconnut bientôt que cette [tie méritoit
l'attention d’un Direéteur, & qu'année commune, elle pouvoit fournir ené-
change, pour les marchandifes de l'Europe, quatre-cens Négres, cinq-cens
quintaux de cire, & trois ou quatre-cens quintaux d’yvoire. C'eft à fafitua-
on qu'elle doit ces richeffes. Elle cit au centre de plufieurs autres Des
ort
a) Labat, [qui affecte de donner à tous chez tous les autres, c'eft Bij/ao, qui eft le
lieux d'Afrique des terminaifons Françoi- nom Négre.
“s,] écrit BifJaux. Barbot met Bif/os. Mais, (b) Angl. en 1689. KR. d. E.
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Facilité que
les Portugais y
donnent aux
Etrangers
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Introduéion,
ou motif du
ce Voyage.
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972 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
fort peuplées, & proche de plufieurs rivières navigables , qui fortent du
Continent.
Le preraier deffein de la ee je Françoife étoit de former un Comp
toir dans une petite Ifle, nommée l'fle de Bourbon, à peu de diftance de
celle de Biffao. Mais après l'avoir éxaminée plus foigneufement, Bruce la
trouva trop petite, & fe détermina d'abord pour celle de Bulam, où il fe
ropofa d'établir une Colonie ,
Fine à la Vache, fur la Côte de Saint Domingue, ] Le 10 de Janvier 1699,
il y envoya l'Eléonor le Roye, Vaifleau de la Compagnie, avec les Corvet.
tes, la Mignone & l'Hirondelle, chargées de plufieurs laéteurs, d'un Chape
lain, d'un Ingénieur, d'un Chirurgien , & de quelques Soldats avec leurs
Officiers. Ces trois Bätimens firent heureufement le Voyage, & trouvc
rent l'Ifle inhabitée ; mais le Sieur Cartaing, qui avoit la direétion du pro.
jet, jugea dés la première vûe qu'elle étoit trop grande pour étre défendu:
par le petit nombre d'hommes qu'il avoic fous fes ordres. Il envoya pro:
ofer aufli-côt cette objeétion au Général, qui lui fit dire de former fon Eta-
liffement dans l’Ifle même de Bifao, & d'y prendre pofleflion du Fort des
Portugais, s'ils prenoient le parti de l’abandonner , comme le bruit s'en é.-
toit répandu.
CaRTAING éxécuta une partie de ces ordres. Il fit voile à Biffao. Il y
fut bien reçu du Roi, qui lui préta quelques maifons pour y dépofer fes mar-
chandifes, & qui lui permit d'ouvrir un commerce fort avantageux avec les
Habitans. Mais quelques mois après, on fut extrémement furpris de le voir
arriver à Gorée. Il s'écoit vû forcé d'abandonner fon entreprife par la mort
d'une partie de fes gens, se le trifte état où la maladie avoit réduit les
autres; fans compter les éxaétions du Gouverneur Portugais, qui prétendoit
lever fur les marchandifes Françoifes un droit de dix pour cent. Brue, plus
rempli que jamais de la néceffité de cet Etabliffement, réfolut de fe rendre
lui-même à Biffao ; mais fi bien accompagné, qu'il n'eut rien à redouter des
Portugais & des Négres (c).
IL étoit revenu depuis peu de Kachao & d’Albreda (4) Après avoir em-
ployé jufqu'au 21 de Février 1701 à faire fes préparatifs, il mit à la voile
avec deux Vaiffeaux de la Compagnie, la PrincefJe & lEléonor de Roye; les
deux Corvettes la Mignone & l'Hirondelle; la Sirene, Galiote à bombes; le
Saint-Georges, Brigantin, & la Chrifline, Barque de provitions. Cette petite
Flotte mouilla [ fur les onze heures du matin, vis-à-vis l'Ifle aux Chiens, & }x$
le lendemain prés de la Pointe de Bagnon. Le foir, ayant levé l'ancre avec la
marée, elle continua fa courfe jufqu'au 28. Elle étoit à la vûe de Saint-Mar-
tin, Pointe Oueft-Sud-Oueft de l'Ifle de Biffao (e) , lorfque l'Eléonor avertit,
par un fignal, qu’il paroifloit un Bâtiment. De la Rue, qui commandoit la
Princeffe, entreprit aufli-tôt de lui donner la chafle, & le fuivit en effet au
Sud-Sud-Oueft, vers le Canal qui fépare les Ifles de Kazegut & de Carache.
Mais s'étant fié à fon Pilote, qui croyoit y trouver affez de fond, il échoua
doucement
(ce) Labat, ubi fup. Tom. V. pag. 85. & (e) Labat, dit qu'elle étoit à l'Oucft-Sud-
Juiv. | Oueft d'une des Pointes de l'Ifle de Biflao ,
(à) Aigl, de Kachao à Albreda, R. d. L. appellée Saint-Martin. R, d. E.
comme celle qu'on venoit d'établir dans
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DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv, VI, Cuar, IX, 3-3
doucement für le fable, La même difgrace étoit arrivée au V'aiffeau qu'il pour-
Xffuivoit, [ à deux agrr de canon à leur Avant.]
ÉtLE n'empécha pas le Capitaine François d'armer aufi-tôt fes Chaloupes ;
mais l'autre fe rendit fans réfiftance, C'étoit un Bâtiment Danois, comman-
dé par Louis Batman, François de Dieppe, établi à Sant-Thomas, une des
Îles Vierges. Après avoir affüré cette prife, & remis la Princefle à flot, la
l'lotte F'rançoife alla mouiller, le 4 de Mars, fous la Pointe de Bernafel
dans l'Ifle de Biflao, fix lieuës à l'Oueft du Fort Portugais. La méme nuit,
Brue apperçut des feux en Mer; ce qui lui fit juger qu'il y avoit fur la Côte
d'autres Bitimens d'Interlope. Il découvrit en effet, avec la lumière du jour,
deux Vaifleaux à l'ancre, fous le vent de la Flotte, S'étant avancé pour
les obferver, il les reconnut en moins d'une heure pour des Hollandois, La
Princeffe arbora fon Pavillon, &, portant droit au plus gros, tira un coup
de canon pour le fommer de fe rendre, Mais le Hollandois fit bonne con-
tenance & parut difpofé à fe défendre. Alors de la Rue ceflant de le mé-
nager, lui envoya quelques bordées qui lui ôtérent l'envie de combattre.
Dans le même tems l'Eléonor donnoit la chaffe à l'autre, qui fe défendit vi-
goureufement; mais l'Equipage Hollandois défefpérant à la fin de pouvoir
s'échaper , fe fit échouër volontairement, & fe fauva dans fes Chaloupes.
Les Nigres, qui étoient à bord, profitérent de l'occafñon pour brifer leurs
chaînes. Ils pillèrent même une partie des marchandifes, avec lefquelles ils
agnéèrent la terre en fautant dans la vafe, Il fut impoñlible aux Barques
Frs oifes d'arriver aflez-tôt pour prévenir ce défordre, Elles trouvérent le
Vaifleau abandonné, & le tillac couvert des reftes du pillage. Les Négres
de l'Ile, voyant un Vaiffeau à fec, s'approchèrent avec leurs arcs pour at-
taquer les François; mais la chûce de quelques-uns de leurs compagnons ar-
rêta leur ardeur, & le Batiment fut remis à flot par la première marée.
Le plus confidérable de ces deux Vaifleaux fe nommoit l'Anne , de vingt-deux
piéces de canon. L'autre, nommé /e Peter [ & Fean de Fleñingue ], en a-
voit feize. Les deux Capitaines, Vandernotte & Jacob Kenoque, étoicnt morts
de maladie fur la Côte.
BRUE alla jetter l'ancre, avec fes prifes, fous le Fort Portugais de Biffao.
h ACL,
1701.
I prend 0
V'alfeau Da
HLIER
Et deux Va
feaux [lolla..-
dois,
Quoique la Fle: : Françoife y fût arrivée avec fes pavillons déployés, le Gou- Î
verneur lui fit ., : un coup de canon à bale; ce qui irrita fi vivement De la
Rue, que fans les inftances du Général, il auroit battu fur le champ la Place
avec toute fon arüllerie. Mais Brue lui ayant fait fufpendre fon reffentiment ,
envoya la Mignone, commandée par le Sr, Le Cerf, avec ordre d'entrer dans u-
ne Crique fort proche du l'ort; réfolu de ne garder aucun ménagement avec
les Portugais, s'ils continuoient!: tirer fur cette Corvette ou fur la Flotte. Le
Cerf mouilla fi près du Fort, que le Gouverneur , nommé Dom Rodrigo de Oli-
vera de Alfonça, prit le parti de lui envoyer demander qui il étoit, & de le fai-
re prier de defcendre au rivage. Le Cerf defcendic, & fe laiffa conduire dans
le Fort, où le Gouverneur feignant d'apprendre qu'il étoit François, lui de-
manda fi Cartaing étoit à bord. Sans s'expliquer nettement, Le Cerf répondit
que Cartaing feroit bientôt dans l'Ifle. Alors le Portugais prenant un ton fort
haut, déclara que fi Cartaing paroifloit à Biflao, on le forceroit d’en fortir plus
vite qu'il n’y feroit entré, & que les François ne devoient pas efpérer d'etre
foufferts dans l'Ifle, ni meme d'obtenir la liberté d'y defcendre. La-defus, il
Aaa 3 confeilla
Mauvais ac.
cucil qu'il re-
çoit du l'ort
Portugais,
Brur.
1701.
Id pute au
Gouverneur &
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Ré, nl ‘Q il
fait au Maetlu-
Her du Gou-
vernçur,
I demande
une audience
a l'Émporcur
de l'Ifice,
Marche des
Yrançois en al-
lant à l'Au-
dicnce de
l'Empereur.
VOYAGES PES FRA EN
confeilla au Capitaine de fe retirer, & de faire voile où fes affaires l'appel.
lojent,
Au retour de Le Cerf, & fur le récit des rodomontades Portugaifes, Brue
fie monter Cartaing fur une Barque bien armée, pour aller complimenter de fa
part le Gouverneur, lui faire des plaintes du coup de canon qu'il avoit fait
tirer, & lui déclarer que le Général François du Sénégal étoic venu précifé.
ment dans la vûe de s'établir à Biffio, Cure députation rendic les Portugais
lus modérés, Dom Alfonfe reçut Cartaing fort civilement, & s'excufa fur
iceklens du boulet, Cependant il continua de prétendre que les François ne
pouvoient être reçus duns l'Ile, parce qu'elle étoit comprife dans les limi-
tes de la Compagnie Portugaife en Afrique, & qu'il avoit une définfe ex.
prefle du Roi fon Maître d'y fouffrir l'Établiffement d'aucune autre Nation,
Le foir du méme jour, il envoya fon Alfere, ou fon Enfeigne, au Général,
avec des explications dans la même vûe, & de grandes offres de fervice,
Brue répondit rh étoit fort furpris qu'après avoir rélidé fi long-tems
dans le Pays, il oubliât que les François y avoient exercé le commerce avant
que les Portugais y euffent bâti leur Fort (f); qu'il devoit apprendre à met-
tre de la diftinétion entre la Compagnie Françoife & les Interlopiers, puifque
la Compagnie avoit un droit établi par Lettres Patentes d'éxercer le Comimer-
ce au long des Côtes, depuis le Cap-Blanco jufqu'à Sierra Leona; droit qui
excluoit toutes les autres Nations, comme il pouvoit en juger par les prifes
que la Flotte Françoife venoit de faire à fes yeux; que le meilleur part qu'il
cut à prendre, étoit de bien vivre avec la Compagnie, & de faire fon com-
merce fans apporter d'obftacle à celui d'autrui.
CoumeE il falloit s'attendre qu'il employeroit tout fon crédit auprès de l'Em-
ereur de Biffao , pour empecher l'Etabliffement irançois, us envoya
De laRue & Cartaing à la Cour de ce Prince, pour lui faire demander une
prompte audience. Ils furent reçus fort civilement. L'Empereur promit de fe
rendre dans un jour ou deux à fa Capitale, & de déclibérer avec le Confeil fur
l'Etabliffement que le Général propofoit.
Le 9 de Mars, ce Prince arriva de grand matin dans une maifon qu'il
avoit près du rivage, & fit donner avis de fon arrivée à la Flotte lrançoife.
Bruce fe difpofa auffi-tôt à defcendre. Il entra dans fa Chaloupe au bruit de
toute l'artillerie de fa Flotte. En touchant à terre, fa marche fut ordonnée
avec beaucoup d'appareil. Elle commença par deux Trompettes & deux Haut-
bois. Un Capitaine d'Infanterie, nommé De Segonzac, fuivoit armé du fpon-
ton, à latête de 25 Soldats, avec deux Sergens & deux Tambours. Les Fac-
teurs de la Compagnie marchoient enfuite, deux à deux, devant le Général,
qui avoit à fes côtés les deux principaux Capitaines de la ? lotte. Les autres
Officiers venoient après lui, fuivis des Domeftiques de fa Livrée, & d'un
Corps de Matelots armés. L’artillerie fit une feconde décharge lorfque cette
Troupe fe mit en mouvement. Elle s’avança vers un grand arbre, entre le
Fort Portugais & le Couvent des Francifcains. Là Brue trouva l'Empereur de
Biflao, affis fur un fauteuil. Ce Prince portoit un habit de moire verte, orné
COIS
;
374
de quelques dentelles d'argent, [ fur les tailles & aux manches.] Ses hautes-}2
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DIFFERENTES PARTIES p£ L'AlRIQUE, Lav, VI Onar. IX, 375
chaufles écoient d'une belle écoffe de coton, Il avoir la téte couverte d'un bon-
net de drap rouge, en forme de pain de fucre, & bordé par le bas d'un dou-
ble rang de corde de chanvre, Ce bord de corde eft la marque de fon pouvoir
abfolu fur la liberté de fes Sujets, Quatre de fes femmes étoient aflifes à fes
pieds; & les Seigneurs de fa Cour fe cenoient debout en cercle, mais à quel-
que diftance, Derrière eux, trois Négres d'une taille fort haute, jouoient
Je inftrument qui reffemble à la flute Allemande, Il y avoit quelques fau-
teuils placés vis-à-vis de l'Empereur,
Brus s'étant approché, l'Empereur fe leva pour le recevoir, Ils fe faluè-
rent en fe ferrant plufieurs fois les mains; & l'Empereur répéta chaque fois,
d'un air riant, Vous êtes le bien venu, Lorfqu'ils fe furent aflis tous deux, Bruce
commença fon compliment, qui fut expliqué aufli-tôt par l'Interpréte de la
Compagnie, à genoux entre l'Empereur & le Général. Ilcontenoit en fubs-
tance que la grande répucation de S, M. n'étant pas moins répandue en Eu-
rope qu'en Afrique, la Compagnie qui avoit appris en méme-tems fa bonté
pour les Etrangers, & le foin qu'il prenoit de rendre fon Peuple riche & flo-
riffant (g), par les encouragemens qu'il donnoit au Commerce, fouhaitoit
ardemment & luidemandoit la permillion d'établir un Comptoir dans fes Etats,
& d'y bävir les Magafins néceflures à cette entreprife, avec l'efpérance que
S. M. lui accorderoit tout-à-la-fois fon confentement & fa proteétion (h).
L'EmPereur répondit civilement, qu'il remercioit le Général de fa vifi-
te, & qu'il fouhaitoit de vivre en bonne intelligence avec les François ; mais
u'à l'égard de l'Etabliffement, il ne pouvoir fe déterminer fans avoir confüulté
fes Dieux, en préfence du Gouverneur Portugais, qu'il alloit faire appeller,
Brue jugea que cette réponfe avoit été concertée, car le Gouverneur arriva
kf immédiatement , accompagné de fon Alfere & de fix l'ufiliers Négres, [après
avoir té auparavant à l'Églife de la Paroilfe po: Mire fes devo:ions.] Ce-
pendant il profita de ce court intervaile pour r.hen:er à l'Empereur les
grands avantages qu'il pouvoit tirer de l'ouvertur: du Commerce, fur-tout
yæavec la Compagnie l'rançoife, [Le Prince ccouta ce difcours avec attention,
& parut y prendre plaifir, de mêins que tous ceux qui étoient avec lui.] Le
Gouverneur en arrivant falua Brue, & fit une profonde révérence à l'Empe-
reur, qui le reçut d'un air familier, fans fe lever de fon fauteuil, & qui le
pria de s'afleoir.
ArrÈsun moment de filence, l'Empereur lui dit d’un ton févére: ,, Vous
,, m'avez foutenu que le ‘'eflein des François étoit de bâtir ici, non-feulement un
, qu'une fabl: de ‘otre invention? Le Gouverneur ne pouvant prouver ce
qu'il avoit avancé, demeura quelque tems dans l'embarras. Enfin il répon-
dit que les !rançois ne pouvoient penfer à bâtir un Comptoir fans le forti-
fier d'une mnière qui afurat la confervation de leurs marchandifes; que le
Roi fon Miucre ne le fouffriroit jamais, & qu’une entreprife de cette natu-
re étoit contraire aux ‘Traités du Portugal avec S. M. Imp. & fes lrédécef-
feurs. Brue prit la parole, pour expliquer hautement que ce qu'il demandoit
n'étoit
dre) Labat remarque, pag. 132. que ce la conduite de ce Prince étoit dure &injuite,
compliment dût être fort défagséable aux Affis- (b) Labat, pag. 97. € Juix.
tans qui éprouvoient tous les jours combien
h A V K&,
LOI,
C'rmontes
dl Audience,
Réponfe de
| |, l pK FCuUr
ln haraneue
du Génural,
Fait appel.
ler le Gouver.
# Comptoir, mais er uvre un Fort, M'avez-vous dit la vérité, ou n'eft-ce ncurPortugais
le ménaye
pou.
}, Empereur
confulte fes
Dieux, Ccré-
imonics du Sa»
cree
La réponfe
des Dieux eft
favorable au
Général,
56 VOYAGES DES FRANCOIS EN
n'étoit pas une nouvelle faveur, mais le renouvellement d'une ancienne Al.
lance encre les deux Nations ; que les injuites prétentions des Portugais a-
voient forcé le Sieur Curtaing de fe retirer l'annce d'auparavant ; que la Com
pagnie ne penfoit point à baur un Fort ni méme des Magafins de pierre,
X qu'elle croiroit les marchandifes affez affürées par la proteétion de l'Em-
pereur ; que ce Prince étant le Maître dans fon Ile, pouvoit accorder les
faveurs qu'il jugeoit-à-propos, & n'avoit pas befoin à confüulter des Na-
tions Etrangères, Cette réeponie parut plaire à l'Empereur, I fe leva, & re.
gardant le Gouverneur Portugais d'un air fombre, il lui dit qu'il crouvoit for:
étrange qu'on prétendit lui impofer des loix dans fon Royaume; qu'il feroit
voir s'il écoit le Maître, & qu'il fçavoit comment il devoit traiter ceux qui
entreprendroient de s'oppofer à fes volontés. Enfüuite prenant Brue par
main, il le pria de le fuivre, 1} s'avança vers la Mer avec fes femmes & fes
principaux Courtifans, précédé de fes crois Jouëurs de ilute, Il s'arréta prés
d'un grand arbre, que les Fabitans regardent comine une efpèce de Divini-
té, parce qu'il contient les images de leurs Dieux. ‘Tout le cortége fit un
grand cercle autour de cet arbre, tandis que l'Empereur & fes femmes s'ap-
rochèrent du tronc. Un Prétre des Idoles, vêtu d'un habit de plufieurs cou-
eurs , d'où pendoient quantité de petites fonnettes, préfenta au Monarque
une coupe de calebafle, remplie de vin de Palmier, Ce Prince la reçut fur la
paume de fa main droite, & fes femmes y joignirent aufñi leur main pour la
foûtenir, Tous les Seigneurs, qui purent trouver place, firent la même cho-
fe, & ceux qui n'en purent trouver , foücinrent le coude des autres.
ALOR3s l'Empereur s'adreffant aux Divinités qui eétoient placées dans les
niches de l'arbre, leur répéta la demande du Ciénéral François, & leur
demanda gravement leur avis. Brue avoit peu d'embarras pour la réponfe.
Il avoit pris foin de fe la rendre favorable par les préfens qu'il avoit faits
fecrettement au Prêtre, aux femmes de l'Empereur & à fes principaux Cour-
tifans.
L'EMPEREUR, après avoit arrofé l'arbre d'une partie de la liqueur, &
verfé le refte au pied, donna ordre qu'on amenät un Bœuf, deftiné pour le
Sacrifice. Le Prêtre fe faifit de la Victime, lui coupa la gorge; & recevant
le fang dans la même calebaffe , il la préfenta encore à l'Empereur, qui re-
commença fes afperfions. Enfuite ayant trempé un de fes doigts dans le fang,
il s’approcha du Général, & lui toucha la main; miftère facré, qui empor-
te un ferment d'Alliance perpétuelle. Après toutes ces formalités, il prit Brue
par la main & le reconduifit au premier lieu de l'audience. On s'y aflit. La
mufique cefla , & fut fuivie, pendant quelques momens, d'un profond fi-
lence. Enfin l'Empereur s'adrefTa au Général dans ces termes: ,, Vous êtes
» le bien venu. Vous avez la liberté d'établir ici un Comptoir & des Ma-
» gafins, dans les licux que vous voudrez cnoifir. Je fais une Alliance per-
» petuelle avec vous & votre Nation. Je vous reçois fous ma protcétion;
» & jufqu'à ce que vos maifons foient bâties, je vous précerai les mien-
» nes. Lorfque l'Empereur eut fini ce difcours, fes femines, les Grands,
& tous les fpeétateurs, pouflèrent un cri de joye, auquel les François ré-
ee par une décharge de leur moufqueterie & de tout le canon de leur
‘lotte.
BRUE s'étant levé aufli-tôt rendit graces à l'Empereur de fes boncés, F
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fit apporter les réfens de la Compagnie. C'étoient de fort beaux calicos, de
l'eau-de-vie & d'autres liqueurs, du corail, des verres ardens, des teleco.
pes, des criflaux & plufieurs belles paires de piflolers , avec une épée à
monture d'argent, & le ceinturon brodé, [que le Prince mit à fon côté au mo-
ment méme,] Les femmes de l'Empereur eurent aufli leurs préfens, qui con-
fiftoient en perices galanteries de l'Europe, Toute l'Affemblée fut traitée a:
vec de l'eau-de-vie; ce qui produifit de nouvelles acclamations, En fe reti-
rant, l'Empereur donna plufieurs fois la main au Général, & le fit conduire
jufqu'à fa Barque par fes ouèurs de flute , & par une partie de fes Courti-
fans, Le Gouverneur Portugais, qui avoit quitté l'Affemblée en apprenant
la réponfe de l'Oracle, rejoignit Brue en chemin, & lui fit un compliment
fort froid fur l'avantage qu'il venoit d'obtenir, Brue lui répondit que ce qu'ils
avoient à faire de mieux l'un & l'autre étoit de vivre en amis, jufqu'a ce
que leurs différends fuflent terminés par leurs Supérieurs en Europe, Le Gou-
verneur s'y engagea nettement par fa promelle, Îl prefla même les Officiers
François d'accepter un dîner dans le Fort. Brue ne fit pas difficulté d'y con-
fentir, On l'y reçut avec une décharge de treize canons, Mais il arriva mal-
heureufement qu'une piéce étant chargée à boulet, brifa quelques pierres, qui
bleffèrent le fils du Roi & quelques Scigneurs du Pays. Guoique ce fût le fim-
ple effet du hafard, les Négres en firent un crime aux Portugais, & l'actri-
buèrent au reffentiment de ce qui s'étoit pañlé. Il s'éleva de grands cris, on
courut aux armes, ®& les Flabitans du Canton commençoient à s'affembler.,
Brue envoya Cartaing à l'Empereur pour l'informer de la vérité, & le fup-
plier d'arrêter le défordre. Sa prière eut l'effet qu'il avoit efpéré, Après le
feftin , il fut conduit par le Gouverneur au Couvent des Cordeliers, où il fut
traité avec de nouvelles politelTes.
Le Fort Portugais de Biffao eft peu confidérable, C'eft un quarré d'afez
grande étendue , qui n'a que trois baftions, parce que le quatrième eft de-
meuré imparfait ; rans foflés, fans chemin-couvert & fans paliflades. Les
courtines étoient fort bafles & fort mal entrerenues. L'artillerie confiftoit en
vingt piéces de campagne ; mais il n'y avoit dans l'Arfenal que vingt fufils,
outre ceux de la Garnifon, qui étoit ou qui devoit être compofée de quinze
(à) Gromettes, c'eft-à-dire de quinze Négres gagés. Le Gouverneur, fon Lieu-
tenant & fon Alfere étoient les feuls Blancs. Ils avoient pour Sergent un
vieux Créole noir de S. Jago.
BruE ne perdit pas un moment pour commencer l'édifice du Comptoir.
Tous fes gens furent employés au travail. Il fe fervit des Négres pour couper
le bois de la charpente ; mais au lieu de paille & de feuillage, il couvrit les
toits de fort bonnes tuiles, qu'il avoit apportées pour left. Il fit un grand
cabinet de briques, avec la précaution de les enduire de terre glaife & d'en
blanchir les dehors, pour aller au devant de toutes les défiances des Né-
gres.
L'ouvrace fut preffé avec tant de diligence, que dans l'efpace d'un
mois le Comptoir fut en état , non-feulement de recevoir les marchandifes
(i) Labat les appelle Gourmets; mais Bar font les mêmes qu'on appelle Laptots fur le Sé-
bot, Atkins, &c, s'accordent pour Gromet- négal & la Gambra.
tas, qui eft le nom Portugais. Ces Nègres
I
IIL, Part.
Le Couver.
neur lPortu
gais prend le
p irti de la pos
itelle,
Etat du Fort
de Biflao,
Brue fe hite
de bâtir un
Comptoir,
| 578 VOYAGES DES FRANCOIS E N
naur @& les Faéteurs, mais de fe défendre même en cas d'attaque. On avoit mé.
1701. nagé, autour de la maifon, des embrafures bouchées de terre & blanchics,
Sous prétexte de fe procurer de l'eau pour les Ouvriers & de fe précaution.
ner contre les accidens du feu, on avoit environné le Comptoir d'un foflé
large de fix pieds, fur autant de profondeur, avec une double haye d'épine,
qui en défendoit l'approche, Brue n'avoit pas manqué, tandis qu'on tra.
vailloit aux embrafures , de prodiguer l'eau-de-vie aux Ouvriers Négres,
pour écarter leur attention (K).
ApPrrès l'heureufe éxécution de fon projet, il fe rendit à la maïfon de:
campagne de l'Empereur, qui n'eft pas à plus d'un quart de licuë du Fort
Portugais. Le grand nombre de fes cabanes lui donne l'apparence d'un petit
Village. [Il eft enfermé dans un enclos de paille, fi bien ajuftée, qu’elle paroit dey#
loin comme un mur.] La première porte étoit gardée par vingt-cinq ou trenteNc.
Palais de gres, armés de fabres, d'arcs & de fléches. On entre dans un labyrinte de bana-
“Empereur deniers, entremêlé de cabanes fort propres, qui font la demeure des Fenmes,
a dé . des Enfans, & des Efclaves domeftiques. Au centre eft une grande place,
au milieu de laquelle eft un oranger d'une fi prodigieufe groffeur, qu'il cou-
vre toute la place de fes branches. Brue trouva l'Empereur affis fous ect
arbre, avec une douzaine de fes femmes & de fes enfans. Il étoit en dc-
fhabillé. Un pagne faifoit toute fa parure; mais il avoit fon diadème fur la
tête, c'eft-a-dire, le bonnet bordé de corde, [ Les Princefles fes filles avoienty<
les Cheveux affez ras, & coupés en fleurs d'une manière fort propre. ] A.
prés avoir fait donner au Général & à fes Officiers des chaifes de hois, tel-
is que la fisnne , il fe fervit de la Langue Portugaife, qu'il parloit fort bien,
& que Brue entendoit parfaitement. Ses difcours furent civils. 11 préfenta du
vin de palmier à la Compagnie. il but à la fanté du Général. On apporta
des pipes, & la converfation dura trois heures (7).
Son habileté
duns cet di-
nFik) Labat, prg. 109. € Juiv. Voyezauf- (1) Zhid. pag. 121, € fuir.
Dig 215.
ç IL
Dejcription de l'Ifle de Biffao & des ufages du Pays.
Grnseur de A circonférence de cette Ifle eft de trente-cinq ou quarante licuës. Sa
js perfpeétive eft d'autant plus agréable de la Mer, qu'elle s’éleve infenfi-
blement jufqu'au centre, où l'on découvre plufieurs hauteurs, qui font moins
des montagnes que des collines, entre lefquelles il fe trouve des vailées &
des fources d'eau affez fortes pour former des rivières, qui vont fe perdre
Sa beaut & dans l'Océan après avoir fertilifé toutes les parties de l'Ifle. Auñi eft-elle
is fécondité, entièrement cultivée, avec un mélange de petits bois de Palmiers (4),
qui fervent d’abris contre la chaleur. Les Orangers y font en abondance , a-
vec les autres efpèces d'arbres qui font propres au climat [& particulièrement 5:
les Mangles. ] Il y a peu de cabanes qui ne foient environnées de Bananiers , j£>
de Guaviers | de Citronniers & d'autres arbres. ] "
(a) Anpel, de: Polons ou Fromagers. KR, d. E.
LS P, © ‘ œ
voit mé.
anchics,
Caution-
un foflé
d'épine,
On tra-
Négres ,
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(2)
DIFFERENTES PARTIES px L'AMRIQUE Liv. VI. Cuar, IX, 979
Le terroir eft fi riche & fi fécond, qu'à la grandeur du ris & du maïz, Buvs
on les prendroit pour des arbuftes. Il s'y trouve, avec le maïz des deux ef 1701.
péces, un autre forte de grain qui lui relflemble. 11 eft blanc, & fe réduit
aifément en farine, que les Habitans mélent avec du beurre ou de la graifle,
pour en faire une pâte qu'ils nomment fonde. Le maïz ne leur fere pas, Alimens des
comme au Sénégal, à faire du pain où du kuskus. ls le mangent grillé, Mluires,
Cependant les plus curieux en forment quelquefois des güterux, nommés 44e
tangos , de l'épaiffeur d'un doigt, & les font cuire dans des cercle: de terre,
comme la caflave en Amérique. Cetce forte de pâtiflérie excite l'appétit,
fur-tout lorfqu'on la mange fraîche, avec du beurre. Ils préparent le ris
avec du beurre, ou fous la volaille, Les femmes du Roi en firent manver à
Brue, qu'il trouva délicieux. ÿ
Les Bœufs & les Vaches font d’une groffeur extraordinaire dans l'Ifle de
Biffao, & fe vendent aflez cher, Mais le lait & le vin de palmier fontenfi
grande abondance qu'ils ne peuvent être à meilleur marché, de même que
les bananes, les guaves & les autres fruits. I/Ifle eft fi remplie de Bana-
niers, qu'une de fes parties en a tiré fon nom. Les Portugais y ont planté
du Manioc, dont ils faifoient d'aufli bonne farine qu'au Bréfil. On ne re-
marque pas ue les Négres en prennent le goût, apparemment parce que
leur parefle leur fait craindre la peine de le préparer. Cependant il s'en
trouve quelques-uns qui le cultivent; mais ce n'eit pas pour en faire de la
caflave ni de la farine. Ils le mangent grillé fur les charbons, ce qui le pur
ge de fon jus, qui pañle pour nuilibie. Les patates & les ignames font une
grande partie de leur nourriture. Ils ont une grande quantité de Chèvres
grafles à courtes jambes ; mais ils manquent de Moutons & de Chevaux. On L'ile n'apas
prétend même que les Chevaux meurent auffi-tôt qu'ils ont goûté de l'herbe ae Ride
de l'Ifle. On n’y voit pas de Porcs. Les Portugais & les Négres paroïffent bi
les méprifer également, fans qu'on puiffe foupçonner ceux-ci d'être arrêtés
par des fcrupules de: religion, puifqu'ils ne font ni Juifs ni Mahométans ;
mais que faut-il penfer des premicrs (b,? Leurs Vaches leur fervent de
monture au lieu de Chevaux. On leur fait un trou dans les narines, par
lequel on pafle une corde qui leur fert de bride; & fi leur pas n'eft pas fort
vite, il eft extrêmement doux. ; |
Les Habitans demeurent dans des cabanes difperfées; car, excepté deux . Logemens
petits Villages qui fe font formés autour de l’Eglife paroifliale & du Couvent 5 niulaires,
des Portugais, il n'y a rien dans l'Ifle qui ait l'apparence d’une habitation
régulière. Le Couvent & fa Chapelle ont un grand air de pauvreté; mais
ils étoient entretenus proprement. La Paroiffe, qui eft entre le Fort & le
Couvent, regarde la Mer , & n’eft pas mieux bâtie que les maifons des Por-
tugais qui font de terre blanchie & convertes de paille. Elle a deux ou
trois petites.cloches, mais ff peu de revenu qu'il ne peut füuflire à l'entre-
üen de fes Miniftres. Les Paroiffiens font environ cent cinquanre Négres
& quatre-cens femmes, qui fe difent Portugais, quoiqu'ils foient auffi noirs Négrefe blan.
que des Corbeaux. Bruce vit à Biflao une Négreile blanche, née d'un père ch.
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——- (2) Labat eft très promt à décider que ces pauvres Portugais Négres font des Juifs,
Le ‘nu : B b b 2
339 VOYAGES DES FRANÇOIS EN D
& d'une mère noirs. Elle fut mariée à un Négre, dont elle eut des en. IL
fans aufli noirs que leur père. . civiles
L'Isce de Biflao eft fort peuplée, & le feroit beaucoup plus fi elle n'é- fion p
toit expofée aux incurfions des Négres Biafaras, Balantes, Biffagos, quiin- fins,
feftent fouvent fes Côtes. Les Biafaras vendent une partie de leurs Pri. tinuel
fonniers aux Blancs, & facrifient le refte à leur Divinité, qui fe nomme envirc
China {c). vec le
Les Habitans de Biffao font Papels. Cette Nation occupe une partie des bares.
Ifles & des Côtes voifines, fur-tout au Sud de Kachao, Elle eft mal difpofée valles
pr les Portugais, quoiqu’elle ait emprunté un grand nombre de leurs ufages. trouv'
es femmes des Papels ne portent pour habillement qu'un pagne de coton,
Tabillement avec des bracelets de verre ou de corail. Les filles font entièrement nues. Si
des Infulaires, Jeur naiffance eft diftinguée, elles ont le corps régulièrement marqué de fleurs
& d'autres figures, ce qui fait paroître leur peau comme une piéce de fatin
travaillé. Les Princefles filles de l'Empereur de Biffao étoient couvertes de
ces marques, fans autre parure que des bracelets de corail, &un petit tablier Flotte
de coton. çoit :
L'HABILLEMENT des Seigneurs eft peu différent de celui des conditions TEUr ]
inférieures. C’eft une peau de Chèvre pañlée entre les jambes, qui leur cou- Dieu
vre le derrière & le devant du corps. (d) Ils portent à la main un fabre nud, ne fe
& deux groffes bagues de fer, qui ont, au lieu de pierre, une petite plaque de bc
du même métal dont ils fe fervent comme de caftagnetes. L'une eft au pou- point
Caftagnetes ce & l’autre au doigt du milieu. En les frappant l’une contre l'autre, ils ex- VESE
priment mille chofes qui ne peuvent être entendues de ceux qui ignorent cet- ennel
te méthode. Les Négres de Biffao font excellens Mariniers, & pafñlent pour quel
e
qui forment
un langage,
les plus habiles Rameurs de toute la Côte. Ils employent au lieu de rames, de
petites pelles de bois, qu'ils nomment pagales; & le mouvement qu'ils font les 1
pour s’en fervir produit une forte de mufique, avec un faux-bourdon, qui On fi
n'eft pas fans harmonie. Ils ont un langage qui eft propre aux Papels, comme & le
ils ont des ufages qui leur font particuliers. Le Commerce n’a pas fervi peu. dre
à les civilifer. Ils font Idolâtres; mais leurs idées de religion font fi confu- 418
fes, qu’il n'eft pas aifé (e ) de les démêler. Leur principale Idole eft une pe- entr
tite figure qu'ils appellent China, dont ils ne peuvent expliquer la nature ni rene
Religion de l'origine. Chacun d’ailleurs fe fait une Divinité füuivant fon caprice. Ils regar- ang
‘Me, dent certains arbres confacrés, finon comme des Dieux, du moins comme à fa
l'habitation de quelque Dieu. Ils leur facrifientdes Chiens, des Cocqs & des l'exp
Bœufs, qu'ils engraiflent & qu'ils lavent avec beaucoup de foin avant que de ls
les faire fervir de viétimes. Après les avoir égorgés, ils arrofent de leur fang ufag
les branches & le pied de l’arbre. Enfüite ils les coupent en piéces, dont de 14
l'Empereur, les Grands & le Peuple ont chacun leur partie, Il n’en refte à kpleur
la Divinité que les cornes, qu’on attache au tronc de l'arbre jufqu’à cequ’el- d il
les tombent d'elles-mémes (f). _
IL. des
fe,
c7(c) Libit, Tom. V. pag. 118. € Juiv. (e) L'Auteur a dit ci-deffus qu’ils adorent
Voyez auffi pag. 139. particulièrement les Bois & les arbres.
(4) Barbot dit que c'eft une peau d'Agneau gÿ(f) Labat,‘pag. 121. € /uiv. Voyez auf
préparée & peinte en rouge. Defcription de la: pag. 74 & 13%
Guincc, pag. 88,
des en-
Ile n'é-
, quiin-
urs Pri-
nomme
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nues. Si
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Ils regar-
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es, dont
1 refte à
icequ'el-
IL.
’ils adorent
bres.
Voyez auf
DIFFERENTES PARTIES ne L'AFRIQUE, Liv. VI, Cnar. IX. 58
IL ne paroît pas que l'ffle de Biffao ait jamais été troublée par des guerres
. civiles ; preuve aflez honorable de l'humanité des Habitans & de leur foûmis-
fion pour leur Prince, Cependant ils font fans ceffe en guerre avec leurs Voi-
fins, qu'ils troublent, comme ils en font troublés, par des incurlions con-
tinuelles. Les Biafaras, les BifJagos, les Balantes, & les Nalus &g), quiles
environnent de toutes parts, font des Nations fort braves, qui £ battent a-
vec la dernière furie. Les Traités de paix n'étant pas connus entre ces Bar-
bares, il n’y a jamais beaucoup de correfpondance entre eux dans les inter-
valles mêmes de repos. Loin de leur offrir leur médiation, les Européens
trouvent leur intérêt à les voir fouvent aux mains, parce que la guerre aug-
mente le nombre des Efclaves (h). Mais ordinairement les incurfions, À
part ou d'autre, ne durent pas plus de cinq ou fix jours.
Lorsque l'Empereur prend la réfolution de porter la guerre chez fes
Voifins , il fait fonner le bonbalon, qui eft une forte de tocfin; & ce fignal
raffemble en certains lieux les Officiers & les Soldats. Ils y trouvent la
Flotte Royale, qui eft ordinairement de trente Canots. Chaque Canot re-
çoit vingt hommes, dont le Commandant répond. Il eft rare que l'Empe-
reur prenne lui-même la conduite de ces expéditions ; mais il confüulte fes
Dieux avant l’entreprife par le facrifice de plufieurs viétimes, dont la chair
ne fe partage qu'entre lui, les Prêtres & fon armée. Comme les Divinités
de bois font toûjours dans les intérêts du Prince, la réponfe ne manque
point de lui être favorable, Alors les Troupes s’embarquent avec une vi-
ve confiance, & la courfe eft tellement réglée qu'elles arrivent fur leterrain
ennemi pendant les ténébres. Elles débarquent fans bruit. S'il fe trouve
uelque cabane écartée & fans défenfe, elles l'environnent, la furprennent;
& fe faififfant des Habitans & des effets, elles fe rembarquent aufli-tôt, Si
les Habitations font capables de fe défendre, l'attaque n’eft pas fi brufque,
On fe met en embufcade du côté de quelque rivière ou de quelque fontaine,
& l’on cherche l'occafion d'enlever furtivement quelque ennemi. Au moin-
dre avantage de cette nature, on s’attribue la viétoire, & l’on retourne en
triomphe. La moitié du butin appartient à l'Empereur. Le refte fe divife
entre ceux qui l’ont enlevé. Tous les Efclaves font vendus aux Européens,
à moins que dans le nombre il ne fe trouve quelque Négre d'un rang dis-
tingué, qui eft ordinairement racheté par fa famille ou fes amis, en donnant
à fa place deux autres Efclaves ou cinq ou fix Bœufs. Les Guerriers de
l'expédition font parade de leurs avantages dans toutes les parties de l’Ifle.
Ils montrent leurs bleflures. Ils fe font fuivre de leurs Prifonniers. Leur
ufage n’eft pas de les maltraiter, comme dans le Nord de l'Amérique; mais
de les accabler de reproches, & de les forcer à chanter les louanges de
xéleurs Vainqueurs. [On leur fait des préfens de pagnes, & d’autres chofes
qu'ils vendent aufli-tôt pour avoir du vin de Palme, & faire la débauche. ]
C’eft une efpèce d’Ovation qu'ils appellent Cavalarze ; nom tiré apparemment
des Portugais. Mais s’il arrive au contraire que l’entreprife foit malheureu-
fe, les Prifonniers courent grand rifque d’être facrifiés; fur-tout lorfqu’on a
perdu
(g) La Carte del'Afrique Françoife par De (b) Cette conduite. des Européens, qui
life les appelie Anallus. RATES les nom- font négoce d’Efclaves , eft très criminelle,
ment Maloux & Analloux.
Bbb 3
BruEe,
1701,
Nations voi-
fincs & leurs
guerres.
Manière dont
laguerre fe
fait entre ces
Barbares,
Leurs triom-
hes & les
Hétu
qu'ils rendent
aux morts,
Pouvoir def:
Pense. de
J Empereur.
Fxemples.
Uiñges bär-
bares à la
mort des Rois
de Bifio.
382 VOYAGES DES FRANCOIS EN
perdu quelque perfonne riche ou d'une famille puiflante. Ceux qui périfent
dans ces occafons, reçoiventdes honneurs publics, par des chants, & des
danfes au fon du tambour. Les femmes, qui font les principales aétrices de
la pompe funèbre, expriment leur douleur d'une manière qui infpire la
compailion. Elles s'arrachent les cheveux, elles fe déchirent la peau, &
leurs cris ne peuvent étre repréfentés. Lorfqu'elles font fatiguées d'un fi
rude éxercice, on leur donne du vin de Palmier en abondance, Ce ra.
fraîchiffement les met en état de recommencer la fcene, & leur four-
nit une nouvelle fource de larmes , jufqu'à ce que le corps ait reçu la fépul.
ture (i).
L'EmPereur de Bifluo jouit d'une autorité fort defpotique. Il a trou.
vé une voye fortétrange pour s'enrichir aux Pape de fes Sujets, fans qu'il
luien coûte jamais rien (&). C’eft d'accepter la donation qu'un Négre lui fit
dela maifon de fon voifin. Ilen prend aufli-tôt poffeffion, & le Propriétaire {e
trouve dans la néceflité de la racheter ou d'en bâtir une autre. A la vérité, le
moyen de fe venger eft facile, en jouant le même tour à celui de qui on l’a reçu.
Mais l'Empereur n'y peut rien perdre , puifqu'ilne hazarde que de gagner deux
maifons pour une. Ce pouvoir arbitraire s'étend fur tous ceux qui habitent
dans l’Ifle. Un jour , l'Empereur de Bifao avoit confié à la garde des Por-
tugais, un Efclave qui fe pendit. C'étoit lui, naturellement, qui devoit fup-
ETES cette perte. Mais il ordonna que le cadavre fût laiffé dans le même
ieu, jufqu'à ce que les Portugais lui fourniffent un autre Efclave, Le défa-
grément de voir pourrir un corps devant leurs yeux, leur fit prendre le par-
ti d'obéir, Dans une autre occafion, deux Efclaves qu'il avoit vendus s’écha-
pèrent de leurs chaînes, & furent repris par fes Soldats. L'équité fembloit
demander qu'ils fuffent reftitués à leur Maître. Mais l'Empereur déclara
u’ils étoient à lui, puifqu'ils s’étoient remis en liberté, & les revendit fans
crupule à d’autres Marchands. Le Sieur de la Fond, Agent de la Compa-
gnie Françoife, s’étoit procuré un Négre qui jouoit exceilemment d’un Ins-
trument du Pays, nommé Lalafv. L'Empereur, qui énténdit louër le talent
de cet Efclave, fouhaita de l'acheter ; l'Agent, pour l'intérêt de fa Com-
pagnie, confentit à le vendre. Mais le Négre s'étant échapé de la maifon
de l'Empereur, retourna fur le Vaifleau de la Fond, qui lui demanda avec
furprife pourquoi il avoit abandonné fon Maître. L’Efclave répondic que l’u-
fage de la Cour étoit de tuer les Muficiens à la mort du Prince, pour l'ac-
compagner & le réjouir dans l’autre monde ; & que les Blancs n'ayant pas
cette cruelle coutume, il préféroit leur efclavage à celui de l'Empereur.
Cependanc il fut reclamé par ce Maître impérieux, qui ne craignit pas de
démentir fon propre éxemple ; & l'Agent François n'ôfa refufer de payer le
prix de l'Efclave.
A la mort des Empereurs de Bifao, les femmes qu'ils ont aimées le plus
tendrement & leurs Efclaves les plus familiers font condamnés à perdre la
vie, & reçoivent la fépulture près de leur Maître, pour le fervir dans un
autre monde. [Après cela on met le Corps’ du Prince dans une biere faite de x#
rofeaux,
Ifmaë', qui vendoit les grands Scigneurs de
(5) Labat, Tom. V. pag. 133. €? Juiv.
fa Cour les uns aux: autres.
AJ k) Cec Empereur paroit être aufli defpo-
tique que le dernier Prince de Maroc, Muley
J
rofeau:
tent en
fauter
ce qu'a
les Gra
qui fe |
Mais
le.] L
mort. .
qu'un
détruir
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EN];
lice de:
de tron
double
martcal
licuës.
l'intéric
le figna
tons; d
re de le
clavage
l'Empe
trouver
Aul
d'Empe
tendent
confirm
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nipire la
peau, &
ss d'un fi
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ur four-
la fépul-
la trou.
fans qu'il
e lui fait
iétaire fe
érité, le
l'a reçu.
ner deux
habitent
des Por-
voit fup-
le méme
Le défa-
re le par-
s s’écha-
fembloit
déclara
ndit fans
Compa-
d’un Ins-
e talent
fa Com-
. maifon
da avec
que l’u-
ur l'ac-
yant pas
npereur.
pas de
ayer le
le plus
rdre la
Jans un
faite de cé
ofeaux,
neurs de
DIFFERENTES PARTIES or L'APRIQUE, Liv, VI. Curar. IX, 383
rofeaux , très proprement treflés, & quatre des principaux Seigneurs le por-
tent en cérémonie, au lieu de la flpulturs, Quand ils y font arrivés, ils font
fauter la bicre en l'air, & la retiennent fans la laiffer comber à terre, jufqu'à
ce qu'après lui avoir fait faire plulieurs fauts, ils la laiffent enfin tomber fur
les Grands qui font profternés aux environs du lieu de la fépulture, & celui
qui fe trouve accablé fous ce poids, eft fur le champ reconnu pour Roi.
Mais cette éleétion ne peut Cire limitée entre ceux qui font de la famille roya-
le] L'ufage étoit autrefois d'enterrer des Efclaves vivans avec le Monarque
mort. Mais il paroît que cette coutume cit abolie, Le dernier Roi n'eut
qu'un Efclave enterré avec lui; & celui qui régne à préfent paroît difpofé à
détruire entièrement une Loi fi barbare. Un Seigneur du Pays avoit donné
ordre en mourant qu'on enterrät près de lui trois jeunes filles, qu'il avoit
choifies pour cet affreux facrifice. L'Empereur les vendit, & donna l'argent
aux héritiers du mort (7).
EN parlant de la guerre, on a nommé le tocfin qui fert à raffembler la mi-
lice des Négres. Il porte dans cette Ifle le nom de bunbalon. C'eft une forte
de trompette marine, mais fans corde, avec beaucoup plus de groffeur & le
double de la longueur. Elle et d'un bois léger. On frappe deflus avec un
marteau de bois dur, & l'on prétend que le bruit fe fait entendre de quatre
licuës. L'Empereur a plufieurs de ces inftrumens au long des Côtes & dans
l'intérieur de l'Ifle, avec une Garde pour chacun ; & lorfque le fien a donné
le fignal, les autres répétent autant de fois les mêmes coups & fur les mêmes
tons; de forte que fes volontés font connues, en un moment, par la maniè-
re de les communiquer. Si quelqu'un refufe d'obéir, il eft vendu pour l'Ef-
clavage, Ce châtiment politique itient tout le monde dans la foûmiflion ; &
l'Empereur , pour qui la défobciflance eft utile, fe plaint quelquefois de
trouver fes Sujets trop ardens à le fervir.
A v lieu de ja qualité de Roi, la plûpart des Ecrivains lui donnent celle
d'Empereur, parce que l'Ifle étant divifée en huit ou neuf Provinces, ils pré-
rendent que le titre des Gouverneurs répond à celui de Rois. [Mais pour
confirmer cette remarque, il auroit fallu nous apprendre quels titres ils por-
tent en effet dans la Langue du Pays, & ce qu'ilsfignifient dans les Langues
de l'Europe.]
«r(1) Labat conclud de-là que ce Prince Ctoient Mahométans, la chofe feroit prefque
pourroit être aifément converti; d'autant pius impoñlible: mais la facilité qu'on auroit à les
que ces Peuples font idolätres, & au'ilsn'ont convertir, ne viendroit-elle point de ce qu'ils
aucun culte fixe & réglé; car ajoute-til, s'ils adorent les Images ?
ç III.
Voyage dans l'Ifle de Bulam.
ANDIS que le Comptoir fe formoit à Biffao, Brue entreprit de vifiter
l'Ifle de Bulam, où fon premier deffein avoit été d'établir une Colo-
nie. La grandeur de l'Ifle l’avoit fait renoncer à ce projet; mais il lui reftoit
des impreflions avantageufes du Pays, & quelque efpérance d'en tirer del'a-
vantage pour les intérêts de la Compagnie. Dans cette vûe, il prit deux Bar-
ques, montées par les Laptots de Gorée, & par quelques Papels qui avoient
Tocfin milis
taire nommé
Bonbalon,
Le Roi de
Biffao quali-
fié d'Empe-
reur, & pour-
quoi.
Motifs de ce
voyage,
traverfé.
Bruz,
1701.
Ifles des Sor:
ciers & de
Bourbon,
lile F'ormofa,
Obfervation
fur les Dé.
croits de ces
Jiles,
Dangers de
la plüpart des
Biafaras.
Bons ancra-
ses autour de
Bulam.
Contrariété
des marées &
des courans.
334 VOYAGES DES FRANCOIS EN
traverfé les Détroits dans leurs expéditions, avec deux Pilotes François qu'à
fe propofoit de laiffer à Biffao après fon départ, pour éxaminer les Côtes &
poufler le Commerce.
IL mit à la voile entre l'Ile des Sorciers & celle de Bourbon, portant au
Sud, pour doubler la Pointe de l'Ifle Formofa. Les apparences de celle-ci
répondent fort bien à fon nom. Elle eft couveîte de grands arbres, excepté
fur les Côtes, qui font baffes & qui ne préfentent que des arbrifleaux (a),
Le terroir paroît uni & fertile; mais il manque d'eau fraîche, & c'eft ap-
paremment ce qui le rend défert, Brue fe fentoit beaucoup de penchant à
defcendre au rivage, pour ‘obferver un fi beau Pays. Quelques raifons lui
firent remettre ce deffein à d’autres tems. Il remarqua feulement que la lon.
gueur de l'Ifle eft d'environ deux lieuës, fur une de largeur, On en compte
cinq depuis la Pointe Sud-Eft de Biffao jufqu'à la Pointe Nord-Eft de l'Ifle
Formofa,
EN doublant cette Pointe, on entre dans le bras d'une grande rivière, qui
fépare la Péninfule de Biafaras de l'Ifle de Bulam. L'entrée de ce Canal peut
avoir une bonne lieuë de largeur. Ses rives font hautes, & la Mer y bat 4.
vec affez de violence, à proportion de la force des marées. Comme le def.
fein du Général étoit de reconnoître foigneufement tous ces paffages, il a-
vançoit la fonde à la main. Entre la Pointe Oueft de la Péninfule de Biafaras
& la Pointe Eft de l'Ifle Formofa, il trouva depuis deux & trois jufqu'à fept
brafles, & qu'il eft néceffaire de fuivre le milieu du Canal pour éviter les
bancs qui le refferrent beaucoup, jufqu'à ce qu'on foit arrivé à la pointe Nord-
Eft de l'Ifle de Bulam.
EN fondant, avec trop peu d'attention pour le refte, les deux Barques c-
chouërent vis-à-vis l'une de l’autre. Le reflux, qui eft d'une extrême rapi-
dité dans le Canal, les laiffa fi vite à fec , qu'on n'eût pas d'autre parti à pren-
dre que d'y faire la garde, en attendant le retour de la marée. Î eft dange-
reux de demeurer expofé aux Négres de Biafaras. Leur avidité pour le bu-
tin les rend attentifs à tous les Bâtimens qui s’approchent de leur Côte, &
rarement manquent-ils de les infulter. Ils attachent à leurs pieds, dans ces oc-
cafions, des femelles d'écorce d'arbre, longues de deux pieds & larges de fept
ou huit pouces, avec lefquelles ils marchent fur la vafe fans enfoncer; à peu
près comme les Sauvages du Canada font pour marcher fur la neige. Quoi-
que les deux Barques fuffent trop bien armées pour craindre des Ennemis fi mé-
prifables, l’Equipage demeura fous les armes jufqu'à l'arrivée des flots.
EN doublant la Pointe Nord-Eft de Bulam, on trouve une (rique large
d’une lieuë, & d'environ la même profondeur, au milieu de laquelle il y a
toûjours trois ou quatre brafles d’eau, & dont les bords font couverts d'ar-
brifleaux (b). Dans le mauvais tems, c’eft une fort bonne retraite pour les
petits Vaifleaux. De cette petite Baye jufqu’à la Pointe Sud, le mouillage eft
für & commode au long de la Côte, pour les plus grands Bâtimens. Mais il
faut connoître la nature des marées, [ & les avantages ou défavantages qu'el-k
les peuvent produire.] Brue en fentit la néceflité par fon expérience; car à
peine eut-il gagné la Pointe Eft, que la même marée qui l'y avoit noix +
ui
(a) Angl. des Mangles. R. d. E. (b) Aigl. de Mangles, R. d. E,
çois qu'f
Côtes &
ortant au
e celle-ci
» CXCepté
aux (4),
c'eft ap-
nchant à
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y bat 4.
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1e, Quoi-
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lots.
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Ce; Car à
t conduite
lui
E.
DIFFERENTES. PARTIES pe 2'AFRIQUE, Liv. VI. Car, IX. 385
Jui devenant contraire, produifit le même effet que le reflux. 11 n'eut pas
d'autre reffource que de gagner aufli-tôt le rivage, & d'amarrer contre les ar.
bres, à l'éxemple d'un Canot de Biffagos, qui fe trouvoit dans le même cas.
Il paffa la nuit dans ce lieu, Ses tentes n'empéchèrent pas qu'il n'y fût forc
mouillé, & qu'il n'eût beaucoup à fouffrir d'un violent ouragan, accompa-
gné de tonnerre & de pluye; outre l'irrégularité des Courans, qui lui firent
craindre d'être enlevé de deffus fes ancres, & de fe brifer fur la Côte, L'obf:
curité d'ailleurs étoit fi épaifle, que les objets les plus proches ne pouvant
être diftingués qu'à la lueur des feux, il n'étoit pas poflible de fe hazarder en
Mer. Le Le uivant ramena un tems plus tranquille, Les Biffagos, qui
avoient palté la nuit fur le rivage, avec beaucoup d'inquiétude pour leur Ca-
not, s’approchèrent des Barques Françoifes après les avoir long-tems obfer-
vées. Brue les y encouragea par des fignes d'amitié, & leur fit parler par fes
Interprétes, Il en vint trois à bord, qui furent traités civilement. On les fit
boire. On leur offrit quelques petits préfens, Enfin tous les autres s'avancè-
rent, au nombre de quinze.
Brues leur ayant déclaré le deffein qu'il avoit de traverfer l'Ifle, & de
chafler en chemin, ils s'offrirent voluntairement à lui fervir de Guides, Il en
prit fept, & laiffa le refte dans fes Barques, fous prétexte d'affifter fes gens;
mais en effet pour lui fervir d'ôtages pendant fa courfe. Après avoir doublé
la Pointe Eft de Bulam, il découvrit une belle rivière, de la largeur d'une
lieuë, & d'une profondeur à recevoir les plus gros Vaifeaux. Ce fut-là qu'il
reconnut la pt « de cette contrariété qui l'avoit furpris dans les marées &
les courans. Le Canal, ou la rivière, qui eft entre 1 Lile de Bulam & la Pénin-
fule de Biafaras, fait partie de la grande rivière, nommée Rio Grande, qui fe
divife en deux bras à la Pointe Sud-Eft de Bulam. Il arrive de-là que la ma-
rée entrant par deux ouvertures, les flots du Canal du Sud, qui vont impé-
tueufement à l'Eft, forcent ceux du Canal du Nord, qui eft plus étroit &
plus creux (c) que l'autre, à retourner fur eux-mêmes, & forment des Cou-
rans rapides & incertains, qui obligent de jetter l'ancre pour ne pas perdre,
par le reflux, ce qu'on a gagné à la faveur de la marée (a ).
Depuis la Pointe Nord-Eft de Bulam jufqu'au Sud-Eit, l’ancrage eft ex-
cellent, entre douze & vingt brafles d'un très-bon fond. La Côte eft unie,
& couverte de grands arbres. Les terres intérieures font cultivées en plu-
fieurs endroits, & préfentent une perfpeétive agréable. Ses gros ruifleaux
fe déchargent dans la Baye, qui eft large d'environ deux lieuës. Elle forme
un Port très-commode pour toutes fortes de Vaiffeaux.
Dans la Péninfule de Biafaras, à l'oppofite du lieu où les Barques Fran-
çoifes avoient jetté l'ancre, on trouve trois fources d’eau fraîche qu’on a
nommées les Trois Fontaines. La rivière en eft éloignéé d’une lieuë.
Brue laiflant fes deux Barques amarrées avec le Canot des Biffagos, def-
cendit au rivage, accompagné de dix-huit Blancs, de douze Laptots, & de
plufieurs Négres armés, fans compter les fept Biffagos. Il laiffa un Officier
avec le refte de fes gens, pour garder les deux Barques, & tenir l'œil ouvert
fur le Canot & für les huit hommes qui y étoient reltés. Aprés avoir À at-on
l'efpace
c) Angl. & moins profond. R, d. #.
o«(d) Labat, Afrique Occidentale, Tom, V.
III. Part. Ccc
pag. 141. €? fuir.
Rencontre
d: quinze Bif
1ag0s,
Explication
des Courans,
Les Troisl'on-
taines.
Bruc defcend
dans 1 ifle de
Bulam,
586 VOYAGES DES FRANÇOISEN
prur l'efpace de lix cens pas, & s'être dégagé des Bois qui bordent la Côte, il
1701. trouva un Pays fort agréable, qui paroifloit avoir été habité, & qui eft en-
core cultivé tous les ans par trois où quatre cens Biffagos, qui viennent y fe-
mer leur ris, leur maïz & leurs légumes, & qui fe retirent dans leur ays
après la moiffon. Le cerrain s'éleve infènfiblement jufqu'au pied de uelques
ollines, qui fervent comme de bafe à des montagnes plus élevées, Mais les
lus hautes ne font ni efcarpées ni ftériles. Elles font couvertes de grands ar-
res, Les côtés font capables de culture; & l'on voit fortir, des fréquentes Val.
lées qui les féparent, quantité de petits ruiffeaux, qui, fuivant le témoigna-
ge des Biflagos, ne täriflent jamais dans les plus grandes chaleurs.
Sa fertilité Le terroir eft gras, riche & profond, autant qu'on en peut juger par li
hauteur des arbres qu'il produit, Il s'y trouve des Plralere de toutes les efpi-
ces. On y voit aufli des chênes verds, les uns droits, d'autres tortus, qui
paroiffent très-propres aux édifices; & des poiriers de la même efpèce que
dans les Ifes de l'Amérique. Le bois en eft fort bon pour toutes forces d'ufa-
ges, pourvû qu'on apporte un peu de foin à le garantir de certains infeétes
qui l’altèrent beaucoup. Lee Infeétes font des fourmis blanches, connues auxX#
[les de l'Amérique fous le nom de pus de bois.] Le rivage offre une pierre
grife d'un beau grain, [& des moïlons, tant qu'on veut.] Toutes les riviè-y#»
Defeription
de cette lfle,
res ont du fable fort net; & la Mer jette fur les Côtes une fi grande quanti-
té d'Huîtres & d'autres coquillages, qu'on ne fçauroit manquer de ciment (e ).
La Pointe Sud de l'Ile eft une Prairie naturelle, où le piturage eft excellent.
On y voit des troupeaux de Vaches & de Chevaux fauvages. Les Chevaux
font petits ; mais les Taureaux & les Vaches paroiffent d'une groffeur extraor-
dinaire. Les Cerfs, les Daims, les Bulles ne font pas en moindre abondance.
On rencontre méme quelques Eléphans, qui viennent fans doute du Conti-
nent (f).
L'Isze de Bulam appartenoit anciennement aux Biafuras; mais les Biffa-
gos, leurs ennemis, tai trouvoient que ce beau terrain étoit tout-à-fait a12
leur bicnféance ,] leur ont fait une guerre fi cruelle, qu'après en avoir enlevé
un grand nombre pour l'Efclavage, ils ont forcé lereite de fe renfermer dans
leur Pays. ges les Vainqueurs n'ont jamais entrepris de fe mettre en
poffeflion de leur conquête. Ils s'y rendent, chaque année, au nombre de
trois ou quatre cens, pendant les mois de Février, de Mars, d'Avril & de
Mai, pour y faire leurs Lugaus, ou leurs Plantations ; & la fin de la moiffon
cit le fignal qui les rappelle chez eux. S'il s'y en trouve dans d'autres tems,
comme à l'arrivée du Général François, ce font ou des Avanturiers qui vont
ravager les Côtes des Biafaras, ou des Chaffeurs qui viennent tuer des Elé-
phans. Ces animaux font toûjours une riche proye pour les Négres, qui, ou-
ue le profit des dents, fe nourriffent long-tems de la chair. C'eft cette def-
cruction qui empêche les Eléphans de multiplier, comme ils feroient nécef-
fairement dans une Ifle où il ne fe trouve pas de Lions, ni d’autres bêtes de
proye qui leur fafent la guerre. [Si les François, dit Labat, étoient une fois Xé*
établis fur cette Ifle, ils verroient bientôt la fin de toutes ces bêtes. Car leur
méthode eft de ravager tout, dans les endroits où ils viennent. On en voit
la preuve dans les lies de l'Amérique, où ils ont trouvé le moyen de détruire
en
(e) Angl, de chaux, KR. d. E, (f) Labat, 146. €? Juir,
te,
{t en.
, TE
ays
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is ar-
s Val.
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s, qui
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BifTa-
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en
DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv. VI. Cmar, IX, 39>
en peu de tems, ce qui devoit fervir à la nourriture d'un grand peuple, pen-
dant des fidcles entiers. ]
Buram ne manque pas d'Oifeaux, foit de pañlage, foit naturels au Pays, La
Mer y eft remplie de Poiffons. Les Tortues & les coquillages de toute efpèce
y font en fi grande abondance quë l'homme le plus parefleux y peut vivre
avec peu de travail. Brue, & tout fon cortège , qui n'avoient avec eux que
du bifcuic, du vin & de'l'eau-de-vie, ne laiflèrent pas de faire fort bonne
chère pendant quelques jours, qu'ils employérent à faire le tour de l'Ifle,
Ils la trouvèrent charmante dans toutes fes parties , & fort propre à l'éca-
bliffement d'une Colonie, qui ne manqueroit pas de devenir bientôt riche &
floriflante, Le Commerce y feroit avantageux avec les Portugais & les Né-
gres des Pays voilins, non-leulement en marchandifes de l'Europe, mais mê.
me en produétions du Pays, telles que le fucre , le rum, le coco, l'indigo,
Je coton, le roucou, &c. qui n'y réufliroient pas moins que dans les Îfles
de l'Amérique. Il feroit d'autant plus aifé d'y établir des Manufaétures de
fucre, que les cannes viennent en perfeétion au Sénégal, d'où l'on pourroit
en tirer facilement ; & la plus grande partie de l'Ifle étant déja défrichée , les
Plantations s'y feroient fans peine. Les Efclaves qui font fi chers en Améri-
que , fe trouveroient ici à bon marché. On pourroit s'aürer la pofleffion
tranquille du Pays, foit par un Traité avec les Biflagos, ou par la voye de la
force, en les châtiant s'ils entreprenoient de s'y oppofer.
Brue mit quatre jours à faire le cour de l'Ile, Quoique fatigué en re-
tournant à (ès Dsqués, il s'applaudit beaucoup d'un voyage, qui le confir-
moit dans la réfolution d'établir une Colonie à Bulam, femblable à celle de
l'Ifle das Vaccas , où des Vaches, fur la Côte d'Hifpaniola. Suivant fon
calcul, l'Ifle de Bulam a huit ou dix lieuës de longueur, de l'E à l'Ouet;
cinq de largeur, du Nord au Sud, & vingt-cinq ou trente de circonfé-
rence.
Arrès avoir fait fes obfervations par terre, il entreprit d'en faire le tour
fur fes Barques, pour reconnoitre parfaitement les Bayes, les Rocs, les
Ports & les profondeurs. 11 partit avec des provifions fraiches , en fuivant
la même direétion qu'il avoit prife pour venir. La fonde, qu'il n’abandon-
noit pas, ne put lui faire trouver de pañlage entre l'Ile de Bulam & l'Ifle
l'ormofa. C'eft un Banc continuel, où le moindre vent met la Mer dans une
grande agitation. Il y envoya les Biffagos dans leur Canot, avec la précau-
tion d'en retenir quatre, pour la fûreté de deux Pilotes dont il I: ficaccom-
pagner. que la marée fût pleine, le Canot toucha le fond dans plufieurs
endroits, & les Négres furent obligés de fe jetter dans l'eau pour le tirer
au travers des Rocs, fur une Bafle de la plus dure efpèce. Il rcjoignit les
Barques à la Pointe Oueft de Formofa, où elles s'étoient rendues par un paf-
fage plus für. Les Rocs continuent d’une Pointe à l'autre, en formant un demi-
cercle jufqu'à celle du Nord-Oueft dans l'Ifle de Bulam. Cependant, à ladif-
tance de deux cables de ces Rocs, on trouve de l'eau depuis huit jufqu'à dix
bralles ( £ | |
EN avançant entre l'Ifle de Bulam & celle des Biffagos, que les Portugais
(g) Labat, pag. 150, € Juiv.
Ccec2
ont
L'Ile de lu
Lam tort pro
pre à l'Ecabitl
lument d'une
Colonie,
Bruc en fait le
tour par Mer,
Page im-
poffible entre
Bulam & For-
mou,
Brv…
1701.
lile des BiTa
[04 , Où dus
(jullinas,
&
Bancs &K Dal
Rio Grande
[re ; borils,
388 VOYAGES DES FRANCOIS EN
ont nommée l'Ifle dus Gallinar, parce qu'elle produit beaucoup de volaille, on
rencontre un canal d'une lieuë de large, qui a l'apparence d'une rue fort droi.
te, & qui a cinq lieuës de long au Sud-Eft, L Nord-Oueit.] Le fond eft depuis
douze jufqu'à grente-fix brafles (b}), Encre Jes Bancs & les Bafles qui commen-
cent à la Pointe de l'Ifle des Biffagos, & qui continuent jufqu'à une file détur.
te qui eft à l'Eft-Sud-Eft de Kafhabak, [ Une des principales Ifles des Hifi
gos,] on trouve au long du rivage, à deux cables de diflance, un fond de
gravier entre quatre & cinq brafles.
Les Dalles de l'Ifle de Bulam commencent à deux lieuts de fa Pointe Nord.
Oueft, Cer efpace forme la Rade de l'Oueft, qui n'eft pas moins fûre & moins
commode pour l'ancrage que celle de l'Eft, Les Bancs reparoiffenc & forment
un angle droit, à deux lieuës de la Pointe de l'Ifle, par une ligne qui retour-
ne & qui va fe terminer à la Pointe Sud-Sud-Eft. Entre certe Pointe des Rocs
& celle de Tombali au Continent, qui eft habitée par les Néègres Naous ou
Anallus ,on découvre le plus grand bras de Æjo Grande, qui a, ds toutes [vs
parties, depuis vingc jufqu'à trente brafles d'eau. Brue s'engagea dans ce bras,
entre la Pointe des Nalous & celle de T'roisfontaines. Rio-Grande a deux lieuts
de largeur dans ce lieu. Après avoir coulé pendant quelques lieuës à l'ES & à
l'Oueft, & Fait un grand détour au Sud, il prend un autre cours au Nord-Eit,
jufqu'h ce qu'il foie divifé en deux bras par l'Ifle de Bifague,
d'ou r le Pays , aux deux côtés de cette rivière, eft fort bien peuplé, Bruc
entendit, pendant la nuit, les tambours qui battoient dans chaque quartier ,
foit par fimple amufement, foit que les deux Barques fuffent fufpectes aux
Flabitans, & u'ils vouluffent faire connoître qu'ils étoient fur leurs gardes.
Les bords de Rio Grande font couverts de gros arbres, qui firent naicre aux
Portugais la penfée d'y venir conftruire des Vaifleaux, Celui qu'on nom-
me le Misheri, donne d'excellentes planches, qui font fort aifées à tra-
vailler, & qui ont la propriété d'atre à l'épreuve des vers, non-feulement
fur cette Côte où les Vaifleaux s'en reflentent beaucoup , mais encore
dans toutes les Parties de l'Afrique, de l'Europe & de l'Amérique, La réti.
ne onétueufe, dont cet arbre cit rempli, a tant d'amertume, qu'on n'attri-
buc pas fa vertu à d'autre caufe, Il n'eft pas fort haut, & rarement fur-
pañe - vil vingt ou vingt-deux pieds ; mais 1l a le tronc d'une grofleur fur-
prenante.
Sur les bords des ruifleaux & dans les terrains marécageux , on trouve
certains arbres d'une hauteur médiocre, qui reffemblent par le bois & par les
feuilles au Mahot de l'Amérique, dont l'écorce fert au-lieu d'étoupe, pour
calfater les Vaiffeaux. Les Flabitans, au défaut de godron , qui leur man-
ue fouvent, employent l'huile de palmier, mélée avec de la glue vive (i),
& bouillie jufqu'a la confiftence néceffaire. Pour fuppléer aux cables, la na-
ture a donné au Pays certains rofeaux , nommés Bumbus, qui croiflent dans
les lieux marécageux. On les coupe, on les laiffe rouir dans l'eau; après
quoi les ayant bien battus, pour en féparer les E les plus groflières ,on
les file en corde. Ce qui manque au Pays, c’eft du bois propre à faire des
Le Misheri efk trop court, le Palmier trop pefant, & tous les ..
arbres
mäats.
(Dh) Angl, vingt-fix brafñles, KR, d, LE, (i) Angl, avec de la chaux vive, R, d, E
ty
Lg
DIF
wbres tr
Palmier :
l'on fait
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des Orier
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res
d, E
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Liv, VI, Car, IX, 909
arbres trop faciles à fo fondre (£), de forte qu'on eft réduie à fe fervie du mauve.
Palmer: mais pour corriger fa pelanteur, on n'y mer pas de perrgquets, & 1701,
l'on fait généralement les müts fort courts, Il elt étrange que l'Ile produi-
faune un fi grand nombre de Cocotiers, on ne s'y ferve pas, comme aux In: Ce qui
des Orientales , des coffes pour en faire des cordes, que au Puys
Arnks avoir pañé l'Ifle de Bifaghe, d'où les Biflagos ont peut-être cire MM Er
leur nom , Bruce trouva, une lieuË plus loin, fur la gauche, un Murigot taux,
(1) ou une petite rivière, dans laquelle s'étant avancé l'efpace d'une lieut, :
il arriva près de Ghinala, grand Village habité depuis long-tems par les ge % Di
Portugais, Il y trouva un petit Vaifleau Anglois L Sierra Leona, come
#mandé par le Capitaine Glick, [qui étoit Cacholique & ] qui s'étoit ma
rié dans ce Pays avec une riche Négrefle, Outre une groffe fomme d'ar-
gent, elle lui avoit apporté la prose d'une grande ie dans la rivière
de Sierra Leona ; & tandis qu'il Faifoic cultiver fon bien par des Eftla-
ves, il éxerçoit un commerce avantageux fur les Côtes voifines, Son Angiots pa.
Vailleau écoie un Brigantin de 50 ou 60 tonneaux , conftruic à Sierra Leona, rlé avec une
À l'arrivée des François, il fe häta de venir faire des civilités au Général, "he Négrer
Le Signor Patricis Parc{jé, un des principaux Fabitans ,ne fut pas moins em-
preflé dans les fiennes, & lui offrit fa maifon , vi accepta. Cet honnête A-
friquain étoit né d'un père Hollandois & d'une Mulätre Portugaife, 1! étoic
blanc , mais avec un cercle noirätre autour des yeux (2), qu'il cenoit appa-
remment de fa mère, Il avoit hérité la gravité du Portugal, & la propreté
de la Hollande, Il écoit riche. Sa maifon étoit fort belle, À peine Brue y fuc.
il entré, qu'il y reçut la vifite du Chef des Portugais & de tout les Fidalyns
du voifinage, perfonnages Fors remarquables par la longueur de leurs noms
& de leurs titres.
Le Village de Ghinala eft fitué fur la rive droit: du Marigot ou de lari- sfruarion da
vière du méme nom. Elle donne aufli fon nom au Royaume, qui porte éga- Ghinala,
lement celui de Biafaras, Cette Région eft confidérable par le nombre des
Portugais blancs, noirs, bazanés & mulatres, qui y jouiffent d'une fortune
aifée; & qui font aflez bien logés. L'antichambre, qu'ils appellent le porti-
que de leurs maifons, eft agréable & fort bien meublé, Nul étranger ne pé-
nétre plus loin dans un Pays où la jaloutie eft le vice général. Ll'emmcs &
Muicreffes , tout eftrenfermé fous une mémeclef, A l'exception de ce point,
les Portugais de Ghinala fonc civils & complaifans. Brue employa trois (n)
jours à rendre fes vilites & à prendre des informations fur Fécac du Com-
merce,
IL partit efcorté de vingt hommes de fa fuite & de plufieurs Gentilshom- prusrent+t.
mes Portugais, qui fe firent honneur de l'accompagner, l'efpace d'une lieuë, fire au Roi
jufqu'à la Cour du Roi de Ghinala ou de Biafaras; car ce Monarque eft é-
galement connu fous ces deux noms. Il le trouva informé de fon approche,
& déja prèt à le recevoir, fous un arbre qui eft vis-à-vis de fon enclos. Son
habillement étoit un pagne noir, qui lui tomboit jufqu'au milieu des jambes,
avec
(k) Angl. trop caffans. KR. d. toutes les rivières qui font fur cette Côte,
(1) Ce nom fignifie proprement l'eau qui (m) Labat dit qu'il avoit fimplement un
elle dans les terres lorfque la marée ferctires; peu de tanné dans ie blanc des yeux, R, d, Li
Mais les L'rançois Le donnent fans diftinction à (n) Angi, deux, R, d, E,
Cec a
390 VOYAGES DES FRANCOIS E N
Bauur ‘avec [un jupon à la Portugaife, &T un manteai dela même couleur ; des fan.t# re, du
1701. dales noires, fans bas; & fur la tête un grand chapeau noir; de forte qu'à la f l'État
réferve de fes dents & de fes yeux, on n'appercevoit rien que de noir dans quer les
one e (figure. J us | drendu (
Ru Ir reçut avec beaucoup de civilité le compliment & les préfens du Géné. us, de
coitdccPrin ral François, en lui touchant plulieurs fois la main, & l'aflürant qu'il ver. rendre
ce, roit volontiers des François dans fes Etats ; qu'il leur accorderoit une protec. à écha
tion particulière, & qu'il prendroit plus de plaifir à commercer avec cux |
qu'avec toute autre Nation; qu'il leur donnoit la permiflion de s'établir dans le)
les lieux qu'ils voudroient choifir, & d'y bätir des Magafñns & des enclos,
Enfin Brue lui témoignant quelque defir de former un Etabliffement dans l'Ifle
de Bulam, dont il n'ignoroit pas, lui dit-il, que le Domaine étoit à lui, ilré.
pondit que rien ne pouvoit lui étre plus agréable que de voir les Bifagos,
fes ennemis, chaflés pour jamais de cette Ifle; qu'il en faifoit préfent de tout
fon cœur aux François, & que fi cet efpace de Pays ne leur fufhfoit pas, il A"
y joindroit volontiers d'autres terres, du côté de ‘l'rois-fontaines. Enfuiteil v
éxamina curieufement les préfens du Général; & pour lui témoigner qu'ilen men
étoit fatisfait , il fit apporter du vin de palmier, dont il lui fit boire, après aufi-tot
avoir bû lui-même à fa fanté. treize O1
Ir prit tant de plaifir dans fa converfation, qu'il parut chagrin de ne pour Las Gal
voir le retenir quelques jours de plus à fa Cour. Il lui donna un diner dans roquets.
le goût du Pays; c'eft-a-dire, que l'abondance y tint lieu de la délicateike, autres n
Cependant le ris étoit fort bien préparé ; & la volaille bouillie, qu'on fervi Iles eft
deflus, étoit coupée en quartiers avec affez de propreté. Après le repu, ces peti
Brue vifita le Village ,quil trouva fort grand. Le Pays, aux environs, lu vent la ;
Beauté du parut délicieux. Les Bananiers & les autres arbres dont les maifons font leurs an
Pays, entourées, les enclos de rofeaux, les hayes d'épine, forment des perfpec- font af
tives charmantes. La fituation du Village eft fur le bord d'une rivière mé- vifions
diocre , qui venant de l’Eft, va fe jetter dans celle de Kurbali. Elle répand LES
la fécondité dans un terroir déja riche & fertile, qui le deviendroit encore dinaires
plus s’il étoit cultivé par d’autres mains. La cire, les Efclaves & l'yvoire & qu'ils
y entretiennent un commerce confidérable. Les Eléphans y font en grand peens , 4
nombre, malgré les perfécutions des Négres, [qui en aiment autant la chair 4 té ext
que les dents.] leurs gu
Les François retournérent le foir à Ghinala, & prirent le refte du jour Æ peau d
pour fe repofer. Le lendemain Brue eut la curiofité de faire fix lieuës fur trophée
la rivière, pour vifiter un Village où l’excellence du bois porte divers Eu- rie con
Lieu où les ropéens à faire conftruire des Vaifleaux. Il y en trouva un fur les chan- premie
NE tiers, d'environ cent tonneaux. Le feul défavantage du Pays eft de manquer nés pou
des Vailleaux, de mâts. difpute
© La plûpart des Villages, au long de la rivière, font habités par des Por- procurg
tugais, quelquefois entremélés de Négres; mais on diftingue aïfément leurs fort. D
maifons par la forme & la grandeur. Outre la cire, les Efclaves & l'yvoire, enfans ;
le Pays produit, pour le Commerce, de grands cuirs féchés, du coton, quel- de mên
ques plumes d’Autruche & des gommes de différentes fortes. Il fournit même For
de l'or, qui vient desterres intérieures au Sud & à l'Eft, mais fans qu'on con- tée, C
noifle autrement les lieux.
Rio Granne eft navigable jufqu’à cent cinquante lieuës de fon embouchu- és
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re,
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav, VI. Car. IX. 391
re, du moins pour les Barques & les autres petits Bâtimens. Brue affüre que
fi l'Etabliffement de Bulam étoit une fois formé, & qu'on n'y laifàt pas man-
quer les marchandifes de l'Europe, on pourroit s'ouvrir un commerce fort
étendu dans toutes ces Régions. Les Portugais de Biffao & des rivières de Ge/:
us, de Nunez, de Kurbali, de Rio Grande, &c. s'emprefléroient d'y venir
prendre les commodités dont ils auroient befoin, & d'y apporter en vente ou
en échange leurs propres richefles (0 ).
do) Labat, Tom, V, pag. 160, € Jui.
$. IV.
l'oyage à Kacegut ,une des Ifles des Bifagos.
Ar avoir fait toutes les Obfervations convenables à fes vûes, Bruere-
vint à Biffao, où il trouva les édifices du Comptoir fort avancés. Com-
me il n'y avoit rien qui demandat néceflairement fa préfence, il remonta
aufi-tot dans fa Barque, pour vifiter quelques Ifles des Biffagos. On en compte
treize ou quatorze, dont les principales & les plus fréquentées font Kafnabak,
Las Gallinas, Kazegut, Karache, Aranghcna, Papagago, ou l'Ifle des Per-
roquets, l'ormofa, Babachoka, Biffaguc:, & VW'arange. Il y en a quelques
autres moins Connues, parce qu'elles font peu fréquentées. Chacune de ces
Ifles eft gouvernée par un Chef, qui eft revetu de l'autorité fouveraine. Tous
ces petits Monarques font indépenlans l'un de l’autre, & fe font même fou-
vent la guerre; mais ils s’uniffsnt pour la faire fur le Continent aux Biafaras,
leurs anciens ennemis, qu'ils ont chaffes de l’Ifle de Bulam. Leurs Canots
font af: grands pour recevoir vingt-cinq ou trente hommes, avec des pro-
vifions & leurs armes, qui font l'arc & le fabre.
Les Négres de ces Iles font grands & robuftes, quoique leurs alimens or-
dinaires foient le poiflon les coquillages, l'huile & les noix de palmier (a),
& qu'ils aiment mieux vendre leur ris, leur maïs & leurs légumes aux Euro-
péens, que de les réferver pour leur ufage. Ils font Idolâtres, & d’une cruau-
té extrème pour leurs ennemis. Ils coupent la tête à ceux qu'ils tuent dans
leurs guerres ; ilsemportent cette proye pour l'écorcher, & faifant fécher la
peau du crâne avec la chevelure, ils en ornent leurs maifons comme d’un
trophée. Au moindre fujet de chagrin, ils tournent aufli facilement leur fu-
rie contre eux-mêmes. Îls fe pendent, ils fe noyent, ils fe jettent dans le
premier précipice. Leurs Féros prennent la voye du poignard. Ils font paflion-
nés pour l’eau-de-vie, S'ils croyent qu'un Vaiffeau leur en apporte, ils fe
difputent l'honneur d'y arriver les premiers, & rien ne leur coûte pour fe
procurer de certe chère liqueur. Alors le plus foible devient la proye du plus
fort. Dans ces occalions, ils oublient les loix de la nature. Le père vendfes
enfans ; & fi ceux-ci peuvent l'emporter par la force ou l'adreffe, ils traitent
de même leurs pères & leurs mêres.
Formosa eft la plus Orientale de toutes leurs Ifles, maiselle eft inhabi-
téce, Celles da: Gallinas & de Kafhabak, qui font fituées à la tête des Bancs
il
l
(a) Angt, & les noyaux de Palmier, qu'on appelle Chevaux. KR. d, E,
Brvus,
1701.
Commodité
de RioGrande
pour le Com.
merce,
Nombre de:
Iles des Bifl-
r()<
po ,
Qualités des
Habitans,
Leur paion
pour i'eau-de
vice. À quoi
cile les porte,
592 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
& des Bafles qui environnent cette chaîne d’Ifles, font également fertiles &
peuplées. L'eau fraîche y eft en abondance. Les Côtes font remplies de poif.
fon & de coquillages. Avec un peu plus d'induftrie pour cultiver leurs terres,
les Habitans pourroient faire un commerce confidérable, car le terroir cit
excellent dans toutes les Ifles.
Defcription KazeGurT eft une des plus grandes & des plus fertiles. Elle eft renfermée
de KazGUt. Gans un cercle de Bancs : fable & de Balles, excepté aux deux pointes du
Nord-Eft & du Sud-Oueft, où les Vaiffeaux peuvent mouiller en fûreté. On
compte dix ou douze lieuës depuis la pointe de Bernafel dans l’Ifle de Biffao,
jufqu'a la pointe Nord-Eft de Kazegut, & cinq feulement jufqu'a celle de
Saint-Martin. En partant de la pointe de Bernafel, il faut fuivre de prèsl'Ifñe
des Perroquets ; fans quoi les [ Ras de ] marées & les Courans écartent beau. }#
coup. un Vaifleau, & l'obligent de louvoyer long-tems pour regagner ce qu'il
a perdu. Les Habitans de Kazeguc font les plus civils de tous ces Infülaires,
& doivent cet avantage au Commerce. Mais il y a néanmoins des précau.
tions néceflaires pour traiter avec eux. Brue qui en étoit bien informé les ob-
ferva foigneufement. Lorfqu’il eut amarré fa Corvette, il fit arborer fon pa-
villon & tirer une petite piéce d'artillerie. Trois Biffagos, qui parurent auili-
tôt fur le rivage, firent connoître par des fignes qu'ils fouhaitoient d’être con-
duits à bord. On les prit dans l'Efquif. C’étoit un des Grands de l'Ifle & des
Seigneur PIUS proches parens du Roi, accompagné de deux perfonnes de fa famille. Il
Négre, n'avoit qu'un pagne autour de la ceinture, & un chapeau fur la tête. Ses
cheveux étoient graiflés d'huile de Palmier, ce qui les faifoit paroître rouges.
Il falua civilement Bruce, en fe découvrant la tête; & l'ayant pris par la main,
il lui demanda des nouvelles du Sieur De la Fond, dont il avoit été l'ami par-
ticulier (D).
Cérémonie T'anpis que le Général traitoit ce Seigneur Négre avec de l'eau-de-vie,
bizare d'un on vit paroître un Canot chargé de cinq Infulaires, dont l'un étant monté à
Négre. bord s'arrêta fur le tillac, en tenant un Coq d'une main, & de l’autre un
couteau. 11 fe mit à genoux devant Brue, fans prononcer un feul mot. Il y
demeura une minute; & s'étant levé, il fe tourna vers l'Eft & coupa la gorge
au Coq. Enfuite s'étant remis à genoux , il fit tomber quelques goutes de
fang fur les pieds du Général. Il alla faire la même cérémonie au pied du
mât & de la pompe; après quoi retournant vers le Général, il lui préfenta
fon Coq. Brue lui fit donner un verre d’eau-de-vie, & lui demanda la raifoi
de cette conduite. Il répondit que les Habitans de fon Pays regardoient les
Blancs comme les Dieux de la Mer; que le mât étoit une Divinité qui faifoit
mouvoir le Vaifieau; & que la pompe étoit un miracle, puifqu’elle faifoit
monter l’eau, dont la propriété naturelle étoit de defcendre (c).
Brue renvoya le Seigneur Négre après lui avoir fait un préfent. Comme
Maïfon d'un JT Nuit S approchoit, il remit fa defcente au lendemain. Le premier Infulaire
echmeur de qu'il rencontra fur le rivage fut ce même Seigneur, qui venoit au devant de
J'Ille, lui pour le conduire dans fon Habitation. Elle étoit à trois cens pas du riva- =]
ge, batie à la manière des Portugais, & blanchie en dchors, avec un porche DUT
ouvert,
mens
ULLELEEETOEET EEE TT
2
|
me
Bruevarrive.
TNT tEtTEAAEELEALNAANEEE EEE tt AAtNEELE LATE ALT ELLE EEE TRE TEATEN
ab) Le Sr. De la Fond toit fort connu de quelques Officiers n'avoit pas empéché de
dans ce pays, & il y auroit bien fain.fes affai- le continuer dans fon emploi. AE
xes & celles de la Compagnie, fi la jaloufie (ec) Labat, Tom. V. pag. 167. © Jui.
> PRET
nil he TT Il lË
. =
s de poif.
urs terres,
terroir cit
renfermée
pointes du
ûreté. On
de Biflao,
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Infüulaires,
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Ille & des
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tre rouges.
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DONNE EN ENEEEE] DORE NEIIN EEE] CODEN ONE EEE TEEN NE EE
ouvert, de Xazegut en a ferens aô1iE .
VROUWEN van RAZEGUT,in onderscheide _C CEWAAD.
s empéché de
7. E Juiu
CCLECEECTEEEECEEE CRCCEL LUE CELL LE LELLEO CECLELELLELELEEE LE EEELELELECLEEELE
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TI]
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cu. IX. 202
ouvert, qui étoit environné de grands Palmiers, & garnie de chaifes de bois
aflez propres. Après quelques momens de converfation, le Negre conduifit
Brue vers un édifice, qui étoit à cinquante pas de la maifon, & que les
François reconnurent avec beaucoup d'étonnement pour une Chapelle, qui
avoit fon Autel, fes bancs, & même une cloche d'environ trente livres, ful-
pendue prés de la porte à un grand arbre, Le Seigneur Négre fit fonner la
cloche, & dit à Brue qu'aimant les Chrétiens fans l'être lui-même, il avoit
faic bâcir cette Chapelle pour l'ufage de ceux qui pourroient venir dans l'If:
le; & que fi quelque Prêtre vouloit s’y établir avec lui, il s’engageoit à ne
le laifler manquer de rien.
EnsutreE ils fe rendirent enfemble à la Maïfon, ou fi l'on veut, au Palais
du Roi, qui n'étoit éloigné que d'un mille. Ce Prince parut charmé de la vif-
te qu'il recevoit du Général. C'étoit un vénérable vieillard d'environ foixan-
te-dix ans. Sa barbe étoit frifie, & prefque blanche. Il avoit la bouche &
les yeux agréables, & l'air majeftueux. Son habillement n'étoit qu'un pagne
& un chapeau. Il fe découvrit pour faluer Brue; & lui ayanc pris la main en
répétant plufieurs fois qu'il étoit le bien venu, il lui offrit la liberté de s’éta-
blir dans fon Ifle. Brue lui fit préfent de quelques curiofités de l'Europe & de
deux barrils d’eau-de-vie, [ Le Roi en but, & la trouva meilleure que celle
des Portugais, qui n'eft que de l'eau-de-vie de cannes, toûjours altérée par
l'eau qu’on y met.] Sa maifon n'étoit pas fi commode que celle de fon pa-
rent; mais elle ne manquoit ni de chailes ni de tables. Îl retint le Général à
diner. Les mêts furent de la Volaille bouillie dans du ris, de la Venaifon, du
x Mouton & du Bœuf, [aflez bien accommodés.] Le vin de palmier étoit excel-
lent , & l’eau-de-vie du Général ne fut pas épargnée. Enfuite le Roi propofa de
fumer, & preffa Brue de fe fervir de fa pipe. Le tuyau r'avoit pas moins de
cinq pieds de longueur, & la tete évoit aflez graal: pour contenir un quar-
teron de tabac. lille étoit ornée de divers anneaux & d'autres bijoux de cui-
vre blanc. Le Roi fit préfent au Général de deux cogs; ce qui pañle à
Kazegut pour la plus haute marque de diltinétion, parce que cet animal eft
confacré particuliérement aux Divinités de l'ifle, |
La Longueur de Kazegut furpafle trois fois fa largeur. Le terroir eft
kpriche & bien cultivé. Il produit en aïondance [des Polons, ] des Lataniers,
des Palmiers, & des Orangers, du maïz, du ris, des courges, des pois &
d'autres efpèces de légumes. Brue remarqua près du Palais quarante ou cin-
quante Négres armés de fabres, qu'il prit pour la Garde du Roi. Kazegut,
Karache , Kofnabak, & Las Gallinas font les feules Ifles des Biffagos où le
Commerce foit fans péril pour les Etrangers. Dans toutes les autres, il
faut être dans une défiance continuelle, & ne pas fe E.zarder téméraire-
ment au rivage. Les Portugais fe font repentis plufieurs fois d'avoir négligé
les précautions. À bord même, c’eft-a-dire fur fon propre Vaiffleau, un
Etranger ne peut être trop fur fes gardes, particulièrement dans les téné-
bres; & l'ancre doit être jettée dans un lieu, où l'on ne puifle pas craindre
que la marée laifle jamais un moment le Vaifleau à fec. Brue donne des
avis fort utiles pour la conduite qu'il faut tenir enfuite avec les Infulaires.
Après avoir arboré les couleurs & tiré un coup de canon , il confeille d’en-
voyer au rivage un Interpréte, avec des eflais de marchandifes, & une
bouteille d'eau-de-vie pour le Roi ou le Chef de l'Ifle. Pour cette Députa-
TITI, Part. Ddd tion,
Chapelle qu'il
avoit bâtic
fins otre
Chrétien,
Vifire q
rue rend
u
Roi de Kaze-
cit
bib:
Propriétés
de l'Ifle,
Druez,
1701.
Avis fur la
manière de fe
conduire avec
les Infulaires,
Plaintes du
Roi de Kaze-
sut contre les
François,
Üfages des
Habitans de
Kazcgut,
vre, À. d. E. R. d. EL
+ VOYAGES DES FRANÇOIS EN
tion, il recommande que la Chaloupe foit bien armée, & n'approche pas
plus du rivage qu'il n'eft néceffaire pour débarquer l'Interpréte. Les Infulai.
res le reçoivent & le conduifent à leur Roi, qui fe trouve fouvent fur le
bord de la Mer, dans la foule de fes Sujets. Leurs complimens font fort
ennuyeux , & confiftent à répéter mille fois, Bou-jour, Joyez le bien venu.
On convient néanmoins affez promptement du prix des Efclaves, de l'yvoi.
re, & des autres marchandifes. La Chaloupe ramene l'Interpréte, qui rend
compte de fa négociation. Si les Habitaris ont des Efclaves ou d'autres biens
à vendre, ils s'empreflent bientôt de les amener à bord dans leurs Canots.
C'eft alors qu'il faut redoubler la garde, tenir l'Equipage fous les armes, &
pointer même le canon, pour forcer les Négres d'entrer l'un après l'autre,
Malgré le danger , il n’y a pas d'année où l’on ne tire de ces Ifles trois ou
quatre-cens Efclaves, dont le prix eft depuis quinze jufqu'à vingt barres; &
ce Commerce pourroit recevoir beaucoup d'augmentation s'il étoit bien mé-
nagé. Les marchandifes qui conviennent à ces Ifles, font l'ambre jaune, les
étoffes de laine jaunes & rouges , l'eau-de-vie en abondance, ies fonnet-
tes (4), les armes à feu, fur-tout pour la chafle; les paremens de lit rou-
ges & jaunes (e), les écoffes de coton ou les pagnes, la vaiflelle d'étain,
les baflins de cuivre, des toiles de différentes fortes, & des grains de verre
rouges & noirs.
Le Roi de Kazegut avoit eu de grands fujets de plainte, qu'il promit
d'oublier en faveur du Général Brue, En 1687, le Sieur De la Fond, qui
étoit venu commercer dans ces Ifles, avoit perdu quelques marchandifes par
le pillage des Flabitans. Pendant qu'il cherchoit à fe vanger , il arriva fur
la Côte un Vaifleau de guerre François nommé le Lion, fous le commande-
ment du Sieur de Montilier. Les deux Capitaines convinrent de piller l'Ifle,
& débarquérent, dans cette vûe, deux-cens hommes qui n'y trouvèrent au-
cune réfiftance. Le Roï, qui fe nommoit Dukermenay, fe voyant furpris dans
fa maifon, fans efpérance de pouvoir fe fauver par la fuite, prit le parti d'y
mettre le feu de fes propres mains & de fe brûler vif. Les Négres fe reti-
rèrent fi promptement dans les montagnes, que de deux ou trois milles I [1-
bitans, il fut impoflible aux François d'en prendre plus de dix ou douze. Le
mauvais fuccès de cette entreprife fit craindre à La l'ond que le Commerce
ne fût interrompu pour jamais avec tous ces Peuples; mais il eut l'habileté de
leur perfuader qu'il n'avoit pas eu de part au pillage, & qu'ils ne devoienten
accufer que les Corfaires.
Les Habitans de Kazegut, fur-tout ceux qui font diftingués par le rang ou
les richeffes, fe frottent les cheveux d'huile de Palmier; ce qui les fait pa-
roître tout-à-fait rouges. Les femmes & les filles n’ont autour de la ceinture
qu'une efpéce de frange épaifle, compofée de rofcaux, qui leur tombent
jufqu'aux genoux. Dans la faifon du froid, elles en ont une autre qui leur
couvre les épaules, & qui defcend jufqu'à la ceinture , [ comme un peignoir. ]jæs
Quelques-unes en ajoûtern: une troifième fur la téte, qu pend jufqu’aux épau-
les. Kien n'eft fi comique que cette parure. Elles y joignent des bracelets de
cuivre
(d\ Angl. les grelots. de fonte & de cui- Ce) Angi, les laines filées rouges & jaunes.
che pas
s Infulai-
t fur le
ont fort
he leur ticrté
le Psvol. fileur indolence n'étoit un obftacle infurmontable ; mais ils fouffrent l'Efclava- uns Lea:
qui’rend ge avec tant d'impatience, fur-tout hors de leur Patrie, qu'il eft dangereux vage.
res biens en avoir un grand nombre à bord. La Fond, aprés en avoir acheté plu-
Canots, fieurs, avoit pris toutes fortes de précautions pour les tenir fous le joug, en
mes, & les enchaînant deux-à-deux par le pied, & mettant des menotes aux plus
s l'autre. vigoureux. Ils n’en trouvèrent pas moins le moyen d'arracher l'étoupe du
trois ou Vaiffeau, & l'eau pénétra fi vite, qu'il auroit coulé à fond, fi le Capitaine
hrres ; & n'eût rencontré fort heureufement une vieille voile qui {érvit à boucher le
ien mé. tou. Le naturel fier & indomptable de ces Infulaires , X leur pareffe
une, les obftinée, font des vices fi connus en Amérique , qu'on ne les y achette
fonnet- u'avec de grandes précautions. Ils ne travaillent qu'à force de coups. Ils
» lit rou. € dérobent fouvent par la fuite , & quelque-fois ils fe détruifent eux-
d'étain, mêmes (f).
de verre (f) Labat, Tom. V. pag. 178. € Juiv.
| promit ç V.
ond, qui
idifes par
rriva fur
mmande-
ler l'Ifle,
érent au-
"pris dans
parti d'y
s fe reti-
iles If1-
ouze. Le
Dmmerce
bileté de
Voient en
> rang où
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Citir. IX. 409$
cuivre d'étain aux bras & aux jambes. En général les deux féxes ontlataille
belle, les traits du vifage aflez réguliers & la couleur du jais le plus brillant,
fans avoir le nez plat, ni les lévres a roffes. L'efprit & la vivacité ne leur
manquent pas. Il ne feroit pas difficile de les inftruire dans toutes fortes d'Arts,
Affaires de Biffao.
N arrivant de Kazegut, le Général trouva fes édifices prefqu’achevés.
E Æ foflé demandoit encore quelque travail ; mais la haye étoit entière-
ment plantée; & deux ou trois nuits paroifloient füflire pour la perfeétion
de l'entreprife. Son premier foin fut de fe rendre auprès de l'Empereur
ui le reçut avec de grands témoignages d'amitié & de nouvelles aflürances
de proteétion. Les femmes de ce Prince & les Seigneurs de la Cour lui fi-
rent mille offres de fervice. Enfin dans cette occafion, comme en 1723,
lorfqu’il retourna au Sénégal avec la qualité de Direéteur, toutes les appa-
rences devoient lui perfuader que l'Empereur & fes Peuples étoient de bon-
ne-foi dans fes intérets.
IL fe crut obligé de rendre une feconde vifite au Gouverneur Portugais ;
avec lequel il vivoit aufli-bien qu'on pouvoit l’attendre de l’un & de l’autre
dans l'oppofition de leurs intérêts. Dom Rodrigo apprenant que Brue fe pro-
; fait pa- pofoit de loger dans fon nouveau Comptoir , le prefla de prendre un appar-
se tement dans le Fort. Il s'en défendit, parce que le Fort étoit trop éloigné
tombent de fes Bâtimens. Le Gouverneur lui ir le Couvent des Cordeliers, que
qui leur Brue refufa par la même raifon. Enfin il accepta un magafin dont la fituation
c1gnoir. | rés lui parut plus commode, & les Portugais le firent aufñfi-tôt ineubler pour l'y
nr recevoir. Le Dimanche füivant, Brue étant à la Mefle avec le Gouverneur,
=
cuivre
qui l'y avoit invité, obferva qu'une des peintures de l’Autel portoit les Ar-
mes de la Compagnie Françoife, c’eft-à-dire , argent femé de ae de lys d'or,
Bruz,
1701.
Leur parcffe
Le Comptoir
François s'a-
chéve à Biffao.
Armoiries de
Kfavec deux Négres pour fupport, [& une couronne tréflée.] Il les fit remar- SL A
quer au Gouverneur , comme une preuve que fa Nation avoit eu des Eta- ans l'Eglife
bliflemens dans l’Ifle avant les Portugais, ou du moins auffi-tôt qu'eux, puif- dés Portugris,
Ddd 2 que
5 & jaunes.
396 VOYAGES DES FRANÇOIS EN [
que cette peinture paroiffoit aufli ancienne que TES Dom Rodrigo ré. IL
pondit qu'il n'entreprenoit pas de décider cette difliculté; mais il protefta pagnc
qu'un Empereur de Biflao avoit envoyé fon fils au Roi de Portugal, pour le me, |
reconnoître en qualité de Souverain, & s'étoit engagé par un Traité ex- par di
clufif à recevoir ies Portugais dans fon Ile, & à leur permettre d'y élever tete €
un Fort. Ce récit parut d'autant plus fabuleux à Brue, que le Gouverneur ne rouge
out lui citer le tems dont il parloit, ni fous quels Rois de Portugal & de Bif- ce qu
ao le ‘'raité s'étoit conclu, ni même la datte (a) de l'éreétion du Fort, Auf. mille
fi n'abandonna-t'il pas le projet d'établir fon Commerce & de ruiner celui des ceptic
Portugais, [comme cela arriva effeétivement peu de tems après. l'Ile,
L'amiTié fut entretenue extérieurement par des vilices, des préfens, & Br
des feftins mutuels. Cependant lorfque Brue fut à la veille de fon dépare, il dernic
reçut de la main d'un Officier du l'ort ,une Proteftation formelle au nom du arbre
Roi de Portugal contre l'Etabliffement des François. Le parti qu'il prit, fans couve
rien changer à fes politeffes, fut de répondre par une contre-Proteftation (b bonne
dattée à bord de l'Anne, dans la Rade de Biflao, le 16 d'Avril 1707. nn faveur
Malgré cette efpèce d'hoftilité, les deux Chefs ne cefférent pas de fe voir toir,
avec leurs civilités ordinaires, & convinrent de laiffer la décifion du diffé. quels
rend aux deux Cours. pour
L'EmPeneur de Biffao n'eût pas plûtôt appris que Brue fe difpofoit à une p.
partir, & lui faifoit demander fon Audience de congé, qu'il fe rendit avec plimet
toute fa Cour au nouveau Comptoir. Les françois allérent le recevoir à quel- des da
que diftance, & le faluèrent de toute l'artillerie de la Flotte. Ils lui rendi- tant d
gnagce
Av
terpré
excell
toir,
ce »
IL truéti
ticuliè
gai à
Fxplications
du Gouver-
nieur,
Amitié poli.
tique entreles
deux Chefs,
L Empereur
\ itit
ite Bruc,
rent tous les honneurs dont ils ne pouvoient craindre aucune conféquence.
L'Empereur demanda civilement à Brue s'il évoit facisfait de fon Etabliffe-
ment, en lui offrant la liberté de le changer ou de l'augmenter à fon gré.
Le Général lui fit des remercimens fort vits, & lui marqua beaucoup de
confiance à fa proteétion. Entre plufieurs préfens , il lui donna un bonnet
de velours cramoifi, brodé d’or, que ce Prince mit aufli-tôt fur fa tête.
Gazette, ou qu'il n'étoit pas alors en France;
quant à Labat, s'il en avoit été inftruit, it recon
n'auroit pas manqué d'en parler, & onne fau dos
roit lui faire un crime de cette ignorance, pui ITuITé
qu'il s’agit d'une chofe qui seit pañée trente LE
ou quarante an) * ü\ ant qu il PEUR Quoiqu il cn tés au
foit ,] il paroît fi peu que les Portugais euffent
inftru
(a) On trouve dans la Gazette de Paris du
mois de Novembre 16 94. un article de i.isbon-
ne, en date du 26 Octobre, où l'on raconte
qu'il étoit arrivé un Vaiffeau de Kachao avec
un Prince Nézre, nommé Batonto, lils de Ba-
cempoloco Empereur de l'Ifle de Biffao ; que fon
perc l'avoit envoyé à la Cour de Portugal pour
fe faire baptifer , pour en amener des Miflion-
naires, pour demander la protection du Roi
& pour lui promettre la liberté de batir un Fort
dans fon Ifle. La Gazette de la même Ville,
du 18 de Décembre, dit dans un autre article
de Lisbonne du 9 Novembre, que ce jeune
Frince avoit été baptité dans la Chapelle du
Chäteau par Contarini, Nonce du Pape; que
le Roi lui avoit fervi de Parrain, l’avoitnom-
mé Emmanuel, & lui avoit fait préfent d'un
joyau de huit cens piftoles, Voyez Barbæ, dans
fa Defcription de la Guinée, pag. 428. On ne
profité des offres du Prince , que Le Maire dans
fon Voyage publié en 1694. déclare pofitive-
ment {qu'ils avoient biti autrefois un Fort dans
cette ile, mais que les Négres ne l'ont pas
fouffert; d'où il femble qu’on peut conclure]
qu'ils n'avoient point alors de Fort dans l'Ifle
de Biffao, [Mais en quelque année qu'eut été 4
bâti celui que Brue y trouva, le droit des f'ran-
çois, qui portoit fur un Traité de Commerce
plus ancien, n'en pouvoit recevoir d'affoiblif-
fement.]
@(b) La Proteftation, &la Contre-Protef-
peut contelter ce fait; {Mais Brue pouvoitfort@ tion fe trouvent dans Labat, Tom. V. pag.
bien l'ignorer : peut-être n'avoit-il pas fait atten-
tion à cette nouvelle quand elle parut dans la
199. & 202. é
(c) Angl, 1700. R. d. E.
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2 l'ran-
nimerce
fFoiblil-
Protef-
7, pag.
DIFFERENTES PARTIES pr L'AFRIQUE, Liv. VI, Car, IX, 397
IL étoit vêtu forc bizarrement ce jour-la, Ses hautes-chaufles étoient un
pagne fort long. 1 portoit fur le corps un manteau de gros drap fans for-
me, fous lequel on ne voyoit ni velte ni chemife. Ce manteau évoit long, &
par derrière il avoit un capuchon qui pendoïit jufqu'au milieu des épaules. Sa
tte écoit couverte d'un grand chapeau noir à forme haute, ceint d'un ruban
rouge, fans fa bordure ordinaire de corde de chanvre, Ilavoit les pieds nuds ;
ce qui ne l'empécha point de marcher dans cet état l'efpace d'un quart de
mille , jufqu'au Comptoir François. Il auroit pû venir à cheval; car à l'ex-
ception de la taille, qui eft fort baffe, il fe trouve d'affez jolis Chevaux dans
le, Muis il n'en avoit pas affez pour tout fon train,
Bruz fe rendit à fon Palais de campagne le 26 d'Avril, pour lui faire fes
derniers adieux. On fervit des chaifes au Général, & à fon cortège, fous un
arbre fort près de la porte de l'enclos. L'Empereur parut immédiatement,
couvert, fur fon pagne, d'un manteau d'écarlate doublé de calico, avec un
bonnet gris fur la tete, Bruce lui renouvella fes remércimens pour toutes fes
faveurs, & lui préfenta le Sieur Cartaing, qu'il laifloic pour Chef du Comp-
toir, avec fix autres l'aéteurs qui devoient demeurer dans l'Ile, & pour lef-
quels il lui demanda fa protcétion. Elle lui fit accordée, avec des vœux
pour le fuccés de fon voyage, & pour le plaifir de le revoir, Le méme jour
une partie (d) des Courtifans & des femmes de l'Empereur l'allérent com-
plimenter fur fon départ & lui portérent des provifions. Ils l’amufèrent par
des danfes, au fon des tambours [rapériaux. Enfin ce Prince, qui marque
tant de hauteur pour toutes les autres Nations, traita Brue, avec des témoi-
gnages extraordinaires de confidération ( e ).
Avec les Faéteurs, Brue laiffa dans le Comptoir un Chirurgien, deux In-
terprétes & quelques Laptots. 11 leur donna une Barque, un Brigantin, une
excellente Chaloupe, avec des Pilotes & des Matelots. Dans le Comp-
toir, il mit des armes, des munitions, des marchandifes pour le Commer-
ce, & des provifions de l'Europe. Il donna au Sieur Cartaing toutes les inf-
truétions qui pouvoient fervir à régler fa conduite. Mais il le chargea par-
ticuliérement de reconnoitre avec foin les Côtes voifines; & fi les Portu-
gas abandonnoiïent leur Fort, comme on ne cefloit pas de le publier, il lui
recommanda de s'en mettre en poffefion avant que les Négres puffent le dé-
truire.
LE 30 d'Avril, il fe rendit dans le Fort, pour rendre fes dernières civili-
tés au Gouverneur. Il y fut reçu, comme il l'avoit toñjours été, au fon des
inftrumens militaires & la Garmfon fous les armes. Dom Rodrigo alla au-de-
vant de lui jufqu'à la porte extérieure. Aprés quelques complimens, Brue lui
préfenta les fept Officiers de la Compagnie qui étoient deftinés pour le
Comptoir, en !2 priant de leur accorder fon amitié jufqu’à la décifion de leur
différend. Elle lui fut promife, & Dom Rodrigo voulut l'accompagner juf-
qu'au Port. L'artillerie du Fort le falua de neuf coups à fon embarquement.
Comme il avoit envoyé devant lui fes deux plus grands Vaiffeaux, pour faire
leur
(4) Les Portugais, pour flater les Seigneurs qu'il étoit queftion de fe les attacher & d'af-
de l'Ifle, leur avoient donné le nom de Æidal- fürer leur protection au nouveau Comptoir]
pos , qui fignilie Gentilshommes. LLes François (e) Labat, Tom, V. pag. 208, 69 Juiv.
{e gardoient bien de leur refufer ce titre, lorf-
Dad 3
Bnauez,
1701.
Son habille
mont,
Bruce prend
con de la
Cout
Ordre qu'il
met au Comp.
toir François,
D.!:
Politefes
qu'il reçoit
# ) ?
des Portugais
à fon départ,
Paru,
1701,
At ces
qu'ils om
l [REA too
le furc entrer
das lours
\:
Sa répon(e,
Les Portu-
fais abindon-
nent le l'ort
de Biffao,
Zèle des Pr&-
tres Catholi-'
ques dans cet-
teitle,
408 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
leur cargaifon au a & à Gorée, il partit de Diffao [le 11 (f) de Maiygs
avec fes trois prifes & les petites Barques, fort facisfaic du fuccès de fon
Voyage,
Les civilités du Gouverneur Portugais & la parole qu'il avoit donnée d'ac-
tendre la décifion de fes Maîtres en Europe, ne l'empêchèrent pas d'em-
plover fecrettement outes fortes d'artifices pour engager Brue à payer les dix
out cent, donc il s'uttribuoit le droit fur les marchandifes, Le Gouverneur
Portugsis de Kachao écrivit à Gorée, pour repréfenter au Général François
que c'étoit le moyen de vendre plus de marchandifes en quinze jours , qu'il ne
pouvoit l'efpérer dans une année, Il lui offrit même de rabatre quelque chofe
de ce droit, en lui rappellant que le Sieur La Fond avoic fait des profits
confidérables dans l'Ifle de Biflao, parce qu'il ne s'étoit pas fait un ferupule
de le payer, Il ajoûtoit que le Roi fon Maitre lui ayant pres de commercer
avec les Etrangers, il fouhaitoit que les l'rançois voulullent faifir une fi belle
occafon, avant qu'il l'offrit aux Marchands d'Angleterre & de Hollande,
Brue répondit qu'il ne manqueroit pas de communiquer ces propofitions à fa
Compagnie; quoique fuivant fes propres lumières il les trouvat préjudicia-
bles au Commerce des François & contraires à leurs priviléges: que l'éxem-
ple de La Fond n'étoit pas une raifon qui leur püût faire abandonner leurs droits,
parce qu'il s'écoit conduit en ffégociant particulier, qui n'avoit en vûe que
fon propre intérèt. Bientôt L Commerce des Portugais à Biffao tomba dans
une décadence qui ne leur permit plus de fournir aux frais d'un Commandant
& d'une Garnifon. Leur Magafinier fut rappellé, & le Gouverneur de Ka-
chao confeilla au Roi de Portugal d'abandonner & de rafer le Fort. Brue fe
häta d'en donner avis à fa Compagnie, qui écrivit aufli-tôt au Préfident Rouil-
lé, Ambaffadeur de France à la Cour de Portugal. En 1703, Brue fe rendit
lui-même à Lisbonne, & joignit fes inftances à celles de l'Ambañadeur , pour
obtenir du Miniliere Portugais que le Fort fûc vendu à la Compagnie F'ran-
çoife. Mais la Cour de Lisbonne prit le parti de le faire démolir; ce qui fut
éxécuté au mois d'Oétobre de la même année.
Le Couvent appartenoit à l'Ordre de Saint-François ; mais il avoit été
rempli fucceflivement par des Cordeliers, des Capucins & des Recolets. La
Paroifle étoit gouvernée par des Prétres Séculiers, qu'on y envoyoit de S$.
Jago; & s'ils venoient à manquer, c'étoient les Religieux du Couvent qui
fuppléoient à leurs fonétions. Ils n'étoient que trois pendant le féjour que
Brue fic à Biffao. Mais quoique leur zèle fût fort ardent, ils penfoient à fe
retirer, rebutés du champ ftérile qu'ils avoient à cultiver (g). Le mauvais
éxemple des Blancs, leurs débauches & leurs vices, font un obftacle pref-
w’invincible à la converfion des Négres. Cependant un Infulaire de quelque
diftinétion fe fit baptifer. Mais ayant bien-tôt renoncé à fa nouvelle religion,
il mourut fans aucun figne de pénitence. Ses parens ne laifférent pas d'appor-
ter
Cf) Icft dit pag. 114. que Prue partit de qui croira, en voyant l'endurciffement de ce
Bio le 11 d'Avril, c'eft fans doute une Peuple, que le Roi fe feroit déclaré Chrétien,
faute, s’il n'avoit pas craint les Grands de fon Royau-
er(g) Ceci ne paroit pas s'accorder avec ce me & s'il n'avoit pas fallu renoncer à la Po-
que Labat dit fouvent, c'eft que les Idolitres lygamie? fubterfuges qu'on employe ordinairc-
ermbraflent aifément la Religion Catholique. Et ment en parcille occaion,
|
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quelque
ligion,
appor-
ter
it de ce
hrétien ,
1 Royau-
\ la Po-
rdinairç-
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Luv, VI. Car. IX, 399
ter fon corps à l'Eglife Portugaife. Les Recolets qui éxerçoient alors l'Office
de Curé, refufèrent de l'enterrer, à caufe de fon Apoftatie & de fon impéni-
tence finale; ce qui fit naître un tumulee qu'il ne fut pas aifé d'appuifer, Les
amis du mort enterrèrent le corps dans l'Eglife, malgré la réfiftance des Ré:
colets , qui interrompirent le Service divin, & regardérent l'Eglife comme
profande, Cette févéricé, que les Portugais mêmes traitérent de contre-tems,
rendit les Prêtres fort odieux dans l'Ifle, [ls furent accablés de reproches par
les Seigneurs Négres, & la vengeance auroit été pouflée plus loin, s'ils n'euf.
fent été fous la proteétion du Roi de Portugal. Enfin le Vicuire Général de
Kachao, allarmé pour les fuites de cette affaire, envoya un Commiflaire Ec-
cléfiaftique à Biffao pour terminer le différend. Après de longues délibérations,
l'expédient auquel on s'arrêta, fut d'enlever fecrettement le corps pendant la
nuit, & de purifier l'Eglife par une nouvelle confécration, Mais cette dé-
marche facisfit fi peu les Récolets, qu'ils publièrent un Manifefte pour jufti.
fier leur conduite, Ils accufèrent d'irreligion tous les Chrétiens qui tenoient
d'autres Chrétiens dans l'Efclavage, quoique Négres & Barbares, {ls firent un
crime de vendre des Efclaves aux Anglois & aux Hlollandois, parce qu'il n'y
avoit point avec eux de füreté pour l'éxercice de la Religion. Ils s'emporcé-
rent ouvertement contre leurs Compatriotes, en leur reprochant d'arrêcer
par leurs irrégularités les progrès de la Foi Catholique. Ils firent répandre des
copies de ce Mémoire en Efpagne & en Portugal. Enfin l'excès de leur zèle
les ayant fait chaffer de Baflao par les Négres & par les Portugais mêmes, qui
les obligèrent de s'embarquer dns un Vaifleau de la Compagnie Françoife, qui
faifoit voile à la Martinique, ils s'efforcèrent de faire approuver leur con-
duite & leurs fentimens aux Négocians François de cette lfle, Mais le Gou-
verneur les pria de garder leur Apologie pour eux-mêmes, & de ne pas ou-
vrir la bouche fur cette matière, pendant le féjour qu'ils devoient faire par-
mi les l'rançois en attendant l'occafion de feel dans leur Patrie. Ils eurent
des Cordeliers pour Succefleurs à Biffao (h),
(2) Labat, Tom. V. pag. 212, €? Juiv.
{. V L
J'oyage à Geves , avec une Defceription Hiflorique € Géographique
des Pays &ÿ des Ifles jufqu'à Sier:a Leona.
A rivière de K'afamanga où Kafamanfa (a) eft une branche de la Gam-
bra (D). Son cours eft fort long & fort rapide, Elle le prend entre les
rivières de Saint Juan & de San-Dominyo, dont la dernière eft fouvent nommée
Kivicre de Kachao, parce que cette Ville eft fituée fur fes bords,
LEs Portugais ont deux petits l'orts fur la rivière de Kafamanfa, tous deux
fur la rive droite en remontant. Le premier, qui n'eft qu'à dix-huit ou vies
icuës
(a) Cc nom lui vient de celui d'un Sei- Du moins l'Auteur anonyme, à la fin de Le
#neur du Pays, I femble que fon vrai nom Maire, ne la nomme pas autrement, pag. 124,
foit Zumence où Fameni, tré de la Ville de gg(ù) Labat avance la chofe fans la prouver,
Jam où James qui cit fuit lois Lx fes bords,
Brur,
17017,
DIfFérend
des Infulnires
avec les Re
colcts,
Les Re Ve
lets font cl
fés de l'Ile,
Leur manliyl
to,
Deux Forts
Portugais fur
a rivitie de
Kalaman{a,
4-9 VOYAGES DES FRANCOIS E N ]
bnum Jieuÿs de fon embouchure, s'appelle Zinlincher, Le fe 1, prefqu'a la ann:
1701, méme diftance de l'autre, elt ce même l'orc de Ghingin dont on a déja vü la dis
defvription dans le voyage de Kachao, Ces deux Places ne font proprement o :
que des magalns, environnes d'un mur où d'un enclos de terre garni de fafti- de F1
nes, Leur principale force confifte dans la difliculté de l'accès, à caufe des ma: de l'!
rais & des arbres au milieu defquels ils font litués; quoiqu'ils foienc allez dé. vilite
fendus par des Légions de mouches, qui fufliroient pour détruire une armée (os Si
Commerce de C'eft dans ce trifte féjour qu'on trouve dix ou douze miférables Bannis Por. pour
éd tugais, avec deux ou trois piéces d'artillerie pour exclure les autres Nations étoit
du Commerce de cette Contrée, Les Portugais tirent annuellement de ces clave
deux lieux cent ou cent-vingt quintaux de cire jaune, aux mois d'Avril, de nuoi
Mai & de Juin. Lorfqu'ils ne peuvent la vendre aux Bacimens étrangers qui dans
s'approchent de la Côte, ils la cranfporcent à Sommers, Village fur la gau: ce Pi
che de leur rivière, d'ou elle pañle à Jereja, & de-la dans la Gambra, Qui! (e).
quefois ils la portent à Kachao ; mais c'eft lorfqu'ils défefpèrent de trouvur UCTS
dunes voyes, parce qu'il y a de’ soirs à payer au Gouverneur de cet 1"
Ville, & que ceux qui achetent la cire en baïffent d'autant plus le prix, qu'ils paré
ne peuvent trouver autrement de profit à la revendre. venu!
[ON traite avec eux cette cire fur le pied de feize barres le quintal; à# C'eft
payer les trois quarts ou le tout, en fer effectif, & gra anenfrvan un quart font
en gros verrot blanc, ou en ambre jaune moyen, C'eft de ces deux endroits au'or
que la Compagnie Françoife tire une bonne partie de la cire qu'on apport tiaux
aux Comptoirs de Gorée & du Sénegal, Si on l'achetoit de la première main, après
comme on le peut faire depuis l'Etabliffement d'un Comptoir fixe à Bailao, barre
il eft certain qu'elle ne reviendroit qu'à huit ou dix barres le quintal.] L'Ifk
Royaume A cent cinquante lieuës de fon embouchure, la rivière de Kafamanfa for port
me, en tournant, un coude qui donne le nom de Cabo à un grand Koyaume appo
voifin, Îl étoit gouverné au commencement de notre fiécle par un Roi Nc. rece
gre, nommé Briam Mangare, qui vivoit avec plus de falte que tous les au- uiren
tres Princes de la méme Côte, Sa Cour étoit nombreufe, EE fe failoic forvir A
dans de la vaiflelle (ec), dont il avo t jufqu'à quatre mille mares, Il encrete-
noit conftamment fix ou fept mille hommes bicn armés, avec lelquels il te-
noit fes voifins dans la foümiflion, & les forçoit de lui payer un tribut, La
Police étoit fi bien établie, dans fes Etats, que les Négocians auroient gû luf
Bonnes qua fer fans crainte leurs marchandifes fur le grand chemin. A force de Lois &
Re da par la rigueur de l'éxécution, il avoit corrigé dans fes Sujets le penclnant au
‘on Gouver. Vol, qui eftun vice comme naturel aux Négres. Jamais fes Efclaves n'evonent
ement, enchainés. Lorfqu'ils avoient reçu la marque du Marchand, il ne falloir plus
craindre de les perdre par la fuite, tant la garde étoit éxacte fur les frontre-
res & la difcipline rigoureufe dans le Gouvernement. Ce Prince faifoit chaque
annee,
Gev
des
Voil
Is n
te lo
men
Is n
pou
pris
quar
écha
iéci
K gant
l'IN
(e) L'Auteur ayancomis la qualité du mé- ment de la P'aiffelle d'Argent; &$ d'ailleurs pour
tal, on n'ôfe y fuppléer, quoique ce foit ap- lever fon ferupule, il n'avait qu'à confulter La-
paremment de l'or: cela eft même affez con- bat, qui dit pofitivement que cette PaifJelle
lirmé quelques lignes plus bas par le Préfent toit d'Argent. Et qu'elle apparence Y&t-4
d'or que le Roi fait aux Etrangers, C'efé ici Prince Negre, eut quatre mille marcs, € efl
une Remarque du TraduËéteur qui n'a pas fait dire deux mille livres de Jeige onces, en Pai]
attention que le mot Anglois fignifie ordinaire. felle d'Or? R. d, E.
qu'a la
ja vü fa
rement
le Fafci-
des ma-
(lez dé.
: Armve
inis Por.
Nations
de ces
vril, de
gers qui
la Hill
L Que
trouvul
le cet
X, qu ils
intal; 419
in quart
endroits
apport
remain},
Builao,
.]
infa for
OYAUM
Roi Nc.
les au:
it forvir
CNLTC LU
Us il ce-
but, la
| pui laif-
Loix &
‘nant au
'ELOUENt
loit pus
frontré-
. Chaque
année ,
[leurs fr j
tuiter La-
ailell {
| til {
', cé]
en Fail
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI, Cire, IX, 401
année, avec les Portugais, un commerce de fix cens Eftluves, à quinze on
dix-huit barres (4) par tète, en différentes efpèces de marchandifes, telles
que des armes à feu, des fabres courbés avec de belles poignées, des telles
L lrance, des fauteuils de velours, & d'autres meubles, de lu fenouilletre
de l'Ile de KRhé, de l'eau de canelle, du roffolis, &c, Lorfqu'il recevoit la
vilite de quelque Blane , il le Faifoit défrayer dès l'entrée de fes Eratss de
fes Sujets ne pouvoient rien éxiger d'un Etranger, fous peine d'étre vendus
pour l'Efclavage, I étoit toûjours prét à donner audience, A la véritéon
croit obligé, pour l'obtenir, de lui taire un préfent de la valeur de trois Ef:
clavess mais à rendoic toujours plus qu'il n'avoit reçu, Cus civilités conti-
nuoient jufqu'à ce que l'Etranger eût difpolé de fes imarchandifes, Alors f
dans fon audivnce de congé il demandoic ur Roi un prolont pour fa femme,
ce Prince ne manquoit jamais de donner un Éfclave où deux mares d'o:
(e). Il mourut en 170$, également regretté de (vs Peuples & des Ecran-
pers (/ ,
L'Isce de Bufi, Pufi ou Boifjifi, ef firuce à l'E de Diffio. Elle en eft iv
parce par un canal large & profond , donc l'entrés , du côté du Sud, eit de-
venue fort dangereufe par deux Bafles qui fé fonc formées à l'embouchure,
C'eft cour ce qu'on a pü découvrir de cette lie, parce que fes Habitans, qui
font Papels comme ceux de Bifluo, ont le caractere fi farouche & fi méchant ,
qu'on n'ôfe fe fier à leur commerce, Cependant on tire d'eux quelques bef-
taux, & des noix de Palmier, qu'on fait fervir à la nourriture des Éfclaves,
après en avoir exprimé l'huile, Cinq barrils de ces noix ne coûtent que deux
barres, en grains de verre, Leurs Bœufs reviennent à quatre ou cinq barres.
L'Ile de Buli a deux Ports, où l'ancrage eft für & commode, Celui du Nord
porte le nom de Wieux-Port, & l'autre celui de Port: Neuf. On n'y peut trop
apporter de précaution contre la furprife & la fraude. La plus fre eft de ne
recevoir qu'un Canot à la fois, X de faire feu fur les autres, s'ils ne fere-
uirent pas après avoir CtC avertis.
Au Nord de l'Ifle de Bufñli, de l'autre côté du Canal ou de la Rivière de
Geves, on trouve un Canton de dix ou douze lieuës delongueur, habité par
des Négre:, nommés Balantes, qui n'ont aucune correfpondance avec leurs
Voifins, & quine fouffrent pas que les Etrangers penètrent dans leur Pays.
Ils neconcractent keurs Alliances qu'entr'eux, fans fe relicher jamaisd: cet-
te loi pour les mariages. Leur Religion et l'idolarie; & l:ur Gouvirne-
ment une efpèce de République, dont le Confeil eft compofe des Anciens,
lis ne font aucun Efclave, dans leur Pays, mais ils fonc michans à l'exces
pour leurs voifins; & comme ils cherchent fouvent leur proye, ils ont fur-
pris pluficurs Barques Portugaifes. Dans ces occafions, ils ne font pas de
quartier aux Blancs. Pour les Négres, ils les vendent à leurs Voifins, ou les
échangent pour des beftiaux. Leurs armes font le fabre, 11 zagaye, & les
féches, Ils eurent la hardieffe, le 23 d'Avril 1700 (x), d'attaquer un Bri-
K$gantin François de quatre piéces de canon, [& fix picrriers, qui venoit de
l'Ile de Buili.] Ils l'environnérent avec trente-cinq Canots , dont chacun ne
portoit
d Le mot de barre ef une: évaluation Ce) Baba dit une Marc. R dE.
aginaire de marchandifes qui fut de régle @(/2 Labat, Tom, V, pag. 290, CG Juir,
pour le Commerce, Elle a déja été expliquée, g@ig) Brue Ctoit alors à Bilio,
IIT, Par. Ece
fle de Hulf
tes Lhabitans
Canton de
Nogres not
més Balantes,
Sineularité
de cette Na-
Uot},
Elle
un Briginti
Fi
DruE,
1701.
Raïfons qui
jont croire
qu'elle a des
aines d’or,
Embouechure
de Rio $, Do-
mingo, & fes
dificultés,
42 VOYAGES DES FRANCOIS EN
portoit pas moins de quarante hommes. Feureufement les François, à la vlc
de cette Flotte, eurent le tems de fe couvrir d'un double mur de peaux de
Bœufs, qui les garantit de la première grêle des fléches. Les Négres tenté.
rent plufieurs fois d'aborder le Brigantin; mais le Capitaine François fit un
ufage fi bien entendu de fon artillerie, que prenant plulieurs files de Ca-
nots, avec fa mitraille, il en détruifit une grande partie. Le combat du-
ra néanmoins plus de fix heures, & rien ne peut être comparé à la furie des
Sauvages. Entin leur courage diminuant avec le nombre, ils feretirèrent ,en
marquant par des cris effroyables la grandeur de leur perte & leur conftzr.
nation.
C'Esr l'opinion commune du Pays que les Balantes ont des Mines d'or
dans leur terroir, & qu'ils n'ont pas d'autre raifon pour en interdire l’entréc
aux Etrangers. Cette perfuafion eft fondée fur deux ou trois argumens: 1,
Que les Portugais ayant acheté d'eux de la volaille fur cette Côte , ont trou-
vé de l'or dans prefque tous les geziers. 20. Que ces Peuples payent en or
leur tribut annuel au Roi de Kafamanfa, dont le territoire eft entre la Ri-
viére de ce nom & celle de Geves. 39. Que leur or eft différent de celui de
Galam & de Tomba-Aura, quoique les Mangos n'ayent aucun commerce à.
vec eux.
UANT à la première raifon, quoique les François n’ayent jamais trouvé
d'or dans la volaille de cette Contrée, parce qu'elle leur venoit peut-être
d'un autre Canton, les Portugais étoient fi perfuadés de la vérité du fait, que
s'étant affemblés à Bio, au mois de Juillet 1695, ils partirent avec trois
cens Négres pour la Conquête de la Toifon d'or, & débarquèrent fans oppo-
fition. Mais comme on étoit alors au milieu de la faifon des pluyes, leurs
armes & leurs munitions furent fimouillées, qu’elles fe trouvèrent hors d’état
de fervir. Ils furent attaqués par les Balantes & repouflés avec beaucoup de
réfolution jufqu'a leurs Barques ,en laïffant à leurs ennemis une bonne partie
de leur bagage & de leurs Négres auxiliaires.
Lrs Balantes font laborieux, autant du moins qu'on en peut juger par cette
partic de leur Côte qu'on découvre de la Mer, car aucun Voyageur n'a péné-
tré affez loin pour en donner la Defcription. S'ils font quelque commerce
avec leurs Voifins, il ne confifte qu'en ris, en maïz, en légumes, en bef-
tiaux, & en volaille. On juge de la fertilité de leur terroir par l'abondance
de leur volaille & de leurs beftiaux (bh).
Rio S. Domingo, autrement nommé la Rivière de Kachao, a fon em-
bouchure à trois licuës au Sud de celle de Kafamanfa. L'accès en eft difficile.
Après avoir doublé le Cap Rouge (Cabo Roxo), qui eft à onze degrés tren-
te-fix minutes de latitude du Nord, il faut mouiller fur quatorze ou quinze
brafles, à deux lieuës de ce Cap, Nord & Sud. On envoye de-la fa Chalou-
pe, pour obferver l’état préfent de la Rivière, parce qu'une partie des Rocs
& des Bafles fe faifant voir à découvert dans les bales-marées , on juge plus
aifément du péril. On doit pañler fort près de ceux du Nord, fi l'on veut évi-
ter ceux du Sud, qui font les plus dangereux. Ces Bancs ont environ trois
lieuës de longueur. Il ne faut pas efpérer d’y pouvoirlouvoyer, parce qe le
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&>(b) Labat, Tom. V. pag. 178, € Juiv,
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Canal
DIFFERENTES PARTIES pe L'ATRIQUE, Liv. VI. Cuar. IX. 493
Canal n'a qu'une demi-lieuë de large. Lorfqu'on a mis au Nord & Sud un.
gros arbre qu'on a nommé l'Arbre Couronné, pour la forme de fes branches,
on peut s'avancer droit vers la Rivière, fans s'embarrafer des battemens de
la marée, que ceux qui connoiffent mal ce lieu peuvent prendre pour autant
d'écucils, & qui leur feroient chercher des dangers réels pour en éviter d'i-
maginaires.
Kacnao, Colonie Portugaife, dont on a déja vû la Defcription, eft fi-
tuée fur la rive droite de la Rivière, à vingt lieuës de fon embouchure. Ils'y
fait annuellement un commerce de deux ou trois cens Éfclaves, à trente bar-
res par tête; de cent quintaux de cire, à feize barres le quintal; & d'autant
d'yvoire, à dix-huit barres le quintal.
Farim, eft un autre Marché fur la rive droite, c'eft-à-dire, au Sud de
Rio San-Domingo. Cette Ville eft environ quarante-cinq licuës au-deflus de
Kachao, & n'a guères que la moitié du même commerce.
Mars revenant à l'embouchure de Rio San-Domingo, on trouve entre fa
rive Sud & le Canal de Geves, un Village nommé Le Bot, où le ris eft ex-
cellent & dans une extrême abondance. On l'achete avec de l'ambre jaune,
des criftaux, du fer, des fabres, du cuivre, & de l'’étain, des baflins, des fon-
nettes (i) de différentes grandeurs, des couteaux, & d’autres fortes de mer-
cerie. On remarque, avec étonnement, dans la Rivière de Rio San-Domin-
o, que les Caymans, ou les Crocodiles, qui font ordinairement des animaux
ñ terribles, ne nuifent ici à perfonnce. Il eft certain, dit l’Auteur, que les en-
fans en font leur jouët, jufqu’à leur monter fur le dos & les battre même, fans
en recevoir aucune marque de reffentiment. Cette douceur leur vient peut-
être du foin que les Habitans prennent de les nourrir, & de les bien traiter.
Dans toutes les autres parties de l'Afrique, ils fe jettent indifféremment fur
les hommes & fur les animaux. Cependant il fe trouve des Négres affez hardis
pour les attaquer à coups de poignards. Un Laptot du Fort Saint-Louïs s’en
faifoit tous les jours un amufement, qui lui avoit long-tems réuffi; mais il re-
çut enfin tant de bleflures dans ce combat, que fans le fecours de fes Compa-
gnons, il auroit perdu la vie entre les dents du montre.
UN peu au-deflus du Bot, & du même côté, fur la Rivière de Geves, au
Nord de Biffao, eft le Village de Bole, où les Habitans donnent du maïz &
des Bœufs pour du fer, du cuivre, des baflins, des grains de verre noir,
des couteaux, & du criftal. Le barril de maïz écoffé , fe vend quatre barres ;
& le plus gros Bœuf ne paîle pas le même prix. Ces Négres font Papels, &
font un commerce aflez confiderable. La Rivière de Geves eft au Nord-Nord-
KP Eft de l'Ifle de Biflao. [ Le Village qui porte le même nom eft à foixante &
dix licuës de fon embouchure, & à quarante de Biflao.] Ses Habitans font Bia-
faras & Mandingos; les premiers Idolâtres, & ceux-ci Mahométans. Les
Portugais ont un Comptoir dans ce Canton. avec un Oflicier qu'ils appellent
Sergent. Ils y ont aufi une Eglife , défervie par deux ou trois Prêtres.
LA Rivière de Geves eft extrémement rapide. Outre la pente du Canal,
on attribue la viteffe de fon cours à l'irrégularité de la marée, qui après avoir
employé fix heures à monter, defcend en trois heures (k), & D
plus
(KV) Angl. qui après avoir employé fix heu-
res à defcendre, remonte en trois heures KR, d. E.
Eec 2
(i) Angl. des grelots de fonte & de cui.
vre, À, d. E.
Dauv.
1700.
Commerce
de Kachao &
de l'arim.
Crocodiles
privés.
Bole, Village
Fort Portu-
gais.
Rapidité de
la riviere de
Geves.
BRUE,
I”OI.
Son Coir-
iCcrce
NuñéxIons
{ur les moyens
de l’étendre,
404
plus vite, avec une fi furieufe violence, que les vagues s'élèvent comme au:
tant de montagnes. I! eft a-propos de jetter l'ancre de manière qu'on foit toû-
jours à flot, & que les Bàtimens obéïflent au mouvement de là marée, On
A Le dix marées pour fe rendre de Biflao à Geves. Tes Barques qui font
deflinces pour ce voyage, ne doivent prendre que quatre piels d'eau. Elles
ne peuvent partir que depuis le mois de Décembre jufqu'au mois de Septem-
bre, c’eft-à-dire, pendant que la Rivière eft acceflible; car depuis Oétobre
jufqu'au mois de Janvier, les marées font fi fortes, que la Navigation eft trop
dangereufe, fur-cout lorfqu'il n'y a pas d'efpérance d'etre aidé fur les rives,
La Ville, ou le Village de Geves, contient environ quatre mille ames,
entre lefquels on compte quatre ou ciny familles de Blancs. ‘l'out 1: refte cit
noir ou bazané, & n'en prend pas moins le nom de Portugais, mais fans au.
tre garand que leur parole. Geves ef située fur une éminence, & n'a pas de
mur ni d'enclos. Les maifons font de terre, blanchies en dchors, & couver.
tes de paille. L'Eglife Paroiffiale eft fort belle, C'ett un Prétre mulitre de
S. Jago, qui éxerce les fonétions de Curé. Autrefois les environs de Ja Ville
écoient fort bien cultivés; mais les terres font à préfent fort négligées, & les
abitans tirent leurs provifions des Villages voilins. Années communes, il
s'y fait un commerce de deux cent cinquante Efclaves, à trente barres par
tête; de quatre-vingt ou cent quintaux de cire, à feize barres le quintal;
d'autant d'yvoire, à dix-huitbarres; & de quatre ou cinq cens Gulugans, ou
Pagnes communs, qui fe donnent pour une paire de cordes, ou pour une pin-
VOYAGES DES FRANCOIS EN
te & demie d'eau-de-vie, [ On a deux Guluzans pour une chemife commune , fé
deux autres, pour quatre milliers de raflade jaune, deux pour une paire de
foulicrs, &c.] Ces Guluzans font abfolument necefaires, pour le commerce
des Biffagos & de la plûpart des Négres. Comme ils fe vendent fur le pied
de trois livres piéce, il y auroit peu de profit fur cette vente, fi l'évalua-
tion commune de l'eau-de-vie n'étoit à quarante fols la pinte. [ Outre les
Guluzans, il y a encore des Pagnes jongoutardes , ils font blancs; on les tra:-
te à peu près au même prix, foit d'achat ou de vente que les (1) Guluzans. |
La meilleure voye & la plus fûre pour étendre ici le Commerce, feroit
d'avoir un grand nombre de petites Barques qui fuflent répandues continuel-
lement dans les Marigots & dans les autres lieux où les Négres fe préfen-
tent, On pourroit faire un établiffement fort avantageux avec deux Fac-
teurs & quelques Gromettes, au Village de Malanpagne, qui eft vis-à-vis
celui de Geves. Ce Pays eft habité par les Biafaras, dont le Souverain fe
nomme Tamba (m). Celui qui occupoit alors le Trône, étoit un Prince des plus
affables de cette Côte, porté d’inclination pour les Blancs, fur-tout pour les
François. La Compagnie lrançoife employe dans fes Comptoirs & pour le
fervice de fes Barques, un grand nombre de Gromettes, dont elletire beau-
coup d'avantage. Les uns fervent d’Interprétes. Ceux qui ont plus de lu:
mières & d'habileté, font chargés du Commerce intérieur pour la cire, l'y-
voire, l'or, & les Efclaves. Outre leurs gages, clle leur accorde un cer-
tain profit fur les marchandifes. De cette manière, elle eft fûre que tout
ce qu'elle achete eft de la première main, & fon profit eft de cent pour
cent.
(1) Labat, Tom, V. pag. 236. € Juiv. Cm) Il femble que c'eftle Roi de Ghinala.
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Ghinala.
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DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, VL Cuar, IX, 405
",)
cent. Lorfque ces lacteurs Négres ont rafizmblé de quoi charger une
Barque ou deux, la Compagnie lur envoyé de nouvelles marchandifes pour
remplir leurs Magasins, & fait tranfporter celles qu'ils ont achetées.
Dix-cerr licuës au-deffus de Malanpagne, où trouve un Village nom-
mé Alal lormofa (n), dont le terroir produit les plus beaux Arbres du mon-
de pour la Conttruétion des Vaifleaux. 1 ei facile de l2s couper & de les
cranfporter à bord. Le Chef du Village donneroit la moitié de fa Forêt pour
un barril d'eau-du- vis.
Arrès avoir tWuric le coule, pour entrer dans la véritable embouchure
de la Rivière de Geves, qui a fon cours au Nord-Sft, on découvre fur la
rive droite un Village nommé Gon/ede , habité par les Biafaras civilifés, qui
font un Commerce ailéz confidéralle de millet, deris, d'yvoire, de bettiaux,
& d'Efclaves. [Un peu plus haut, il y a un Village nommé Kurbali, où
l'on faic un tralie confidérable de Sel. On y traite aulli de quelques Éfclaves &
de F'Yvorre, ] Plus au Sud du même coude, dans un grand Marigot, qui fe
nomme Rivicre de Dongol, & qui eft plûtôt un bras de Me’, ou une Baye qui
fepare du Continent la Péninfule des Biafaras, on voit le Village de Gulli,
où l'on achete des Efclaves , depuis dix juiqu'à quinze barres par tête, de
l'yvoire à huit ou dix barres le quintal, & des guluzans pour une pinte &
demie d'eau-de-vie. Mais c'eft à condition que votre commerce fe bor-
ne aux Néyres du Canton; car [s'ils apprennent que vous ] ayez quelque
relation avec les Portugais qui s’y font établis, ils font monter le prix des
Efcluves jufqu'a trente barres, & celui du quintal d'yvoire à dix-huit. Les
Négres Biafuras de Golli, font d'un naturel affez doux, & l’on peut trai-
ter furement avec eux fur le rivage. Cependant il ne faut jamais perdre
les marchandifes de vûe; car l'occation les porte quelquefois à tromper.
LE Village de Auwrbaly, donne fon nom à la Rivière qui paf: au long de
fon enclos, & qui venant de l'Eft va fe perdre dans celle de Geves. Ses
bords font fort unis des deux côtés, & cultivés avec beaucoup de foin. Mais
les Habitans font obligés de veiller nuit & jour, pour garantir leurs Planta-
tions des Eléplans & des Chevaux-Marins. Cette Rivière de Kurbaly con-
duit dans un Village où le ci de Ghinala fait quelquefois fa réfidence. Il
eft fort commun de voir dans le Pays des troupeaux de quarante ou cinquan-
te Elcphans. Lorfqu'ils font couchés dans la fange, pour s'y rafraîchir, ils
ne jeitent pas les yeux fur les paffans , & l'on n’a pas d'éxemple qu'iis ayent
jamais attaqué perfonne ; à moins qu’on ne fafle feu fur eux & qu’on ne les
rite par quelque bleffure, car ils deviennent alors des ennemis fi dangereux,
qu'il eft fort diliicile de leur échaper. Mais fi l'on parvient à les effrayer
aflez pour leur faire prendre le parti de fe retirer, ils le font avec beaucoup
de lenteur. Ils regardent fixement ceux qui troublent leur repos, & jet-
tant deux ou trois cris, ils continuent leur marche.
QuezquEes Matelots François remontant la Rivière dans une Barque,
virent un Eléphant fi embarraflé dans la fange, qu'ils fe promirent d'en fai-
re aifément leur proye. Comme ils ne pouvoient s’en approcher afez pour
1e
(n) I ya de l'apparence que c'eft plütôt Domingo.
Matta Formofa, à l'embouchure de Rio San-
Ece 3
Brue..,
1701,
Malanpagne
Mal L'ormofa,
Gonfede,
Kurbali,
Rivière de
Dousol,
Goilli
Rivicre de
Kurbaly.
Abondance
des Éléphans.
DRUE.
1701.
AChevaux-Ma:-
N w
sins, & leurs
Jà' lg:
Porturais
Ætaiis à Kur-
baly.
Fauffe idée fur
jes Serpens.
406 VOYAGES DES FRANCOIS E N
le tuer , leurs bales ne fervirent qu'a le mettre en fureur. Ne pouvant
auffi s'avancer vers eux, il n'eût pas d'autre moyen pour fe venger, que de
remplir fa trompe d'eau bourbeufe, & de leur en lancer une fi grofie pluye
qu'elle faillit de les abîmer dans leur Barque. Ils furent contraints de fe re-
tirer; & la marée qui revint bientôt, mit l'Eléphant en état de regagner la
rive à la nage.
Les Chevaux-Marins font en nombre prodigieux dans toutes ces Rivié-
res, comme dans celles du Sénégal & de Gambra; mais ils ne caufent nulle
art tant de défordre qu'entre celles de Kafamanfa & de Sierra-Léona. Les
Planttions de ris & de maïz que les Négres ont dans les Cantons maréca-
eux, font expofées à des ravages continuels , fi la garde ne s’y fait nuit &
jour. Cependant ils font plus timides & plus aïfés à chafler que les Elé.
phans. Au moindre bruit, ils regagnent la Rivière, où ils plongent d'a.
bord la tête ; & fe relevant enfuite fur la furface, ils fecouent Îles oreil-
les, & pouffent deux ou trois cris fi hauts, qu'ils peuvent être entendus d'une
lieuë (o).
IL fe trouve quantité de Portugais établis fur les deux rives de la Rivière
de Kurbaly. Leur occupation pendant tout le jour eft de demeurer aflis fur
des nattes à l'entrée de leurs maifons, fans autre habillement que leur che.
mife & des hautes-chaufles, & d'y pañler le tems à difcourir & à fumer.
Ils fe promenent rarement. Ils ne chaffent jamais. Enfin ils paroiflent à-
voir renoncé à toutes fortes d'éxercices. Après avoir mangé du Kola, ils
boivent de l'eau, que l'amertume de cette noix leur fait trouver plus agréa-
ble, [ Le Commerce des deux côtés de la rivière de Kurbaly eft confidérable ,;#
mais il eft difficile à caufe de la quantité de Bancs & de Roches dont fon lit
eft femé. ] Cela n'empêche pas les Portugais d'y trafiquer continuellement,
par le miniftère de leurs Gromettes. On y voit fans ceffe defcendre & mon-
ter leurs Canots, quoique la marée foit fi violente qu’elle s'approche avec
un bruit horrible & qu'elle arrive en un moment. 11 s’y trouve des Serpens
d'une grandeur prodigieufe. On en a vu de vingt-cinq & trente pieds de
long. On affüre même qu'ils font capables d’avaler un Bœuf entier, à la
feule exception des cornes. Mais comme ces récits viennent des Portugais,
ils font d'autant plus fufpeéts, qu'on n'ignore pas que la nature apprend aux
Serpens , lorfqu'ils dévorent quelque animal, à commencer parlatête. Ain-
fi, dire qu'ils ne peuvent avaier les cornes d’un Bœuf, c’eft donner lieu de
conclure qu'ils ne nuifent pas plus au corps.
PENDANT Île Voyage que Brue fit a Geves, la mort y enleva le Capitaine
Manuel Alvas, Gouverneur de cette Ville pour le Roi de Portugal. C'étoit un
Chrétien Négre, Chevalier de l'Ordre de Chrift, &le plus généreux Cava-
lier du Pays; qualité rare parmi les Négres, & qu’il portoit fi loin, qu'outre
l'accueil agréable qu'il faifoit aux Etrangers, perfonne ne fortoit de fa maifon
fans avoir reçu de lui un préfent d’or, plus ou moins confidérable, fuivant
la qualité de fes Fôtes. Bruce, en arrivant dans la Ville, ne manqua point
d'aller faire fes complimens de condoléance à la Veuve & aux Enfans du
mort. Aufli-tôt qu'il parut à la porte de la maifon, les Pleureufes gagées pour
cette
(e) Labat, Tom. V. pag. 242. € Juiv.
cette «
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mort «
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dus d'une
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à fumer,
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Kola, ils
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ellement,
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che avec
s Serpens
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ier, à la
ortugais,
rend aux
ête. Ain-
er lieu de
Capitaine
C'étoit un
ux Cava-
qu'outre
fa maifon
, fuivant
ua point
Enfans du
gées pour
cette
idérable + À
DIFFERENTES PARTIES pr L'ATRIQUE Iaiv. VI. Cnar, IX. 407
cette cérémonie, commencérent leurs lamentations, comme fi le Gouver-
neur eut expiré le même jour.
Les ufages des Portugais & des Négres font à-peu-près les mêmes à la
mort des Chefs d'une famille. Il feroit difficile de juger laquelle des deux Na-
tions emprunte les fiens de l'autre. Lorfque la principale perfonne d'une Mai-
fon a rendu l'ame, toutes les femmes du voiïfinage s'affemblent; & fi le
nombre n'en n'eft pas aff:z grand ,on en prend d’autres à gages. Ces femines
tiennent compagnie pendant quelque tems à la Femme & aux Enfans du
mort, & font leurs gémiflemens en cadence. Ces cris funébres, accompa-
gnés de foupirs & de larmes, font capables de toucher vivement ceux qui
ne les prendroïient pas pour de fimples grimaces. A la fin de chaque fcene,
on fert aux Pleureufes de l'eau-de-vie & du vin de palmier, qu’elles boivent
d'aufli bonne grace que fi elles n’avoient fait que rire pendant tout le jour.
Elles fe réjouiflent anfi jufqu'à l'arrivée de quelques nouveaux fpeétateurs,
devant lefquels cette comédie recommence,
Les Enfañs du Capitaine Manuel étoient affis fur des nattes, en deuil pro-
fond, avec tous leurs Parens autour d'eux. Lorfque Brue leur eut fait fon
compliment , il s'aflic près d'eux, & pendant quelques momens il régna dans
la compagnie un profond filence. Enfuite on fervit du vin de Palmier. Tous
les afliftans en bûrent quelques verres, après quoi la converfation tourna fur
les nouvelles, tandis que les Pleureufes , qui étoient dans une chambre voi-
fine avec la Veuve, crioient de toutes leurs forces, bûvant dans les inter-
valles & récitant les grandes aétions du mort. Après avoir affifté une heure
entière à cette trifte cérémonie, Bruc fe leva & fut conduit à la porte par
les Parens; car l’ufage oblige les Enfans de demeurer fur leur natte, dans la
même pofture, c’eft-à-dire, à demi étendus, & la tête appuyée für le bras,
“#[excepté quand il faut boire. On recommence les cérémonies à chaque Com-
pagnie qui arrive; & quand il en arrive plufeurs, c’eft une néceflité de
beaucoup boire, pour pouvoir pleurer beaucoup.]
Brue fut invité aux Obféques du Capitaine. Tous les Portugais du Can-
ton y afliftèrent en habits longs, avec leurs longues épées & leurs poi-
gnards. On avoit placé devant la maiïfon du Mort huit petites Piéces de
canon, dont on fit une décharge au départ du Convoi. On continua de tirer
fucceffivement chaque Piéce, à mefure que la Proceffiondéfiloit. Après l'En-
terrement , on fit encore une décharge générale. Enfuite le Cortège étant re-
tourné à la Maifon, on y diftribua du vin de Palmier, & tout le monde fe
retira.
Le Capitaine Manuel avoit toûjours donné un appartement dans fa Maifon
aux Faéteurs l'rançois que leurs affaires amenoient à Geves. Mais l'état de
fa famille ne permettoit pas au Général d'en attendre cette civilité. Un Offi-
cier Portugais, nommé Dom francifco Collea, le fit prier d'accepter un lo-
gement près de fa Maifon. Il profita de cette offre; mais ayant cru devoir
une vifite à fon Hôte, il fut furpris ea approchant de fa Maifon d'entendre
des cris fi aigus, que s’il avoit diftingué plus d'une voix, il les auroit pris pour
quelque nouvelle cérémonie d'Enterrement. Etant entré, il trouva un grand
homme maigre, dans un Hamac, ou'un Branle, qui faifoit une pénitence
forcée pour les péchés de fa jeuneffe. Sa femme, qui étoit une Négreffe du
Pays, ne manquoit ni d’agrémens ni de politeile. Elle avoit préparé l'appar-
tement
Drvr,
1701.
Cérémonies
funébres com:
munes aux
Portugais &
aux Nogres.
Brue accerte.
un logement
chez Dom
Francifco Col-
Ica,
Ftatoùille
trouve,
Tempcrance
Ï
forx des Por
qu!
liamincos,
oifcaux fort
YCVETCS de
Ncegr S
Oifeaux nom-
sis Spatules,
Différentes
rivières furia
Côte ou qui fe
jettent dans
KH10 Grande.
408 VOYAGES DES FRANCOIS
tement du Général avec autant de propreté qu'elle avoit pl , c'eft-à-dire qu'el-
le y avoit misun branle, des chaifes, des nattes, une table, du bois & de
l'eau, & qu'elle y avoit laiflé des domefliques pour lui faire fon louper, Feu.
reufement, il avoit apporté des provifions & du linge, parce qu'il s'étoitat-
tendu à n'en pas trouver aifément dans la Ville, Cat un embarras extrême
lorfqu'il faut fe procurer un chevreau où quelques poulets, Les Portugais, qui
fonc établis depuis long-tems dans un Pays fi forts & fi capable de culture,
fe laiflent manquer des choïss les plus necellurss à la vie, & fe traitent plu
milérablement que les Negres.
CeTrTe difette générale de provilons les force à la tempérance, Leur
nourriture la plus ordinaire, eft la chair des Chevaux-Marinsÿ viande, qui
avec l'apparence du Bœuf, n'a qu'un goût fauvage de poiflon, Ils n'ont pus.
res d'autre vin que celui de Palmier, ni d'autres liqueurs que le Run, En.
core ur Rum ett-il ii fort & d'une odeur fi défigréable, que dans les If
les voifines, il n'y a que les Négres & la plus vie populace qui en veu!
lent faire ufage. La Chafle pourroit fuppléer au défaut de la volaille & da
bettiaux, car le Pays ett rempli de Singes, de Grazelles, de Daims, & d'i
«re gibier. Il s'y trouve auf des Oileaux de toute efpèce, & dans à.
grande abondance. Mais le foin de les tuer feroit un éxercice trop pénibk,
pour des gens qui préfèrent l'oifiveté & l'inaction à tous les plautirs.
Les l‘lamingos font en grand nombre dans le Canton, & li refpectés par
les Mandingos d'un Village à demi-licuë de Geves, qu'il s'y en trouve dés
milliers. Ces Oifeaux font de la gr: .deur d'un Cog-d'Inde. Ils ont les jam-
bes fort longues. Leur plumage éit d'un rouge de feu , melé de quelques plu-
mes noires. Mais leur chair a le goûc huileux, & faitun mets très-médiocre
pour ceux qui n'y font pas accoûtumés. Les Iabitans du meme Village por-
tent le refpeét fi loin pour ces animaux, qu'ils ne fouffrent pas qu'on leur faf
fe le moindre mal. Ils les laïent tranquilles fur des arbres, au miicu de leur
Habitation, fans être incommodés de leurs cris, qui fe font entenire néan-
moins d'un quart de lieuë. Les François en ayant tué quelques-uns dans cet
azile (p}), furent forcés de les cacher fous l'herbe, de peur qu'ilne priten-
vie aux Négres de venger fur eux la mort d'un: bête fi révérée,
Dans plufieurs endroits de la Côte, fur-tout aux environs de Geves, on
trouve une forte d'Oifeaux de Rivière, de l'efpèce des Oyes ou des Canards.
On l'a nommé Spatule, parce que leur bec a beaucoup de reffemblance avec
cet inftrument de Chirurgie (q). Ils ont la chair beaucoup meilleure que les
Flamingos (r ).
Rio GRANDE n'elt au’a dix ou douze licuës au Sud de la Rivière de Gc-
ves. Dans l'intervalle, on trouve deux autres petites Rivières qui font peu
fréquentées. Le Commerce des Efclaves cit plus où moins riche dans cette
Contrée, fuivant les guerres des Habitans & leurs divers fuccès. On en tire
aufi de l'yvoire, de la cire, & de l'or.
EN remontant Rio-Grande, quatre-vingt lieuës au-defus de fon embou-
chure, on arrive dans le Pays des Nalus ou des Analoux, Négres qui ont
beaucoup
(p) Angl. quelques-uns qui étoient fortis dans l'Hifloire Naturelle de ces Régions,
de cet azyie. R. d.E, Fer) Labat, ‘Ton. V. pag. 248. © Jui
g: Voÿez fa Defcription au Tome fuivant,
taine «
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Portu,
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beaucoup
ÉTIONs,
& Jui
DIFFERENTES PARTIES pe 2'APRIQUE, Liv. VI. Ciur, IX. 409
beaucoup de paflion pour le Commerce. Leurs richefles font l'yvoire, le ris,
le maïz, & les Efclaves. |
A feize lieuës de Rio-Grande, vers le Sud, on trouve la Rivière de No-
gne (s) ou Nunez, fur les bords de laquelle on fait un Commerce annuel
de trois cent quintaux d'yvoire, à huit ou dix barresie quintal, & d'une cen-
taine d'Efclaves, depuis dix jufqu'à quinze barres par tête. Le ris y eft ex-
cellent & à fort bon marché. Les cannes de fucre & l'Indigo, y croiffent na-
turellement. Ce Commerce fe fait depuis le mois de Mars jufqu'au mois
d'Août, pour fe ménager l'avantage des vents du Sud au retour.
Le Pays, aux environs de la Rivière de Nogne, produit un Sel que les
Portugais eftiment me de & qu'ils regardent comme un contre-poifon.
Ils ont l'obligation aux Eléphans de leur en avoir découvert la vertu. Les Né-
res qui vont à la chaîle de ces animaux, leur tirent des fléches empoifonnées ;
& lorfqu'ils les tuent, ils coupent l'endroit où la fléche a touché, & vuident
le corps de fes boyaux, pour en manger la chair. Des Chafleurs qui avoient
bleffé un Eléphant, furent furpris de le voir marcher & fe nourrir, fans au-
cun reffentiment de fa bleffure. Ils cherchoient la caufe de ce prodige, lorf-
qu'ils le virent s'approcher de la Rivière & prendre dans fa trompe quelque
chofe qu'il mangcoit avidement. Ils trouvèrent, après fon départ, que
c'étoit un fel blanc, qui avoit le goût de l'alun. Un autre Eléphant, qu'ils
blefférent encore, s'étant guéri de la même manière, les Portugais, qui font
dans une défiance continuelle du poifon, firent diverfes expériences de ce fel,
& le reconnurent pour un des plus puiflans antidotes qui ayent jamais été dé-
couverts. Que le poifon foit intérieur ou extérieur , une dragme du Se/de No-
gne, délayée dans de l’eau chaude, eft un remède fpécifique.
ON compte cinq Rivières entre celles de Nogne & de Sierra-Léona. Leurs
noms font (+) Ponghé, Tafali, Samos, & Carte. Les Peuples qui en ha-
bitent les bords, fe nomment les Zapez, les Foulis, les Kokolis, & les Nalus.
Les Zapez font divifés en Pre Tribus, diftinguées ds autant de noms; les
Zapez Errans, les Zapez Volumez, les Zapez Rapez, & les Zapez Sufez. Tou-
res ces Nations font Idolätres, & n’en reconnoiffent pas moins un Etre fu-
prême, auquel ils ne rendent aucun culte, parce qu'ils fe fienc à fa bonté. Ils
empoifonnent fi habilement leurs fléches, que la moindre bleflure caufe la
mort dans l’efpace d’une demi-heure. Mais ils n'entendent pas moins l’art
des Contre-poifons. Leur principal Commerce eft celui de l’yvoire, & d’un
certain fruit nommé Xola, dont les Portugais font beaucoup d'ufage, pour
relever le goût de l’eau, comme on l'a déja fait obferver.
Les Anglois ont un petit Fort fur la Rivière de Sierra-Léona, d'où leur
Commerce s'étend dans l'intérieur du Pays, jufqu'à celui des Foulis, à l’Eft.
ls en tirent des Efclaves, de l'yvoire, & mêmeun bonne quantité d’or (v).
Mais
(:) On lit [mal-à-propos] Nonguc dans la Pichel Fafali, où Tafali, Pugne on Poçom,
Carte de De l'Ile, {puifqu'il eft certain que le Kagranga, & das Cajass] & dans la Defcrip-
nom vient de MNuannez où Nugnez.] D'autres tion de Sierra-Léona l'Auteur même en met
veulent Munbo. dix.
(:) L'Auteur n'en nomme que quatre. Les (vw) Les Anglois ont depuis abandonné ce
«yCaites en mettent fix [qui font das Padras, Fort, .
IT. Part. ff
Brume,
1701.
Rivicre de,
Nogne ou Nu-
nez,
Efpèce de
fel, quicttun
contre-poi-
fon,
Cinq rivières.
Ancien Fort
Angloi:.
INTRODUC-
TION,
ANONYME.
16953.
Royaume des
karbetlins.
Royaume de
Barra,
‘fe des
Chiens ou
Charles,
go VOYAGES DES FRANCÇOISEN
Mais on n'a point encore ap ris d’où cet or vient comme de fa première
fource. La Rivière de Sierra-Léona borne au Sud la Conceflion de la Com.
pagnic du Sénégal (x).
(x) Labat, Tom, V. pag. 257. €? Juiv.
$. VIL
Supplément au Voyage de BifJao, par un Voyageur Anonyme.
N a l'obligation de la Relation fuivante aux Obfervations d'un François
qui fit le Voyage de cette Partie de l'Afrique dans le même tems que
Le Maire, & qui le vit à Gorée en 1682. Auñli l'a-t'on publiée en 1696, à la
fuite du Voyage de Le Maire aux îles Canaries; mais il femble que contenant
des Remarques curieufes fur les Rivières & les Habitans des Côtes qu'on vien:
de repréfenter, il ne peut étre placé plus naturellement qu'après le Voyage
du Sieur Brue à Biffao. ”.
Le Royaume des Barbeflins, qui font prefque tous Mahométans, & qui
touchent au Pays des Jalofs, n'a pas plus de fix ou fept lieuës d'étendue fur
la Côte, Il commence au Village de Jual, & n'eft habité dans cette part'e
que par un petit nombre de Mulâtres & de Portugais. Il a dans fa dépen-
dance, près du Cap-Verd, un autre petit Village nommé ÆKwringhe, où fe
fait le principal Commerce du Pays.
Au Sud, on trouve à fept ou huit licuës la Rivière de Brufalem ou de
Borfali (a), dont l'embouchure eft fort large, mais remplie de bancs de fable
qui ferment l'entrée aux Canots, aux Chaloupes, & aux petites Barques. 1:
Commerce y eft de peu d'importance. Cependant les Portugais y achetent du
fel & des provifions de vivres.
Sur la même Côte, deux lieuës plus bas, eft la Rivière de Gambra, qui
offre deux pailages aux Vaifleaux, l'un au Nord & l’autre au Sud. Elle peu:
recevoir des Bitimens de cinq cens tonneaux ; mais auparavant il eft à-pro-
pos de fonder le canal, fi l'on veut fe garantir des Bancs. En entrant dans la
rivière on trouve au Nord le Royaume de Barra, dont ie Roi fait fa réfiden-
ce à un quart de licuë de la Mer. Les Habitans font Mandingos, & la plüpart
Mahométans.
L'Iszx des Chiens, qui fe nomme aujourd'hui l'Ifle Charles, où l'on peut
pañer à pied fec dans les bafles marées, eft vis-à-vis de cette Région. Elle
étoit autrefois habitée par les François, qui fe laiffèrent furprendre & mal:
facrer par les Négres. Depuis leur infortune, elle eft demeurée fans Fla-
bitans, & fes avantages ne font pas aflez confidérables pour en attirer. Les
Négres l'lups, ou Floupes, font précifément à l'entrée, fur la Pointe Sud.
Six lieuës plus haut dans la rivière, on voit le Village d'Albreda, où les
François avoient autrefois (») un Comptoir. Les Anglois en ont un à Ji-
fray, qui eft une lieuë plus loin fur la méme rive. Ils ont aufli un Fort rc-
gulier dans l’Ifle, qui n'eft pas à plus d'un demi-quart de lieuë de Jüfray (c).
e
(a) L'Auteur met Brefalnie. Pc) Angl. qui n'a qu'un demi-quat de
; : b) Is l'ont rétabli depuis le voyage de licuë de tour. K. d, E.
Auteur,
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ray (c).
Ce
quart de
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Cwar, IX. 412
«Ce Forc[, bâti fur une roche pourrie & graveleufe eft muni de plus de cinquante
& piéces de canon ; mais faute de mains { ou d'habileté ] pour les employer, clles
ne font pas d'un grand ufage. Les Anglois fonc obligés de faire venir leur bois
& leur eau du Continent. Ils ont la mulleure partie du commerce de cette ri-
vière , qui confifte en Efclaves Négres, en cire & en yvoire. Elle eft nuvi-
gable l'efpace d'environ deux cens lieuës.
La rivière Zamende (4) eft habitée par différentes fortes de Négres. Ceux
ui habitent l'embouchure font de la race des llups, Nation extrémement
fauvage (e) qui occupe toute la Côte jufqu'à Bull , à l'entrée de Rio San-
Domingo. Cette Côte eft beaucoup mieux peuplée que celle de la Gambra.
SerrT ou huit lieuës plus haut, la marée forme un ruiffeau, qui conduit
à la Ville de Jam, où les Portugais font une groffé quantité de cire, qu'ils
tranfportent à Kachao & fur les bords de la Gambra, Les Pays voifins font
habités par les Négres, nommés Bagnons, dont le Roi fait fon féjour ordinai-
re à douze ou treize lieuës de la Mer,
Le cours de Rio $S. Domingo eft de l'Eft à l'Oueft, mais il fait différens
tours pendant plus de deux cens lieuës, Ses rives ont auili différentes fortes
d'Habitans, Négres & Portugais, qui font raflemblés dans plufieurs Villages.
A l'embouchure, du côté du Nord, les Portugais ont un l'orc, muni de qua-
tre piéces de canon, & commandé par un Sergent , avec quatre Soldats,
Quatre lieuës plus loin, fur la meme rive, près du Village de Bulol, onren-
contre la petite rivière de Linghin, qui n'a que huit ou dix lieuës de cours
dans les terres, & qui eft occupée par les Bagnons. Elle a, près de l’en-
droit où elle fe perd dans celle de $. Domingo, le Village de Quongain (f)
habité par quantité de Portugais & de Gromettes, qui ramaflent beaucoup
de cire.
La rivière de Bujind vient fe décharger du même côté, trois lieuës au-def-
fus de l'endroit jufqu'où la marée remonte. Elle coule douze ou quinze lieuës
dans les terres, & fes bords font habités par la même Nation, qui fait aufli
le commerce de la cire. C’eft la route ordinaire de Tam à Kachao.
A l'entrée de la rivière de S. Domingo, du côté du Sud, on trouve un
grand Bois, nommé (g) Matta formofa, qui renferme un Village habité par
des Flups, mais moins barbares qu'on ne les a repréfentés dans leurs autres
Cantons. On fait avec eux le commerce des Efclaves & des provifions, fur-
tout du ris, que leur terroir produit en abondance. Deux lieuës plus loin, en
continuant de remonter, on rencontre une petite rivière qui net pas navi-
gable, & qui fépare le Pays des Flups de celui des Papels.
Les Négres qui fe nomment Papels, font Idolâtres comme les Flups, &
gouvernés par un Roi qui fait fa réfidence à cinq ou fix lieuës de cette rivié-
re. À la mort des perfonnes confidérables, ils facrifient des Veaux , des Che-
vreaux & des Chapons à leurs Dieux, qui font généralement des arbres, des
cornes de ‘T'aureanx & d’autres fubftances inanimées. Dans le méme Canton,
trois
(g) Suivant ce récit, Matte l'ormofe de.
(4) Ou Jam, où Fameni. C'eft la même
vroit être placée, dans la Carte, à l'endroitott
rivière que la Kafananta,
(e) On a deja cixé cet endroit de la Rela- efl Buloi où Bulot, comme l'Auteur l'appelle,
rion, qui devroit être reculé plus loin au côté Noril
(f) La même fans doute que Guinguin ou de la rivicre,
Ghinghin,
Fff2
AnNonNvur
1095.
Divers lieux
fur les bords
de Rio San.
Domingo,
Rivière de
Bujind,
sr VOYAGES DES FRANÇOIS EN
ANONYME. trois ou quatre lieuës plus loin, ef fituée la Ville de Kachao (h}, Colonie comr
RE LL OR Portugaife. Cette Vi'!> a trois Forts, dont le premier contient dix ou douze l'exe
dures Vi” Piéces de canon, & les deux autres chacun deux ou crois. Elle eft comman- ce,p
de Kachao & déc par un Capitaine-Major, qui dépend du Gouverneur Général des Ifles Barb
de Faim, du Cap-Verd. Sa Garnifon eft recrutée tous les ans par trente ou quarante des L
Soldats Portugais, dont la plûpart ont été bannis pour leurs crimes. Le nom- de Bi
bre des Fabitans eft de deux ou trois cens hommes, fans y comprendre leurs l'un :
femmes & leurs Concubines. [La plüpart fonc mulâtres.] Le Roi de Portugal sg des P
entretient à Kachao un Receveur des droits, qui font de dix pour cent fur petit
tous les Vaiffeaux Marchands qui arrivent & qui partent; avec un Écrivain C:
ou un Sécretaire, qui éxerce tout-à-la-fois l'Office de Notaire & de Chérif entre
i). C'eft au Gouverneur qu'appartient l'adminiftration de la Juftice, 1ly
a dans la Ville une Eglife Paroïliale, qui a fon Curé, dépendant d'un Vif.
teur, ou de ce qu'on appelle en France un grand Vicaire, pour l'Evêque
Diocéfain de S. Jago. Les Capucins ont un Couvent à Kachao, mais on y nom
voit rarement plus de crois ou quatre Religieux. Les Ffabitans de la Ville vent
ont de petites Barques, avec lefquelles ils éxercent le Commerce fur les ri- vent
vières de Nogne , de Pouque, de Sierra Léona, & dans les [fles des Bifla- plufi
os, d'où ils tirent beaucoup de cire & d'Efclaves , ont une petite quantité L
'yvoire. ne fc
Les Portugais ont plus haut fur la même rivière une autre Ville, nom- uns.
mée Farim, à cent cinquante lieuës (k) de Kachao, mais beaucoup moins fur-ti
peuplée. Elle n'a pour Fortifications qu'un enclos de paliflades. Les princi- enter
aux Habitans de Kachao ont des maifons à l'arim, où leurs Gromettes tom
ont des étoffes de coton & de la cire. La Ville eft gouvernée par un Capi- de p
verge dépendant de celui de Kachao. On appelle Mandingos , les Né- ue
res qui habitent les Contrées voifines. Tous les Villages entre Kachao & aire
arim font peuplés de Gromettes Portugais, qui s'employent à ramafñler du qui <
coton. quan
PL re EN quittant la rivière de S. Domingo pour s’avancer vers le Sud ,onren- be,
Domingo, contre plufieurs Ifles. La première, nommée Trois-Ifles, parce qu'elle en a L
(!) l'apparence, eft poffédée par des Gromettes Négres, qui fe font délivrés Ce |
de l’efclavage des Portugais. La plûpart, quoique baptifés, ont renoncé au Floti
Chriftianifme. Cette Ifle, qu'ils cultivent foigneufement, produit une extré- cun
me abondance de coton, dont ils fe font des habits. Ils ont des Canots, fur
lefquels ils vont commercer avec les Négres du Continent, dans un Village
nommé ("”)/e Bot. Mais ils ne permettent pas l'accès de leur Ifle aux Canots
étrangers.
Vrs-à-vis les Trois-Ifles, on découvre celle de Bufñfi, ou Buñfifi, quieft occu-
pée par les Papels, fous un Roi de peu d'autorité. Le canal qui fépare ces deux
les a fi peu de profondeur , qu’on n'y a pas de l'eau jufqu’aux genoux. Mais le
commerce
(b) L'Auteur écrit toüjours Cacheau & Gam. marquée ci-deflus plus jufte.
bie. {On a fait remarquer l'erreur de cette or- (1) Ce fonten effet trois Ifles, & l'Auteur
tographe.] s'eft trompé en les prenant pour une feule.
(i) Le Titre de Chérif, doit fignifier ici un (m) Ce Village, dont on a déja pari£, ell
Greflier, R. d. E. placé dans la Carte à trois lieuës de l'embou-
(4) Cette diftapce eft une erreur. On l’a chure de Rio San-Domingo,
Colonie
ou douze
omman-
des Ifles
uarante
Æ nom-
dre leurs
Portugal kf
cent fur
Écrivain
le Chérif
ce, Ily
l'un Vif:
l'Evêque
ais on y
la Ville
r les ri-
es Bifla-
quantité
le, nom-
ip moins
s princi-
sromcettes
un Capi-
s, les Nc-
achao &
nafler du
l,onren-
elle en a
: délivrés
noncé au
1€ extré-
nots, fur
n Village
IX Canots
eft occu-
ces deux
Masse
ommerce
& l'Auteur
e feule,
parlé, ef
e l'embou-
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI. Cnar, IX, 413
commerce n'en eft pasgnoins dangereux avec les Infulaires , parce qu'ils portent à
l'excès la défiance & la jaloufie, L Auteur rend témoignage que, de fa connoiffan-
ce , plufieurs Négocians Anglois & Ilollandois ont péri par la trahifon de ces
Barbares, Ils ont des provifions en abondance, celles que du ris, du millet,
des beftinux, de la volaille & des l'aifans, mais dune boobl médiocre, L'Ifle
de Bufi a de circonférence environ dix lieuës, On lui connoît deux Ports;
l'un à l'EIt, nommé le Port-Pieux ; l'autre au Sud-Eft , qui fe nomme (n) Port
des Pierres blanches. Vis-à-vis eft l'Ile de Kazelut (0), & plufieurs aucres
petites Ifles qui ne font pas habitées.
CezLe de Biflao eft à deux lieuës de Bufli, Le canal eft fi bien connu
entre ces deux lfles, qu'un Bâtiment de crois cens tonneaux y palle fans dan-
ger. Hiffuo n'a pas moins de quarante lieuës de circuit, Les Papels qui l'ha-
bitene feux Idolatres, & facrifient fouvent à leurs Dieux des Veaux, des Che-
vreaux & des Chapons. Elle a plufieurs Ports, dont le principal porte le
nom de l'ort Bijao. Plufieurs Vaifleaux de foixante piéces de canon y peu-
vent mouiller fans incommodité. Les Portugais y ont une Eglife & un Éou.
vent de Capucins. Ils fe marient fans difliculté avec les femmes du Pays, &
plufieurs jeunes Papels ont reçu le Baptème.
L'IsLE a neuf Rois, dont huit reconnoiflent l'autorité du neuviéme, &
ne font proprement que des Gouverneurs de Province. Lorfqu'il en meurt
un, on étrangle plus de trente perfonnes pour l'accompagner au tombeau,
fur-cout les jeunes filles & les Efciaves qui lui ont été les plus fidéles. On
enterre avec lui cette multitude de viétimes, & l'on renferme dans le même
tombeau fon or, fon argent, fon ambre gris, fes étoffes & ce qu'il avoit
de plus précieux. Il ne fe préfente pas d'autres concurrens pour le Trône
uc les Vengres , dont la dignité peut être comparée à celle des Ducs &
airs en France. Ils s'affemblent en cercle, autour de la tombe du Roimort,
qui eft compofée de rofeaux & de bois fort léger. Elle eft foulevée par
quantité de Négres qui l'élancent dans l'air; & le Jeagre fur qui elle retom-
be, obtient la Couronne,
Le Palais de l'Empereur n'eft éloigné du Port de Biffao que d'une lieuë,
Ce Monarque a fes Gardes, fon Armée & fes femmes autour de lui. Sa
Flotte eft compofée d'environ cinquante Canots, qui peuvent recevoir cha-
cun trente hommes. La feule arme de la Milice eft un cimeterre attaché au
bras. Pour habillement, les Infulaires de Biffao portent une peau de Che-
vreau, qui pend derrière eux, & qui paflant entre leurs jambes, fe relève par-
devant pour cacher leur nudité. Leurs guerres font contre les Biafaras, qui
habitent le Continent à l'oppofite de leur Ifle. Elles fe renouvellent deux ou
trois fois dans le cours de l’année.
Les Portugais avoient autrefois bâti un Fort dans l’Ifle de Biffao, & l'a-
voient monté de huit piéces de canon, pour interdire le commerce de l’Ifle
aux Etrangers; mais les Négres ne le fouffrirent (p) pas long-tems. Ils
ont toûjours entretenu la liberté de leur Pays, en recevant dans leurs Ports
les Etrangers qui s’y préfentent pour le Commerce, & leur accordant la
permiflion
(n) Il s'appelle aufMi Pori-neu/, Voyez cy- (hp) Voyez ci-deTus le Voyage de Brue à
delTus. Bifao, KR, d. T.
(o) Erreur, pour Kazegut
Tff 3
ANONYME,
109$.
{ )biervation
fur l'ile de
Biilio,
414 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Axoxvwe, permiflion de l'éxercer dans l'Ifle avec une parfaite fhæté, Mais avant que
1695. de les laiflèr defendre au rivage, leur Roi confüulteles Dieux par un facriti.
ce folemnel,
Ie Sortières, V'isa-vis de Bifiao eft une Ifle nommé Sortièrer, couverte d'arbres, où
les Nôgres vont faire tous les ans leurs grands facritices, Les Vaileaux y
font en füreté fur leurs ancres.
La rivière de Geves coule environ foixante-dix lieuts dans le Continenr
par divers détours au Nord-Fit & au Sud-Eft, ‘Tous les Villages qu'elle à
fur fes bords, à une lieuë de la Mer, font habités par les Biafaras, A l'en.
Coufede, crée, fur la rive de l'Eft, on trouve le Village de Gonfede (4), où l:4
Veaux & la Volaille font çn abondance, Les Nègres y vendent auili de l'v.
voire & quelques Efclaves. c
Geves. Cinq lieuës plus haut dans la rivière ,on arrive à la Ville de Geves, dont
la plûpart des Habitans font Portugais & Gromertes, Cette Ville eft défen.
due par un enclos de paliffades. Elle a fon Eglife, fon Curé; & pour Com-
mandant, un Capitaine qui dépend du Gouverneur de Kuchao, Les lieux
voifins font poflédés par les Biafaras,
Les Portugais ont quantité de Barques, fur lefquelles ils portent leur
commerce jufqu'à Sierra Léona. Ils les envoyent aufli dans la rivière No-
gne, pour en apporter de l'yvoire & de l'Andige en feuilles, qui leur fert à
teindre leurs étoffes. Il fe fait un grand commerce de ÆKoë@ers (r) fruit qui
par fa forme & fon goût reffemble beaucoup aux marons de l'Inde, Il y en
a de rouges & de blancs. Le principal tranfport eft dans le Pays des Biafa-
ras & des Mandingos. |
Les Larques ne peuvent aller plus loin que la rivière de Geves; mais
avec les Canots on pénétre dans plufeurs petites rivières qui coupent le
lîe deBulam, Pays. Vis-à-vis cette Côte (5), on rencontre plufieurs Ifles, particuliè-
rement celle de Bulam, qui eft fort riche en arbres, mais fans aucun Habi-
tant. Elle eft à l’'Embouchure de Rio-Grande, & fon circuit eft d'environ
fix lieuës, Les autres Ifles ne méritent pas qu'un Voyageur s'y arrête, ni
qu'il en parle.
(g) Angl. Gouffade. R. d, fi, on a parlé plufieurs fois,
Cr) C'elt vray-emblablement le Kola, dont (s) Angl, vis-à-vis le lort, R. d, E,
GE EL ASS 200 EE AE 120 GLES xx A8D ÉTD 10 FIN GTR LABS 39 612 MEN
CHAPITRE x.
Entreprife pour découvrir le Lac de Kayor en 1714, avec des Obferva-
tions Jur le Commerce de Gore.
Brur. E Lac de Kayor, de Kayer, ou de Kailler, n'eft pas à plus de cinquante
SCI licuës du Fort Saint-Louïs, c'eft-à-dire , de l'embouchure du Sénégal.
PRINCES I] eft formé par les inondations de cette rivière, au Nord de laquelle il eft
fitué ; mais lorfque les flots fe retirent, il demeure à fec dans une grande
partie de fon étendue, & les Mores ou les Négres qui habitent fes bordsy
jont leurs Plancations de mullet & de ris, quiréuiliffent merveilleufement dans
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un
DIFFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Liv, VI. Car, X, 41
an terrein engraiflé par les eaux de la rivière (a), Ce Lac n'avoit pas ct
fort connu des François, où du moins leurs principales lumières venolent
des Mores & des Nègres, dont le témoignage eft toûjours fufpeét, On
feavoit , fur leurs récits , que le Lac de Kayor cit fort grand, & que
pour y naviguer on étoit obligé d'employer la Houflole, Quoique certe cir-
conflance parûe douteufe , on étoic für, du moins par l'accord de tous les
témoignages, qu'il eft plus grand que celui de Panier Fouli; que le Commer.
ce s'y droit fait autrefois avec beaucoup d'avantage, & que ss l'ays voifins
font habités par des Mores & des Négres füujets du Siratik (b),
Les changemens qui étoient arrivés dans la Compagnie l'rançoife ayant
fait perdre voutes les idées de ce commerce, Chamboneau, Direéteur au Sé-
négal en 1693, entreprit de les faire revivre, Il He partir du Fort Saint-Louis,
une Barque , avec un Faéteur & des marchandifes. Les François chargés de
cette commiflion arrivèrent au Lac & n'y entrérent pas fans dificulté, Ils
eurent à craverfer une forêt de rofeaux , qui rendoient le pañlage prefqu'im-
oflible, Cependant après avoir furmonté cet obflacle, ils furent effravés par
Le d'un corps de Négres armés, qui fe préfenta fur la Côte, prés d'un
Village où ils fe propofoient de débarquer. Ils revinrent fans aucun fruit de
leur voyage; & les récits qu'ils en firent ayant paru terribles, le Direéteur
ne trouva perfonne qui voulut tenter la même entreprife,
Brug, qui fe trouva revétu de la qualité de Direéteur en 1697, entra
d'abord ardemment dans les vües de fon Prédéceffeur ; mais d'autres affaires
le forcèrent de les fufpendre jufqu'en 1699. Enfin, fon caraétère lui faifane
méprifer les difficultés, il envoya une Barque bien armée, fous la conduite
d'un Faéteur habile, avec les Marchandifes convenables & des préfens pour
les Chefs Mores. Il avoit eu la précaution de mettre dans fes intérêts quan-
tité de Marbuts ou de Pretres, qui lui avoient promis de faire goûter fes
propofitions de commerce aux «.hefs de plulieurs Nations. La Barque gagna
heureufement la rivière de Kayor. C'eft un Canal naturel par lequel les eaux
du Lac communiquent avec la rivière du Sénégal, & celles du Sénégal vont
grofir le Lac dans leurs débordemens, Sa largeur et de feize ou dix-huit voi-
fes, & fa profondeur de douze ou quinze pieds. La Navigation n'y eft pas
difficile jufqu'au Port de Graine, ou d'Ingrin, Village éloigné du Lac d'envi-
ron huit lieuës, où les Négres ont un commerce établi pour le millet, ls
pois & d'autres légumes. Mais, un peu au deflus dece Village, les François
commencèrent à trouver le Canal fi bouché par l'épaifleur & la force des
rofeaux, qu'avec un fort bon vent & de l'eau dans une jufte hauteur, leur
Barque fut arrétée. Le laéteur, qui s'étoit fait accompagner par plufieurs
Canots du Village d'Ingrin, en prit un pour aller reconnoître de plus prèsla
grandeur de l'obftacle & s'ouvrir un pallage. Mais ne trouvant pas plus de
facilité à pénétrer, & les rofeaux s'élevant dans pluficurs endroits, de deux
toifes au-deffus de l'eau , il n'eut pas d'autre parti à prendre que de retour-
ner fur fes traces.
Crrre confirmation des premiers récits fit abandonner l'entreprife juf-
qu'en
(a) Labat Afrique Occident, Tom, IL gCb) Ce font les l'oulis,
pag: 53: € Jui,
Entrer!
dy Chant
hoau pour les
VoruRr,
Elle réuili,
mal,
Bruce la tente
auf avec peu
de (ucCGs,
Drur,
1714.
Seconde ten-
tative du ficur
Brue.
Il part dans
une Barque
de vingt ton-
Deaux,
416 VOYAGES DES FRANCOIS EN
qu'en 1714, que Brue prit la réfolution de la tenter lui-même, 1] femble que
la meilleure méthode auroit été de mettre le feu aux rofeaux dans le téins de
Ja féchereffe, & de les brûler ainfi jufqu'à la furface de l'eau; après quoi il
auroit été moins difficile de les déraciner ; [fur-tout avec le fecours des Né-
gres qui habitent les bords du Canal, & que leur propre intérét auroit atta-
chés au travail.] Les terres des deux côtés appartiennent à un Chef Né-
gre, nommé ÆRiguet, qui a plufieurs Villages au long des rives. Il eft Vañai
du Siratik (c). Son terroir eft fertile, & les Habitans y vivent dans l'abon-
dance. [Le Lac de Kayor fépare le Royaume de Hoval, ou du Brac, d'avecs
celui des l’oulis ou du Siratik.]
LA faifon des pluyes ayant fini tard cette année, & les eaux étant plus
groffes qu’à l'ordinaire, Brue fe flattoit de trouver les paflages plus ouverts,
ou du moins les rofeaux plus faciles à forcer. [ Au pis aller, sil lui arrivoitt#
de ne pouvoir pas pénétrer jufqu'au Lac, il vificeroit les Etablifiemens qui
font fur le Sénégal, & renouvelleroit l'amitié qu'il avoit eue avec les Rois
de ces quartiers.] Il fe mit dans une Barque de vingt tonneaux, comman-
dée par Gaudebou, ancien Officier de la Compagnie, qui connoifloit la rivic.
re & le Pays. [Il étoit arrivé à ce Maître de Barque une Avanture fingulière, té
Ilvenoit du Terrier-Rouge, où il étoit allé traiter de la gomme. Comme il
étoit occupé à faire bouillir la marmite fur le bord de la rivière, il fe viten-
velopé tout-d’un-coup par un parti de deux cens Mores qui étoient un Déta-
chement d'un Corps aflez confidérable, envoyé par le Roi de Maroc, pour
faire des Efclaves Négres. Gaudebou ne jugea pas à-propos de fe fier aux
fisnes d'amitié qu'ils lui faifoient: mais s'étant promtement retiré à fa Par-
ue ,ils’éloigna affez de terre pour ne pouvoir pas être infulté, & pour dé-
fendre fa chaudière qui étoit reftée fur le bord de la Rivière. Les Mores lui
criérent plufieurs fois de ne rien craindre, & de venir traiter avec eux ; mais
voyant qu’ils ne pouvoient le perfuader, ils s'approchèrent de la chaudière
pour l'enlever. Gaudebou leur cria de fe retirer, & accompagna fes paroles
de quelques coups de fufil. Les Mores lui répondirent fur le même ton &les
chofes s'échaufcrent fi bien de part & d'autre, qu'il y eut une efcarmouche,
qui dura plus de quatre heures, qui coûta la vie à un Blanc & à deux Lap-
tots de la Earque, outre deux autres Blancs & deux Laptots qui furent bleffes.
Les Mores n’en furent pas quittes à fi bon marché ; ils perdirent dix-huit a
vingt hommes, & eurent un plus grand nombre de bleflés. Enfin ils fe reti-
rérent, & laifférent le champ libre aux François qui remportérent la chau-
dière en triomphe.] Prue 6: fa fuite étant partis du Fort Saint-Louïs au com-
imencement de Novembre, ils arrivérent le foir du méme jour à Eukfar, ou
Buxar , qui en cft à 15 licuës. Cette Habitation eft un compofé de plufieurs
Villages, dans une grande Plaine qui aboutit aux bords du Sénégal. Les Né-
gres v nourriflent un grand nombre de beftiaux &: mènent une vie fort aifée.
{Les Blancs, qui font un peu délicats, ne s'accommodent guëres de la ma-t#
nière mal-propre dont ces Négres tirent leur lait; & quand ils paflent à quel-
que Coral (4), c’eft-à-dire à quelque troupeau de vache , ils ont foin de
porter
Kiaël ct un Village de forme circulaire, a-
vec une entrée étroite; & que les Hottentots
renferment pendant la nuit iur menu bétail
den:
(ce) Angl. du Brac. R. d. E.
é7(d ) Kolben dans fa Defcription du Cap de
Bonne-Efpérance, Vol. IT, pag. 176, dit qu’un
port
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que
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Les Nc-
rtaifée.
la ma-t#
ta quel-
foin de
porter
alaire, a-
loitentots
nu bétail
des
DIFFERENTES PARTIES be L'AFRIQUE, Liv. VI. Cup, X. 41?
porter avec eux un vaifleau bien net. Avec cette précaution ils font fûrs
d'avoir du lait excellent, au lieu que celui les Négres tirent dans leurs
calebafles, s'aigrit d'abord, parce qu'ils ne les nettoyent jamais, s'imaginant
que le vieux lait, qui refte au fond, fait crêmer le nouveau plus facilement.
On prétend que le lait de ce Pays eft plus chargé & plus fucré que celui d'Eu-
rope. Ce qu'il y a d'extraordinaire dans les Vaches de ces quartiers, c'eft qu'el-
les ceffent d'avoir du lait, dès qu'elles ceffent d’allaiter leurs veaux; c’eft
ce qui fait qu'on y mange peu de veaux, afin de ne fe pas priver du lait des
vaches. Ces Négres font des fromages allez bons, mais ils ne peuvent pas
conferver leur beurre frais pendant longtems ; cela les oblige à le fondre &
à le faler.] On remarque que de Bukfar jufqu’à la Mer , les beftiaux font pe-
xétits, & qu'on les trouve plus gros à mefure qu’on remonte la rivière, [Pen-
dant la nuit on attache les Vaches par un pied de derrière à des piquets, qui
font plantés en cercle, & l'on fait entrer dans le centre les Veaux, les Mou-
tons & les Chèvres.] Ils y font infeftés par certains Oiféaux qui s’attachent
fur leur dos, & qui leur mangeroient la chair jufqu’à l'os, fi l’on ne prenoit
foin de les en délivrer. Bruc, fans s'arrêter à Bukfar, continua de remonter,
avec le fecours de fes Laptots, jufqu'à l'Ifle des Palmiers. C’eft un peu plus
haut, du côté Nord de la rivière, qu'on trouve le Marigot ou le Cana de
Kayor. Il a quinze lieuës de longueur , du Nord au Sud. Dans l'endroit où
il fe joint au Sénégal fa largeur eft d'environ huit toifes. Le 4 de Novem-
bre, il avoit quatre toifes de profondeur, ce qui fit connoître au Général
que l’eau étoit beaucoup plus diminuée qu'il ne devoit s'y attendre dans la
faifon. Cependant fa réfolution n'en fut pas réfroidie. En avançant, ilobfer-
va que le Canal devenoit plus large & plus creux. Il jetta l'ancre près du
Village de Graine ou d'Ingrin, à trois lieuës du Sénégal, contre la rive gau-
che du Canal(e). | | |
Ce Village appartient à Riquet, Seigneur Négre du Royaume de Ho-
val, & parent du grand Brak. Quoiqu'il n’y faffe pas fa principale réfi-
dence, il y a des femmes & des Efclaves, pour ne pas manquer de compa-
gnie lorfqu'il y vient. Il s'y trouvoit à l'arrivée du Général. Il lui fit pré-
fent d'un Efclave, & Brue defcendit fans difficulté, pour tirer quelques pin-
tades avec lui. Il trouva le Pays agréable, bien cultivé, & libre de ces mou-
cherons importuns qui rempliflent les Cantons bas & marécageux. Le ris
& le maïz promettoient une riche moiffon für les bords du Canal. Les pom-
pions n’y étoient pas moins abondans. C'eft le nom que les Négres donnent
aux melons d’eau, que les Efpagnols appellent Pafteques. Les melons de
France & d'Efpagne, c'elt-à-dire, les rouges & les verds croiflent ici par-
faitement. On en ramaffe la graine; & les Négres s’en font un méts qu'ils
aiment beaucoup, en la rôtiflant dans des poëles pleines de trous. |
BrRuE paña la nuit dans fa Barque; mais le jour fuivant, Riquet lui rendit
une feconde vifite, accompagné d'une de fes femmes, qui fit préfent d'un
œuf gras an Général. Ceitt Dame avoit la taille bien prife, le vifage agréa-
ble,
dans la place qui refte vuide au milieu tandis celui de Kraal, aux troupeaux, & non aux
» le gros bétii attaché : 5 Ha- Villages.
que le gros bétail ett attaché autour des ,
bitations. Ainfi Labat paroit s'être trompé en ge) Labat, Tom, I. pag. 54. € Juiv,
donnant le nom de Coral , qui eft le même que
III. Part. G£gg
Il arrive auCa-
nal de Kayor.
Riquet, Sof.
gneur Négre,
Richeffe de
fon pays,
DrveE
1714.
Delles dents
de fa femme &
fon fecret
pour les cot
icrver,
Village de
Queuda,
Obfacles
aux progres
vers le Lac de
Kayor.
Viftes que
Druc recoi
borul.
CURE) à r
Scrupule rc-
ligicux des
Morces
_claves, c'eft-a-dire quatre cens cinquante livres,
y8 VOYAGES DES FRANCOIS EN
ble, & les dents d’une blancheur furprenante, Brue lui demanda quelle étoit
fa méthode pour les conferver fi belles. Elle luidit qu'elle fe les frottoit ave
un certain bois, dont elle lui donna quelques piéces. Ce bois fe nomme rhe.
lle, I croît fur le bord de l'eau & reflémble beaucoup à notre ozicr; mais
il eft d'un goût fort amer. L'age de Riquet paroïfloit d'environ foixante-
quinze ans: mais il jouifloit d’une parfaite fanté, il avoit l'air martial & ro-
bufte, avec beaucoup de vivacité dans les yeux. Son courage avoit éclat
dans les guerres des Négres contre les Mores Mahométans, où il avoit bar
tu plus d'une fois les troupes du Roi de Maroc.
Brue ayant levé l'ancre, fe rendit, quatre lieuës plus loin, dansun Village nom
mé Queda, fur la rive droite du Canal, & de la dépendance du Siratik, Em
pereu, ou Roi des Foulis. Le Canal & le Lac de Kayor feparent fes États de
ceux des Jalofs & du Brak, Ici le Canal fe rétrécic beaucoup , & l'eau s'abaifl:
vifiblement. Vis-à-vis du Village, il s'eft formé une crique fort profonde où
de gros Vaifleaux pourroient être à flot toute l’année; mais lorfqu'on en cf
forti, à peine trouve-t'on affez d’eau pour les plus petites Barques dans les
tems de féchereffe. Le Chef du Village vint faire les complimens ordinaires
à Brue & les accompagna d'un préfent. Il lui déclara que s’il ne finifioit pas
fon voyage dans l'efpace de quarante-huit heures, il falloit y renoncer ju.
qu'à la faifon fuivante, parce que les eaux fe retiroient avec une promptitu-
de dont on n'’avoit jamais eu d'éxemple. Un Seigneur de Kayor, qui vint
rendre le lendemain fes civilités au Général , luitinc le même langage, en
paroiffant fort affligé de ce que la retraite des eaux lui ôtoit l'efpérance de k
recevoir dans fon Village, Il l'affüra que fi les Barques Françoifés venoient
à la fin de Juillet ou d'Août, clles trouveroient le pañage plus libre, &
qu'elles feroient un Commerce avantageux dans le Pays, où les Habitans fe
roient charmés qu'on leur épargnat la peine de porter leurs marchandifes à
Arguim, à Portendic & aux Comptoirs du Sénégal. Il ajoûta que fi le Gé:
néral vouloit s'arréter deux ou trois jours à Queda, on lui fourniroit affez
de maïz & de ris (f) pour charger fa Barque. Bruc accepta cette offre, qui
fut éxécutée fidélement.
Le méme jour il reçut à bord un Seigneur More, accompagné de deux au-
tres, avec une fuite qui annonçoit fon rang. Les trois Seigneurs étoient fort
bazanés. Ils avoient la tete nue, les cheveux frifés au fommet & treflés pu
derrière. Leur barbe & leurs mouftaches étoient fort longues. Ils étoient
vétus comme les Négres ; mais leurs pagnes étoient d’une étoffe très-fine &
d'un noir brillant. Sans avoir beaucoup d'embonpoint ni la taille fort haute,
ils étoient de fort bonne mine & leurs manières fort polies. Le Principal fit
un compliment au Général & lui préfenta deux Bœufs d'une groffeur extraor-
dinaire , mais fi farouches que pour les empêcher de nuire il fallut les tuer
fur le champ. Les préfens des deux autres Scigneurs furent quelques beaux
pagnes. Brue leur fit aufli les fiens, & les ayant retenus à diner avec quel-
ques Seigneurs Négres, 1l ne leur épargna pas leau-de-vie. Mais par un fcru-
pule de religion, les Mores ne burentque de l'hydromel. Ils étoient venus fur des
Chevaux barbes d'une grande beauté, qu'ils eftimoient la valeur de quinze Ef-
LE
(f) Angl. & de fèves. R. d. E,
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les tuer
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un {cru-
s fur des
inze Ef-
L
Le lendemain au lever du Soleil, on vi arriver plus de cinq cens Mar-
chands, Ale ou Mores, avec du maïz, du ris & des fêves en coffe Cr}:
chargés fur des Chameaux, des Chevaux & des Anes, Les Chefs de Queda
K& de Kayor réglèrent les prix du marché. Leur mefurc [fe nomme Mtas,
c'eft un cube qui ].contient environ le minot de Paris. Le Commerce fe fit à
bord, avec la précaution de n’y recevoir à la fois qu’un petit nombre de Mar.
chands, pour éviter la confufion. Ils étoient fi empreflés à fe procurer des
cn 14 de l'Europe, que plufieurs tombérent dans l’eau; & le bruit au
roit été capable d'effrayer, fi l'on en avoitignoré la caufe, Cependant il n'ar-
riva aucun défordre. Les lrançois achetèrent quatre-vingt barrils de maïz, de
kpris & de fèves, [ qui ne coutérent pas cent livres. On traita encore ] de l'y-
voire, des plumes d’Autruche & quelques livres d’Ambre gris; mais,” avec'fi
peu d'efpace pour placer les marchandifes, ils furent obligés de renvoyer plus
de quatre cens Marchands.
PenpantT le féjour qu'ils firent à Queda, il arriva un accident qui retar-
da leur départ de quelques heures. Un des principaux Habicans du Village
mourut fubitement. & fa femme n'eût pas plütôt mis la tête à fa porte, pour
donner avis de fa perte par un cri, qu'il s'éleva un tumulte furprenant dans
toute l'Ilabitation. On n'entendit de toutes parts que des gémiflemens. Les
femmes accoururent en foule; & fans fçavoir de quoi il étoit queftion, elles
commencèrent à s’arracher les cheveux, comme fi chacune eut perdu toute
fa famille. Enfuite lorfqu'elles eurent appris le nom du mort, elles fe précipi-
térent vers fa maifon, avec des hurlemens qui n’auroient pas permis d’enten-
dre le tonnerre. Au bout de quelques heures les Marbuts arrivèrent, lavérent
le corps, le revétirent de fes meilleurs habits, & le placèrent fur fon lit, a.
vec fes armes à fon côté. Alors fes parens entrèrent l’un après l’autre, le
prirent par la main, lui firent plufieurs quiftions ridicules, & lui offrirent
leurs fervices; mais ne pouvant recevoir aucune réponfe, ils fe retiroient
comme ils étoient entrés, en difant gravement, il eft mort. Pendant cette
cérémonie, fes femmes & fes enfans tuèrent fes Bœufs, & vendirent fes
marchandifes & fes Efclaves pour del'eau-de-vie ; parce que l’ufage, dans ces
occafions, eft de faire un Folgar, c'eft-a-dire, de donner une fête après l’en-
terrement.
LE Convoi fut précédé des Guiriots, avec leurs tambours. ‘Tous les Fabi-
tans fuivoient en filence, chargés de leurs armes. Enfüuite venoit le corps en-
vironné de tous ies Marbuts qu'on avoit pû raffembler, & porté par deux
hommes. Les femmes fermoient la marche, en criant & fe déchirant le vifa-
ge comme autant de furieufes. Lorfque : mort eft enterré dans fa propre
maifon, privilége qui n'appartient qu'aux 1rinces & aux Seigneurs, la procef-
fion fe fait autour du Village. En arrivant au lieu deftiné pour la fépulture, le
principal Marbut s'approche du corps & lui dit quelques mots à l'oreille, tan-
dis que quatre hommes foûtiennent un drap de coton qui le cache à la vûe
des Afliftans.
Enxvrix les Porteurs le mettent dans la folle, & le couvrent auffi-tôt de
terre & de pierres. Les Marbuts attachent fes armes au fommet d'un pee
qu'ils
(g) Ang & des fèves dans des facs de peau, R. d, E,
Ggg 2
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI, Cirar. X. 419
Brurx,,
1714,
Commerce
des l'rançois
avecles [Tabi-
tans du Pays,
Funcrailles
d'un Négre
auxquelles
Bruc aitu,
#o VOYAGES DES FRANCOIS EN
qu'ils placent à la tête du tombeau avec deux pots, l'un rempli de kuskus ;
l'autre d'eau; [ c'eft-là fa provifion pour un an.] Après ces formalités, ceux jé»
qui foûtenoient le drap de coton le laiffent tomber ; fignal auquel les femmes
recommencent leurs lamentations, jufqu'à ce que le principal Marbut donne
ordre aux Guiriots de battre la marche du retour. Au méme moment le deuil
ceffe, & l'on ne penfe qu'à fe réjouir, comme fi pou n'avoit fait aucune
perte. Dans quelques endroits, on creufe un foffé autour du tombeau, & l'on
plante fur le bord une haye d'épine. Sans cette précaution, il arrive fouvent
que le corps eft déterré par les bêtes farouches. Dans d'autres lieux, la cé.
rémonie funébre dure fept ou huit jours. Si c'eft un Jeune-homme qu'on ait
perdu, tous les Négres du même âge courent le fabre à la main, comme s'ils
cherchoient leur camarade, & font retentir le cliquetis de leur armes lorfqu'ils
fe rencontrent. [ Brue prit plaifir à ce fpeétacle.]
Il retourne Quorque la Barque fut petite, il eut beaucoup de peine à retourner par
au Fort Saint- ]e Canal de Kayor, jufqu'au Sénégal. [ Les eaux s’étoient retirées avec une X
Louis. promptitude qu'il auroit eu peine à croire, s'il ne l'eût reconnu par fa pro-
pre expérience. Dans le chagrin d'avoir manqué fon entreprife,] il ne pen.
fa qu'à retourner direétement au Fort Saint-Louïs.
f. IL.
Obfervation fur le Commerce de Gorce.
E département, ou la divifion du Comptoir de Gorée, comprend le
commerce des Royaumes de Xayor, de Sin, & de Salum.
ON a déja vû que le Royaume du Damel, ou de Kavor, eft affez loindu
Lac qui porte le même nom. Il eft près du Cap-Verd & de Gorée; au lieu
que le lac eft dans le Zarra, ou le Défert, habité par les Mores, au Nord
du Sénégal. Le commerce du Royaume de Kayor produit chique année deux
ou trois-cens Efclaves, vingt mille cuirs [en poil ], & deux-cens cinquante x#
quintaux de morfil ou d'yvoire. [es cuirs montoient autrefois jufqu’a qua-
tre-vingt mille; mais les oppreflions du Damel ont dépeuplé le Pays & di-
minué le nombre des Beftiaux.
Trois Tarifs La Compagnie Françoife a trois tarifs pour le Département de Gorée;
de la Compa- l’un qui fert de régle pour le Commerce avec le Roi, l’autre avec les Grands
Ein D du Pays, le troifième avec le Peuple. Le principal, qui regarde le Roi, cit
pour le commerce des Efclaves. [ Lorfqu'ils font piéce d'Inde, c’eft-à-direK”
lorfqu'ils ne font pas au deflus de trente ans, ni au-deffous de dix, & qu'il
ne leur manque aucun membre , ou qu'ils ne font point contrefaits, ] on
apporte beaucoup de foin à les éxaminer. Les moindres défauts fufhfent
our les faire rejetter, ou du moins pour en diminuer le prix. Deux en-
ans paflent pour un homme, ou trois pour deux, fuivant leur âge & leurs
forces. C’eft dans le ménagement dé cet article que confifte l’habileté des
Facteurs.
Les principales marchandifes, pour l'échange, font [ diftinguées par des
noms qui viennent apparemment des Négres. ] | |
LegrandMa 10, LE grand Makaton. C'eft une boëte d'argent quarrée, de trois pouces
katou, acuf lignes de hauteur, & de la même largeur; épaille d'un pouce & Use
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DIFFERENTES PARTIES p£ L'AFRIQUE, Liv. VI Car. X. 422
lignes, avec un couvercle de la même figure, & quatre anneaux aux quatre
coins pour y attacher une chaîne ou un cordon de foye., La longueur de la
chaîne eft ordinairement de quatre pieds fept pouces. Avecle Makaton,
elle pèfe quatorze ances. Les Négres portent cet ornement en forme de
bandoulière, & s'en fervent pour garder leurs parfums , leurs bagues, leur
or, & d'autres chofes précieufes. Les Damels ne le portent pas eux-mé-
mes, car ils ne font cet honneur qu'à l'Alcoran ; mais ils le font porter près
d'eux par un de leurs principaux Officiers, qui eft toûjours prèt à leur pré.
fenter ce qu'ils demandent. t le Makaton ne contient que des cu-
redents, ou ne fert que pour la montre,
20, Le Cornet d'argent. C'eft cffeétivement une forte de cornet, dont le
diametre eft de neuf ou dix pouces dans fa plus grande largeur, & de fept
dans fa plus étroite partie, Avec la chaîne qui et ordinairement longue de
quatre pieds , il pèfe fix onces & quatorze grains. Les Négres s'en fervent
comme du Makaton, pour garder leurs parfums. Ils font pañlionnés auñli
pour les fiflets d'argent . tels qu'on les a fur les Vaifleaux. Le poids deces
filets cft ordinaireme. t «3 deux onces deux grains, Avec la chaîne, qui
cit longue de quatre pieue & demi, ils péfent dix onces. Les femmes aiment
certaines petites chaines plates, qu'elles portent au deffous de la cheville
du pied. Elles les nomment chaînes de pieds. Leur poids eft de deux on-
ces & demie.
30. Les Mortaudes. Ce font des grains d'argent , creux & de figure ovale,
que les femmes mélent dans leurs colliers avec les grains de corail & d'am-
bre. Les uns font unis, & pèfent depuis quarante jufqu’à cinquante grains.
Les autres qui font travailles & qui fe nomment Mortaudes de Godené, pèfent
depuis foixante-dix jufqu'à quatre-vingt grains. Quelquefois les femmes fe
fervent de petits grelots d'argent, tels que ceux des hochets, & fe lesatta-
chent aux pieds pour fe donner plus de grace en danfant. Ces grelots po-
fent depuis foixante jufqu à foixante dix grains.
40. Les Bujis (a), ou les Kowris. Ce font de petites coquilles qui
viennent des Ifles Maldives, & qui fervent de petite monnoye au long des
Côtes de Guinée, & depuis la rivière du Sénégal jufqu'à celle de Sierra
Léoru.
52. DEs Barres defsr. Celles qu'on porte au Royaume de Kayor doi-
vent être plates, & longues de neuf pieds, fur deux pouces de largeur &
quatre lignes d'épaifleur. Les Négres les divifent en douze longueurs, cha-
cune de fépt pouces & demi, qu'ils appellent pattes ; & chaque longueur
Le
cft fubdivifée en trois parues, nommées diabots. Un dialot fuffit pour faire
l'épée ou le poignard, où 11 béche d'un Négre.
6°, Des Æinaux E 1 l'erres de toutes fortes d'efpèces, de couleurs & de
figures. [1 s’en ven une incroyable quanuté dans le Royaume de Kayor.
Les Négres, honvis, Iemmes & entans, s’en font des colliers, des bra-
celets & d'autres parures (Bb).
Le ‘auril pour LL Fillaves, avec le Damel, eft réglé de la manière qui
fuic. La coin duocot, ou le putacon, eft évalué à vingt-huit fols,
Grand
a) Lab: 237. € Juiv.
tb) Labat À At, Poin. V. pag.
Ge8 3
Le Cornes
d'argent,
Mortaudes,
Barres de
fer, & manié
re d'en faire
des épées,
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1714.
l'arif des EC
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gnie l'rançoife
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le Sin,
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qu’ Ile trouve
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Joul,
422 VOYAGES DES FRANÇOIS
Marchandifes
Grand Makaton avec la chaine, LUS El :
Ambre jaune, , , , , ,. , . 3 livres. I
Bales de Moufquet. , x
Corail rouge, . , . . .
Couteaux de Follande. . :
Tambours, . . ,. . . . , . i
Echarpes de taffetas à franges fauffes. ds '
Drap écarlatte. . , . . . aunes, I
Lau-de-vie, ,. , . . . o pintes. l
Barres de fer. . . ,. . . t
Fufils communs, , . . . 0
l'ufils garnis de cuivre jaune. ARE , , :
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[KA
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Epices, . , . , + , . livres.
Iris de Florence, . . . 4 livres.
Laine écarlate, . . . . 30 livres.
Piftolets. +: +: . +, : D 3 paires.
Papier. , , ,., + + + + … o rames, .
Etoffes rouges & jaunes. . . . . 3o aunes. ,
Petits Baflins de cuivre, . , . un le
Quintin, _. . + . + + + … pièces, ,
Calicos de cinq aunes & demie . . pièces. .
Grains de verre petits & gros, de mille
AU FAN, , + + + + + + + : 5 rangs. TE I.(c)
LE Royaume de Sin n'a que deux Ports pour le Commerce, fur la Côte Oc-
cidentale d'Afrique; Ÿoal & Fakiyu. Le plus confidérable eft le premier, par-
ce que l'ancrage y ft plus für, & le débarquement plus aifé. La Ville eft gran-
de & peuplée. Quoique les Fabitans foient infolens & grofliers , ils aiment le
Commerce; & lorfqu'on s’eft accoûtumé à leurs manières, on peut trouver
avec eux beaucoup d'avantages. Deux raifons avoient déterminé la Compagnie
Françoife à s’y faire un Comptoir. 1°. La certitude de s'y procurer prés de
deux cens EfClaves, plus de trois mille cuirs, douze ou quinze cens quintaux
d'yvoire,.& quatre ou cinq cens quintaux de cire jaune, fur le même ‘Tarif
que celui du Damel; de forte qu'en tenant fes Magalins bien remplis, la Com-
pagnie ctoit füre d'y jouir de tout le Commerce, & d'éloigner par conféquent
tous les Vaifleaux d'Interlope. 2°, La néceflité de tenir le Damel en refpeét,
& de fe garantir de fes caprices, dont les irançois avoient fait plufieurs fois
l'expérience. Le Bur, ou le Roi de Sin, étant fans celle en guerre avec le
in & le Damel, fes deux voifins, les différends continuels de ces trois Prin-
ces tournent à l'avantage de la Compagnie, qui eft en état, lorfqu’elle tient
fes Magafins bien garnis, d'acheter tous les Prifonniers qu’ils font l'un fur l'au-
tre, & qui s'enrichit ainli de ieurs pertes.
OUTRE les marchandifes qu'on à nommées, Joal eft capable de fournir à
l'Ile de Gorée & aux Vaifleaux qui viennent fur la Cote, couces les provilions
qui
Fc) Labat, Tom, IV, pag. 234
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qui
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv, VI, Car, X, 403
qui peuvent être nécellaires. Les Dœufs y font en abondance; la volaille,
commune & à bon marché. Six cens barrils de maïz, pefant chacun deux ecus
livres, s'y donnent pour une barre, Cinquante ou foixante mefures de ris,
chacune du poids ordinaire de quatre cens livres, n'y coûtent pas plus de qua-
ere barres, quand le ris eft nettoyé, & fe donnent autrement pour deux,
À lakiyu, treize ou quatorze lieuës au Sud de Joal, on ñe paye le fel cranf
porté à bord que trois livres le barril, c'eft-à-dire la valeur de cette fomme en
or, en Dujis, [en laine filée | en couteaux & verres rouges; de forte que
trois cens livres de fel ne reviennent qu'à trente-fix francs (4). C'eftencore
une voye que la Compagnie prend pour mortificr le Damel, dont les revenus
confiftent pe les Salines de Biyurt (ec).
L'Aurzunr n'a pû fe défendre, dit-il, de donner place ici à l'artifice des
Négres d'un Village voifin de Joal, fs avoient publié, dans le Canton, que
tous les Chevaux qui entroienc dans leur Village mouroient fubitement, Les
lrançois & les Anglois s'étoient laiflé perfuader par ce bruit, fur-tout de-
puis qu'un l'acteur françois, nommé Moreau, y avoit perdu fon Cheval par
un accident qui l'auroit fait périr de mème dans tout autre lieu. Enfin la mort
de ce Cheval avoit confirmé le récit des Négres; jufqu'a ce que Brue s'infor-
mant de la vérité dans le Village meme, découvrit que c’étoit une rufe des
Habitans, inventée pour empecher que le Burfin, leur Roi, ne leur rendic
de fi fréquentes vifites, parce que ce Prince ne pañoit jamais chez cix fans
enlever tout ce qu'il trouvoit de fon goût. Bruc ayant traverfé plulieurs fois
le méme Village à Cheval, fins avoir éprouvé le moindre accident, les Né-
gres eurent encore la malice de répandre qu'il s'en étoit garanti par la vertu
d'un Grifgris François. Le Bur, qui ne pouvoit fe procurer un Grifgris fi puif-
fant, n'en eut que moins de hardiefle à vilicer le Village; & vray-femblable.
ment les Négres auroient empoifonné fes Chevaux, pour fe délivrer de l’hon-
neur dangereux de le voir; çar les Rois Négres ne marchent jamais qu'à
Cheval (f).
De Joal jufqu'a la rivière de Palmerin, on compté fept lieuës, qui font, à
peu près toute l'étendue du Royiume de Sin au long de la Côte. Il eft beau-
coup plus large de I Jueft à FEI, Le terroir en elt fertile & bien cultivé, à
l'exception des Frontières, que les incurfions des Sujets du ‘Fin & du Damcl
ont rendues fort défuries. On trouve dans ce Pays une grande abondance de
Palmiers, & de Bananiers, avec beaucoup de fruits & de coton. Les Négres
de Joal font fiers & brutaux. Lc feul moyen de les cenir dans la foûinitlion eft
de fe bien fortifier dans un Comptoir bati de pierre, car ils n'ont point aflez
d'adreffe & de forec pour entreprendre un fiége. Mais, pour leur infpirer
plus de terreur, il feroit à-propos que les Vaifleaux qui font le commerce fur
cette Coce, mouillaflent quelquefois dans leur Port, qu'ils y priffent leur pro-
vifion d'eau & de bois, & qu'ils chargeaflent plus fouvent les marchandifes
lu Pays, qui demeurent dans les Magafins.
Li principal Commerce du Royaume de Salum fe fait au Village de Ka-
honce,
L'Oiiginal Argloi: ditvingt-cinalivres, pris auquel elle fait monter les marchandifes
"t encore beaucoup plus qu'ilne faut; qu'elle donne en échange, R. d. E.
Labat coinpte que ie Barril Ki ne revient à Ce) Labat, Tom. IV, pag, 242,
la Compagnie que cinq fois, à caulç du g(/) Labat, Ton, 1V, pag, 2
Huvunr.
1714.
Commerce
lu Royaume
de Salim qui
{Ce fait à K1
t
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Les J'rançois
Preterés aux
Auulois dans
L: Commerce.
Confeils pour
le fuccès du
Commerce de
J'rance,
44 VOYAGES DES FRANCOIS EN
hone, ou Kohorne, près de l'endroit où la rivière de Gambra forme (4 )cel-
le de Salum, On y pourroit établir un bon Comptoir, parce que les Marchands
Mundingos s'y arrétent avec l'or, l'yvoire & les Eiclaves qu'ils ont tirés des
Royaumes de Tombnto, de Zambara Kana, & des autres Régions plus Orien-
tales, [ls feroient fort fatisfaics de trouver à Kañïone, un Marché, qui leur
épargneroit cinq ou fix jours de chemin jufqu'aux Comptoirs d'Albreda & de
Jilfray, fans compter les droits confidérables qu'ils font obligés de payer au
toi p À Barra, La meilleure faifon pour le Commerce de Kahone elt depuis
le mois de Novembre jufqu'au mois de Mai, en ménageant fa route pour s'y
trouver au commencement de Janvier, qui élit le tems auquel on y voit ar:
river les Marchands Mandingos, Ils y amenenc annuellement fepe ou huic
cens Efclaves. Ils y apportent une groffe quantité d'yvoire, & fouvent qua-
tre cens marcs d'or,
Les Anglois qui font établis fur la rivière de Gambra, & qui traverfent
autant qu'il leur eft pollible le commerce des François, vont jufqu'à Barakon-
da pour rencontrer les Mandingos. Mais coinmeils manquent fouvent de l'ac-
teurs pour entreprendre ce voyage, les Marchands Négres ne les trouvant
point au rendez-vous font alors obligés de defcendre à Jilfray , où les Anglois
ont un Comptoir, vis-à-vis Jamesfort. Il arrive de-la que les François du
Comptoir d'Albréda partagent leur commerce, d'autant plus que fur la répu-
tation d'avoir de meilleures marchandifes, & d'étre plus civils que leurs com-
pétiteurs, les Mandingos les préfèrent toñjours aux Anglois. Mais l'Auteur
obferve qu'outre ces deux railons, ils font allez vengés par la mort prefque
certaine de trois ou quatre Agens du Comptoir Anglois, que leur intempé-
rance & la faifon des pluyes font périr tous les ans. Enfüite ces places étant
remplies par de nouveaux Faéteurs, qui ne font accoûtumés ni au climat, ni
au commerce du Pays, le tort qu'ils peuvent caufer à la Compagnie lrançoi-
fe n'eft jamais fort redoutable.
La meilleure voye, continue l'Auteur, que le Comptoir de Gorée puiffe
prendre pour conferver fon commerce, & l'étendre dans l'intérieur des ter-
res, feroit, 1°. d'entretenir les Forts & la Garnifon de Gorée dans un état
qui ne lui laiffat rien à craindre des Ennemis de l'Etat en tems de gucrre,
ni des Pyrates & des Négres pendant la paix; 2°. d'avoir fes Magafns toû-
jours bien fournis de marchandifes de l'Europe; 3°. de n'être jamais fans quel-
ques Vaifleaux bien armés, pour éloigner les Bätimens d'Interlope, enfin d'é-
tre fans cefle en état de contenir les Négres par la terreur, & de les forcer
à l'obfervation des anciens Traités. 1] faudroit s'attacher fur-tout à nourrir les
jaloufies dont le fond füublifte toûjours entre le Damel & le ‘Tin, & ne jamais
permettre, s'il étoit poflible, que les Couronnes de ces deux Princes fe trou-
vent réunies fur la même tête. En confervant ces deux Puiffinces dans l'é-
uilibre, la Compagnie Françoife fera cotijours en état de leur faire la loi, ou
u moins d'empêcher qu'elles ne puiffent impofer de nouveaux droits fur les
marchandifes, hauffer le prix des provifions, ou retrancher la liberté de pren-
dre de l'eau & du bois dans leurs Ports.
(g) Suivant les Informations des Anglois,
la rivière de Salum ou de Borfali n'eft pas un vant.]
TARIF
bras de celle de Gambra. [ Poyez le Tome fui-
Grains
uni,
Perles
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Grand:
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Bujis ,
Corail.
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Grains
Petits
roug
Grains
Gros 4
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, uv. VI, Cr, X, 40s
(4 )cel-
rchands TARIF des Echanges pour les Cuirs EP les Efélaues, à Ruñfeo , Portodali
Less É? Joal, avec le Damel, le Burfin ES leurs Sujets,
eh
À ee x Mancuanpisss D'Eunore, MaunchanNpists pu Rave
ayer au Avec les Officiers des deux Rois,
depuis
pour s'y Grains ou Perles d'argent
voit ar BRL con ose 2 Cuir & demi. ,., 2 Cuirs, Tarif des E.
ou huit Perles d'arg. travaillées. 1 Cuirs & demi. 2 Cuirs. changes,
ent qua- Siflets d'arg.& la chaîne, 1 Efclave, ... 1 Efclave,
Cornets d'ur.& la chaîne, 1 Eftlave, ..,,.,. 1 Efclave.
averfent Makatons & la chaîne, 1 Efclave, ., 1 Efclave,
Jarakon- Grands baflins de cuivre. 6 Cuirs. . 8 Quirs,
t de l'ac- D Petitsbaflins. . . . . .. 3 Cuirs, , 4 Cuirs,
trouvant Bujis, ou Kowris, . , . 50. + 1'Cuir... 1 Cuir,
Anglois Corail 4,000 1 once , , 18 Cuirs. .. 24 Cuirs.
nçois du Chapeaux communs, . . 1... 8 Cuirs. . .. 12 Cuirs.
la répu- Chemifes grofles, . . .. Lors. 8 Cuirs .,,. 12 Cuirs.
urs com- Couteaux de Flandres. . 2.,.,..,. 1 Cuir&demi. 2 Cuirs,
l'Auteur ad’ Cardes. ,,,,,,,, 1 paire., 3 Cuirs. .., 4 Cuirs. ]
prefque rap rouge de Berry. . . 1 aune., 20 Cuirs, , .. 30 Cuirs.
ntempe- Eau-de-vie, ...,..: 1 pinte., 1 Cuir& demi. 2 Cuirs.
es étant écharpes de taf, à frang. 1... 1 Efclave, .. 1 Efclave,
imat , ni Barres de fer de 9 picds. 2.,. 8 Cuirs. ..,., 12 Cuirs.
l'rançoi- Papier commun, .... 2 mains. 1 Cuir&demi.. 2 Cuirs.
[Laine rouge ou jaune
ce puiffe QE, oo: 1 Cuir & demi. 2 Cuirs.]
des rer- Affiettes d'étain, . . .. .…. 3 Cuirs. ... 4 Cuirs.
un Ctat Etoffes rouges, jaunes,
gucrre, bleues. .,.,...,,. 1 aune . . 6 Cuirs. 8 Cuirs.
fins toû- Rubans de couleur. . .. 1 aune 6 Cuirs. . 8 Cuirs.
ns quel- Sabres, ...,..,:.,: ET 8 Cuirs. . 12 Cuirs.
nfin d'é- Linge. .......0. 1 aune 6 Cuirs. . 8 Cuirs.
s forcer Grains de verre, . . . , 1000 . .. 1 'Ouir, ,... 1 Cuir.
urrir les Petits grains de verre
: jamais rOUgES. +... 10 rangs . 1 Cuir&demi. 2 Cuirs.
fe crou- Grains rouges moyens, . 6 rangs . 1 Cuir&demi. 2 Cuirs.
lans l'é- Gros grains rouges. . . . 3 rangs . 1 Cuir &demi. 2 Cuirs(a)
loi, ou
fur Îles | (a) Labat, Tom, V. pag. 236.
Je pren-
HEC Ax Efe
Tomelui-K 4 de Kite
La
"ARIF | II. Part. Hhh CHAPITRE
#6 VOYAGES DES FRANÇOIS EN D
menenenerenereness | ‘:°
pouvoi
CHAPITRE xl. térent
plus gr
Troifième Voyage du Sieur Brue Jin le Sénégal. rés
ion qu
un? ,° £. À Son retour au Sénégal, en 1714, avec la qualité de Direéteur Général del
: de. du Commerce de France en Afrique, Brue prit la réfolution de péné COUSE
713: rer dans le commerce des Gommes, qui étoit fujet à quantité de fraudes & ment,
d'artifices, dont on avoit accufé plufieurs Officiers de la Compagnie, Le 4 de La
Mars de l'année fuivante, Scham Schi, Chef des Marbuts Mores, qui fe nom. 2:
Brucefta. ment Serins (2), le fic avercir qu'il écoit tems d'envoyer fes Barques pour le cr
verti par un Commerce. Îl partit le 7,. avec deux Barques & deux Canots Négres, ac. +:
Marbue compagné de dix-huit Blancs & d'autant de Laprots, [avec crois Interpré. le L
ces] Dans fa route , il coucha au Port de Maka, réfidence du petit Brak, qui grie
lui envoya un Bœuf, pour lequel il lui fit préfenc d'un baudrier d'écarlate. h Lu
Après l'avoir traité à Lori, avec deux ou trois de fès Grands, il continu Cu
fon voyage. eg
Le 10 de Mars, il jetta l'ancre à Serinfalli. Le Pays entre ce Village &
celui de Maka, eff fort uni » & confifte en vaftes Plaines, qui feroient en
France les plus belles Prairies du monde. 11 étoit autrefois rempli de bef-
tiaux, quoiqu'il s'y en trouve à.préfent fort peu. Mais à la place on voit de
grands troupeaux de Daims & de Gazelles, qui traverfent la rivière pour ve-
nir paître dans un fi beau lieu, quoique les Négres leur faffenc payer cette
nourriture bien cher ; car dans la faifon. de la féchereffe, c'eft-à-dire, au
, . mois de Mars & d'Avril, ils mettent le feu aux herbes ; & les flammes
Prog chaffant tous ces animaux à l'extrémité de l'Ile, ils en font une prodigieufe
"boucherie Leur chair eft excellente.
La fertilité du terroir, depuis Serinfalli jufqu'àa Bukfar , y attire, avec
leurs troupeaux, les Négres (2) qui fe nomment Sargamts. Ils donnent,
pour cette permiffion, quelques marques de reconnoiffance au Chef du Pays.
On fait dans le même Canton les plus grands Canots que les Négres em-
ployent pour fe rendre à Maka & à Biyurt, où ils vont charger du fel,
qu'ils échangent pour leur maïz avec les Foulis. Quoique cecte Kégion füc
autrefois fi abondante en troupeaux noirs, qu'il en fortoit tous les ans vingt-
cinq ou trente mille Cuirs, à peine en fournit-elle aujourd’hui le tiers. Ce
changement eft venu des guerres que les Négres ont euës avec les Mores,
& qui ont caufé la ruine des deux Partis. L'occafion qui les avoit fait nai-
tre eft trop remarquable pour ne pas demander une courte digreffion (c).
Guerre des Les Mores quiintroduifirent le Mahoméufme parmi les Négres furent long-
NT Len tems l'objet de leur vénération. Cette prévention que leurs Marbuts ou leurs Bukjar
"UE Prêtres remarquèrent en leur faveur, leur infpira le deffein de prendre, n Ras
es
leurs E
Kvérent
duifirer
le Pays
implor(
rome!
es arm
riruni
leurs
ciennes
87(a) Les Serins habitent au Nord {du} Sé- rs ce) Labat, Afriq. Occid. Tom, [I]. pag. 77. . (4)
Juiv,
négal,
b) Angl, les Mores. KR, d. E, (ce)
r Général
à de péné:
fraudes &
e, Le4de
jui fe nom-
es pour le
égres, ac.
nterpré- @
Brak, qui
d'écarlate,
continua
Village &
croient en
pli de bef:
on voit de
e pour ve-
ayer cette
à-dire, au
s flammes
rodigieufe
tire, avec
donnent,
f du Pays.
égres em-
er du fel,
égion füc
ans vingt-
iers,. Ce
:s Mores,
fait naï-
on (c).
rent long-
s ou leurs
ndre, fur
des
LL. pag. 77,
Kvérent la plus grande partie des jeunes gens pour l'Efclavage,
DIFTERENTES PARTIES pe 2'AFRIQUE, Liv, VI. Cine, XI, 4”
des hommes fi fimples, la méme autorité dans le Gouvernement civil qu'ile
s'étoient procurée dans la Religion, Ils commencèrent à s'emporcer contre le
pouvoir abfolu que les Rois Négres éxerçoient fur leurs Peuples, & le crai-
térent de tyrannie, D'un autre côté ils repréfentèrent la liberté comme le
plus grand de tous les biens, Une doétrine de certe nature fuc extrémement
agréable aux Négres, qui font les plus pareffeux de tous les hommes, L'aver.
fion qu'ils ont pour le travailleur fit embraffer voutes les propoiiions des Pré
tes, fur-touc lorfque ces Impofteurs leur promirent que s'ils vouloient fe-
cour le joug de leurs Rois, le ris & le mille croîtroient pour eux nacurelle-
ment, par la vertu de leurs Grifgris.
LA révolte commença par le refus qu'ils firent de cravailler aux Lugans de
leurs Rois. Les Princes du Pays s'étant efforcés de les faire rentrer dans la
foûmifion, ils appellèrent les Mores à leur fecours. Ce fur alors qu'on vit
aroîcre les Marbuts à leur cète. On en vint aux mains plufieurs fois, Le Brak
le Damel furent tués dans une fanglante bataille, & leurs Troupes entiè-
rement défaites. Le Burba Ghiolof, qui avoit embrallé leur caufe, fut vaincu
à fon tour & contraint de chercher un azile dans les T'erres du Roi de Galam,
dont les Sujets, comme ceux du Siratik, avoienc refufé de préter l'oreille aux
féduétions des Marbuts. La mort ou la fuice de ces crois Princes ayant laiffé
leurs Etats à la difcrécion de leurs Ennemis, les Mores de Muvre (4) enle-
& les con-
duifirent à leur Roi (#)1 tandis que les Marbuts & leurs partifans pillèrenc
le Pays, fans mettre de diftinétion entre leurs Ennemis & ceux qui avoient
imploré leur afliftance. Pendant ce tems-là, il ne paroifloit aucun effet de ces
romefles de bonheur & d'une abondante moiflon, qui avoient fait prendre
es armes à tant de miférables. La famine qui vint après la guerre, en fit pé-
rir un nombre incroyable, Le refte ouvrit enfin les yeux; & revenant de
leurs folles efpérances, ils choifirent de nouveaux Princes dans les plus an-
ciennes familles du Pays. Ces Princes formérent une armée du débris des trois
Nations, & chaflèrent les Marbuts, qui n'étant plus fupportés par le Roi de
Maroc, fe trouvèrent trop foibles pour leur réfiter, C étoit dans une fi lon-
ue guerre ,que Riquet, dont on a déja vû le nom, avoit fignalé fa conduite
fa valeur.
Le Pays s'eft rétabli infenfiblement, fur-tout en Beftiaux, par la défenfe
d'en tuer ,excepté dans certaines occafions. Comme ce fage réglement en a
beaucoup augmenté le nombre, on peut efpérer que les habitans feront bien-
tôt en état de fournir l’ancienne quantité de cuirs. Le Seigneur ou le Prince
du Canton où Brue aborda, fe nommoit Aaye. Il étoit neveu du Brak, à la
Cour duquel il fe trouvoit aétuellement. Ses femmes & les Chefs des Villa-
es voifins ne manquèrent pas de faire au Géneral François leurs complimens
leurs préfens. Il y avoit dans le même Canton un autre Seigneur nommé
Ker , dont le Territoire nomme le Petit-Bukfar , eft fitué à l'oppolite du Grand-
Bukjar, fur le bord gauche de la rivière. Sans aucune forte d'étude, il s’at-
wibuoit des lumières extraordinaires en Médecine, & cette réputation lui
attiroit
(d) Angt. de Maroc, R, d. E.
se) Ce Roi étoit le fameux, ou plûtôt le
cruel Muley Ffmaë’,
Hhb :
Have,
[HI Voynge
171$.
Commence
ment de ln ré
volt dus Né
l'AS
Trois Rois
tués dans une
Bataille,
Rétabliffe-
ment des
Royaumes
Négres.
Médecin Né:
gre.
#$ VOYAGES DES FRANCOIS EN
Brur attiroit quantité de malades, dont il ne faifoit pas fcrupule de fe faire payer
Hi. Voyage. à grand prix. Brue ayant à bord la femme d'un Chef Négre des environs du
1715 JortS. Louïs, qui étoit attaquée depuis quelques années d’une facheufe infir.
mité, la mit entre les mains de Ker, comme la dernière refflource à tenter
pour fa guérifon. Il accompagna fa prière d’un flacon d'eau-de-vie, fpécifi-
ue aufli agréable pour les malades Négres que pour le Médecin. [ Mais en x:
aifant entendre que la femme du Chef fut redevable de fa fanté à ce remède
(f), l'Auteur ne nous apprend pas pourquoi il en avoit réfervé l’expérience
au Doéteur Négre.]
CON trouve fur les Côtes de cette fe , une infinité de farcelles, grifes & noi.k*
res. Elles font grafles & d'un goût admirable; & ce qu'il y a de commode
dans la chafle de ces Oifeaux, c’eft qu'on en tue vingt-cinq ou trente d'un
coup de fufil.] Le terrain, depuis Bukfar jufqu'à la Rivière des Maringouins,
eft parfaitement au niveau de la Mer, pendant l'efpace de trois lieuës, ce qui
Feume de expofe les Barques à des vents capables de lesrenverfer. On trouve fort ordi.
Mer change nairement fur la furface de la terre, dans cette étendue de Pays, une matière
en croute de blanche & folide, d'un goût fort âcre & fort amer. Quelques-uns l’avoient
pris pour du falpêtre, & fondoient de grandes efpérances für cette opinion:
mais Brue jugea que ce n’étoit que l'écume des flots, qui étant pouflée par le
vent, reçoit fa condenfation de la chaleur, & forme cette croute falée. La
rivière des Maringouins n’a pas plus de quatre toifes de largeur. Elle eft fi ave
baffe, qu’elle ne devient navigable que dans le tems des Inondations. Mais fa fix d
petitefe n'empêche pas qu'elle ne porte fes eaux jufqu'à la Mer. En 1645, gner
un Bâtiment Efpagnol arrivé fur cette Côte, y débarqua quelques hommes, Guir
Fortbiti pat qui bâtirent un Fort. Ils s'y maintinrent jufqu’à la fin de leurs provifions, mais 1 fous
des Efpagnols lorfqu'elles vinrent à manquer, ils prirent le parti de s'engager au fervice du x fois |
inconnus. le G
té dé
10.
tend
renv
Ma)
Sieur Collyer, qui étoit alors Directeur de la Compagnie Françoife au Fort
Saint-Louïs. On fe figura que c’étoient des Criminelstranfportés pour recru-
ter quelque Garnifon Efpagnole en Afrique ; mais ils s’accordérenc fidelle-
ment à cacher leur fortune & leurs noms. Les environs de la rivière des Ma-
ringouins forment un terroir marécageux, qui produit une efpèce de maïz
fauvage, nommé Gernotta. Brue vit environ deux cens femmes [ entiérement#-
nues, ] qui s'occupoient à le recucillir. [ C'eft particulièrement en cét endroit é
au’on trouve les Oiféeaux (g), auxquels les François ont donné le nom de
Peignez.]
IL arriva le 14 de Mars à Serinpate, où il trouva une Barque de la Com-
pagnie, qui ayant fait le Voyage de Terrier-Rouge, pour le Commerce des
gommes, avoit eu quelques différends avec les Officiers du Siratik, au fujet
des droits. Elle avoit pris le parti de retourner; mais elle apportoit deux
cens Moutons & quatre-vingt Bœufs, pour les conduire au Fort Saint-Louïs.
Chaque Mouton ne lui revenoit qu'a fix ou fept fols, & chaque Bœuf à
Autruches trente-cinq ou quarante. Brue fe procura ici deux Autruches, qu'il fut furpris
apprivoifées; de trouver apprivoifées en arrivant au Fort Saint-Louïs. On lui fit aufli pré-
groïleur de fent de douze de leurs œufs. Illes prit comme une bonne provifion pour le
Jeurs œuls. Carême,
(f) Labat n'infinue point que cette Femme pèce de Maïz, & de ces Oifeaux, dans la
fat guérie. R. d. E, fuite, où l'on parlera de l'Hiftone Naturelle de
7 .£) On trouvera la defcription de ceiteef ce Pays.
ire payer
irons du
ufe infir.
à tenter
, fpécifi-
Mais eng
e remède
périence
es & noi.kf*
commode
ente d'un
ingouins,
ës, ce qui
fort ordi.
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l'avoient
opinion:
ée par le
falée. La
Île eft fi
. Mais fa
tn 1645,
hommes,
ons, mais
érvice du
e au Fort
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w fidelle-
e des Ma-
» de maïz
tièérement }#>
ét endroit x$*
nom de
la Com-
iérce des
au fujet
coit deux
nt-Louïs,
e Bœuf à
at furpris
aufli pré-
n pour le
Carême,
X, dans la
Naturelle de
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Lav. VI. Cup. XI. 429
Caréme , parce que d'un feul on peut faire une omelette pour huit hom-
mes (h). : FE
Le lendemain, c’eft-à-dire le 15, il arriva au Défert, Marché ordinaire
des Gommes, qui y font apportées par les Mores de la Tribu d'Alad-al-Haït.
De-là, il dépécha au Brak un Alkaïde, avec un préfent de quelques flacons
d'eau-de-vie, pour inviter ce Prince à venir recevoir lui-même les droits éta-
blis. L'Alkaïde revint le 16, & déclara au Général que le Prince fon Maître
ayant commencé par s'enyvrer à l'arrivée du préfent, ne feroit pas en état
de venir d'un jour ou deux ; fans compter qu’il étoit arrêté par la crainte des
Mores, qu'il avoit pillés peu de jours auparavant, & qui cherchoient l'oc-
cafion d'en tirer vengeance, Enfin le Député fit entendre au Général que s’il
vouloit obliger beaucoup le Brak , il falloit lever l'ancre & l'aller jetter de-
vant fon Village, pour lui épargner la peine ou le danger d’en fortir.
C£rre demande étoit fi raifonnable, que mettant à la voile auffi-tôt, le
Général alla mouiller devant le Village d'Ingherbel ou Garebal, réfidence du
Roi. Il fit connoître fon arrivée par trois coups de canon. Le lendemain,
## {il ficcharger toutes les armes & aie les deux barques qui étoient alors avec
la fienne de manière qu'elles pufñlent fe fecourir réciproquement, s'il arri-
voit quelque défordre, comme il ne manque jamais d’en arriver | fur-tout quand
le Roi seit enyvré. Après cela ] ayant vû paroître ce Prince fur le rivage,
avec un cortège de trente Chevaux, ille fit prier de ne prendre que cinq ou
fix de fes gens pour venir à bord, Le Brak y confentit, & ne fe fit accompa-
gner que de Mulo, Riquet, Kayé, & Menbros, quatre de fes Grands, avec fes
Guiriots, Mantel, fon Amiral, deux Valets, & fon Alkaïde. Bruce le reçut
fous une Tente, qu'il avoit fait dreffer füur le tillac. Ils fe ferrèrent plufñeurs
xéfois la main, [ fans fe découvrir la tête.] Après quelques momens de filence ,
le Général déclara qu'ilétoit venu pour payer les droits & renouveller le Trai-
té de commerce & d'amitié: mais qu'il avoit trois faveurs à demander au Roi.
1°. Que le Commerce fut ouvert à Serinpate au-lieu du Défert, parce qu'at-
tendant de jour en jour des Vaiffeaux de l'Europe, il auroit plus de facilité à
renvoyer la Barque de la Barre (i), qu'il avoit amenée avec lui; 20. Que Sa
Majefté fe privät du phufir de boire pendant qu’elle feroit à bord, pour éviter
tous les défordres qui étoient capables de troubler leur bonne intelligence ;
30. Qu'elles ne demandät cette année aucun préfent, parce qu'il n'y avoit,
dans les Magazins de la Compagnie, que les marchandifes néceffaires pour
le Commerce.
Le Brak écouta paifiblement ces propofitions, & s'engagea fans peine aux
deux dernicres; mais il répondit à l'autre, qu'il prioit le Général de trou-
ver bon que le Commerce s'ouvrit au Défert, parce que s'attendant à fe
voir attaqué par ies Mores, il efpéroit que les François lui accorderoient leur
fecours. Niulo, qui paroïfoit le plus confidérable de fes Grands, appaya cet-
te demande par des raifons fi fortes, que pour obliger le Roi, Bruc promit
d'ouvrir le Commerce, non-feulement au Défert, mais au Port meme d'In-
gherbel, s'il le defiroit, & de l'affifter de toutes les forces de la Compagnie.
ous les Courtifans pouffèrent un cri de joye à cette promeffe. Le Brak té-
moigna
(Bb) Labat, Tom, IE pag. 86, € : ï
(?) C'eft une Barque entretenue Vaifleaux au Fort Saint-Louis, KR. d. KE,
. Hhh 3
il
Brume
H, Voyage.
1715
Marché des
gommes,
Bruc va
mouiller à {u-
£
]
re GC CUCIGUCS
i
herbel,
I prie le Roi
Genc pis 001-
jours,
Accord en-
tre le Brak K
Brue,
pagnie pour tranfporter les marchandifes des »
pBruer
HI. Voyage.
1715.
Age & figu-
re du Brak.
Vifite que
Brue reçoit
de deux Prin-
ceffes.
Portrait de
ces deux Da-
nes.
439 VOYAGES DES FRANCOIS E N
moigna lui-même beaucoup de reconnoiffance pour les offres du Général; &
fe bornant à demander l'ouverture du Commerce au Défert, il l'affüra d'une
parfaite amitié. |
Les droits furent payés fans aucune conteftation. Mais'le Roi ne fe fou-
vint pas long-tems de la parole qu'il avoit donnée de ne pas boire. 11 deman-
da fi fouvent de l'eau-de-vie, que Brue fe crut obligé d'en faire apporter.
Contre fa coûtume, ce Prince but avec modération, Il paroifloit âgé d'envi-
ron 46 ans. Sa taille étoit haute, avec un embonpoint raifonnable. Il n’avoit
rien dans fes habits qui le diftinguât de fes Courtifans; mais il avoit l'air no-
ble, & le fon de la voix fort agréable. Lorfqu'il étoit fobre, c'étoit un des
plus raifonnables & des meilleurs hommes du monde. Il fe nommoit fara Pin-
da, du nom de fon Père & de fa Mère, fuivant l'ufage des Princes Négres du
Pays. Les droits confiftèrent en Makatons d'argent, en fer, linge (k), baf.
fins, corail, ambre jaune, coliers de verre, eau-de-vie, & quelque argent en
efpèces ; le tout de la valeur d'environ cent écus. Le Brak fit préfent au Gé.
néral d'un jeune Efclave, pour lequel Bruc lui donna huit piaftres (/). Il fou-
haita d'être falué à fon départ de quelques coups de canon. Cette fatisfaétion
lui fit accordée d’autant plus volontiers qu’on étoit content de fa conduite. Tou-
te fa Cour & le Peuple qui étoit en foule fur le rivage, marquèrent leur joye
par de grandes acclamations (m ).
Le même jour Brue reçut la vifite des deux Sœurs du Brak. Le Roi leur
Père, nommé Fara Komba, avoit été tué dans la guerre contre les Mores.
L'une des deux Princeffes étoit femme d’un Seigneur Négre qui fe nommoit
Brieu. L'autre étoit encore à marier. Elles étoient toutes deux jolies & bien-
faites, fur-tout la plus jeune qui, avec un teint aufli noir que le jais, avoit
l'air vif & gracieux. Elles avoient à leur fuite deux Efclaves & un Guiriot
de leur féxe, dont les cheveux étoient chargés de Grifgris dans un grand nom-
bre de petites boëtes d'argent, de différentes formes. Brue reçut ces deux
Dames, le chapeau à la main, & les conduifit fous fa tente, où il leur pré-
fenta d’abord du bifcuit blanc, qu’elles trempèrent dans de l’eau mélée de
miel. Enfüite il leur fit fervir des Prunes de Brignoles & d'autres confitures.
Elles bûrent, à fa prière, un verre de malvoilie. A leur départ, elles luifi-
rent des excufes de n'avoir aucun préfent à luioffrir; mais elles lui promirent
qu’à fon retour du Défert, elles ne manqueroient pas de lui témoigner leur re-
connoiffance. Leur habillement confiftoit en deux pagnes noirs, à rayes blan-
ches, l’un qui leur fervoit de jupon, l’autre qui leur couvrant le corps en
manière d’écharpe , tomboit par derrière avec une longue queuë. Ce pagne
fupérieur eft une grande marque de diftinétion, & fe porte différemment.
Quelques femmes le paffent en bandoulière, & laiffent voir un bras nud, a-
vec une partie du fein. Dans les grandes chaleurs, elles le quittent entiére-
ment, & demeurent nues jufqu’àa la ceinture. Les deux Princeffes avoient
des coliers de corail, entre-mélés de grains d’or, avec quantité de clous de
girofle liés en faifceaux, qui leur tomboient fur la poitrine. À chaque bras el-
les portoient deux bracelets, l'un d’or, l’autred’argent, & des chaînes du mé-
me
Ck) Ileft bon d’avertir ici que les Négres l'extrémité du bras droit.
» mefurent la toile à la grande coudée des Mo- eu Angl. dix piaitres. R. d.E.
res, qui eft depuis la hanche gauche, jufqu’à m) Labat, Tom. JL pag. 96. € fuir.
non]
ral; &
a d'une
fe fou-
deman-
)porter.
d'envi-
n’avoit
air no-
un des
ara Pin-
Fores du
, baf.
gent en
au Gé.
Il fou-
sfaétion
e. Tou-
eur joye
oi leur
.Mores.
ommoit
X bien-
, avoit
Guiriot
1d nom-
es deux
ur pré-
élée de
fitures.
es luifi-
omirent
leur re-
es blan-
orps en
.pagne
mment.
nud, a-
entière-
avoijent
‘lous de
bras el-
du mé-
me
> fuir,
DIFFERENTES PARTIES ȣ L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar. XL. 431
me métal. Leurs pieds étoient ornés de petits coquillages & de grelots au-
deffous de la cheville. En arrivant à bord elles avoient des fandales de cuir
rouge, comme celles des anciens Romains ; mais elles fe les firent ôter, pour
être plus à leur aife. Leurs cheveux tomboient par derrière en deux trelles,
avec quelques brins d'or & de corail à l'extrémité. Sur la tête, ils étoientre-
levés en touffe, à l'aide d'un petit bonnet de coton qui les foûtenoit; & fur
le front, ils étoient partagés comme ceux des Villageoifes de France; ce qui
n'empéchoit pas qu'il n'en tombât quelques boucles fur les temples & au long
des oreilles, mais fans cacher les pendans, qui étoient deux anneaux d'or. Les
Princeffes mariées portent de grands morceaux de corail au-lieu d'anneaux.
Leurs fourcils étoient fort noirs. Elles les entretiennent dans cette couleur,
en fe les frottant fouvent avec un morceau de plomb. On leur remarquoit
une affeétation continuelle à montrer les mains; fur-tout leurs ongles, qu’elles
avoicnt fort grands & rougis à l'extrémité. Leurs dents étoient extrémement
blanches & bien rangées. Elles leur donnent cet éclat de blancheur avec le
bois de Ghelele, dont on a déja parlé. Apres une longue converfation,
où elles marquèrent toutes deux beaucoup deb rit & de bon fens, elles chan-
térent un air du Pays, & firent danfer leur Guiriotte, qui furprit Brue par
fon agilité, mais avec des poftures lafcives & indécentes, qui lui caufèrent
peu de fatisfaétion. Il fit préfent d'une lunette d'approche (n) à chacune
des deux Princeffes , & les faiua d’une décharge fon Artillerie à leur
départ (0).
Le 18, il reçut une feconde vifite du Brak, accompagné d’une de fes fem-
mes & de fes trois filles. Ce Prince s’affit fans façon fur une caiffe, la jambe
étendue fur les genoux de fa femme, qui étoit aflife près de lui. Une de fes
filles, qui fe mit entre fes jambes, lui tenoit la cuiffe accolée d’un bras. Les
deux autres étoient à terre auprès de leur Mère, & firent quantité de petites
fingeries pour divertir le Roi. Leur fituation, dit l’Auteur, auroit fait le fujet
d’une peinture fort grotefque. Pendant que Brue entretenoit le Roi, on
vint lui annoncer l’arrivée de Schamchi (p), Chef des Mores. 11 fe hâtade
l'aller recevoir fur le tillac, & de l’introduire dans fa chambre avec fes deux
fils & trois Marbuts. Schamchi lui fit un compliment fort civil ; mais ayant
apperçu le Brak, il évita de parler des affaires qui l'amenoient. C’étoit un
petit homme, affez blanc, en comparaifon des Négres, qui avoit une lon-
gue barbe grife, & qui paroifloit âgé de plus de foixante ans. Il portoit un
bonnet de drap rouge, entouré d’un bord de mouffeline (q). Son. habille-
ment
(n) Angl. ilfitprélent d'un Miroir. R: d. E.
Co) Labat. Tom. IL pag. 101. € Juiv.
Cp) Ce Perfonnage paroît être le même que
célui que Barbot appelle Schi-Schi-mi, & qui
habitoit À une trentaine de lieuës du Comptoir
de Terrier-Rouge. 11 faifoit les fonétions d’Ar-
bitre entre les François, les Mores, & les
Fouti: qui apportoient de la gomme. Ce Schi-
Schi-mi venoit ordinairement toutes les années
dans le Pays des Mores, fix femaines ou deux
mois avant les débordemens du Sénégal, afin
de les inftruire du teims dans leqwel fe feroit
la traite de la Gomme, Auparavar: c'étoit un
nommé Ali, qui étoit chugé de cet employ;
auffi étoit-ce dans fa Ville, que fe tenoit-le
Marché de la Gomme, Mais il perdit cet avan-
tage pour s'être révolté contre fon Souverain,
en fe joignant aux Mores Azoaghes. Voila ce
que dit Barbot. pug. 46. furquoi il eft à-pro-
pos de remarquer , qu'au-lieu du Sénégal il
ditle Niger, & qu'en parlant des Mores, qu'il
nomme ici Azoaghes, il les appelle dans les
Paragraphes précédens, Arabes, ou Mores 42-
gor. Ainfi il confond les Arabes avec les Mo-
res. Faute qu'il condamne dans un autre en-
droit.
(q) Angi. entouré d'un Matel ou pièce de
Mouffelinc , qui luitenoit lieu de turban. R. d.E,
BrRuvr.
I. Voyage,
1715:
Autre vifite
que Brue re-
çoit du Brak.
Vifite de
Schamchi,
Chef des Mo-
TR
Brur,
WE, Voyage,
1718.
Defcription
£&u Délert.
432 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
ment étoit un pagne de coton, à la manière des Négres; mais il avoit par-
deflus une écharpe de laine blanche, avec des ornemens de foycrouge, [dont ss
il étoit négligemment envelopé, à peu près comme les mauvais peintres
repréfentent les Apôtres. ] Les gens de fa fuite étoient vêtus de même, Le
Général lui fit quelques préfens ; & fçachant qu'il étoit venu pour le Coim-
merce des Gommes , il lui indiqua le jour où l'ouverture du Marché devoit
fe faire au Défert. [ Le même jour Brue donna au Commis, qu'il renvoya ar: X?
Terrier-Rouge, ce qui manquoit aux droits du Siratik , lui ordonnant de pouf:
fer la traite le plus qu'il pourroit ; & dés qu'il le vit parti, il fic lever l'un.
cre & alla mouiller au Défert. ]
Le Défert (r) eft une plaine vafte & ftérile au Nord du Sénégal, bor-
née au loin par de petites Collines de fable rouge , & couverte de ronces qui
n'ont pas beaucoup d'épaifleur. C’eit dans ce lieu que ft faifoit depuis lon:
tems le Commerce des Gommes. Le Général, pour fe garantir de l'attaque
des Morcs, fit entourer les Magazins qu'il éleva au long de la Rivière, d'un
Tofté large de fix pieds & d'autant de profondeur, défendu par une haye d'é-
pine. Il fortifia foigneufement la porte, & mit pour la garder deux Laptots
bien armés, avec un Interpréte, por éxaminer & pour introduire ceux
qui viendroient s’y préfenter. Près de la porte, [il y avoit une cafe qui fer-j#
voit de Corps-de-garde, & ] il éleva un Cavalier, fur lequel il plaça deux
Fortque Brue Petites Piéces de canon. I.es deux Barques furent rangées contre la rive, &
y bâtit pour la
füreté du
Comtinerce,
Arrivée des
Caravanes.
Engagement
des François
pour l'entre-
tien des Mo-
Yes.
l'artillerie pointée vers les Ouvrages du Fort. Le Brak & le Schamchi qui vi-
rent toutes ces préparations, & qui n'en ignoroient pas les motifs, approu-
vérent les précautions du Général, comme la meilleure voye pour prévenir
les défordres pendant la Foire.
LE 1 d'Avril, Schamchi ayant reçu avis de l'approche des Caravanes,
vint avertir Brue qu’il étoic tems de régler les prix. Après quelques con-
teftarions fur les mefures, fur la nature des échanges, & für les frais de
l'entretien des Mores, le Général fe relicha de quelque chofe en faveur de
Ja paix; mais il obtint en récompenfe que de trois-cens quatre-vingt li-
vres dont la mefure avoit été compofée jufqu'alors, elle monteroit à cinq-
cens.
Les François font obligés de pourvoir à l'entretien des Mores qui appor-
tent les Gommes, { dont ils fe nourriflent pendantle Voyage. ] Cet engage-}+
ment les expofe à quantité de faufles dépenfes, parce que, fous prétexte
de Commerce, il arrive une multitude de Mores, qui ne cherchent que
l'occafion de vivre quelques jours aux dépens d'autrui, ou de fatisfaire leur
inclinätion au larcin. Mais Brue régla tellement cet article, qu'il n’étoit o-
bligé de nourrir que ceux qui auroient apporté des marcharidifes, & dans la
proportion même de ce qu'ils auroient apporté. Cette nourriture fut fixée
a deux livres de Bœuf & autant de Kuskus pour chaque portion, & tel nom-
bre de portions pour chaque quintal. Les Commis qui furent nommés
pour la diftribution, reçurent ordre de la finir aufñli-tôt que les marchandi-
fes feroient délivrées. On parvint ainfi à purger la Foire de Voleurs & de
gens oififs (s).
On
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wr(r) Barbot dit pag. 45. que les Mores ape cs) Labat. Tom. Ml. pag. 305. € fuiv,
pellent le Défurt 50. de”
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et durs œufs, pour apporter des Gommes au Senegal.
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ABIERS en MOOREN, zittende op AMEELEN, PÉÉRDEN,
eu DSSEN, om de Gommen naar SENEGAL te Prengen.
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DIFFERENTES PARTIES pr L'APRIQUE, Tav. VI. Cnar. XI. 433
On commença le 5 d'Avril à mefurer les Gommes. Cette opération fe
fic fans défordre, parce qu'on ne reçut les Marchands que l'un après l'autre.
Le Général y affifla éxaëtement, & fit veiller avec le ‘même foin à tout ce
qu'il ne pouvoit éclairer par fa piéience. Auili-tôt que le Commerce fut ou-
vert, on vit arriver chaque jour de nouvelles Caravanes, de dix, vingt, &
trente Chameaux , ou de voitures traînées par des Bœufs & gardées par les
Propriétaires des Gommes & par leurs domeftiques. Ces Mores ont l'appa-
rence d'autant de Sauvages. [ls n'ont pour habit que des peaux de chèvre au-
tour des reins; & des fandales de cuir de Bœuf. Leurs armes font de longues
piques, des arcs, & des fléches, avec un long couteau attaché à leur cein-
ture. Leurs femmes, qui font portées für le dos des Chameaux, ontdes che-
mifes de coton blanc (t), & par-deflüs , unc piéce d’étoffe rayée, en forme
de jupe ou d'écharpe. Une partie de leurs cheveux eft relevée fur la tête;
le En cit lié par derrière & leur tombe jufqu'à la ceinture. Cet habillement
eft modefte, Pour coëffure, elles ont une piéce de linge entrelaffé (v). Les
filles ne portent qu'une piéce d'étoffe rayée, autour des épaules; & plus bas
une jupe de peau aflez courte, coupée en pluficurs bandes, qui les couvre
affez bien lorfqu'elles font en repos ou dans un tems calme; mais le inoindre
mouvement, ou le fouflle du vent les met en défordre. Ces Morefques ont le
teinc olivâtre, les traits à jp de L'e yeux noirs fort beau: & fort
brillans, la bouche petite & les dents d'une blancheur extrême. Qu Jiqu'elles
avent l'air fort vif, elles ont plus de retenue que les femmes des Négres. El-
lès apportent leur provifion de beurre & de lait dans des outres fort nettes,
des boëtes à tabac, & des baurfes de différentes fortes, compofées de paille
de ris'ou de jonc, & tiflues avec beaucoup d'art,
IL n’eft pas befoin de Sentinelles pour découvrir l'approche de ces Carava-
nes. Les Chameaux pouffent des cris hideux qui les trahiffent bien-tôt. Leurs
foulons (x), c'eft-à-dire les facs dans lefquels ils apportent les gommes, font
14 des peaux de Bœuf fans couture ; dont les ouvertures tant des jambes, que
du col font liées avec des courroyes.] Les Mores n'ont pas d’autres commodi-
tés pour renfermer leurs marchaudifes, ni même pour le tranfport de leur eau.
Comme on avoit pris toutes fortes de foins pour empêcher qu'ils n'entraffent
plufeurs à la fois dans l'enclos, c’étoit un fpeétacle amufant que de voir leurs
efforts .& leurs contorfions pour entrer l'un avant l'autre; car les Motes font
une Nation fort bruyante (y }.
LE premier jour de la foire, Mabagni, Interpréte More de Schamchi,
vint trouver Brue & lui dit que les Officiers François qui avoient eu jufqu’a-
lors la conduite du Commerce s’étoient toûjours accordés avec lui pour faire
tourner à fon avantage un huitième de profit, qui devoit revenir à fon Maître ;
& que de fon côté il leur avoit ména é le commerce privé de l'or & de l'am-
bre gris que les Mores apportoient à la foire. C'étoit précifément ce que le
Général s’étoit propofé d'approfondir. Il déclara d’un air ferme à l'Interpréte,
que s’il continuoit cette injufte pratique, il en avertiroit fon Maître ; & cet
honnête Agent, fâché de s'être trahi fans précaution, promit d'être à l’ave-
nir plus fidéle.
A
(+) Angl. de coton noir. R. d. FE, xi(x) Labat di: Toulons. R. d. E.
(vw) Angl. de linge roulé comime une cou- (y) Labat, ‘Tom, IL pag. 113. € Juiv.
ronne. R. d. FE.
III. Part. Lii
Rrue,
Hi, Voyage,
1715.
Exercice du
Commerce,
Portrait des
femmes Mo-
reliques,
Friponnerie
des Officiers
du Cominer-
ce,
Daurz,
II, Voyage,
1715.
Détail du
Commerce,
Le Prince
Adi allarme
[a Dral .
Secours que
Bruc envoye
ay Drak,
434 VOYAGES DES FRANCOIS EN
À l'arrivée du Général on lui avoit préfenté une jeune Négreffe d'une fort
jolie figure, qui lui avoit offert diverfes fortes de fervices, tels qu'elle étoic
accoutumée de les rendre aux l'rançois qui étoient venus avant lui, Elle avoir
foin, lui dit-elle, de leur laver les pieds, de les peigner & de les fervir dans
l'intérieur du Magafin lorfqu'ils revenoient fatigués du travail. Bruce admira
la délicateffe de fes Faéteurs, & reçut la Négreffe pour blanchir fon linge,
mais la difpenfa du refte de fes offres. |
La préfence du Général entrètint l'ordre & la tranquillité pendant toute
Ja durée de la foire. On mefura les gommes dans un Vaifleau cubique, que
les Mores appellent quantar. Il en revenoit au Brak une certaine quantité fu:
chaque quintal. Ses Commifluires la mettoient dans un fac; & lorfqu'ils en
avoient reçu le poids d’un quintal, ils laiffoient aux Agens de la Compagnie
la liberté d'emporter ce qui leur appartenoit. Un Officier de Schamchi pre.
noit le compte de tous les quintaux quife mefuroient, parce que ce Chef Mo.
re s'attribue le droit d'un huitième fur toutes les gommes qui font vendues à
la Compagnie. Comme c'eft lui méme qui régle le prix des gommes & le pails
du quintal, on trouve toûjours le moyen de faire tomber ce droit fur les Mar-
chards Mores, [ & non fur les acheteurs ] { par des compenfations qui fonty+-
à l'avantage de Schamchi ou de fes Officiers. H:
LE Brak, qui fe reprochoit d'avoir pillé les Mores, étoit dans la crainte
continuclle de leur vengeance. Ses Efpions lui rapportèrent uñ jour au foir
qu'ils avoient remarqué parmi eux des mouvemens extraordinaires, & qu'il
en étoit arrivé quelques-uns avec des armes, de la part d'Addi, Prince Mo-
re qui avoit fon camp dans le voifinage, Cet avis l'avoit jetté dans une fi vi-
ve allarme, qu'il étoic prét à quitter Ingherbel, lorfque fur de meilleurs con-
feils il prit le parti de faire communiquer fes craintes au Général François &
de lui demander du fecours. Il étoit minuit lorfque fon Courier arriva au Ma-
gafin. Brue éveillé brufquement & frappé lui-même de cette nouvelle, fe dé-
termina fur le champ à s'éloigner du rivage avec fes deux Barques, en laif-
fant deux Facteurs & fes Laptots pour la garde du Magafin. Lorfqu'il fe pré-
paroit à partir, il lui vint un autre exprès pour fui apprendre que le Prince
Addi ne s'approchoit d’Ingherbel que pour faireune vilite de civilité au Brak,
& qu'il en avoit fait demander la permiflion; mais qu'il étoit accompagné
de vingt fufiliers, dont on pouvoit appréhender quelque violence, Sur quoi
je Brak faifoit prier Brue de lui envoyer quelques hommes bien armés, pour
foûtenir fa réputation & faire connoître aux Mores qu'il avoit des amis. Brue
lui envoya douze de fes Laptots, avec trois Officiers Négres. Le Prince Addi
étant entré dans Ingherbel affeéta de faluer le Brak par une décharge de fa
moufqueterie. Elle lui fut rendue par treize Fufiliers Négres, que le Brak avoit
à fon fervice, & par les quinze Laptots du Général. Ceux-ci ayant tiré à ba-
le, les Mores ne parurent pas contens d’une civilité de cette nature. Cepen-
dant les deux Princes eurent une longue & fecrette conférence, qui finit par
des témoignages éclatans de leur fatisfaétion. Addi préfenta au Brak un Bœuf
gras, & le Brak lui donna un jeune Efclave (2 ). |
LE même jour Addi vint rendre fa vifite au Général. La converfation dura
Jong-teims
(3) Labat, pag. 119. 6? Jui
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DIFFERENTES PARTIES pe 1'APRIQUE Lav. VI. Car XI. 4a
long-tems. Le Prince More parloit Arabe, Schamchi, qui l'accompagnoit, ré.
étoit fes difcours en Langue des Négres à l'Interpréte, qui les rendoit en
François à Brue. Addi loua beaucoup les Hollandois, qui étoient alors en
pofleffion d'Arguim. Il vanta les droits & les préfens qu'il recevoit d'eux, C'é-
toient cent fufls, cent piftolets, quatre barrils de poudre, quatre de bales,
& cent écus pour chaque quintal de gomme ; fans compter une groffe quantité
de bifeuit blanc, de miel, de prunes, de miroirs & d’autres merceries. Bruce
répondit que les Hollandois s'étoient rendus coupables d'une injuftice en fe
faififlant d'Arguim, & que les égards qu'ils avoient pour les Princes Mores
cefleroient autfi-côc qu'ils pourroient fe pafler de leur protection (a). Il retint
le Prince à diner. On ne lui fervit d'abord que de l'eau & du miel pour li-
ueur, Mais ayant confenti à goûter du vin de Canarie, il ne fe fit pas pref-
fer enfüuite pour boire toutes fortes de vins François. Addi étoit d'une taille
médiocre, mais fort bien prife. Il paroiffoit extrémement robufte, Il avoit les
traits réguliers, le nez aquilin, les dents belles, la barbe longue & les che-
veux courts, Sa tête étoit nue, mais il avoit le corps entièrement couvert,
Il portoit pour habit une forte de chemife blanche, qui s'élargiffoit fur fes hau-
tes-chaufles, avec une ceinture de mouffeline, d'où pendoit un couteau en
forme de poignard. Par deflus, il avoit une cafaque d'étoffe blanche, avec
un capuchon qui pendoit par derrière. Après le diner, Brue lui fit préfentde
plufieurs chofes qui paroifloient lui plaire. Il fuma, il prit du café, A fon
départ, il fut falué de cinq coups de canon. Bruce, va l'avoit reçu fur fa Bar-
que, le conduifit jufqu'au rivage, dans l'efpérance de voir fon Cheval; mais
il fut furpris de n'y trouver que des Chameaux, pour fa monture & celle de
fa fuite. Quoique les Mores ne manquent pas de Chevaux, ils les ménagent
beaucoup, & les réfervent particuliérement pour leurs expéditions.
LE Brak vint remercier le Général du fecours qu'illui avoit envoyé, & pa-
rut mettre beaucoup d'ardeur & de bonne-foi dans les témoignages de fon
amitié, 11 lui amena plufieurs jeunes Efclaves, mais il n’en refufa pas le paye-
ment. Le méme jour ,un More,nommé Barikala, fit préfent au Général d'u-
.ne Aigle apprivoifée, de la grandeur d'un Coq-d’Inde, [ de couleur fauve.T
Elle n'avoit rien d’ailleurs qui la diftinguñt des Aigles ordinaires. Sa familiari-
té avec les hommes alloit jufqu'à fe laiffer prendre par le premier venu, &
dans peu de jours, elle prit l’habitude de fuivre le Général comme un chien.
Mais elle fut tuée malheureufement par la chûte d’un barril, qui l'écrafa fur
le tillac (D).
Le 10 d'Avril, la principale femme du Brak rendit une vifite au Général,
accompagnée des Dames de fa Cour. Elles étoient montées fur des Anes,
avec un cortége de dix ou douze femmes à pied & d'autant d'hommes, entre
lefquels étoient deux Guiriots. Brue reçut la Sultane à l'entrée de fa Barque &
la conduifit dans fa chambre, où elle s’affit d'abord fur le lit, avec trois de
fes principales Dames. Les autres prirent les places que le hazard leur offrit,
& le fauteuil demeura au Général, Toutes ces Dames ctoient couvertes d'un
fort beau pagne de coton noir, qui prenant depuis la tête avec la forme d'un
turban
) N'eft-ce pas li le cas de toutes les Païs Ctrangers ?
i foñt des Etabliflemens dans les (Ch) Labat, pag. 126, © Juiv.
Éii 2
Dauvr,
Hi, Voyaué,
171%,
Le Prince
Addi fe loge
des Hollan
dois,
Sa fauve &
fus Flabit:,
Aigle appri-
voice,
Vifite que la
Sultane rend à
Bruc, & les
circonftances,
6 VOYAGES DES FRANCOISEN
faus turban, leur tomboit jufqu'à la ceinture, Plus bas, elles avoient un fecond
ul, Voyage. pagne qui traînoit jufqu'à terre, & fous lequel il y en avoit un troifième qui
1715: Jeur fervois de jupon. Après les premières civilités, elles ôtèrent le pagne
fupérieur, & lifférent voir leur tête, qui étoit coëflée comme celle des deux
Princeffes dont on a déja vû le portrait. Bientôt elles fe défirent aufñi du fe.
cond pagne, qui les laiffa prefque nues. La Sultane n'étoit pas'une beauté
régulière, mais elle avoit le vifage agréable, & la taille fine, avec un air
de majefté & de douceur qui rendoit fa figure fort couchante: fes dents &
celles de toutes les autres Dames étoient d'une grande blancheur., Elle fit
préfent au Général d'une boëte d'or de liligrame , travaillée à la Morefque, le cha
remplie d'épices & de petits grains d'or. Lu
ELLe fit enfuite ne des pipes, pour elle-même & pour les Dames de la Mi
fa fuite. Le tuyau it un rofeau de dix-huit ou vingt pouces de longueur ,
orné d'anneaux d'or, d'argent, de corail & d'ambre. La tête eft d'or ou d'ar- mains
gent. La Sultane remarquant que le Général ne fumoit pas, offrit de ren- préci
voyer les pipes, fi la fumée l'incommodoit, Mais lorfqu'elle eut appris qu'il fe pr
ne s'en difpenfoit que pour lui donner une marque de refpect, elle le força de folga
recevoir fa propre pipe & s’en ficapporter une autre, La converfation fut fort tires
vive, & Brue n'eut pas peu d'embarras à répondre aux queftions qu'on lui lui À
Suet deleur faifoit de tous côtés par la bouche de fon Interpréte, Elles roulèrent prefque le pri
cutretien. toutes fur les Dames de France, fur leur beauté, leur habillement, leur ga-
lanterie, fur la magnificence de la Cour de France, & fur la manière dont
les femmes l'rançoifes vivent avec leurs maris, Le bonheur de n'en avoir qu'un
paraifloit leur faire envie. On fervit le déjeuner, c'eft-a-dire, de l'eau & du
miel, des confitures & des bifcuits de. l'rance, de l'eau-de-vie & du vin.
C
il dev
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fuir à
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une €
tigué.
foulag
me ul
lait &
tomb
trom
Galanterie A l'heure du diner, le Général qui fçavoit que les femmes du Pays ne man qui F
dr fait ü gent jamais devant les hommes, prit volontairement le parti de fe retirer.
un 4
Elles furent traitées fuivant leurs ufages. Mais Brue leur envoya quelques vert
mêts de fa table, fur-tout plufieurs piéces de ar Françoife, {a Sultane vis-à
y fut fi fenfible qu'elle but à fa fanté, & qu'elle le fit prier de venir boire à la à pi
fienne. Il pafla aufli-tôt dans la chambre des Dames, où il acheva de diner à tés f
leur table. Enfuite il leur fit fervir du café, & du chocolat qu'elles trouvé: d'all
rent délicieux. À leur départ il leur fit préfent de miroirs, de corail, de re À
cloux de girofle; & de coliers de verre aux femmes de leur fuite. Il condui- | L
fit la Sultanc au rivage, il l'aida à remonter fur fon Ane, & la fit faluer de lutic
cinq coups de canon. Elle laiffa pañer peu de jours fans lui envoyer quelque étoi
Pintadecpri- prélent. L'Auteur nomme deux Pintades, mâle & femelle, fi privées qu'elles reel
vées, mangeoient {ur fon afliete, & qu'avec la liberté de voler au rivage, elles re- | des
venoient fur la Barque au fonde la cloche pour le diner & le fouper. Pendant
toute la foire, Brue ayant obfervé les jours de fête & les jeûnes de l'Eglife
(c), & n'ayant pas manqué de faire réciter foir & matin les prières à bord,
tous les Mores le prirent pour un Marbut François ( d ).
Le Défert eft infefté par une forte de Milans, que les Négres appellent
Ekufs. Ces animaux font fi voraces, qu'ils venoient prendre les alimens des I
Matelots jufques dans les plats. [Il arriva un jour qu'un Matelot ayant faitx* poi
griller fa ration, la mit fur un morceau d'écorce, pour la pouvoir porter, où kde
alt
alcc
gné
s'ar
ave
s'at
; | x lon
7 (ce) Aigl. & lesDimanches. R. d. E, (d) Labat, pag. 132 €? Juiv,
J
fecond
me qui
pagnce
es deux
du fe-
beauté
un air
lents &
Elle fi
refque ,
ames de
\gueur ,
ou d'ar-
de reu-
ris qu'il
orça de
fut fort
u'on lui
prefque
leur ga-
re dont
ir qu'un
au X du
Vin,
ne mar!
rctirer.
quelques
Sultane
oire à la
diner à
trouvé-
rail , de
conduli-
iluer de
quelque
qu'elles
elles re-
Pendant
l'Eglife
a bord,
pellent
ens des
ant faitx$
cr, où
il
DIFFERENTES PARTIES p4 L'AFRIQUE, Liv. VI, Car, XI, 437
il devoit l'aller manger, un Ekuf, s'abbattit deffus, & l'empoigna, mais cet-
te viande brûlante lui grilla les Serres, & l'obligea de lâcher prife & de s'en-
fuir à vuide, | | |
Baus, qui ne fe ménageoit pas dans l'éxercice de’ fes fonétions, gagna
une colique violente, pour avoir dormi à l'air après s'étre extrémement fa-
tigué. Ses Chirurgiens avoient employé vainement toute leur habileté à le
foulager, lorfqu'un More, qui étoit venu lui rendre vifite, lui confeilla, com-
me un reméde ordinaire à fa Nation, de faire diffoudre de la gomme dans du
lait & d'avaller cette potion fort chaude, Il fuivit ce confeil, & fut guéri fur
le champ.
Lu rs de May, il arriva au Défert un Marbut, qui prétendoit revenir de
la Mecque. Brue le reconnut pour un impofteur, au récit qu'il faifoit de la
tombe du Prophéte, qu'il avoit vu, difoit-il, fufpendue dans l'air entre les
mains de quatre Anges, qui fe relevoient d'heure en heure, pour foûtenir ce
précieux fardeau, Cependant il le retint à fouper: après quoi le Marbut
fe préfenta au Peuple, pour le conduire à la prière. Elle fut fuivie d'un
folgar, ou d'une danfe, qui dura toute la nuit, avec un mélange de chants
tirés des verfuts de l'Alcoran, à l'honneur de ce nouveau Saint, Le Général
lui ft préfent de quelques mains de papier, pour faire des Grifgris; qui font
le principal revenu des Prétres Mores,
ON vit arriver, le 17 May, une nouvelle Caravane, avec des apparences
qui annonçoient moins une troupe de Marchands, que des Voyageurs d'une
haute diftinétion, Elle étoit précédée par un grand nombre d'hommes armés,
les uns montés fur des Chameaux , d'autres à cheval, avec un tambour & deux
trompettes à leur tête, Cette avant-garde étoit fuivie de nuit ou dix Chameaux,
qui portoient fur leur dos des fiéges couverts de drap bleu. Enfüite on voyait
un autre Chameau, beaucoup plus gros, chargé aufli d'un grand fiége ou-
vert, mais ombragé par un parafol, fur lequel étoient aflifes deux femmes
vis-a-vis l'une de l’autre, Autour de ce Chameau marchoient plufieurs hommes
à pied, armés de moufquets X «le fabres, Dix ou douze Cavaliers bien mon-
tés fermoient la marche, schamchi apprenant qui étoient les Dames, fe hâta
d'aller à teur rencontre, & ficdireen mémetems à Brue, que c'étoient la mè-
re & la femme du Prince Addi qui venoient pour le voir.
Le Général fit mettre aufli-tôc tous fes gens fous les armes, & prit la réfo-
lution de recevoir les Princeffes dans fon Magafin, parce que les deux Barques
étoient fi chargecs qu'il n'y reftoit plus d'efpace libre. Un de fes Officiers les
reçut d'abord à la porte du Fort, avec une décharge de moufqueterie, au fon
des hautbois & des tambours. Brue fit quelques pas hors du Batiment pour aller
au-devant d'elles; & les ayant introduites dans la fale, il les plaça dans une
alcove, couverte d'un beau tapis & de couflins, Elles n'y furent accompa-
gnées que de deux ou trois Dames de leur fuite & d'un Guiriot. Les autres
s'arrétérent dans une antichambre, & tout l'Equipage attendit dans la Cour,
avec hberucoup d'ordre & de retenue.
La Princefle mère de Sidi Addi avoit été très-belle femme, mais l’embon-
point avoit altéré fes traits. Son habillement confiftoit dans une belle mante
kde toile noire des Indes, qui defcendoit jufqu'à terre; [ dont les épaulettes
s'attachoient par devant avec des agrafes,] & dont les manches étoient fi
longues qu'elles Jui couvroient les mains. Une partie de fes cheveux étoit raf-
ii 3 femblee
Baurz
I, Voyage,
1715.
Remède
More pour le
culique,
Marbut lus
potteur,
Vifite que
Bruc reçolt de
la Princeile
Adi,
Portrait de
ces deux Prüi-
cuil ÿ,
have,
Hi, Voyage,
}
1715,
tllos font 41:
d ‘ L4
eurchanit à
icurs Inftru-
‘4
438 VOYAGES DES FRANCOIS EN
femblée fur le haut de la céte; Le refte lié d'un nœud de rubans tomboit négli
emment fur les épaules , avec un voile de moufleline rayée, qui tlottoit pa
eus, Elle avoit à chaque oreille un anneau d'or, dont le diametre droit au
moins d'un demi-pied: Son colier étoit d'or, mélé de grains d'ambre, La
femme du Prince paroifloit âgée d'environ dix-huit ans, Elle étoit plus gran-
de que ne le font ordinairement les femmes de fa Nation, mais parfaite.
ment bien-faite, les traits réguliers, les yeux noirs, bien ouverts & remplis
de feu; la voix douce, & toute la figure agréable, Elle avoic du rouge au
vifage; mais fon teint, qui étoit olivatre, en tiroit peu d'avantage, Ses on
gles étoient aufli peints de rouge, & fes mains fort belles. Elle écoit vêtu
comme fa mère, avec la feule différence que fes cheveux étoient entremél:
de grains d'or, d'ambre & de corail, & qu'ils étoient rangés avec plus d'art,
Les Dames de la fuite n'étoient pas vêtues moins modeftement ; fort différen
tes des Négrefles qui ont l'habitude de laiffer voir la moitié de leur corps à
découvert { «),
LA vieille Princeffe commença par un compliment fort civil. Elle dit an
Général que fur la réputation de fon caractère, elle n'avoic pas faic difficult
de paller un peu fur les loix de la bienféance pour venir voir un Etranger.
Entuite elle lui préfenta une boëte d'or & une chaine de filigrame , fort bien
travaillées. La jeune Princefle lui fit aufli fon compliment & fon préfent, Il
leur fit à toutes deux une réponfe polie. La converfation devint fort agréa-
ble , X les deux Dames marquérent beaucoup d'efpric & d'enjouement, Brue
avant demandé à la Princeffe Douairière fi la jeune Dame , qu'elle avoit avec
lle, étoic la Sultane, ou la première femme du Prince Addi (/ }, elle lui ré-
pondit que les Mores n'avoient qu'une femme légitime ; & que fi la Loi leur
en permettoit d’autres, les perfonnes de diftinétion & de conduite ne les
voyoient qu'en fecret & comme à la dérobée,
A l'heure du diner, le Général demanda aux deux Dames fi elles étoient
réfolues de manger füuivant leurs ufages, où fi elles lui feroient l'honneur
d'accepter un diner à la Françoife. Elles lui en laiffèrent le choix, en le priant
feulement qu'il n'y eût pas dans la fale d'autre homine que l'interpréte, On
mit aufli-tôt une table fort baffle, Brue s'aflit, comme les Dames, en croifant
les jambes fur un couffin, Les plats furent apportés jufqu'àa la porte par les
Domeftiques François, & les femmes des Princefles les alloient recevoir.
L'Interpréte les plaçoit fur la table, & faifoit le refte du fervice autour du
Général, On avoit eu foin de fe pourvoir de kuskus, & de quelques autres
mêts à la Morefque. Mais les Dames eurent la complaifance de ne toucher
qu'aux alimens François. Elles imitèrent même, avec beaucoup de grace,
l'ufage qu'elles voyoient faire au Général de fa fourchette & des autres in-
ftrumens de table,
P£enpanr le diner, la Princeffe mère fit chanter quelques airs à fa Gui-
riotte, qui étoit une jeunc fille extrémement jolie, [& fort parée, tp
dire
(+) Labat, pag. 140. €P fuir, une chofe auf remarquable, Cela nous fait
gif) A &il fort extraordinaire, ce femble, voir combien ceux qui voyagent uniquement
que Druc ait fait cette queflion, Un homme dans des vûücs de commerce, font peu curicux
u c lui, qui avoit réfidé & converfé filong- des coutumes étrangères, qui n'ont pas un ra
avec es Peuples, n'auroit pas duignorer port direct avec leur principal but.
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*
DIFFERENTES PARTIES pe L'AVRIQUE, Luv. VI. Citr, XL 439
dire que fa tête dtoit couverte de quantité de parts cobltichets d'or, d'argent, new.
nitrument compofé d'une cale. Hi, Voynge,
tnégli : À
nt par d'ambre & de corail,] Elle lui fic soucher un
LOI au balle couverte de parchemin rouge, avec douze cordes, lcs unes d'argent, 1715.
e La d'autres dé letton, dont le fon relfembloie h celui de la harpe, Les deux Da-
is gran- mes parurent charmdes de l'accueil qu'elles avoient reçu du Général, Elles
sie. acceptérent quantité de confitures qu'il les pria d'emporter, & plufieurs pai-
remplis res de gants parfumés, qui écoient pour elles un préfent d'autant plus agréa-
uge au ble ,qu'elles n'en avoient jamais vü. Brue les conduific enfuite jufqu'à leur Cha-
Ses on meau; & les fie faluer, à leur départ, d'une décharge générale de fa moul:
t vécu queterie & de fon canon.
emé les Un Pécheur lui apporta le même jour un jeune Crocodile vivant, long
s d'art, d'environ cinq pieds. Mais perfonne n'ayant voulu prendre Ia commiflion de
ifféren l'apprivoifer, on prit le parti de lui cafler la tête, rue n'en crouva pe la
Orps à chair défagréable, [celle n'a de mauvais qu'une odeur de mufe, qu'il eftdifi-
cile de lui ôter, ]
: dit an Le 9 de May, un Officier l'rançois, qu'il avoit envoyé pour le Commerce
fliculte à T'errier-Rouge, revintavec cent cinquante quintaux de gomme, mais fans
ranger. voire & fans or, parce que les Mores avoient porté leur or & leur yvoire
rt bien ta Portendie [& à Arguim,] où il étoit arrivé quelques Vaiffeaux Hollandois,
ent, Il Le tems du Commerce approchant de fa fin, & les eaux du Sénégal com-
agréa- mençant à s'enfler, Brue renvoya fes Barques chargées au l'ort Saint-Louis,
t, Bruc Le 24, il jetta l'ancre devant Ingherbel, où rendant vifice au Brak,ille trou. Vifee que
it avec va fous le portique de fon Palais, occupé à juger un procès fort fingulier, Bruc rend au
» lui ré- Un Marbut s'étoit engagé avec un Scigneur Nègre à lui donner un Grifgris Brak,
oi leur ou un charme qui le rendroit invulnérable à la guerre. [l avoit reçu, pour
ne les une faveur f précicufe , un Cheval d'une beauté rare, Mais ce merveilleux
Amulete n'avoit point empéché que le Nègre n'eût été tué dès le commen-
étoient cement du combat, Ses Fléritiers, qui n'avoient pas ignoré le marché, re-
onneur demandoient le Cheval au Marbut. Le Brak voyant arriver Brue lui deman- 1! ge un Pro.
> priant da fon opinion, Il parut clair au Général que le Grifgris ayant été fans ver. € bizarre,
tu, le Cheval devoit être reftitué aux Héritiers; & fon jugement fervit de
te, On |
roifant Sentence (4 ). . ; ,
par les Arnks cette audience, il fut conduit dans Le mbanare du Roi, quine
cevoir. différe de ceux de fes Sujets que par le nombre & la grandeur des bätimens.
our du La nature de l'éditice & les meubles font à-peu-près les mêmes, Ce qui dif:
autres tingue feulement le Palais Royal, c'eft qu'il eft renfermé dans un vaite en-
oucher clos de rofcaux, qui reçoit de l'ombre d'une grande quantité d'arbres, autour
grace, defquels font les appartemens du Roi, fes magafins, fes étables, fon chenil,
res in- & les logemens de fes femmes & de fes Officiers. La porte de cet enclos
eft gardée par cinq ou fix Négres, armes de fabres & dezagayes. Après une
fa Gui- | longue conférence où les cngagemens du Commerce & de l'amitié furent re-
c'eft-à- 4 nouvellés, le Tagaraf, un des principaux Officiers du Palais, conduifit le
dire Général à l'audience de la Sultane ou de la principale Reine, Certe PrincefTe
étoit ailfe fur fon lit, Sa chambre étoit couverte de nattes, fur lefquelles cinq
ous fait vu fix de fes femmes s'occupoient à filer. Elle fit affcoir Brue à fon côté; &
quement lorfqu'il
LCUTICUX
asunra : A en LC:
(g) Labat, Tom, I, pag. 148, € J'aiv,
Brun
HI. Voyage.
171%.
Départ du
Général, &
galanteries du
Brak.
Droits de
Schamchi.
Kicheffe du
Confmerce
François.
us VOYAGES DES FRANCOISEN
j
lorfqu'il fe leva pour fe retirer , clle quitta auîfi fa poflure & le reconduilie
jufqu'à la porte. Îl rendit fucce Tivement fa*vifite à toutes les autres femmes
car le Brak en a plufieurs, qui ont chacune leur maifon & leur famille. Re:
tournant enfuite auprés du Roi, il le trouva dans fa cour, allis au pied d'un
Latanier , d'où il voyoit faire l'exercice à quelques Chevaux qu'on lui offroit
à vend: Les Mores qui les éxerçoient ne manquoient pas d'art & de gra-
ce pour les conduire ; mais quoique ces animaux fuffent de belle encolure,
ils n'avoient pas de bouche; ce que Bruce crut devoir attribuer à leurs brides,
qui lui parurent fort mal-faites. Il vit auili les Chiens du Brak, Ce Prin-
ce en avoit dix-huit, grands, les orcilles belles, & de l'efpèce de nos lé.
vriers; mais avec deux propriétés rares dans cette efpèce, le nez & le:
reux excellens. On les nourrifloit avec du fon de maïz trempé dans du
fait; & lorfqu'ils avoient tué quelque piéce de gibier, on leur donnoit les cn.
trailles.
A l'heure du diner, le Général fut conduit dans une chambre où le Roi
l'attendoit. Toutes les femmes de ce Prince lui envoyèrent chacune un plat
de leur cuifine. Comme il avoit apporté de l'eau-de-vie & du vin, le Bral
fut de la meilleure humeur du monde, avec aflez de modération pour ne
pas s'enyvrer. Brue pritenfuite congé des femmes du Roi, defes fœurs & de
fes filles, qu'il n’avoit pas vues le matin, & qu'ilne quitta pas fans leur avoir
fait quelques petits préfens. Il en reçut autfi de toutes ces Princefles. Enfin
lorfqu'il fut retourné pour faire fes derniers adieux au Brak, il fut furpris de
le voir monter à cheval avec toute fa Cour, dans la réfolution de conduire
fes Hôtes jufqu’au bord de la rivière. Cette politeffe fut accompagnée de tou-
tes fortes de galanteries. Le Roï fit faire quanuté de fauts & de courbettes à
fon Cheval. Quelquefois il le mettoit au grand galop; & retournant tout-
d'un-coup , il fe rapprochoit du Général en branlant fa zagaye d'un air libre &
gracieux. On amena quelques Efclaves qu'il lui vendit, & dont il reçut le
prix fur le champ. À fon départ, Brue le falua de quelques coups de canon.
Le jour fuivant, les droits de Schamchi furent reglés. 11 lui revenoit dix
quintaux, des huitièmes qu’il s'attribuoit fur les gommes; mais on ne man-
qua pas de déduire ce qu'il avoit emprunté l'année d’auparavant. Il fit un
nouvel emprunt, de la valeur de trente quintaux de gomme en marchandi-
fes, qui devoit être pris fur les huitièmes de l’année fuivante. Cette méthode
le met en état de continuer le Commerce, & l'intéreffe beaucoup à l'avantage
de la Compagnie.
BRuE partit du Défert le 1 de Juin 1715, avec plus de fept cens quin-
taux de gomme, fans y comprendre ce qui étoit venu de T'errier-Rouge. Com-
me il avoit fait monter le quintal à fept cens livres, poids de Paris, fa car-
gaifon fe trouva de quatre cens mille livres de gomme, outre les Efclaves, l'y-
voire, les plumes d’Autruche, l'or & l'ambre gris. Les vents étant contrai-
res , il fut obligé de jetter l'ancre plufieurs fois, & d'attendre le reflux des ma-
rées pour retourner au Fort Saint-Louïs, où toutes ces richefles arrivèrent
heureufement ( h ).
7h) Labat. pag. 155. € Juiv.
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| Kkk et
DIFFÉRENTES PARTIES pt L'AFRIQUE, Liv. VI. Cru. XI. 4ar
(. I I,
Obfervations Jur la Gomme du Sénégal, © Jur Jon Commerce.
mauvais, ®& la Côte trés-dangereufe, les François, les Anglois, les
andois & les Portugais s'y rendent avec beaucoup d'empreffement, &
s'efforcent tous d'y établir leur commerce, parce que c'eft le feul endroit,
avec le Sénégal, où les Peuples de l'Afrique apportent les gommes. Cette
marchandife eft peu importante en apparence; mais deux raifons principales
en font un objet confidérable. 10, Elle s'achete à fort bon marché dans le Pays,
& fe vend fort cher hors de l'Afrique. 2°. Elle occupe une grande partie
des Manufaétures de l'Europe, & fert ainfi à faire circuler l'argent. Elle four-
nit à l'entretien d'une infinité de perfonnes.
IL n’eft donc pas furprenant que les plus riches Marchands de l'Europe
entreprennent de porter leur commerce du côté d’Arguim & de Portendic.
Ils n’ont que cette voye pour empêcher que toutes les gommes ne tombent
entre les mains des François, qui font feuls en poffefion du Sénégal, c'eft-à.
dire, de tous les autres Ports où cette marchandife eft apportée. C'eft la vÉ-
ritable raifon qui a jetté les Hollandois dans une fi grofle dépenfe pour éta-
blir un Comptoir dans l'{fle d’Arguim, & qui leur a fait chercher une retrai-
te à Portendic lorfqu’ils ont été chailés de cette Ifle. Ils ont réuiti » Par cette
voye, à partager d'abord le commerce des gommes avec les François. En-
fuite ils l'ont attiré prefqu’entièrement dans leur Comptoir, en payant les
gommes fort cher, & faifant des échanges à perte, pour engager les Mores
à tourner de leur côté. Lorfque ces artifices ne produifoient rien, ils em-
ployoient le Prince Alifchandora & d'autres Sei neurs Négres à piller les
gommes que les Mores portoient au Sénégal. C’eft ce qu’on a vû plus d’une
UOIQUE le Pays aux environs d'Arguim & de Portendic, foit fort
kéfois, malgré les Traités formels de ce Chef de la Tribu [ qui s’apelle Terar-
za, ] avec la Compagnie Françoife, qui n'a jamais manqué de lui payer les
droits & de les accompagner de préfens.
La gomme s'appelle gomme du Sénégal, ou gomme Arabique, parce qu'’a-
vant que les François euflent des Comptoirs au Sénégal, elle ne venoit que de
l'Arabie. Mais depuis que le Commerce eft ouvert par cette voye, le prix en
eft tellement diminué qu'on n’en apporte plus d'Arabie. Cependant il en vient
encore du Levant. On prétend même qu’elle eft meilleure que celle du Séné-
gal, par la feule raifon qu'elle eft plus chère; car au fond elles font toutes
deux de la même bonté. L’artifice confifte à trier la plus belle, c'eft-à-dire la
plus claire & la plus féche, & celle quieft en gros morceaux, qu’on fait paf-
fer hardiment pour la véritable gomme d’Arabie.
kæ Les Médecins prétendent que cette gomme eft peétorale, [ humeétante,]
anodine, & rafraïchiffante; qu’elle épaifit les humeurs féreufes & les em-
pêche d'entrer dans la maffe du fang pour le corrompre; qu'elle eft excellen-
te pour le rhume, fur-tout lorfqu'elle eft mêlée avec le fucre d orge, fuivant
Vufage de Blois, où l'on en fabrique beaucoup; que c’eft un fpécifique con-
tre la Diflenterie & les Hémorragies les plus obftinées. On lu attribue quan-
TILL, Part,
BDrur.
HI, Voyige.
1715
Importance
du commerce
des gommes,
Efforts des
Nations de
l'Europe pour
y participer,
Attifice des
Hollandois,
Origine &
nature du
commerce des
gommes,
Qualités de
Ja gomme du
Sénégal,
Brun.
U, Voyage,
1715.
Ufage de la
gomme du Sé-
négal.
Arbre qui la
p:oduit.
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
ler avec la Faculté. Ce qui l'étonne, c'eft qu'on ne fe foit pas encore avifé de
la faire prendre en bol avec du liège; rien à fon avis ne feroit plus propre à
abforber les humeurs peccantes, & les empêcher de fe répandre fur les pou-
mons, & autres parties nobles où elles caufent de fi grands défordres. D
prouver que ce qu'il dit n'eft pas fans fondement , Voici comment il argumen-
te. Chacun convient que ce qui fert à la nourriture de l'homme, lui fert auf
de médicament. Or ]ileft certain, qu'un grand nombre de Négres qui la re-
cucillent, & les Mores qui l’apportent au marché, n'ont pas d'autre nourri-
ture; qu'ils me font pas réduits par néceflité, faute d'autres alimens, mais
que leur goût les y porte, & qu'ils la trouvent délicieufe, Is n'y employent
pas d'autre art que de l'adoucir par le mélange d un peu d'eau. Elle leur don-
ne de fa force & de la fanté. Enfin, par fa fimplicité & fes autres vertus, ils la
regardent comme une diéte excellente. Si elle a quelque chofe d'infipide, on
peut lui donner, avec une teinture, l'odeur & le goût qu'on defire (a). Il
paroît étrange, ajoûte l'Auteur, que ceux qui l'apportent, de plus de trois
cens milles dans l'intérieur des terres, n’ayent aucune provifion de refte lorf-
qu'ils arrivent au Marché; mais il eft bien plus furprenant qu'ils n’en ayent
pas eu d’autre que leur gomme, & qu'elle ait été leur unique füubfiftance dans
une fi longue route. Cependant c’eft un fait qui ne peut être contefté, & fur
lequel on a le témoignage de tous ceux qui ont pailé quelque tems au Séné-
gal. Brue, qui avoit goûté fouvent de la gomme, la trouvoit agréable. Les
piéces les plus fraîches, c’eft-à-dire, celles qui ont été recucillies nouvelle-
ment, s'ouvrent en deux comme un abricot mûr. Le dedans en eft tendre, &
reffemble affez à l’abricot par le goût (b).
ON fait un grand ufage de la gomme du Sénégal dans plufieurs Manufaétu-
res, particulièrement dans celles de laine, & de foye. Les Teinturiers s’en
442
fervent beaucoup aufi, [ fur-tout de celle qu'ils appellent vermiculée c’eft-à-1#>
dire de celle qui s'étant tortillée en tombant de l'arbre, a pris, quoiqu'un peu
groffièrement la figur:. d'un ver.] Toute l'habileté dans i£ choix de cette gom-
me,confifte à choifir la plus féche, la plus nette & la plus tranfparente,
car la groffeur & la forme des piéces n’y mettent aucune différence,
L'ARBRE qui la porte en Afrique comme en Arabie, eft une forte d'Aca-
cia, (c) aflez petit (d)& toûjours verd, chargé de branches & de pointes,
avec de longues feuilles, mais étroites & rudes. Il porte une petite fleur
blanche [compofée de cinq feuilles ,] en forme de vafe, dans laquelle il y ax#
des filets de la même couleur, qui environnent un pifton (e) où la femence
eft renfermée. Ce pifton [ fe change en une filique de trois à. quatre pouces 4
de longueur, & ] eft d'abord verd; mai: vi: meuriffant il prend une couleur
de feuille morte. La femence ou la petite graine dont il cf rempli, eft ron-
de , dure & blanchâtre (f). On trouve entre le Sénégal & le Fort d'Arguim
uwois Forêts qui portent quantité de ces arbres. La première fe nomme Sa-
bel;
ra) Labat, Afriq. Occident. Tom. I. pag.
(dd) Parbot dit que c'eft un grand Arbre,
238. € Jui.
qui reffemble affez à celui qu'on appelle Map-
cb) Labat. To. IL. pag. 114. put en Amérique. Voyez fa Defcription de ia
(c) Cetarticle n'appartient qu'au Commerce. Guinée. pag. 46. .
Mais on trouvera d’autres détails dans l'Hi( (2) Ce pifton, eft le piftille de la Fleur,
toire Naturelle de toutes ces Régions, Tome R. d. E.
divant, R. d, 1, (f) Angl. &aoïge, R. d. E,
kà pe
Sénc
& te
Mar
x Baye
KFfidé
gran
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qu'a!
eft :
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XF ce;
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qui
mi
ron
I
dois
go
qui
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VL Car. XI. 442
bel; la feconde & la plus grande, Lebiar; & la troifième Afatak. Elles font
Avifé de
Brur,
à . kà peu près à la même diftance, c'eft-à-dire à trente lieuës [ d'une efcalle du HI. Voyage,
L. Pour Sénégal, nommée le ] Délert, qui cit auñli à trente lieuës du Fort Saint-Louïs; 171.
umen- & toutes trois, elles fout entr'elles à dix lieuës | une de l'autre. De Sahel à Fr. A he
rt aufli Marfa ou Portendic, on compte foixante lieuës, & quatre-vingt jufqu'à la we, trou
i lare- M EaYe Lde Guie, d'Agnadir, ou ] d'Arguim.
nourri- . La récolte de la gomme fe fait deux fois chaque année; mais la pluscon- ‘Tems & ma
s, mais KFfidérable eft celle du mois de Décembre, où l'on prétend qu'elle eit [en plus Mère de lurc
bloyent grands morceaux, ] plus nette & plus féche. Celle du mois de Mars eft ‘ir
ur don- plus gluante > AVEC inoins de tranfparence. La ralfon en eft fenfible. C'eft
s, ils la qu'au mois de Decembre elle fe recueille après les pluyes, lorfque l'arbre
de, on | eft rempli d'une féve que la chaleur du Soleil vient épaittir & perfectionner,
a). Il fans lui donner trop de dureté, Depuis cette faifon jufqu'au mois de Mars, la
de trois chaleur devenant exceflive % féchant l'écorce de l'arbre, oblige d'y faire
e lorf. dés incifions pour en tirer ceLte féve; car la gomme n'étant que de la féve
1 ayent extravafée qui tranfpire par les ores de l'écorce, on eft forcé, lorfqu'elle
ce dans ne fort pas d'elle-même, de bleffer l'arbre pour l'en tirer (g).
& fur ELLE fe mefure, pour ia vente, dans un vaifleau cubique nommé Quan- Manière dont
Séné: tar, où Quintal, de la grandeur dont on convient entre les Européens & les Cllefe meture.
le. Les Mores. La mefure des Hollandois, lorfqu'ils étoient en poffeflion d'Arguim,
uvelle- contenoit le poids de deux cent vingt livres de Paris, qui leur revenoient à
dre, & &Y la valeur d'une piaftre d'Efpagne [évaluée à trois livres, monnoye de Fran-
XPce; &] en marchandifes , [elle leur coutoit douze cadenats; ou deux (h) on-
ufaétue ces de Corail ; ou quatre baflins de cuivre; ou une demi -aune de drap fin;
ne d'en ou trois quarts d’aune de drap commun; ou deux barres de fer plat ; ou trois
c'eft-à-# aunes de revèche ; ou fix aunes trois quarts de toile baftos, c'eft-à-dire cou-
an peu teline bleue, ou fix Aunes & demie de toile platille (i).] Les Interlopiers,
Le gom- qui faifoient le Comiuerce à Portendic & dans Ja Baye d Arguim avec la per-
arente , miflion du Gouverneur Hollandois, avoient une mefure qui contenoit envi-
ron fept cent livres de Paris.
AR IL ne fera point inutile de joindre ici les droits qu’ils payoient aux Hollan-
ointes, dois, fur les marchandifes qu'ils donnoient en échange dans le commerce des
ù eur gommes, & les préfens que le Prince Alifchandora éxigeoit d'eux, pour mille
il y axé quintaux du poids qu'on vient d'expliquer.
PRES Fe 4 (g) Barbot explique autrement la manière cription de la Guinée, pag. 46. [Le mème Au-
pouces de recueillir la gomme. Il prétend que dansla teur donne auffi une Defcription Au commerce
-ouleur 1 faifon , les Mores dépouillent l'arbre de fon é- de Gomme que font les François, mais cette
ft ron- corce avec de petits infltruinens de fer, & que Defcription eft fort imparfaite, en comparaifon
\rguim peu de tems aprés , la fubftance aqueufe qui é- de celle que nous avons extrait de Labat.]
toit deflous, s'endurcit& fe gromele. Il ajoûtc Ch) Les Auteurs Anglois difent douze on-
ne Sa- que les Arabes la confervent fraîche d'unean- ces; mais nous avons fuivi ici Labat. R.d.E.
bel; née à l'autre, en la mettant fous terre, Mais g@(i) Labat, Tom, IL, pag. 239. € Juiv.
ii ne cite aucune autorité, Voyez fa Def
| Arbre,
lle Map-
on de ia
a Fleur,
DRro1Ts
AN VOYAGES DES FRANCOIS E N
BRuz. Drorrs du Gouverneur Hollandois d'Arguim pour fa proteétion & le
gr ps courtage de mille quintaux , à une demi-piaftre par quintal, . . 3000 I.
Prix des Gommes en Marchandifes. Arge
mé
Tarif des Mrcce piéces de drap de laine bleue, nommé Blaeukaton, de Perle
Contreban- vingt-cinq aunes de Hollande (4), à 17 guilders (1) où 21 liv. 5.f. Amb
diers d'Ar- par piéce, + : | M he - 2 4 + + 212501" Cadiz
For A Cine cens douzaines de petits miroirs, à 7 fols la douzaine, . 175 Chau
ass CiNQ cens douzaines de peignes de bois, à 6 fols la douzaine, . 150 Chau
Deux mille cadenats . . . à 5 fols piéce, . . . . 500 | Cora
Dzux mille couteaux de Flandres, à 5 fols piéce, . . . . 500 Colie:
—— ——— Drap
Total, . . . 255751 Drap
Sue nn Barre:
Cloux
Droits du Prince Alifhandora , pour la Cargaifon d'un VaifJèau. Mains
: | ; | Pagne
CE Prince a long-tems éxigé deux mille quatre cens piaftres en efpèces. Reve
Mais il pouvoit prendre la moitié de cette fomme en marchandifes, c'eft-à- Bañlin
dire, en trois cens piéces de toile bleue,. évaluées à douze cens piaîtres, quoi- kg [Spar
qu’au fond leur valeur foit de vingt & une liv. cinq fols par piéce; ce qui | mit
monte à neuf mille neuf cens foixante-quinze livres (m) ,[de façon qu'il re-X@ Baftos
goit en tout. ] . À . . . ' ‘ . 9975 I. foi. Toile
Les préfen- = différentes fortes de marchandifes montent à . 2870 - 10 } Calice
Les appoin..nens de l'Interpréte, pour cent jours de fervice, À «> [Cor
à une demie-piaftre par jour, payables, moitié ea efpèces, moi- de
tié en toile bleue, ; | : ’ "AA : . 150 x [Cord
Les gages de vingt Ouvriers Mores, pour charger le Vaif- Grain
feau pendant le même efpace de tems, à un quartde piaftre par à {Cor
jour, payables de la même manière que ceux de l'Interpréte, . 1418 - 15 Petits
Total. . . . 14414 - 5
ms
CETTE dernière fomme ajoutée à la première de 25575 liv.
fans y comprendre les autres frais du Vaifleau, fait celle de . 39989 - 5 Piaftr
Loue ia
CE qu'il. y a de fort remarquable, c’eft que les droits du Prince Alifchan- Perles
dora regardoient toutes fortes de Vaiffeaux , fans diftinétion de icur grandeur. Ambr
Ainfi les Hollandois, au-lieu d'employer des Bâtimens de trois ou quatrecens Serge
tonneaux, auroient trouvé beaucoup d'avantage à n'en avoir que de mille Po
| orai
ou douze cens (#).
EN 1715, Brue régla, au nom de la Compagnie Françoife, un Tarif des Drap
poids fort différent, tant au Défert qu'à Terrier-Rouge fur le Sénégal. Le Barre;
quintal des Mores pefoit, dans ces deux lieux, cinq cens livres de Paris. KF Cloux
M AR:
(k) L'aune de Flandres,telle que l'employent lons Florin. R. d, T. À
les Hollandois, ne fait qu'environ la moitié de (m) Angl. à fix mille trois cens foixante- r (o)4
celle de Paris. quinze livres. K. d. E. | 4 (1)
(2 7 Monnoye de Hollande que nous appel: (nm) Labat, pag. 246. € Juiv. e
fpèces.
’'eft-à-
, quoi-
ce qui
vil re-@
1. fois,
- 10
andeur.
[re cens
e mille
arif des
al. Le
ris.
M AR.
foixante:
e
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI. Cuar, XI. 445
MARCHANDISES.
Argent en Efpèces, ou Piaftres d’Alle-
magne , à AB fols piéce. . .
Perles d'argent uni, à sf, 6d. piéce.
Ambre jaune. . . . “à
Cadiz ou Serge noire & bleue.
Chaudières de cuivre, pefant r2 livres.
Chaudrons de cuivre "de fix livres.
Corail. . . ,
Coliers, nommés de Cornalines. ,
Drap rouge commun. se 0
Drap bleu, . .
Barres de fer lates de 8 à 9 pieds
Cloux de roll. .
Mains de papier à 20 feuilles la main.
Pagnes de coton du Pays. . . . .
Reveches rouges ou bleues. . . .
Baflins de cuivre rouge. . . .
k[Spares, ou perches qui fervent de
mäts aux tentes. . . . . . .
Baftos bleus. . . . . .
Toile blanche. . . St +
Calico, ou ‘Toile des Indes. . . .
a [Cordes de] Grains de verre ouge
Nomb,
Quintaux de gomme,
& + … : , I.
2 . , 2 : 1.
6 onces.
8 aunes.
12 aunes, ,. .
I2 aunes. . .
5. aunes & demie.
de moyenne groffeur. . . . 40.
[Cordes de] Grains de verre rayé.
18. |
Grains de verre jaune. . . + 0, . .
xæ [Cordes de] Grains jaunes mañlifs.
Petits grains de différentes couleurs.
40, . LL
24000. , .… ,
Différence du prix des Marchandifes en France € au Sénégal.
en France.
Piaftres (0) d'Allemagne.
Perles d'argent unies (p). .
Ambre jaune, FORCE; . . .
Serge de Cadiz , l’aune. . .
Baflins de cuivre Mal la pe”
Corail la livre. . . .
Drap rouge ou bleu, l’aune.
Barres plates de fer, la livre (q).
KFCloux de girofle, [la livre].
(o) Ouplûtôt Pataques d'Allemagne. R. d. E.
(p ) Labat les Cvalue à 5 fois 6 deniers en
Kkk 3
au Sénégal.
oliv. gtols 4liv {ols,
10 s 10
10
6
32
Papier #
France à 10 Sols au Sénégal, R. d. E.
(q) sn: gl, le bürre. air, ‘e 6h, RedE,
Q
Bnrur,
HI. Voyage,
171$.
Tarif des
François réglé
par Bruc en
1715.
Différence
des prix en
l'rance & au
Sénégal,
BDurup,
I, Voyage.
171%.
Six Tribus
Mores.
Erreur des
Ecrivains de
l'Europe fur
le nom de ces
Peuples,
Trois Tri-
bus Arabes,
& leur féjour.
444 VOYAGES DES FRANÇOIS E N
en france, au Sénégnt,
Papier ,larame. . . . . . . gliv. lols ; g li. {ois,
Pagnes, ou étoffes de coton, la piéce. 1 10 Us 4 4
Revechel'aune, . . + , . ,. . E 10 #4 4
[Chaudières de cuivre rouge lalivre. 1 4 réf E: + sl
J'oiles diverfes , l'aune, , . . . 18 nn: 2 (r).
Fr) Labat, Tom, III. pag 166.
di Be «En tAie Be SE EE KEEie EU GEE 6 AE Te arE Un KAE0 EEE De AL EL MBEE 1272
CH A PI T R E XII.
Etat des Pays, au Nord du Sénégal, d'u l'on tire la Gomme.
E Pays au Nord du Sénégal, qui s'appelle Zarra ou leDéfert, & que la
plûpart de nos Géographes ont nommé /e Défert de Barbarie, eft habité,
fuivant le témoignage de Leon, par fix Nations ou Tribus de Mores; les Sa-
nagas , les Souentigas, les Fuergas , les Lamphins (a), les Bardoas & les Leva-
tas. Ces Peuples font fitués, depuis l'Océan vers l'EÎt, l'un après l'autre dans
l'ordre où l'on vient de les nommer. Ainfi les Sanagas, Zanajas, ou Zane-
ghas, car leur nom fe trouve écrit différemment, font les plus Occidentaux,
bordent la Mer, & poflédent le Pays où crouc la gomme, & dans lequel Ar-
guim & Portendic fe trouvent renfermés. Quoiqu'ils ayent la même origine
que les Mores de Barbarie, ils font diftingués d'eux par la différence des Pays
qu'ils habitent, comme ils le font des Arabes, qui viennent fouvent commer-
cer avec eux. Cependant les Ecrivains de l'Europe confondent ordinairement
tous ces Peuples ; & Labat fur-tout, eft habituellement dans cette erreur.
L'Efpagne fut d’abord conquife par les Arabes, & dans la fuite, arrachée de
leurs mains par les Mores de Fez & de Maroc. Nos Hiftoriens & nos Géogra-
phes modernes n'ayant pas mis de diftinétion entre ces deux conquêtes, em-
ployent fouvent les noms de Mores & d’Arabes pour défigner indifféremment
les deux Nations. D’autres fe font fervis, avec la même indifférence, du nom
de Mores pour fignifier tous les Mahométans. C'eft ainfi que pour fuivre le
langage des RE & des autres Nations de l'Europe aux Indes Orientales,
nous n'avons pas donné d’autre nom, dans le premier Volume de ce Recueil,
aux Mahométans de l'Afie. Enfin les Arabes mêmes de Barbarie, qui font en
grand nombre & qui n’admettent aucun mélange, n'ont pas laiflé d’être con-
fondus fous le nom de Mores par la plûpart de nos Auteurs ,qui paroiffent ne
pas connoître d'Arabes hors de l’Arabie. Cependant Labat mérite quelque in-
dulgence, lorfqu’il affüre (b) que la gomme eft recueillie par trois Tribus de
Mores ou d’Arabes, parce qu'il fe trouve en effet quelques ‘i'ribus d’Arabes
établis dans le Pays du Sénégal Mais il confeffe qu'il n'a jamais fçu à qu'elles
Tribus l'un ou l’autre de ces noms appartient.
La première de ces familles ou de ces ‘T'ribus s'appelle en Arabe Térarza.
Son Chef étoit Alifchandora, dont on a vû plufieurs fois le nom. Ce M:
s
(e) Angl. les Lamptuns. Ry à, E. {2) Afrique Occidentale, Tom. L. pag 254.
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Pa 254
X#quefois en abondance, [ car ilsn’en reçoivent point
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cuar, XII, 447
fils d'Addi (c), n'avoit pas d'autre demeure que fes Villages errans, au Nord
de la Forêt de Sahel, vers Arguim & Purtendic. Aufli portoit-1 volontiers
la gomme de fa Forét dans ces deux Ports ; "parce qu'ils étoient plus proches
de lui; mais fur-cout à Portendic, où il y avoit deux pauvres Villages, com-
pofés d'environ quatre cens perfonnes, qui y failoient conftamment leur ré.
fidence.
Le Chef de la Tribu d'Aulad al Haji, fe nommoit Chams, Cette Tribu re.
cueille la gomme de la Forêt de Hebiar, & quelquefois celle d'Afatak, & la
porte aux françois dans le Défert [, Port ou Efcalle dans les Etats du Roi
3
rak, fur la rive] du Sénégal. La Tribu d'Ebraghena, dont le Chef fe nom-
moit Barkar, recueille la gomme de la Foréc d'Afatak, & la porte aufli à la
Compagnie Françoife dans un Port du Sénégal, qui fe nomme Terrier- Rouge ,
x3-de la dépendance du Siratik, à cinquante lieuës de la réfidence de Bakar, [ Ce
lieu eft fur les terres du Siratik (d).]
LA Religion des Mores eft le Mahométifme, quoiqu'ils n'ayent pas de
Mofquées, ni de lieu fixe pour leur culte. Ils prient dans leurs T'entes, ou
dans quelque lieu qu'ils fe trouvent, au tems marqué pour la prière, aprés
s'être lavés d'eau s'ils en ont, & s'etre frottés de terre ou de fable fi l'eau
leur manque (e). Les Chefs des trois Tribus Arabes, les Principaux de cha-
que Tribu, & celle d'Aulad al Haji prefqu'entière, font Marbuts, [ ou Ma-
rabouts, comme les François les appellent par corruption. ] A leur contenan-
ce grave & modefte, à leurs difcours & leurs prières, qui commencent &
& finiflent toûjours par le nom de Dieu & de leur Prophéte, on s'imagincroit
qu'ils font les plus fcrupuleux obfervateurs d'une Loi, qui, malgré les libertés
qu'elle accorde, a des pratiques triftes & mortifiantes, Mais lorfqu’on les met
à l'épreuve, fur-tout dans les affaires & le commerce, on ny trouve que de
l'hipocrifie, de la diffimulation, de l'avarice, de la cruauté, de l'ingratitude,
de la fuperftition & de l'ignorance, fans aucun principe de vertu morale, ou
Xÿ>même d’honnéteté naturelle. Ce font les Pharifiens du Mahométifine [ dit
Labat.] Ils parcourent la Terre & les Mers pour faire des Profélytes (f), ce
qui leur réuflit fans peine parmi les Négres ( ).
LA moindre efpérance de gain engage aiément les Arabes dans de longs
Voyages. Ceux qui habitent le Canton d'Arguim n’entreprennent guères le pe-
lerinage de la Mecque, parce qu’il eft long & dangereux ; mais comme ils font
pañlionnés pour l'or, & que la nature n'en produit pas dans lü- Pays, ils font
volontiers le voyage de Tombuto, de Gago & de Galam , d'où sis le ‘irent quel.
s Européens. 1 Ilefcer-
tain qu'ils y vont en Caravanes, fans craindre la fatigue & les dangers. Dutre
l'or, ils en apportent des dents d'Eléphans d'une grotivur & d’une blancheur
extraordinairçs, de la civette, du bézoar, & des Efclaves, pour lefquels ils
donnent en échange, du fel, du drap & des inftrumens de fer. Il femble
que cout ce qu'ils trouvent en chemin leur appartienne. Amis, ennemis, ils
traitent
ec) C'eft du nom de cet Addi, que les clure que ces Miniftres de la Religion ne font
François ont appellé Penia ou Portendic, Port pas moins corrompus que les autres hommes.
d'Addi. Mais ne peut-on pas dire la même chofe du Cler-
dd) Labat. Tom. pag. 244. € Juive. ” gé Catholique; & ne peut-on pas lui appliquer
Fe) Ibid. pag. 292. avec raifon ce que Labat dit ici des Marbugs Ÿ
ar(f) Si cela eft vrai nous en pouvons con. g@(g) Labat, Tom, L. pag. 244. € Juive
Brup,
HI, Voyage,
1715
Religion des
Mô:cs dans
ces Contrécey
d'Afrique,
Pencha
dés Arab
d'Afrique
pour les longs
Voyages,
Pare,
LAN
Trois Tri:
bus de Morcs
ont: y
QI ( ip
Armes des
\iores, Pour-
quoi ils n'ont
pas d'armes à
icu.
Ne Sc.
VOYAGES DES FRANÇOIS EN
traitent tout le monde en vrais Brigands. Ils reffémblent à ces Vaiffeaux qui
448
éxercent tout-à-la-fois le commerce & la guerre. Souvent ils fe faififfenc des
Négres mêmes qui trafiquent avec eux, & s'ils ne les gardent pas pour leur
ufage, ilsles vendent [ aux Européens ou ] aux Mores de Fez
[avec qui ils négocient quelquefois (h ).]
Les trois Tribus de Mores qui ont leurs Iabitations entre le Cap-Blanc &
le Sénégal ne reconnoiffent pas de pt VD à Chaque Canton compofe
une petite République, gouvernée par un Chef, qui eft ordinairement le plus
riche & le plus confidéré de la Tribu. Ces Chefs ont entr'eux de fréquens dé.
mélés, mais qui s'appaifent aufli facilement qu'ils s'élèvent, Ils ont un refpeét
extréme pour les Marbuts, par la crainte de leurs Grifgris (4) & de leurs en-
chantemens, plûtôt que par un fentiment de Religion.
ON trouve, parmi ces Mores, des Chevaux Barbes d'une beauté admira-
ble, qu'ils entretiennent avec beaucoup de foin. Ils nourriffent aufli un grand
nombre de Chameaux, de Bœufs, de Moutons & de Chèvres. Mais à l'ex.
ception des jours de fêtes & des occafions où ils traitent leurs amis, jamais ils
ne tuent aucun de ces animaux pour les manger. Ils mangent des Autruches
des Gazelles, des Cerfs, & méme des Singes & des Lions, qu'ils tuent à la
chaffe ; mais affez rarement, carils font mauvais tireurs. Leurs Bœufs & leurs
Chameaux leur fervent à tranfporter leur bagage, lorfque la difette du fou-
rage les force de changer de quartier, ou dans les voyages qu'ils font à Galam
& à Gago, pour le commerce des Efclaves, de l'or & des pagnes.
de Maroc, 4
X
Leurs arines ordinaires font le fabre & la zagaye. [ Ils lancent cette der-xt"
nière avec beaucoup d'adreffe & de force.] Ils ont quelques moufquets &
quelques piftolets de poche, qu'ils ont achetés des Hollandais ; mais la cha-
leur & l'humidité du climat les rend bientôt inutiles en les couvrant de rouil-
le; & comme ils n'ont pas d'Ouvriers qui foient capables de les remettre en
ordre, ils les négligent, pour reprendre leurs anciennes armes. S'ils étoient
mieux armés & plus accoûtumés à la guerre, ils feroient d'autant plus re-
doutables pour les Européens qu'ils font naturellement braves & fort endur-
cis à la fatigue. [ En parlant des Peuples qui font entre Capo-Blanco & le Sé.x$*
négal, Labat les nomme indifféremment Mores ou Arabes, ne fçachant quel
de ces noms leur convient le mieux. Sice font des Mores, il lui femble
qu'ils doivent être defcendus de ceux que les Arabes chaffèrent, & qui par-
coururent la Barbarie dans le feptième fiécle. Il croit cependant qu'on peut les
appeller Mores à caufe de leur pays. & Arabes eu égard à leur origine (!).
I obferve de plus que dans plufieurs Auteurs le mot de More défigne la Religion,
& fignific la méme chofe que celui de Mahométan (m ).]
Les
Prêtres de certaines Seétes de Chrétiens, qui
Ch) Voyez Labat, Tom. I. pag. 297. &
les rendent refpeétables à leurs Scétateurs ?
fair.
@(i) Notre Auteur dit, Vol. I. pag. 152. &F(l) Cette diftinétion ne fauroit avoir lieu
qu'ils reconnoiffent le Chérif de Maroc, fans chez un peuple, qui fe pique d'être feparé de
lui payer néanmoins de ‘Fributs, ni lui don tout autre, & dem ævoir jamais mêlé fon fang
avec des Nations étrangères à la fienne.
dim) Labat Tom. 1. pag. 252. ES Juiv. Cet
Aut:ur ajoûte ici une Relation des Arabes,
trés peu éxaéte, & quine fait rien à fon fujete
ner le titre de Roi, à moins qu'il ne leur en
revienne quelque avantage. Ils font trop éloi
gnés de lui pour craindre fon retlentinent,
(k) Labat, Tom.lli. pag. 108. Ne fcroit-
æ& point auMi les, Grifgris & le pouvoir des
T
Li
vent
bre,
négal
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Caba
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ne.
fuiv. Cet
Arabes ,
on fujet:
DIFFERENTES PARTIES ne L'AFRIQUE, Liv, VI. Car, XIL 435
Les Mores & les Arabes, aux environs d'Arguim & du Sénégal, confer-
vent inviolablement les ufages de leurs Ancétres. Si l’on excepte un petit nom-
bre, qui ont leurs Cabanes fous les murs du Fort de Portendic, & vers le Sc.
négal, ils campent tous en pleine campagne, près ou loin de la Mer ou de
la rivière, fuivant les faifons & les befoins du commerce, Leur Tentes & leurs
Cabanes ont toutes la forme d'un cône, Les premières font compofées ‘d'une
toile groflière de poil de Chèvre & de Chameau, fi bien tifue que malgré
la violence & la longueur des pluyes, il eft fort rare que l'eau les pénétre, Ces
toiles ou ces étoffes font l'ouvrage de leurs femmes, qui filent le poil & la
laine, & qui apprennent de bonne-heure à les mettre en œuvre, Elles n'en
font pas moins chargées de tous les travaux domeftiques, jufqu'h celui de pan-
fer les Chevaux, de faire la provifion d'eau & de bois, de faire le pain & de
préparer les alimens. Malgré ces allujettiflemens, où leurs maris les réduifent,
ils les aiment & ne les maltraitent prefque jamais. Si elles manquent à quel-
que devoir effentiel, ils les chaffent de leur maifon ; & les pères, les frères
ou les autres parens d'une femme coupable la puniffent bientôt de l'opprobre
qu'elle jette fur leur famille. D'ailleurs les maris fe font un honneur d’entre-
tenir leurs femmes bien vêtues, & ne leur refufent rien pour leur parure.
“Tout ce qu'ils gagnent par le commerce où par le travail eft employé à cet
ufage. Aufli ne faut-il guères efpérer d'obtenir d'eux l'or qu'ils apportent de
lcurs voyages. Ils le gardent pour en faire des bracelets & des pendans d'o-
reilles à leurs femmes, ou pour garnir la poignée de leurs couteaux & de leurs
fabres.
Les femmes des Mores ne paroiffent jamais fans un long voile, qui leur
couvre le vifage & les mains. Les Européens ne font pas encore aflez fami-
liers avec leur Nation pour obtenir la liberté de les voir à découvert, Mais les
hommes & les enfans ont généralement la taille & la phyfionomie fort bel-
les. Quoiqu'ils ne foient pas fort hauts, ils ont les traits réguliers: leur cou-
leur foncée vient de la chaleur du Soleil, à laquelle ils font continuellement
æexpofés. [ Peut-être que leurs femmes font moins noires; mais ] Si la beau-
té du teint leur manque aufli ,elle eft fort avantageufement compenfée par la
prudence, la modeftie, & la fidélité pour les engagemens du mariage. Elles
ne connoiflent pas la galanterie ; apparemment, dit l'Auteur, parce qu’elles
n'en trouvent pas l'occafion. Non-feulement elles ne fortent jamais feules,
mais l'ufage des hommes eft de détourner le vifage , lorfqu'ils rencontrent une
femme. Ils fe rendent même le bon office de veiller mutuellement fur les fem-
ue le mari n'a la liberté d'entrer
dans la ‘Tente des femmes. Un More, qui feroit aflez pauvre pour n'avoir
qu'une feule Tente, recevroit les vifites & feroit routes fes affaires à la por-
te, plûtôt que d'y laifler entrer fes plus proches parens. Ce privilége n eft
accordé qu'à leurs Chevaux, ou plûtôc à leurs Jumens, qu ils préférent beau-
coup aux mâles de cette efpèce, parce qu'outre l'avantage d’en tirer des Pou-
lains, qui leur apportent beaucoup de profit, ils les trouvent plus douces,
mes & les filles l’un de l’autre, & nul autre
plus vives & de plus longue durée que les mâles.
Elles couchent dans jeurs
‘lentes, péle-méle avec leurs femmes & leurs enfans. Ils les laiflent courir li-
brement avec leurs Poulains; ou du moins ils ne les attachent jamais par le
Elles s'étendent par terre, où elles fers
vent d'oreiller aux enfans, fans leur faire le moindre mal. Elles prennenc plai-
col, & leur feul lien eft aux pieds.
di. Part.
Li}
fix
Leur 1ICtes
Leurs em
nes
Leur figure
& leur taille.
Leur fami
liarité avec
leurs Che-
VAUX,
y VOYAGES DES FRANCOISEN
fie à fe voir baifer , & carefler ; elles diftinguent ceux qui les traitent le mieux
& lorfqu'elles font en liberté elles s'en approchent X les fuivent, Leurs Mai.
tres gardent fort foigneufement leur généalogie, & ne les vendent pas fans
faire valoir les bonnes qualités de leurs pères, dont ils produifent un étac éxaci
ui en rehaufle beauce Up le prix , { fur-tout quand ils peuvent prouver qu'ils ont | ÿl
forcé" une Autruche à la courfe.] Elles ne font pus remarquables par leu
randeur ni par leur embonpoint, mais, dans une taille médiocre, celles font
hs proportionnées, L'ufage des Mores n'eft pas de les ferrer, Ils les nour.
riflent pendant la nuit avec du grand miliet & de l'herbe un peu féchée, Au
Printems ils les mettent au verd, & les laiffent un mois fans les monter,
L'uautLiement des Arabes eft fort fimple. Il n'y aque les perfonnes riches on
d'un rang diftingué , qui portent des chemifes de toile, Leurs hautes-chauf:
fes (m7) tombent jufqu'a la cheville du pied. Ils ont, par-deflus, une gran
de cafaque fans boutons, [croifée fur l'eftomac , &K] liée d'une ceinture qui tÿ
leur fait trois ou quatre fois le cour du corps. Cette robe, qu'ils nommenr
Caffetan où Kafran, eft d'un drap de laine, ou de ferge [de couleur, fort 4»
fouvent] de coton, bleu ou noir, mais rarement de foye, Les manches en
font longues & étroites. Dans la ceinture , ils paflent un fourreau, qui con-
tient un grand [couteau en forme de] bayonerte, & quelquetois deux. Com- 7#
me ils n'ont pas de poches, ils portent tour ce qu'ils ont fur eux dans leur
fein. Leur bourfe ef crdfiiirement fibendue à leur centure; c'eft un petit
fac [profond] d'un tifu de foye ou de coton, affez grand pour y mettre lay2»
main, Quelques-uns en portent d'un cuir fort doux, & fort fin, aflez pro-
prement brodé par leurs femmes.
ILs portent aufii à leur ceinture un mouchoir de coton, beaucoup plus long
que large, qui ne leur fert guëres que pour s'effuyer les mains. Les plus ga-
lans en ont deux. Leurs hauces-chauiles leur tenant lieu de bas, ils ont aux
picds des focs de cuir d'Efpagnerouge, qui montent jufqu'au-deflus de la che-
ville, & des baboches ou des mules de la même matière & de la même cou-
leur. Sur la tête, ils portent un bonnet rouge bordé de coton blanc (0).
Par-deffus tout cet habillement, ils ont une autre forte de robe, fans man-
ches, d'un beau drap de laine [bien moëleux & frifé] qu'ils nomment Haïk, 4
Elle eft ornée d’un grand capuchon [pointu ,] de la forme de celui des Char-
treux, [à la pointe duquel pend un long Cordon, avec une houpe.] Ils ne Xÿ
portent de fabre que dans les occafions de s'en fervir. Alors ils le tiennent
entre les mains, ou ils le paffent dans leur ceinture, car ils n'ont pas l'ufage
des ceinturons ni des baudriers.
ILs montent à Cheval en botines de cuir d'Efpagne rouge, avec une maf-
fue de guerre à l'arçon de la felle, & !a lance ou la zagaye dans la main. Les
Pauvres n'ont [point de chemifes, & ils ne portent} par-deflus leurs hau-x$*
tes-chauffes (p ) qu'un morceau d’étoffe pallé en forme de (4) ceinture, &
la plûpart vont nuë-téte & nuds-pieds. Ceux qui ont leurs Habitations près
de celles des Négres n'ont guères d'autre habillement que ces Barbares.
LEs
(n}) Angl. Leurs Caleçons, R, d. E, ‘p) Angl. Leurs Caleçons. R. d. FE.
Co) Angl, entouré d'une life de toile de 4) Angl. d'étoffe lié avec leur ceinture,
émon blanche, qui fait leur turban R.d.&. R. d.F,
D
Lu
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les Char- x?
] Hs nekÿ
tiennent
s l'ufage
une maf-
ain. Les
urs hau- xf*
Lure , &
ons près
res.
LES
E.
ceinture,
XF [& fecs ,] qu'ils creufent dans le roc ou dans la terre,
kgd'induftrie. Ils nettoyent fort foigneufement deur grain pour le moudre. [
DIFFERENTES PARTIES px L'AFRIQUE, Liv, VI, Cuar. XIL use
Lus femmes ont des chemifes & des hautes-chaufles (r ) fore longues, Les
manches de la chemife font d'une grande largeur ; mais au lieu de haïk, el.
les portent une piéce de drap qui les couvre de la céce jufqu'aux pieds, Leurs
pendans d'oreilles font plus précieux & plus grands, à proportion de leurs ri-
yrcheiles. Elles ont des bagues à chaque doige, des bracelets [dé cuivre | aux
+ jointures du bras, des chaines [de méme métal} à la cheville du pied, &
d'autres ornemens ( s ).
Un ÆAdouar eft un nombre de Tentes & de Cabanes, où les Mores habi-
tent, quelquefois par Tribus , X quelquefois par familles, Ils les rangent or-
dinairement en cercle, l'une fort près de l'autre, en laiffant dans le centre
une place où leurs beftiaux & leurs animaux domeftiques pañfent la nuit, 1
ya toûjours une Sentinelle établie, pour garantir l'Habitation des furprifes
de l'Ennemi, ou des Voleurs, ou des Bétes farouches. Au moindre danger,
la Sentinelle donne l'allarme, qui eft augmentée par l'aboyement des Chiens ;
& tout le ep « penfe aufli-tôt à fe défendre, Ces Adouars font mobiles &
fe cranfportent d'autant plus aifément que les Mores avant peu de meubles
1 & d'uftenciles domeftiques, ils [les mettent dans des facs faits de poil ou de
peau de Bétes, &7] chargent en un inftant cour leur équipage fur leurs Bœufs
& leurs Chameaux. Ils placent leurs femmes dans des paniers, fur le dos de
ces animaux. Cette vie errante n'eft pas fans agrémens, Ils fe procurent
ainfi de nouveaux voifins, [de nouvelles commodités] & de nouvelles perf-
xæpeétives, [ce qu'on na pas lorfque l'on eft fixé dans un méme lieu,] Leurs
l'entes font de poil de Chameau. Elles fonc foûtenues par des pieux , auxquels
ils ne les attachent qu'avec des nr tn de cuir. Dans le tems de la féche-
refe , ils approchent leurs Camps des bords du Sénégal, pour y trouver de
l'herbe & la fraîcheur de l'eau. Dans la faifon des pluyes, ils fe retirent
vers les Côtes de la Mer, où le vent les délivre de l'importunité des Mou-
cherons. C'eft à la fin de cette dernière faifon qu'ils font leurs plantations
{de millet &] de maïz. | |
xÿ [Pour l'ordinaire] ils n'ont pas d'autre boiffon que l'eau & le lait. Leur
pain eft de farine de millet; non que la nature leur refufe d'autres grains,
puifque le froment & l'orge croiffent en perfeétion dans le Pays mais les
changemens continuels de leur demeure leur ôtent le goût de l'agriculture.
Ils fe fervent quelquefois de ris. Lorfqu'ils recueillenc de l'orge ou du fro-
ment, ils l'enfarmène. après l'avoir fait fécher , dans des puits fort profonds
L'ouverture de ces
trous n’a pas plus de largeur qu'il ne faut pour le paffage d'un homme; mais
ils s'élargiffent par degrés à proportion de leur PRE qui eft fouvent
de trente pieds. On les nomme Matamors, Le fond & les côtés font garnis
de paille. Les Mores y mettent leur bled jufqu'à l'ouverture, qu'ils couvrent
de bois, de planches & de paille; & par-deflus ils forment une couche de
terre, fur laquelle ils fément ou plantent quelque autre grain. Le bled fe con-
ferve fort long-tems dans ces greniers foûcerrains.
Les Mores ont des moulins portatifs, dont ils fe fervent avec beaucou
pour
Cr) Angl. des Caleçons fortlongs. R. €, 200) Labat, Tom, L. pr 261. € Juiv.
3
bevr#r
171%,
Habillement
de leurs feu
Mes,
Adou ir ou
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Mon
Îls changent
fouvent «le
lieu,
Manière dont
ils confervent
leurs grains.
Leurs nliges
domeitiques,
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Le
Brupr,
1715.
Leurs repas.
Us n'ont pas
de Médecins.
Superftition
de leurs fem-
nice,
452 VOYAGES DES FRANCOIS EN
our cet effet, ils ont toüjours des tamis avec …]
Êns levain] fe cuit fous la cendre, & leur ufage eft de le manger Chaud, Ils
font bouillir doucement leur ris dans un peu d'eau; & lorfqu'il eft à demi-
cuit, ils le tirent du feu, le couvrent & le laiffent ainfi comme en digeftion.
Dans cet état, il s'enfle, fans fe coaguler (+). [N'ayant pas l’ufage des cuil- 4
tières ,] ils fe fervent de leurs doigts, pour en prendre de petites parties qu'ils
jettent fort adroitement dans leur bouche. Ils ne mangent que de la main
droite, parce que l'autre eft réfervée pour des éxercices qui ont moins de
propreté. Aufñli ne fe lavent-ils jamais la main gauche. Leurs viandes font
coupées en petits morceaux avant qu'elles foiertt cuites, me éviter la pei-
ne de fervir des couteaux à table. Mais fi l'on prépare des Poules ou quel-
que autre piéce de volaille au ris, on les coupe en quartiers; après quoi il
n'eft plus befoin de couteau pour les dépecer autrement, parce que l'un en
prend un quartier qu'il préfente à fon voifin; & celui-ci tirant de fon côté
tandis que l'autre cire du fien, le partage eft fait en un moment. Ils man-
gent , comme au Levant, afis à terre & les jambes croifées, autour d'un
cercle de cuir rouge, ou d'une natte de palmier, fur laquelle on fert ies ali-
mens dans des plats de bois ou dans des baflins de cuivre. Ils mangent fuccef-
fivement leur pain & leur viande; & jamais ils ne boivent qu’à la fin du re-
pas, lorfqu'ils quittent la table pour fe laver. Les femmes ne mangent point
avec les hommes. L’ufage ordinaire eft de manger deux fois le jour; le ma-
tin, & vers l'entrée de la nuit. Les repas font courts, & fe font avec un
grand filence. Mais la converfation vient enfuite, du moins entre les perfon-
nes de diftinétion, lorfqr’on commence à fumer, à boire du caffé , ou du vin
& de l'eau-de-vie, pour fe procurer les amufemens que chacun peut tirer de
fon rang ou de fes richefes. Les Marbuts mêmes ne fe refufent pas ces plai-
firs, lorfqu'ils peuvent les prendre fecrétement & fans fcandale (v }.
Les Mores de ces Contrées n'ont pas de Médecins. La fanté, qui eft un
bien commun dans leur Nation, [fur-tout pour ceux quin'ont pas d'habitude jé
avec les Européens ,] les délivre de cette fervitude. S'ils font fujets à quel-
ques maladies, c’eft à la Diffenterie & à la pleuréfie, mais ils s’en guériffent
eux-mêmes avec le fecours des Simples. Barbotaffüre nettement (x) qu'ils ne
font fujets à aucune maladie, & que l'air de Zarra eft fi bon, qu'on y porte
les Malades comme à la fource de la fanté & de la vie.
ILs font pañlionnés pour leurs enfans, & fans cefle attentifs à les garantir
de toutes fortes de maux. Leurs femmes font perfuadées, comme celles d'Ef-
pagne & de Portugal, que certaines gens ont les yeux empeftés & capables
de communiquer des Maladies par leur regard. Elles ne connoïflent pas d’au-
tre reméde que lesGrifgris, c'eft-à-dire des amuletes compofés de quelques ver-
fets de l’Alcoran, que les Marbuts envelopent dans de petites boëtes ou de
petits facs, & qu’ils vendent fort cher. Les Arabes établis en Syrie font efcla-
ves de la même fuperftition (y).
Les enfans mâles reçoivent la circoncifion à l’âge de treize ou quatorze
ans. Ils fe marient enfüuite, aufli-tôt qu'ils font en état d'acheter une Rose
N
Pillau.
d'r(t) C'eft apparemment ce qu'on nomme + Defcriprion dela Guinée, pag. 534:
(v) Labat, ubi Jup. pag. 278. € fuiv.
fon Voyage en Paleftine.
Leur pain [qui eft fait j£=
y) Voyez le Chevalier d'Arvieux, dans
DIF
Un pèr
Chevau
vient di
livrée,
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1 x fervice
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LÉ force e
ÉÉ livres.
+1 maslo
1 fouffre
3
(2)
(a)
le cœur.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Crrar. XII 453
(t faitiés MD Un père qui a plufñeurs filles devient bientôt riche par les Chameaux, les 3
d. Ils 4 Chevaux, les Bœufs & les Chèvres qu'il reçoit en les mariant. L'Amant con- L ; | +
demi- v vient de prix avec la famille, & doit le payer avant que fa femme lui foit dé- Fe
ftion. : livrée. S'il ne la trouve pas de fon goût lorfqu'elle arrive chez lui, il peut la Femines qui
scuil-ÆH À renvoyer; mais il perd tout ce qu'il a donné pour l'obtenir. s'achettent.
qu'ils ! Lorsqu'un More a rendu le dernier foupir, fa femme, ou quelque pa-
main ï rent de la famille mer la tête à la porte de la tente & pouffe un horrible cri.
ins de 3 A ce fignal, coutes les femmes du voifinage fe mettent à crier auffi de toute
s font MA leur force; de forte qu en un moment la nouvelle de cette mort eft répandue
a pei- { dans l'Adouar. ‘Tous les ] labitans s'affemblent autour de la tente, où les uns Funérailles
quel- U jettent des cris, & les autres chantent les louanges du Mort. On s'imagine. ‘°° More;
quoi jl roit, aux témoignages d'un intérécfi vif, qu'ils font tous fes parens ou fesin-
un en 1 timesamis. Mais c'eft une fimple formalité; & malgré toutes ces grimaces,
côté | il n'y en a pas un qui ne foit aufli prét à rire qu'à pleurer. Enfuite on lave le
man- corps, on l’habille, on le tranfporte dans quelque lieu élevé, où l'on creufe
d'un 1 unc folle dans laquelle on place le corps, la tête un peu élevée & le vifage
es ali- 4 tourné à l'E. On remplit la foffe, & l'on jette deilus quantité de pierres,
uccef- A pour la garantir des bètes fauvages (2). ‘
du re- ï Les Marbuts font prefque les feuls qui fçachent lire l’Arabe. En général Leurs fcien:
point 1 toute la Nation eft enfevelie dans l'ignorance. Cependant il fe trouve un ces & leurs
€ ma- PA grand nombre de particuliers qui connoiflent fort bien le cours des Etoiles, Plaifirs.
ec un ; & qui parlent raifonnablement fur cette matière. L’habitude qu'ils ont de vi-
erfon- MA vreen pleine campagne leur donne beaucoup de facilité pour les Obfervations.
du vin . @N Ils ont prefque tous l'imagination fort vive & la mémoire excellente; mais
rer de î leur Hiftoire eft melée de tant de fables, qu'il eft diflicile d'y rien compren-
s plai- f dre. Leur habileté principale eft pour le Commerce. Ils n’ignorent rien de
“| ce qui appartient à leurs intérêts (a). Ils fonc adroits & trompeurs. Sans
eft un A goût pour les arts, ils ne laiflent pas d'aimer la mufique & la poëfe. L'inf-
bitudex M trument qui les amufe le plus, retlemble à nos guitarres. Ils compofent des
à quel- MT vers, qui ne paroiflent pas méprifables à ceux qui connoiffent le génie des
riffent "A + langues Orientales, [ dont la leur eft defcendue. ]
r'ils ne 4 LEURS armes ordinaires font {a zagaye, dont ils fe fervent avec beaucoup
| porte A Li d'adrefte, le fabre [& le poignard.] On a déja remarqué que les armes à
#1 {cu qu'ils reçoivent des Hollandois ne leur font pas d’un grand ufage, parce
arantir MT qu'ils manquent d'art pour les remettre en ordre. Leurs comba:s fe font à che-
s d'Ef- “A val. Ils font excellens cavaliers. [ Leur adreffe ne paroît pas moins dans les
ipables 1 xF fervices qu’ils tirent de leurs Bœuts & de leurs Chameaux.] [ Ils vont annuel-
s d’au- À lement, pour les affaires de leur Commerce, en nombreufe Caravane, à Tom-
es ver- “1 bu, Gago, & les pays plus avancés dans le Continent (b).]
ou de F4 CerrTe partie de l'Afrique produit des Chameaux d'une groffeur & d'une Ghmenux
t efcla- F force extraordinaires. Ils ne font pas incommodés d’un poids de douze cens de plufieurs
livres. On les accoutume à fe mettre à genoux pour recevoir leurs charges; efpèces &
latorze mais lorfqu'ils fe trouvent aflez chargés, ils fe levent d'eux-mêmes, & ne A
emme. À fouffrent pas volontiers qu'on augmente leur fardeau. Il y a peu d'animaux
UN d | auf
+ 534 É (2) Labat ibid. pag. 285. € fuiv. bles à l'honneur, & qu'ils reçoivent bien les
x, dans 5 (a) Barbot prétend au contraire qu'ils ont Etrangers. Defcript. de la Guinée, pag. 534.
le cœur. libre & ouvert, qu’ils font fort fenfi- (b) Labat pag. 291. € Juiv.
1 3
Bavr.
1715.
Chameaux
nominés Be-
chets,
Dromadaires.
4541 VOYAGES DES FRANCOIS EN
;
auf faciles à nourrir. Le Chameau fe contente de branches d'arbres, de ron-
ces & de jones (c), qu'il mâche à loifir. Il eft capable de demeurer chargé
pendant trente ou quarante jours, & d'en paller huit ou dix fans boire & fans
manger (4). Sa nourriture commune eft le maïz & l'avoine, Lorfqu'il eftre-
venu de quelque long Voyage, fes Maîtres lui donnent la liberté de chercher
à vivre dans les plaines, où il trouve toûjours de quoi fe nourrir, Si l'herbe
eft fraîche, on ne lui donne de l'eau qu’une fois en trois jours. Il boit beau.
coup lorfqu'il entrouve l'occafion ; & loin d'aimer l'eau bien claire, il la trou.
ble avec le pied pour la rendre bourbeufe,
Le Chameau a le col fort long, à proportion de fa tête, qui eft fort pe.
tite, Il a fur le dos une boffe affez épaille, & fous le ventre une fubftance ca-
leufe, fur laquelle il fe foûcient lorfqu'il plie les jambes. Ses cuifles & à
d
ueuë [femblables à celles de l'Ane] font petites ; mais il a les jambes longues4e 8
2] el
fernies, & le pied fourchu comme le Bœuf. La nature l'a rendu traitable
& docile, fort utile aux befoins des hommes & peu incommode pour la dépen-
fe. Il vit longtems. Son naturel le porte à la vengeance; & s'il eft maltraité
fans raifon par fes guides, il faifit la première occafion de leur marquer fon
reflentiment, par quelques coups de pieds, [ qui heureufement font peu dan
gereux.] 11 aime la mufique & le chant. La manière de lui faire hâter fa mar-
che eft de fifler ou de jouër de quelque inftrument. On affüre que les femel-
les portent leurs jeunes une année prefqu'entière, & qu'elles ne s'accouplent
u'unc fois entrois ans. Aufli-tôt qu'un jeune Chameau paroît au jour, les
lores lui lient les quatre pieds fous le ventre, & le couvrent d'un drap
fur les coins duquel ils mettent des pierres fort pefantes. Ils l'accoutument
ainfi à recevoir les plus gros fardeaux. Le lait des Chameaux eft un des prin-
cipaux alimens des Mores. On mange leur chair, lorfqu'ils deviennent vieux,
ou peu propres au fervice, & l'on aflüre que malgré fa dureté elle eft faine
& nourriffante. Les Mores donnent à cette efpèce de Chameau le nom de
JFimels (e).
ILs én ont une autre efpèce qu'ils nomment CF ) Bechets, mais qui eft rare
en Afrique, & qui ne fe trouve guëres hors de l’Afie. Elle eft plus foible que
DI
l'eftom
langue
pos ,al
buent |
fa prin
roduil
es Ho
de forc
il diflo
L'A
qu'on
Cap-Bl
la rivi
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portio!
rière |:
col, |
fort lo
ne. I
voir ui
Het, ri
Xtion (
fourcil
l'Hom
langue
préfen
comm
dans |
prena
rien n
le cor
la première, Jr ait deux boffes fur le dos. les re
LA troifiéme efpèce fe nomme (g) Dromadaires. Elle eft plus foibleen- # plus |
core que la feconde, & ne fert ordinairement que de monture. Mais en dinair
récompenfe elle eft extrêmement légère à la courfe; fans compter qu'elle mee
réfifte fort long-tems à la foif. Aufli les Mores en font-ils beaucoup d’efti- les.
me. Le mouvement de cet animal eft fi rapide, qu'il faut fe ceindre la cète nue à
& les reins pour le fupporter (h). à me.
LArisroTe & les Anciens Naturaliftes ont dit que le chameau avoit Xl ridécs
l'eftomac fortes
4 font
Ce) Angl. de Chardons, qu'il. R. d. E. Cf) C'eft plütôt Baf ou Bif, car Becheñ. M diftin
(d) Labat dit bien que ces Animaux peu- gnitie un Chameau en pâture avec fon Pou- b: qu ell
vent pafler dix jours fans boire; mais il ne lain. 4 te dei
dit pas qu'ils puiffent relter aufli long-tems (g) Barbot dit que les Mores les appellent ë
fans manger. R. d. E. Raguabils & Elmabaris. Au refte on verra #
. Ce) Où Fam. [Les Naturaliftes Arabes di-XFl'Hiltoire naturelle de ces Pays au ‘Tome fui- 4 ;
fent que l'inclination à Ja vengeance, fi forte vant. # (:
parmi eux, vient de ce qu’ils mangent la chair gb) il faut auMi fe fairelier fur la felle, & & 4 c(K)
de cct Animal.] fe couvrir la bouche pour n'être pas fuffoqué. 4 (J)
de ron-
chargé
» & fans
l eftre-
hercher
l'herbe
bit beau-
la trou-
fort pe-
ince Ca-
es & à
longucs 4e
raitable
h dépen-
altraité
uer fon
peu dan: Æ
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s femel-
ouplent
our , les
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Dutument
des prin-
it VIEUX,
eft faine
> nom de
i eft rare
oible que
foible en-
Mais en
r qu'elle
up d'efti-
re la cète
au avoit KM
l'eftomac
w Bechet fi-
c fon Pou-
es appellent
> on verra
Tome fui-
la felle, &
1s fuffoqué.
}
x
nl
(
1: 4
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Lav. VI, Car. XII. 455
l'eftomac double. On remarque que les membranes de la bouche & de la
langue de cet Animal font ridées & dures, da nature l'ayant ainfi jugé-à-pro-
pos , afin qu'il pût fe nourrir deronces & de chardons. ] Les Chimiftes actri-
buent beaucoup d'effets aux diverfes parties du corps des Chameaux. Mais
fa principale vertu eft dans fon urine, qui étant féchée & fublimée au foleil,
roduit le vrai fel ammoniac, drogue fort connue, & fouvent contrefaite par
Le Lollandois & les Vénitiens. Ce fel, lorfqu'il n'eft point altéré, a tant
de force & d'âcreté, qu'étant mêlé dans l'eau forte ou dans l'efprit de nitre,
il diffout l'or (i). :
L'Aurrucue ceft le principal oifeau du même Pays. Il eft fi commun,
qu'on en voit fouvent de grandes troupes dans les déferts qui font à l'Eft du
Cap-Blanc, du Golphe d'Arguim, de celui de Portendic, & fur les bords de
la rivière de $. Jean. Ces oifeaux ont ordinairement fix ou huit pieds de
hauteur, en les prenant de la tête aux pieds ; mais leur corps a peu de pro-
portion avec leur grandeur, quoiqu'il foit affez gros, & qu'ils ayent le der-
rière large & plat. Il femble qu'ils ne foient compofés que de pieds & de
col. Le plus grand avantage qu'ils reçoivent de leur taille eft de voir de
fort loin. Ils ont la tête fort petite, & couverte d'une force de duvet jau-
ne, La nature, qui eft toûüjours fage dans fés opérations, n'a pas cru de-
voir une défenfe plus forte a des têtes qui ont fort peu de cervelle. En ct-
4 k#fec, rien n'approchede leur ftupidité : [auffi l'Ecriture Sainte en fait-elle men-
xftion (4). Les yeux de l'Autruche font [ovales, ] fort grands, avec de longs
fourcils (/). les paupières fupérieures font aufli mobiles que celle de
l'Homme. Elle a la vüe ferme. Son bec cit court, dur & pointu. Sa
langue eft petite & fort rude. Son col, qui eft auili long qu'on l'a déja re-
préfenté, eft couvert de petites plumes, ou plûtôt d'un poil fort doux &
comme argenté. Ses aîles font trop petites x trop foibles pour foûtenir
dans l'air un corps fi pefant; mais elles l’aidçnt à courir avec une visefTe fur-
prenante, fur-tout avec Ja faveur du vent; elles lui fervent de voiles, &
rien n'égale alors fa légèreté, au-lieu que fi le vent eft contraire, les aîles &
le corps demeurent immobiles (”»). Les plumes du corps font douces. El.
les reffemblent à la laine ou au coton. Celles des mâles font plus blanches,
plus longues & plus épaiflés que celles des femelles, dont la couleur eft or-
dinairement grife ou d'un brun foncé. Celles du derrière, quoique de la mé-
me efpèce que celles des aîles, font plus courtes & plus noires qu'aux femel-
les, La queuë eft toûjours blanche, du moins lorfque l’Autruche eft parve--
nue à toute fa grandeur. Ses cuiffes reffemblent beaucoup à celles de l'hom-
me. Elles font groffes & charnues, couvertes d’une peau dure & épaille,
ridées, d'un blanc fale qui tire fur le rouge; fes jambes longues, grolfes &
fortes, couvertes d'écailles depuis la jointure fupérieure jufqu’aux pieds, qui
font aufli fort gros & de la forme de ceux des Bœufs; mais la corne eft
diftinguée en articles, & même armée de griffes, qui lui fervent à lever ce
qu'elle veut prendre. Si quelqu'un la pourfüit, elle prend des pierres qu’elle jet-
te derrière elle avec beaucoup de force.
LES
ei) Labat Vol. I. pag. 270. € Juiv.
cœ(k) Voyez Job. XXXIX. verf. 17.
(1) Angl. avec de longs cils. R. d. E,
(m) Angl. Sile vent eft contraire, alors
elle ferre fes ailes, KR. dE,
Buaurt
1715:
Autruchcé
&leurs pro-
priétés,
Forme de:
Autruches
Brur,
1715.
Leur f!con-
dité,
Ses vertus,
Savoracité.
Ufage de fes
plumes,
456 VOYAGES DES FRANCOIS EN
Les Autruches multiplient prodigieufement, Elles couvent leurs œufs plu
fieurs fois l'année, & jamais elles n'en couvent moins de quinze ou feize à la
fois. Ce n'eft point en repofant deflus qu'elles leur rendent l'oflice de mères.
Elles les placent au Soleil, où la chaleur les faitéclore; & les jeunes n'ont pas
lutôt vû le jour qu'ils cherchent leur nourriture (n). Les œufs font fort gros.
| s'en trouve qui péfent jufqu'à quinze livres, & qui fuñifenc pour raffalier
fept perfonnes. On aflüre qu'ils fonc de bon goût & fort nourriflans, L'écaille
pig: blanche, unie & fort dure, quoique d'une épaifleur médiocre, On en
fait des rañles, & des ornemens pour le cabinet des curieux. Les Turcs & les
Perfans les fufpendent à la voûte de leurs Mofquées [où ils fervent d'Orne- ts
ment, au milieu de leurs lampes.] L'extrémité de l’aîle des Autruches elt ar.
mée d'un os pointu, de la longueur d'un doigt.
Les Arabes n'eftiment pas feulement l'Autruche pour fes plumes, qui font
une marchandife recherchée, mais encore pour fa chair, qui toute dure qu'el.
lc eft, pañle chez eux pour un mêts délicat. Comme ils ont peu d'adreie à ti-
rer, qu'ils font mal pourvus d'armes à feu, & qu'ils n'ont pas de chiens formés
à la courfe, ils chaffent les Autruches à cheval, en prenant foin de les pouf:
fer coûjours à contre-vent. Lorfqu'ils s'apperçoivent qu'elles commencent à
fe fatiguer, ils fondent deflus au grand galop, & les achevent à coups de
féches & de zagayes (0).
L'Aurrucue cft d'une voracité fingulière. Elle dévore tout ce qu'elle
rencontre; herbe, bled, offemens d'autres animaux, jufqu'aux pierres & au
fer (p). Mais les corps durs paflent au travers de fon corps, avec peu d'alté-
ration. D'une infinité de vertus que les Chimiftes attribuent à cet oifeau, on
n'en connoît pas une affez avérée pour mériter un éloge férieux. Son princi-
al mérite confifte dans fes plumes. Elles font en ufage dans tous les Pays de
PRécbe pour les chapeaux, les dais, les cérémonies funébres, & fur-tout
pour les habillemens de cheâtre. En Turquie, les Janiflaires s’en fervent pour
orner leurs bonnets. On n’eftime que celles qui font arrachées à l'oifeau tandis
qu'il eft vivant. Mais les Arabes en font des amas, dans lef uels ils font en-
trer indifféremment les bonnes & les mauvaifes. Dans la difhiculté de les dif-
tinguer, ies Faéteurs n’ont qu’une régle; c'eft de prefler le tuyau, qui doit
rendre une liqueur rouge, femblable à du fang , lorfque les plumes font d'u-
ne Autruche vive. Autrement, elles font légères, féches & fort fujettes
aux vers (gq).
(n) Elian (Liv. XIV. Chap. XV.)prétend leurs plumes de fang. Voyage de Lybie, pa-
que les Autruches aident à la fécondité de ge158. Il ajoüte que les Autruches s'apprivoi-
leurs œufs par leurs regards, & que les œufs {ent aiféiment dans leur jeunefle,
font remplis de petits vers qui fervent denour- d(p) Quelques-uns croyent qu'elle n'avale
riture aux petits. [ Mais on fçait qu'il faut fe ces fortes de chofes que pour lui fervir de left
her peu aux anciens Natrraliftes.] dans fa courie.
(o) Jannequin affüre qu'ils ne les tuent.qu'à (g) Labat, wbi Jup. Tom. IH, pag. 1. €
coups de bâton, dans la crainte de fouiller Juiv.
XX AK
Vie
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CHAPITRE
Fbeunnée mhérssdin tee: *
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Génér:
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fujettes
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e n'avale
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ITRE
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DIFFERENTES PARTIES ps L'AFRIQUE, Liv. VI. Cap. XIII. 457
POP STE OP CON TORRES NOIRE LEON
CHAPITRE XIII.
Relation de la Découverte du Royaume de Bambuk, ou Bambouc,
| Ëÿ de fes Mines d'or, en 1716.
ES richeffes du Royaume de Bambuk excitoient depuis long-tems toute
l'ardeur des Compagnies Françoifes. Elles n'avoient pas eude Direéteur
Général qui n'eût recommandé à fes Agens, d'employer tous leurs foins
pour la Découverte d'un Pays, d’où venoit l'or qu'ils recevoient des Sujets
du Siratik, & de ne rien négliger pour s'en ouvrir l'entrée, Les affaires du
Commerce François, qui avoient reçu tant d'altération par la mauvaife con-
duite d'une grande partie de fes Officiers, avoient befoin d'un fecours fi puif-
fan pour fe rétablir.
Cerre découverte étoit réfervée à la Compagnie de 1696, & Brue fut
le premier Direéteur qui fe procura les éclaircifemens néceffaires pour re-
monter jufqu'à la fource des tréfors que les Négres apportoient au Sénégal
& fur les bords de la Gambra. Il avoit vû quelquefois jufqu’à quatre cens marcs
(a) d'or entre les mains des Mandingos. C'étoic pour approfondir cet im-
portant fecret qu'il avoit fait le voyage du Fore de Galam, & qu'il a-
voit entrepris d'y établir plufieurs Comptoirs. Il vouloit s'avancer par degrés
vers le Pays qui mérite juftement le nom de terre d’or (b), puifqu'outre
les rivières, il s'y trouve plufieurs Cantons qui portent ce précieux métal en
abondance.
CE n'étoit pas une entreprife aifée. Les RARES du Royaume de Ga-
lam, & les Sarakolez, qui font les Habitans naturels du Pays, [& qui trafi-
uent à Bambuk,] comprenoient également qu'il n'étoit pas de leur intérêt
‘introduire des Etrangers, dont le premier foin feroit de faire tourner un fi
riche commerce à leur avantage, & qui ne s’établiroient peut-être dans le
Pays que pour les en chaffer. Îls confentoient volontiers à partager avec les
François le commerce de leur propre Pays ; mais ils ne vouloient pas lesre-
cevoir pour Affociés dans celui de Bambuk & les autres Pays à l'Eft. En un
mot, leur jaloufie allant jufqu'a leur faire exclure les Sujets du Siratik, leurs
voifins, leurs pareils en couleur & leurs frères en religion, il étoit aifé de
s’imaginer qu’ils admettroient bien moins les Européens, done ils connoif-
foient le génie entreprenant & l'humeur audacieufe.
D'arzLEuRrs les Peuples de Bambuk n'ignoroient pas les avantages de leur
Pays. L'expérience leur avoit fait connoître depuis long-tems combien les
hommes de toutes fortes de Nations & de caraétères étoient pañlionnés pour
le précieux métal qu’il renfermoit dans fon fein, & quelle ardeur ils auroient
euc à s'en rendre maîtres, s'ils avoient trouvé de la facilité dans les circonf-
tances. Par cette raifon ils n’y recevoient aucun Etranger, fous quelque pré-
tExIe
co Le marc eft de huit onces.
b) Voyez Labat, Afrique Occid, Tom. IV. pag. T1. EP Juiv.
III. Part. Mram
Comraunox.
1716,
INTRO-
DUCTION.
Premières
tentatives
pour la décou-
verte de Bam-
buk.
Obitacle de
la part des
Mandigos,
Autres obfa-
cles,
Comraaxow.
1716.
Préparatifs
du Directeur
François pour
ks vaincre,
Difficultés
qui l'arrétent.
A quoi il s'é-
toit réduit
pendant deux
(ER
Il employe
lcFrèie Apol-
linaire, Carac-
tere de ce Re-
ligicux,
458 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
texte qu'il fe préfentit, à la réferve d'un petit nombre de Négocians qui
leur apportoient les commodités que la nature a refufées à leur climat; de
forte que fi l'on excepte les occafions du Commerce, perfonne ne pouvoit fe
vanter d'avoir pénétré dans ie Royaume de Bambuk. Ecux qui l'avoient ten-
té avoient payé leur curiofité bien cher, & l'on ne connoifloit pas de Voya-
geurs qui fuffent revenus pour en faire le récit.
CerenNDANT la Compagnie Françoife, qui n'entreprenoit rien qu'avec
rudence, n'étoit pas difpolée à rifquer fes peines & fon argent, fans être
Bien füre que l'Or dont les Mandingos & les Sarakolez faifoient un fi riche
buk, & n'étoit pas peut-être apporté de quelque Région beaucoup plus é-
loignée. 11 falloit commencer par faire découvrir non-feulement les lieux , mais
encore la quantité de métal qui s’y trouvoit; chercher le moyen d'y former
des Etabliflemens ; s'en rendre maître, s'il étoit poflible, autant du moins
u'il étoit néceflaire pour empêcher que les tréfors du Pays ne paffafent
ans d'autres mains; projet dont l'éxécution n'avoit pas moins de difficultés
que de dangers.
La première démarche & la plus indifpenfable étoit de s'établir d'abord
dans le Royaume de Galam. Bruc fe l'étoit propofé dès l'année 1698, près
d'un lieu nommé Dramanet, où il avoit tracé le plan d'un Fort. Il avoit eu
le même deffein dans l'Ifle de Kaygnu, près des Cataraétes de Felu ; & certe
double entreprife auroit réufli, particulièrement la première, s'il eût été li-
bre alors de fuivre fes vûes, & s'il avoit eu le nombre d'hommes & les ma-
tériaux néceflaires. Mais il lui falloit le confentement de la Compagnie , qui
toute prévenue qu'elle étoit par les informations qu'il avoit pris foin de lui
envoyer, marquoit tant de lenteur dans fes délibérations , que le renfort d'hom-
mes & les autres fecours qu'il lui demandoit n’arrivèrent point au Sénégal à-
vant le milieu de l'année 1700.
Les foins du Direéteur s'étoient bornés dans cet intervalle à cultiver le
commerce de Galam, autant qu'il l'avoit pû avec la petite quantité de mar-
chandifes qu'il recevoit de France, Il n'avoit ceflé d'y envoyer des Bar-
ques dans la faifon. Ses préfens & fes promeffes lui avoient fait obtenir l'a-
mitié des Princes [& des Grands] du Pays. Il s’étoit affüré de leur proteétiont#
our les Etabliffemens qu'il méditoit ; & dans leur faveur qu'il avoit acquife
à leur Cour, il crut avoir trouvé l'occafion d'envoyer un de fes l'aéteurs à
Bambuk, & d'approfondir enfin la fituation & les richeffes de cette Con-
trée.
ENTRE les François qu'il avoit laifés à Dramanet, il faifoit beaucoup de
fond fur l'intelligence & l’habileté d’un Frère Auguftin, nommé Apollinaire,
Chirurgien de profeffion, qui avoit fervi la Compagnie dans cette gr de
avant que d'embraffer l’état Religieux , & qui étoit rentré depuis à fon fer-
vice. Comme il joignoit des mœurs fort réglées aux qualités de l'efprit, il
avoit beaucoup d'apparence que la confidération même qu’il s'étoit acqui-
£ parmi les Négres ferviroit à lui ouvrir un paflage libre dans leur Pays,
ke feroit recevoir fans défiance [ fous la conduite des Mandingos qui ren-Æ
droient témoignage à fon caractère. Il rapporta long-tems fes foins à ce grand
projet.] Mais les Mandingos eurent l'adrefle d’éluder toutes fes offres. Il
fut obligé de réduire fes obfervations au Royaume de Galam; ou, s'il Es
tendit
trafic Log les Fûlis, les Anglois & les François] venoit réellement de Bam. 13»
Len arbres Re
Le
cendi
quat!
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SRE TON 7 2 I
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été li-
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ie , qui
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d'hom-
négal a-
tiver le
le mar-
ics Bar-
nir l'a-
teétionK?
acquife
teurs à
ce Con-
coup de
Ilinaire ,
ualité,
on fer-
prit, il
acqui-
ays, &
ui ren-
ce grand
res. Il
l les é-
tendit
S:
na soudé
”
AA RAGE 7 SR à
Fr Sen ice LS
DIFFERENTES PARTIES pe L'AIRIQUE, Liv. VI. Cuar. XIIL 459
cendie au-delh, ce ne fut que dans une partie de celui de Kafon, environ
quatre lieuës au-deffous de la Cataraéte de Govina, Les Négres du Pays lui
refufèrent conftamment la liberté de pénétrer plus loin, fous prétexte de leurs
erres, qui ne leur permettoient, ni de lui fervir de guides, ni de lui accor-
er le paflage . .
CurenbanT il fut plus heureux du côté de la rivière Falemé, qu'il remonta
jufqu'à la chaîne de rocs qui eft vis-à-vis de Aaygnura. 11 y mit dans les in-
teréts de la Compagnie , le Seigneur de ce Village, & l'attasha par des liens
fi forts, que les François ont tiré des fruits conftans de fon amitié. Brue a-
voit laiflé au Frère Apollinaire un affortiment de marchandifes pour le Com-
merce, Il l'avoit recommandé particulièrement au Chef des Marbuts de Dra-
manet qui ne fe relächa point de fon zéle dans toutes les occafions de lui ren-
dre fervice. Ce fut fous fa proteétion que Frère Apollinaire fe procura une
maifon à Dramanct, & qu'en vendant fes marchandifes, il acquit beaucoup
de lumières fur tout ce qui regarde la fituation & le commerce du Pays. Mais
il n'exécuta rien de plus dans le cours d'une année; & raffemblant toutes
fes connoiflances, il en fic un Mémoire daté le 8 d'Oétobre 1699, qu'il prit
foin d'envoyer à la Compagnie. J1 en reçut de nouvelles inftruétions, & di-
verfes demandes auxquelles on le prefloit de répondre. Comme il n'excelloit
as dans l'art d'écrire, il crut qu'il lui feroit plus facile de faire le voyage de
‘rance que de fatisfaire par fes lettres aux queftions de la Compagnie. Dans
cette réfolution, il arriva au Fort Saint-Louis le 16 de Septembre 1700. Deux
mois après, il s'embarqua pour l'Europe, avec des Lettres du Direéteur Gé-
néral, qui rendoient témoignage à fon mérite, & qui exhortoient la Compa-
nie, non-feulement à le récompenfer avec diftinétion , mais à le retenir à
on fervice dans quelque pofte honorable.
BRUE avoit abandonné le deffein du Fort dont il avoit tracé le plan à
Dramanet; ou du moins, en ayant différé l'éxécution jufqu'à l'arrivée des
fecours de France, il commençoit à défefpérer de cette entreprife, depuis
deux ans d'une attente inutile; lorfqu'en 1700, il reçut par les Vaifleaux de
la Compagnie, ce qu’il n'avoit pas ceflé de demander avec des inftances con-
tinuelles. {1 dépêcha auflicôt un l'aéteur à Dramanet pour commencer le Fort.
Mais cet Officier eut la préfomption de changer le terrain que le Général a-
voit marqué. Sous prétexte d'en nrendre un plus commode pour charger &
décharger les marchandifes, i "it fi près de la rivière, qu'a la première
Inondation le Fort fut emporte ; :r la violence des flots, avec une perte
confidérable pour la Compagnie. Cette difgrace chagrina d'autant plus le Gé-
néral, qu’elle rompoit toutes fes mefures. Cependant il fe hâta de la réparer
par de nouveaux ordres. Comme la nue des marchandifes augmentoit à
mefure que le Commerce acqueroit plus d’étendue, il fit prendre un lieu plus
élevé, & donner aufli plus d’élévation aux édifices (4), pour mettre d’abord
à couvert les biens de la Compagnie. L’enclos fut environné d’une bonne
terrafle, fur laquelle on plaça quelques piéces de canon. Brue fe difpofoit à
sy
(e) Labat ibid. pag. 6. 6? fuiv.
4) sr & il | RU des logemens, R.d.E,
Mmm 2
Camraawon
1716,
Ses enrepri |
ca,
Compte qu'il
en rend à la
Compagnie,
Il retourre
en l'rance,
Bruce fait en-
fin bâtir un |}
Fort à Drama-
net, |
On fuit ma) |
fes vües. |
40 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Cowraonox. s'y rendre, pour achever d'en faire un Fort régulier. Mais, contre fon atten- |
1716 te, il fut rappellé en France le 12 d'Avril 1702 (+). Com
dr de «api SuivanrT les informations des Mandingos, la rivière de Falemé fépare po
"du Sénégal, un peu au-deffous de Barakotta, un Village où les Anglois de arl
Gambra parbiffent fouvent, foit par eux-mêmes , foit par les Négres libres, | ui
& les Portugais qui leur fervent de Gromettes, c'eft-à-dire, de Meffagers l'efp
Anglois, ou & de Faéteurs. Ils fe rendent dans ce lieu par la rivière de Gambra, qui eit fois
leurs Agens, une branche (/) du Sénégal, mais qui n'e! navigable au-deflus de Ba- tion
ne. rakotta, parce qu'une chaîne de rocs dont elle eft traverfée y forme une de doit
blifemens ces chûtes d'eau qu'on a nommées Cataraétes. Les Gromettes , & quelquefois à aux
François. même un Capitaine Anglois nommé 4gis (g), laiffant leurs Barques à Bara- k l'Efc
kotta, venoient avec une fatigue incroyable jufqu'à ce Ils étoient ! le re
obligés de faire à pied une route aufli dangereufe que difficile, fans ôfer pren. | le Pa
dre à l'Eft de Falemé, parce que les Négres y font fi défians qu'ils ne per- | il afl
mettent à perfonne l'accès de leur Pays, Certe rivière de Falemé (h) , après HU , défie
un cours dont la longueur n'eft pas encore bien connue, vient fe rendre dans â la vi
la rivière du Sénégal à Dughiuma. Elle forme une grande Ifle nommée Ba- | trou
badegu, qui renferme les Contrées de Bambuk, de Makanna, de Jaka, & de d'en
Gadda, partie des Royaumes de Galam & de Kaffon, avec divers autres | pagr
Pays à l'Eft, dont les Européens n'ont point acquis la connoiffance, On | tuer
n'y atrouvé jufqu'a-préfent qu'une chaîne de Rocs, près de Kaygnura; $ té, 1
mais c'eft affez pour y rendre la navigation impoñlible, dans tout autre tems Jeté
Rivière de
Falemé,
du moins que celui des pluyes, [Son lit eft étroit &] fes eaux font fort ra- x» à co
XP vérit
Les Françoi
attaqués à
Dramanet
dans leur Fort
de Saint Jo-
. feph,
ides, avec beaucoup moins de profondeur que celles du Sénégal. Ses dé-
ordemens arrivent dans la même faifon. Les lieux mêmes où elle eft navi-
gable font d'un accès fi difficile,
faire paflér ni hommes ni animaux
r (i) la hauteur des rives qui fonten mé-
me tems efcarpées & couvertes d'arbres ou de grandes bornes, qu'on n'y peut
urtirer les Barques. On ne va pas plus ai-
fément à la voile, parce que les arbres coupent fans celle le vent. [de for- g#
te qu'il faut continuellement aller à la ne Cependant il fe trouve fur-les
bords, quantité de Villages qui communiquent
dont l'accès eft fort aifé par terre (k)
‘un à l’autre par des routes, &
Le départ du Direéteur Général l'ayant empêché de former à Xaygnu l'Eta-
ast
ës f
XP fin le
nem
erd
4
nitio
rièrd
Xpne ,
bliffement qu'il s'étoic propofé, devint fatal à celui de Dramanet Les Mar- D sois
buts Mandingos fe repentirent bientôt d'avoir reçu les François. Ilsne fe cru- i
rent pas obligés, dans l'abfence du Général , d’obferver le Traité d’Alliance vre
qu'ils avoient avec lui. On ignore fi ce changement vint de la diminution du
Ye) Labatibid. pag. 11. €? fuiv. De L'Ile,
dans fon Afrique Françoife, appelle ce Fort
Montarly.
(f) On fuit ici l'Auteur, quoique cette fup-
pofition ait déja été coinbattue dans un article
récédent, & qu'elle paroiffe détruite dans le
ome fuivant.
(g)llen a été parlé ci-devant.
(b) Cet endroit n'eft pas fans d'ficulté, car
dans la fuppolition de l'Auteur, il paroît ici que
Commerce
la Gambra fe fépare du Sénégal au deffous de
Barakotta; mais @ cela eft, comiment la Fale-
mé, qui fort de cette rivière au-deffus du mé-
me Village, peut-elley retomber, puifqu'elle
doit rencontrer la Gambra qui l'en empêche.
(i) Angl. mais il eft Désucoup plus diffici-
le d'y naviguer en remontant , caufe de la
hauteur de fes rives R, d. E
(4) Labat Tom, IV. pag 20, É? Juiv.
du (
Ma
ce
fab]
des
Sir
DIFFERENTES PARTIES ve L'AFRIQUE, Lav. VI. Car, XIIL 461
atten | Commerce ou des artifices des Anglois, qui infinuérent aux Négres que la
Compagnie Françoife n'avoit poulfé fi loin fes découvertes que pour leur im-
épare ep poñer loi, & remonter jufqu'à la fource de l'or (/), Coin en foit, les
is de arbuts ajoutèrent foi à ce que leur difoient les Guinéas & autres Marchands
ibres, qui vont en Caravane; que les l'rançois étoient dangereux, s'infinuant dans
agers l'efpric des autres par des romefles & par des préfens; mais que quand une
qui eft fois ils feroient établis , ils leveroient le mafque, & réduiroient, toute la Na-
le Ba- tion à l'Efclavage.] Ces difcours furent foûcenus par une lettre qu'on Lord
ne de ( doit avoir reçu de Salé, & qui portoit que les François devoient fe joindre
juefois 1 aux Mores de Maroc, pour conquérir une partie de l'Afrique , réduire à
Bara-. l'Efclavage tous les Négres qui étoient en état de porter les armes, & forcer
toient le refte de travailler aux Mines. C'étoit affez pour foûlever contre eux tout
r pren. le Pays. Auñli le Fort de Dramanet, qu'ils avoient nommé Saint-Fofeph, fut-
e per- il affiégé par une multitude de dt. avant que le Commandant pût s'en
aprés : défier. Malheureufement il venoit d'abattre une partie de fon enclos, dans
e dans 4 la vûe de l'élargir; & le canon du Fort ayant été démonté, la Garnifon fe
\ée Ba- | trouvoit expofée aux fléches empoifonnées des Affiégeans, qui ne cefloient
, & de ! d'en lancer jour & nuit. Les Faéteurs & quelques Soldats employés par la Com-
autres f pagnie , fe défendirent pendant plufieurs jours avec un courage extrême, &
+, On tuèrent beaucoup de monde à l'ennemi. Mais ces Barbares, irrités par leur per-
gnura ; te, n’en furent que plus ardens à preffer le Siége. Ils y employérent une habi-
e tems leté qui n’eft ordinairement que le fruit de l'expérience, s'avançant la nuit
ort ra- k$s à couvert de leurs fafcines, & paroiflant fe propofer de brûler le Fort. À la
Ses dé- | Xfvérité leurs efforts eurent fi peu de fuccès, qu'ils ne tuèrent [nine bleffèrent ]
navi- as un homme aux Affiégés. Mais la fatigue de tant de jours & de nuits paf-
en mé- | fs fous les armes, & la diminution de la poudre & des vivres, forcèrent en-
l'y peut XF fin le Commandant de faire quelques propofitions d'accommodement. [ Les En-
plus ai- nemis ayant perdu plufieurs de leurs Chefs,] elles furent fi mal reçues que
de for- je#» perdant toute efpérance, il prit le parti de profiter des ténébres pour defcen-
fur-les dre dans une Barque qui étoit fous le Fort, avec fes gens, le refte de fes mu-
es, & nitions & fes meilleures marchandifes. Il mit le feu à tout ce qu'il laiffoit der-
rière lui; & s’abandonnant au cours de la rivière, le 23 Décembre 1702, il
xfne penfa qu'à retourner droit au Fort Saint-Louïs. [ C'eft ainfi que les Fran-
y Mar- ; sois perdirent le riche Commerce de ce Pays pour cinq ou fix ans.] |
’ Les Négres ne perdirent pas la Barque de vûe. Ils s'obftinèrent à la füi-
u J'Eta-
fe cru» Fe . , : .
Iliance vre au long de la rivière, dans l'efpérance que l'eau lui manquant au milieu
ion du du Canal, elle feroit forcée, dans quelque endroit, de s'approcher des rives.
1merce Mais les François aimèrent mieux s'expofer à toute autre forte de danger ;
: ce qui n'empêcha ln que lortqu'ils rencontroient des Baffes ou des Bancs de
fous de F fable, ils ne fe viffent dans la néceflité de s'avancer quelquefois à la portée
la Fale- % des fléches. Ils ne fortirent de cet embarras qu'en arrivant dans les Etats du
| s or 4 À Siratik. | |
ide : Arrès ce ficheux événement, les Affaires de la Compagnie tombèrent dans
| dure une langueur qui fit différer le rétabliffement du Fort Saint-Jofeph juiqu à !
e de née
” A (1) Angl. qui n'eurent pas de peineà con- les Maitres du Négoce avec les Négres, & du
" cevoir, que fi les François formoient des Eta- Commerce de l'or, K, d, E,
blifemens de ce côté, ils feroient abfolunent
Mmm 3
Comraunoy,
1716,
On les rend
odieux aux
Nôgres par di
Vers uartilices,
Ils fe défen.
dent vaillam-
ment,
Ils font for.
cés d'aban-
donner leur
Fort,
CouMrAUNON.
1716,
Mort con
(écutive de
deux Prec:
tours branr
çouw,
velle fes ef
forts pour le
Commerce,
tit,
Entreprile
pagnon.
Drue renou-
Forts qu'il bi-
du Sieur Com-
46 VOYAGES DES FRANCOIS EN
née 1710, lorfque le Sieur Muftellier, premier Direéteur de la cinquième
Compagnie , & le dix-neuvième depuis la conceflion du Sénégal [ & des Côtes r$
d'Afrique ,] arriva au Fort Saint-Louis dans le cours du mois de May, Il en
partit l'année fuivante, dans le defféin de relever le Comptoir de Drama-
net; mais la mort l'arréta dans ce voyage, le 15 du mois d'Août, à Tuabo
fur le Sénégal.
IL eut pour Succeffeur le Sieur de Richebourg, Commandant de Gorée,
qui ne poileda guères plus long-tems le même Office, Le 2 de May 1713,
ayant voulu paller la barre du Sénégal, il eut le malheur de fe noyer avec
NE pe Matelots [ après avoir jouï de fon emploi un peu plus d'un an & de- xt"
mi ; Î avoit cependant , ] établi un Comptoir & bâti un Fort dans le Royaume
de Galam, une lieuë au-deffous de Dramanet, dans un lieu nommé (m ) Man:
kanet, La fituation en eft agréable & l'air excellent, L'ancrage pour les Bar-
ues eft für & commode, au pied d'une petite éminence, & défendu par l'ar-
üllerie & la moufqueterie du Fort, [ Le Sr, Richebourg cherchoit à ne don- 4
ner aucun ombrage pour ce qui regarde le Commerce aux Mandingos de Dra-
manet, jufqu'à ce que le Fort fût achevé: car mg intérefTés fur cet arti-
cle, ils en ufent plus honnêtement que les Sarakolez , qui font cependant moins
puiffans ques
Brus renvoyé au Fort Saint-Louïs dans le cours du mois d'Avril 1714,
s'attacha beaucoup à remettre le commerce de Galam dans un état floriffant.
Il fit achever le Fort de Mankanet, fous l'ancien nom de Saint-Jofeph, &
dans le même temsil en éleva un à Kay ura, qu'il nomma l'ort de Saint-Pier-
re Cr ). Des commencemens fi favorables fembloient lui promettre beaucou
de fuccès; mais il ne voyait réuffir qu'une partie de fes efpérances, par la
vente des marchandifes qu'il envoyoit dans fes Comptoirs; fans aucun moyen
de participer à des richefTes ne mas confidérables, qu'il ne pouvoit fe
promettre qu'en les allant chercher à leur fource [ & en empêchant par - là ge
que d'autres ne les partageaffent avec lui.] Il falloit, comme où l'a déja fait
remarquer, avoir acquis une parfaite connoiffance du Pays & de fes Mines.
Brue en avoit propofé l'entreprife à plufieurs de fes Faéteurs. 1! avoit joint
des offres fort avantageufes à fes propofitions. Quelques-uns s'y étoient enga-
gés par des promeffes formelles. Mais ils s'écoient crus tous en droit de les
rétraéter, lorfqu'ils avoient appris de quels dangers les Blancs étoient mena-
cés à l'entrée du Royaume de Bambuk, où la jaloufie des Négres n’épargnoit
rien pour éloigner les Etrangers.
UN Faéteur, nommé (0) leSieur Compagnon (p), qu'on a vû depuis Ar-
chiteéte à Paris, fut Je feul qui Ôfa rifquer tous les périls d'une fi grande en-
treprife.
(m) Les Auteurs François mettent Maca-
net, mais on trouve dans tous les autres &
dans la Carte Mankanet.
cT(n) Voyez Labat Vol. IV. pag. 22. €
uv.
J (o) L'autorité de Labat m'ayant paru trop
foible pour établir la vérité d’une Relation fi
merveilleufe, je me fuis adreffé à MM. de
Prémenil & David, aétuellement Direéteurs
de la Compagnis des Indes, & chargés parti-
culièrement des Affaires du Sénégal. Ils m'ont
pre l'hifloire du Sieur Compagnon.
(p)Dansles Voyages du Chevalier Des Mar-
chais, Tom. [, pag. 125 publiés par Labat,
ce Faéteur eft nommé Compagrion. On trou-
ve dans cet endroit, l'hiftotre d'une Lionne à
laquelle il avoit fauvé la vie, & qui lui en temol-
gna fa reconnoiffance, en le fuivant par-tour
comme un Chien. 1len fera parlé dans la fuite,
Mines.
joint
enga-
de les
mena-
rgnoit
is Ar-
le en-
cprife.
ls m'ont
pagnon.
)es Mar-
Labat ‘
)n troll
Lionne à
n témoi-
par-tout
ja fuite,
/
due Fe Fort, 12 Cr E minater nl aevreg my prune pis
énble que c'eft une erreur pour 14 degrés 34 En état que lui, de nous epprradie s'il 2
minutes. Aufi ne dit-il pas qu’il l'ait appris par lieu d'être content de fon Voyage, © que
obfervation. les récompenfes il a eues pour les fatigues
g(r) Labat donne à ce fujet un coup de dent Jes dangers auxquels il s'eit expoté.
PA rs
Dirk. / do da
2 7 AC CNT GAS TEA ARR PTE"
foible pour établir la vérité d’une Relation fi
merveilleufe , je me fuis adreffé à MM.
Prémenil & David, aétuellement Directeurs
de la Compagnies des Indes, & chargés parti-
Dongrume
L
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omme"Compagrion. On
ve dans cet endroit, l'hifoire d'ane Lion
laquelle il avoit fauvé la vie, & quilui en témols
gna fa reconnoïiffance, en le fuivant par-tout@
comme un Chien, Il en fera parlé dans la fuite,
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“que pour un L
kg dont il avoit tant entendu parler.] Il le fit conduire par fon propre fils juf-
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Car, XIII. 463
treprife. 11 s’étoit fourni de toutes les marchandifes qu'il avoit erû convena-
bles au Pays, & de préfens pour les Farims ou les Chefs de Village qui pou-
voient favorifer fon deffein par leur proteétion. Toutes fes mefures furent pri-
fes avec tant d'habileté, qu'ayant réufli avec autant de bonheur , il fut le pre.
mier Européen qui pénétra dans cette rédoucable Contrée, & qui acquit affez
de connoiffance des lieux pour y retourner pluficurs fois.
La Carte qu'on ne manquera pas de joindre à ce Chapitre, eft de fa propre
compofition. Après y avoir tracé les différentes routes qu'il avoit fuivies dans
fes divers Voyages, 1l a pris foin de les corriger enfuite & de reétifier la po-
fition, & les diftances des Places, fur le Recucil général de fes propres ob-
fervations. |
Son premier Voyage fut du Fort Saint - Jofeph (4), en droite ligne, juf-
qu’à celui de Saint-Pierre fur la rivière de Falemé. Il en fit un fecond, en fui-
vant la rive Eft de cette rivière depuis Onneka jufqu'à Naye. Dans le troifié-
me il traverfa le Pays depuis Babiakolam fur le Sénégal, jufqu'a Netteko &
Tamba Aura, lieux qui font au centre de Bambuk & voifins des Mines les plus
riches. Ainfi, dans l'efpace d’un an & demiqu'il mit à voyager dans ce Royau-
me, il le vifita de tant de côtés différens, qu'il paroît n'avoir laiffé aucun
endroit à parcourir. Il porta fes obfervations fur tous les objets qui fe préfen-
térent dans fa route, avec l'éxaétitude dont fon génie le rendoit capable ; au-
tant pour fatisfaire fa curiofité, que pour répondre aux efpérances de la Com-
K pagnie qui l'employoit, [ & mérite: les grandes récompenfes qu'on lui avoit
promifes Gi] | |
LA fagefle de fa conduite & fes préfens lui gagnèrent aifément l’eftime du
Farim de Kaygnure, qui le prit moins pour un Agent de la Compagnie,
Ê Artifte ] curieux, dont le but étoit de s’inftruire [ d'un Pays
qu'à Sambanura, dans le Royaume de Kontu. On y fut extrémement füurpris
de voir un Blanc. Mais on ne le fut pas moins de la hardieffe de cet Etran-
ger, & les Négres l'auroient fort mal reçu s’il n’avoit eu pour guide le fils
du Farim de Kaygnure. Tout étoit à craindre de la part d’un Peuple fi jaloux
de fon or. Les plus paflionnés propofèrent de lui ôter la vie. D'autres plus
modérés voulurent qu'il fut renvoyé fans lui laiffer le tems d'obferver le Pays.
C&PeNDANT le Farim de la Ville, follicité par le Fils de fon Ami, &peut-
être gagné par les préfens de Compagnon, trouva le moyen de perfuader à
fes Sujets que leurs allarmes étoient fans fondement. I] les affüra que ce Blanc
étoit un honnète-homme , qui venoit leur propofer un Commerce avantageux,
& qui pouvoit leur fournir d'excellentes marchandifes à meilleur marché
que les Négocians Mores ou Négres, auxquels ils permettoient l'entrée de
leur Pays. Ces raifons, foûtenues de quelques préfens, qui furent répandus
à propos entre les principaux Habitans & leurs femmes, Den un
affe
changement merveilleux. La defiance parut fe changer en affcétion. Le Peu-
ple
(a) Labat Tom. I. pag 122 donne pour à la Compagnie. Il dit que comnt ce Voya-
latitude à ce Fort, 12 desis 34 minutes, Il geur eft plein de vie, il n'y a perfonne plus
femble que c'eft une erreur pour 14 degrés 34 en état que lui, de nous apprendre s'il 4
minutes, Aufli ne dit-il pas qu'il l'ait appris par lieu d'être content de fon Voyage, & quel-
obiervation, les récompenfes il a eues pour les fatigues &
g&(r) Labat donne à celujctuncoup de dent Jes dangers auxquels il s’eit expoté,
ComracNon.
1716,
Voyages qu'il
fait au Royau-
me de Bawn-
buk,
Il doit {es
fuccès à fa
conduite,
Obftacies
qu'il trouve à
vaincre.
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464 VOYAGES DES FRANCOIS EN
T
Comraeox. ple accourut en foule pour admirer les armes & l'habiilement de l'Etranger. C
1716 On lui trouva du fens & de bonnes qualités. Comme il s'accommodoit à leurs qu'el
manières, il s'infinua fi heureufement dans leur eftime, qu'il fe vit bientôt . en
autant d'amis qu’il avoit eu d'abord d'ennemis & de perfécuteurs. On lui ré- | ar
pétoit de toutes parts: ,, Nous remercions le Ciel de vous avoir conduit ici. j
» Nous fouhaitons qu'il ne vous arrive aucun mal (s). ,, À is
Un redote ComPaGNon auroitremercié la fortune , s'il n'avoit pas eu d'autre obftacle Ke fl
qu'il avance, à furmonter, Mais il devoit s'attendre aux mêmes difficultés dans chaque fr
Ville qu'il avoit à traverfer. A la vérité, il n'oublia pas de fe faire accom- & le
pagner, dans toute la fuite de fes Voyages, par quelques Habitans du Pa ‘4 . le
qui lui avoient paru fort attachés à fes intérêts. Cependant les jaloufies & ÉD *
les dangers renaifloient à chaque pas. Il fut obligé de répondre à mille Li
queftions ennuyeufes , d'effuyer des obfervations fort génantes; & fans l'a- sd
morce de fes préfens, il auroit défefpéré plus d'une fois de pouvoir pénétrer Pate
plus loin. Dans ce Pays, comme dans le refte du monde, c’eft le plus für
moyen de donner de la force & du poids aux argumens. Il trouva néan- À
moins plufieurs Villes , où les préfens joints aux raifons furent trop foibles 4 ki
pour diffiper la crainte & la défiance. Si les Habitans paroifloient df ofés à td
ménager fa vie, ils n'en refufoient pas moins de le laifler coucher à laterre D bitue
Juille
de leurs Mines. En vain leur offroit-il de l'acheter au prix qu'ils y vou- À : QL
droient mettre, en les affürant par lui-même & Po fes guides qu'il n'avoit L Le
pas d'autre motif que fa curiofité, & que fon deffein étoit d'en faire des caf: | douc
Jèts ou des têtes de pipes. Après avoir écouté fes raifons, ils lui déclaroient fond
que jamais il ne leur feroit croire qu’un homme pût voyager fi loin par un 4 fit lu
motif fi léger. Ils lui foûtenoient qu'il étoit venu dans quelque mauvai- b gres
fe intention; celle peut-être de voler leur or, ou de conquérir leur Pays F Jama
Danger où après lavoir reconnu; & la conclufion ordinaire étoit de le renvoyer für 4 ches
favie flex. Je champ , ou de le tuer, pour ôter aux Blancs la penfée de fuivre fon 4 d'aut
Se éxemple. | fort
Fermeté de LI2A fermeté de Compagnon fervoit fouvent à le tirer des plus dange-Æ man
i ides à Si : É. ile
Compagnon, reux embarras. ] Etant à Torako, il envoya un de fes guides à Silabali, pour de £
Jui apporter du ghingan, ou de la terre dorée, & pour inviter le Peuple à lui : os
vendre fes caflots, qu’il promettoit de payer libéralement. Son meffager : Péro
fut mal reçu. Non-feulement on rejetta fes demandes, maïs il fut chafté î ,
brutalement, avec ordre de dire au Farim de Torako, qu'il falloit être fol h moi
pour ouvrir l'entrée de fes terres à un Blanc, dont l'unique intention étoit * prod
de voler le Pays, après y avoir fait fes obfervations (t). Cette réponfe fut ÿ qu'a
rendue à Compagnon dans la préfence du Farim ; mais fans fe déconcerter, il
répliqua que le Farim de Silabali devoit être lui-même un fol, pour s’effrayer
de l'arrivée d'un Blanc dans fon Pays, & pour refufer de vendre quelques
morceaux d’une terre dont il avoit beaucoup plus qu'il n’en pouvoit jamais
employer. Après ce difcours, il paya le Négre avec autant de libéralité
que s’il eût réuffi dans fa commiffion.
l'aim
apré.
ponc
CETTE
(s) Labat, Afrique Occidentale. Tom.IV. le Farim de Torako n'en avoit encore reçu au-
pag. 30. € Juiv. cun, il avoit des idées aufli juftes fur le Voya-
&> (1) Tous ces gens raifonnent fort bien avant ge de Compagnon, que celui de Silabau.
4'être corrompus par des préfens; & lorfque
Co
plufie
11
ce
anger.
leurs
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ETTE
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e Voya-
bi.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Crar. XIIL. 465
Cerre humeur généreuft fic tant d'impreilion fur les Flabitans du Pavs ’
qu'elle devint le fujet de tous les entretiens. Un autre Négre offrit à Com-
pagnon de lui aller chercher de la terre pendant la nuit, Mais comme la
politique du laéteur François le portoit toûjours à cacher fes vûcs, il reçut
cette offre avec beaucoup d'indifférence, en fe contentant de répondre que
lorfqu'il feroit mieux connu, on ne feroit pas difficulté de lui vendre de la ter-
re & des caflots.
LL parvint ainfi à s'en voir apporter plus qu'il n'en deliroit, Les Farims,
& le Peuple méme, prirent par degrés tant de confidération pour lui, qu'ils
lui rendirent des préfens pour les fiens, & qu'a la fin ils lui accordèrent la
liberté de choitir lui-méme la terre qui lui phufoit le plus, & d'en faire au-
tant de caflots qu'il defiroit. Brue, qui continuoit de commander au Fort
Saint-Louis, envoya (v) de ces caflots à la Compagnie, avec des eflais de
toutes les Mines, par le Vaifleau /a J'ioire, qui partit du Sénégal le 28
Juillet 1716 (x).
Les Mines qui furent ouvertes en 1716 font marquées de plufieurs peti-
tes croix dans la Carte. Ce font celles où les Négres du Pays travaillent ha-
bituellement. La plûpart produifent de l'Or en fi grande abondance, qu'il
n'eft pas befoin de creufer. On grete la fuperficie du terrain, On met la
terre dans un vafe, & l'ayant démelée avec de l'eau, il fuffit de pancher
doucement le vafe pour en faire fortir les parties terreftres , qui laiflent au
fond, de l'or en poudre, & quelquefois en allez gros grains. Compagnon
fit lui-même l'expérience de cette méthode. Mais ii remarqua que les Né-
gres s'arrétant ainfi à l'extrémité des rameaux d'une Mine, ne parviennent
jamais aux principales veines. A la vérité ces rameaux mêmes font fort ri-
ches, & l'or en eft fi pur, qu'on n'y trouve aucun melange de marcaflite ni
d'autres fubftances minérales. Il n'a pas befoin d'étre fondu, & tel qu’il
fort de ia Mine ,1l peut étre mis en œuvre, La terre qui le produit ne de-
mande pas non plus beaucoup de travail. C’eft ordinairement une forte d’ar-
gile de différentes couleurs, mélée de veines de fable ou de gravier; de
forte que dix hommes font plus ici que cent dans les plus riches Mines du
Pérou & du Bréfil.
Les Négres du Pays n'ont aucune notion des différences de la terre, nila
moindre régle pour diftinguer celle qui produit de l'or d'avec celle qui n'en
produit pas. Ils fçavent en général que leur Pays en contient beaucoup, &
qu'a proportion que le fol eft plus fec & plus fterile, il produit plus d'or. Ils
gratent la terre indifféremment dans toutes fortes de lieux; & quand le ha-
gard leur fait rencontrer une certaine quantité de métal, ils continuent de
travailler dans le même endroit jufqu'a ce qu'ils le voyent diminuer ou dif-
paroître entièrement. Alors ils tournent leur travail d'un autre côté. Ile
font perfuadés que l'or eft un être malin, qui fe plaît à tourmenter ceux qui
l'aiment, & qui par cette raifon change fouvent de domicile. Aufli, quand
aprés avoir remué quelques poignées de terre ils ne trouvent rien qui ré-
ponde à leurs cfpérances, ils fe difent l’un à l'autre, fans aucune plain-
te:
(v) On trouve Qc ces Cafots à Paris dans (x) Labat ubi fup. pag. 35. € Juiv. &
plufieurs Cabinets, pag. 52
III. Part. Nnn
Comracu ie
1710,
ET t qu'elle
produit fur!
N
Mines de
Bambuk &
leur richeiTe
Manicre
dont les Né-
gres y travail-
lent,
Comraaxow.
1716.
L'induttrie
leur manque.
Dépendance
ou ils font
pour l'ouver-
ture des Mi-
Cauie pour
laquelle l'Or
Ne Vicnt pus
tCruliére-
ment,
Mifére des
Peuples de
URL
Bimbuk.
46 VOYAGES DES FRANCOIS EN
te: il eft parti. Enfüite ils vont chercher plus de bonheur dans un autre
lieu.
S1 la Mine eft fort riche, & que fans beaucoup de travail ils foient fatisfaits
du produit, ils s'y arrêtent & creufent quelquefois jufqu'à fix, fept, ou huit
ieds de profondeur. Mais ils ne vont pas plus loin; non qu'ils craignent que
e métal vienne à manquer, car ils déclarent au contraire que plus ils péné-
trent, plus ils le trouvent en abondance; mais parce qu'ils ignorent la ma:
nière de faire des échelles, & qu'ils n'ont point aflez d'induftrie pour foûte-
nir la terre & pour empêcher qu'elle ne s'écroule. Ils ont feulement l'ufage
de tailler des degrés pour y defcendre, ce qui prend beaucoup d'efpace, &
n'empêche pas la terre de tomber, füur-tout dans la faifon des pluyes , qui ef
ordinairement celle de leur travail, parce qu'ils ont befoin d'eau pour fépa-
rer l'or. Lorfqu'ils s'apperçoivent que la terre menace ruine, ils quittent le
trou qu'ils ont ouvert pour en commencer un autre, qu'ils abandonnent de
même après l'avoir conduit à la même profondeur. On conçoit qu'avec fi
peu d'induftrie, non-feulement ils ne tirent qu'une petite partie de l'or qui
eft dans la Mine, mais qu'ils ne recueillent même qu'imparfaitement celui
qu'ils onttiré; car ilsne s'arrêtent qu'aux parties fenfibles qui demeurent
au fond du vafe, tandis qu'il en fort avec l'eau & la terre une infinité de
particules qui feroient bientôt la fortune d'un Européen.
CEPENDANT les Ilabitans de cette riche Contrée n'ont pas la liberté
d'ouvrir en tous tems la terre, ni de chercher des Mines quand il leur plaîc.
Ce choix dépend de l'autorité de leurs Farims ou des Chefs de leurs Villages.
Ces Seigneurs font publier dans certaines occafions, foit en faveur du Public,
foit pour leur intérêt particulier, que la Mine fera ouverte un certain jour.
Ceux qui ont befoin d'or fe rendent au lieu marqué, & commencent le tra-
vail. Les uns creufent la terre, d’autres la tranfportent ; d’autres apportent
de l'eau, & d’autres lavent le minéral. Le Farim & les principaux Négres
gardent l'or qui eft nettoyé, & prennent garde que les Ouvriers n'en détour.
nent quelque partie, [ce qu'ils font aflez fouvent.] Après le travail, il eftx$
partagé; c'eft-à-dire, que le Farim commence par fe mettre en poffeflion de
fon lot, qui eft ordinairement la moitié, à laquelle il joint, par un ancien
droit, tous les grains qui furpaffent une certaine grofleur. L'ouvrage dure
aufli long-tems qu'il le juge a-propos; & lorfqu'il eft fini, perfonne n'a la
hardieffe de toucher aux Mines. Ces interruptions font la feule caufe que l'or
n’eft point apporté régulièrement dans les mêmes faifons; car fi les Néègres
avoient toûjours la liberté de travailler, leur pareffe céderait au befoin qu'ils
ont des marchandifes de l'Europe, & le travail feroit auffi continuel que la
nécoffité du Commerce. Leur Pays eft fi fec, qu'il ne produit aucune des né-
ceflités de la vie, [manquant de toutes les chofes dont on a befoin pour fe x£#=
vétir & pour fe mettre à couvert.] Les Mandingos, les Guinéas & d’autres
Marchands, tirent avantage de leurs befoins pour leur faire attendre long-
tems les moindres fecours, dans la vûe de les leur faire payer plus cher. Mais
fi les Européens s’établiffoient une fois parmi eux, on les délivreroit de la ty-
ranie de ces étrangers; & la connoiflance qu’on leur donneroit des mar-
chandifes de l'Europe ferviroit également à leur en faire confommer davan-
tage & à nous procurer de l'Or avec plus d'abondance. ‘ |
Dans cetice vüe, il faudroit commencer par leur fournir fur leurs frontié-
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DIFFERENTES PARTIES 2 L'AFRIQUE, Liv, VI. Car. XIII. 467
autre res toutes les commodités dont ils ont befoin, parce qu'ils ont aufi peu de Comracmor,
À difpofition à fortir de leur Pays, qu'à recevoir les Etrangers, D'ailleurs, s'ils 1716.
sfaits à entreprenoient de traverfer celui des Sarakolez pour fe rendre aux Etabliffe. Utiti qu'on
huit mens de France fur le bord du Sénégal, ces Peuples, qui font pauvres, avi- ‘Peut tv,
t que des, méchans, & de mauvaife foi, ne mänqueroient pas, au mépris de tous
les Traités, de piller des paflans qu'ils verroient chargés d'or. Ainfiles Fran-
béné-
çois fe trouveroient engagés dans des guerres continuelles, pour foûtenir leur
ma:
oûte- commerce. L'Auteur conclut que l'intérêt de la Compagnie l'rançoife eft d'é-
fage tablir des Comptoirs bien fortiliés, dans un Pays dont elle a tant de richeffes
e, & 1 à fe promettre (y). | |
uieft ) kf ComPacnon, & ceux qui ont entrepris à fon éxemple [& par ordre du Noms &
fépa- À Sr, Bruce] de pénétrer dans e Royaume de Bambuk, pour confirmer l'Allian- lieux des Mi.
int le ce qu'il avoit commencée avec les Farims, n'ont pu trouver en remontantla 1°? connue.
nt de riviere de Falemé, depuis fa jonétion avec le Sénégal jufqu'au Village de
ec fi Naye, c'eft-a-dire dans l'efpace de quatorze ou quinze licuës, qu'un feul
r qui Village où ils ayent découvert quelques marques de Mines d'or. Ce lieu, qui
celui fe nomme l'urkarane, eft une Habitation ruinée, à deux lieuës de la rivié-
urent re, au Nord-Eft, près d'un Marigot ou d’un Ruiffeau qui va s'y jetter, Ce Turkarane,
té de Marigot a trop peu d'eau pour recevoir des Barques; mais n'étant qu'à deux
licuës de la rivière, il feroit fort aifé, fi l'on y avoit formé un Etabliffement ,
iberté X7 de tranfporter le minéral fur le dos des Chameaux [ou d'autres bêtes de char-
plaît. Kgce.] Outre les apparences d'une Mine d'or, on y atrouvé [une Roche blan-
lages. che avec des paillettes fort brillantes & dont la pierre cft extrémement pe-
ublic , fante , marques ] d'une Mine d'Argent des plus riches. On prendroit facilement
jour. poffeflion d’un lieu qui eft abandonné, éloigné de toute habitation, & qui n'eft
lé tra- pas à plus d’une journée du l'ort de Saint-Jofeph. |
ortent La feconde Mine d'or, donton doit la découverte à Compagnon, eft à Mine der:
égres l'Eft de la rivière de Falemé, à vingt-cinq lieuës de fa jonétion avec le Sé-
étour- négal, environ cinq lieuës dans les terres, entre les Villages de Sambanu-
il eftx$ ra & de Dallemulet. C’eft un Canton haut & fabloneux, où les Négres trou-
ion de vent de l'or, en lavant feulement la furface de la terre, qu'ils gratent au
incien hazard , fans fe donner la peine de la creufer.
dure Les environs de Segalla, Village à cinq cens pas de la Rive droite deFa- Segalla
n'a la lemé, en remontant cette rivière, & à cinquante lieuës de fon embouchure,
1e l'or font remplis de véines de la même couleur & de la même fubftance que cel-
égres les des Mines d'or de Ghingi-l'aranna; fans compter que les Négres y recueil-
qu'ils à lent aufli de l'or en lavant feulement la terre. Il eft d'une beauté extraordi-
que la 1 naire, & facile à travailler. On ne doutera point que fi ces terrains métalli-
Jes né- ques étoient ouverts par des mains habiles, ils ne produififfent beaucoup plus
our fe x que les Négres n’en peuvent tirer. |
autres 4. Les Mines de Ghinghi-Faranna, font cinq lieuës plus loin. Il femble que Ginghira-
long- L ce Canton foit uniquement compofé d'Or. Le Farim de Taroko, qui en eft le ranna.
. Mais à maître, ayant accordé à Compagnon la liberté {d'enlever autant de terre
e la ty- qu'il en fouhaiteroit, elle fut prite au hazard, & lavée dans un vafe, au fond
; mar- a duquel Compagnon trouva une grofle quantité d'or pur, qu'il ft fondre fort
davan- “4 aifément
rontiè- E (y) Labat, ui fup. pag. 39. € fuiv.
res 4 Nnue
rh
Comracwow.
1716.
Rivières qui
charient de
l'or,
Mine de Sa-
anna,
Taruba Au-
ra \ ÿ LU
a & Nettoko,
Cr: ;
wtuntion Ge
ais
48% VOYAGES DES FRANÇOIS EN
aifément. Une autre preuve de la richeffe de ce terroir, c'eft que tous les
marigots ou les ruiffeaux qui l'arrofent & qui vont fe jeccer dans la rivière de
Falemé, charient tant d'or dans leur fable, que les Négres voitins, lorfqu'ils
ont befoin d'or pendant le repos de leurs Mines, viennent aux bords de ces
marigots & de la rivière de Falemé, en prennent le fable, le lavent, &
tirent quantité d'or, Cette manière de le ramafler n'eft defendue dans au-
cun tems; & fi les Négres étoient moins parefleux, elle füufliroit pour les
enrichir.
Les montagnes voifines de Ghinghi-Faranna , font compofées d'un gra-
vier doux, qui paroît entièrement couvert de paillettes d'or, Brue en com-
muniqua des efais à la Compagnie de France, après avoir fait lui-méme di-
verfes expériences qui lui réulirent heureufement. Sans le fecours d'aucun
diffolvan (æ), il fit, avec le feu feul, des lingots d'or d'une excellente qua-
lité, [fur lefquels l'eau forte ne produifit aucun effet, mais dont l'eau réga-x$»
le fic une diflolution d'un très-beau jaune, comme celle de l'Or a accoutu-
mé d'être.] Dans le même lieu, on trouve des marcallites dorées, qui fur-
pañlent les efpérances. On prétend que le Village de Nian Sabanna, fur la
rivière Sannon (a), près de Turet Aandat, eft un des premiers endroits où
les Peuples de cette région ont découvert de l'Or. La Mine en eît riche, &
le travail facile. Mais le minéral demande d'être [broyé &] fondu, ouvra-x£»
ge dont les Négres n'ont aucune notion. D'ailleurs il eft melé de fouffres
d'arfénic, qui produifent de facheux effets fur ceux qui n'ont pas l'arc de
s'en défendre, Les Négres, qui font idolatres de leur fanté, & qui ont
une extréme averfion pour le travail pénible, ont entièrement abandonné
cette Mine. Il y a beaucoup d'apparence que le Farim de ce Canton céde-
roit volontiers un terrain dont il ne fait aucun ufage.
La plus riche de toutes les mines où les Nègres travaillent aétucllement,
eft preiqu'au centre du Royaume de Bambuk, entre les Villages de Yamba
Aura , X Nettoko , à trente licuës de la rivière de l'alemé à l'EIE, Re quaran-
te du Fort Saint-Pierre à Kaygnure, fur la méme rivière, Elle eft d'une a.
bondance furprenante, & l'or en eft fort pur. Quoique tout le Pays, à quin-
ze où vingt heuës, foit fi rempli de mines qu'on n'auroit pü les marquer tou.
tes dans la Carte, fans y mettre trop de confüufion, il eft certain que ce Can-
ton de Bambuk furpafñfe tous les autres en richefi.
Ces Mines font environnées de montagnes, hautes, nués, & ftériles. Les
Habitans du Pays n'ayant pas d'autres commodités que celles qu'ils fe procu-
rent avec leur Or, font obligés d'y travailler avec plus d'application que leurs
voifins. Le befoin fert d'aiguillon à leur induftrie. On trouve, dans cet efpa-
ce, des trous qui n'ont pas moins de dix pieds de profondeur; ce qui doit
paroïtre merveilleux pour des Peuples qui n'ont ni échelles ni machines. Ils
confeffent tous qu'à la profondeur où ils s'arrécent, l'or fe trouve en plus
grande abondance qu'a la furface. Lorfqu'ils rencontrent quelque veine melce
de gravier, ou de quelque fubftance plus dure, l'expérience leur a fait com-
prendre qu'il fautbrifer la marcaflite pour en ürer l'or. Ils en lavent les frag-
mens ,
3) Angl, d'aucun fondant. R. d. E. de Bambuk, & tombe dans celle de Falemé,
rise) Elle craverfe unc partie du Royaume
mer
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mens ,
Falemé,
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE Liv. VI Car, XIII. 469
mens, & raffemblent ainfi ce qui frappe leurs yeux. Qui ne conçoit pas qu'a-
vec plus d'induftrie ils en tireroient infiniment d'avantage? Ajoûtons qu'ils
n'ont jamais ct capables de pénétrer jufqu'aux principales veines.
Tours ces cerres font argilleufes, & de différentes couleurs; comme
blanc, pourpre, verd de Mer, jaune de plufieurs nuances, bleu, &c, Les
Nègres de ce Canton l'emportent fur vous les autres pour la fañrique des caf
fots ou des tetes de pipe, On voit briller de tous côtés, dans la terre dont
ils fe fervent , du fable d'or &des paillettes de diverfes grandeurs, mais les pail-
lettes fonc fort minces. [ls appellent cette terre Ghingan, c'elt.à-dire, terre
d'or ou dorée, Quoiqu'elle ait été lavée lorfqu'on l'employe pour les cafots,
kon en tireroit encore beaucoup d'or [par le moyen du Mercure]
Assez pres du Fort Saint-Pierre à Kaygnure, on trouve un marigot dont
le fond & les bords font revêtus de rocuilles colorées, ou de marcçaflites mé-
talliques. La couleur & le poids femblent indiquer quelques mines aux envi-
rons; & la difliculté de les découvrir ne fçauroit étre infinie à fipeu de dif-
tance du Fort,
Lx Village de Naye a deux Mines d'or, Celle qui eft le plus près de la ri-
vière eft abandonnée depuis long-tems, parce qu'elle eft fujette aux Inonda-
tions, & que les Nôgres ne penfent guères à vuider les puits, Muis on en a
découvert une autre, fur la À Mer de la rivière, & plus éloignée, qui n'a rien
à redouter du débordement des eaux, Le Village de Naye eft affez grand,
Comme il n'eft qu'a quatre lieuës du Fort Saint-Jofeph, il ne feroit pas difii-
cile de fe faifir de cette Minc ou de l'acheicr.
Vincr lieuës au-deffus de Kaygnure, à gauche de la rivière de Falemé,
on connoît une mine d'or dans les cerres de Tumana Niakanel (b), où la pu-
reté du métal ne le céde qu'a fon abondance, Quoique le travail y foit aifé,
les Négres l'ont abandonnée, par l'opinion fuperititieufe qu'il n'y a que des
Femmes ou des Blancs qui puillènt y travailler fans mourir. Les Femmes n'o-
fent y metire la main, parce qu'elles fe croyent menacées du méme danger
que leurs maris. Ainfi, conclut l'Auteur, elle paroît réfervée aux Blancs, à
qui l'intérec feul cit capa le de fure méprifer les fuperfticions (ce).
On trouve, en différens lux, des fignes manifeftes de Mines d'or, fur-
tout à dix-fept lieuës de la jonétion des rivières de l'alemé & du Sénégal,
L'Auteur déligne encore plus éxactement le lieu, en marquant la trente-fixié-
me Xaque de bois à main droite. Îl nomme fouvent ces Ragres, fans expliquer
leur ufage; mais on croit comprendre que ce fonc des potcaux, à diftances
éuales, qui fervent à marquer l'éloignement des licux. La terre de ce Canton
eit féche, flérile, & chargée d'un gravier doux, divifé en pluticurs couches
de couleurs fort vives, comme celle de T'amba Aura & de Nettoko.. Quoi-
qu'on n'ait pas découvert d'autres mines ju‘qu'en 1720, on doit préfumer que
le méine l'aysen a quantité d'autres, qui demeurent inconnues par l'ignorance
& la parcile des Mésres,
OuiRre l'or & l'argent, dont la nature eft fi prodigue dans la contrée de
Bambuk, on trouve, dans quantité d'endroits, des pierres bleues (d), qu'on
s(Y: »
| regarde
dr) Ce! pas marqué dans la Carte, tion. R, @. fi,
Ce) hd, qui à caute de cela n'aurc t _ Œ'(d) Celt PEUL-Ccre , du Laris Losuli,
pas beuitoup de diiculté à en faire l'acy
Nnn 3
Cowraayon
1716,
Qualités de
Loris
Mines pres
du Fort Saint
Picrre
Mines de
T hand Nia-
kancl,
Mines ile
la R ique d
10! ,
Autres té
taux de D
buk,
479 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
Courionow. regarde comme des fignes certains de quelques mines de cuivre, d'argent, de
1716. lomb, de fer, & d'étain, En effet on y a trouvé [ de vous ces métaux, aufli kgs
Lien que ] d'excellentes pierres d'aimant, dont on a pris foin d'envoyer plu.
fieurs morceaux en France, Mais l'ardeur ne doit pas étre bien vive pour
des biens d'une valeur médiocre, dans un Pays où l'on nous repréfente l'or
fi commun,
Fer cxtré- À l'égard du fer, ce n'eft pas feulement dans les contrées de Bambuk, de
M Galam, de Kayne, & de Dramanet, qu'il eft en abondance & d'une excel.
tesccs Con. lente qualité. Il s'en crouve dans tous les (e) autres Pays en defcendant le
tres. Sénégal, fur-tout à Joël & Donghel, dans les Etats du Siratik, où il eft fi
commun [ & fi doux | que les Négres en font des pots & des marmites, fans SE
autre fecours que [ le feu &7 le marteau, Auili n'en achetent-ils pas des Fran} 7
çois, à moins qu'il ne foit travaillé,
Autres Pro L£ Royaume de Galam produit quantité de criftal de roche, de pierres tranf.
duetions, parentes , & de beau marbre, I! n'eft pas moins riche en bois de couleur , d'un
rrand nombre d'efpèces, dont quelques-unes donneroient beaucoup d'éclat à
a teinture de l'Europe. [ On y trouve d'ailleurs des bois odoriférans.] Xi»
LA Compagnie de France s'eft fait apporter, du même Pays, des eflais de
Salpétre. Ilne demande que la peine du travail & du tranfport, Ce feroit é-
pargner, à l'Europe, l'embarras [ & les grands fraix ] de l'apporter des In-
des Orientales, d'où l'on en tire beaucoup (f).
ps lé. Rrue avoit formé différentes vûües pour l'établiffement des François dans le
Dour sentir Royaume de Bambuk. 11 les réduifit à un feul fyftême, qu'il foûmit au juge-
dansieRoyau. ment de fa Compagnie. Il vouloit d'abord qu'on n'épargnät rien pour fe con:-
me de Dam. cçilier l'affeétion des Farims, & pour en obtenir la permiflion de bâtir des
buk. Forts dans leur Pays. Il propofoit d'en conftruire deux fur la rivière de Falemé,
& d'en faire un troifiéme qui fut mobile, c'eft-à-dire, de bois, pour le tranf-
orter de mine en mine, füuivant les raifons qu'on auroit de préférer l’une à
autre. Le Direéteur, les Officiers, les Mineurs, les Soldats, & tous les gens
néceffaires à l'entreprife, auroient eu dans le Fort mobile une retraite toû-
jours füre, dont la crainte des armes à feu auroit éloigné les Négres de Bam-
buk. Mais ce projet entraînant des lenteurs, qui ne convenoient point à
l'impatience de fa Nation, il en forma un fecond, qu'il préfenta à la Com-
pagniele 25 Septembre 1723. Il y établifloit que douze cens hommes étoient
une armée fuffifante pour la conquête du Royaume de Bambuk, que l'entre-
tien dece corps de troupes, pendant quatre ans, ne reviendroit qu'à deux mil-
lions de livres. Il comptoit que quatre mille marcs d'or, à cinq cens livresle
marc, rembourferoient toute la dépenfe, & que les mines fourniroient an-
nucllement plus de mille marcs. Mais on ne s'eft point apperçu jufqu'a pré-
{ent que ce fyftéme ait été goûté (g).
Lumières [ON ne peut fe difpenfer de donner ici quelque idée de l'étendue & de la 4
qu'ona furl'é fituation d'un Royaume dont on a tant vanté les richeffes.] Du côté du Nord,
arr le Royaume de Bambuk s'étend dans une partie des Régions de Galam & de
Pays. Kaflon. À l'Oucft, il a la rivière de l'alemé & les Royaumes de Kantu & de
Kombregudu
(e) Angl. dansplufeurs autres Pays. R. d,E, (g) Labat, ibid pag. 62. € Juiv
(Z) Labac, Tom, IV, pag, 54, & Juiv.
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Nord, di
| & de
& de
egudu
DIFFERENTES PARTIES p£ L'APRIQUE, Liv, VI. Cuar. XIII, 47e
Kombregudu (b), au Sud, celui de Mankanna, & les Pays à l'Oueft de
Mandingo, Ses bornes Orientales font encore peu connues, On fait feule.
1 ment qu'elles touchent aux Pays de Gadda & de Guinée, où les Voyageurs
Européens n'ont pas porté bien loin leurs découvertes.
Le Pays de Bambuk, comme ceux de Konru & de Kombregudu, n'éft gou-
verné par aucun Roi, quoiqu'il porte le nom de Royaume, Peut-être avoit-
il autrefois des Souverains, Mais à préfent les Habitans n'ont pour Seigneurs
que les Chefs des Villages, qui font nommés larims, vers la rivière de l'ale-
mé, avec l'addition du lieu dont ils font les maîtres; comme l'arim Torako,
Farim Purbarane, Dans l'intérieur du Pays, ces Chefs s'appellent Elemanni, ou
portent d'autres noms. Quoique leurs titres foient moins faflueux que ceux
d'Empereur ou de Roi, ils ont la même autorité, & leurs Sujets vivent dans
la méme foûmiflion , aufli long-tems du moins qu'obfervant les anciens ufa-
ges de cette Ariflocratie, ils n'entreprennent point d'innovation ; car il fe-
… Yfrroit dangereux ici d'afpirer au pouvoir arbitraire, [Les Mandingos, n'enten-
; dent pas raillerie fur ce fujet.] Le moindre châtiment qui menaceroit les
Ufurpateurs, feroit une honteule dépofition ou le pillage de leurs biens.
Tous ces l'arims ou ces Chefs, font indépendans l'un de l'autre ; mais leur
$ devoir les oblige de fe réunir pour la défenfe du Pays, lorfqu'il eft attaqué
dans le corps ou dans les membres. Les Habitans s'appellent Malinkups. Ils
font en fort grand nombre, comme on en peut juger par la multitude de
Villages qui font à l'E de la rivière de Falemé, quoiqu'on n'ait pû donner
place dans la Carte qu'aux plus confidérables, Le Sannon, le Guianon, la Man-
Ja & d'autres petices rivières qui fe rendent dans celle de l'alemé ou du Sé-
négal, font aufli bordées d'Habitations. Mais le centre du Pays n'eft pas fi
veuplé, parce que les lieux qui n'ont pas de rivières font cs & ftcriles.
{Comme le font tous ceux qui font remplis de Mines d'Or , d'Argent, de Cui-
vre, d'Etain & de Fer.] La terre n'y produit ni millet, ni ris, ni légumes.
La paille même y manque pour couvrir les maifons. Cette ftérilité vient de
la À tas exceflive du climat, non-feulement parce qu'il eft entre le douze
à & treizième degré de latitude du Nord, mais encore plus parce qu'étant en-
… vironné de hautes montagnes, [ftériles qui réfléchiffent la chaleur, & em-
pêchent les vents d'y foufller librement ,] l'air n'y trouve aucun pañage, &
les vapeurs qui s'éxhalent fans cefe d'un fond fi rempli de métaux & de mi-
néraux, y demeurent conftlamment renfermées. Auifi le féjour de ce Canton
eft-il fort mal-fain, & trés-dangercux pour les Etrangers, quoique les Ia-
" j$bitans naturels [ & les autres Négres ] n'en fouffrent aucune incommodi-
tés (À). A
Commr le Royaume de Bambuk produit quelques Animaux extraordinai-
j res, & plufieurs Plantes qui lui font propres, il eit naturel de les placer ici,
à A7 [fans les confondre dans l'article général de l'Hiftoire Naturelle.]
ON y trouve une efpéce de Singes blancs, d'une blancheur beaucoup plus
brillante que les Lapins blancs de l'Europe. Ils ont les yeux rouges. On les
" apprivoife aifément dans leur jeunefle; mais lorfqu'ils avancent en âge, ils
' deviennent
7 (b) Labat écrire Koon & Koutou: Cambe- thographe de la Carte. |
à goudou KO Combegouda, vus on a fuive l'Or- (5) Lubat, Tom, IV. pag, 1. E? fuiv.
Cowrtawox,
1716,
Gouverne
ment do Ham
buk,
Le Pays ef!
fort peuplé
Il l'ett moins
au centre, Rals
fon que l'Au-
tour En ap} Os
te,
Singes blancs,
‘ AU NON
1781
'
\:
h U [EL
Aer shiat
à ta tés,
Monoccro .
l'O [an «du
LATINE
y VOYAGES DES FRANÇOIS EN
deviennent aufli méclian que les Singes des autres Pauvs. Jufqu'h préfent il
HA pas eneore Cie } ble en DOOrTCOF UM VIVANE AU OFE Mat Louts, (his
tre la délicateffe de leur confbitution, ils paroiffent cnagrins loriqu'ils fortene
de leur Pays, & leur eritloile va jufqu'a leur faire refuler coutes fortes de nour-
riture,
1m Renard (4) blanc ft vn autre animal particulier au Pays de Bambuk
qui n'eft pas moins ennemi de la volaille que celui de l'Europe, Sa couleur
et un blanc argenté, Les Négres en mangent la chair, & vendent la peau
aux Compioirs l'rançois,
Lus Pigcons de Bambuk font tout-ñ-fait verds; ce qui les fait prendre fou:
vent pour des Perroquets, On trouve dans le même Pays & dans les Régions
voiüines, un Animal extraordinaire, nommé Ghiamala, Il fe retire partieu:
hercment à l'E de Bamiu ‘, uns les Cantons de Gad ja x de Jak uw Ceux
qui l'ont vû prétendent qu'il elt plus haut de la moitié que l'Eléphant , mais
qu'il n'approche pas de fa groffeur, On le croit de l'efpéce des Chameaux,
avec lefquels il a beaucoup de reffemblance par la tête & le col, [la d'ail
leurs deux boffes fur le dos comme le Dromadaire, Ses jambes font d'une |
gueur extraordinaire, ce qui fort encore à le faire paroïître plus haut, I f
nourrit, comme le Chameau, de ronces & de bruyères. Aufli n'eft-il jamais
force gras. Mais les Nègres n'en mangent pas moins la chair, lorfiu'ils peu
vent le prendre, Cet animal pourroit devenir propre à porter les plus lour F
fardeaux, fi les Négres étoient capables de l'apprivoifer, Le Pays de Dam
buk ayant peu de paturages, on n'y voit pas de troupeaux , à la réferved:
quelques Moutons & de me pen Chovres, qui trouvent à vivre dans les lieux
les plus fics. Le Ghiamala eft extrémement féroce, La nature l'a pourvû de:
fept petites cornes fort droites, qui dans leur pleine grandeur font longue:
chacune d'environ deux pieds. Il a la corne du pied, noire & femblable à
celle du Bœuf. Sa marche cft prompte & fe foûtient long-tems, Les Nésres
trouvent fa chair excellente (/). s
Quoique le Merle blanc pañle pour une chimère, il s'en trouve néanmoin,
de cette couleur dans le Pays de Bambuk & de Galam. On y en voit aufli de
marquetés. Le Monoceros où l'Oifeau du Paradis, n'y eft pas rare, Sa gran-
deur eft celle d'un Coq ordinaire, & fon plumage varié, fur-tout aux ailes.
Son bec eft crochu, comme celui de l'Aigle ; fes éperons gros & robuftes. Il
a fur la tête deux plumes, longues de trois ou quatre pouces, qui fe joignent
dans un point avec l'apparence d'une corne; ce qui a fait croire mal-a-propos
que c'en étoit une.
Les Cantons fabloncux du Royaume de Bambuk produifent une efpèce
de pois fort fingulière. La coffé (m1) en eft ronde , d'environ deux pouces de
diamettre { verte, polie & couverte d'une écorce épaifit.] La tige rampe KT
s'étend fort loin. Il eft fort ordinaire de lui voir cinq ou fix pieds de longueur.
Ses feuilles, femblables au treffle, n'ont pas moins de fix pouces de lang, &
fortent deux à deux, à cinq ou fix pouces de diftance, C'eit cnure les deux
feuilles que fe placent les fleurs; mais elles font de différentes formes. Les
premières forment un calice ouvert, compofé de cinq feuilles bleues, longucs
de
Ck) Angl. la Belette blanche. K, d. E, (m) Angl, la Tige R. d, E,
(4) Labat, pag, 92. € Juir.
DI
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nyucur,
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longucs
de
DIFFERENTES PARTIES pe L'APRIQUE, Lav. VI, Cuar, XII. 474
de quinze ou feize lignes, à prefque de la même largeur, Ce calice eft fup-
porté par cinq petites feuilles vertes, fort douces & forc brillantes, le
centre du calice contient quantité de filets, longs de fix lignes, d'un jaune
X? foncé ou couleur d'orange; mais il eft fans pifton (n). Les aucres fleurs ( qui
occupent la partie de la tige oppofée aux premières, ] reffemblent à celles de
Xnos pois. [ La plus grande différence entre les unes & les autres, c'eft que]
les premières ne produifent point de coffe; au lieu que les autres en donnent
une, [ de cinq ou fix pouces de long & d'environ un pouce de diaméire, |
ui eft partagée cn petites cellules par une petite peau rouge, Chaque cellule con:
tient un pois, de la groffeur d'une bale de moufquet, de feize à la livre, Les
pois foncronds, d'un gris marbré, durs, & difliciles à cuire , s'ils n'ont été trem
pés dans l'eau chaude pendant onze où douze heures, Comme ils viennent
fans culure, les Nügres en Font beaucoup de cas, & les préfèrent à de meil.
leures efpèces qui leur couteroient plus de peine & de travail, Ce qui parait
fort extraordinaire dans cette Plante, c'eft que fes différences fortes de eus
font placées alternativement de chaque côté de la tige (0).
L'Aszz-Mosu, nommé autrement la Graine de Nue où l'Ænbrette, croît
en abondance & fans culture dans le Pays de Galam. Les Négres n'en font
aucun ufage. Leurs femmes mêmes, g aiment beaucoup les odeurs & qui
font paflionnées pour les cloux de girofle, dont elles portent des paquets au-
tour du col, négligent cette graine, par la feule raïfon peut-être qu'elle eft
fort commune; car lorfqu'elle eft cuuillie (p ) doucement, elle rend 7
Yrce 1 odeur de mule qui ett fort agréable, Il ell vrai que cette odeur fe diflipe ;
mais elle peut être renouvellée avec le la graine fraîche, Les Marchands ne
doivent pas fouhaiter que l'ufage s'en établie parmi les Négres, parce que
le girofle, qu'ils achetent aflez cher, leur deviendroit inutile,
onsque l'Abel-Mosh fe trouve dans un riche terroir, & qu'il rencontre
un arbre auquel il puiffe s'attacher, il s'élève jufqu'à fix ou fept pieds de hau-
teur, Sans ce fecours, il rampe fur la terre, & ne s'élève à la fin que d'envi-
ron deux pieds. Ses cofes (g) font rondes, blanches, tendres & couvertes
p#d'un duvet [ & de petits rejettons forc tendres.} Les feuilles [ reffemblent à
celles de la Mauve & ] croiffent deux à deux, mais d'inégale grandeur, Cel-
les du côté fupérieur font beaucoup plus grandes que les autres. Elles font
dentelées, & quoique l'échancrure ne foit pas fort profonde, elle forme des
angles fi aigus qu'on les croiroit capables de piquer. [ Elles font charnues &
Yun peu molafles; &7] leur couleur eft un verd brillant au-deflus, & plus pâ-
le au-deffous. On prétend que ces feuilles, bouillies dans l'eau, & réduites
en cataplafmes, font un remède excellent pour les tumeurs, & qu'elles les
font meurir en peu de tems. Elles ne font pas moins eftimées pour les con-
ttufons & les éréfipelles (r). [ Ces feuilles font attachées à de longues queuës
… prefque triangulaires & fort velues; & 7] c'eft de leurs aiffelles que forcent
les
(ny AÆAngl, fans piftiles. Rd. Europe, abat lui fubftitue un remède prompt, &
&Y(o) Labat, Tom, IV, pag. 09. € Juiv. qu'il dit Gtre infaillible, faute prendre une
(p) Angl. Lorfqu'on la frotte doucement, poignée de perfil, qu'on fera bouillir dans
R. { E. ‘urine du Malade, quand il eft à demi-cuit,
(q) Angl. fa tige eft ronde. R. d. E. faites-en un cataplafine , dont vous aurez foin
Cr) Angl. contufions & entorfes, R. dE. de ne pas exprimer le fuc; & appliquez-le fur
gy Au refte comme cette plaute ne croit pas en la partie aflectée, en prenant garde de ne pas
IL. Part, Oov la
Comrisren,
1716
Abel Mosh
où uraine de
mul
Defcription
de cette plan-
te,
ComrAGNON.
1716.
Bataule ou
beurre de
Bambuk,
Son Origine,
Delfcription
de l'Arbre qui
le porte, & de
{on fruit.
Son u'age
pour diverfes
maladies.
44 VOYAGES DES FRANÇOIS EN
les fleurs, compofées de cinq feuilles rondes, qui forment un grand calice,
Le dehors eft de couleur d'Or fort brillante, & le dedans couleur de pourpre.
Du fond du calice il s'élève plufieurs L'petits ] filets, au milieu defquels eft t#»
un pitton (5) blanc, qui fe change en un fruit pyramidal, à cinq angles, Il
eft d'abord d'un verd pale, enfüuite brun & prefque noir dans fa maturité, Ce
fruit contient quantité de petite femence grife, plate d'un coté, de la forme
d'unroignon, & d'une odeur d'ambre qui eft fort agréable, On prétend que
cette femence eft extrémement chaude, & qu'elle eft d'un excellent ufage
dans certaines maladies. Il s'en trouve chez nos Parfumeurs. On les accufe
méme de s'en fervir pour falfifier leur mufc.
EnTRe les curiofités du Pays de Bambuk, Brue reçut des Marchands Man-
dingos plufieurs calebaffes remplies d'une certaine graifle, qui fans étre auiti
blanche que celle du Mouton avoit la même confiftence. On la nomme Batau-
le dans le Pays. Les Négres qui font plus bas fur la rivière lui donnent le nom
de Bambuk Tulu, ou beurre de Bambuk, parce qu’elle leur vient de cette Con-
trée. C'eft un admirable préfent de la nature. Cependant on affüre que la
meilleure vient du Pays de Ghiaora, far les bords du Sénégal, trois cens vingt
licuës à l'Eft de Galam. L'arbre qui produit le fruit d'où l'on tire cette graif-
fe, eft d'une grofleur médiocre (t). Les feuilles font petites, rudes, & en
fort grand nombre. Si on les prefle entre les doigts, elles rendent un jus hui-
leux , les incifions qu'on fait au tronc de l'arbre en tirent la même liqueur,
mais en moindre quantité. On n'en connoît pas d'autre propriété, parce que
les Mores & les Négres s’attachent plus au commerce de leur beurre qu'a l'é-
tude de l'arbre qui le produit. Cependant on fçait d'eux que le fruit en eft
rond, de la groffeur d'unenoix, & couvert d'une coque, avec un ptite peau
féche, brillante, [peu adhérente à la chair qu'elle couvre. ] Il eft d'untæ
blanc rougeûtre, & ferme comme le gland (vw), huileux & d'une odeur aro-
matique. Son noyau eft de la groffeur d'une mufcade, & fort dur; mais l'a-
mande qu'ilcontient a le goût d'une noifette. Les Négres font paflionnés pour
ce fruit. Après en avoir féparé une partie, qui tient de la nature du fuif, ils
pilent le refte & le mettent dans l'eau chaude. Il s’en forme une graifle
qui furnage. C'eft ce qui leur tient lieu de beurre ou de lard avec leurs lé-
gumes, & quelquefois fans aucun mélange. Les Blancs qui en mangent fur le
pain ou dans les fauces, ne le trouvent pas différent du lard, à la réferve
d'une petite acreté qui n'eft pas défagréable , [ & à laquelle on s'accoutume#
bien-tot.] Brue paroït perfuadé que l'ufage de cette graiffe eft fort fain. Les
Négres l'employent d’ailleurs avec fuccès pour la guérifon des Rhumatifmes,
des Sciatiques, des douleurs de nerfs, & des autres maladies de cette natu-
re. Ils la préfèrent beaucoup à l'huile de Palmier. Leur méthode eft d'en
froter devant le feu les parties attaquées, pour y faire pénétrer la graifle au-
tant qu'il eft pofñlible; de les couvrir enfuite avec du papier gris, EE
oux
,
la ferrer trop fort. Si le Malade fetient au lit, €s) Angl. un piflile blanc. R.d.E.
il fera entièrement guéri au bout de fept ou @(c} Il femble être l'Arbre qui produit le
huit heures, où du moins, affez bien rétabli fuif, cominun à la Chine, ou une efpéce fern-
pour marcher fans douleurs. Il ajoûte que bhble. :
deux de ces cataplafmes fuflifent pour guérir (u) Angl. comme le Maron d'Inde. KR. d. E.
les plus violentes entorfes.
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», K. d,E.
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnav. XIII. 475
cædoux, & de les tenir chaudement fous quelque drap fort épais. [ Les Chirur-
giens François ont jugé-à-propos d'y méler de l'eau-de-vie ou de l'efprit de
vin; mais les Négres difent qu'il vaut mie
fervir à cet ufage (x).]
uels eft EH»
ux boire cette liqueur que de s'en
. “om, Lil, pag, 341. €? Juiv.
Suite des Afjaires du Comptoir François 4 Mankanet.
"ESTici qu'il Faut joindre aux ‘Tranfaétions du Sieur Brue,ce qu'il rapporte de
Mankanet, apres le rétabliffement du Fort en 1718, & ce qui regarde le
projet qu'il avoit formé de baur un Fort à Kaygnu, pour couper ke Commer-
ce des Anglois fur la rivière de la Gambra.
Aussrrôr que le Fort de S. Jofeph eut été rétabli à Mankanet, Brue
reçut pluficurs plaintes, au Fort Saint-Louïs, des infultes continuelles que les
Agens de la Compagnie recevoient d’un Chef Négre nommé Budel, Alkaïde
de Tonka Niama. Cet Ennemi des l'rançois défendoit le commerce, fuivant
les mouvemens de fon caprice, dans la vûe de faire monter les droits auffi
hauts que ceux du Siratik, ou de réduire les Agens à la nécefité de quitter le
Pays. Bruc prit laréfolution, le 31 de Juillet 1718, d'envoyer au Sieur Char-
les, Gouverneur du fort Saint-Jofeph, l'ordre de raffembler toutes les mu-
nitions néceflaires pour fa défenfe & de commencer alors à punir rigoureufe-
ment Budel, non-feulement par le pillage & l'incendie de fon Village, mais
s'il en trouvoit l'occafion, en l’enlevant lui-même avec fes femmes & fes
enfans. Il ajoûtoit à cet ordre que fi Tonka Niama prenoit le parti de fon
Aikaïde, au-lieu de lecorriger, & refufoit de fatisfaire la Compagnie, il vou-
loit que Charles engageût les Bakarris, ou les principaux Seigneurs de Galam,
à dépofer leur Roi, pour en élire un plus agréable aux François. Ces mena-
ces, qu'on ne chercha point à tenir fecrettes, allarmèrent fi vivement le Roi,
fon Alkaïde & les Bakarris, qu'abandonnant toute leur fierté, ils devinrent
extrémement civils. Mais c'étoit un mafque, fous lequel ils vouloient attendre
l'occafion d'éxercer leur reffentiment.
LA paix dura jufqu'en 1722, que l’Alkaïde & les Bakarris de Mankanet,
foûtenus par ‘Tonka Niama, recommencèrent leurs outrages, & les pouflé-
rent filoin, qu'ils tuérent un Faéteur à fon retour du Marché. Le Gouverneur
de Saint-Jofeph, qui fe nommoit alors Charpentier, ne fe trouvant point en
état de penfer à la vengeance, prit le parti d'attendre l'arrivée des Barques
du Fort Saint-Louïs. À peine eurent-elles paru qu’il raffembla toutes fes for-
ces; & tournant vers le Village de Mankanet, 1l battit en pleine campagne
les Négres qui avoient pris les armes, il en tua foixante, il en blefla le dou-
ble & fit quatre cens Efclaves. Enfuite il brûla le Village, après en avoir en-
Xg-levé tous les Beftiaux. [ Ceci fe paffa dans le mois de Décembre. |
UN châtiment fi jufte & fi févère jetta la terreur dans tout le Pays, &
força T'onka Niama & fes Bakarris d’implorer la clémence des Vainqueurs.
Ils employèrent pour médiateurs les Marbuts de Dramanet, & les principaux
Négocians Négres, qui s’étoient confervé l'amitié des François. Charpentier
Comracwon.
1716.
Bruvsr.
1718.
Démèlé a-
vec un Alkaï-
de,
Réfolution
du Directeur
Général, &
fes effets.
17:29:
Les troubles
recommcen-
cent.
Châtiment
des Négres,
BRauUz£.
1722,
Rétablife-
ment du Trai-
té & la coniir-
mation,
Remarques
fur divers KE:
tablifemens.
Divers pro-
iets propolés
äla Compa-
gnie Françoife
pour bâtir un
J'ort.
Projet du
Frère Appolli-
naire, Ses rai-
fons pour l'ap-
puyer.
476 VOXAGES DES FRANCOIS E N
fe fic preffer long-tems, & ne manqua pis, dans l'intervalle, de faire con.
duire fes Efclaves & fon butin au Fort Saint-Louïs, Enfuite il fe rendit aux
follicitations des Marbuts. Le Roi défavoua la conduite de fes Bakarris, qui
reconnoiflant leur faute ,demandèrent pardon aux François, & fe reconnu- 3
rent Sujets de la Compagnie de France. Le Traité fut confirmé avec les cé-
rémonies ordinaires, par le ferment des deux Parties. Il y a beaucoup d'ap.
parence qu'il continuera d'être obfervé fidélement, comme il n'a pas ceflé de
l'être jufqu'aujourd'hui; fur-cout depuis que la Compagnie eft devenue plus
puiflante dans ces Régions, & que fon Commerce ne fait qu'augmenter de
jour en jour (a).
Lorsque Brue avoit été rappellé en France, peu de tems après la perte
du l'ort de Dramanet en 1702, plufieurs Faéteurs s'étoient fait un mérice
d'écrire leurs fentimens à la Compagnie fur les lieux les plus propres à ja 4
conitruétion d'un nouveau Fort, Mais l1 plûpart n'avoient pris pour guides 4
que leur paflion & leur intérêt. La différence des opinions tint long-tems la
Compagnie en fufpens. Quelques-uns propofoient de bâtir à l'embouchure 4
de la rivière de Falemé, & cet avis n'auroit pas été le moins raifonnable, 4
s'il avoit été poffible de l'éxécuter. D'autres furent pour Mankancet, fans con- À
fidérer ce qu'il y avoit à craindre parmi des Négres faétieux & turbulens. En-
fin d'autres louerent l'Ile de Kaygnu, & prirent parti pour l'opinion de Brue,
qui avoit toûjours jugé ce lieu fort commode, pourvû qu'il y eûc près de la
rivière Falemé un autre Fort, tel que celui de Dramanet, pour foûtenir le
principal Ecabliffement, & que le commerce pât fülire aux frais de ces deux
Comptoirs; ce qu'on ne pouvoit connoitre que par une expérience de plu-
fieurs années.
Le Frère Appollinaire ayant été confulté, comme un homme de probité &
d'expérience, déclara qu'on ne pouvoic choilir de place plus favorable que le
Canton de Dramanet. 12. Parce que les provilions y font en abondance; 05-
jet d’une importance égale pour la commodité des Agens de la Compagnie &
pour l'entretien des Efclaves jufqu'à l'arrivée des Barques. 22. Parce qu'on y
pourroit toñjours compter fur un Commerce-avantageux, & trouver pendant
toute l'année l’occafion d'acheter des Eftlaves, de l'Yvaire & de l'Or, pourvû
que les marchandifes ne manquañlent point au Comptoir, que les Facteurs fuf-
fenc des gens doux & civils | & que les Guinéas (b) & autres Marchandsx#
Négres trouvaflent parmi eux la même juftice & la même honnêteté qu'ils
trouvoient chez les Anglois de la Rivière de Gambra, afin de les engager par-
là à y tranfporter leur Commerce.] 3°. Frère Appollinaire repréfentoit qu'a
la vérité les Sarakolez de Kaygnu defiroient de voir chez eux un Etablife-
ment François; mais qu'étant une Nation maligne & turbulente, & leurs
Chefs fort [ pauvres & tort | avides, il feroit difhcile, dans le cas d'une rup-X$
ture, de retirer les marchandifes d'entre leurs mains, que comme il étoit vrai
néanmoins qu'on pouvoit tirer de [ plus. grands ] avantages du commerce deXG”
Kaignu
(a) Voyez Labatubifup. Tom.IV. pag. 78. C'eft, peut-être, l'Ancienne Guinée, (ou
£S Jui. Genchoa, comme les Arabes l'appellent ) ou
aÿ(b) Le Pays des Guinéas faitpartie de Bam- une partie de ce Pays; qui, felon toutes les
buk, comme on d'a dit ci-deffus. Il eft à l'Eft apparences, a donné fon nou à la Guinée que La
entre le Sénégal & Gambra, & eft différent nous connoiflons.. ee
du pays que les Européens nomment Guinée.
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inéc.que
DIFFERENTES PARTIES pe L'AFRIQUE, Liv. VI. Cnar, XIII. 477
XKaignu [que de celui de Dramanet,] parce que les Caravanes de Bambara
Kana s'y arrétoient, & que les Marchands Négres feroient bien-aifes qu'on
leur épargnät la peine de porter leur Yvoire & leur Or jufqu'a la Gambra, il
Xgcreyoit qu'en attendant que le Fort de Dramanet fût en état de foûtenir [les
dépenfes qu'éxigeroient l'entretien de ] celui qu'on vouloit bâtir à Kaygnu,
il falloit ne pas négliger ce dernier lieu, & prendre foin d'y envoyer des Bar-
ques pour le pañlage des Caravanes. Il ajoûtoit qu'il feroit plus aifé de foûte-
nir un établiffement à Dramanet qu'à Kaygnu, parce qu'ici la parefle des Sa-
rakolets rendoit les provifions toûjours rares ; de forte que dans toutes les fup-
pofitions, il étoit néceflaire d'avoir un Fort à Dramanet, ne fut-ce que pour
fournir des provilions à l'autre,
D'aiL LEURS il faifoit obferver que dans les tems mêmes où la riviére
eft la plus bañle, il y a toûjours devant Dramanet un Canal d'une demi-lieuë
de largeur, avec fix ou fept pieds d'eau; ce qui füuffifoit pour Îles Barques :
au-lieu que la rivière étant trop large à Kaygnu, il y avoit à peine aflez
d'eau pour les Canots; enfin que fi les François vouloient pouffer leur Com-
merce dans le Pays de Bambuk, il falloit abfolument qu'ils eujient deux ou
trois poites fortifiés fur la rivière de Falemé, particulièrement à Kaygnura ;
“H{ ce qui établifloit encore la néceflité d'un Fort à Dramanet, pour les Provi-
fions. | Kavgnura cit fitué dans un lieu fort avantageux , & dépend d'un Pea-
ple ami des François. Il n'eft qu'à dix-huit ou vingt lieuës de Dramanct par
terre, fans étre beaucoup plus éloigné par eau. C’eft ce qui a fait prendre
enfin le parti d'y batir un l'ort fous le nom de Saint-Pierre, comme on l’a
déja remarqué (b) | cu ne :
[L paroïc par toutes ces raifons , qu'un Etabliffément à Kaygnu a toûjours
été regardé comme un objet fort important pour le Conimerce des | rançois
fur le Sénégal, Aufli Bruce n'avoit-il pas ceflé de preffer la Compagnie, de-
puis fon premicr voyage au Royaume de Galam en 1697. L'Ifle de Kaygnu,
ou de Kaygneaux, comme Labat l'a corrompu dans fa Langue (c), eit fi-
tuge dans la rivière du Sénégal, un peu au-deflous des Cataractes de Feu,
& vingt licuës au-deflus de Mankanet. Sa longueur et d'environ une lieuë,
& dans les plus grandes Inondations l'eau ne couvre que fa pointe Et. Les
Pays voifins, habités par les Négres, {ont bien cultivés & fournifient beau-
eoup de provifions. Mais le principal avantage de fa fituation ,Ct d'avoir à
l'oppofite une Ville du même nom, où les Mandingos & les autres Mar-
chands de Tombuto, de Bambara Kana, & de plufieurs autres Contrées à
Y'Eft & à l'Eft-Sud-Eft (4), ne manquent jamais de s’arréter avec les Efcla-
ves qu'ils amènent de l'intérieur des terres, pour les conduire fur la rivière
de Gambra, où ils les vendent aux Anglois. On en doit conclure de quel
avantage il feroit de pouvoir intercepter ces Marchands, & leur faire perdre
l'envie d'aller plus loin, en leur fourniflant ici des marchandifes pour leur
Or, leurs Efclaves & leur Yvoire. On compoferoit avec eux d'autant plus
facilement .
(b) Labat, ubi fup. Vol. IV. pag. 15. & Gambra, &oùils trafiquent avec les Marchands
fuite, ‘ de Tombuto. Ainfi cet endroit fe trouve bien
7 Ce) Angl. Comme les François lappellent placé dans la Carte de l'Amérique Françoife
.d. E. de De L'Ifle.publiée après la mort de ceGéogra-
«f(d) Ceci prouve auc Kaygnu eft à l'Eftdes phe.
Comptoirsque les Angicis ont ur la rivière de
Ooo »
BRruz,
17202.
Autres rai-
fons,
Conclufion
en faveur de
Kaygnu.
Situation a-
vantageule de
celicu.
, 478 VOYAGES EN AFRIQUE.
R UP,
1722 facilement, que ce feroit leur épargner près de deux cens lieuës qui leur ref. ! D
tent à faire jufqu'aux Etabliffemens Anglois fur la rivière de Gambra. Outre
; ce Met une nouvelle ouverture pour le débit de fes marchandifes, la Compagnie fe-
roit aflurée de trouver tous les ans une groffe quantité d'Or, & depuis quinze sus
çois en peu: ss de - DU =
venttirer au cens jufqu'à deux mille Efclaves. A la vérité les Anglois ont porté le prix |
pose ds des Éfclaves trois ou quatre fois plus haut qu'il n'étoit anciennement, dans 4 v
bé la vûe de ruiner le commerce de France. Mais que deviendroit le leur fur la
Gambra, fi la fource en étoit coupée à la diftance de deux cens lieuës ? Ils
feroient peut-être obligés d'abandonner tous les Etabliffemens qu'ils ont fur F C
cette rivière. 4 se
Ox convient que ce Commerce avec les Mandingos ne peut procurer des 2 Para
Efclaves que de Bambara. Mais il eft certain que ces Négres font les meil- H Par:
leurs de l'Afrique pour le travail; qu'ils font robuftes, dociles & fidéles; en- À de
fin qu'ils ne font pas füujets, comme la plûpart des Négres de Guinée, à fl :
fe défefpérer de leur condition, jufqu'à vouloir s'en délivrer par la mort où D. Pari
Ceprojet la fuite. %# l'
demeurc en- Le Sieur Courbe , que Brue eut pour Succeffeur en 1702, fuivit le plan qu'il À re
cons x Jui avoit laiflé, & n'épargna rien pour engager la Compagnie à bâtir un Fort fu Pau
| à Kaignu. Mais il fut rappellé avant l'éxécution; & le Sieur Muftelier, qui de
prit fa place en 1710, écrivit fi fortement contre ce projet, qu'il parvint à le “h ( re
faire abandonner. Brue ayant repris l'Emploi de Direéteur Général en 1714, . de
rentra aufli-tôt dans toutes fes anciennes vûes, & renouvella fes efforts pour ; che
les faire gouter, fans y avoir jamais pû réuflir. Tl dreffa en 1727 un Mé-
moire, daté du Fort Saint-Louïs, le 27 de Février, où toutes fes raifons
furent réunies avec beaucoup de force, mais avec aufi peu de fuccès (4).
[ On trouvera, dans la fuite de ce Recueil, les remarques de quelques autres" V
Voyageurs fur l'état aétuel du Commerce de France en Afrique.]
(4) Labat, Vol. IV. pag. 82. € Juiv. ue
Fin de la Troifième Partie. 1
De l'Imprimerie de PIERRE Vos, à la Haye.
TABLE
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quinze
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raifons
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autres K
BLE
T A B L E
DES CHAPITRES ET PARAGRAPHES
CONTENUS DANS CE TROISIÈME VOLUME.
LI"
R E PP.
Voyages en différentes parties de l'Afrique & dans les lies Adjacentes
avec la Deicription des Pays & des Habitans,
Hana L D Jeripti on de s Iles cn A A
de L'Ajle 1 _ e par Thomas Ni . Pag
Paragraphe es Canaries en, tot, . 4
Paraz, D ne Cunarie, - . RE <
Para ns lle de Tenerife D dt UD
P: ire, . Île 'J le Gor nr ! F Palma , d'Hiero
ot &, rro, de Luncerota &S de Fuerte Ventura,
Parug. , rois Foyages au Jom: net du Pie de
T: af, avec des objervations Jur l'orig
des Guanches Ë Jur le s Caves des Mhorts
Parag. VE Defcription de l'Ifle de Madère, 42
dr VIL. Hifhoire de la Dheouv rée à VIE
Madère, - ‘ HE,
Pr 1 ya d' fluife 5 Cu Millo, au
lonz des Côt's l'Afrique, ju d'a Rio Gran.
de, «1 ses - 66.
Carr, LU, Second loyr ge d'. duife da Cala
Milo en 1456, 6 découverte des Lles du
C 1) l” ” - . . 96.
Cuar, IV, J'oyage de Piedro de Cintra à Sier-
ra Lrona, ecrit par Cuda Moflo, + - 103.
Car, V. Poyage de Georges “Roberts au Cap-
Verd € aux llles du méme 10 ; en 1721,
° - 106,
Car. L Dirt ntion des Îles du Cap} bi
Parag, 1. 1. Of: rvations 1 Générales fr les Us FA
C 1? ) - l'e vd , . . 140,
Par: \£, [. les de Sal Ep de Minas J fa, 152,
Parag. HI, les de Mayo ou de May, - 159.
Parag, IV. Île de S. Juge, ou de Saint Fac-
ques , - 167,
Parar, V, Ifle de $. Philipe, ou de Fuege, 188,
Parag, VI, Jilede S. Fean,ou Brava, - 194.
Paras, VII, le de S, Nicolas, - + - 205.
Para, Vu, Pre rs de &, Pine ent La de S, An-
toine , + - ‘212,
LIVRE VI.
Voyages au long de la Côte Occidentale d’' Afrique, depuis le Cap-Blanco
jufqu'à Sierra-Léona , contenant la Delcription de plufieurs
Pays & de leurs Habitans.
( ffaverre LL Æ£tabliTement des François en.
tre Le Cap- Blanc (@ Sierra-Léona, Pag. 225.
Car. Il, Povazs en AT 74 rticuliérement au
Royaume du Si négal Jur le Eieur ve Nig r, 256,
Cuar. HI, Poyages du Sieur # dre Brue, au
long rage de s Occide ntales d' dfri cn , 267
Parag, 1 Di ifferes ds entre Briue, &ÿ le Damei,
Roi de Kn 0, + - - 268.
Parag. II. Voyage, Po terre, +: ufico au
Fort S. Louis, - + 272.
Parag. HI, Route de Rufifeo à | Biyut ES? du
Fort S. Louis à Kayor, fuivant Barbot, 282.
Parag, IV. Revoñutol on du Royaume de Kayor en
1675 - 2654.
Car. r. Defe ription de la Rivière du Siné-
gal, mur des Mémoires de M. Brue ; où l'on
examine fi cette Rivière gl le Niger ou un
de Jes bras, - - e «+ 205$,
Parag. I. Recherches fur le Niger; où l'on
éxamine fi les Rivières du Sencgal € de Gam-
bra en font des bras, - - — 306.
Cuar. V. Premier Voyage du “Sieur Brue fur
le Sénégal , en 1697, - - 310.
Parag. Il. Remarques Jur la Nation des Foniis ,
fur leur Pays S fur leur Gouvernement, 323,
Cuar, VE Second Voyage du Sieur Bruë far le
Snépal , jujqu'au “Royaume de Galam, en
1698, - - - Par - 329.
Parag. 11, Op uen Jur le Royaume de ‘Ga-
Lam , E$ Jur les Découvertes des François au-de-
là; avec quelque $ recherches Jur le ee Fr
Tombuto ,
CHar. VI Diffirends entre Les Frangois Pre
Anglois pour le commerce de la Rivière de
Gambra , - + - - - - - - - 347.
Cuar. VII. Voyage du Sieur ur d'Albre-
da à Kachao, - - - … 358.
Case. IX. Voyage du Sie ur Brue aux 4pes s de
Biffao Eÿ des BifJagos, - 37
Parag. IL Defcription de 4e de ia & é?
des ufages du Pays, - 378.
Parag. Ill. Voyage dans l' 7e de Bulam , 383.
Parag. IV. Voyage à Konrgué une des Îfles
des BifJagos, - + - » =, «+ 991,
Parag. V. Affaires de Bifluo, e - - 395.
Parag. VI. Poyage de Geves , avec une Deferipe
tion Hiflorique &ÿ Géog graphique des Pays
des Ifles jujqu'a Sierra: Liona > ” - 399.
Parus.
480 TABLE DES CHAPITRES £r PARAGRAPIIES.
Parag. VIL Supplément au Voyage de 2e, dr: 1. Obfervations [ur la Gomme du ps
par un Voyageur Anonyme , , 410. , € Jur Jon Commerce ,
Cuar, X, Entreprile pour découvrir le “Laë de cé. "XIL Etat des Pays, au Nord du En
Lo en 1714, avec des objervations fur gal, d'où l'on tire la Gomme, 446
le Commerce de Gorée, - - + + 414. Cuar, XII, Relation de la découverte du Royau
dr I. Okfervations Je le Commerce de Go- me de Bambuk, où Bambouc, ÉŸ de Jes Mi
420, nes | en 1716, | $7
Cu, \r. XI. Troifiime l'iyag re dt Sieur Bruce fur Parag, Suite des affuire. du Comptoir Fran.
le Sénégal, - - + 426. fois à gr do À 475
y + A. LE]
AVIS AURELITEUR
Pour placer les Figures &$ les Cartes Géographiques du
TROISIÈME VOLUME.
Ciute des Ifles Canaries, dreffée fur les Journaux des Navigateurs.
Carte de l'Ile de Téncrife, ne ant Te Joue, 12
Vüe du Pic de Ténérife à 34. lieuës au NordOuctt; Vüe du Pic au deffus du côté de
Gomerr, . RS 27
Cave fépulchr: ile | des Guanches. | du D rt re re 2e à 4
Carte des lles de Madère & Porto: S: into, RC SE CE ES
Vüe de la Ville & de la Rade de l'unchal, ss de l'Ile de Madère. . , , , , 4
Carte des Ifles du Cap Verd, , ; 106
ile de May; Vüc de l'Ifle S. Jago, ou 1 St, Ji iques ; le Havre de P: Praya dans | ‘Le de St go. 159
Plan de la Ville & des Forts de St. Jago. . . ‘ 167
Ifle de St, Phil lippe ou de Fuego avec fon Volcan. : > “à 189
Hommes & Femmes de l'Ifle de St. Jean. . RS ET 199
Hommes & Femmes de l'Ifle des. se dans leurs LHibits. 201
Vüe de Poito Grande dans l'Ile de $S. Vincent. pre ra <y SO
Plan de la Baye de l'Ile de St. Vincent, une des Ifes du C: p- Verd. o 6 + + + « 214
Carte de la Côte Occidentale d' Afrique, depuis le Cap-Blanc Jui u'à l'anit, , , , , 228
Pjan de la Baye & Ifle d'Arguim. 231
Carte d'une Po rie de la Côte d'Afrique, depuis CE anit, jutqu à la Rivière ‘du Sénégal, 237
Plan de Fort d'Arguim, . Suds 2 UN Ve ni da 245 .
Plan du Portendic , appellé aufli Portud: addi ou Punia. : ER NS EN 247
Plan de l'Ifle de Gore, fur les Deflcins du Sr. Compagnon, . , , , . , , 253
Plan de l'Ifle de Gorée avec fes 'ortifications, D te 23
Carte des Pays Voifins des Rivières de San: ga & Gambra. not 272
Vüe de Ruffco. ,
Habits des Négres du C ap- Verd. RE
Guiriot ou Négre jouant du Balafo, . . . . . . 4 . . , . . . . , , , 283
Cours de la Rivière de Sanaga où Sénégal. . . So ee À TE à 295
Carte de l'Entrée de la Rivière Sanaa ou Sénégal. ns MON US CET da 07
Partie de l'Ifle de Sor, Rivière du Sénégal, {fle St. Louis ; Petit Bras du Sénégal;
Plan du Fort S. Joleph. . RE CRT TT 298
Plan du Fort S. Louïs dans l' Ile de ‘Sanaga ou ‘du Sénégal. en ; 293
Cours de la Rivière du Sénégal, depuis fon Embouchure, jufqu'a au Défert. 319
Vûe d'une Ville des Fou'is & de fes Plantations. . . … 923
Cours de la Rivière de Sénegal, depuis le Défeit € jufquà Tile de Morfil, avec le Lac
du Pancer Foule, . ea AD te CN DE 32
de de l'Ile James fur la Gambra. » . FU de er ns 6 cet à 3484
Négres de Kachao & de Bifio qui préparent le Manioc. MS Le ie 367
Vüûe de la Ville & du Fort de Kachao du côté du Nord. , , + 368:
Côte d'Afrique, & les Ifles comprifes entre le ba FH: & la Rivière de Nunho. « s 9371
Négres grimpans fur les Arbres. . , RL? . + 379
Femmes de Kazegut en différens Habits. , . . . . , . . , , , . . 392
Vüe de la Rade de l'Ile de Gorée. , 420 our
Arabes & Mores montés fur leurs Chameaux ; leurs Chevaux , ‘& leurs Bœufs pour ‘ap-
porter des Gommes au Sénégal. . 4324
Carte du Cours des Rivières de Falemé, & Sanaga, danse Pays de Bambuc, &Lainba Awra. 403
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